Sept ans de psychologie des intérêts (1960-1967) - article ; n°2 ; vol.68, pg 577-591

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L'année psychologique - Année 1968 - Volume 68 - Numéro 2 - Pages 577-591
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1968
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S Larcebeau
Sept ans de psychologie des intérêts (1960-1967)
In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°2. pp. 577-591.
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Larcebeau S. Sept ans de psychologie des intérêts (1960-1967). In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°2. pp. 577-591.
doi : 10.3406/psy.1968.27634
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1968_num_68_2_27634SEPT ANS DE PSYCHOLOGIE DES INTÉRÊTS
(1960-1967)
par Solange Larcebeau
Service de Recherches de l'Institut National d'Orientation professionnelle
(Paris)
Sachant que la plus grande partie de la littérature consacrée aux
intérêts est d'origine anglo-saxonne, nous avons consulté d'abord une
revue de synthèse : Annual review of psychology, qui a l'ambition de
faire le point, chaque année, des recherches portant sur des thèmes
classiques de la psychologie et, de temps à autre, de sujets plus spécialisés.
Pour qui veut se documenter sur l'importance relative des différents
thèmes d'études dans la littérature, la lecture de cette revue est très
instructive.
Or, en parcourant les tomes parus depuis 1960, nous avons constaté
que le thème des intérêts n'avait fait l'objet d'aucun chapitre parti
culier et n'avait pas même été évoqué dans les rubriques annuelles sur
la personnalité, qu'elles s'intitulent Personality structure ou Personal
ity dynamics. Cette distinction, rendue nécessaire par la multiplicité
des sujets abordés, repose sur les définitions que Messick a proposées
en 1961 : sont considérés comme structures les aspects relativement
stables et organisés de la personnalité, tandis que le terme dynamics
recouvre des aspects plus fluctuants, liés à l'environnement et aux fac
teurs de situation. On pourrait, semble-t-il, suivant la perspective
dans laquelle on se place, ranger les intérêts dans l'une ou l'autre caté
gorie : ils apparaissent, en effet, comme organisés et assez stables tout
en subissant l'influence de facteurs de situation. Comment alors expliquer
que les auteurs des deux rubriques, de 1961 à 1967, n'aient relevé aucune
publication sur ce sujet ?
C'est seulement dans un chapitre intitulé Counseling, en 1963, et
dans la rubrique Educational psychology de 1964, que les rapporteurs
de Y Annual review ont fait allusion à des recherches sur les intérêts.
La place accordée à ces travaux reflète l'orientation essentiellement
pragmatique qui caractérise la plupart des études sur les intérêts, orien
tation que soulignent les titres des revues publiant le plus grand nombre
d'articles sur le sujet : Journal of Counseling, Personel and Guidance
Journal, Journal of Applied Psychology, Journal of Educational psy
chology, Educational and Psychological Measurement.
a. psychol. 68 37 578 REVUES CRITIQUES
Dès l'origine, avec les travaux de Strong, l'étude objective des
intérêts s'est fixé des buts pratiques (orientation et sélection profes
sionnelles) et, depuis lors, un grand nombre de recherches n'a eu d'autre
objet que de perfectionner, adapter ou valider, en fonction de divers
critères, certaines techniques de mesure.
L'étude des intérêts est étroitement liée à la pratique du counseling
et aux recherches sur le choix professionnel et le vocational development,
à tel point que les théories et les recherches concernant l'origine et la
formation des intérêts se confondent souvent avec celles qui concernent
le choix professionnel. Cette assimilation est en partie justifiée par le
rôle essentiel que jouent les intérêts dans le processus du choix, mais
ce serait limiter leur domaine que de considérer ceux-ci uniquement
dans leurs rapports avec la profession et ses divers aspects : choix,
stabilité, réussite, satisfaction. Les intérêts débordent le cadre profes
sionnel et si le choix d'une dépend d'eux, ils influencent
aussi d'autres décisions importantes. Clark (1961) estime que l'étude
des intérêts caractéristiques de divers groupes professionnels (à la manière
de Strong) est utile, mais qu'on doit aussi étudier les intérêts en eux-
mêmes et dans leurs relations avec d'autres aspects de la personnalité.
LES COURANTS THÉORIQUES DANS LA RECHERCHE SUR LES INTÉRÊTS
Les travaux des factorialistes, notamment ceux de Guilford et de
Cattell, vont dans ce sens. Guilford écrivait déjà en 1954 : « Les analyses
antérieures (des intérêts) ont souvent mis en évidence des facteurs inter
prétables en termes de catégories professionnelles, mais une analyse
plus approfondie pourrait conduire à des facteurs qui seraient en relation directe avec les motivations sous-jacentes. » C'est en effet parmi
les variables dynamiques de la personnalité (hormetic dimensions) que
Guilford (1959) range les intérêts, avec les besoins, les tendances, les
attitudes, et Cattell (1957) les inclut dans l'ensemble des facteurs de
motivation qu'il subdivise en ergs et sentiments. Cependant, malgré un
effort de synthèse, aucun de ces deux auteurs n'est parvenu à intégrer
dans un ensemble cohérent et fortement structuré les multiples facteurs
isolés par des analyses de domaines restreints : motivation, tempérament,
aptitudes.
Vernon (1964), après avoir rappelé les distinctions couramment
établies entre intérêts professionnels et non professionnels, attitudes
ou opinions, valeurs, idéologies, modes de pensée, fait observer qu'un
certain nombre de recherches ont montré que ces notions se recouvraient
partiellement et avaient aussi une parenté avec les variables désignées
habituellement comme traits de personnalité. Il constate que les méthodes
factorielles ont échoué à préciser la nature de ces rapports, ne permet
tant pas de discerner la cause de l'effet. McCall (1965), dans une revue
critique intitulée Trends in the measurement of vocational interest,
déclare qu'il reste beaucoup à faire pour expliquer ce qui relie les LARCEBEAU 579 S.
scores d'intérêts aux variables de motivation, d'apprentissage et de
personnalité.
Parallèlement aux recherches factorielles, et dans une perspective
toute différente, il faut noter les tentatives d'explication des intérêts
par les théories du self-concept et du rôle, qui se sont développées vers
les années 40 et ont donné lieu, par la suite, à des essais de vérification
expérimentale ou à diverses précisions. Des théories psychologiques
fondées sur la structure des besoins ou inspirées de la psychanalyse :
Roe (1956), Bordin (1963), attribuent à des facteurs de milieu agissant
précocement une influence prépondérante dans la formation des intérêts
professionnels.
Ces deux directions de recherche (analyse et construction théorique)
illustrent, dans le domaine des intérêts, la distinction établie par Vernon
entre les approches nomothétique et idiographique dans l'étude de la
personnalité. La première, issue du behaviorisme, considère la personn
alité comme un objet possédant des propriétés universelles qui peuvent
être mesurées scientifiquement ; la seconde, née de la clinique, voit
la personnalité comme un tout structuré, une organisation unique et
individuelle. L'étude des intérêts pourrait, selon Vernon, être le point
de rencontre des deux tendances.
De fait, certains psychologues ont adopté une position intermédiaire
comme Super, Darley et Hagenah et plus récemment Holland (1959).
Ils estiment qu'une théorie des intérêts, pour être féconde, doit tenir
compte à la fois des tendances profondes de l'individu et des influences
de son milieu social et culturel. C'est aussi la conclusion que tire Gaddes
(1959) d'une brève rétrospective des recherches dans le domaine des
intérêts.
Campbell (1964) assigne au Centre de Recherches sur les Intérêts,
créé en 1963 à l'Université de Minnesota, des objectifs à la fois plus
précis et plus modestes : « Sans théorie, on a déjà bien progressé dans
l'évaluation des intérêts », dit-il «... pour qu'elle s'impose, une théorie
des intérêts ne doit pas être inférieure aux simples données de l'expé
rience. Ce qu'il faut, c'est une nouvelle orientation de la recherche
permettant de mesurer avec exactitude les relations entre intérêts et
aptitudes, intérêts et réussite, intérêts et satisfaction ». Campbell se
rattache ainsi à la tradition expérimentale, se défiant d'une approche
à base théorique qualifiée par Cattell de armchair-theorizing.
Nous avons esquissé rapidement1 les différentes orientations théo
riques dans l'étude des intérêts ; aucune voie vraiment nouvelle n'est
apparue depuis 1960 et les publications que nous avons relevées se
rattachent à l'une ou l'autre de ces orientations lorsqu'elles ne se bornent
1. Nous n'avons fait que retracer les principales directions de recherche
dans le domaine des intérêts, afin de situer les articles parus dans la période
considérée. Des ouvrages généraux comme ceux de Layton (1960), Super et
Crites (1962) et Super (1964), pour ne citer que les plus récents, exposent de
façon plus complète toutes les questions relatives à l'étude des intérêts. 580 REVUES CRITIQUES
pas à décrire les intérêts de tels groupes particuliers ou à énoncer les
caractéristiques de certaines méthodes d'évaluation. Précisons, d'autre
part, que la plupart des recherches, qu'elles aient ou non une base
théorique, concernent les intérêts inventoriés.
VÉRIFICATIONS EXPÉRIMENTALES DE CONSTRUCTIONS THÉORIQUES
Hagen (1960) tente de vérifier expérimentalement la théorie de Roe,
selon laquelle l'ambiance des relations familiales au cours des premières
années a une influence sur le développement des intérêts des enfants,
certaines attitudes des parents (acceptation, rejet, indifférence) prédis
posant à l'acquisition de tels ou tels patterns d'intérêts. Étant donné
les résultats peu concluants de sa recherche, Hagen pense que la théorie
de Roe doit être précisée et tenir compte, en particulier, des relations
de l'enfant avec chacun de ses parents et de la façon propre dont il
réagit au climat familial.
Crites (1962) se propose d'éprouver les théories suggérant que les
intérêts professionnels se développent en relation avec les conduites
d'identification parentale. Il constate que, chez les adolescents du sexe
masculin, l'identification au père joue un rôle plus important dans la
détermination des intérêts que l'identification à la mère.
Steimel et Suziedelis (1963) obtiennent sur 200 étudiants des résul
tats qui prouvent que l'influence des parents telle qu'elle est perçue
par les sujets a un effet sur l'orientation de leurs intérêts. Les facteurs
qui peuvent expliquer la plus grande influence du père ou de la mère
sont multiples, depuis le niveau d'instruction jusqu'à la nature des
échanges et interactions parent-enfant.
Hunt (1967) apporte une confirmation expérimentale aux théories
énoncées par Super (1957) et Rogers (1959), selon lesquelles le choix
d'une profession par un individu est lié à la perception qu'il a de lui-
même. Il estime cependant que la nature psychologique de la relation
entre le self-concept et des décisions d'importance vitale demeure
inexpliquée.
La plupart des théories sur les intérêts valorisent plutôt l'influence
du milieu, mais Vandenberg et Stafford (1967), en comparant les réponses
de jumeaux identiques et fraternels, ont montré que des facteurs héré
ditaires influencent les intérêts professionnels en agissant par l'inte
rmédiaire des aptitudes et des traits de personnalité.
ANALYSE FACTORIELLE ET STRUCTURE DES INTÉRÊTS
Assez nombreuses sont les analyses factorielles ou en clusters réali
sées à partir de corrélations entre les notes obtenues à différentes échelles
(professionnelles ou homogènes) d'un questionnaire ou entre intérêts
et variables appartenant à d'autres domaines.
Ainsi Norman (1960) a fait une analyse par clusters des « profils » S. LARCEBEAU 581
d'intérêts (obtenus au moyen du M.V.I. I.1) d'ouvriers de divers groupes
professionnels. Les ouvriers exerçant des métiers voisins ont des profils assez semblables, tandis que les groupes dont les intérêts
diffèrent ont des activités bien distinctes.
Terwilliger (1963) a cherché à définir les dimensions selon lesquelles
s'organisaient les préférences professionnelles de 280 étudiants du
sexe masculin. Ceux-ci avaient été invités à ranger par ordre de préfé
rence 31 professions présentées par séries de six et avaient en outre
rempli les questionnaires d'Allport-Vernon et de Kuder, après avoir
été soumis à des tests d'aptitudes. Une analyse en composantes princi
pales a permis d'isoler dix facteurs dont huit ont pu être interprétés.
Les résultats suggèrent que les préférences professionnelles sont déter
minées plutôt par la nature intrinsèque des activités que par les condi
tions dans lesquelles elles s'exercent.
Schutz et Baker (1961 et 1962) comparent les structures factorielles
résultant de l'analyse des corrélations entre 42 échelles du Kuder Vocat
ional, forme D2, calculées d'après les réponses de 450 étudiants, d'une
part, et de 488 étudiantes, d'autre part. Ils remarquent une certaine
analogie des structures factorielles, bien que, chez les femmes, la confi
guration soit moins nette ; celles-ci paraissent être plus influencées dans
leurs réponses par les composantes inter-personnelles tandis que les
hommes sont plus fortement motivés par les aspects impersonnels ou
techniques des activités proposées à leur choix. Sept facteurs ont été
isolés dans l'analyse faite sur le groupe des étudiants de sexe masculin,
la plupart correspondant aux facteurs isolés par des analyses antérieures
de données obtenues avec l'inventaire de Strong.
King et Norrell (1964), d'après les réponses d'un échantillon de
464 étudiants de première année, ont aussi analysé les intercorrélations
de 38 échelles de cette forme D de l'inventaire de Kuder. Ils trouvent la
même structure que Schutz et Baker à un facteur près, mais les satu
rations des échelles professionnelles dans chaque facteur sont plus fortes.
Baggaley (1963) fait l'analyse des corrélations entre sept échelles
d'un questionnaire d'intérêts construit pour l'orientation des étudiants.
Il isole deux facteurs bipolaires : masculinité-féminité et intérêts scien
tifiques opposés à non scientifiques.
Jones (1965) analyse, en composantes principales, la matrice des
corrélations entre huit scores d'intérêts correspondant aux groupes
professionnels de Roe et tirés d'un inventaire de préférences pour des
métiers. Il explique 50 % de la variance des résultats par deux facteurs :
1) professions orientées ou non vers les personnes ; 2) professions dont
1. Minnesola Vocalional Interest Inventory : questionnaire d'intérêts mis
au point par Clark pour l'étude des intérêts professionnels d'ouvriers.
2. Cette forme de l'inventaire de Kuder est celle dont les résultats se rap
prochent le plus de ceux de de Strong ; elle permet en effet de compar
er les intérêts d'un sujet à ceux d'une quarantaine de groupes professionnels
en utilisant des grilles spécialement construites. 582 REVUES CRITIQUES
les buts sont extérieurs (revenu, puissance, prestige) ou intérieurs
(sentiment d'accomplissement) à l'individu, suivant la dichotomie de
Riesman. Une autre interprétation proposée par l'auteur pour ce
deuxième facteur nous semble mieux convenir aux données : valeurs
économiques opposées à valeurs théoriques. Une restriction doit être
faite à propos de cette recherche qui porte sur un nombre assez faible
de sujets (50 lycéens).
En France, Larcebeau (1965 et 1967) a procédé à des analyses en
clusters des réponses de différents groupes d'enfants et d'adolescents
(de 250 à 900 sujets) à des questionnaires composés d'activités extra-
scolaires. Elle compare les structures obtenues pour chaque groupe de
sujets et les examine en relation avec les résultats d'études factorielles
réalisées sur des adultes par des auteurs anglo-saxons.
Dans une deuxième phase de sa recherche, elle a effectué des analyses
factorielles sur les matrices de corrélations entre types d'intérêts issus
des analyses en clusters et interprété certains des facteurs (bipolaires)
isolés comme des traits de personnalité. Le principal facteur commun
aux structures factorielles des différents groupes est comparable au
facteur people versus things interests, isolé par Thurstone et Strong de
l'analyse des réponses au S.V.I. B.1.
Elle en conclut que des inventaires composés d'activités non profes
sionnelles permettent de mesurer des intérêts dont la structure est
identique à celle des intérêts professionnels, ce qui semble autoriser
la prévision de ceux-ci par ceux-là, ou tout au moins la comparaison
des uns aux autres grâce à un dénominateur commun.
Dans la même publication, l'auteur rapporte les résultats de l'analyse
factorielle d'un ensemble hétérogène de variables d'aptitudes, d'intérêts
et de rendement scolaire, mesurées sur des garçons de 11 ans d'âge
moyen. Des facteurs saturant à la fois aptitudes, intérêts et réussites
scolaires ont été isolés par la méthode de Thurstone et une analyse de
second ordre explique la plus grande partie de la variance des données
par un facteur d'aptitude générale et un facteur de motivation.
RELATIONS DES INTÉRÊTS AVEC D'AUTRES VARIABLES
La méthode des corrélations a été utilisée dès l'origine de l'étude
des intérêts afin de préciser leurs relations avec d'autres variables,
notamment des variables de personnalité. L'intérêt de ce sujet n'est
pas épuisé et l'on trouve un grand nombre de publications s'y rapport
ant. Tantôt, les intérêts sont mis en relation avec des catégories assez
bien définies telles que : aptitudes, traits de personnalité, tantôt, on
cherche à préciser par un réseau de relations la signification de nouvelles
constructions théoriques : force du moi, self-concept, etc.
a) Intérêts et aptitudes. — Nugent (1961 et 1962), après avoir
présenté un résumé des théories et des principales recherches expéri-
1. Strong vocational interest blank. S. LÀRCEBEAU 583
mentales concernant les intérêts professionnels, fait l'hypothèse que le
degré de correspondance entre les intérêts et les aptitudes d'un individu
constitue un indice de son adaptation. Il éprouve cette hypothèse sur
un groupe de lycéens de 15 à 18 ans en établissant une relation entre
un score de différence intérêts-aptitudes et un inventaire de personnalité.
L'hypothèse est vérifiée spécialement pour les échelles de confiance
en soi et d'équilibre, et l'inadaptation des sujets qui présentent le
maximum de différence semble augmenter du 9e
au 11e grade. Cependant, Nugent ne donne pas de précisions sur le
degré d'accord entre intérêts et aptitudes pour l'ensemble des sujets
qu'il a examinés ; la plupart des recherches, portant sur ce point, ont
abouti à la conclusion qu'il y a peu de rapports entre intérêts invent
oriés et aptitudes mesurées par des tests. Mais McCall et Moore (1965)
ont montré que les estimations, faites par un groupe de lycéens de leurs
propres intérêts et aptitudes, étaient en corrélation assez fortement
positive (rBP moyen = .59), la relation étant plus forte en moyenne
chez les filles et chez les élèves les plus doués. Ils se demandent laquelle
des deux variables estimées influence l'autre et pensent plutôt que
l'une et l'autre dépendent d'une troisième qui pourrait être le rôle
social espéré. Ewens (1963) critique les méthodes habituellement
employées dans la comparaison des intérêts et aptitudes et pense
qu'il vaut mieux comparer les profils individuels que calculer sur des
groupes de sujets les corrélations entre aptitudes et intérêts corre
spondant à un même type d'activités. Sa recherche l'amène à conclure
que la similitude ou la différence des profils d'intérêts et d'aptitudes
semble être une caractéristique individuelle et qu'il n'y a pas de relation
constante entre intérêts et aptitudes.
b) Intérêts et personnalité. — Armatas et Collister (1962), Suziedelis
et Steimel (1963) ont vérifié qu'il existe des rapports entre, d'une part
les patterns d'intérêts, d'autre part, les styles de réponse au S.V.I. B. et
les traits de personnalité mesurés au moyen du test 16 P. F. et du ques
tionnaire d'Edwards (E.P.P.S.). Stewart (1960) avait également trouvé
un grand nombre de relations significatives entre la manière de répondre
au S.V.I. B. (prédominance de tel type de réponses) et certains traits
de personnalité. Springob (1963) confirme la liaison entre intérêts
inventoriés et traits de personnalité avec d'autres instruments : Kuder
Preference Record (K.P.R.) et Inventaire de Personnalité de Californie.
Gobetz (1964) extrait de la littérature un ensemble de propositions
concernant les relations entre intérêts mesurés avec le K.P.R. ou le
S.V.I. B., et traits de personnalité. Il ajoute à titre d'hypothèses de
travail ce qu'une expérience clinique de 17 ans d'application du K.P.R.
lui suggère à propos de ces relations.
Les corrélations obtenues par Holland (1960) entre les échelles de
son inventaire de préférences professionnelles (V.P.I.) et les 16 P. F. de
Cattell l'autorisent à considérer son test comme un inventaire de
personnalité. 584 REVUES CRITIQUES
L'hypothèse d'une relation entre intérêts et personnalité semble
donc être vérifiée, quels que soient les instruments de mesure utilisés.
Une recherche de Klugman (1960) portant sur 60 malades mentaux
renforce encore cette hypothèse, tandis que Carnes (1964) qui, en appli
quant le S.V.I.B. à 40 malades mentaux, se proposait de tester un
certain nombre d'hypothèses concernant la liaison entre intérêts et
inadaptation, ne confirme que certaines d'entre elles : il remarque,
en particulier, que les intérêts dominants des anormaux sont le plus
souvent orientés vers les travaux de bureau et la vente ou vers les
activités de création et d'expression verbales. Silver et Casey (1961)
avaient observé que les changements d'intérêts manifestés par une
centaine de malades (43 hommes et 47 femmes) dans leurs réponses au
K.P.R., à leur entrée et à leur sortie de l'hôpital psychiatrique, ne
concernaient que certaines échelles, différentes pour les hommes et les
femmes. Il leur a semblé que le fait de posséder des intérêts correspon
dant à ceux de son sexe était un indice de santé mentale.
c) Intérêts et variables diverses. — Nous avons regroupé les publica
tions qui traitent des relations entre les intérêts et des variables appar
tenant à différents domaines. Parmi ces variables, les unes sont
objectives, les autres sont des constructions théoriques définies le
plus souvent par les patterns de réponses à certains questionnaires.
Matteson (1961) s'est intéressé à la relation entre expériences et
intérêts de 300 étudiants entrant à l'Université. Les corrélations varient,
suivant le type d'activité, de .60 à .15 et sont du même ordre de gran
deur que celles qu'il avait trouvées sept ans plus tôt dans une expérience
analogue.
Pierce Jones (1961), comparant les intérêts de jeunes gens et de
jeunes filles (en fin d'études secondaires) répartis selon leur niveau
d'aspiration, constate que les individus souhaitant exercer une pro
fession de niveau supérieur à celle qu'exercent leurs parents se carac
térisent généralement par une supériorité des intérêts littéraires et
artistiques. Il attribue ce fait à l'influence de stéréotypes professionnels.
Blocher et Schutz (1961), sur un échantillon de population analogue,
ont mis en évidence les relations entre self-concept, préférences et
stéréotypes professionnels.
Crites (1960) a éprouvé deux hypothèses relatives aux relations
existant entre la « force du moi » et, d'une part, le niveau des intérêts,
d'autre part, leur organisation. Il a aussi vérifié (1963) la liaison entre
intérêts et motivation : d'après une recherche effectuée sur 130 étudiants,
la dimension principale selon laquelle se différencient les intérêts profes
sionnels serait le facteur de motivation system versus social service
analogue au facteur things versus people identifié par Thurstone, en 1931.
Kassarjian (1965) met en rapport les résultats d'une échelle destinée
à mesurer la caractéristique de comportement social définie par Riesman
{inner ou other-directed, c'est-à-dire tourné vers soi ou tourné vers les
autres) avec les intérêts professionnels estimés au moyen du S.V.I.B. S. LARCEBEAU 585
et les « valeurs » estimées par le questionnaire d'Allport-Vernon. Les
résultats sont très cohérents et montrent qu'une relation existe bien
entre le fait de posséder certains intérêts et le comportement social.
Elliot (1965) établit une relation entre le conformisme évalué au
moyen d'une échelle, et les projets d'étudiants de première année. Les
intérêts académiques sont liés au non-conformisme et les étudiants de
première année partagent les attitudes et intérêts des étudiants diplômés
dans les diciplines auxquelles eux-mêmes se destinent.
LA VALIDITÉ DES MESURES D'INTÉRÊTS
Les relations des intérêts avec certaines variables : critères de
réussite, d'adaptation ou de satisfaction, ont une signification parti
culière dans l'ensemble du réseau de relations que les recherches expé
rimentales ont tissé autour de la notion d'intérêt ; ces relations, en
effet, n'ont pas seulement une valeur théorique par les précisions
qu'elles apportent au concept d'intérêt, elles ont avant tout une valeur
pratique par les pronostics qu'elles permettent. Les recherches, résumées
dans ce paragraphe se distinguent des précédentes par une plus grande
préoccupation d'efficacité de la part de leurs auteurs, bien que tout
intérêt théorique n'en soit pas nécessairement exclu.
Ferguson (1960) compare la valeur des mesures d'aptitude et d'inté
rêt pour la prévision de la réussite professionnelle d'agents d'assurance.
Il semble que les intérêts deviennent d'autant plus importants, par
rapport aux capacités, que la prévision est à plus long terme.
Berdie (1960) a démontré a posteriori la valeur des scores d'intérêts
en recherchant les résultats obtenus au S.V.I. B., à la fin de leurs études
secondaires, par trois groupes d'étudiants de disciplines différentes :
il s'est avéré que les moyennes des résultats relatifs au trois groupes
différaient de façon significative.
French (1963), dans une vaste étude portant sur près de 5 000 étu
diants, depuis leur entrée à l'Université, compare la valeur prédictive
de mesures d'aptitudes, d'intérêts et de personnalité en fonction des
moyennes de notes annuelles. Si les tests d'aptitudes sont les meilleurs
prédicteurs de réussite globale, les scores d'intérêts contribuent eff
icacement à un pronostic différentiel. Quant aux variables de personnali
té, elles ont en général une faible validité.
Dans une recherche antérieure (1961), le même auteur avait montré
que les scores d'intérêts obtenus par des étudiants au début des études
supérieures étaient en rapport avec la satisfaction éprouvée par ceux-ci
à la fin de ces études.
Holland et Nichols (1964 a), sur un échantillon d'étudiants supé
rieurement doués, ont prouvé que les estimations d'intérêts se rangeaient
parmi les prédicteurs les plus valides de la réussite universitaire. Dans
une autre recherche (1964 b) concernant les causes des changements
d'orientation des étudiants, ils constatent que, d'une façon générale,

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