Tendances récentes de l'analyse des documents en psychologie. Domaines de référence et structuration de documents - article ; n°1 ; vol.71, pg 271-290

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L'année psychologique - Année 1971 - Volume 71 - Numéro 1 - Pages 271-290
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
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C. Andrieux
Tendances récentes de l'analyse des documents en
psychologie. Domaines de référence et structuration de
documents
In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°1. pp. 271-290.
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Andrieux C. Tendances récentes de l'analyse des documents en psychologie. Domaines de référence et structuration de
documents. In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°1. pp. 271-290.
doi : 10.3406/psy.1971.27733
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1971_num_71_1_27733TENDANCES RÉCENTES
DE L'ANALYSE DES DOCUMENTS EN PSYCHOLOGIE
DOMAINES DE RÉFÉRENCE
STRUCTURATION DES DOCUMENTS
par C. Andrieux1
Les problèmes que nous chercherons à exposer à la lumière de
comptes rendus de recherche et de travaux théoriques récents seront
abordés dans la perspective du développement de la psychologie
concrète et des applications méthodologiques nouvelles en son champ
d'investigation.
La psychologie concrète en tant que point de départ et aboutisse
ment de la recherche expérimentale ou de la recherche appliquée,
comme zone d'exploration et horizon d'utilisation pratique de la science,
a toujours eu un rôle reconnu en psychologie. Ce qui est nouveau dans
les courants dont nous voudrions rendre compte, datant des années 50,
c'est d'une part le développement de la recherche écologique et de la
recherche naturaliste en psychologie, c'est d'autre part l'application
au traitement des documents de la psychologie concrète des moyens
méthodologiques et techniques de la recherche sur les organisations,
sur les communications, l'analyse du langage et du discours. Ces cou
rants ont ceci en commun qu'ils considèrent que tout phénomène
psychologique est structuré soit sur le plan cognitif , soit sur le plan des
configurations sociales et culturelles et de leurs enchaînements et que,
en conséquence, sa représentation doit être établie d'après des modèles
de systèmes d'action ou de systèmes de signes.
Nous assistons dans de nombreux secteurs à l'intégration du phé
nomène psychologique réel dans le champ de l'investigation scienti
fique, ce qui lui donne dans certaines stratégies de recherche la priorité
sur le phénomène isolé et construit par l'expérimentateur (Willems,
1967, 1968). Cette psychologie ne peut s'édifier qu'à partir de l'obser
vation et des documents enregistrés lors de l'observation, d'où l'impor
tance dans ce mode d'approche scientifique de l'élaboration concept
uelle préalable à l'observation, du raffinement du système d'analyse
1. Chargée de recherche au C.N.R.S. 272 REVUES CRITIQUES
permettant de mettre en évidence la multiplicité des éléments psycho
logiques en présence, leurs relations, c'est-à-dire leur structure et leurs
enchaînements.
Une ouverture parallèle s'est accomplie dans le domaine de l'ana
lyse de contenu, c'est-à-dire dans l'analyse des significations des mes
sages. Les applications de l'analyse de contenu révèlent depuis une
dizaine d'années dans certaines recherches, un déplacement épisté-
mologique. L'intérêt de l'analyste a glissé du contenu même du mes
sage à l'analyse du phénomène psychologique ou social sous-jacent au
message. Alors que B. Berelson (1952) définit l'analyse de contenu
comme « une technique de recherche qui vise une description objective,
systématique et quantitative du contenu manifeste d'une communic
ation », O. R. Holsti (1968) dans le Traité de psychologie sociale de
G. Lindzey et F. Aronson donne de l'analyse de contenu la définition
suivante : « Toute technique servant à faire des inferences à partir
d'identifications systématiques et objectives de caractéristiques spéci
fiques de messages ». On peut trouver dans l'introduction du numéro
spécial du C.E.R.P., consacré à l'analyse de contenu, des propos simi
laires, par exemple : « En procédant à une analyse de contenu, on cherche
à observer un phénomène ou des états par l'intermédiaire d'un autre
phénomène ou d'autres états » {Bull, du C.E.R.P., 1967).
On trouvera encore dans ce numéro de revue, ce qui introduit les
idées complémentaires de complexité et de souplesse de l'analyse, la dis
tinction entre « l'analyse thématique » pratiquée jusqu'ici, découpant
«des ensembles préétablis d'unités de signification », et «l'analyse repré
sentative », dont les unités d'analyse sont des « combinaisons variables
d'unités de signification » (Ackermann et Zygouris, 1967). Ce que le
psychologue tente d'obtenir par le document, c'est de plus en plus la
connaissance de processus psychologiques, d'organisations de phéno
mènes psychologiques et non l'identification et la mise en relation de
quelques mots clefs ou variables qui ne peuvent aboutir qu'à des profils
de présences ou d'absences, quelques mesures ou associations, mais ne
permettent pas le repérage de la structuration des variables, c'est-à-dire
de leur occurrence dans un contexte et de leur séquence réelle.
Nous n'aborderons pas dans cet examen de l'analyse des documents
en psychologie, les problèmes proprement méthodologiques et techniques
de l'analyse des conditions de l'observation, du recueil des documents,
de leur codification (principes de codification des contenus manifestes,
latents, test du code), mais des problèmes plus généraux, préalables
nécessaires, explicites ou implicites, de toute recherche psychologique à
base de documents, c'est-à-dire de données représentatives ou transcrip
tions de phénomènes de comportement complexes, dans leur articulation
naturelle comportementale et sitûationnelle.
Nous nous poserons les questions suivantes :
— Pourquoi le chercheur en psychologie choisit-il l'analyse de C. ANDRIEUX 273
documents et non l'examen de quelques variables importantes ou
indices privilégiés dans une situation standardisée ? En prenant ce
parti comment définit-il, délimite-t-il la psychologie ?
— Quels rapports, quelle dialectique instaure-t-il entre le fait
psychologique et le document ?
— A quels niveaux d'interception du fait psychologique le document
sera-t-il lu par lui ? Quelles seront les articulations des domaines de
référence à chaque niveau ?
— Quel découpage le chercheur sera-t-il amené à introduire dans son
domaine de référence ou dans son document, c'est-à-dire quel choix
d'unités de conduite ou signification élémentaires fera-t-il et quelle
méthode utilisera-t-il pour marquer les rapports entre ces unités él
émentaires, afin de se donner les moyens d'analyser à travers le document,
des relations, si possible des processus ?
Nous n'allons en aucune manière couvrir le champ de recherches en
psychologie par les méthodes d'analyse de documents, nous avons
choisi quelques types de recherche représentatives de tendances récentes,
par leur axiomatisation et leur choix de domaines de référence.
LA PSYCHOLOGIE ÉCOLOGIQUE
DÉFINITION DE LA PSYCHOLOGIE
Dans la lignée de la pensée théorique de E. Brunswick et de F. Heider,
l'élaboration du phénomène psychologique s'opère pour R. G. Barker
et son école, en prenant le fait en coupe transversale,
au-delà du stimulus et au-delà de la réponse, à partir de l'objet physique
ou de toute autre donnée objective, dont la stimulation est issue, jus
qu'à son aboutissement dans l'environnement, avec la modification
introduite par son action dans cet environnement (Barker, 1965).
C'est cette unité psychologique ou « E-O-E arc », qui doit
être l'objet d'étude du psychologue. Jusqu'ici ce sont des branches
distinctes de la psychologie ou des sciences humaines annexes qui se
sont partagé l'étude d'un phénomène unique ; le développement de la
connaissance scientifique passe en effet par le morcellement. Les
sciences de l'homme s'édifient en une hiérarchie dont les entités et les
environnements s'emboîtent tandis qu'entre les niveaux de la connais
sance ainsi délimités, les structures avec leurs éléments et les lois qui
les régissent apparaissent comme incommensurables.
La psychologie écologique se propose de frayer les voies d'une
intégration des connaissances qui se constituent à propos du fait
psychologique, en créant des outils conceptuels qui permettent de
dégager des lois qui abolissent les frontières entre les différents
niveaux des phénomènes, et réalisent une unité du savoir, où l'ac
quis des sciences particulières, tombant dans le domaine psycholo- 274 REVUES CRITIQUES
gique ou se situant en des secteurs limitrophes, puisse être utilisé.
La psychologie écologique s'attachant par ailleurs au fait naturel, il
n'y a pas pour elle de faits isolés, sauf exceptions ; il n'y a pas de faits qui
ne doivent être pris à leur source dans un milieu concret. Les conditions
artificielles de production des faits psychologiques rendent incertaine
et incomplète la connaissance des phénomènes psychologiques réels ;
elles ne permettent aucune prévision de leurs conditions concrètes
d'apparition et d'altération et nous laissent dans l'ignorance de la
fréquence et de la répartition de leur occurrence. Dans les sciences de
la nature dont le domaine de référence abstrait est pourtant de beaucoup
plus structuré, mieux défini et mieux articulé, « la quête des phéno
mènes scientifiques comme ils se produisent inaltérés par les techniques
de recherche et de découverte est une entreprise centrale, continue,
et le développement de techniques spécifiques permettant le repérage
des entités et des procès naturels à l'intérieur des organismes, des
cellules, des systèmes physiques et des machines est parmi ces sciences
hautement évalué » (Barker, 1965).
PORTÉE DE DOCUMENT
En psychologie naturaliste, le choix des techniques doit passer
par une réflexion sur le rôle du psychologue dans l'occurrence du fait
psychologique. En tout état de cause, le phénomène de comportement
et le psychologue forment un système de génération des données1
qui seront soumises à l'analyse psychologique. En psychologie expéri
mentale, comme également en psychologie clinique dans la plupart des
situations d'examen, les transformations qui aboutissent aux données
sont provoquées par un opérateur2 qui agit sur l'environnement et
(ou) l'organisme dans le cours de production des faits psychologiques ;
par contre en psychologie naturaliste les opérateurs se trouvent dans
les faits eux-mêmes, la participation du psychologue dans la production
des données est celle d'un transducteur2, qui n'applique sur les faits
qu'une transformation close et univoque. « Les phénomènes psycholo
giques dominent ces systèmes de génération de données, ce sont eux
qui agissent comme opérateurs, le psychologue est le docile récepteur,
codeur et transmetteur de l'information concernant les entrées, les
conditions internes et les sorties des unités psychologiques » (Barker,
1965).
La critique de ce modèle vient naturellement à l'esprit : toute
présence d'un observateur altère le phénomène psychologique, la
transcription du phénomène, aussi complète soit-elle, est toujours
partielle ; de plus, en nous attaquant à un problème plus fondamental
1. Concept emprunté à Coombs.
2. Concepts empruntés à Ashby. C. ANDRIEUX 275
encore en sciences humaines, le code n'est jamais qu'une grille, relat
ivement grossière, qui force le caractère du fait rapporté et n'entraîne
qu'une connaissance globale statistique du processus en jeu, qui peut,
ce faisant, masquer à sa façon le phénomène naturel et rendre inopé
rante sa prévision ; il est possible d'objecter également que le découpage
des faits psychologiques introduit des biais pouvant entraîner des consé
quences semblables.
Néanmoins le parti adopté par le psychologue transducteur est
fondamentalement différent : celui-ci se veut un traducteur, même
s'il introduit une systématisation dans les faits, il part de l'expérience
naturelle, en lui fixant seulement certaines limites de temps, de lieu
et de signification sociale et en déterminant des niveaux d'approche et
de conceptualisation ; même si, contrairement aux propos et aux
méthodes de Barker et de son groupe, il opère dans le milieu naturel
certaines manipulations définies d'environnement ou de personnes,
il fait évidemment une autre psychologie que le psychologue qui adopte
le rôle d'opérateur dans un contexte ou sur des phénomènes produits
artificiellement.
LE DOMAINE DE RÉFÉRENCE
Dans l'analyse écologique le domaine de référence comprend quel
ques notions fondamentales : le flux du comportement, les unités de
comportement, les dispositifs écologiques de les forces
de l'environnement.
L'existence d'un flux du comportement est une réalité de sens
commun, l'originalité consiste à vouloir l'intégrer dans le domaine de
l'analyse scientifique. Le flux du présente des coupures
naturelles, que le psychologue des phénomènes psychologiques concrets
doit pouvoir repérer et définir avec certitude, afin d'étudier la structure
réelle des faits psychologiques. G. Barker compare le propos du psycho
logue expérimental à celui du géomètre et celui du psychologue natural
iste à celui du géographe étudiant la structure d'une région, l'un
constitue un canevas indispensable à des manipulations abstraites,
l'autre un schéma topographique qui permettra de réaliser les plans
établis. Les unités que distingue le premier sont des éléments artif
iciellement découpés, les pièces d'une mosaïque (tesserae) ; les unités
que dégage le deuxième sont des unités de comportement. Les
de comportement sont « des segments inhérents du flux comportemental.
Les limites des unités de comportement se présentent aux points du
flux comportemental, où des changements interviennent indépendam
ment des opérations de l'investigateur » (Barker, 1963).
Cependant il s'agit de préciser le niveau de l'analyse. La psychologie
écologique traite des conduites, dans leur contexte, telles qu'elles se
produisent pour les personnes qui en sont les sujets ou les protagonistes,
c'est-à-dire aux dimensions de la personne de ses actions et de ses 276 REVUES CRITIQUES
perceptions, ses unités de base sont des unités psychologiques molaires
ou épisodes de comportement.
L'épisode de comportement est une notion familière dans les codes
de politesse, dans les arts et certaines sciences de l'homme — aux
romanciers, aux chorégraphes, aux juristes, aux historiens. Une étude
de psychologie sociale de H. R. Dickman (1963), de l'Université de
Kansas, insérée dans un ouvrage de Barker, portant sur le découpage
par des étudiants des séquences naturelles dans la projection d'un
film montre un accord élevé sur les points de coupure (non sur l'exten
sion des unités de comportement) et la possibilité d'en distinguer sans
difficulté les critères. Dans les études de Barker et de son groupe, le
découpage des unités de comportement repose sur des critères semblables,
systématisés ; en montrant une fidélité élevée des analyses des obser
vateurs, ces études corroborent la communauté de perception de
quelques caractéristiques fondamentales des conduites concrètes et
l'existence de séquences naturelles dans leur déroulement.
« Les unités de comportement se présentent dans des structures
englobantes, englobées ; des unités fines forment les composantes
d'unités plus grandes et celles-ci sont incorporées dans des unités plus
importantes encore. Elles forment des entités discrètes et des chaînes
d'unités reliées entre elles... de plus le flux du comportement n'est pas
un courant unique », il est souvent constitué de deux ou plusieurs
courants simultanés (Barker, 1963).
La psychologie écologique n'étudie pas des unités psychologiques
molaires isolées, mais des unités connectées entre elles par des canaux
et reliées également par des canaux aux unités de niveau supérieur et
inférieur de la réalité où se forment les comportements (réalité physique,
économique, sociale, physiologique...).
L'environnement dans la psychologie de R. G. Barker et de son
groupe n'est pas seulement un environnement psychologique ou un
espace subjectif, comme chez Lewin ou plus exactement l'environnement
subjectif n'est pas un concept opérationnel dans cette psychologie.
L'environnement c'est « le contexte objectif, perceptif, le dispositif réel
de l'existence à l'intérieur duquel les personnes doivent vivre » (Barker,
1968). écologique a ses unités propres « qui peuvent
être définies à l'aide de leurs coordonnées physiques-temporelles et de
leurs coordonnées de comportement extra-individuel ». L'unité fonda
mentale est le « dispositif de comportement » dont : a) La genèse est
naturelle (ne dépendant ni de l'observateur, ni de l'action particulière
d'aucun de ses participants) ; dont b) Les paramètres sont la localisation
temporo-spatiale et la barrière qui sépare sa constitution interne des
constitutions des configurations différentes externes.
Des unités minimales le composent : associations entre un milieu
(lieu, temps, objets) et une configuration stable de comportements
qu'on appelle des synomorphes. On peut trouver de nombreux exemples C. ANDRIEUX 277
de dispositifs de comportement dans l'ouvrage déjà cité, dans des
exposés portant sur une recherche menée dans une ville américaine
Midwest (les cours de la classe de 8e dans une école primaire, les cours
d'anglais dans une High School, un garage composé de trois synomorphes
— la station-service, le bureau, les magasins de vente — , un drugstore
composé de trois synomorphes — le bar, la pharmacie, le rayon des
variétés (Barker, 1968).
Dans l'arc E-O-E des conduites, le psychologue doit connaître d'une
part les circuits qui s'établissent dans l'environnement entre les objets
du dispositif écologique, d'autre part les circuits qui s'établissent à
l'intérieur de l'organisme, enfin les canaux de transmission entre les
dispositifs de l'environnement et l'organisme.
On peut trouver dans les ouvrages analysés, trois exposés théoriques
différents, qui se complètent, de l'interdépendance entre milieu et
comportement qui permettent d'articuler les domaines de référence
de la psychologie écologique.
Si on considère l'interdépendance entre le milieu et les configurations
stables de comportement, on peut distinguer huit facteurs soit d'action
du milieu, soit d'autres actions qui tendent à renforcer l'unité interne
et le caractère coercitif des configurations de comportement, citons les
plus aisées à définir : les contraintes physiques, les contraintes sociales,
les processus physiologiques (exemple : l'action de la température
externe), les perceptions physiognomoniques de l'environnement, la
sélection par les personnes participantes.
Pour fournir une analyse de l'action des dispositifs écologiques sur
le comportement des individus qui y concourent ou en sont les usagers,
R. G. Barker propose une théorie des circuits entre les dispositifs écolo
giques de comportement et ses habitants (les dispositifs écologiques
sont dans la conceptualisation de F. Heider dont R. G. Barker s'est
inspiré, des « objets » et ses habitants des media par rapport au compor
tement individuel). Les de dispositifs écologiques disposent
de circuits de buts et de circuits de programmes, de circuits de
redressement des déviations et d'élimination de composantes inadé
quates (éléments écologiques ou personnes), dont nous ne pouvons
ici, énumérer tous les mécanismes et les canaux ; la partie de ces
mécanismes et canaux situés dans l'organisme individuel est identifiée
avec le T.O.T.E. arc défini par G. Miller, E. Galanter et K. H. Pri-
bram (1960).
Les forces de l'environnement s'exercent à travers les canaux, une
partie de ces forces est celle qu'exercent les personnes agents de l'env
ironnement. L'exposé d'une recherche sur les forces de l'environnement
dans la vie quotidienne des enfants de P. Schoggen (1963) en démontre
l'intérêt euristique, la distinction des forces des agents de l'environne
ment permet de réaliser le couplage entre l'unité de comportement d'un
sujet donné et tel dispositif écologique. 278 REVUES CRITIQUES
STRUCTURATION DES DOCUMENTS
Sur ces bases théoriques, ceux qui avec R. G. Barker ont édifié la
psychologie écologique ont effectué depuis quinze ans de nombreuses
recherches, où on trouvera les modes de découpage et d'identification
des unités de comportement, des canaux de communication, des unités
écologiques et de la structure écologique molaire. Nous ne donnerons
que quelques exemples des critères utilisés dans ces recherches au
niveau opératoire c'est-à-dire au niveau du transfert des structurations
du domaine de référence à celui du document.
On pourra trouver dans R. G. Barker et N. F. Wright (1955) et
dans R. G. Barker (1963), les trois critères de découpage dans le flux
des conduites des épisodes de comportement :
1° L'orientation constante de l'action d'une personne vers une
fin : « La recherche de H. R. Dickman confirme l'opinion... que la
direction du comportement, la fin vers laquelle il se meut, est perçue
presque aussi immédiatement que l'unité d'une forme visuelle ou une
configuration auditive » ;
2° L'occurrence des comportements dans une perspective normale
de perception diachronique ;
3° Un potentiel d'action à l'intérieur de la normale
de conduite d'une personne égal ou plus élevé dans sa dynamique
totale que dans l'apport de chacune de ses parties ; dans le cas
contraire, on inclura des épisodes de comportement plus petits, à
potentiel d'action plus élevé ou on fractionnera la conduite totale.
On trouvera également dans ces deux ouvrages quelles sont les
possibilités de découpage d'unités pertinentes infra-épisodes, tels les
contacts sociaux et les actions sociales, qui permettent de classer et
de distinguer les relations entre les épisodes de comportement et diffé
rents types d'agents de l'environnement, en fournissant d'excellentes
illustrations de recherches naturalistes en psychologie sociale. Par
ailleurs des phases de comportement, à l'intérieur d'épisodes relativ
ement étendus ont été distinguées par W. F. Soskin et V. P. John (1963)
dans une étude de psycholinguistique concrète. Ces auteurs ont découpé
un épisode constitué par le dialogue de deux personnages dans une
partie de canotage, en cinq phases relatives à des événements du par
cours et des changements de rôle des deux personnages, ces subdivisions
se sont révélées justes sur le plan de l'analyse du langage, de la qualité
et de l'orientation des affects des personnes en interaction. L'analyse
des configurations fonctionnelles de la parole des interlocuteurs permet
donc de déceler à un niveau psychologique profond des subdivisions
infra-épisodes dans le flux des comportements et de développer une
méthode quantitative d'étude dynamique des phases de comportement.
Pour délimiter les dispositifs écologiques de comportement la
méthode exposée (Barker, 1968), consiste à dénombrer dans une région C. ANDRIEUX 279
donnée les synomorphes, puis à tester leurs interactions. Chaque syno-
morphe doit franchir d'abord le test structural, c'est-à-dire être authent
ifié comme une association entre un milieu (localisation temporo-
spatiale) et une configuration stable de comportements (seront ainsi
exclus dans l'étude américaine précitée des coutumes, des classes
sociales, des systèmes d'éducation par exemple d'une part, des aires
géographiques, des vents dominants par d'autre part), les
synomorphes retenus faisant partie d'un dispositif hypothétique doivent
alors subir deux tests dynamiques : un test dynamique interne, d'inte
rdépendance entre synomorphes (nous ne pouvons ici discuter du choix
des critères de variations simultanées ou de dépendance par rapport à
l'ensemble des considérés) et un test dynamique externe,
d'indépendance par rapport aux synomorphes externes à l'ensemble
ayant passé le test d'interdépendance interne.
Ses recherches théoriques des dernières années ont amené
R. G. Barker à étudier certaines caractéristiques structurales des dis
positifs de comportement, particulièrement importantes pour l'analyse
des variations de comportements individuels. Pour cela une classif
ication des dispositifs de comportement — qui dans l'étude naturaliste
d'une petite ville américaine se sont révélés si nombreux — s'est
montrée indispensable. R. G. Barker (1968) introduit deux concepts
importants dont il donne immédiatement l'illustration : les génotypes
de dispositifs écologiques et l'environnement molaire.
Le génotype écologique est l'ensemble des dispositifs de comporte
ment dont les habitants dans les zones de pénétration maximale (les
responsables de l'action des dispositifs de comportement, non les simples
fonctionnaires et usagers), sont interchangeables, parce que les pro
grammes d'action sont semblables. Cependant on ne peut traiter le
dispositif de comportement comme un simple exemplaire d'un génotype
abstrait ; il faut tenir compte dans la localisation temporo-spatiale
molaire considérée — par exemple une ville — du nombre de dispositifs
de comportement par génotype, de la durée de ces dispositifs de comport
ement, de leur fréquence d'usage par habitant ; ces différents indices
quantitatifs donnent la mesure de l'extension de l'environnement
molaire. D'autre part le nombre de génotypes fournit une mesure de
la variété de l'environnement molaire et différentes mesures des modal
ités d'action à l'intérieur des génotypes permettent de préciser la
variété de leurs caractéristiques.
Une dernière donnée écologique importante, nécessaire à l'étude de
l'action des dispositifs de comportement, est le nombre d'habitants par
dispositif. Un nombre moyen considéré comme optimum étant déter
miné, les variations des comportements individuels et de l'utilisation des
configurations d'action en fonction du nombre d'habitants fournit à
R. G. Barker (1968) une application exemplaire des premières démarches
d'une science écologique du comportement.

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