Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes affectifs. Sentiments. Esthétique élémentaire. - compte-rendu ; n°1 ; vol.25, pg 548-561

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L'année psychologique - Année 1924 - Volume 25 - Numéro 1 - Pages 548-561
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1924
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VI. Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes affectifs.
Sentiments. Esthétique élémentaire.
In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 548-561.
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VI. Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes affectifs. Sentiments. Esthétique élémentaire. In: L'année psychologique.
1924 vol. 25. pp. 548-561.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1924_num_25_1_6205548 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
clinique d'accouchement de Munich. Il faisait apparaître dans une
pièce obscure à une distance latérale de 1 /2-1 mètre de l'enfant,
lampe électrique d'intensité variable qu'il promenait lentement
devant le sujet.
Voici les résultats obtenus :
1° Chez la moitié environ des nouveau-nés l'excitation lumineuse
provoque des réactions de peur. Ceux-là n'ont pas pu être examinés.
D'autres semblent indifférents, alors que quelques-uns manifestent
des signes de joie
2° Le réflexe pupillaire à la lumière a lieu chez tous les enfants
dès la naissance.
3° Un petit nombre de nouveau-nés sont capables de fixer un
objet lumineux et d'exécuter des mouvements coordonnés de deux
yeux. Mais la plupart n'y réussissent guère ; ce n'est que vers le
troisième mois que tous les enfants sont maîtres de leurs mouvements
oculaires.
Ces résultats s'accorderaient assez bien avec les données relatives
au développement cérébral du nouveau-né.
D. W.
F.-B. HOFMANN. — Augenbewegungen und relative optische
Lokalisation (Mouvements oculaires et localisation optique relative).
— Z. für B., LXXX, 1924, p. 81-90.
Lorsque l'objectif visé à la suite d'un mouvement volontaire des
globes oculaires n'est pas atteint, il se produit, non seulement un
faux déplacement de tout le champ visuel, d'où l'influence sur la
localisation absolue des objets, mais aussi une altération des localisa
tions optiques relatives.
P. B.
VI. — Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes
affectifs. Sentiments. Esthétique élémentaire,
L.-A. REID. — Instinct, emotion and the higher life [L'instinct,
Vemotion, et la vie supérieure de Vesprit). — Br. J. of Ps., XIV, 1,
1923, p. 78-93.
Critique de la théorie de Me Dougall, selon laquelle les instincts
sont les premiers moteurs de toute activité humaine, et les formes
les plus compliquées de la vie supérieure, intellectuelle ou morale, ne
sont que des moyens subordonnés à ces fins instinctives.
R. soutient qu'il y a une émotion de valeur (esthétique ou morale),
de caractère spécifique, irréductible à l'instinct, et « nouvelle » par
rapport à lui. L'instinct ne peut expliquer la vie supérieure de
l'esprit.
L'auteur paraît ignorer, comme la plupart de ses collègues de
langue anglaise, les explications qui ont été données de ces faits par
les sociologues français. G. P. .
ET INSTINCTS. EMOTIONS. SENTIMENTS 549 TENDANCES
H.-J. ZIGLER. — Instinct and psychological viewpoint (L'instinct
et le point de vue psychologique). ■ — Ps. Rev., XXX, 6, 1923,
p. 447-460.
Z. passe en revue les différentes définitions de l'instinct qu'on
trouve dans les manuels de psychologie américains, et conclut qu'il
faut, pour étudier ce problème d'une manière complète, se placer
successivement aux différents points de vue, sans en exclure aucun.
G. P.
J. DREVER, et E. JONES. — The classification oî the instincts
(La classification des instincts). — Br. J. of Ps., XIV, 3, 1924,
p. 248- 261.
Pour Drever, les instincts ou les tendances instinctives, formes
innées du comportement, peuvent, du point de vue psychologique,
être divisés ainsi :
a) En généraux et spécifiques (par exemple, l'instinct du jeu est
plus général que l'instinct combatif).
• b) Dans chacune de ces catégories, en instincts d'appétition et de
réaction.
c) En simples et émotionnels.
Jones montre le profit qu'on peut tirer de la psychanalyse dans
l'étude de cette question. Il propose la classification suivante :
a) Instincts d'attraction, comprenant la faim et la sexualité, avec
les instincts subordonnés de curiosité et de possession.
b)de répulsion, au nombre de trois : l'aversion, la fuite,
avec les sous-variétés décrites par Rivers, et l'aggressivité.
G. P.
FEDERICO CALVO. — El nombre instinctivo y el nombre racio-
nal. (L'homme instinctif et Vhomme rationnel). — Rev. de Fil.,
X, 5, 1924, p. 279-286,
L'auteur distingue dans la société deux types d'hommes dont il
trace, schématiquement, le caractère. Le premier, soumis aux ten
dances égoïstes primitives, est un retardé dans le développement
social, qui n'est pas adapté aux conditions actuelles de nos sociétés ;
régi par la recherche du plaisir et la fuite de la douleur, il est cause
de conflits incessants et se montre pernicieux quand il est doué d'une
vive intelligence. Le second, au contraire, a subi la transformation
des sentiments primitifs en un altruisme admirable, et est un facteur
d'équilibre et d'harmonie dans la société.
Mais la plupart des hommes ne sont-ils pas intermédiaires entre
ces types exceptionnels qu'envisage F. Calvo ? H. P.
JOSÉ INGENIEROS. — El instinto maternai y la familia [U ins
tinct maternel et la famille). — Rev. de Fil., X, 5, 1924, p. 161-179.
L'auteur fait dériver, phylogénétiquement, de l'instinct de nutri
tion primitif un instinct de conservation et un instinct social, de 550 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
l'instinct primitif de reproduction, un instinct sexuel et un instincC
maternel.
Ce dernier, dont Ingenieros s'occupe dans cette étude, est conçu;
comme un système d'habitudes héréditaires pour la protection de la
descendance, permettant la transformation de la progéniture en.
individus adaptés aux conditions de vie spécifiques. Il n'est pas-
indispensable à la conservation de toutes les espèces, mais il l'est à la:
conservation de certaines ; son apparition se présente comme un.
perfectionnement des fonctions reproductrices, et il se développe, se
perfectionne à son tour en donnant naissance à l'instinct domestique,
qui implique la coopération conjugale dans là protection des enfants.
Le foyer maternel devient le noyau de la famille, avec apparition de-
la propriété domestique qui conditionne l'association stable entre
les conjoints et les enfants. La famille prend la prédominance sur la
sexualité, et la sélection domestique modifie radicalement les condi
tions de la sexuelle.
Les sentiments domestiques — la « domesticidad » — sontdéfinis-
par la solidarité coopérative qui satisfait dans un même foyer les ten
dances pour la protection de la progéniture (tandis que l'amour est
un sentiment de préférence individuel pour un individu de l'autre
sexe satisfaisant les tendances à la reproduction de l'espèce).
L'organisation de la famille comporte essentiellement la subordi
nation de l'instinct sexuel à l'instinct maternel, la limitation de-
l'amour par le sentiment domestique.
Telles sont les idées générales développées par Fauteur, fidèle aux
concepts darwiniens, dans cette esquisse bio-sociologique.
H. P.
M. I. BOAS. — La défense psychique. — In-8, 225 p. et 29 planches),
Paris, Alcan, 1924 (12 fr. 50).
C'est une élude originale et intéressante que celle de l'auteur sur
ce qu'il appelle la défense psychique ; elle comprend une partie expé
rimentale — qu'il a poursuivie au laboratoire de psychologie physio
logique de la Sorbonne — dont nous avons précédemment rendu
compte (An. Ps., XXIII, p. 364 et XXIV, p. 389), et une importante
partie théorique.
La conception fondamentale est la suivante : pour se défendre
contre les atteintes nocives d'un agent extérieur, ou de l'action dou
loureuse qui résulte de la non-satisfaction d'une tendance, rencon
trant quelque obstacle, il existe, à côté des réactions classiques d'at
taque ou de fuite, un troisième mode de défense. « Dans le cas, dit-il,
où l'organisme est dans l'impossibilité d'échapper, soit par la fuite, soit
par l'attaque, aux atteintes d'un agent extérieur, il lui reste encore,
pour s'y soustraire,la ressource de se rendre insensible à leur influence*.
Il existe par exemple des inhibitions, des suppressions de sensations.
L'abolition du phénomène perceptif et des réactions qu'il comporte
libère l'organisme de certaines influences immédiates et permet des.
activités plus complexes. La défense subjective se traduit biologique-
ment dans une modification du comportement.
Mais la défense psychique est rarement adéquate et définitive, &% TENDANCES HT IJÏST1WCTS'. EMOTION». SENTIMENTS 551
tend à se transformer en une défense objective. La transformation
de la défense inadéquate , constituée par un refoulement, est examinée
en rapport avec les conceptions psychanalytiques. « Dans le domaine
de l'inconscient et des tendances refoulées, connaître c'est guérir »,
disent Régis et Hesnard ; c'est remplacer les défenses inadéquates
par des défenses adéquates, ajoute Boas. ,
Son étude, dont la systématisation manque un peu de vigueur, est
informée et souvent suggestive.
H. P.
CH. FIESSINGER. — Le* défauts, réactions de défense. — In-12,
331 p., Paris, Maloine, 1924.
La notion que les défauts sont attachés à la nature comme des
symptômes à la maladie, qu'ils servent à la défense de la personnalité,
que « les médiocres ambitieux se défendent par la méchanceté, les
faibles par la bouderie, les sots par l'entêtement, les jaloux par la
calomnie », pouvait paraître originale, comme contribution à l'étho-
logie, à la science du caractère.
Malheureusement les remarques que l'auteur dissémine sous la
forme tranchante qui lui est habituelle, dans les monographies des
défauts — à prédominance organique, affective, et intellectuelle —
ne sont guère qu'un moyen de manifester ses opinions sur tout sujet,
ses convictions politiques et sociales. C'est d'ailleurs souvent amus
ant à lire. Mais ce n'est pas de la science.
H. P.
BRUNO KLOPFER. — Das Problem der seelischen Hemmungen
{Le problème des inhibitions psychiques). — A. f. ges. Ps., XLVIT,
1-2, 1924, p. 45-93.
C'est une revue critique des travaux relatifs à la question. L'au
teur résume les résultats acquis par la méthode expérimentale, les
faits qui se détachent des analyses phénoménologiques ainsi que les
conceptions de l'école de la psycho-analyse.
Les différentes interprétations sont rattachées aux différences de
doctrine et de méthode.
D. W.
WESLEY RAYMOND WELLS : Sublimation of non sexual ins
tincts [Sublimation d'instincts non sexuels). — Ped. Sem., XVIII,
1, 1921, p. 73-77).
Quand les paradoxes des psychanalystes auront passé, il restera
quelque chose des théories de Freud : l'idée qu'il est vain et dange
reux de prétendre refuser radicalement toute satisfaction aux ins
tincts profonds, et celle qu'on peut dériver les plus égoïstes et les
plus anti-sociaux de ces instincts vers des buts socialement utiles.
Stanley Hall avait déjà esquissé une telle sublimation de l'instinct
de combativité, qu'on pourrait transformer en une généreuse émul
ation (luttes d'idées, etc. ) On pourrait concevoir une transforma- 552 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tion de ce genre pour les autres instincts, en particulier pour l'affi
rmation de soi qu'on peut utiliser pour la coopération sociale, — la
crainte (qui peut servir à détourner du vice, de la contagion, etc.).
Ce sont là de vieilles idées auxquelles la mode psychologique donne
un regain d'activité, elles n'en sont d'ailleurs pas plus mauvaises
pour cela.
H. L.
C.-H. WOOLBERT. — A behavioristic account of intellect and emot
ions (Une conception behavioriste de l'intelligence et de l'émotion)
— Ps. Rev., XXXI, 4, 1924, p. 265-272.
Gomment peut-on définir, en termes de comportement, la diff
érence entre les états intellectuels et les états émotifs ? La réponse à
une excitation se traduit par une augmentation générale de la toni
cité musculaire dans tout l'organisme. Mais cette excitation peut être
diffuse ou localisée. Les processus intellectuels sont ceux où une
partie seulement de l'organisme travaille à haute tension, tandis que
le reste est faiblement excité ; les processus émotionnels sont au
contraire ceux où le corps entier réagit dans son ensemble. La réponse
est donc intensive et localisée dans un cas, extensive et diffuse dans
l'autre. Les deux formes d'activité ont une valeur biologique diffé
rente. Le comportement intellectuel met l'homme en état de faire
les discriminations nécessaires pour réagir correctement à une situa
tion complexe. Le comportement émotionnel lui permet de dominer
les situations imprévues ou inaccoutumées. L'adaptation exige,
pour être parfaite, la mise en jeu selon le moment des deux formes
d'activité, l'exagération de chacune entraînant une grave infériorité
dans la lutte pour la vie.
G. P.
HELEN GENEVIEVE JEFFERSEN. — Statistical note on work
in emotion (Note statistique sur une étude de l'émotion). — J. of
appl. Ps., VIII, 3, 1924, p. 350-353.
Critique d'un travail de miss Waller sur le réflexe psychogalva
nique : 1° Miss W. n'a pas calculé l'erreur probable de la différence
entre deux séries qu'elle comparait ; 2° Elle a exprimé la grandeur
du réflexe en pour cent par rapport à la résistance initiale.
D. W.
MEDEIROS E ALBUQUERQUE.— A propos de l'émotion. — J. de
Ps., XXI, 10, 1924, p. 928-933.
Pour l'auteur, l'émotion est une association d'idées, d'images et
de tendances. Si est la conscience de variations organiques
(James-Lange), il faut tenir compte de l'origine de ces variations
organiques, et celle-ci se trouve dans les idées associées à l'idée pre
mière, qui, brusquement déclenchées en grand nombre, et entraînant
chacune une légère répercussion organique, provoquent par addition
une modification importante. ET INSTINCTS. EMOTIONS. SENTIMENTS 553 TENDANCES
v L'émotion est donc toujours l'association simultanée d'une idée
à un grand nombre d'autres. Plus le nombre de celles-ci est grand et
imprévu, plus l'émotion est forte ».
De nombreux exemples illustrent cette ingénieuse conception, qui
se complète en attribuant aux différentes idées une inégale puissance
de répercussion organique. Mais, par là, la porte reste ouverte aux
conceptions qui font, de cette répercussion même, tout l'essentiel de
l'émotion, objectivement conçue, et qui attribuent aux idées et aux
images, en fonction de cette répercussion, des valeurs affectives
différentes.
H. P.
WILLIAM M. MARSTON. — A theory of emotions and aîîection
based upon systolic blood pressure studies [Une théorie des émot
ions et de l'affection basée sur l'étude de la pression sanguine). —
Am. J. of Ps., XXXV, 4, 1924, p. 469-506.
W. Marston présente dans cet article la théorie des émotions et
des sentiments à laquelle l'ont conduit ses recherches expérimentales
sur la pression sanguine — recherches auxquelles il ne sera d'ailleurs
pas fait d'autre allusion dans les pages que nous résumons : aussi,
bien qu'elle ait été inspirée par des travaux de laboratoire, cette
théorie se présente ici comme appuyée sur l'analyse des faits d'expé
rience commune, et reste très constructive dans certains de ses
développements.
Le point de départ est une critique des idées de W. James sur la
peur et la colère. Il ne faut pas dire : nous avons peur parce que nous
nous enfuyons : il ne suffit même pas d'ajouter :
fuyons le danger. La peur du fugitif est inversement proportionnelle
au succès de sa fuite. La peur n'augmente pas l'énergie des actes du
poltron. Dans un combat, toutes les impulsions motrices sont dirigées
dans le même sens et correspondent à la tendance, à l'accroissement
de la personnalité (to enlarge himself). Mais, si le combattant subit
l'impression de la supériorité de son adversaire, il se produit un
conflit dans son système nerveux, une oscillation entre les réponses
combatives et la retraite : ce conflit, c'est la peur. Elle résulte donc
de l'inhibition d'une tendance appetitive à l'affirmation de soi-même,
par une tendance dépriman te imposée par l'adversaire.
On trouve dans la colère un conflit analogue. Il peut y avoir dans
un combat une compétition ardente sans colère proprement dite ;
celle-ci n'apparaîtra que si l'individu se sent battu, abaissé. La volonté
de l'adversaire impose alors au sujet l'image d'une diminution de soi-
même, qui se traduit par des actes de destruction qui peuvent porter
sur la personne même du sujet.
L'auteur en tire une explication très subtile de la jalousie sexuelle.
€omme nous le verrons, au fond du désir sexuel il y aurait une volonté
de diminution de soi-même (self-depletion) au profit de la personne
aimée ; le rival apparaît comme substitué au sujet lui-même dans
ce rôle : il y a conflit, oscillation entre le sujet et le rival en tant
•qu'objets de cette volonté.
Les deux inclinations fondamentales sont la faim et l'inclination 554 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sexuelle. A la première se rattachent toutes les tendances appétitives.
Leur mécanisme comprend : 1° Un stimulus interne pénible ; 2° une-
impulsion motrice qui en résulte et qui, sous l'influence de l'expé*
rience, se traduit à la conscience par la représentation de l'objet du
désir ; 3° des mouvements de recherche de cet objet ; 4° des actes
par lesquels la possession de l'objet fait cesser le stimulus pénible,
remplacé peu à peu par les impressions agréables venant de l'objet.
Plus tard la perception ou l'idée de l'objet en viendront à déterminer
directement le second moment, même en l'absence du besoin primitif.
Si ce mécanisme fonctionne normalement, c'est-à-dire avec succès,
la perception du rapport de l'organisme à l'objet de l'appétition sera
celle de domination et d'expansion, accompagné de sentiments de
triomphe et d'orgueil. Au contraire, dans le cas d'insuccès, il percevra
une condition d'assujettissement et de diminution, accompagnée par
des sentiments de honte et de peur.
L'étude de l'inclination sexuelle conduirait à une conception tout
à fait parallèle à la précédente : le point de départ est un stimulus
interne agréable, qui engendre un état de volonté tendant à la deple
tion de l'organisme, et qui se traduit pour la conscience, sous l'i
nfluence de l'expérience, par l'image d'une personne de l'autre sexe ;
des impulsions motrices en résultent, tendant à la trouver et à se
faire accepter d'elle : enfin l'acte sexuel final qui se traduit par un
renforcement du stimulus interne agréable. A cette inclination fonda
mentale se rattacheraient, chez le sexe féminin, les tendances matern
elles : biologiquement parlant, le mâle se sacrifie au profit de la
femelle, qui se sacrifie à son tour au profit de l'enfant.
Suivant que l'inclination est satisfaite ou contrariée par une rival
ité, il y aura perception d'un état de soumission du sujet ou au
contraire perception du rival dans cette situation, avec les sentiments
correspondants de passion, d'amour, d'extase dans le premier cas,
de jalousie et de colère dans le second.
Nous avons vu dans cette description le rôle joué par les sentiments
de plaisir et de peine. Il reste à en construire une théorie. La peine
est le corrélatif conscient d'antagonismes moteurs entre des impul
sions qui tendent à utiliser les mêmes voies efférentes : plus particu
lièrement elle résulterait de la" sommation au niveau du thalamus
d'impulsions sensibles arrêtées par cet antagonisme. Le plaisir vien
drait d'une accumulation d'excitations sensibles subliminales, par
elles-mêmes trop faibles pour dépa&ser le niveau du thalamus et pour
devenir des sensations différenciées, quoi qu'elles puissent s'associer
avec ces d'une façon harmonieuse.
P. G.
CARNEY LANDIS. — Studies of emotional reactions. — I. A pre
liminary study of facial expression (Etudes de réactions émotionnelles.
J. Etude préliminaire de l'expression faciale). — J. of exp. Ps. VII
5, 1924, p. 325-341.
Le sujet est assis derrière une table : dans la cloison qui lui fait
face, de petites ouvertures permettent de prendre des photographies:
(l*article en reproduit un certain nombre). Il reçoit l'instruction de- TENDANCES ET INSTINCTS. EMOTIONS. SENTIMENTS 555
laisser s'exprimer aussi naturellement que possible ce qu'il éprouve,
et d'en rendre compte après chaque expérience. Les émotions sont
produites par l'audition de musique, la présentation de dessins ou dé
photographies, des contacts, des odeurs, etc. On obtient ainsi le
plaisir, la douleur, le dégoût, l'horreur, la pitié, l'émotion sexuelle,
esthétique, religieuse, etc. Dans une deuxième partie de l'expérience,
certains sujets, dont les expressions avaient paru caractéristiques,
ont été invités à en reproduire volontairement quelques-unes.
L'auteur a été frappé de la variabilité de l'expression de chaque
émotion. Il critique ce postulat admis par la plupart des anciens
physiognomonistes, qu'il existe une expression statique caractéris
tique de chaque sentiment. S'il y a, pour certaines émotions primit
ives, des éléments réflexes incontestables, d'autres, plus complexes,
sont acquises par imitation, et varient largement avec la race, le
milieu, et même l'individu. La reproduction volontaire de l'expression
a un aspect très conventionnel.
p. a.
DALLAS E. BUZBY. — The interpretation of facial expression
[L'interprétation de Vexpression faciale). — Am. J. of Ps., XXXV,
4, 1924, p. 602-604.
Nous avons décrit, l'an dernier, les modèles de démonstration des
expressions de la face employés par Boring et Titchener ; les figures
sont tirées de l'ouvrage de Piderit, et résultent de combinaisons
d'éléments interchangeables (bouche, nez, yeux, sourcils). — Les.
diverses expressions sont-elles bien reconnues ? Pour le savoir, l'au
teur, présente à un grand nombre d'étudiants six de ces figures, repré
sentant la colère, la consternation, l'horreur, le dédain, le dégoût, la
stupeur ; pour chaque expressions, ils doivent choisir un nom dans
une liste de dix-huit noms d'émotions. — On cherche le nombre des
jugements justes: tandis que les quatre dernières expressions donnent
une proportion de jugements justes allant de 37 % à 60 %, la colère
et la consternation sont mal reconnues. L'analyse des jugements-
montre aussi que l'œil et le sourcil jouent le principal rôle dans la
reconnaissance.
P. G.
THEODOR NISSEN. — Die Physiologie und Psychologie der
Furcht in der Ilias [La physiologie et la psychologie de la peur dans
riliade). — A. f. ges. Ps., XLVI, 1-2,. 1924, p. 70-97.
Le degré le plus faible de la peur est expumé par le verbe pi^&vi-
qui se rapproche du terme latin frigus et qui signifie frissonner. Le
degré plus fort, c'est Tpéjjis'.v — trembler. Le mouvement de défense
le plus énergique, c'est la fuite — cpô^o; qui signifiera plus tard la
peur en général.
Déjà, par cette terminologie, on devine quelles sont les manifesta
tions physiologiques de la peur dans l'Iliade. C'est d'abord la sensa
tion de froid, la pâleur, le tremblement, rigidité musculaire, soupirs,
pleurs. L'expression de la peur la plus intense c'est la fuite. Le siège- 556 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de la peur est situé dans le diaphragme, quelquefois dans le cœur et
la cage thoracique en général. Parmi les causes de peur les plus
fréquentes, l'Iliade connaît le danger de mort. Beaucoup plus rares
sont les craintes pour autrui.
Dans les descriptions d'ensemble, les diverses phases de l'émotion
sont analysées avec pénétration et fidélité. | J
D. W.
MARGARET F. WASHBURN, DOROTHY DEYO et DORIS
MARKS. — A further study of revived emotions (Nouvelle étude sur
la reviviscence des émotions). — Am. J. of Ps., XXXV, 1, 1924,
p. 113-120.
Cette étude est la suite de celle dont Y Année a rendu compte dans
le volume précédent. On demande aux sujets de réveiller le souvenir
d'émotions, de joie, de colère, de peur, d'orgueil ou de honte. On
note la duiée de l'évocation, son intensité, l'ancienneté de l'évén
ement original, etc. On trouve une confirmation et une extension des
résultats du premier travail. La joie et les émotions agréables, et de
date récente sont rappelées avec le plus d'intensité. La colère a tou
jours notablement perdu de sa vivacité dans le souvenir ; l'évén
ement est souvent récent, le rappel est lent. La honte remonte à un
passé plus lointain, parfois la est jugée égale à celle de
l'émotion originale. L'orgueil est rappelé d'une façon intense, atteint
rapidement son maximum et se rapporte à des expériences assez
récentes : la crainte est en général faiblement imaginée, se développe
lentement et remonté à un passé très lointain.
P. G.
JOHN PAUL NAFE. — An experimental study of the affective
qualities (Une étude expérimentale des qualités affectives). — Am.
J. of Ps., XXXV, 4, 1924, p. 507-544.
Le but de l'auteur est de montrer que les qualités affectives,
agréables ou désagréables, sont quelque chose de palpable (et ce
serait déjà 'une question de savoir comment traduire exactement ce
terme). Il le définit bien (p. 533) en disant qu'elles sont quelque
chose d'observable ; mais ceci, personne ne le conteste. En réalité,
il combat la tendance des psychologues de l'école de Wurzbourg :
il veut montrer que le plaisir et la peine sont des données sensibles
comme les autres, des qualités comparables à celles du toucher et de
la vue par exemple. Si on a mal réussi à le prouver, c'est, dit-il,
parce qu'on s'est adressé à des émotions trop fortes, peu compatibles
avec l'état d'observation. On choisira donc des stimuli modérés :
visuels, auditifs, olfactifs, tactiles, etc., et on demandera au sujet un
effoxt d'analyse.
Bien des psychologues penseront qu'une telle tentative est con
damnée d'avance, qu'on demande au sujet de décrire l'indescriptible.
Est-il possible, par exemple, non seulement de distinguer, mais de
décrire séparément la qualité sensorielle et la qualité affective
agréable du goût du chocolat ou du son d'un diapason ? Quoi qu'il

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