Th.-L. Smith Sur la mémoire musculaire - compte-rendu ; n°1 ; vol.3, pg 458-461

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L'année psychologique - Année 1896 - Volume 3 - Numéro 1 - Pages 458-461
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1896
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Alfred Binet
Th.-L. Smith Sur la mémoire musculaire
In: L'année psychologique. 1896 vol. 3. pp. 458-461.
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Binet Alfred. Th.-L. Smith Sur la mémoire musculaire. In: L'année psychologique. 1896 vol. 3. pp. 458-461.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1896_num_3_1_1888ANALYSES 458
couples visuels simultanés. Les couples dont on s'était servi
d'abord consistaient en ceci : on montrait un carré de couleurs;
puis, après une pause, on montrait un chitîre écrit ; la présen
tation avait lieu dans un ordre successif; on a, dans les expé
riences nouvelles, présenté simultanément la couleur et le
chiffre ; les résultats ont été les mêmes; de plus, on a fait des
couples auditifs, c'est-à-dire qu'on prononçait une syllabe sans
aucun sens, ensuite on prononçait un chiffre ; mêmes résultats
encore. Nous n'insistons pas, et nous nous contentons de ren
voyer à notre première analyse.
A. Binet.
J. MGKEEN CATTELL. — Measurements of the Accuracy of Recol
lection (Mesure de V exactitude du souvenir). — • Science, N. S., II,
49, 6 décembre 1896.
Cet article de vulgarisation contient beaucoup de suggest
ions intéressantes pour l'étude de la mémoire ; l'auteur n'envi
sage pas seulement la mémoire des sensations, des lignes, etc.,
mais la mémoire complexe dont on fait un usage journalier,
comme la de la température, des repas, des dates, des
événements, des lieux qu'on habite, etc., et il montre quel inté
rêt il y aurait pour l'instruction criminelle à connaître l'exac
titude moyenne des souvenirs pour tel objet et avec tel inter
valle de temps. La mesure de cette mémoire est surtout statis
tique ; l'auteur a fait des expériences collectives, demandant,
par exemple : à quelle date est mort Victor Hugo ? — ou,
combien y a-t-il de mètres de tel endroit à tel endroit ? etc. ;
et il a calculé la moyenne des nombres indiqués dans les
réponses, la variation moyenne, etc. Dans bien des cas, on
peut constater que jla moyenne se rapproche sensiblement de
la vérité.
A. Binet.
TH.-L. SMITH. — On Muscular Memory (Sur la mémoire musculaire).
— Amer. Journ. of. PsychoL, Worcester, juillet 1896, vol. VI, n° 4,
p. 453-490.
Ce travail a pour but de montrer l'importance de l'élément
moteur dans la mémorisation. L'auteur a fait deux séries d'ex
périences, qui l'ont conduit à la même conclusion. Le pre
mier genre d'expériences a consisté à faire apprendre une série MÉMOIRE ET ASSOCIATION d'iDÉES 459
de syllabes dénuées de sens ; les sujets devaient apprendre ces soit en les regardant simplement et en les lisant men
talement, ce qui produit des mouvements naissants des organes
de la parole, soit en comptant un, deux, trois, pour empêcher
ces mouvements de se produire. On avait d'abord pensé à leur
faire chanter une note, mais on trouva que ce dernier travail
exige trop d'attention chez les sujets non musiciens. Toutes les
conditions de l'expérience paraissent avoir été soigneusement
réglées, et nous pouvons nous fier là-dessus à Sanford, de
Clark University, qui a coopéré aux recherches; 5 personnes
servaient de sujets. La série de syllabes montrée se composait
de 10 syllabes. À chaque séance, on faisait apprendre 10 séries;
elles étaient montrées pendant 20 secondes, et ensuite le sujet
devait les rappeler au bout de 70 secondes. Les expériences en
comptant ne se faisaient pas à la même séance que les expé
riences de mémorisation sans compter, parce que, si on les avait
faites en même temps, les sujets auraient eu une tendance à
compter malgré eux, dans les séries où il fallait s'en abstenir.
Les erreurs ont été nombreuses ; la plupart sont des oublis ;
les inversions d'ordre viennent ensuite, et les erreurs d'inven
tion sont de beaucoup les plus rares ; c'est, du reste, ce que les
précédents auteurs ont déjà constaté pour des expériences
analogues. On a noté aussi, en interrogeant les sujets, que tous
n'apprennent pas de la même manière ; en 20 secondes, il y en
a qui ne lisent qu'une fois, et ils lisent très lentement ; d'autres
lisent deux fois, trois fois, et même quatre fois. Ce qui est bien
curieux et fort instructif pour la pédagogie, c'est que le
nombre le plus petit de lectures se rencontre chez ceux qui
apprennent le mieux. Voici une liste des sujets montrant le
pourcentage des erreurs rapproché du nombre des lectures
mentales.
Nombre
Nombre de
Sujets. d'erreurs. lectures mentales
R. G 3,25 1
E.-H. L 4,19 2
E.-C. S 5,44 3
C.G 0,70 3
J.-P. H 6,49 4
Arrivons maintenant au point important. Dans les séries de
mémorisation simple, le nombre d'erreurs commises a été, pour
, , ANALYSES 460
tous les sujets, moindre que dans les séries où les sujets
comptaient en mémorisant. Le fait de compter augmente les
erreurs dans la proportion de 12 à 17 p. 100. Voici les résul
tats obtenus pour chaque sujet, sur 2.000 syllabes apprises par
chacun ; les résultats indiquent le nombre d'erreurs commises
sur une série de 10 syllabes.
J.-P. H. E.-C. S. E.-H. L. C. G. R. G.
En comptant 7,82 6,70 5,55 7,47 7,87
Sans compter 6,49 5,44 4,19 5,70 3,25
On peut hésiter sur l'interprétation de ces résultats. Pourquoi
commet-on plus de fautes si on compte en apprenant les syllabes
que si on reste silencieux ? La différence peut bien tenir à ce
que l'acte de compter inhibe la tendance à articuler les syllabes;
il est certain que cette inhibition rend plus difficile la tâche de
la mémoire ; mais l'effet de compter ne tient-il pas aussi en
partie à ce qu'il distrait l'esprit, et que le sujet s'applique avec
moins d'attention à apprendre les syllabes ? Pour résoudre la
difficulté, l'auteur a imaginé une seconde série d'expériences :
on a appris à 6 sujets l'alphabet des sourds-muets, c'est-à-
dire qu'on leur a appris à faire avec la main les différents signes
que les sourds-muets emploient pour représenter les lettres.
Puis, on a fait des expériences avec des dessins représentant
ces attitudes manuelles ; le sujet devait apprendre, dans leur
ordre, une série de 10 dessins, comme il avait appris une série
de 10 syllabes, dans les expériences précédentes ; et il devait
les apprendre de deux manières, soit sous forme visuelle, soit
en faisant lui-même avec sa main les signes correspondants.
On comprend l'avantage de cette méthode sur la précédente ;
le sujet pouvait à volonté se servir de la mémoire visuelle ou
ajouter à celle-ci la mémoire motrice de la main, ce qui permett
ait d'apprécier le secours apporté par la mémoire motrice à
la mémoire visuelle. On n'avait pas la même liberté dans les
expériences avec les syllabes ; les syllabes nous sont devenues
si familières qu'il est presque impossible de les lire des yeux
sans les articuler un peu. Appelons série visuelle celle où la
mémorisation se fait des yeux, et série optico-motrice celle où
la main fait le mouvement signifié. Les expériences sur 5 sujets
ont montré que, dans la série optico-motrice, il y a de 10 à 22
p. 100 d'erreurs en moins que dans la série visuelle. Voici du
reste le détail. MÉMOIRE ET ASSOCIATION D'IDÉES 461
E.-C. S. A.-C. E. J.-P. H. E.-H. L.
Série visuelle . . 3,98 2,43 1,74 1,96 optico-motrice ... 2,74 1,38 0,63 1,10
Dans plusieurs cas, où le sujet n'était pas certain de son sou
venir et hésitait entre son image visuelle et le mouvement
machinal que sa main esquissait, il s'est trouvé que c'était le
mouvement esquissé par la main qui était exact.
En terminant, l'auteur est revenu sur ses premières expé
riences, et il s'est efforcé de montrer que l'acte de compter
affaiblit la mémoire des syllabes, non en distrayant l'attention,
mais en empêchant les mouvements d'articulation ; en effet, ce qui
le prouve, c'est que, lorsque l'acte de compter n'inhibe pas de
mouvements d'articulation, il n'augmente pas le nombre des
erreurs de mémoire ; si on compte en apprenant les dessins de
l'alphabet manuel, on les mémorise aussi bien qu'en ne compt
ant pas. Ce petit détail d'expérience, nous le relevons parce
qu'il peut avoir quelque importance pour des expériences ulté
rieures; l'acte de compter à haute voix sera donc un procédé
très commode pour supprimer certains mouvements du larynx,
sans distraire l'attention, au moins dans les cas où cet acte de
compter aura été rendu automatique par la répétition.
L'auteur a aussi observé, mais il insiste peu sur ce point,
que lorsqu'on apprend des séries de syllabes en les prononçant
à haute voix, la mémoire en est facilitée. Nous donnons les
résultats, car ils nous semblent tout à fait importants ; voici le
tant p. 10 des erreurs commises par les sujets en apprenant
à haute voix :
E.-H. L 3,30
C. G 4,55
E.-C. S 4,58
J.-P. H 6,38
R. G 2,20
II suffit de comparer ces chiffres aux précédents, à ceux qui
correspondent à la mémorisation normale des syllabes (p. 459),
pour se rendre compte des grands avantages de l'articulation
à haute voix.
A. Binet.

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