Spécialisation hémisphérique, perception et mémoire des mots - article ; n°2 ; vol.80, pg 367-378

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L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 2 - Pages 367-378
Résumé
Deux expériences ont permis de comparer la performance de sujets adultes droitiers dans des tâches d'identification, de rappel libre et de reconnaissance de substantifs en fonction de la position des stimulus dans le champ visuel (durée de présentation 150 ms).
Les résultats obtenus font apparaître une supériorité significative des performances dans l'identification, le rappel et la reconnaissance de substantifs de 5 lettres lorsque ceux-ci sont présentés dans l'hémichamp visuel droit.
Par contre, à probabilité d'identification équivalente, des substantifs de 3 lettres présentés dans l'hémichamp visuel droit sont mieux rappelés, mais pas mieux reconnus, que ceux qui étaient apparus dans l'hémichamp gauche.
Ces résultats sont interprétés en termes de spécialisation fonctionnelle des hémisphères cérébraux dans la perception et le traitement, en vue de leur mémorisation, des données verbales signifiantes.
Summary
In two experiments, performance of right-handed adult subjects was compared in tasks involving identification, free recall and recognition of tachistoscopically presented lists of nouns, as a function of their position in the visual field.
The results show significantly higher performance in the identification, free recall and recognition of five-letter words when they are presented in the right visual half-field.
However, three-letter nouns which have an equivalent probability of identification are better recalled but not better recognized when presented in the right visual half-field as compared with the left one.
These findings are interpreted as the resuit of a functional superiority of the left cerebral hemisphere in the perception and semantic processing of verbal material.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
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J.-L. Juan de Mendoza
Spécialisation hémisphérique, perception et mémoire des mots
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°2. pp. 367-378.
Résumé
Deux expériences ont permis de comparer la performance de sujets adultes droitiers dans des tâches d'identification, de rappel
libre et de reconnaissance de substantifs en fonction de la position des stimulus dans le champ visuel (durée de présentation 150
ms).
Les résultats obtenus font apparaître une supériorité significative des performances dans l'identification, le rappel et la
reconnaissance de substantifs de 5 lettres lorsque ceux-ci sont présentés dans l'hémichamp visuel droit.
Par contre, à probabilité d'identification équivalente, des substantifs de 3 lettres présentés dans l'hémichamp visuel droit sont
mieux rappelés, mais pas mieux reconnus, que ceux qui étaient apparus dans l'hémichamp gauche.
Ces résultats sont interprétés en termes de spécialisation fonctionnelle des hémisphères cérébraux dans la perception et le
traitement, en vue de leur mémorisation, des données verbales signifiantes.
Abstract
Summary
In two experiments, performance of right-handed adult subjects was compared in tasks involving identification, free recall and
recognition of tachistoscopically presented lists of nouns, as a function of their position in the visual field.
The results show significantly higher performance in the identification, free recall and recognition of five-letter words when they
are presented in the right visual half-field.
However, three-letter nouns which have an equivalent probability of identification are better recalled but not better recognized
when presented in the right visual half-field as compared with the left one.
These findings are interpreted as the resuit of a functional superiority of the left cerebral hemisphere in the perception and
semantic processing of verbal material.
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Juan de Mendoza J.-L. Spécialisation hémisphérique, perception et mémoire des mots. In: L'année psychologique. 1980 vol.
80, n°2. pp. 367-378.
doi : 10.3406/psy.1980.28327
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_2_28327L'Année Psychologique, 1980, 80, 367-378
Université de Nice
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée1
SPÉCIALISATION HÉMISPHÉRIQUE,
PERCEPTION ET MÉMOIRE DES MOTS
par Jean-Louis Juan de Mendoza et Daniel Grosso
SUMMARY
In two experiments, performance of right-handed adult subjects
was compared in tasks involving identification, free recall and
recognition of tachistoscopically presented lists of nouns, as a
function of their position in the visual field.
The results show significantly higher performance in the identifi
cation, free recall and recognition of five-letter words when they are
presented in the right visual half-field.
However, three-letter nouns which have an equivalent probability
of identification are better recalled but not better recognized when
presented in the right visual half-field as compared with the left one.
These findings are interpreted as the result of a functional
superiority of the left cerebral hemisphere in the perception and
semantic processing of verbal material.
INTRODUCTION
« L'habitude que nous prenons dès la première enfance
de répartir le travail entre nos deux hémisphères, et de
demander de préférence les opérations les plus difficiles
à notre hémisphère gauche, finit par devenir une seconde
nature ». Ainsi s'exprimait Broca dans sa communication du
15 juin 1865 à la Société d'Anthropologie de Paris.
1. 98, boulevard Edouard-Herriot, 06036 Nice Cedex. 368 J.-L. Juan de Mendoza et D. Grosso
Depuis, les données disponibles sur le rôle des hémis
phères cérébraux dans la perception et le traitement de
l'information se sont considérablement enrichies, en
particulier grâce aux observations tirées de la pathologie
accidentelle ou chirurgicale affectant l'un ou l'autre hémis
phère ou les liaisons interhémisphériques (Hécaen, 1978 ;
Kinsbourne, 1978). Les résultats ainsi rassemblés ont
progressivement fait évoluer la conception d'une dominance
générale de l'hémisphère contrôlant le langage articulé vers
une notion de spécialisation fonctionnelle plus ou moins
étroite de chaque hémisphère cérébral : il est généralement
admis actuellement que l'hémisphère gauche manifesterait,
chez le sujet droitier, une compétence plus marquée pour
le traitement sémantique des données verbales, l'hémisphère
droit étant plutôt spécialisé dans l'appréhension de l'espace
et des formes, abstraction faite de leur signification éventuelle.
C'est ainsi que Hécaen (1978) admet que la nature de
l'information déterminerait un mode de traitement préfé
rentiel par l'un ou l'autre hémisphère, ou par les deux à la
fois.
Par ailleurs, de nombreuses recherches visant à l'étude
de la perception des informations verbales à l'aide de
techniques utilisables chez le sujet normal ont fourni des
résultats démontrant l'existence d'« effets de latéralité ».
Parmi ces techniques, celle mise au point par Mishkin et
Forgays (1952) dans le domaine visuel a donné lieu à de
nombreux travaux : elle consiste à présenter au tachistoscope
en vision binoculaire, à des sujets dont le regard demeure
fixé sur un point situé au centre du champ tachistoscopique,
des stimulus apparaissant dans l'hémichamp visuel droit ou
gauche, à une durée de présentation inférieure au temps
nécessaire pour le décrochage du regard et la fixation oculaire
du stimulus. On peut considérer qu'une durée d'exposition
de 150 millisecondes répond à cet impératif (Crovitz et Daves,
1962 ; Lévy-Schoen, 1962). Dans ces conditions, on peut
admettre, en s'appuyant sur les propriétés anatomiques des
voies visuelles chez l'homme, que l'information visuelle est
traitée en priorité par l'hémisphère cérébral contra-latéral à
l'hémichamp visuel dans lequel le stimulus est apparu
(Kimura, 1973).
Mishkin et Forgays (1952) avaient démontré grâce à ce Perception et mémoire des mots 369
procédé que des mots anglais étaient mieux identifiés par
des sujets droitiers de langue anglaise lorsqu'ils étaient
présentés dans l'hémichamp visuel droit. Ces résultats ont
été confirmés à plusieurs reprises (Heron, 1957 ; Bryden,
1960; Harcum et Jones, 1962).
De même, il a été montré que des séries de lettres
présentées simultanément dans le champ visuel étaient
mieux rappelées immédiatement après leur présentation
lorsqu'elles étaient apparues à droite du point de fixation
central (Bryden et Rainey, 1963 ; Harcum, 1964 ; Bryden,
1966 (a) ).
S'il semble que le caractère signifiant ou non du matériel
présenté ne soit pas la seule variable intervenant dans les
effets observés2, il apparaît bien établi que l'identification
et le rappel immédiat de mots se lisant normalement de
gauche à droite soient meilleurs lorsque ces mots sont
présentés à des sujets adultes droitiers, en vision binoculaire,
dans l'hémichamp visuel droit (White, 1969).
Les hypothèses explicatives de ces effets peuvent faire
appel aux habitudes de lecture acquises par les sujets (Heron,
1957 ; Harcum et Filion, 1963 ; Harcum et Finkell, 1963) ou à
des performances perceptives différentes pour les deux yeux
(Overton et Wiener, 1966 ; Hayashi et Bryden, 1967), mais
les résultats obtenus peuvent aussi être interprétés en termes
de spécialisation fonctionnelle des hémisphères cérébraux
(Bryden, 1965, 1966 (b) ; Kimura, 1966).
Mais on remarquera que les travaux que nous avons cités
ont été consacrés à l'étude de la perception et de la mémoire
immédiate. L'objet de nos expériences est différent :
s'appuyant sur l'hypothèse d'une spécialisation fonctionnelle
des hémisphères, elles visent à mettre en évidence une telle
spécialisation dans le traitement d'une liste de mots en vue
de leur restitution dans des situations de rappel libre et de
reconnaissance. Or, on sait que ce type de mémoire fait
appel à des activités d'organisation et d'intégration des
2. Interviennent notamment les caractéristiques formelles du stimulus comme
la forme des caractères typographiques (Harcum, 1964), le mode de présentation,
uni ou bi-latérale (Heron, 1957 ; Terrace, 1959 ; Bryden, 1960 ; Harcum et Jones
1962), le sens de lecture du stimulus (Forgays, 1953 ; Orbach, 1953 ; Barton et
coll. 1965 ; Hirata et Osaka, 1967). 370 J.-L. Juan de Mendoza et D. Grosso
données à mémoriser. Si l'on admet l'hypothèse de travail
selon laquelle l'hémisphère gauche manifesterait une compét
ence plus affirmée que l'hémisphère droit pour le traitement
sémantique des données verbales, on devrait s'attendre à ce
que des éléments verbaux signifiants présentés dans
l'hémichamp visuel droit soient mieux mémorisés que lors
qu'ils sont présentés dans l'hémichamp gauche.
Nous avons donc été amenés à étudier l'influence de la
position de tels stimulus dans le champ visuel sur les activités
mnémoniques, en comparant les performances des sujets
dans des tâches de rappel libre et de reconnaissance d'une
liste de mots présentés au tachistoscope avec point de fixation
central, chaque mot n'apparaissant qu'une fois.
EXPÉRIENCE I
MÉTHODE
Sujets
24 sujets adultes (9 hommes, 15 femmes) âgés de 19 à 36 ans, droitiers
manuels et oculaires, ont participé à cette expérience. La dextralité
oculaire, qu'il importe de vérifier dans ce type d'expérience afin
d'éviter une source importante de variabilité (Juan de Mendoza, 1979),
était déterminée à l'aide de trois épreuves adaptées du test de latéralité
de Harris (1961) : visée dans une lunette, visée sur un doigt, lecture
à travers un carton percé.
Matériel
La liste de mots à apprendre se composait de 30 substantifs concrets
de 5 lettres extraits des manuels de vocabulaire d'usage courant de
cours élémentaire :
radis, mèche, olive, dinde, neige, orgue, lacet, glace, linge, biche, grain,
boule, table, image, évier, genou, arbre, civet, store, acier, lilas, épine,
cadre, laine, tison, palme, hibou, jouet, savon, fruit.
Chaque mot était écrit sur une planche tachistoscopique en caractères
Folio minuscules de 7,5 mm (réf. Letraset 426, 24 pts) et mesurait
2,6 cm + 1 mm. Le centre du mot était décalé de 6,5° d'angle visuel
à droite ou à gauche d'un point de fixation situé au centre du champ.
Ces stimulus étaient présentés à l'aide d'un tachistoscope à deux
canaux (E.A.P. TCT). Le temps d'exposition était fixé à 150 ms. Perception et mémoire des mots 371
Procédure
Le sujet était familiarisé avec la situation expérimentale grâce à
une série de 10 stimulus présentant les mêmes caractéristiques que
les 30 stimulus d'apprentissage. Il lui était demandé de lire à haute
voix le mot présenté ; on lui demandait ensuite d'apprendre parfaitement
sans les dire à haute voix, tous les mots qu'il verrait apparaître dans
le champ. La série expérimentale était présentée au rythme d'un mot
toutes les 8 secondes. Pendant toute la manipulation, le sujet devait
impérativement garder les yeux fixés sur une croix située exactement
au centre du champ tachistoscopique, et cette obligation lui était
rappelée avant chaque présentation.
Les stimulus apparaissaient à droite ou à gauche du point de fixation
oculaire, selon un ordre imprévisible pour le sujet. Les stimulus
présentés dans l'hémichamp visuel droit pour la moitié des sujets
apparaissaient dans gauche l'autre moitié. Dans
chacun de ces sous-groupes, l'ordre de présentation du premier au
trentième stimulus était inversé pour la moitié des sujets.
30 secondes après la présentation du dernier mot de la liste,
12 sujets étaient soumis à une épreuve de rappel libre, les 12 autres
à une épreuve de reconnaissance. Dans le premier cas, ils devaient
écrire, en temps libre et dans l'ordre qu'ils désiraient, la totalité
des mots dont ils se souvenaient. Dans le second cas, il leur était
demandé de souligner les mots qui leur avaient été présentés, à
l'intérieur d'une liste de 175 substantifs de 5 lettres (dactylographiés
en lettres minuscules sur 7 colonnes).
Au cours des 30 secondes séparant la fin de la présentation de la
tâche de rappel ou de reconnaissance, l'expérimentateur échangeait
quelques propos avec le sujet.
RÉSULTATS
La figure 1 représente le nombre moyen de substantifs
correctement restitués en fonction de leur position dans le
champ visuel et de la méthode d'examen de la rétention.
a) Rappel libre
Le nombre moyen de mots correctement rappelés s'élève
à 5,58 lorsque ces mots sont apparus dans l'hémichamp
visuel droit contre 1,08 lorsqu'ils ont été présentés dans
l'hémichamp visuel gauche. La différence entre ces deux
moyennes est significative (t = 7,91 ; P < .01). 372 J.-L. Juan de Mendoza et D. Grosso
10
ï 8
I 7
«c ^. 6 5
Rappel Reconnaissance
Fig. 1. — Nombre moyen de substantifs de 5 lettres correctement restitués
en fonction de leur position dans le champ visuel et de la méthode d'examen de
la rétention. (En blanc, mots présentés dans l'hémichamp visuel droit. En hachuré,
mots présentés dans l'hémichamp visuel gauche.)
Il convient de remarquer que 6,66 mots en moyenne ont
été ainsi rappelés sur l'ensemble des 30 mots de la liste,
performance relativement faible compte tenu du temps
utilisable par le sujet pour traiter les données à retenir, qui
peut probablement s'expliquer par l'effet d'interférence créé
par le rappel systématique de la consigne de fixation oculaire
et du signal « Attention ! » avant la présentation de chaque
stimulus. Cependant, nous avons adopté cette procédure à
la suite d'un sondage préliminaire montrant que si cette
consigne n'était pas fréquemment rappelée, les sujets étaient
spontanément amenés à décrocher leur regard de la croix
centrale.
b) Reconnaissance
Dans cette situation, le nombre moyen de mots correct
ement reconnus est de 9,75 dans l'hémichamp visuel droit
contre 2,83 pour l'hémichamp gauche. Cette différence est
significative (t = 6,47; P < .01). Perception et mémoire des mots 373
DISCUSSION
Les résultats obtenus font apparaître la classique supérior
ité de la reconnaissance sur le rappel (t = 4,49 ; P < .01), et
montrent par ailleurs que des stimulus verbaux signifiants
sont mieux retenus lorsqu'ils sont présentés dans l'hémichamp
visuel droit, quel que soit le mode d'examen de la rétention.
Deux hypothèses qui, par ailleurs, ne s'excluent pas
mutuellement permettent d'expliquer la différence observée :
— l'une selon laquelle la spécialisation relativement plus
grande de l'hémisphère gauche pour le traitement sémant
ique de l'information favoriserait la rétention des stimulus
verbaux présentés dans l'hémichamp visuel droit ;
— l'autre selon laquelle, en raison d'une dissymétrie percept
ive, les stimulus apparaissant dans l'hémichamp visuel
droit auraient une plus grande probabilité d'être perçus
que ceux présentés dans l'hémichamp gauche.
Il s'imposait donc de vérifier avec quelle fréquence les
sujets percevaient les stimulus en fonction de leur position
dans le champ visuel. A cette fin, nous avons soumis 24 sujets
(9 hommes, 15 femmes) à une tâche d'identification
tachistoscopique des 30 mots de la liste, en utilisant la même
durée et le même rythme de présentation que précédemment.
Dans ces conditions, le nombre moyen de mots correcte
ment identifiés s'élève à 10,29 dans l'hémichamp visuel droit
contre 6,83 dans l'hémichamp gauche. Cette différence étant
significative (t = 10,50 ; P < .01), l'hypothèse de dissymétrie
perceptive peut rendre compte, au moins en partie, des
différences observées dans la rétention des stimulus selon
leur position dans le champ visuel.
Par conséquent, pour vérifier la vraisemblance de
l'hypothèse d'une spécialisation hémisphérique dans le
traitement des données en vue de leur mémorisation, nous
avons été conduits à réaliser une nouvelle expérience dans
laquelle cette dissymétrie perceptive était censée n'avoir
plus d'influence.
EXPÉRIENCE II
PRINCIPE
Afin de mettre en évidence le rôle d'une éventuelle spécialisation
hémisphérique au niveau des activités de mémorisation proprement 374 J.-L. Juan de Mendoza et D. Grosso
dites, en aval des processus perceptifs, il convenait de mettre au point un
matériel verbal identifié équiprobablement dans les deux hémichamps
visuels. La durée de présentation demeurant fixée à 150 ms, il était
possible de faire varier le nombre de lettres constituant les mots à
identifier.
Un premier sondage effectué sur 32 sujets à l'aide d'une liste de
30 substantifs courants de 4 lettres fit apparaître que l'effet de
dissymétrie perceptive persistait à la lecture, avec 13,2 mots correct
ement lus en moyenne dans l'hémichamp visuel droit contre 7,6 dans
l'hémichamp gauche (t = 11,3; P < .01).
Nous avons donc réduit encore le nombre de lettres composant les
stimulus, et avons présenté une liste de 40 mots de 3 lettres à un
échantillon de 30 sujets adultes (11 hommes, 19 femmes). Les stimulus
présentés dans un hémichamp visuel pour la moitié des sujets
apparaissaient dans l'autre hémichamp pour la deuxième moitié. Ainsi,
nous avons pu sélectionner parmi cet ensemble une liste de
14 substantifs de 3 lettres identifiés de façon équivalente dans les
deux hémichamps, avec une moyenne de 14,2 identifications correctes
sur 15 présentations dans l'hémichamp visuel droit, contre 13,5 dans
l'hémichamp gauche (t = 2,01 ; N.S).
Cette liste de 14 mots constitue le nouveau matériel expérimental.
MÉTHODE
Sujets
24 sujets adultes (9 hommes, 15 femmes) âgés de 18 à 35 ans, droitiers
manuels et oculaires, ont participé à cette expérience. 12 sujets ont
été soumis à une épreuve de rappel libre, les 12 autres à une épreuve
de reconnaissance.
Matériel
La liste de mots à apprendre se composait des 14 substantifs de
3 lettres précédemment sélectionnés :
blé, eau, air, dur, gel, épi, roc, but, vin, âge, nef, sol, riz, ver.
La présentation typographique et la disposition spatiale dans le
champ perceptif étaient les mêmes que dans l'expérience I.
Procédure
La familiarisation des sujets avec la situation expérimentale, la
durée d'exposition, le rythme de présentation des stimulus, les
consignes et le plan d'expérience étaient identiques à ceux de
l'expérience I. Seule différait la liste de reconnaissance, composée
de 96 mots de 3 lettres dactylographiés sur 6 colonnes. Perception et mémoire aes mots 375
RÉSULTATS
La figure 2 représente le nombre moyen de substantifs
de 3 lettres correctement restitués en fonction de leur position
dans le champ visuel et du mode d'examen de la rétention.
a o 5
I4 I
S 1 o 2 3
I
hachuré, en de Fig. fonction la rétention. 2. mots — de Nombre présentés leur (En position blanc, moyen dans mots Rappel l'hémichamp dans de substantifs présentés le champ visuel dans de Reconnaissance visuel 3 gauche.) l'hémichamp lettres et de correctement la méthode visuel droit. d'examen restitués En
a) Rappel libre
Le nombre moyen de mots correctement rappelés dans
ces conditions s'élève à 5,00 pour les mots présentés
l'hémichamp visuel droit contre 3,66 dans l'hémichamp
gauche. Cette différence est significative (t = 2,48 ; P < .05).
Il apparaît donc qu'à probabilité d'identification équiva
lente dans les deux hémichamps visuels, le rappel des mots
traités préférentiellement par l'hémisphère cérébral gauche
est significativement meilleur3.
b) Reconnaissance
Le nombre moyen de mots correctement reconnus atteint
5,91 lorsque ces mots ont été présentés dans l'hémichamp
visuel droit, contre 5,41 dans l'hémichamp gauche (différence
non significative).
3. Ce résultat est en contradiction avec les conclusions de Hardick et coll.
(1977) qui, utilisant il est vrai un paradigme expérimental très différent du nôtre,
ont cru pouvoir affirmer qu'une éventuelle spécialisation des hémisphères
cérébraux n'interviendrait pas dans la prise en compte de données nouvelles
pour le sujet, mais ne se manifesterait que dans le traitement des données déjà
stockées en mémoire, après plusieurs présentations des mêmes stimulus.

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