Signification des variations contingentes négatives dans la dimension temporelle du comportement - article ; n°2 ; vol.77, pg 439-474

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L'année psychologique - Année 1977 - Volume 77 - Numéro 2 - Pages 439-474
Résumé
Chez un sujet placé dans une situation expérimentale permettant de prévoir l'arrivée d'un événement significatif, la découverte d'une déviation systématique de la ligne de base de l'EGG a suscité, depuis 1964, un important courant de recherches. Ce phénomène, baptisé « Contingent Negative Variation » (CNV), a été interprété comme un indice d'expectative, d'attention, d'éveil, de motivation, d'intention d'agir ou encore de préparation. Après une description méthodologique de la CNV, les données évoquées à l'appui de ces divers concepts sont examinées. L'accent est mis ensuite sur les paramètres temporels présents dans toute situation génératrice de CNV, et l'hypothèse d'une relation entre ce potentiel et les processus physiologiques sous-tendant l'estimation de la durée est envisagée.
Summary
The systematic appearance of a slow deviation of the EEG baseline observed in a subject expecting the occurrence of a significant event has produced an important body of research. This so-called « Contingent Negative Variation » (CNV) has been interpreted as an index of expect-ancy, attention arousal, motivation, conation or preparation. Ajter a methodological description of CNV, the data sustaining the varions hypotheses are examined. The temporal parameters existing in every situation that generates CNV are then emphasized, and the hypothesis of a relation between CNV and the physiological processes underlying time estimation is proposed.
36 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1977
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F. Macar
Signification des variations contingentes négatives dans la
dimension temporelle du comportement
In: L'année psychologique. 1977 vol. 77, n°2. pp. 439-474.
Résumé
Chez un sujet placé dans une situation expérimentale permettant de prévoir l'arrivée d'un événement significatif, la découverte
d'une déviation systématique de la ligne de base de l'EGG a suscité, depuis 1964, un important courant de recherches. Ce
phénomène, baptisé « Contingent Negative Variation » (CNV), a été interprété comme un indice d'expectative, d'attention,
d'éveil, de motivation, d'intention d'agir ou encore de préparation. Après une description méthodologique de la CNV, les données
évoquées à l'appui de ces divers concepts sont examinées. L'accent est mis ensuite sur les paramètres temporels présents dans
toute situation génératrice de CNV, et l'hypothèse d'une relation entre ce potentiel et les processus physiologiques sous-tendant
l'estimation de la durée est envisagée.
Abstract
Summary
The systematic appearance of a slow deviation of the EEG baseline observed in a subject expecting the occurrence of a
significant event has produced an important body of research. This so-called « Contingent Negative Variation » (CNV) has been
interpreted as an index of expect-ancy, attention arousal, motivation, conation or preparation. Ajter a methodological description
of CNV, the data sustaining the varions hypotheses are examined. The temporal parameters existing in every situation that
generates CNV are then emphasized, and the hypothesis of a relation between CNV and the physiological processes underlying
time estimation is proposed.
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Macar F. Signification des variations contingentes négatives dans la dimension temporelle du comportement. In: L'année
psychologique. 1977 vol. 77, n°2. pp. 439-474.
doi : 10.3406/psy.1977.28210
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1977_num_77_2_28210REVUES CRITIQUES
SIGNIFICATION
DES VARIATIONS CONTINGENTES NÉGATIVES
DANS LA DIMENSION TEMPORELLE DU COMPORTEMENT
par Françoise Macar
C.N.R.S., INP3, Marseille1
SUMMARY
The systematic appearance of a slow deviation of the EEG baseline
observed in a subject expecting the occurrence of a significant event has
produced an important body of research. This so-called « Contingent
Negative Variation » (CNV) has been interpreted as an index of expect
ancy, attention arousal, motivation, conation or preparation. After a
methodological description of CNV, the data sustaining the various hypothe
ses are examined. The temporal parameters existing in every situation
that generates CNV are then emphasized, and the hypothesis of a relation
between CNV and the physiological processes underlying time estimation
is proposed.
INTRODUCTION
Pour les chercheurs qui, il y a vingt ans, s'attachent à déchiffrer
les tracés électroencéphalographiques, la ligne de base de l'E.E.G.
ne semble pas digne du moindre intérêt : le hasard seul préside à ses
fluctuations dans le temps. L'école de Bristol, dirigée par Grey Walter,
apporte en 1964 un correctif à cette allégation, en montrant qu'une
déviation lente de polarité négative apparaît systématiquement sur
le scalp dans certaines situations expérimentales (flg. 1) : peu discer
nable de visu sur l'enregistrement, elle se dégage de l'électrogenèse
corticale après sommation d'une dizaine de tracés. C'est lors d'une
1. 31, chemin J.-Aiguier, 13009 Marseille.
L'Année psychologique. 2/77, 439-474 ,
F. Macar 440
tâche de temps de réaction (TR) simple, dans l'intervalle qui sépare le
signal avertisseur (Si) du signal impératif (S2), qu'elle est originellement
détectée (Walter et al., 1964) ; l'exigence d'une réponse motrice après S2
semble alors une condition nécessaire à son développement ; mais,
comme on le constatera par la suite (Walter, 1966 a ; Low et al., 1966 a),
SI 'SI S2 TR
A ^
B
Fig. 1
A. Schéma du protocole expérimental classiquement utilisé pour l'étude
de la CNV. SI = stimulus avertisseur ; S2 = stimulus impératif ; ISI = inter
valle interstimulus ; TR = temps de réaction.
B. CNV visible sur le tracé EEG contemporain d'un seul essai. Enregis
trement au vertex chez un sujet humain.
C. CNV obtenue au vertex chez le même sujet après sommation de
35 essais.
Dans cette figure comme dans les figures suivantes, la négativité des
phénomènes enregistrés sous l'électrode active par rapport à l'électrode de
référence est indiquée vers le haut.
le fait de remplacer cette réponse par un calcul mental, ou toute autre
tâche de même ordre, n'empêche pas l'apparition du phénomène. Même
très éloignées du protocole classique de TR, les situations les plus
diverses (Walter, 1966 a) suscitent la même déviation lente du potentiel
cortical pourvu qu'elles donnent au sujet la possibilité de prévoir
l'arrivée d'un événement significatif. Deux appellations sont dès lors
proposées par Walter pour désigner l'onde lente : contingent negative
variation (CNV) pour souligner sa dépendance par rapport aux stimulus
associés SI et S2, expectancy wave, eu égard à son éventuelle fonction.
Plus neutre sur le plan interprétatif, le premier terme a recueilli la
majorité des suffrages. Variations contingentes négatives 441
Le problème de l'interprétation s'est en effet rapidement révélé
épineux. Nous nous proposons, après une brève description méthodolog
ique, de passer en revue les différents concepts qui ont été mis en rela
tion avec la CNV, dans l'idée que les regroupements effectués sur cette
base dans la littérature sont arbitraires en ce qu'ils reflètent davantage
la diversité d'opinion des auteurs qu'une réelle différenciation des
facteurs intervenant dans les phénomènes considérés. Nous tenterons
ensuite, en mettant l'accent sur l'importance que prennent les para
mètres temporels dans tout protocole destiné à l'analyse de la CNV,
de défendre l'hypothèse selon laquelle ce phénomène serait lié aux
processus physiologiques sous-tendant l'estimation de la durée.
CARACTÉRISTIQUES DE LA CNV
LATENCE
Situé très précisément 467 ms après Si par Rebert et Knott (1970),
le début de la CNV accuse de légères différences d'évaluation selon les
auteurs. Loveless et Sanford (1974 a), d'accord avec McCalIum et
Papakostopoulos (1973), le placent 300 à 350 ms après SI ; Cohen (1969)
parle, quant à lui, de 260 ms. On peut dire, jusqu'à plus amples préci
sions, que la CNV débute 200 à 500 ms après SI, c'est-à-dire qu'elle
se superpose ou fait suite aux composantes tardives du potentiel évoqué
par ce signal. Il faut noter cependant que les premières composantes
du potentiel non spécifique évoqué au vertex présentent une négativité
plus prononcée si une CNV leur est consécutive que si le SI n'a pas
valeur de signal avertisseur ; mais cet effet reflète sans doute une
augmentation générale du niveau d'éveil plutôt qu'une contamination
du potentiel évoqué par la CNV, dont la latence serait alors de l'ordre
d'une centaine de millisecondes (Rebert et Knott, 1970).
FORME
Bien que Walter (1966 a) ait dès l'abord signalé la possibilité d'enre
gistrer des CNV — ou une succession de CNV — avec des intervalles
variés pouvant aller jusqu'à 15 s au moins, la plupart des auteurs ont
fait choix d'intervalles interstimulus (ISI) de 1 à 2 s. C'est sur des
durées de cet ordre que reposent les tentatives de classification de la
CNV en deux types (Cohen et al, 1967 ; Tecce, 1972), que Tecce désigne
par A et B (flg. 2) :
— le type A atteint rapidement, grâce à une pente initiale abrupte,
un niveau maximum de négativité qui se maintient jusqu'à S2 ;
— le type B présente une pente négative plus graduelle qui parvient
à son sommet à la fin de l'ISI. F. Macar 442
D'autres auteurs ont décrit en outre une négativité en forme de
dôme (Bostem et al, 1967 ; Dincheva et al, 1971 b), ou montrant un
regain final après un décours de ce type (Dincheva et al, 1971 b).
Avec les intervalles excédant 4 s, l'étude de ces types de CNV fait
place à celle de deux composantes, « précoce » et « tardive », qui ont été
récemment répertoriées.
D'après Klorman et Bentsen (1975), la composante précoce, qui
marque le début de la CNV, atteint sa négativité maximale 1 s à 1,5 s
après SI ; elle décline lentement pendant la seconde suivante, puis de
façon plus abrupte pour se terminer 3 à 3,5 s après SI. Dans cette étude,
l'ISI dure 4,5, 6 ou 7,5 s et le Si 0,5 ou 2 s. Weerts et Lang (1973), avec
TYPE A TYPE B
SI S2 St S2
Fig. 2. — Schéma des deux types de CNV définis par Tecce
un ISI de 8 s et des stimulus de 2 s chacun, font état d'un maximum de
négativité compris entre 1 et 2 s et d'un déclin monotone de la lre à
la 4e seconde. Pour Rohrbaugh et al. (1976), le maximum se situe environ
0,5 s après les premières composantes du potentiel évoqué par Si,
avec un ISI de 4 s. Pour Gaillard (1976) enfin, c'est environ 650 ms
après Si qu'apparaît le niveau maximum, avec un ISI de 1 ou de 3 s.
Ces différences d'évaluation découlent probablement des paramètres
propres à chaque expérience ; cependant, Loveless et Sanford (1974 b)
ne signalent aucune modification dans la latence du pic négatif, toujours
situé 1 s après Si, pour une gamme d'intervalles compris entre 1 et 15 s.
On pourrait supposer, au vu des mesures rapportées ci-dessus, que
le choix d'un ISI inférieur à 4 s limite la CNV à sa première composante.
Cependant, il semble que l'on assiste plutôt dans ce cas à une sommation
des composantes précoce et tardive, car la latence de cette dernière
dépend de la durée de l'intervalle choisi. Avec des intervalles divers,
mais constants dans une même série de façon que le sujet puisse prédire
le moment d'occurrence de S2, la composante tardive montre d'impor
tantes fluctuations interindividuelles dans sa latence et son amplitude ;
absente dans un ISI de 0,5 s, elle entraîne une augmentation d'amplitude
de la composante précoce si l'ISI dure 1 s, puis, sa latence augmentant
avec l'intervalle, elle se distingue de plus en plus nettement du premier Variations contingentes négatives 443
pic négatif, ce qui conduit à un tracé biphasique (Loveless et San-
ford, 1974 b). La composante tardive atteint son amplitude maximale
aux environs du moment d'occurrence de S2 (Weerts et Lang, 1973 ;
Loveless et Sanford, 1974 a et b ; Klorman, 1975 ; Klorman et
Bentsen, 1975), amplitude qui est généralement en relation inverse
1975).' avec la durée des ISI (McAdam et al, 1969 ; Loveless et Sanford,
uni- La signification des composantes précoce et tardive n'est pas
voque. Différents auteurs sont convaincus que la première est liée à la
réponse d'orientation provoquée par SI ; sujette à habituation (Weerts
et Lang, 1973), elle varie en fonction de l'intensité (Loveless et San
ford, 1975) et de la durée de SI (Klorman et Bentsen, 1975). A l'appui
de cette thèse sont citées les études dans lesquelles Si provoque une
déflexion négative même s'il est associé à un S2 qui n'invite le sujet à
aucune décision ni réponse manifeste (Low et al, 1966 a; Connor et
Lang, 1969). Cependant, même dans ce cas, SI reste annonciateur de S2
et place donc le sujet, si peu concerné qu'il se sente, dans une situation
d'attente. De plus, l'ISI impliqué dans l'étude de Low et al (1966 a)
est suffisamment court pour entraîner la sommation des composantes
précoce et tardive de la CNV, si bien qu'il paraît difficile de soutenir,
dans ce cas particulier, une argumentation qui voit dans la seule compos
ante précoce un indice cortical de la réponse d'orientation à Si. Enfin,
Klorman (1975) observe une habituation limitée de la composante pré
coce chez des sujets de 19 ans, et l'absence de toute habituation dans
les groupes plus jeunes ; on peut également constater cette absence
chez des sujets d'une vingtaine d'années, dans les études de Klorman
et Bentsen (1975). Si l'on ajoute à ces quelques remarques le fait que
l'intensité de Si montre un effet plus marqué sur la dernière partie de
la CNV que sur son début dans l'expérience de Connor et Lang (1969),
l'on conviendra que la composante précoce s'est sans doute vu trop
rapidement attribuer le nom d' « onde d'orientation ». Quant à la compos
ante tardive, elle serait, selon Weerts et Lang (1973), spécifiquement
liée à l'attention que le sujet porte à S2 ; ainsi, elle augmente d'amplitude
en cours d'expérience, à mesure que le sujet se familiarise avec l'inter
valle temporel séparant les stimulus et concentre de plus en plus eff
icacement son attention sur le moment d'occurrence de S2. Pour Rohr-
baugh et al. (1976), Loveless (1975) ou Gaillard (1976), elle reflète la
préparation à répondre plutôt que l'anticipation de S2. Lang et al.
(sous presse) constatent la disparition de la composante tardive lors-
qu'aucune réponse motrice n'est exigée. Loveless et Sanford (1974 a)
signalent que les différences d'attitude préparatoire induites chez les
sujets par des consignes contradictoires ont des effets sur la composante
tardive et non sur la composante initiale : le potentiel tardif est beau
coup plus ample si l'accent est mis sur la rapidité du TR que si l'on
demande au sujet d'éviter les réponses anticipées (c'est-à-dire effectuées
avant S2) même au détriment du TR. On peut dire, d'une manière 444 F. Macar
générale, que les effets constatés sur la CNV se retrouvent au niveau
de sa composante tardive. Indice de l'attention pour les uns, de la pré
paration pour les autres, la composante tardive suscite au niveau inter
prétatif les mêmes hypothèses que la CNV dans son ensemble ; on peut
d'ailleurs remarquer que l'amplitude maximale avant S2, très couram
ment choisie comme mesure de la CNV, intéresse toujours cette compos
ante, seule si l'ISI excède 4 ou 5 s, ou combinée avec la composante
précoce si l'ISI est plus court. Ainsi semble-t-il légitime de croire, avec
Weerts et Lang (1973), que la composante tardive constitue en fait
la CNV linéaire typiquement décrite dans la littérature.
AMPLITUDE
Compte tenu de toutes les considérations relatives à la forme de
la CNV, l'estimation de son amplitude dépend évidemment de la période
choisie pour effectuer la mesure : outre le niveau de négativité maximum,
on détermine généralement le voltage atteint juste avant S2, ou encore
à différents moments de l'ISI1. Avec des intervalles de 1 ou 2 s, les
mesures d'amplitude basées sur le niveau terminal de la CNV avant S2
traduisent un compromis entre le déclin de la composante précoce et
le front ascendant de la composante tardive. On rapporte généralement,
dans l'enregistrement sur le scalp chez l'homme, des amplitudes avoi-
sinant 20 ^V.
RÉSOLUTION
On appelle « résolution » le retour de la CNV à la ligne de base, qui
peut être suivi d'un rebond positif, le positive after-effect ; celui-ci est
particulièrement évident lorsqu'on présente au sujet des stimulus
visuels complexes, à contenu sémantique par exemple (Cohen et
Walter, 1966). On a d'abord associé la résolution à l'occurrence de S2 ;
Walter et al. (1964) notent qu'elle survient abruptement 120 ms après
celui-ci. Pour Wilkinson et Spence (1973), la résolution suit l'identif
ication globale du stimulus impératif. Pour Haider (1970), elle débute
lorsque le sujet prend une décision concernant l'action à accomplir.
Roth et al. (1975) l'associent également à un processus décisionnel.
1. Il arrive que l'on prenne en considération, non pas une mesure d'am
plitude relativement ponctuelle, mais la surface totale de la courbe ou
son intégrale à différents moments de l'ISI (Low et al., 1967; Ahston
et al., 1974 ; Järvilehto et Mantysalo, 1976) ; McCallum et Papakosto-
poulos (1973) ont montré que la surface intégrée de la CNV était en bonne
corrélation avec la mesure de l'amplitude finale. Quelques chercheurs ont,
en outre, élaboré des indices originaux, comme Weinberg et Cooper (1972)
dont l'index de reconnaissance permet d'évaluer les ressemblances des CNV
enregistrées avec une courbe modèle. Mais il est paradoxal que l'on ait si
rarement tenté de décrire le décours temporel d'un indice continu comme
la CNV. Variations contingentes négatives 445
Mais on peut prolonger la CNV en retardant l'exécution de la réponse
(Low et al., 1966 a), en faisant persister un S2 que le sujet était au
préalable accoutumé à interrompre par son appui sur une presselle
(Delaunoy et al, 1975), ou encore en troublant le sujet par des inter
férences propres à engendrer le stress (Gauthier et Gottesmann, 1976).
Weinberg (1972), dans un protocole de TR de choix dont l'ISI dure 1 s,
délivre 1 s après S2 un stimulus auditif (S3) de 500 ou 1 000 Hz. Deux
conditions expérimentales sont élaborées : dans la première, S3 varie
au hasard ; dans la seconde, il sert de feed-back au sujet, le son de haute
fréquence étant délivré si la réponse est correcte et l'autre s'il s'agit
d'une erreur. Selon Weinberg, la CNV persiste dans tous les cas jus
qu'à S3, le sujet essayant de décoder la signification de celui-ci avant
même de recevoir les instructions relatives au feed-back. Il suffit donc,
pour voir subsister la négativité, qu'un stimulus maintienne l'attention
du sujet vis-à-vis de la tâche1. Weinberg tire argument de ses obser
vations pour suggérer que les résolutions tardives constatées notamment
chez les psychotiques (Timsit-Berthier et al., 1973) pourraient être dues
au fait que ces malades supputent leur réponse un certain temps après
la fin de l'essai. Si l'on adopte cette hypothèse, on est amené à conclure
que la résolution de la CNV intervient lorsque prennent fin tous les pro
cessus de traitement de l'information, objective et subjective, liée à la
réponse ou à un stimulus significatif.
TOPOGRAPHIE
La CNV est maximale au vertex ; moins ample sur les aires parié
tales, elle décroît davantage encore en régions frontale et occipitale
(Walter, 1967). Si certains l'ont jugée plus accusée frontalement (Low
et al., 1966 a), c'est probablement en raison de sa contamination par
les potentiels oculaires (Vaughan, 1969)2. Cependant, le choix des
paramètres expérimentaux peut modifier le gradient topographique
1. Dans les tracés présentés par l'auteur, on ne peut cependant nier
l'existence d'une résolution, au moins partielle, consécutive au TR à S2 ;
il serait donc plus légitime de faire mention, non pas d'une persistance de
la négativité entre S2 et S3, mais de l'apparition de deux CNV successives,
la première se terminant avec les processus liés à la réponse à S2, la seconde
avec ceux que suscite S3.
2. Il est essentiel de contrôler l'influence des mouvements oculaires lors
de l'enregistrement de la CNV ; bon nombre d'expériences, surtout parmi les
plus anciennes, voient leur crédit diminuer pour avoir négligé ce genre de
précautions. Les champs électriques du dipôle cornéo-rétinien se distr
ibuent sur la totalité du scalp, si bien qu'un mouvement des yeux vers le
bas d'environ 10°, entraînant une déviation négative au niveau de l'électro-
oculogramme, produit une déviation de même sens, quoique moins ample,
au niveau du vertex (Hillyard, 1973). Hillyard (1974) a exposé en détail,
dans sa revue méthodologique, les diverses techniques qui peuvent être
employées pour éliminer les artefacts oculaires. 446 F. Macar
de la CNV ; si les stimulus avertisseur et impératif sont auditifs, la
CNV apparaît plus ample dans les régions antérieures ; des stimulus
visuels entraînent une augmentation d'amplitude dans les sites posté
rieurs (Ritter et al., 1974 ; Syndulko et Lindsley, 1974) ; enfin, des
stimulus verbaux engendrent une CNV plus ample en région pariétale
(Marsh et Thompson, 1973).
On admet généralement que la CNV se développe de façon symét
rique sur les deux hémisphères (Cohen, 1969) ; cependant, les réponses
cognitives ou verbales, par opposition aux réponses d'appui sur une
presselle, semblent favorables au développement d'une CNV plus ample
au niveau de l'hémisphère dominant (Butler et Glass, 1971 ; Low et
al., 1973). D'autre part, si l'on en croit Syndulko et Lindsley (1974),
dans le cas d'une réponse motrice, la CNV enregistrée au niveau de l'aire
de représentation sensorimotrice de la main est plus ample sur l'hémi
sphère contralatéral par rapport au membre impliqué. Ceci pose le
problème des relations entre la CNV et les potentiels moteurs qui pré
cèdent l'exécution d'un mouvement volontaire tel que l'appui du doigt
sur une presselle, en particulier le readiness potential (RP) ou Bereit
schaftspotential. Ce potentiel négatif débute environ 850 ms avant un
mouvement rapide de la main ou du pied et croît progressivement
jusqu'à celui-ci. Il est maximal au vertex, bilatéralement symétrique
selon la plupart des auteurs1, et augmente avec la motivation du sujet
et son implication dans la tâche (Kornhuber et Deecke, 1965; Korn-
huber et al., 1969 ; McAdam et Seales, 1969 ; Goto et al, 1973). CNV
et RP risquent donc d'être souvent confondus; Tecce (1972) a proposé
de les distinguer sur la base des protocoles expérimentaux, et a nommé
« CNV hybride » ou « Complexe CNV » la combinaison de la CNV et des
potentiels moteurs décelable dans les protocoles comportant deux
stimulus couplés et une réponse motrice après S2. C'est donc de cette
« CNV hybride » que traitent, en fait, la plupart des études désignées
comme relatives à la seule CNV.
LES HYPOTHÈSES INTERPRÉTATIVES
ET LEURS BASES EXPÉRIMENTALES
Plusieurs interprétations ont été avancées en ce qui concerne la
CNV ; nous allons décrire maintenant le type de données sur lesquelles
chacune d'entre elles s'appuie.
l'expectative
Dès leurs premiers travaux, Walter et ses collaborateurs supposent
une relation entre la CNV et l'expectative, définie comme la probabilité
1. Pour McAdam et Seales (1969), le Bereitschafts potential est plus
ample sur l'hémisphère contralatéral au membre impliqué dans la réponse. Variations contingentes négatives 447
subjective que S2 suivra Si. Cette hypothèse repose principalement
sur les résultats qui découlent de la procédure d'équivocation : si S2
est omis dans un certain pourcentage d'essais, la CNV diminue d'ampli
tude dans l'ensemble de la série (Walter et al., 1964 ; Low et al., 1966 a)1.
Selon Walter (1966 a), il arrive même que la CNV reflète très précis
ément la probabilité d'apparition de S2, quoique la probabilité subjec
tive puisse être différente d'un sujet à l'autre. Lorsque S2 est supprimé
au cours de plusieurs dizaines d'essais successifs, la CNV finit par dis
paraître ; cette extinction est presque immédiate si le sujet est préala
blement averti de ce qui va se passer ; la CNV peut être ensuite très
rapidement restaurée par le rétablissement de la liaison S1-S2.
l'attention
Tecce (1972) définit comme un « processus organismique
hypothétique, caractérisé par des fonctions directionnelles, qui facilite
la sélection, dans l'environnement, de stimulus significatifs (internes
ou externes) à l'exclusion d'autres stimulus, et conduit à répondre aux
stimulus significatifs ». Pour Tecce, l'amplitude de la CNV serait en
relation directe avec l'attention que le sujet accorde à S2.
L'argument le plus important en faveur de cette hypothèse est tiré
des expériences relatives à la distraction. L'effet perturbant de ce facteur
sur la CNV a été indiqué dès les premiers travaux de l'école de Bristol.
La procédure générale consiste à délivrer au sujet, pendant l'ISI, des
stimulus externes qui détournent son attention du protocole expéri
mental : sons parasites, conversation, lecture à haute voix. L'amplitude
de la CNV semble d'autant plus affectée que les stimulus pertur
bants présentent d'intérêt pour le sujet (McCallum et Walter, 1968 ;
McCallum, 1969).
On peut aussi obtenir un effet de distraction en présentant les signaux
parasites non plus dans l'ISI, mais entre les essais. Ainsi, dans une
étude de Tecce et Scheff (1968, 1969), 4 lettres ou 4 chiffres différents
sont énoncés par l'expérimentateur avant ou pendant le déroulement
d'un paradigme S1-S2-TR. Le sujet doit répéter, au terme de chaque
essai, la séquence de stimulus entendue. L'allongement du TR ne
s'observe que si les verbaux interviennent pendant l'inter
valle S1-S2, mais la CNV montre dans tous les cas une réduction d'ampli
tude identique. Pour les auteurs, ces résultats indiquent que la CNV
est en relation directe avec les processus attentionnels.
La distraction peut être engendrée par les propres pensées du
sujet (McCallum, 1967 ; McCallum et Walter, 1968) ; si l'on en croit
Walter (1967), l'inconsistance des CNV souvent constatée chez les
malades souffrant d'anxiété chronique pourrait être due à une distrac-
1. Hillyard et Galambos (1967) n'ont pu confirmer ces résultats en
réduisant à .5 la probabilité d'association entre SI et S2.

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