Sur la biologie et la psychologie d'une araignée - article ; n°1 ; vol.10, pg 63-83

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L'année psychologique - Année 1903 - Volume 10 - Numéro 1 - Pages 63-83
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1903
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A. Lécaillon
Sur la biologie et la psychologie d'une araignée
In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 63-83.
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Lécaillon A. Sur la biologie et la psychologie d'une araignée. In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 63-83.
doi : 10.3406/psy.1903.3540
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1903_num_10_1_3540II
SUR LA BIOLOGIE ET LA PSYCHOLOGIE
D'UNE ARAIGNÉE
(Chiracanthium carnifex Fabricius)
I. Partie biologique. — Présence, dans les champs d'avoine, des nids
de « Chiracanthium carnifex ». — Description de ces nids. — Attache
ment de la femelle pour son nid quand il contient des œufs ou des
petits.
II. Partie psychologique. — Disposition favorable de ces nids pour
l'étude expérimentale de l'instinct de l'amour maternel. — Expériences
diverses faites à ce sujet et conclusions spéciales à chacune d'elles.
Considérations générales sur les résultats des expériences. — Définition
précise de l'amour maternel chez l'Araignée étudiée. — Faits relatifs à
la sensibilité, à l'intelligence et à la volonté de cette espèce : ténacité,
prudence, patience, sagacité. — Adoption par la mère, séparée de son
nid, du nid d'une autre femelle. — • Conscience et souvenir qu'elle a de cet
acte. — Lutte qu'entreprend la mère pour rentrer en possession de son
nid, quand celui-ci est occupé par une autre femelle. — Colère et souf
france éprouvées par la mère quand on contrarie son amour maternel.
— Conclusions générales.
I
PARTIE BIOLOGIQUE
Le Chiracanthium carnifex est une Araignée de taille
moyenne, commune dans nos régions. Elle est de couleur gris
jaunâtre et présente, sur la face dorsale de l'abdomen une
bande brunâtre (fig. 1). Les individus que j'ai observés et sur
lesquels j'ai fait les expériences rapportées dans le présent tra
vail, ont été recueillis à Jouy (Aisne) en 1903, dans la deuxième
quinzaine de juillet. Si à cette époque de l'année on passe à
proximité des champs d'avoine, on ne tarde pas à remarquer
des nodules blanchâtres, de la grosseur d'un œuf de Pigeon,
placés dans les panicules que portent les tiges de l'avoine, ou
parfois enroulés dans les feuilles de cette plante. Ce sont des
nids de Chiracanthium carnifex. 64 MEMOIRES ORIGINAUX
Ces nids ne sont pas des masses pleines, comme on pourrait
le croire à première vue; ils sont creux et tels que l'on peut y
distinguer une mince enveloppe constituant la paroi et une
vaste cavité interne dans laquelle sont contenus les œufs et la
femelle qui les a pondus. La mince enveloppe est formée par
un tissu de soie blanche; elle est très résistante et opaque, de
sorte qu'on ne peut voir, au travers, ce que contient le nid. Du
côté interne la paroi est lisse, mais du côté externe les épillets,
s'il s'agit de nids placés dans les panicules, lui sont solidement
accolés par des fils de soie et lui donnent
un aspect des plus irréguliers (fig. 2).
D'autre part, les panicules de plusieurs
brins d'avoine voisins sont ordinairement
rapprochés par le même moyen et mis à
contribution pour servir à la composition
du nid. Celui-ci se trouve ainsi placé d'une
façon très stable, puisqu'il est soutenu
Pai> Un SUPP0I>t f°rmé de PlusieurS tiges. Jfig.i.- Chiracanlhium
camifex (à peu près S'il s'agit d'un nid place dans les feuilles,
de grandeur natu- une seule de ces dernières — qui, on le
relie) sait, sont assez larges et très longues —
l'entoure à la façon d'une ceinture, de manière à faire plu
sieurs tours non superposés mais contigus les uns aux autres.
En outre, la face de la feuille appliquée contre le nid est solid
ement reliée à la paroi de celui-ci. L'enveloppe du nid est ainsi
formée d'une couche de soie à l'intérieur et de la feuille d'a
voine à l'extérieur. Dans les champs d'avoine où j'ai recherché
les Chiracanthium carnifex, il y avait en moyenne 1 nid placé
dans une feuille pour 5 placés dans les panicules.
La manière dont sont disposés et construits les nids de
Chiracanthium carnifex procure à cette espèce divers avan
tages incontestables. Ces nids, placés dans les parties élevées
des tiges d'avoine et en même temps cachés par les panicules
ou les feuilles, sont mis dans une certaine mesure hors de
portée des petits animaux, en particulier de ceux qui courent
à terre. Ils sont, de plus, à la fois protégés contre une trop
grande humidité, car l'eau de pluie ne peut y pénétrer, et
contre une trop grande sécheresse, puisqu'ils sont abrités contre
les rayons directs du soleil. Enfin, les avoines n'étant récoltées
que longtemps après la ponte des œufs et même la naissance
des jeunes, la période de la reproduction se passe dans la plus
complète tranquillité. Du reste, les Chiracanthium, avant la LÉCAILLON. — BIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE d'üNE ARAIGNÉE 65 A.
ponte des œufs, se tiennent déjà à l'affût dans leurs nids qui
sont alors ouverts et non fermés, et c'est surtout dans les
régions élevées des tiges d'avoine qu'ils ont chance de ren
contrer les Insectes dont ils font leur proie.
Si l'on ouvre un nid, on constate qu'une très faible partie
1. Dans son livre sur « L'amour maternel chez les animaux», E. Menault
décrit et figure des nids de ■< Clubiones » ; il signale l'attachement que
ces Araignées manifestent pour leur nid et l'habitude qu'elles ont de
réparer celui-ci quand on le déchire. Bien que l'auteur ne précise pas le
nom des espèces dont il s'est occupé, les figures 2 et 3, reproduites ici, se
rapportent manifestement au Chiracanthium camifex.
l'année psychologique, x. 5 66 MÉMOIRES ORIGINAUX
seulement de sa cavité- est occupée par les œufs et la mère.
Les premiers sont réunis ensemble dans un petit cocon sphé-
rique, dont l'enveloppe est formée de soie comme la paroi du
nid à laquelle elle est du reste rattachée solidement. Si Ton
déchire cette enveloppe, les œufs s'échappent et s'éparpillent,
car ils ne sont pas adhérents les uns aux autres. Le cocon, qui
est complètement rempli par les œufs, mesure environ 1 cm.
de diamètre. Les œufs sont à
peu près au nombre de 160;
ils sont complètement sphé-
riques — ce qui est la règle
chez les Araignées — et ont
une couleur jaune très pâle.
Leur diamètre est d'un peu
moins de 1 millimètre.
La femelle qui a pondu les
œufs reste à l'intérieur du nid;
on la trouve souvent posée
sur le cocon lui-même, mais
elle quitte souvent cette place.
Quand on touche le nid notam
ment, surtout quand on pra
tique une ouverture dans sa
paroi, elle, vient se rendre
compte de ce qui arrive. Elle
peut même sortir alors au
dehors, mais elle ne s'éloigne
Fig. 3. — Nid de Chiracanthium car- . . , , ,
Pas et ne tarde Pas a rentrer- nifex dans la paroi duquel on a
pratiqué une brèche, laquelle a été Elle se met ensuite immédia-
ensuite réparée par la mère (figure tement à tisser Une toile de
empruntée à E. Menault). . , , .
réparation sur la breche qui a
été faite au nid (fig. 3). Dans sa demeure complètement close,
la femelle pondeuse cesse nécessairement de se nourrir, mais
elle conserve toute sa vitalité et rien n'est plus facile que de
lui faire accepter une Mouche qu'elle s'empresse de saisir et
de sucer. Au commencement de l'époque de la reproduction,
on trouve parfois des nids complètement clos et renfermant
seulement une femelle n'ayant pas encore pondu. La ferme
ture hermétique du nid précède donc le moment de la ponte.
Le temps que passent les œufs pondus avant d'éclore est,
comme toujours, très variable suivant la température à laquelle
ils sont soumis; sa durée moyenne m'a paru être d'une quin- A. LÉCAILLON- — BIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE D'UNE ARAIGNÉE 67
zaine de jours. Au moment de leur naissance, les jeunes Chi-
racanthium carnifex ont l'abdomen de couleur brunâtre, alors
que le reste du corps est blanc opaque. L'annulation de leur
abdomen est à ce moment très visible, surtout sur la région
dorsale. Ils ne peuvent alors marcher qu'avec la plus grande
difficulté et la plus grande maladresse, retombant fréquem
ment et pour longtemps sur le dos. Peu à peu ils prennent des
forces et quittent le cocon pour s'éparpiller dans le nid. Il
semble que ce soit la mère qui déchire elle-même l'enveloppe
du cocon pour permettre aux jeunes d'en sortir. Cette mère
continue à veiller à ce que le nid reste hermétiquement fermé,
même longtemps après que les jeunes sont éparpillés à l'inté
rieur. Dès qu'on pratique une brèche dans l'enveloppe, elle se
hâte de venir la réparer, arrêtant ainsi la sortie des jeunes.
Du reste ceux-ci restent très longtemps sans être capables de
capturer une proie vivante; ils se nourrissent aux dépens des
réserves vitellines provenant de l'œuf, qui n'ont pas été co
nsommées entièrement pendant la période de formation de
l'embryon et qui se trouvent placées dans leur tube digestif au
moment de l'éclosion J. Je n'ai pas observé comment, dans les
conditions normales, les Araignées sortent définitivement du
nid. Il est probable que la mère pratique elle-même une brèche
dans ce dernier, lorsque les petits sont capables de se suffire à
eux-mêmes.
II
PARTIE PSYCHOLOGIQUE
A. — Étude expérimentale.
L'attachement que la femelle de Chiracanthium carnifex
montre pour son nid quand il contient des œufs ou des jeunes,
1. J'ai constaté qu'au moment où les petits éclosent, il y a beaucoup ponte." d'œufs restant en apparence tels qu'ils étaient au moment de la
nombre m'a paru être variable suivant les cocons. Des coupes faites Leur
dans ces œufs m'ont montré que c'étaient en réalité des embryons arrêtés leur développement.. Les jeunes Araignées paraissent se nourrir de
ces œufs qu'elles parviennent à percer avec leurs pièces buccales. J'ai
retrouvé le même fait dans un cocon de Chiracanthium punctorium. Je ne
puis dire actuellement si ces faits sont normaux, et s'il y a là une disposi
tion grâce à laquelle les jeunes Araignées trouvent dès leur naissance, et en
attendant qu'elles soient capables de capturer des proies vivantes, une
nourriture toute préparée. 68 MÉMOIRES ORIGINAUX .
est la forme sous laquelle se manifeste, dans cette espèce,
l'instinct de la « philogéniture » ou « amour maternel ».
Je me suis proposé d'étudier expérimentalement cet instinct,
particulièrement son degré de développement, les circonstances
qui le diminuent ou qui l'accroissent, et ce qu'il devient quand
on enlève une femelle à sa propre progéniture pour la mettre
en présence d'un nid appartenant à un autre individu de son
espèce. Les expériences que j'ai faites dans ce but m'ont en
outre révélé un certain nombre de faits intéressants, touchant
d'autres points de la psychologie de l'Araignée dont il est ici
question.
Les nids de Chirac anthium carnifex (ou ceux des espèces
qui en construisent d'analogues) sont très favorables, comme
matériaux d'étude, quand on veut faire des expériences du
genre de celles dont il s'agit ici. On peut, sans la moindre diff
iculté, recueillir les nids en coupant les panicules d'avoine qui
les contiennent, et les emporter chez soi avec les œufs, les
jeunes et les mères qu'ils renferment. La durée du développe
ment embryonnaire étant assez longue, et les jeunes restant
ensuite, ainsi que la mère, renfermés dans le nid pendant
longtemps, on dispose d'un délai d'un mois environ pour faire
les observations auxquelles on veut se livrer. On peut aban
donner à eux-mêmes les nids, même ouverts, pendant des jour
nées entières, sans crainte de voir les mères les abandonner.
Lorsqu'on expérimente, il va de soi que l'on doit altérer le
moins possible les nids et ne pas effaroucher les Araignées. De
cette manière, ces dernières se comportent exactement comme
elles le feraient si les conditions dans lesquelles on les place
se réalisaient naturellement. Elles sont du reste d'une extrême
docilité dans ces circonstances et ne cherchent pas à s'enfuir.
Lorsqu'on veut enlever une femelle de son nid, par exemple,
et l'isoler pendant un certain temps, on peut opérer de la
manière suivante : on introduit dans la paroi du nid l'extr
émité d'une fine pince dont on maintient les mors rapprochés
au contact; puis on laisse s'éloigner ceux-ci l'un de l'autre de
quelques millimètres et on tourne la pince autour de son axe
jusqu'à ce qu'on ait obtenu une ouverture arrondie assez
grande pour permettre le passage de l'Araignée; on introduit
alors, par l'ouverture, le manche d'un scalpel avec lequel on
oblige l'animal à s.e rapprocher de la brèche, puis à la franchir
pour passer de là dans un petit bocal de verre où on le main
tiendra pendant le temps voulu. Si l'on veut plus tard remettre A- LÉCAILLON. — BIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE D'UNE ARAIGNÉE 60
la mère en possession de son nid, il suffit de placer l'ouverture
du bocal près de celui-ci et de faire sortir lentement l'Araignée
jusqu'à l'amener sur le nid même. Aprèa un court instant d'im
mobilité qu'elle utilise pour se reconnaître, la mère ne tarde
pas soit à rentrer dans le nid par la brèche laissée ouverte, si
l'amour maternel existe encore chez elle, soit à s'en aller, dans
le cas contraire.
Avant de tirer, des expériences que j'ai faites sur le Chira-
canthium carnifex, les conclusions générales qu'elles comport
ent, je donnerai d'abord un résumé de ces expériences elles-
mêmes. Pour la commodité de l'exposition, je désignerai les
femelles soumises à l'expérimentation, par les termes de
« mère » lorsqu'il s'agira d'une femelle envisagée par rapport
à son propre nid, et de «pseudomère » lorsqu'il s'agira au
contraire d'une femelle considérée par rapport au nid d'un
autre individu de son espèce.
Première expérience. — Deux femelles sont retirées, le
matin à 8 h. 1/2, de leur nid respectif contenant des œufs assez
récemment pondus, et isolées dans deux bocaux. Un seul des
nids est conservé en vue de l'expérience présente et des expé
riences suivantes; par suite, relativement au nid restant, l'une
des femelles est une mère et l'autre une pseudomère. Le soir à
2 heures, je place la pseudomère sur le nid; elle pénètre par
l'ouverture qu'elle a bientôt trouvée, explore l'intérieur du nid,
en sort un instant, puis y rentre définitivement. Elle commence
en effet immédiatement à tisser une toile de réparation pour
en fermer l'entrée.
L'adoption du nid par la pseudomère est donc complète, même
quand celle-ci a été séparée de son propre nid depuis une
durée de 5 h. 1/2.
Deuxième expérience. — Une demi-heure plus tard, je réta
blis la brèche dans la paroi du nid et, sans touchera la pseudo
mère qui est restée à l'intérieur, je place la mère sur celui-ci.
Après un court instant de repos à la place où je l'ai déposée,
elle se met en marche, découvre l'ouverture et veut s'y engager.
Mais, apercevant la pseudomère, elle s'arrête immédiatement
tandis que, de son côté, son adversaire s'approche aussi du
trou de sortie. Au bout d'un moment, la pseudomère sort
brusquement du nid et se sauve; la mère entre alors à l'inté
rieur et commence immédiatement à fermer la brèche, besogne
qu'elle a bientôt terminée.
Je rouvre le nid et, y laissant la mère, je ramène la pseudo- MÉMOIRES ORIGINAUX 70
mère dessus. Au bout d'un court instant, celle-ci se sauve sans
même essayer de pénétrer par la brèche. Je la ramène de nou
veau sur le nid, mais je ne puis la décider à chercher à entrer.
La vraie mère se tient, pendant ce temps, à l'entrée du nid,
prête à s'opposer à l'arrivée de son ennemie. Je laisse alors
les deux Araignées tranquilles jusqu'au lendemain, la mère
occupant son nid et la pseudomère étant mise dans un bocal
d'isolement.
D'après cette expérience, la mère, malgré une séparation
de 6 ou 7 heures, reconnaît parfaitement son nid. Son amour
maternel a persisté également et la pousse à chercher à rentrer
en possession de son bien. La pseudomère, de son côté, bien
qu'elle soit depuis une demi-heure dans un nid qui ne lui
appartient pas, mais pour lequel elle a un certain attachement,
sait cependant que ce nid n'est pas le sien. Elle comprend,
à l'attitude de son adversaire, qu'elle va être attaquée et pré
fère abandonner son nid d'adoption.
Troisième expérience. — Le lendemain matin à 8 h. 1/2,
après avoir retiré la mère de son nid, je place la pseudomère
sur celui-ci. Elle y pénètre sans hésitation, en parcourt l'int
érieur et vient immédiatement commencer à en fermer l'entrée ;
l'adoption est encore complète. J'apporte la mère sur le nid;
elle se dirige vers l'entrée et veut y pénétrer, mais elle
s'arrête en voyant le nid occupé. La pseudomère, qui ne
peut sortir, car son adversaire est restée à l'entrée, cherche à
se défendre contre l'attaque dont elle est menacée et se met
sur la défensive. La mère donne alors les signes d'une vio
lente colère; elle se balance de droite à gauche et de gauche
à droite sur ses pattes et agite son abdomen dans le même
sens. Au travers de l'ouverture, les deux Araignées échangent
des coups de pattes. La mère a les chélicères écartées, menaç
antes, prêtes à saisir son adversaire ; elle a une attitude vi
olemment offensive, tandis que la pseudomère, — qui ne peut
parvenir à se sauver puisque l'ouverture est assiégée, — a
une attitude peureuse et seulement défensive. A deux reprises»
l'assiégeante quitte l'entrée et cherche un peu plus loin s'il
n'y a pas d'autre endroit pour pénétrer dans le nid; l'assié
gée essaie alors chaque fois de franchir l'ouverture du nid
pour se sauver, mais la mère, s'en apercevant, revient pré
cipitamment pour la saisir. La pseudomère, incomplètement
sortie, n'a que le temps de se rejeter dans le nid. Enfin, l'assi
égeante s'étant écartée une troisième fois, l'assiégée se préci- A. LÉCAILLON. — BIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE D'UNE ARAIGNÉE 71
pite « en coup de vent » et s'échappe. L'assiégeante, qui s'est
élancée vers elle, ne peut la saisir. Le siège du nid par la mère
avait duré 1/4 d'heure. Celle-ci, après quelques secondes pas
sées à s'assurer que sa rivale a disparu, entre dans son nid,
puis en sort à deux reprises successives pour l'explorer encore
à l'extérieur. Enfin elle y rentre définitivement et, après
5 minutes d'immobilité, commence à en boucher la brèche.
A trois reprises successives je ramène la pseudomère sur le
nid, mais elle refuse catégoriquement de s'approcher de l'en
trée et s'enfuit avec précipitation.
Cette expérience vérifie et complète la précédente; elle
montre que la pseudomère adopte un autre nid, même
quand elle a été séparée du sien depuis 24 heures, mais ne le
défend pas contre l'attaque de la mère. Quand celle-ci même
est présente dans le nid, elle refuse d'essayer d'y entrer. La
mère, au contraire, n'hésite pas à assiéger son ennemie jus
qu'à ce qu'elle soit parvenue à rentrer en possession de son
nid.
Quatrième expérience. — 6 heures après l'expérience précé
dente, je retire la mère de son nid et je place la pseudo
mère sur ce dernier. Elle y pénètre sans hésiter et, au bout
d'un moment d'immobilité, vient en fermer la brèche. Je l'y
laisse pendant 24 heures, et pendant ce temps la mère est
isolée dans un bocal. Je place alors cette dernière sur son nid,
sans en retirer la pseudomère et même sans percer la brèche
qu'à réparée celle-ci. Elle reste d'abord immobile pendant
quelques minutes, puis entre en activité. Elle arrive immédia
tement à l'endroit où était la brèche du nid et où la mince
toile de réparation laisse entrevoir l'intérieur. Elle manifeste
les mêmes signes de colère signalés précédemment : balance
ments du corps et oscillations rapides de l'abdomen, écarte-
riient des chélicères. Elle essaie en même temps d'introduire
ses pattes antérieures dans la toile de réparation.
A l'intérieur, la pseudomère vient, de son côté, près de la
région de l'ancienne brèche, mais, protégée par la toile de répa
ration, elle reste immobile. La mère, ne voyant pas de moyen
d'entrer, quitte l'endroit où elle se trouve et cherche ailleurs
sur le nid; puis elle revient à la première place, la quitte de
nouveau, mais sans jamais s'éloigner du nid. Enfin, elle plonge
résolument ses pattes dans la toile de réparation et s'efforce
de la briser. Elle manifeste toujours les signes d'une violente
colère. A l'intérieur, l'assiégée demeure toujours à peu près

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