Terminologie et perspectives d'analyse du travail collectif en ergonomie - article ; n°4 ; vol.99, pg 663-686

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L'année psychologique - Année 1999 - Volume 99 - Numéro 4 - Pages 663-686
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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B. Barthe
Y. Queinnec
Terminologie et perspectives d'analyse du travail collectif en
ergonomie
In: L'année psychologique. 1999 vol. 99, n°4. pp. 663-686.
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Barthe B., Queinnec Y. Terminologie et perspectives d'analyse du travail collectif en ergonomie. In: L'année psychologique.
1999 vol. 99, n°4. pp. 663-686.
doi : 10.3406/psy.1999.28501
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1999_num_99_4_28501L'Année psychologique, 1999, 99, 663-686
NOTE THÉORIQUE
Laboratoire Travail et Cognition, UMR 5551 CNRS
Université Toulouse IP
TERMINOLOGIE ET PERSPECTIVES D'ANALYSE
DU TRAVADL COLLECTD7 EN ERGONOMIE
par Béatrice BARTHE et Yvon QuÉINNEC2
SUMMARY : Terminology and perspectives on cooperative work in
ergonomics.
For various reasons, cooperative aspects of work have recently gained
importance in ergonomie studies. This increasing interest for cooperative
features has shown the diversity and complexity of cooperative working
situations. In the ergonomie literature, several terms, such as co-action, co-
activity or collective activity, are defined and used to describe different modes of
interindividual activity. A clarification of these concepts is necessary.
After examining cooperation and coordination notions as central to the
process of cooperative activity, several characteristics or elements stemming
from the literature and working situations are proposed for an analysis of
cooperative work. These characteristics aim to describe the cooperative
prescribed task, the cooperative effective task, cooperative activity and their
mutual articulation. Three levels are analysed : organizational level, material
level and process level. Relationships between characteristics inside each level
and between the levels may point out work activity forms of several operators.
Results on operators, performance and the work group indicate feedback effects
on characteristics and levels suggested for analysis.
Key words : collective activity, cooperation, coordination, work analysis.
1. Maison de la Recherche, 5, allée Antonio-Machado, F-31058, Toulouse
Cedex 1. E-mail:bbarthe@univ-tlse2.fr.
2. Les auteurs remercient Jacques Curie et Bruno Maggi pour leurs com
mentaires sur la première version de cet article. Ce travail a bénéficié d'une aide
financière de l'iNRS (Institut national de recherche et de sécurité) dans le cadre
de son programme « Vigilance ». 664 Béatrice Barthe et Yvon Quéinnec
INTRODUCTION
L'ergonomie semble redécouvrir depuis peu, la dimension col
lective du travail. A l'exception de quelques travaux relativ
ement anciens (Faverge, 1966 ; de Montmollin, 1967 ; Cuny, 1967,
1969), les aspects interindividuels de l'activité de travail n'ont
été systématiquement abordés qu'à partir des années 1990. Pourt
ant, rares ont toujours été les situations de travail dans lesquell
es l'opérateur agit seul sur sa production, en l'absence de hié
rarchie, de coéquipiers ou de collaborateurs extérieurs. Cette
prise en considération tardive est d'autant plus étonnante que
plusieurs disciplines scientifiques qui s'intéressent également au
travail, telles que la sociologie du travail ou la psychologie des
organisations, centrent leurs analyses sur le groupe de travail en
tant que tel et sur ses relations intrinsèques (Guérin, 1996).
Cet intérêt de l'ergonomie pour tout ce qui a trait au collect
if, en témoignent le XXVIIe Congrès de la Société d'ergonomie
de langue française (Six et Vaxevanoglou, 1993), les deux numér
os spéciaux du Travail humain (1994), ainsi que de nombreux
ouvrages consacrés à ce thème (Galegher, Kraut et Egido, 1990 ;
Rasmussen, Brehmer et Leplat, 1991 ; Pavard, 1994 ; de Terssac
et Friedberg, 1996, notamment), engendre l'apparition d'une
multitude de termes désignant les diverses modalités de l'acti
vité mise en œuvre par une équipe de travail. Des mots tels que
coaction, coopération, activité collective... sont alors abondam
ment utilisés, décrits selon diverses caractéristiques, définis de
façon différente par plusieurs auteurs, parfois employés pour des
significations totalement opposées. Il est vrai que l'extrême
diversité des situations de travail ainsi que celle des modes de
coopération rencontrés, est une difficulté majeure d'homog
énéisation du lexique utilisé. De plus, ces considérations typo
logiques sont inhérentes aux différentes conceptions théoriques,
qui, tout en enrichissant l'étude des aspects collectifs du travail,
conduisent les analystes à privilégier certains aspects de la coo
pération plutôt que d'autres (étude des communications, aspects
organisationnels, résolution collective d'incidents, etc.), ce qui
engendre un certain flou conceptuel.
Dans la première partie, différents termes utilisés pour
décrire les activités collectives seront discutés et les notions de Analyse du travail collectif en ergonomie 665
coopération et de coordination seront développées. La réflexion
sur les aspects collectifs du travail doit également se centrer sur
la méthodologie de l'analyse ergonomique. Ce sera l'objet de la
deuxième partie, dans laquelle sera proposée une grille d'analyse
du travail collectif.
I. TERMINOLOGIE ET CONCEPTS
DU TRAVAIL COLLECTIF
I.l. GROUPE, COLLECTIF OU ÉQUIPE DE TRAVAIL?
En psychologie sociale, on appelle groupe tout ensemble de
personnes qui respecte deux conditions (McGrath, 1984) : d'une
part, un nombre minimal de deux personnes (trois, selon Anzieu
et Martin, 1990 ; cinq, selon de Visscher, 1991) et maximal
de 15, 20 ou plus (cette limite étant fixée par la condition sui
vante) ; d'autre part, la nécessité que tous les membres du
groupe soient mutuellement conscients les uns des autres et en
interaction potentielle. Cette définition s'applique aux groupes
familiaux, aux groupes d'amis et aux groupes de travail.
En ergonomie essentiellement francophone, plusieurs termes
tels que groupe de travail, collectif de travail ou équipe de travail
(Borzeix, 1994) sont employés indifféremment pour désigner
l'entité composée de plusieurs opérateurs, potentiellement cons
cients les uns des autres. Cependant, certains auteurs utilisent ces
termes en fonction de critères faisant référence soit au décalage
entre les prescriptions de l'organisation et ce qui se passe réell
ement dans le travail (Ombredane et Faverge, 1955), soit à la sta
bilité temporelle du groupe, du collectif ou de l'équipe de travail,
soit, enfin, au partage ou non d'un objectif commun par les opé
rateurs concernés. Ainsi, Leplat (1993) distingue l'équipe for
melle de travail, définie par l'organigramme et de ce fait stable,
de l'équipe effective, composée des opérateurs qui effectuent rée
llement le travail collectif et qui peut se constituer de façon temp
oraire. Pour Bourdon et Weill-Fassina (1994), l'équipe effective
se nomme collectif de travail et ce collectif fait partie de l'équipe
de travail, prise au sens d'équipe formelle. Pour Navarro (1991),
le collectif de travail implique l'apparition de connaissances sur
son propre fonctionnement, l'utilisation d'un langage commun et Béatrice Barthe et Yvon Quéinnec 666
la mise en œuvre d'un processus de régulation interindividuelle.
Courteix-Kherouf (1995) met l'accent sur le caractère opératif de
la constitution d'un groupe de travail, en énonçant le concept de
Cellule dynamique de travail, qui est composée d'opérateurs
ayant une mission commune. Ce terme se rapproche alors de celui
de réseau (Bourdon et Weill-Fassina, 1994) et d'opérateur collec
tif (Brun et Mazeau, 1994), entités qui se constituent également
de façon temporaire par l'émergence à un moment donné d'un
but commun à plusieurs opérateurs.
1 . 2. ACTIVITÉ COLLECTIVE, COACTIVITÉ OU COACTION ?
L'incohérence entre les divers mots employés pour décrire
l'activité collective relève soit de la synonymie, soit de la poly
sémie. En effet, une même signification ou des significations voi
sines sont attribuées à des termes différents, ou inversement, des
significations différentes sont attribuées à un même terme.
1.2.1. Équivalences sémantiques
Le partage d'un objectif commun par plusieurs opérateurs
est un concept clé dans l'étude des aspects collectifs du travail en
ergonomie. Leplat (1993, p. 10) parle alors d'activité collective,
qu'il définit ainsi : « II y a activité collective chaque fois que
l'exécution d'une tâche entraîne l'intervention coordonnée de
plusieurs opérateurs. "Entraîne" : il s'agit d'une activité effec
"coordonnée" : les opérateurs sont en interaction, c'est-à- tive ;
dire que leurs activités dépendent les unes des autres. Une acti
vité collective n'est pas une collection d'activités individuelles
sur des tâches indépendantes mais une activité où des opérateurs
réalisent conjointement la même tâche, dans un même lieu, ou
éventuellement dans des lieux différents. » Deux aspects essent
iels de l'activité collective sont avancés ici : premièrement, les
opérateurs impliqués dans cette activité se partagent la même
tâche, c'est-à-dire le même but et les mêmes conditions de
travail ; deuxièmement, les activités de ces opérateurs sont
interdépendantes.
L'existence d'un but commun à l'ensemble des opérateurs
engagés dans l'activité collective est le déterminant de l'occur
rence de ce type d'activité. Précédemment, Leplat et Savoyant Analyse du travail collectif en ergonomie 667
(1983) utilisaient le terme d'action collective, pour caractériser
cette idée de partage d'un même but entre plusieurs opérateurs,
en illustrant cette activité interindividuelle par l'exemple du
pilotage à deux d'un avion. Rogalski (1994) parle de collabora
tion pour désigner cette situation, même si sa définition fait plus
référence à la tâche qu'à l'activité réelle des opérateurs puisque
l'auteur met l'accent sur le partage de la même tâche prescrite.
Le deuxième aspect de la définition de l'activité collective de
Leplat (1993) concerne la notion d'interdépendance. Les opéra
teurs sont engagés dans le travail coopératif lorsqu'ils sont
mutuellement dépendants les uns des autres. Ce point de vue est
celui de nombreux auteurs : Schmidt (1991), Baker et Salas
(1992), Bowers, Oser, Salas et Cannon-Bower (1996). Parce que
les processus et les objets de travail sur lesquels les opérateurs
agissent sont en interaction mutuelle, il y a interdépendance.
Pour les Anglo-Saxons, cette collective cooperation s'oppose à la
distributed cooperation où les opérateurs ne sont pas nécessair
ement conscients de l'existence des autres opérateurs avec qui ils
partagent un espace d'information (Schmidt, 1991). Cette
approche reste néanmoins très macroscopique, beaucoup plus
centrée sur l'organisation en général ou la coordination entre
divers départements d'une même entreprise que sur l'activité
réelle d'opérateurs.
Si ces premiers concepts se réfèrent essentiellement à la simi
larité du but de la tâche ou de l'activité, quel que soit son niveau
de globalité, et à l'interdépendance entre les opérateurs, certains
termes distinguent le but général de l'activité des opérateurs des
sous-buts ou buts immédiats. En effet, les opérateurs peuvent
poursuivre un but général commun sans que les buts immédiats
de leur tâche soient identiques. Par exemple, un pilote et un con
trôleur de la navigation aérienne, s'ils n'ont pas les mêmes buts à
court et moyen termes, possèdent néanmoins un objectif com
mun : faire atterrir, circuler ou décoller l'avion dans des condi
tions optimales. Dans cette situation, certains auteurs utilisent
les termes de coaction (Leplat et Savoyant, 1983), d'autres celui
de coopération distribuée (Rogalski, 1994). En conception on
parle alors de conception distribuée (Darses et Falzon, 1996).
D'un autre point de vue, il est fréquent de constater que des
opérateurs coordonnent leurs activités simplement parce qu'ils
travaillent dans un même lieu. A ce propos, la littérature erg
onomique consacre le terme de coactivité. Proposée par Leplat, 668 Béatrice Barthe et Yvon Quéinnec
Cuny et Kahn (cité in Faverge, 1967) et adoptée par de nom
breux auteurs, la définition de la coactivité est l'activité parall
èle de plusieurs groupes d'opérateurs dans un même lieu exer
çant des professions différentes ou du moins n'ayant pas le
même but ni le même objet de travail (Faverge, 1967 ; Leplat et
Cuny, 1979 ; Vandevyver, 1986 ; Rognin et Pavard, 1994). Par
exemple, les caissières d'un supermarché travaillent dans un
même lieu sans pour autant partager le même but. Néanmoins,
plusieurs autres appellations sont rencontrées pour désigner la
présence simultanée de plusieurs opérateurs dans un même lieu,
Rogalski (1994) et Courteix-Khérouf (1995) utilisent le terme de
coaction pour désigner le partage de ressources, en l'occurrence
spatiale, comme seul lien entre plusieurs opérateurs, Quéinnec,
de Terssac et Thon (1981), d'activités effectuées en coprésence
en évoquant les situations de contrôle de processus où les ron-
diers et les personnels de maintenance prélèvent en salle de con
trôle des informations utiles pour effectuer leurs propres tâches.
1.2.2. Équivalences lexicales : l'exemple de la coaction
Les termes utilisés pour la description des activités impli
quant un ensemble d'opérateurs engendrent un problème
sémantique, notamment à propos de la notion de coaction. Rap
pelons que Leplat et Savoyant (1983) emploient ce terme
lorsque les opérateurs coordonnent leurs actions alors que les
buts de leur tâche diffèrent. Lacoste (1993) parle de coaction
dans le cas d'interdépendance étroite et matérielle entre des opé
rateurs. Pour Rogalski (1994), les opérateurs qui sont en co
action partagent le même espace de travail, ou d'autres ressour
ces matérielles, et n'ont les mêmes buts ni immédiats ni à moyen
terme. En psychologie sociale, Allport (1924, cité in Zajonc,
1972) parle de situation de coaction lorsque plusieurs individus
« poursuivent la même activité » sans but partagé, en présence
les uns des autres (Zajonc, 1972, p. 19). Falzon (1995a) utilise la
notion de coaction dans des situations de travail moins class
iques comme celle du couple brancardier-malade, par exemple,
dans lesquelles le but des protagonistes est identique mais les
ressources et les moyens inégaux. Enfin, en conception, des opé
rateurs sont dits en coaction lorsqu'ils effectuent simultanément
leurs tâches sans qu'ils aient conscience qu'ils participent à
l'atteinte d'un même but (Darses et Falzon, 1996). Analyse du travail collectif en ergonomie 669
L'ensemble des relations entre ces appellations peut être
résumé sur un schéma (fig. 1). Les caractéristiques générales à
partir desquelles se distinguent les termes sont les buts des tâches
des coéquipiers, le lieu dans lequel ils travaillent et la conscience
d'un but partagé. Le cadre grisé du centre du schéma ne tient pas
compte du niveau des buts des opérateurs. En effet, que le par
tage se situe au niveau du but général ou des sous-buts de la
tâche, le type d'activité développé nous semble identique. Néan
moins, cette distinction entre deux grandes classes de termes rela
tifs à l'activité interindividuelle ne doit pas réduire l'intérêt des
classifications ou définitions proposées, certes, de façon isolée.
Par exemple, les termes de coaction, collaboration et coopération
distribuée de Rogalski (1994), prennent sens par rapport à
l'échelle hiérarchique établie par l'auteur allant d'un simple par
tage de moyen à un partage de but entre plusieurs opérateurs.
Nous adopterons le terme d'activité collective lorsqu'il y a à un
moment donné partage de buts ou interférences entre plusieurs
buts (selon Hoc, 1996, nous y reviendrons plus loin). De la même
façon, parler de coprésence lorsque le lieu de travail est partagé
entre plusieurs opérateurs, sans préjuger de leurs activités, nous
semble plus explicite.
Buts des tâches de chaque coéquipier J
Différents Identiques
A
(Sous-buts ou buts immédiats des tâches de chaque coéquipier
I I Différents Identiques Différents
Partage de ressources' Action collective Coaction matérielles (Leplatet Savoyant (Leplatetal, 1983)
1983) Coactivité Collective Cooperation Coopération (Faverge, 1967, (Schmidt, 1991) distribuée LeplatetCuny, 1979
Vandevyver, 1986 ^(Rogalski, 1994)y Activité collective
(Leplat, 1993) But non commun^ conscient Coprésence Collaboration
Distributed (Quéinnec et al, 1981) (Rogalski, 1994
Cooperation Courteix-Khérouf, 1995! Coaction (Schmidt, 1991) Coaction (Rogalski, 1994 Coaction (Lacoste, 1993, Falzon, Courteix-Khérouf, (Darses et Falzon, 1995a) ^996) y
Fig. 1. — Classification des termes utilisés par divers auteurs pour désigner
les différentes modalités de la composante collective des activités
Classification of classical terms used to define the collective component
of activities Béatrice Barthe et Yvon Quéinnec 670
1.3. COOPERATION ET COORDINATION
En situation de travail, une activité collective donnée corre
spond à la mise en œuvre d'un processus de coopération entre les
opérateurs et d'un processus de coordination au niveau de leurs
actions.
1.3.1. La coopération
La est le processus par lequel des opérateurs
effectuent une activité en commun, c'est « l'action de participer
à une œuvre commune » (Le Petit Robert, 1996). La coopération
peut être soit imposée par l'encadrement, soit initiée par les opé
rateurs concernés, à l'occasion d'un incident ou d'une augmentat
ion de la charge de travail, par exemple. Que la coopération soit
prescrite ou non, l'activité mise réellement en œuvre par des
opérateurs lorsqu'ils partagent à un moment donné le même
but, ou lorsque leurs buts interfèrent, est qualifiée de collective.
En tant que processus, la coopération est finalisée, active et
organisée dans le temps.
La coopération est finalisée, c'est-à-dire dirigée par l'atteinte
d'un objectif qui est le plus souvent le but de la tâche collective.
Plusieurs fonctions de la coopération ont été définies par
Schmidt (1991, 1994) selon que l'objectif, pour réaliser la tâche,
soit : 1 / d'accroître les capacités physiques ou intellectuelles
(coopération d'amplification), par exemple, le déménagement
d'un piano par plusieurs déménageurs ou l'élaboration d'une
thèse par un doctorant et son directeur de recherche ;
2 / d'intégrer plusieurs spécialités ou techniques (coopération de
diversification), telle l'intervention d'un chirurgien, d'un anes-
thésiste et d'une infirmière de bloc, lors d'une opération chirur
gicale ; 3 / d'objectiver ou de fiabiliser les solutions (coopération
de confrontation), comme dans le diagnostic médical ou ergono
mique ; 4 / ou de prendre en compte tous les aspects du pro
blème en confrontant plusieurs points de vue (coopération de
confrontation, également), comme, par exemple, dans la
conduite de projet industriel ou architectural.
La coopération est active. Qu'elle soit imposée par l'enc
adrement ou initiée par les opérateurs concernés, une de ses manif
estations les plus visibles est la répartition des tâches ou sous- Analyse du travail collectif en ergonomie 671
tâches entre les différents membres de l'équipe de travail. Cette
attribution des tâches au sein du groupe d'opérateurs n'est pas
fixe et peut évoluer suite à des modifications de l'environnement.
Faverge montrait déjà, en 1967, dans une équipe d'abattage dans
les mines de fer, que les variations des exigences du travail
avaient une incidence sur la répartition des tâches de production
et de prévention au sein de l'équipe. En situation d'incident, il est
également fréquent qu'il y ait une redistribution des tâches à
l'intérieur du collectif de travail avec, généralement, interven
tion d'opérateurs supplémentaires. Ainsi, dans un atelier de bobi
nage de pâte à papier, en situation incidentelle, les opérateurs
directement concernés sont aidés par deux autres
affectés à une autre tâche, et ce afin de répartir équitablement la
charge de travail sur l'ensemble des membres de l'équipe (Mariné
et Navarro, 1980). Ces modifications dans la distribution des
tâches peuvent également survenir suite à des variations de l'état
physiologique des opérateurs. En effet, des fluctuations selon
l'horaire dans la répartition des tâches d'une équipe de travail
ont été observées sur plusieurs sites. La nuit, la répartition tend à
s'éloigner de l'organisation prescrite, de manière à diminuer les
contraintes pesant sur l'équipe de travail (Ramaciotti, Blaire et
Bousquet, 1992). De façon plus concrète, une étude effectuée sur
un poste de lamineur-opérateur d'un blooming montre que lors
des postes de nuit (20 heures-4 heures) et du matin (4 heures-
12 heures), les deux opérateurs qui devraient alterner les fonc
tions de lamineur et d'opérateur, occupent en fait ces deux simultanément, afin d'obtenir de fréquentes périodes de
temps libre pour se réactiver ou se reposer (Guérin et Noulin,
1984). De plus, l'anticipation même de cette fatigue a une inc
idence sur le processus de coopération et peut provoquer des
modifications dans la répartition des tâches. Dorel et Quéinnec
(1980) montrent, dans une situation de contrôle de processus, que
l'opérateur qui en est à sa seconde nuit de travail prend en charge
une plus grande partie de la surveillance que son collègue, qui en
est à sa première nuit, afin de le préserver puisqu'il reviendra tra
vailler la nuit suivante.
Enfin, la coopération est organisée et s'organise. Organisée,
parce qu'elle est dotée d'un mode de fonctionnement structuré
par la répartition des tâches au sein de l'équipe de travail, elle
s'organise aussi, parce qu'elle est préparée par l'ensemble des
opérateurs impliqués et ce afin de se dérouler dans les conditions

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