Stratégies de codage verbal en production et rétention - article ; n°2 ; vol.76, pg 481-499

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L'année psychologique - Année 1976 - Volume 76 - Numéro 2 - Pages 481-499
Résumé
Dans trois expériences nous avons étudié la rétention de triplets de mots composés de deux noms et d'un verbe présentés dans tous les ordres possibles.
Les caractéristiques lexico-syntaxiques des termes du triplet varient entre les expériences.
Les principaux résultats obtenus ont mis en évidence les faits suivants :
a) Quand les mots du triplet constituent les termes de base d'une proposition simple, il est codé en mémoire sous la forme d'un énoncé (phrase) ;
b) Cette forme de codage donne lieu à une représentation mnémonique fortement intégrée et facilite par là le rappel correct des termes du stimulus ;
c) Les caractéristiques syntaxiques et sémantiques des énoncés servant au codage mnémonique des triplets sont analogues à celles observées dans une situation de production d'énoncés à partir de ces triplets.
L'interprétation proposée affirme que la rétention des triplets est médiatisée par un processus de production. Celui-ci intègre les termes du stimulus dans une unité linguistique d'ordre supérieur, la phrase.
Summary
Retention of triplets of words composed of two nouns and one verb presented in all possible orders was studied in three experiments.
Lexical and syntactical characteristics of the three words were varied front one experiment to the other.
The main results have shown that :
a) When the words of the triplet constitute the basic terms of simple sentences, the triplet is coded in memory as a sentence ;
b) This type of coding results in a well integrated mnemonic representation and consequently correct recall of the terms of the triplet is facilitated ;
c) The syntactic and semantic characteristics of the sentences used for mnemonic coding are analogous to those observed in a situation of production, when Ss are asked to produce sentences from the same triplets.
The results are interpreted as supporting the view that retention of triplets is mediated by a production process. This process integrates the stimulus terms into a linguistic unit of higher order, namely a sentence.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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Juan Segui
Stratégies de codage verbal en production et rétention
In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°2. pp. 481-499.
Résumé
Dans trois expériences nous avons étudié la rétention de triplets de mots composés de deux noms et d'un verbe présentés dans
tous les ordres possibles.
Les caractéristiques lexico-syntaxiques des termes du triplet varient entre les expériences.
Les principaux résultats obtenus ont mis en évidence les faits suivants :
a) Quand les mots du triplet constituent les termes de base d'une proposition simple, il est codé en mémoire sous la forme d'un
énoncé (phrase) ;
b) Cette forme de codage donne lieu à une représentation mnémonique fortement intégrée et facilite par là le rappel correct des
termes du stimulus ;
c) Les caractéristiques syntaxiques et sémantiques des énoncés servant au codage mnémonique des triplets sont analogues à
celles observées dans une situation de production d'énoncés à partir de ces triplets.
L'interprétation proposée affirme que la rétention des triplets est médiatisée par un processus de production. Celui-ci intègre les
termes du stimulus dans une unité linguistique d'ordre supérieur, la phrase.
Abstract
Summary
Retention of triplets of words composed of two nouns and one verb presented in all possible orders was studied in three
experiments.
Lexical and syntactical characteristics of the three words were varied front one experiment to the other.
The main results have shown that :
a) When the words of the triplet constitute the basic terms of simple sentences, the triplet is coded in memory as a sentence ;
b) This type of coding results in a well integrated mnemonic representation and consequently correct recall of the terms of the
triplet is facilitated ;
c) The syntactic and semantic characteristics of the sentences used for mnemonic coding are analogous to those observed in a
situation of production, when Ss are asked to produce from the same triplets.
The results are interpreted as supporting the view that retention of triplets is mediated by a production process. This process
integrates the stimulus terms into a linguistic unit of higher order, namely a sentence.
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Segui Juan. Stratégies de codage verbal en production et rétention. In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°2. pp. 481-499.
doi : 10.3406/psy.1976.28157
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1976_num_76_2_28157Année psychol.
1976, 76, 481-500
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée1
associé au C.N.R.S.
Université Bené-Descartes et E.P.FI.E., 3e section
STRATÉGIES DE CODAGE VERBAL
EN PRODUCTION ET RÉTENTION
par Juan Segui
SUMMARY
Retention of triplets of words composed of two nouns and one verb
presented in all possible orders was studied in three experiments.
Lexical and syntactical characteristics of the words were varied
from one experiment to the other.
The main results have shown that :
a) When the words of the triplet constitute the basic terms of simple sen
tences, the triplet is coded in memory as a sentence ;
b) This type of coding results in a well integrated mnemonic representation
and consequently correct recall of the terms of the triplet is facilitated ;
c) The syntactic and semantic characteristics of the sentences used for
mnemonic coding are analogous to those observed in a situation of
production, when Ss are asked to produce sentences from the same
triplets.
The results are interpreted as supporting the view that retention of
triplets is mediated by a production process. This process integrates the
stimulus terms into a linguistic unit of higher order, namely a sentence.
A la suite des travaux de Miller (1956) sur le rôle des activités
de codage dans la détermination de la capacité de la mémoire
immédiate, un nombre très important de recherches et d'articles
théoriques ont été consacrés à l'étude des processus d'organi-
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
A. PSYCHOL. 76 5 482 MÉMOIRES ORIGINAUX
sation et de structuration du matériel verbal en mémoire. Les
principaux résultats obtenus ont mis en évidence, d'une manière
certaine, l'utilité fonctionnelle de ces processus ; en effet, la
constitution d'unités mnémoniques d'ordre supérieur entraîne
généralement une très nette amélioration de la performance.
Toutefois, si le rôle fonctionnel de l'organisation est donc bien
établi, on ne sait que peu de choses sur les principes mêmes sur
lesquels repose cette organisation. Ceci est imputable en partie
au fait que les psychologues de l'apprentissage et de la mémoire
verbale ont généralement abordé ce problème par le biais de
l'étude de l'apprentissage et du rappel libre de listes de mots.
Dans la plupart de ces travaux il n'est guère possible de faire
des inferences précises sur les principes qui sous-tendent l'orga
nisation. Par ailleurs, dans les rares cas où ces principes d'orga
nisation sont connus (par exemple, les groupements sémant
iques dans le rappel), ils sont si élémentaires que les hypothèses
de structuration n'ont pas une valeur explicative plus grande
que les hypothèses purement associationnistes.
Ce n'est que ces dernières années que quelques études ont
apporté des informations plus précises sur les principes d'orga
nisation du matériel verbal. Le principal but de ces récents
travaux est de mettre en évidence la façon dont les sujets font
usage de leurs connaissances linguistiques (c'est-à-dire de leur
compétence linguistique) pour structurer le matériel verbal
auquel ils sont confrontés.
Cette activité de structuration consiste essentiellement à
intégrer les éléments du stimulus dans une unité linguistique
d'ordre supérieur qui est susceptible d'être conservée en mémoire
d'une manière fortement unifiée. Il faut souligner que l'unité
obtenue présente des caractéristiques propres non déductibles
de celles des parties constitutives.
Dans ce qui suit, nous faisons référence uniquement aux
travaux effectués sur la rétention de mots ou de groupes de mots,
pour les recherches effectuées sur la mémorisation de lettres et de
syllabes, nous renvoyons le lecteur au travail de Prytulak (1971).
Dans le domaine de l'apprentissage de paires de mots, il a été
montré à plusieurs reprises (Jensen et Rohwer, 1963 a), b) ;
Bobrow et Bower, 1969) qu'il y a facilitation quand les sujets
intègrent les mots de la paire dans un énoncé élaboré lors de la
présentation des stimulus. Mais ces premiers résultats n'apportent
que peu de renseignements sur les médiateurs linguistiques utilisés j. SEGUi 483
par les sujets. Afin d'étudier ce point, une série de recherches
a porté sur le rôle du contexte linguistique constitué générale
ment par un troisième terme servant à relier les éléments de la
paire. Epstein, Roch et Zuckerman (1960) ont été les premiers
à mettre en évidence l'effet facilitateur du contexte sur l'apprent
issage de paires. Par la suite, Rohwer et coll. (Rohwer, 1966 ;
Rohwer et Lynch, 1966 ; Rohwer et Lynch, 1967 ; Rohwer,
Lynch, Suzuki et Levin, 1967 ; Suzuki et Rohwer, 1968 ; Suzuki
et Rohwer, 1969 ; Ehri et Rohwer, 1969) ont étudié dans le
détail les caractéristiques du contexte verbal susceptible de
faciliter cet apprentissage. D'après ces travaux, il semble acquis
que le verbe est l'élément qui permet de relier de la façon la
plus naturelle les membres de la paire. Toutefois, l'effet facil
itateur du contexte verbal n'a pas toujours pu être mis en évi
dence, et il semble dépendre dans une large mesure de l'âge
des sujets. En effet, si chez l'enfant le rôle du contexte s'est
avéré positif pour l'apprentissage de paires, chez l'adulte, il
semble par contre qu'il ne le soit pas toujours (Suzuki et Rohwer,
1969 ; Duffy et Montague, 1971 ; Duffy, Walker et Montague,
1972).
Afin d'interpréter cette différence de l'effet du contexte en
fonction de l'âge, Duffy et coll. émettent l'hypothèse que l'absence
de facilitation du contexte chez l'adulte est due au fait que les
sujets font des codages idiosyncratiques qui diffèrent de ceux
proposés par l'expérimentateur. Les données présentées par
Allison, Newman et Ford (1973) semblent confirmer l'hypothèse
avancée par Duffy et coll. ; en effet, après passation d'une
expérience sur l'apprentissage de paires présentées dans un
contexte, les sujets (et, en particulier, les sujets adultes) ont
déclaré avoir élaboré en cours d'apprentissage, leurs propres
suites, plutôt que d'employer celles fournies par l'expériment
ateur. De plus, il faut souligner le caractère très artificiel de
ces expériences au cours desquelles les sujets doivent apprendre
une séquence (par exemple nom-verbe-nom) afin d'en rappeler
ensuite uniquement quelques éléments (nom-nom).
II semble donc que la technique de l'apprentissage de paires
dans un contexte linguistique n'est pas la plus adéquate pour
l'étude des processus d'organisation et d'intégration du material
verbal.
Plus récemment (Kail et Segui, 1974), nous avons étudié
l'intégration mnémonique de séquences linguistiques. Ces expé- 484 MÉMOIRES ORIGINAUX
riences ont montré que, pour améliorer leur performance, les
sujets constituent un énoncé complet à partir des items de la
liste chaque fois que c'est possible. L'emploi de cette stratégie
d'intégration dépend des caractéristiques lexico-syntaxiques du
matériel présenté. Dans ces recherches, l'intégration des items
dans une unité linguistique d'ordre supérieur, la phrase, est
obtenue par la simple mise en relation d'items contigus et, de
ce point de vue, le codage effectué par les sujets est relativement
simple.
Afin d'aborder l'étude de la mise en œuvre d'activités de
codage de l'information verbale plus variées, nous étudions,
dans les expériences présentées ci-dessous, la rétention de triplets
de mots constitués de deux noms et d'un verbe, présentés dans
tous les ordres possibles. Le but principal de ces travaux est de
déterminer la forme sous laquelle ces triplets sont conservés
en mémoire. L'hypothèse de départ postule que, dans les cas
où les termes du triplet constituent les éléments de base d'une
proposition, ils seront codés en mémoire sous la forme d'un
énoncé linguistique. Si cette hypothèse est correcte il s'agira
de connaître les caractéristiques des énoncés servant au codage
des triplets-stimulus.
EXPÉRIENCE F
Dans cette expérience nous avons cherché à mettre à l'épreuve,
en premier lieu, l'hypothèse générale selon laquelle, quand les
triplets sont susceptibles d'être codés sous la forme d'un énoncé
linguistique simple et correct (triplet adéquat), leur représen
tation mnémonique est plus intégrée que ne l'est celle corre
spondant à des triplets formellement analogues mais ne pou
vant pas donner lieu à un énoncé linguistique correct (triplet
inadéquat).
En second lieu, nous avançons l'hypothèse qu'une telle
différence de codage entre ces deux sortes de triplets doit avoir
un effet sur la performance du rappel ; notre deuxième hypothèse
postule que les triplets « adéquats » seront mieux rappelés que
les triplets « inadéquats ».
Notre troisième hypothèse est que les triplets « adéquats »
1. Expérience réalisée avec la collaboration de M. J. Loncle. j. SEGui 485
seront codés en mémoire sous la forme d'un énoncé simple
correspondant à la phrase active déclarative. Cette hypothèse
est suggérée par les résultats obtenus dans une situation de
production imposée à partir de ce type de triplets (Segui,
Ghauvaut, 1974). Cette expérience a montré que les sujets pro
duisent presque exclusivement des énoncés de forme active
déclarative simple.
MATÉRIEL
Le matériel est composé de triplets de mots constitués de deux noms
et d'un verbe transitif (V). L'un des noms du triplet est « animé » (Na)
et l'autre inanimé (Ni). Deux listes de base de 6 triplets chacune ont été
construites : la liste A est constituée de triplets dont les éléments
peuvent donner lieu à un énoncé linguistique correct (triplets adéquats)
(ex. : ours-démolir-cabane). La liste B est constituée de triplets ne
pouvant pas donner lieu à un énoncé linguistique correct (triplets
inadéquats). Les paires de noms des triplets inadéquats sont les mêmes
que celles des triplets corrects, mais elles ont été associées à un verbe
qui ne permet pas de respecter les contraintes de sélection (ex. : ours-
verser-cabane).
Dans tous les cas, les verbes des listes A et B ont une fréquence
d'usage analogue et les noms de chaque paire ne sont pas associés.
Chaque triplet de base se prête à 6 permutations : NaVNi (ordre 1),
NiVNa (ordre 2), VNaNi (ordre 3), VNiNa (ordre 4), NaNiV 5),
NiNaV 6). Une liste expérimentale est constituée de 6 triplets,
soit un représentant de chaque structure d'ordre et de chaque triplet
de base. Les sujets sont donc confrontés à la fois aux six « contenus »
et aux six « ordres ». 36 listes différentes ont été élaborées afin d'avoir
un représentant des 36 arrangements possibles de chaque liste (A et B)
de départ.
SUJETS
72 élèves (de langue maternelle française) des classes de 3e et de
4e d'un C.E.S. ont passé l'expérience. Leur âge est compris entre 14,6
et 15,6 ans. Deux groupes indépendants de 36 sujets ont reçu respect
ivement les 36 listes expérimentales A et B, une liste par sujet.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
Les listes expérimentales sont présentées sur des carnets de 6 feuilles
(un triplet par feuille). Il y a deux présentations du matériel : chaque
sujet reçoit deux carnets correspondant à deux exemplaires d'une même
liste, plus un carnet de réponse. L'ordre des feuilles des deux carnets
de présentation n'est pas le même. MÉMOIRES ORIGINAUX 486
La passation de l'expérience est collective, par groupes de 12 sujets.
Afin de contrôler le temps de présentation des items, c'est l'expérimen
tateur qui, toutes les 6 s, donne l'ordre de tourner les pages.
Les sujets sont prévenus qu'ils subiront une épreuve de rappel
indicé (c'est-à-dire à partir d'un indice ou « aide mnémonique ») après
deux présentations successives de la liste. Sur chaque feuille du carnet
de réponse est inscrit un mot indice correspondant à chacun des triplets.
Les mots indices peuvent être les noms Na et Ni ou le verbe V. Pour chaque
triplet et pour l'ensemble des sujets, chaque mot du triplet est employé
un même nombre de fois comme mot indice. Un même sujet reçoit
comme mots indices deux Na, deux Ni et deux V. La place de l'indice
dans le triplet a été contrebalancée sur l'ensemble des sujets. L'emploi
de l'indice était destiné à favoriser la performance de rappel des sujets ;
toutefois, cette procédure a posé quelques problèmes dont nous parlerons
plus loin. Il est précisé aux sujets qu'ils n'ont pas à se préoccuper de
l'ordre dans lequel ils rappellent les mots des triplets.
RÉSULTATS
Afin de tester notre première hypothèse, nous avons calculé
le pourcentage des réponses comprenant les trois termes du
triplet (réponses globales) par rapport au nombre total des
réponses observées, c'est-à-dire réponses globales + réponses
partielles, correspondant aux listes dérivées de A et B1.
Ces pourcentages sont les suivants : liste A, 70,2 % ; liste B,
40,3 %. Le rapport réponses globales / réponses partielles diffère
signifîcativement entre les listes (%z = 18,6, p < .001).
Ce résultat confirme notre hypothèse : les triplets adéquats
ont donné lieu à une représentation mnémonique plus intégrée
que celle correspondant aux triplets inadéquats.
Pourcentage de triplets A et B correctement rappelés (sans
tenir compte de l'ordre du rappel des éléments du triplet) :
Liste A 49 % Liste B 18 %
Moyenne 2,91 - Moyenne 1,05 -
La différence entre ces moyennes est fortement significative
(t : p < .001). Une différence analogue est observée au niveau
1. Les réponses considérées sont celles comportant au moins un mot
autre que l'indice. L'absence d'interaction entre le type d'indice et le type
de liste nous conduit à faire une présentation unique des résultats, sans
discriminer selon l'indice de rappel. j. SEGUi 487
du nombre total des mots correctement rappelés (/ : p < .001).
Ces résultats sont en accord avec notre deuxième hypothèse
et suggèrent que le codage plus intégré des triplets adéquats a
facilité nettement leur rétention par rapport aux triplets inadé
quats. Afin d'obtenir des informations supplémentaires sur les
caractéristiques du codage des triplets A et B, nous avons analysé
dans le détail l'ensemble des réponses observées.
Si notre troisième hypothèse est correcte, nous devons observer
parmi l'ensemble des réponses obtenues pour les triplets A une
réponse modale de forme NaVNi. En effet, la structure de ces
réponses est isomorphe à celle de l'énoncé de forme active
déclarative (SVO). Les résultats obtenus confirment cette pré
vision : voici la distribution de l'ensemble des réponses observées
(sans tenir compte de la forme des stimulus) (en %) :
1 32 Ordre 4 Ordre 17 (NaVNi) (VNiNa) 2 11 5 11 (NiVNa) (NaNiV) (NiNaV Ordre 3 Ordre 6 11 17 (VNaNi)
Une comparaison spécifique opposant la fréquence des
réponses NaVNi aux autres formes de réponse met en évidence
une différence significative au seuil de .02 (t app.). Il semble
donc bien que les triplets A ont été codés préférentiellement
sous la forme d'un énoncé à la voix active.
Cette hypothèse semble d'autant plus plausible que l'emploi
des indices de rappel a diminué très vraisemblablement le pour
centage des réponses NaVNi par rapport à l'ensemble des autres
formes de réponse. En effet, il s'est manifesté chez les sujets une
tendance très marquée à utiliser le mot indice comme premier
terme de la réponse ; une telle stratégie va dans la majorité des
cas à l'encontre du rappel des triplets sous la forme NaVNi.
L'emploi du mot indice comme premier terme de la réponse a
été mis en évidence dans plusieurs expériences (Turner et
Rommetveit, 1965 ; Ehri et Richardson, 1972 ; Segui, 1973).
En ce qui concerne les triplets B, aucune tendance privilégiée
à rappeler les stimulus sous une forme donnée n'est apparue.
Voici la distribution correspondant à l'ensemble des réponses
(en %) :
1 Ordre 4 Ordre 12 18 (NaVNi) (VNiNa) 2 16 5 20 (NaNiV) (VNaNi (NiVNa) Ordre 3 16 Ordre 6 NiNaV 18 488 MÉMOIRES ORIGINAUX
DISCUSSION
L'ensemble des résultats obtenus montre que les triplets A
et B sont traités différemment. En effet, tandis que les éléments
correspondant aux triplets adéquats semblent être intégrés dans
un énoncé linguistique susceptible d'être conservé en mémoire
d'une manière fortement unifiée, les triplets inadéquats ne
semblent pas donner lieu à un codage linguistique particulier
et leur représentation mnémonique est faiblement intégrée.
L'effet facilitateur du codage en phrase est mis en évidence par
le fait que les triplets A sont mieux rappelés que les triplets B.
L'analyse des réponses obtenues suggère que les A
ont été codés sous la forme d'une phrase active. Toutefois, le
pourcentage des réponses NaVNi obtenu est plus faible que celui
auquel nous nous attendions. Nous avons interprété ce décalage
entre nos prévisions et le résultat constaté par le rôle joué par
les indices de rappel, notre expérience II nous permettra de
vérifier cette interprétation.
EXPÉRIENCE II1
Dans cette deuxième expérience, nous avons cherché à
confirmer en premier lieu l'hypothèse générale du codage des
triplets sous forme de phrase. Pour ce faire, nous avons retenu
la situation la plus favorable à la mise en œuvre d'un tel pro
cessus de codage ; une tâche de rappel sans indice où l'ordre
de rappel des termes du triplet est libre.
En second lieu, nous avons cherché à confirmer la généralité
de l'hypothèse de correspondance entre les codages linguistiques
effectués dans une situation de production et dans une situation
de rétention. Cette hypothèse peut être formulée de la manière
suivante : les triplets de mots sont codés en mémoire sous la
même forme d'énoncé que celle observée dans une situation de
production imposée.
La mise à l'épreuve de cette dernière hypothèse implique la
réalisation de deux épreuves parallèles : une épreuve de produc
tion d'énoncés à partir des triplets de mots et une épreuve de
rétention de ces mêmes triplets.
1. Expérience réalisée avec la collaboration de M. Da Silva Nuno. j. SEGui 489
1) Epreuve de production d'énoncés
a partir de triplets de mots
caractéristiques linguistiques du matériel employé
Le matériel est constitué par des triplets de mots ayant les suivantes : 1) Un nom animé pouvant jouer le
rôle de sujet du Verbe (Ns) ; 2) Un verbe intransitif (V) ; 3) Un
nom inanimé pouvant jouer le rôle de circonstanciel de lieu ou
de temps (Ne). Ex. : oiseau, chanter, arbre ; vent, souffler, nuit.
En français, ces éléments peuvent se combiner de manière
différente pour donner lieu à des énoncés plus ou moins fréquents
et acceptables. Dans les énoncés susceptibles d'être générés à
partir de ces triplets, les Ne fonctionnent en tant qu'adjoints,
c'est-à-dire en tant que constituants facultatifs, extra-nucléaires
(Lyons, 1970, pp. 264-265).
Les résultats obtenus dans cette première épreuve doivent
nous permettre de savoir s'il existe une stratégie privilégiée de
production conduisant à une forme syntaxique particulière.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
A partir d'un ensemble de départ de 6 triplets NsVNc (dans trois
triplets le Ne peut constituer un circonstantiel de lieu et dans les
autres un circonstantiel de temps), nous avons construit 36 listes
expérimentales.
Chaque liste est constituée de 6 triplets : un représentant de chaque
triplet de base et de chaque structure d'ordre. Les listes expérimentales
sont présentées sur des carnets de 6 feuilles, un triplet par feuille. Chaque
liste expérimentale est associée à un sujet. 36 sujets adultes (étudiants
de psychologie de la première année et de langue maternelle française)
ont participé à l'expérience. On demande aux sujets d'écrire le plus
vite possible1 sur une feuille de réponse un énoncé qui intègre les trois
mots du triplet. Les triplets doivent être lus selon leur ordre d'apparition
dans le carnet de présentation et le temps de lecture est libre.
1. Dans une expérience préliminaire (non publiée), nous avons constaté
que la « variabilité » des réponses obtenues est fortement liée aux contraintes
temporelles de réalisation de la tâche ; plus le temps est long, plus la variab
ilité des structures syntaxiques observée est grande. Il en va de même
en ce qui concerne le nombre de mots qui constituent la séquence stimulus ;
plus ce nombre est important, plus la variabilité des formes syntaxiques
constatées est grande. La mise en évidence de la solidarité des processus
de production et de codage mnémonique implique l'existence d'un « pattern »
de réponse qui n'est obtenue que dans certaines conditions particulières.

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