Théories et Conceptions générales - compte-rendu ; n°1 ; vol.27, pg 231-247

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L'année psychologique - Année 1926 - Volume 27 - Numéro 1 - Pages 231-247
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1926
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2° Théories et Conceptions générales
In: L'année psychologique. 1926 vol. 27. pp. 231-247.
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2° Théories et Conceptions générales. In: L'année psychologique. 1926 vol. 27. pp. 231-247.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1926_num_27_1_6325ET CONCEPTIONS GENERALES 231 THÉORIES
Les chapitres suivants traitent de la question des aptitudes, de
l'étude expérimentale des phénomènes intellectuels, du travail et
de la fatigue, de la question des illusions et des hallucinations, de
celle des synesthésies, du problème des troubles de l'intelligence,
enfin des conditions cérébrales des phénomènes intellectuels.
On voit que la matière est riche, et il n'est pas possible de donner
une idée adéquate de cet ouvrage où B. a mis toute son expérience
de psychologue documenté et toute sa réflexion de professeur et
de chercheur.
C'est un ouvrage très élaboré, qui ne sacrifie pas à la mode, et
qui apportera le plus solide appui pédagogique aux professeurs.
Signalons l'existence d'un index alphabétique commode des auteurs
et des matières. H. P.
KRÜGER. — Neue Psychologische Studien (Nouvelles études psy
chologiques). T. I. Komplexqualitäten, Gestalten und Gefühle.
T. II. Licht und färbe (T. I. Complexes qualitatifs, formes et senti
ments. T. II. Lumière et Couleur). — 2 vol. in-8 de 692 et 442 pages.
Munich, C. H. Beck, 1926. Prix : 35 et 32 mark.
Nous signalons ces deux volumes publiés par Krüger, qui sont des
recueils de travaux de son laboratoire de Leipzig, où il a succédé à
Wundt.
Wundt publiait un périodique, Psychologische Studien, qui n'a
pas été continué après sa mort. Krüger lui donne une suite sous
forme de livres.
On trouvera le compte rendu des travaux publiés en ce recueil
dans des analyses qui figurent sous les rubriques correspondant aux
sujets traités.
Il y a là un important ensemble de recherches qui fait honneur à
Krüger et à son laboratoire dont il veut maintenir la solide répu
tation. H. P.
2° Théories et Conceptions génébales
A. LYNCH. — Les Principes de la Psychologie. — R. Se, LX1V,
15, 1926, p. 460-464.
Résumé à l'usage du grand public des principes généraux de la
théorie de Lynch.
L'étude de la philosophie, de l'éthique et des sciences particulières
doit reposer avant tout sur la psychologie, à condition « que la
psychologie elle-même soit bien établie et clairement illuminée dans
ses fondations et sa structure jusqu'à faire voir la véritable nature
d'autres problèmes en apparence plus subjectifs ».
Il y a en effet de grands progrès à faire pour la philosophie qui,
selon Lynch est dans un état comparable à celui de la mécanique
avant Galilée. On discourt trop, actuellement, et dans le vague. Pour
sortir du vague et pouvoir éclairer la philosophie toute entière, la
psychologie doit suivre un cours parallèle à celui des sciences exactes, 232 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
car il est possible de découvrir des processus fondamentaux, ana
logues, dans le domaine psychologique, à ceux des éléments chimiques.
Il est possible d'indiquer la méthode d'analyse par laquelle on peut
réduire nos pensées à ces processus fondamentaux et inversement de
faire voir par quel principe il est possible d'effectuer les combinaisons
les plus complexes.
La théorie est très belle, la mise en pratique est malheureusement
exposée avec une telle obscurité que Lynch fait penser à nouveau à
la nécessité pour l'actuelle psychologie de rencontrer un Galilée.
M. F.
DANIEL BERTRAND-BARRAUD. — Des bases critique! d'un
empirisme psychologique radical. — In-16 de 131 p. Paris, Vrin,
1926. Prix : 10 francs.
L'auteur a réuni dans ce livre six conférences faites à l'Université
de Bologne, où se trouve exposée, dans son ensemble, sa conception
philosophique générale. Il part de ce qu'il considère comme la réalité
primitive, à savoir 1' « affection », équivalent des données immédiates
de Bergson, le sentiment d'états qualitativement divers et changeants,
il cherche à établir que les affections « constituent l'étoffe de toutes
les valeurs humaines », sous forme d'états hédoniques, » de « sensations
pures » (ou qualités sensorielles) et d' « émois » (restes d'émotions
rudimentaires sans contenu intellectuel), et à déduire l'activité
intellectuelle et la logique du « procès » des affections, des primaires
et des dérivées, atteignant même, sans principe extrinsèque, le
«sujet rationnel ». H. P.
PIERRE JEAN. — La Psychologie neurale. — In-8 de 290 p.
Paris, Alcan, 1926. Prix : 20 francs.
L'auteur continue dans ce volume l'exposé de sa théorie d'en
semble de la vie, impliquant des fonctions psychiques fondamentales.
Le premier livre, sur la psychologie organique (Cf. An. Ps., XXVI,
p. 178), visait à mettre en évidence les manifestations de ce psychisme
dans les processus organiques des végétaux et des animaux, dans les
processus cellulaires autres que les processus nerveux ; cette fois
P. J. s'adresse aux processus qui se déroulent dans les cellules ner
veuses et qui comportent les manifestations que tout le monde
s'accorde à considérer comme psychologiques.
L'originalité de l'auteur consiste à attribuer la conscience et la
finalité, non à une certaine synthèse organique complexe, mais à
chaque neurone ayant en quelque sorte une individualité mentale
collaborant à l'œuvre de l'organisme entier.
A propos de la perception visuelle, par exemple, il déclare (p. 191) :
« Tous les neurones d'un individu sont aussi conscients, quelle que
soit la place de leur corps ; mais ils se divisent le travail. Les uns
appliquent leur attention à la perception initiale de chaque point des
images, d'autres à la perception des rapports entre ces points et à
leur synthèse, d'autres à la reconnaissance des objets, d'autres enfin,
ceux de la conscience générale, à la combinaison de toutes les données
des sens, à leur interprétation, à la prévision des possibilités, et au
choix des actes utiles, que d'autres neurones encore exécuteront ». THÉORIES ET CONCEPTIONS GENERALES 233
Toute cellule a une conscience, pour l'auteur, celle-ci étant le seul
élément irréductible des phénomènes de la vie, et la preuve de la
conscience est donnée par la finalité du comportement ; et l'intell
igence, qui n'est que l'acte conscient de ses motifs, se rencontre sous
une forme rudimentaire tout au moins, en même temps que la vie.
Il n'y a pas là, bien entendu, une psychologie, mais une philosophie
pan-psychiste, dont l'auteur applique les déductions au domaine
psychologique comme au domaine organique, passant en revue les
fonctions sensorielles et mentales non sans assertions fort discu
tables. H. P.
A. MESSER. — Zwei Grundrichtungen der Psychologie [Deux direc
tions fondamentales en psychologie). — A. f. ges. Ps., LV, 1-2,
1926, p. 27-36.
Ces directions sont ce que Münsterberg avait défini psychologie
« subjectivante » (sub jekti vierende) et psychologie « objectivante ».
La première est la connaissance que nous avons de nous-même par
l'action, par la volonté ; elle n'est pas perception, mais sentiment.
La seconde envisage le psychisme humain comme un objet psycho
physique, aux réactions nécessairement uniformes ; elle est atomiste.
Celle-là est finaliste, celle-ci causale ; celle-là cherche à comprendre,
celle-ci à expliquer.
Mais pour M. la « psychologie comprehensive » (Spranger) devient,
elle aussi, objective, en ce sens qu'elle prend des jugements de valeur
comme des objets d'étude. Tout effort de « comprendre » comporte
une certaine objectivation ; ce que l'on veut devient
l'objet d'une réflexion ou d'une intropathie (Einfühlung). Il y aura
toujours une distance entre l'attitude subjectivante, — l'action, le
sentiment, la vie — ■ et l'attitude objectivante, — connaissance cau
sale ou finaliste de la vie psychique. D. W.
R. WOODWORTH. — Dynamic psychology. (Psychologie dynamique)
— Ped. Sem., XXXIII, 1, 1926, p. 103-118.
La psychologie dynamique étudie les activités de l'individu dans
leur succession causale. Elle n'est pas seulement une étude limitée à
quelques problèmes psychologiques, mais bien une psychologie, qui
considère d'un point de vue particulier toutes les activités de l'orga
nisme pris dans son ensemble. Comme telle elle trouve sa place entre
la physiologie et la sociologie dont le contact peut lui être utile, mais
avec lesquelles elle ne doit pas être confondue. A ce niveau interméd
iaire behavioristes et introspectionnistes se rencontrent. La psy
chologie dynamique concilie les deux écoles ; elle s'intéresse à la fois
aux faits mentaux et aux formes objectives de la conduite. Pour elle
encore il n'y a pas nécessairement opposition entre les théories méca
niques et « purposive » ; car, si le « purpose » est une cause, il est en
même temps un effet. La psychologie dynamique a un domaine propre
qui ne se confond pas avec celui de la psychologie génétique ; bien que
cette dernière cherche elle aussi à établir des lois causales, elle consi
dère la suite des événements sur une longue période de temps ; elle
s'intéresse à l'histoire de l'individu. Les problèmes auxquels s'a
ttaque la psychologie dynamique sont plus restreints : émotion, atten
tion, perception, etc.. '-*•/-' -
234 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Parmi les concepts auxquels le dynamiste fait appel pour résoudre
ces problèmes, une place privilégiée est accordée à la notion de
« stimulus et réponse ». L'unité fondamentale n'est pas le groupe
« stimulus-réponse » mais la réaction seulement, c'est-à-dire l'activité
de l'organe moteur périphérique et du centre nerveux qui la com
mande. La réponse ne se trouve presque jamais liée de façon indis
soluble à un stimulus déterminé. De même un stimulus donné peut
engendrer plusieurs réactions. Le stimulus n'est pas la cause adéquate
de la réaction ; il excite la- réponse dont la forme et l'énergie sont
déterminées par les activités préexistantes.
C'est ce concept de « stimulus et réponse » que l'on retrouve à la
base du problème de la perception, longuement exposé par l'auteur
pour illustrer les méthodes de la psychologie dynamique ; il explique
lès fluctuations de « meaning », il. permet de comprendre qu'un en
semble de stimuli puisse être perçu comme un tout. A. B.-F.
W. MC DOUGALL. — Men or Robots ? (Des hommes ou des méca
niques ?) — Ped. Sem., XXXIII, 1, 1926, p. 71-102.
Me. D. rappelle tout d'abord la position de sa psychologie, opposée
aux anciennes théories rationalistes des facultés et des idées d'une
part, aux conceptions mécanistes d'autre part. Pour lui la psychol
ogie est la science de l'esprit, du « mind » ; elle s'intéresse aux faits
de conscience mais étudie aussi le comportement dont le caractère
essentiel est d'être « purposive ».
Parti du même point que les behavioristes — la constatation de
l'insuffisance des théories antérieures devant le problème de l'action
— Me D. contemple avec stupeur la divergence des routes suivies.
A vrai dire ces deux conférences, prononcées à la Clark University,
se réduisent à une longue et acerbe critique des behavioristes, lesquels
se groupent en 3 écoles :
A. Les Behavioristes stricts qui, avec Watson, ignorent les faits
de conscience et refusent de reconnaître à l'action une finalité.
B. Les proches Behavioristes (Near Behaviorists) qui négligent
les phénomènes de conscience sans oser les nier (Allport).
C. Les « purposive Behaviorists » avec Tolman et Percy, qui, tout
en refusant de reconnaître les faits de conscience, admettent que
l'action a un but, un « purpose ».
Seuls les partisans de cette dernière conception trouvent grâce
devant l'auteur, bien que celui-ci ne voie pas ce que peut gagner la
description d'un acte à employer dans un sens objectif seulement des
termes qui, en réalité, contiennent un élément subjectif.
Mais à tous, l'auteur reproche de vouloir expliquer toute activité
par des phénomènes mécaniques seulement. Si vraiment il doit y
avoir unification de l'organique et de l'inorganique — ce dont McD.
n'est nullement persuadé — ne pourrait-on pas l'envisager en sens
contraire ? Ne remarque-t-on pas en effet dans la science actuelle un
effort pour « combler le fossé qui sépare la vie du mécanisme » en
reconnaissant dans le monde inorganique de réelles tendances ?
A. B.-F. ET CO.NCEPTIO.NS GENERALES 235 THÉORIES
G. SAINT-PAUL. — Thèmes psychologiques. — In-8 de 124 p.
Paris, Vigot, 1926. Prix : 9 fr. 80.
L'auteur n'a cessé toute sa vie de méditer sur les problèmes psy
chologiques, philosophiques et sociaux, et son intéressant ouvrage
sur le langage intérieur et les paraphasies a consacré sa réputation
de psychologue. Il a le goût de l'hypothèse avec un sens critique très
aiguisé.
On ne peut manquer de prendre plaisir à lire ses sortes d'appels à
la réflexion, sur les rapports de la science et de la foi, sur la métaphys
ique et l'inconnaissable, sur le cerveau et le matérialisme, sur
l'intelligence et l'instinct, sur l'aphasie, et sur le rêve (un des sujets
de prédilection de l'auteur qui illustre ce chapitre de nombreux
exemples). H. P.
CHARLES RIGHET. — L'Intelligence et l'Homme. — In-8 de
376 p. Paris, Alcan, 1927. Prix : 35 francs.
La merveilleuse activité, toujours protéiforme, de R. ne cesse de se
manifester, en particulier par la publication de nombreux livres.
Après avoir écrit autrefois un ouvrage sur l'Homme et l'Intelligence,
il se continue en se renouvelant avec ce nouvel ouvrage sur l'Intell
igence et l'Homme où sont réunis des essais très divers sur la civilisa
tion, le langage et l'intelligence, les modalités de la mémoire, la peur,
le rôle du carbone dans le monde, les bases psychologiques de la
morale, la maîtrise de soi, le courage, les causes finales en biologie, et
enfin, car on s'étonnerait que ce métapsychiste fidèle ne manifestât
pas ses solides convictions, sur les conditions de la certitude et sur
les voies non sensorielles de la connaissance et la méthode expériment
ale (ces discours à la Society for Psychical Research et au Congrès
international de physiologie d'Edimbourg dont nous avons parlé en
leur temps).
Pensée vive, style alerte, cœur ardent. H. P.
BERTRAND RUSSELL. — Analyse de l'esprit (Traduit de l'anglais
par M. Lefebvre). — 1 vol. de 310 p. Paris, Payot, 1926.
« Ce livre est né d'une tentative pour concilier deux tendances
différentes, l'une caractérisant la psychologie, l'autre la physique... »
La première est la tendance behaviouriste qui peut, à certains égards,
paraître matérialiste, puisqu'elle pratique une méthode d'observation
exclusivement physique. Mais cette attitude ne saurait être qualifiée
de matérialiste dès l'instant où la physique ne prétend plus affirmer
l'existence de la matière : or telle est l'interprétation de W. James
et des néo-réalistes américains, d'après lesquels la substance du
monde ne serait ni matérielle, ni spirituelle, mais neutre, puisque nos
sensations en sont au moins des parties.
Ce programme oblige donc l'auteur à esquisser toute une psychol
ogie, ou plutôt toute une philosophie de la psychologie. Elle inté
ressera le psychologue proprement dit par la critique vigoureuse
qu'elle présente d'un certain nombre de conceptions anciennes ou
traditionnelles et par une systématisation personnelle et hardie des
principes du behaviour isme. L'idée que la conscience d'une perception
ou d'une image est une substance, un acte, distinct de son contenu 236 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
doit être écartée. Nos sensations font partie de l'univers physique.
En dehors des sensations et des images tous les « phénomènes men
taux », connaissance, croyance, désir, etc., doivent se définir en
termes purement fonctionnels, ce sont des faits de comportement
qu'on peut en principe caractériser par l'observation extérieure.
Ainsi un désir est inconscient en principe, et non, comme le croit
Freud, par une sorte de refoulement qui Pexcluerait de la conscience
comme de son lieu naturel ; la conscience du désir (ou d'autres faits
mentaux) devra être définie comme une complication particulière,
comme un contraste imaginatif ou réactionnel du phénomène primitif,
où le langage joue souvent un rôle impoitant. Le mot « désir » désigne
par lui-même une série de mouvements qui, (sauf intervention de
nouvelles complications) persistent jusqu'à ce qu'un certain résultat
soit obtenu ; le but ou intention est l'effet de ce comportement ; il
n'y a pas nécessairement (dans les formes inférieures) de représenta
tion du but ; c'est une impulsion dont l'origine est la situation ac
tuelle, et non un idéal correspondant par avance à la finale.
Par cette description sommaire du désir, on comprend dans quel
esprit seront traités dans ce livre les problèmes de la croyance, de la
mémoire, de la signification, de la connaissance, etc.
Est-ce à dire que l'idée de phénomène spirituel s'évanouit complè
tement ? Si l'on élimine tout ce qui se définit en termes de compor
tement, il reste deux constituants de la vie mentale, la sensation et
l'image. — Mais nous avons déjà vu que la sensation fait partie des
choses, car celles-ci se définissent comme un ensemble d'aspects. Sup
posons qu'une plaque photographique reçoive l'image d'une étoile :
en ce point il se produit un phénomène. Il s'en produit d'autres en
tous les points de l'espace où un effet optique dû à l'étoile pourrait
se produire. L'ensemble de ces phénomènes forme un système que
nous appelons un objet physique. Considérons au contraire le détail
de ce même système qui a lieu en un point quelponque : c'est l'appa
rence de cet objet dans l'endroit en question. Les changements subis
par les apparences d'un objet sont ou bien des connexes
subis par toutes ou presque toutes les autres apparences de ce même
objet, ou bien des changements locaux, isolés, de ces mêmes appa
rences ; dans le premier cas il s'agit de changements de l'objet lui-
même, le second, de changements du milieu intermédiaire à
l'objet et à l'endroit. La physique traite le système des apparences
d'une portion de matière comme un objet indivisible, tandis que la
psychologie s'intéresse surtout à certaines de ces apparences. Nos
perceptions sont les apparences que présentent les objets physiques
dans les endroits où les organes des sens et les parties correspondantes
du système nerveux, font partie du milieu intermédiaire.
Restent les images : ne sont-elles pas le type par excellence des
faits intérieurs, subjectifs, étrangers au monde physique ? Le beha-
viourisme orthodoxe les élimine, les déclare irréelles ; ici Russell ne
le suit plus ; la réalité de l'image et son importance lui semblent
incontestables. Quoique sa pensée sur ce point paraisse difficile à
saisir et qu'elle ne soit peut-être pas complètement arrêtée, il admet
la réalité de l'introspection et de son contenu, en ce sens que certains
faits ne peuvent être connus que de l'individu ; mais l'opposition ET CONCEPTIONS GENEKALES 237 THÉORIES
des faits publics (objectifs) et privés (subjectifs) n'est pas si profonde
qu'on le croit, elle est de degré et non de nature ; ce n'est qu'approxi-
mativement qu'on peut dire que nous percevons le même objet phys
ique ; le caractère privé est plus ou moins marqué à propos des
diverses espèces de sensations : il dépend du rôle du milieu interméd
iaire. C'est encore ce milieu qui paraît expliquer les caractères de
l'image. L'apparence d'un objet en un point dépend de deux facteurs :
l'objet lui-même et le milieu intermédiaire (l'organisme) ; lorsque le
rôle de ce dernier devient prépondérant, on passe de la perception
pure à l'image.
En résumé, la différence entre la physique et la psychologie porte
sur l'enchaînement causal des faits et non sur les matières mêmes,
faisant l'objet de leurs investigations. Elles étudient lés mêmes faits
en les situant dans des contextes différents.
Il nous est impossible de donner, par ces quelques lignes, une idée
suffisante de ce livre extrêmement riche d'idées. Russell pense sur
les questions psychologiques en mathématicien et en logicien, qui a
l'habitude de pousser jusqu'au bout les conséquences de ses principes
et sa hardiesse ne s' af fraye pas des paradoxes et des rapprochements
inattendus. La forme du livre est parfois un peu difficile et certaines
discussions sont rendues pénibles par l'emploi d'une terminologie
abstraite ; mais souvent aussi des exemples concrets et familiers,
finement analysés, facilitent l'intelligence des idées générales, et le
lecteur est dédommagé de sa peine par l'ampleur et la nouveauté des
vues théoriques vers lesquelles il est acheminé. P. G.
HANS WILDBRMUTH. — Seele und Seelenkrankheit (Ame et
maladie de Vâme). — In-12 de 58 p. Berlin, Springer, 1926.
Prix : 2,70 mark.
L'auteur fait du « moi », unité indécomposable (comme expérience
intime, comme persistance dans le temps, comme structure enfin),
la base fondamentale de la vie psychique ; mais on peut l'envisager
sous l'aspect « « Trieb » (tendance), ou sous l'aspect «Urteil » (juge
ment), ce qui correspond évidemment au dualisme habituel de
l'affectif et de l'intellectuel.
Les tendances sont au nombre de quatre : instinct de conservat
ion, instinct sexuel, instinct de puissance, et instinct altruiste,
dont le développement pourra engendrer le « sur moi », de valeur
collective, chez un Luther ou un Napoléon).
Les jugements comparent, apprécient, ce que ne font pas les ten
dances. Les systèmes individuels se différencient en types indivi
dualisés. Or en matière d'âme, il ne peut y avoir de maladies comme
en matière corporelle. Les psychopathies ne diffèrent que quantita
tivement de l'état normal ; elles représentent des exagérations des
types.
Et l'auteur passe en revue les affections mentales, même liées à
des altérations cérébrales, pour les classer en tant que « caractères »,
s'appuyant sur les conceptions de Kretschmer, auxquelles il n'ajoute
rien que ses théories métaphysiques superflues. H. P. 238 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
CH. S. MYERS. — A Lecture on Freudian psychology {Une confé
rence sur la psychologie de Freud). — The Lancet, 19 juin 1926,
p. 1183 sqq. (Extrait, 16 p.).
M. donne un exposé critique de la psychologie de Freud dans
lequel il cherche à montrer, impartialement, les mérites de l'œuvre
théorique du fondateur de la psychanalyse, et les inconvénients de
ses généralisations outrancières. Il insiste sur les services rendus à la
psychologie par le développement d'une conception dynamique des
processus mentaux, et la mise en évidence de l'influence considérable
exercée par les expériences précoces de l'enfance, sur les progrès de
la psychothérapie dus à la notion de la répression et à la compréhens
ion du symbolisme, sur l'importance de l'analyse du rêve.
Freud, pour l'auteur, a un vaste génie qui a puissamment contribué
aux progrès de la psychopathologie, mais dont les inspirations étro
itement liées à son tempérament propre ont manqué de contrôle, par
absence d'esprit critique et de connaissances techniques en matière
psychologique. Des théories brillantes comme les siennes, même
fausses, sont fécondes comme des stimulants très efficaces de la
recherche. H. P.
W. MC DOUGALL. — The (Edipus Complex {Le complexe d'Œdipe).
— Ar. of Neurol. and Psychiatry, XV, 1926, p. 151-172.
L'auteur analyse avec soin de nombreux exemples donnés du
« complexe d'Œdipe », et met en évidence les fluctuations de Freud
sur l'attribution générale à tous les enfants de ce complexe.
Me D. montre qu'on peut réconcilier la psychanalyse et la psychol
ogie « académique », en limitant l'existence réelle de ce complexe aux
enfants qui sont déjà atteints de névrose ou du moins très fortement
prédisposés. L'éveil précoce de la sexualité serait également une
manifestation du tempérament névrosique et ne constituerait null
ement une règle générale. Freud a déjà très justement répudié la
doctrine primitive de l'existence du complexe d'Œdipe chez les
adultes normaux. Et Me D. montre que certaines habitudes des
parents peuvent expliquer les attractions incestueuses, sans qu'il
soit nécessaire de faire appel à un complexe congénital : des mères
font coucher leur fils avec elles jusqu'à un âge parfois très avancé, et
une fillette déjà grande, citée par Freud, couchait entre son père et
sa mère.
Et nous ne savons que trop que, dans des conditions de promiscuité
encore plus fâcheuses, dues aux insuffisances du logement, l'inceste
arrive à être très couramment pratiqué dans certains milieux misé
rables, sans complexe ni répression. H. P.
H. KLEINT. — Die psychischen Formen. Bemerkungen zur Theorie
und Einteilung der Erscheinungen (Les formes psy
chiques. Remarques sur la théorie et la classification des phénomènes
psychiques). — A. f. ges. Ps., LIV, 3-4, 1926, p. 469-514.
Ces remarques ont pour but de réunir, de systématiser et de
clarifier les notions fondamentales de psychologie du point de vue
de la théorie de la forme. THKOIUES ET CO.NCKPllO.NS UE.NEHALES 239
L'auteur s'attache à montrer que l'existence des formes psychiques
est admise même par ceux qu'on qualifie volontiers de représentants
de la psychologie atomiste (Ebbinghaus, Ziehen, Wundt). Sous des
noms différents ces auteurs reconnaissent, dans la vie psychique,
l'existence des ensembles qui ne sont pas une somme des éléments.
Mais l'idée de la forme ne doit pas exclure celle de Vêlement. Pour K.
tout fait psychique est à la fois forme et élément : forme par rapport
aux phénomènes plus simples qui le constituent ; élément formes plus complexes dont il est lui-même partie intégrante.
Ainsi, le mot est un élément par rapport à la phrase ; il est une forme
par rapport à la lettre.
Il en est de même dans tous les autres faits psychiques, qu'il
s'agisse d'aperceptions, de phénomènes affectifs ou volitionnels.
Toutefois, K. s'abstient de trancher la question de savoir si les
sensations les plus simples sont encore un ensemble complexe. Mais
il les considère comme la limite inférieure des formes psychiques et
en fait le principe d'une classification : les liées
(perceptions et émotions) font intervenir ces éléments que sont les
sensations ; les formes pures, dont les représentations mentales sont
un exemple, ne les font pas intervenir.
Au demeurant, tous les faits psychiques étant des formes, à des
degrés différents, ils constituent une gamme continue, ce qui n'exclut
pas la possibilité de différentes classifications à différents points de
vue.
Les formes supérieures peuvent être classées d'après la manière
dont elles sont formées (analyse, synthèse, abstraction, relation),
■d'après le genre d'éléments constitutifs ou d'après quelque autre
principe.
On pourra distinguer les formes inférieures suivant les qualités et
les modes de sensations qui leur servent d'éléments, ou suivant le
caractère de la connaissance qu'elles nous fournissent ou, enfin,
suivant quelques principes téléologiques. D. W.
W. A. PILLSBURY. — Gestalt vs Concept : a principle of explana
tion in Psychology [La forme contre le Concept : principe d'explicaen Psychologie). — J. of Abn. Ps., XLI, 1, 1926, p. 14-18.
La théorie de la « forme » présente, selon l'auteur, quatre caractéris
tiques principales qui élargissent singulièrement le sens généralement
accordé au terme.
1) Une forme constitue un système clos. Son unité lui est propre
et ne peut être complétée par des facteurs extraordinaires tels que
l'attention.
2) Les éléments qui composent une forme ne sont pas des entités
indépendantes possédant des qualités propres différant de celles de
l'ensemble.
3) II résulte que tous les éléments qui participent à une unité
doivent de ce fait s'influencer les uns les autres.
4) A beaucoup d'égards la forme devient pratiquement synonyme
de « meaning » ceci étant un caractère attribué à toute expérience qui
est en relation avec d'autres expériences ou d'autres aspects de la
même expérience.

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