T. Saulnier, Les Papous coupeurs de têtes ; n°1 ; vol.2, pg 140-141

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L'Homme - Année 1962 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 140-141
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Publié le : lundi 1 janvier 1962
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean Guiart
T. Saulnier, Les Papous coupeurs de têtes
In: L'Homme, 1962, tome 2 n°1. pp. 140-141.
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Guiart Jean. T. Saulnier, Les Papous coupeurs de têtes. In: L'Homme, 1962, tome 2 n°1. pp. 140-141.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hom_0439-4216_1962_num_2_1_366480140 COMPTES RENDUS
émigré depuis longtemps. Pour éviter que le sol restât en friche faute d'accord entre les inté
ressés, il aurait fallu que ces rassemblements fortuits fussent soumis à une autorité quel
conque. Les juges ne l'ont pas permis, qui ont refusé de reconnaître la fonction d'arbitre
du chef de lignage, comme ils avaient rejeté la distinction entre droits fonciers directs, condi
tionnels et indirects.
Pour conclure, l'auteur s'interroge sur les divers remèdes possibles. Certaines dispositions
du régime actuel lui paraissent dignes d'être conservées en tout état de cause. Il s'agit du
rôle bénéfique de la Land Court en matière de conflits de bornage et, en second lieu, de la
facilité de la procédure qui rend superflue l'assistance d'un avocat. Quand on sait combien
d'indigènes ont été totalement ruinés par l'intervention d'avocats dans d'autres régions du
Pacifique, on ne peut qu'approuver cette sage recommandation. En revanche, si l'on veut
prévenir une aggravation du morcellement des propriétés, c'est à la conception individualiste
et égalitaire du droit successoral qu'il faut renoncer : par un retour aux règles anciennes de
succession sélective, on obligerait toute personne revendiquant un héritage à opter irrév
ocablement pour la lignée paternelle ou pour la lignée maternelle. La voie est d'ailleurs indiquée
par la création spontanée, à l'intérieur du cadre juridique officiel, d'un micro-système fonc
tionnant sur une base coutumière : pour assurer une mise en valeur effective, les chefs de
lignage ont été conduits empiriquement à réserver l'utilisation du sol aux membres directs
de leur groupe. Mais comment, sans remettre en cause des avantages acquis, concilier le mor
cellement actuel avec les nécessités d'une exploitation rentable ? R. G. Crocombe suggère
la formule de 1' « incorporation » : les multiples propriétaires d'un vaste ensemble de terres
contiguës échangeraient leurs droits de propriété contre des parts d'associés dans une collec
tivité chargée de l'exploitation. Enfin, il est proposé de faciliter les aliénations foncières en
assouplissant la sévère législation qui visait à protéger les Polynésiens de toute spoliation.
Les avantages de cette dernière réforme semblent bien incertains, car on doit craindre que
ces transferts ne détruisent définitivement une cohésion sociale qui a survécu à un siècle
et demi de profonds bouleversements.
On aurait souhaité que soient précisées les perspectives économiques des réformes envi
sagées et on attendait notamment une détermination des « pôles de développement », mais
les problèmes économiques ont généralement été quelque peu négligés par l'auteur. C'est
ainsi que, dans le tableau, par ailleurs fort complet, de la situation présente, on n'est guère
renseigné sur l'existence de rapports de domination entre commerçants et producteurs ni
sur la stratification de la classe des propriétaires. Les nombreuses qualités de cet important
ouvrage font regretter d'autant plus vivement ces lacunes qui devraient être comblées pro
chainement, comme le promet R. G. Crocombe. En attendant, on se prend à envier les habi
tants des îles Cook, et leur ethnologue avec eux, de pouvoir préparer une réforme agraire
qui ne soit pas aussitôt vouée à l'échec par l'opposition de colons européens.
Michel Panoff
Tony Saulnier, Les Papous coupeurs de têtes. Cent soixante-sept jours dans la
préhistoire, Éditions du Pont-Royal, Paris, 1961, 309 p., 159 pi. photos dont
33 en couleurs, 3 cartes, 25,2 X 21,5 cm.
Après le film Le Ciel et la Boue, cet album d'images, assorti d'un texte sans prétention,
est reposant. L'auteur ne prétend pas avoir réussi seul, sans le missionnaire catholique, sans
l'administrateur hollandais et ses miliciens dont l'intervention était, dans le film, évidente
quoique passée sous silence. Tony Saulnier ne se moque pas de ses lecteurs. Ses photos sont
toujours intéressantes malgré la qualité décevante des photos en couleur, due probablement
à une conservation difficile des négatifs. Mais comme le film, cet ouvrage nous apprend bien
peu de choses. Il ne prétend d'ailleurs pas le faire.
On constate à la lecture de ce livre combien sont artificielles certaines attitudes publiques.
A l'occasion d'une interview accordée à l'Express, Pierre-Dominique Gaisseau faisait état COMPTES RENDUS 141
de la profonde fraternité qu'il éprouvait vis-à-vis des hommes de la préhistoire rencontrés
au cours de ce voyage. Au témoignage de Tony Saulnier, cette fraternité n'allait pas jusqu'à
prévoir à leur usage, en altitude, des pull-over et des couvertures de laine (et non de coton) .
Il n'est pas étonnant que trois porteurs soient morts d'épuisement. Pour soi-même on avait
prévu jusqu'aux bombes lacrymogènes en cas d'attaque.
J'ai quelque expérience, aux Nouvelles-Hébrides, de longs séjours dans des régions non
contrôlées où les Européens ne s'aventurent pas. J'y ai vite appris à toujours circuler seul,
changeant de guide de proche en proche, avec jamais plus que je ne pouvais porter moi-même,
si besoin était, sur mon dos ; et à ne jamais m'accorder plus de confort qu'à mon guide du
moment, la nourriture étant toujours rigoureusement identique, celle qui m'était offerte.
Je n'ai jamais eu l'impression de risquer ma vie dans ces conditions et j'étais toujours sans
armes. Mon seul élément de pression psychologique était une boussole-alidade accrochée
à ma ceinture, que j 'utilisais pour relever mon itinéraire : elle m'évita des erreurs volontaires
de la part de certains guides.
Mais ce qui ressort le plus de ce livre, c'est la gratuité de l'exploit. Exploit sportif surtout
de la part des porteurs papous, habitants de la plaine, sans préparation, en dehors de leur
habitat, chargés comme des bœufs et qui devaient préparer le campement, abattre les
arbres et construire ponts et radeaux pendant que ces messieurs les explorateurs accumul
aient les réminiscences verbales de Paris. On leur rend bien peu hommage. Les alpinistes
himalayens ont eu l'honnêteté d'associer leurs sherpas à leur réussite.
En définitive que reste-t-il de cette expédition ? Quelques belles images filmées dans une
présentation insincère, inutilisables jusqu'à ce qu'un ethnologue ait rétabli un commentaire
valable. Un contact humain evanescent en pays Asmat, par l'intermédiaire d'un missionnaire,
d'un policier et de mitraillettes, le tout se terminant par une retraite précipitée. Au travers
de l'île, de hameau en hameau, une somme d'incompréhensions réciproques, au rythme
des parachutages. Ces derniers n'ont, à mon sens, rien de glorieux que pour le courage des
pilotes.
D'autres que Gaisseau et ses amis ont su vivre des mois durant, isolés dans l'intérieur
de la Nouvelle-Guinée, sans parachutages, mangeant la nourriture locale, ne provoquant
pas de panique dans les populations, survivant et revenant avec un bagage de connaissances
réelles, échappant même aux patrouilles japonaises lancées à leur recherche. Avant guerre,
dans des conditions similaires et avec l'aide officielle hollandaise, une expédition américaine
utilisant un hydravion, a relié la côte nord à la vallée de la Baliem, sans morts et en ramenant
des collections scientifiques de valeur.
Nous sommes donc ici en présence d'une conception de l'action tout entière dirigée vers
l'exploitation commerciale de ses résultats. Comme le dit plusieurs fois Tony Saulnier : « Cela
ne valait pas trois morts. »
J. G.
DIVERS
Paul Ziff, Semantic Analysis, Cornell University Press, New York, i960.
Ce livre porte en épigraphe «Miracula sine doctrina nihil valent». C'est en effet, avant tout,
l'élucidation d'une révélation.
L'auteur se demandant par obligation professionnelle — il fut longtemps spécialisé en
esthétique — ce qu'est un bon tableau, décide, pour trancher ce délicat problème, de s'en
remettre à l'analyse linguistique. Émerveillé des résultats obtenus, persuadé d'avoir découvert
une méthode fondamentale et brûlant de propager la bonne nouvelle, il élabore une doctrine
cohérente et raisonnée de la signification. A la page 198 de son livre, il n'attend plus, suprême
consécration au xxe siècle, que la formalisation de sa théorie.
Le lecteur éventuel aura pourtant soin, pour une meilleure compréhension de l'itiné
raire suivi, de commencer le livre par son dernier chapitre, le plus ancien, celui qui servit

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