Spécialisation hémisphérique et mémoire des mots : effets d'une tâche interférente - article ; n°1 ; vol.84, pg 9-20

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L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 1 - Pages 9-20
Résumé
On a comparé la performance de deux groupes de sujets adultes droitiers dans deux tâches successives de rappel libre et de reconnaissance d'une liste de substantifs de trois lettres présentés selon la méthode taehistoscopique avec point de fixation central. Les sujets du groupe 1 étaient placés dans une situation de mémorisation dans laquelle les sources possibles d'interférence étaient réduites au minimum. Ceux du groupe 2 étaient soumis, au cours de la mémorisation, à une tâche verbale fortement interférente. Les résultats obtenus font apparaître :
1) Une performance globale supérieure pour le groupe 1 ;
2) La classique supériorité de la reconnaissance sur le rappel ;
3) Une supériorité globale de l'hémichamp visuel droit;
4) Une interaction significative entre type de test de rétention et niveau d'interférence seulement pour le groupe 1 ;
5) Une interaction double significative entre hémichamp de présentation, type de test de rétention et niveau d'interférence. Ces résultats sont discutés et interprétés en termes de spécialisation fonctionnelle hémisphérique. Ils suggèrent que les processus mis en jeu dans la mémorisation d'une liste de mots seraient bien de nature différente, cette spécificité se manifestant notamment au niveau des mécanismes d'accès à l'information stockée.
Mots clefs : spécialisation hémisphérique, mémoire des mots, interférence.
Summary : Hemispheric specialization and memory for words : effect of an interferent task.
The performance of two groups of right-handed adult subjects was compared in two successive tasks involving free recall and recognition of tachistoscopically presented lists of three-letter substantives. For the subjects of group 1, possible sources of interference were reduced. In group 2, a verbal strongly interferent task was interpolated during the memorization. The results showed :
1) A better global memorization for group 1 as compared wiih group 2.
2) A higher performance in recognition than in free recall.
3) A superiority of the right visual field.
4) A significant interaction between type of retention test and level of interference, only in group 1.
5) A significant interaction between the three factors studied : The effect of the interpolated interferent task is more important in the right visual field, but only when the retention is tested in a free recall task.
These results are discussed and interpreted in terms of functional hemispheric specialization. They suggest that hemispheric processes involved during the memorization of a verbal material are different in the two cerebral hemispheres. This hemispheric specificity would appear mainly at the level of the recovery mechanisms of the memorized information.
Key-words : hemispheric specialization, word memory, interference.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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J.-L. Juan de Mendoza
D. Grosso
Spécialisation hémisphérique et mémoire des mots : effets d'une
tâche interférente
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°1. pp. 9-20.
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Juan de Mendoza J.-L., Grosso D. Spécialisation hémisphérique et mémoire des mots : effets d'une tâche interférente. In:
L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°1. pp. 9-20.
doi : 10.3406/psy.1984.28998
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_1_28998Résumé
Résumé
On a comparé la performance de deux groupes de sujets adultes droitiers dans deux tâches
successives de rappel libre et de reconnaissance d'une liste de substantifs de trois lettres présentés
selon la méthode taehistoscopique avec point de fixation central. Les sujets du groupe 1 étaient placés
dans une situation de mémorisation dans laquelle les sources possibles d'interférence réduites
au minimum. Ceux du groupe 2 étaient soumis, au cours de la mémorisation, à une tâche verbale
fortement interférente. Les résultats obtenus font apparaître :
1) Une performance globale supérieure pour le groupe 1 ;
2) La classique supériorité de la reconnaissance sur le rappel ;
3) Une supériorité globale de l'hémichamp visuel droit;
4) Une interaction significative entre type de test de rétention et niveau d'interférence seulement pour le
groupe 1 ;
5) Une interaction double significative entre hémichamp de présentation, type de test de rétention et
niveau d'interférence. Ces résultats sont discutés et interprétés en termes de spécialisation
fonctionnelle hémisphérique. Ils suggèrent que les processus mis en jeu dans la mémorisation d'une
liste de mots seraient bien de nature différente, cette spécificité se manifestant notamment au niveau
des mécanismes d'accès à l'information stockée.
Mots clefs : spécialisation hémisphérique, mémoire des mots, interférence.
Abstract
Summary : Hemispheric specialization and memory for words : effect of an interferent task.
The performance of two groups of right-handed adult subjects was compared in two successive tasks
involving free recall and recognition of tachistoscopically presented lists of three-letter substantives. For
the subjects of group 1, possible sources of interference were reduced. In group 2, a verbal strongly
interferent task was interpolated during the memorization. The results showed :
1) A better global memorization for group 1 as compared wiih group 2.
2) A higher performance in recognition than in free recall.
3) A superiority of the right visual field.
4) A significant interaction between type of retention test and level of interference, only in group 1.
5) A significant interaction between the three factors studied : The effect of the interpolated interferent
task is more important in the right visual field, but only when the retention is tested in a free recall task.
These results are discussed and interpreted in terms of functional hemispheric specialization. They
suggest that hemispheric processes involved during the memorization of a verbal material are different
in the two cerebral hemispheres. This hemispheric specificity would appear mainly at the level of the
recovery mechanisms of the memorized information.
Key-words : hemispheric specialization, word memory, interference.L'Année Psychologique, 1984, 84, 9-20
MÉMOIRES ORIGINAUX
Université de Nice
Laboratoire de Psychologie
expérimentale et comparée
UER de Lettres et Sciences humaines1
SPÉCIALISATION HÉMISPHÉRIQUE
ET MÉMOIRE DES MOTS :
EFFETS D'UNE TACHE INTERFÉRENTE
par Jean-Louis Juan de Mendoza
et Daniel Grosso
SUMMARY : Hemispheric specialization and memory for words : effect
of an interfèrent task.
The performance of two groups of right-handed adult subjects was
compared in two successive tasks involving free recall and recognition of
tachistoscopically presented lists of three-letter substantives. For the subjects
of group 1, possible sources of interference were reduced. In group 2, a
verbal strongly interfèrent task was interpolated during the memorization.
The results showed :
1) A better global memorization for group 1 as compared with group 2.
2) A higher performance in recognition than in free recall.
3) A superiority of the right visual field.
4) A significant interaction between type of retention test and level of
interference, only in group 1.
5) A between the three factors studied : The effect
of the interpolated interfèrent task is more important in the right visual
field, but only when the retention is tested in a free recall task.
These results are discussed and interpreted in terms of functional hemis
pheric specialization. They suggest that hemispheric processes involved
1. bp 369, 06007 Nice Cedex. J.-L. Juan de Mendoza el D. Grosso 10
during the memorization of a verbal material are different in the two cerebral
hemispheres. This hemispheric specificity would appear mainly at the level
of the recovery mechanisms of the memorized information.
Key-words : specialization, word memory, interference.
De nombreuses observations cliniques et un ensemble impor
tant de résultats expérimentaux tendent à accréditer l'hypo
thèse selon laquelle les deux hémisphères cérébraux posséderaient
des aptitudes différentes mais complémentaires dans le trait
ement des informations. Dans cette perspective, il est généraladmis que l'hémisphère gauche traiterait préférentiellement
le matériel (surtout verbal) selon un mode analytique sériel,
alors que l'hémisphère droit serait plus apte à un traitement
analogique-holistique des données (surtout visuo-spatiales).
Nous avons tenté, dans un travail précédent, de mettre en
évidence que la supériorité, couramment observée, de l'hémi
sphère gauche dans le traitement perceptif des données verbales
pouvait aussi se manifester dans leur mémorisation. Nous avons
pu montrer à cette occasion qu'une liste de mots de trois lettres,
présentés selon la méthode tachistoscopique avec point de fixa
tion central, était mieux rappelée lorsque les mots étaient apparus
dans l'hémichamp visuel droit, à probabilité d'identification
équivalente dans les deux hémichamps (Juan de Mendoza et
Grosso, 1980). Mais cette différence ne se retrouvait pas dans une
tâche de reconnaissance. Or, un mot écrit constitue à la fois une
unité signifiante et une unité perceptive, et nous avions alors
émis l'hypothèse que le traitement perceptif des formes gra
phiques, plus important en reconnaissance, mettrait en jeu une
activité hémisphérique droite accrue, atténuant les effets liés
au traitement sémantique ou signifiant des données verbales
par l'hémisphère gauche (Geffen, Bradshaw et Nettleton, 1972).
Ces résultats soulèvent un certain nombre d'interrogations :
— Un premier problème est inhérent au type même d'expé
riences utilisées, dans lesquelles on mesure une différence de
performances en fonction des hémichamps de présentation des
stimulus. On peut en effet invoquer au moins deux classes d'hypo
thèses explicatives des effets de latéralité observés :
Dans une première catégorie d'hypothèses, formulées en
termes purement quantitatifs, les deux hémisphères cérébraux
mettraient en œuvre, dans une situation donnée, des activités iden
tiques. La performance supérieure observée dans un hémichamp Spécialisation hémisphérique 11
par rapport à l'autre ne ferait que traduire, dans ce cas, une plus
grande rapidité de l'hémisphère contra-latéral à traiter l'informat
ion, ou une aptitude à traiter un plus grand nombre de données.
Mais un second type d'hypothèses peut aussi être avancé,
en termes d'activités spécifiques, à chaque hémisphère. Dans cette
perspective, les deux hémisphères cérébraux mettraient en œuvre
des processus différents lors du traitement d'un matériel donné.
La différence de performances en faveur d'un hémichamp visuel
traduirait alors une meilleure adéquation des processus spéci
fiques de l'hémisphère contra-latéral à la situation proposée (mat
ériel, conditions expérimentales, activités induites chez le sujet).
— Un second problème concerne plus particulièrement la
différence de rendement mnémonique observée en fonction du
mode d'examen de la rétention. Pour rendre compte de cette entre rappel et reconnaissance, on trouve là encore
un débat théorique sur l'unicité ou la dualité des processus
mnésiques mis en jeu.
On peut en effet se demander si rappel et reconnaissance
constituent deux révélateurs inégalement sensibles des mêmes
processus psychologiques (Lecocq et Tiberghien, 1973) ou si,
au contraire, chacun des indicateurs de la rétention est relié
spécifiquement à des processus psychologiques différents (Tiber
ghien et Lecocq, 1973). Cette alternative peut d'ailleurs appar
aître à certains égards comme trop manichéenne dans la mesure
où il est possible d'admettre l'éventualité d'un continuum entre
ces deux modes d'examen de la rétention. Dans cette conception,
le contexte (d'encodage et de récupération) et l'activité de
recherche en mémoire (intentionnelle et conditionnelle) joueraient
un rôle essentiel (Tiberghien, 1976 ; Tiberghien, 1980 ; Tiber
ghien et Lecocq, 1983).
Or, nous pensons que l'introduction d'une tâche interférente
au cours de la mémorisation, sans permettre de répondre de
façon définitive à la question de la nature des processus psycho
logiques mis en jeu, serait néanmoins susceptible d'apporter
quelques éléments de réponse à ces interrogations. On peut en
effet penser que l'impact d'une telle tâche devrait se manifester
de façon différentielle sur des mécanismes psychologiques diffé
rents et devrait donc s'accompagner dans ce cas d'une modifi
cation significative de l'écart de performances observé. Ce ra
isonnement peut aussi bien s'appliquer aux effets de latéralité
qu'aux différences entre rappel et reconnaissance. J.-L. Juan de Mendoza ei D. Grosso 12
En d'autres termes, si les deux hémisphères cérébraux mettent
en jeu des mécanismes différents, on peut prédire une interaction
entre le caractère plus ou moins interfèrent de la tâche interpolée
et l'hémisphère cérébral interrogé. De même, on devrait observer
une interaction entre niveau d'interférence et mode d'examen de
la rétention si les activités psychologiques dans le rappel et la
reconnaissance ne sont pas de même nature.
Dans cette perspective, la présente expérience a pour objet
d'aborder deux problèmes :
— Unicité ou dualité des processus mis en jeu par les deux
hémisphères cérébraux dans le traitement des données à mémor
iser et niveau du processus mnémonique auquel pourrait se
manifester cette spécialisation hémisphérique (encodage, stockage,
ou récupération de l'information mémorisée).
— Secondairement, apport de quelques éléments de réponse
à la question de l'unicité ou de la dualité des mécanismes inte
rvenant dans le rappel et la reconnaissance.
Compte tenu du principe énoncé plus haut, une tâche plus
ou moins interférente a été introduite au cours de la mémorisat
ion d'une liste de mots, afin d'examiner l'effet d'une telle per
turbation selon l'hémisphère cérébral (droit ou gauche) sollicité
en priorité, et selon le mode d'examen de la rétention (rappel ou
reconnaissance) .
EXPÉRIENCE
SUJETS
40 sujets adultes (28 femmes, 12 hommes), droitiers manuels et
oculaires, âgés de 18 à 38 ans, ont participé à cette expérience. Afin
d'éviter une source importante de variabilité (Juan de Mendoza, 1980),
la dextralité oculaire des sujets était vérifiée à l'aide de deux épreuves
adaptées du test de latéralité de Harris (1961) : visée dans une lunette et
visée sur un doigt.
MATÉRIEL
La liste de mots à mémoriser se composait de 14 substantifs de 3 let
tres identifiables de façon équiprobable dans les deux hémichamps
visuels, afin de neutraliser d'éventuels effets de latéralité dès le niveau
perceptif. Ces 14 mots avaient été sélectionnés au préalable parmi
40 substantifs concrets de 3 lettres extraits des manuels de vocabulaire
d'usage courant de cours élémentaire. La liste à apprendre était cons
tituée des stimulus suivants : blé, eau, air, dur, gel, épi, roc, but, vin, âge, Spécialisation hémisphérique 13
nef, sol, riz, ver. Chaque mot était écrit en caractères Folio minuscule
de 7,5 mm (réf. Letraset 426). Le milieu du mot était décalé de 6,5°
d'angle visuel à droite ou à gauche du point de fixation oculaire situé
au centre du champ tachistoscopique.
PROCÉDURE
Les stimulus étaient présentés à l'aide d'un tachistoscope à deux
canaux (EAP.TCT) selon la méthode mise au point par Mishkin et
Forgays (1952) au rythme d'un mot toutes les huit secondes. La durée
d'exposition des stimulus était fixée à cent cinquante millisecondes.
Ceux-ci apparaissaient à droite ou à gauche du point de fixation oculaire
selon un ordre imprévisible pour le sujet. Les stimulus présentés dans
l'hémichamp visuel droit pour la moitié des sujets apparaissaient gauche pour l'autre moitié. L'ordre de présentation des
mots de la liste variait d'un sujet à l'autre.
Les sujets étaient divisés en deux groupes de 20 individus chacun
(14 femmes, 6 hommes) . Avant que leur soit proposée la liste à mémoriser,
tous étaient familiarisés avec la situation expérimentale grâce à une série
de 6 stimulus présentant les mêmes caractéristiques que les stimulus
d'apprentissage, à identifier à voix haute pour contrôle.
On demandait ensuite au sujet de retenir, sans les nommer à haute
voix, tous les mots qu'il verrait apparaître.
Le groupe 1 (interférence faible) était placé dans des conditions de
mémorisation dans lesquelles les sources éventuelles d'interférence
étaient réduites au minimum. A cette fin, afin d'éviter de possibles per
turbations induites par le rappel systématique par l'expérimentateur
de la consigne de fixation oculaire, le point central de fixation était
constitué par une diode électro-luminescente dont le clignotement pen
dant deux secondes avant l'exposition de chaque stimulus avait pour
but d'attirer l'attention et le regard du sujet.
Les sujets du groupe 2 (interférence forte) étaient soumis, au cours de
la mémorisation, à une tâche consistant, entre deux présentations de
stimulus, à compter à haute voix de 1 à 8, puis de 8 à 1 entre les deux
présentations suivantes, jusqu'à la fin de la liste.
Trente secondes après que le dernier mot de la liste fût présenté, tous
les sujets étaient soumis à une épreuve de rappel libre au cours de laquelle
ils devaient écrire, en temps libre et dans l'ordre qu'ils désiraient, tous les
mots dont ils se souvenaient. Puis, cette épreuve terminée, il leur était
proposé une épreuve de reconnaissance consistant à souligner les mots
reconnus à l'intérieur d'une liste de 96 substantifs de 3 lettres dactylo
graphiés sur 6 colonnes.
Au cours des trente secondes séparant la fin de la présentation de la
liste de la tâche de rappel, l'expérimentateur échangeait quelques
propos avec le sujet. 14 J.-L. Juan de Mendoza et D. Grosso
RÉSULTATS
Dans cette expérience, les variables indépendantes testées
sont : l'existence d'une tâche faiblement ou fortement interfé-
rente au cours de la mémorisation, l'hémichamp visuel de pré
sentation des stimulus à mémoriser, et le mode d'examen de la
rétention.
La variable dépendante est constituée par le nombre de mots
correctement restitués. Le plan expérimental correspond à un
plan factoriel à trois facteurs : un facteur inter-groupes (niveau
d'interférence) et des mesures répétées sur les deux autres fac
teurs croisés (mode d'examen de la rétention et hémichamp
visuel de présentation). Chaque facteur est présent sous deux
modalités.
MOMBHE MOYEN Ufc) MOTS CORRECTE KENT RESTITUES
5--
3,15
RAPPEL
RECONNAISSANCE
▲ HEMICHAMP VISUEL DROIT
A GAUCHE
II
(INTERFERENCE FAIBLE) (INTERFERENCE FORTE)
Fig. 1. — Nombre moyen de mots correctement restitués
en fonction de leur position dans le champ visuel,
du mode d'examen de la rétention et du niveau d'interférence Spécialisation hémisphérique 15
L'analyse de la variance effectuée sur ces résultats fait appar
aître les effets suivants :
1° La présence d'une tâche fortement interférente a un effet
de dégradation globale de la performance [F(1)38) = 23,14 ;
P < .001].
2° La performance mnésique est meilleure en reconnaissance
qu'en rappel libre [F(1>88) = 23,41 ; P < .001].
3° La mémorisation est meilleure pour les mots apparus
dans l'hémichamp visuel droit [F(1>38) = 4,08 ; P < .05].
4° Dans nos conditions expérimentales, il n'apparaît pas
d'interaction simple, que ce soit entre niveau d'interférence et
mode d'examen de la rétention [F(1>38) = 0,21 ; NS], niveau d'in
terférence et hémichamp de présentation [F(1)38) = 3,54 ; NS],
ou hémichamp et mode d'examen [F(1>38) = 1,45 ; NS].
5° Par contre, et surtout, il existe une interaction double
significative entre les trois facteurs étudiés [F(1>38) = 8,24 ;
P < .01]. Ainsi, l'effet d'interférence est plus important pour
les mots apparus dans l'hémichamp visuel droit, mais seulement
dans une situation de rappel libre.
D'autre part, des analyses spécifiques ont été effectuées. Elles
font apparaître les résultats suivants :
1° Lorsque la rétention est examinée en rappel libre, une dif
férence de performance se manifeste en faveur de l'hémichamp
visuel droit [F(1)38) = 4,71 ; P < .05]. Mais l'effet d'interférence
est très marqué pour les mots apparus dans l'hémichamp droit
(l = 4,87 ; P < .001) sans que la performance subisse de dégra
dation importante dans l'hémichamp gauche (t = 1,11 ; NS).
Il n'est donc pas étonnant que, dans le cas du rappel libre, on
constate une interaction significative entre niveau d'interférence
et hémichamp de présentation des stimulus [F(1>38) — 8,98 ;
F < .01].
2° Par contre, en reconnaissance, l'introduction de la tâche
interférente entraîne une diminution globale de la performance
[F(1>88) = 8,49 ; P < .01], mais son effet est comparable dans
les deux hémichamps [F(1>38) = 0,95 ; NS]. D'où l'absence d'in
teraction significative entre niveau d'interférence et hémichamp
de stimulation [F(1)38) = 0,06 ; NS].
3° Dans la condition de mémorisation avec interférence
minimale (groupe 1), la performance est globalement meilleure
en reconnaissance [F(1>38) = 15,87 ; P < .01] et globalement
meilleure dans l'hémichamp visuel droit [F(1>38) = 9,51; P < .01], 16 J.-L. Juan de Mendoza et D. Grosso
mais surtout, il existe une interaction significative entre mode
d'examen de la rétention et hémichamp de présentation des
stimulus [F(1>38) = 5,87 ; P < .05].
4° Dans la condition avec forte interférence, seul se manifeste
de façon significative un effet du mode d'examen en faveur
de la reconnaissance [F(1)38) = 10,70 ; P < .01]. La perfo
rmance moyenne est comparable dans les deux hémichamps
[F(i,38) = 0,13 ; NS] et l'interaction entre mode d'examen et h
émichamp de stimulation n'est pas significative [F(138) = l,02;NS].
DISCUSSION
1. Concernant les effets de latéralité observés, ceux-ci,
compte tenu du type de matériel utilisé (mots de trois lettres),
peuvent être raisonnablement interprétés en termes de dissy
métrie fonctionnelle cérébrale (Bradshaw, Nettleton et Taylor,
1981). Dans cette perspective, les résultats obtenus en rappel
dans la condition d'interférence minimale font apparaître une
supériorité de l'hémisphère gauche dans le traitement mnémon
ique de données verbales. Ceci s'accorde avec la classique supé
riorité observée de l'hémisphère gauche dans le traitement des
stimulus verbaux (Kimura, 1961 ; White, 1972 ; Ellis et
Shepherd, 1974 ; Klein, Moscovitch et Vigna, 1976 ; Hines, 1978 ;
Moscovitch, 1979 ; Sergent, 1983). De plus, on constate que cette
supériorité disparaît lorsque l'examen de la rétention se fait à
l'aide d'une tâche de reconnaissance, ce qui confirme nos obser
vations antérieures (Juan de Mendoza et Grosso, 1980).
Mais il n'en est pas de même dans la condition de mémorisat
ion en présence d'une tâche fortement interférente. Dans ce cas,
en effet, la perturbation consécutive à l'introduction d'une telle
tâche se manifeste de façon différentielle selon l'hémichamp
visuel de présentation des stimulus et selon que la mémorisation
est examinée en rappel ou en reconnaissance. La différence de
sensibilité à l'interférence entre les deux hémichamps dans une
tâche de rappel milite en faveur d'une conception dualiste des
mécanismes mis en jeu par les deux hémisphères cérébraux dans
le traitement des informations (Bradshaw et Nettleton, 1981 ;
Bradshaw et coll., 1981). Sans préjuger de la nature de ces pro
cessus, on peut estimer que les activités hémisphériques gauches
au cours de la mémorisation seraient plus sensibles au type

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