Théories et Conceptions générales - compte-rendu ; n°1 ; vol.30, pg 211-232

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1929 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 211-232
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1929
Lecture(s) : 6
Nombre de pages : 23
Voir plus Voir moins

2° Théories et Conceptions générales
In: L'année psychologique. 1929 vol. 30. pp. 211-232.
Citer ce document / Cite this document :
2° Théories et Conceptions générales. In: L'année psychologique. 1929 vol. 30. pp. 211-232.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1929_num_30_1_4929W'<V-
THÉORIES ET CONCEPTIONS GEJNEiRALES %\i
Turin, où H. a assumé la lourde succession de l'illustre A. Mosso,
recueil qui montre la grande activité scientifique, en des domaines
très variés, de ce beau laboratoire, nous relevons les études sui^
vantes :
M. Lévi : V excitabilité de la rétine en relation avec la durée dit
stimulus. — Nous avons rendu compte de ce travail de la jeune
physiologiste tragiquement disparue (An. Ps., XXVI, p. 498).
À, Malan : Résultats de l'épreuve rotatoire de 11.066 sujets nor
maux. — (Travail de la Section de psyçhophysiologie 4e l'aviation
du laboratoire). Le nystagmus post-rotatoire est inférieur à 15 se
condes chez 9,61 % des sujets, compris entre 15 et 30 secondes
chez 83,27 % et supérieur à 30 secondes chez 7,12 % (rotatipn
inductrice de 10 tours en 20 secondes).
Am. Herlitzka : La physiologie de V aviation, — Large étude
d'ensemble.
Am. IJeri,itzka : Projection des éléments rétiniens dans le champ
visuel (Travail publié en 1927 dans le volume jubilaire Morpurgo 4e
VArçh. per le Scienze mediçhe).
Pour rendre facilement visibles les images de Purkinje (ombres 4es
vaisseaux de la rétine), il faut, après adaptation prolongée ^ l'ob^eu*
rite, regarder un temps très bref une paroi uniforme modérément
éclairée. Les dessins se forment sur une sorte 4e damier constituant Je
fond. On peut faire l'observation brève plusieurs fois de suite. Il appar
aît que. dans ces conditions, on distingue nettement l'une 4e l'autre
deux images tombant sur des cônes contigus et on les projette sépa
rément, ce qui est aussi possible pour des excitations qualitativement
différentes et subissant des modifications continues indépendantes ; en
effet, en observant des disques à secteurs noirg et blancs tpurn&nt &
vitesse convenable, fi. a pu observer un réseau 4?hex8gon.esf
diversement et qu'il attribue à la projection des éléments
rétiniens, A cet égard, il serait intéressant de détermine? numérique«
ment la densité des mailles de ce réseau, pour la comparer & Ja den-.
site des cônes maculaires, Accessoirement H. rappelle, ce qu'il consi
dère comme la théorie classique des colorations subjectives, leu?
attribution à l'inégale vitesse d'établissement des couleurs fonda
mentales (cette théorie, que j'ai proposée et tâchée de justifier en
1923, pour les couleurs subjectives de Fechner-Penham, ne nVayant,
à vrai dire, pas paru encore devenue aussi classique qu'à H),
H. P,
2Ö Théories et conceptions générales x
9. — C. POLITZER. — Psychologie mythologique fit
scientifique. — Où va la concrète ? — Revue de Psy
chologie concrète, I, 1 et 2, 1929, p. 9-64 et 164-202,
Dans la revue qu'il a fondée, à titre d'« expérience psychologique »,
expérience qui, s'arrêtant au second fascicule donne l'impression d'un
1. Voir aussi les n<» 908 et 1021. BIBLIOGRAPHIQUES ANALYSES
échec, le jeune psychologue révolutionnaire, dont nous avons signalé
l'an dernier le premier volume de son ouvrage critique — la suite
en étant encore attendue — expose les lignes générales d'un système
d'idées originales et intéressantes sous une forme qui témoigne de la
solidité de son assurance et de la violence de son enthousiasme. On
sent qu'il aborde la positivité avec une ferveur mystique et que la
critique lui tient lieu de guillotine. -
Toutes les vieilles idoles sont bonnes à brûler et l'édifice nouveau
doit être entièrement construit avec des matériaux dont bien peu
pourraient être empruntés aux systèmes abattus.
La psychologie, jusqu'à présent, nous dit-il, n'a vécu que de cri
tique, et n'a raison que dans la mesure où elle nie, bien qu'aucune
critique n'ait jamais été réellement victorieuse.
Posant en principe que l'objet de la psychologie est le drame,
c'est-à-dire la vie au sens humain du mot, dans ce qu'elle a de plus
particulier (« Je me suis levé ce matin de bonne heure pour aller
faire une promenade au bois »), la psychologie actuelle est qual
ifiée de « mythologique » parce qu'elle transpose dans un langage
symbolique (faisant appel à des « processus », à des « représenta
tions ») les événements de la vie humaine.
Nous nous trouvons ici en présence de l'affirmation d'un postulat,
sans la moindre justification.
« Le fait psychologique, dit P., est toujours un segment de la vie
de Vindividu particulier. Toute autre manière de le considérer
détruit sa réalité » (p. 43).
Et, plus loin, « pour qu'une affirmation puisse seulement être con
sidérée comme appartenant à la psychologie, il faut déjà qu'elle se
rapporte au drame ; il faut qu'elle énonce quelque chose de quel-
qu%un. C'est ainsi par exemple que les lois de l'association des idées
ne sont pas des affirmations de psychologie. Si elles sont vraies, elles
appartiennent à une autre discipline, qui est peut être à inventer...
Pour qu'une affirmation de psychologie puisse être considérée
comme une connaissance psychologique, il faut qu'elle puisse at
teindre les faits dramatiques dans leur singularité individuelle ».
Quelle singulière conception d'une science ! Ainsi une loi générale
n'est pas une connaissance, et ne le devient que dans la mesure où elle
jse réalise dans un fait particulier ? Est-ce bien la pensée de l'auteur,
qui aurait pour conséquence de dénier à notre physique actuelle le
pouvoir de nous doter de connaissances, et de lui réserver le caractère
d'une mythologie ; elle est en effet incapable, en s'adressant aux
électrons, de nous retracer la série des événements individuels de
l'un quelconque de ces électrons. Il y a peut-être une forme para
doxale mais" qui donnée aurait à moins quelque attiré idée l'attention malgré tout si elle moins avait été révolutionnaire, exprimée sous
une forme plus banale.
Cela n'est pas improbable si l'on examine ce que P. reproche à la
psychologie scientifique, qu'il déclare « préscientifique ».
Celle-ci, nous dit-il, a procédé à Fopposé des sciences empiriques :
« Certes la psychologie, comme toute science positive, doit aboutir
à des généralités... seulement elle doit aboutir aux généralités et
encore par voie de généralisation, mais non commencer par les géné
ralités comme le fait la psychologie « scientifique ». ET CONCEPTIONS GENERALES' 213 THEORIES
Dire qu'on ne doit pas construire a priori comme le font les métap
hysiciens, soit ; mais c'est une constatation banale. Veut-on inter
dire l'hypothèse cherchant à vérifier ses déductions ? Au nom de
quel principe si la théorie conçue est féconde. Einstein n'a pas procédé
par généralisation de faits particuliers. Les faits ont suivi. Et
d'ailleurs peut-on reprocher à la psychologie scientifique de faire
abus de théories et d'hypothèses ; au contraire, habituellement elle
reste purement empirique et n'atteint que trop rarement des rela
tions générales.
Mais, pour comprendre la pensée de P., voyons l'exemple qu'il
cite : On étudie, dit-il, « avec, un luxe formidable d'appareils et de
précautions, les rapports entre la perception lumineuse et les mouve
ments ». Posée sous cette forme générale, l'expérience est « mutilée».
Pour faire de la science, il faut pousser jusqu'au bout, jus
qu'au « drame ». Si tel ouvrier, placé dans un éclairage déterminé, a
un rendement augmenté avec un autre éclairage, plus grand, nous
avons alors une expérience complète, nous faisons de la science. Et,
conclut P., « tout le monde peut constater ici qu'il faut se mettre
des œillères pour ne voir dans ce dernier fait que, d'une part « percep
tion » et, d'autre part, « mouvement ». Certes on pourra revenir de
ce problème particulier et d'autres du même genre, au problème
général. Mais c'est par les premiers qu'il faudra commencer.
Si P. reproche à la science de se désintéresser trop souvent des
problèmes pratiques, nous serons volontiers avec lui. Mais il est
facile de voir qu'il n'a aucune pratique de la science, à ses hérésies
méthodologiques !
Si nous voulons aboutir à des relations générales dans un domaine
aussi complexe que celui des manifestations les plus élevées de la vie,
influencées par une telle multitude de facteurs constamment va
riables, et ne permettant jamais de répéter deux fois une expérience
dans des conditions identiques, nous sommes bien obligés, hélas,
d'apporter un luxe extrême de précautions pour rendre aussi cons
tants que possible, le plus de facteurs que nous pouvons.
Et la « Gestalt-psychologie » a multiplié les éléments capables, dans
les conditions préalables ou actuelles de milieu, de modifier les
résultats d'une expérience relativement simple.
Le rapport entre l'éclairage et le rendement du travail dans tel cas
particulier peut être rendu quelconque du fait. des autres conditions
intervenant dans ce cas. Pour avoir une loi générale, il faudra des
expériences nombreuses, rendant apparent le facteur efficace au
milieu des autres influences tendant à se neutraliser, il faudra, et
c'est ce qu'on est obligé de faire dans les problèmes concrets de la
psychotechnique, en appeler aux méthodes statistiques, aux corré
lations.
Ce n'est qu'en préparant une expérience artificielle s'éloignant au
maximum du drame, qu'on pourra atteindre le plus économique
ment la relation fondamentale entre l'éclairement et l'activité mot
rice, dont on pourra déduire, comme conséquence (et c'est ainsj
d'ailleurs, historiquement, que les choses se sont passées) une aug.
mentation de rendement dans le travail sous l'influence d'un accrois,
sèment d'éclairage, le succès de la prévision ne valant que d'un0 ' ANALYSES EIBLlÖÖRAPHlQÜES 2Ï4
çn générale et pouvant être démenti dans tel ou tel cas particul
ier, dans tel ou tel drame, du fait dé l'intervention prédominante
de facteurs antagonistes.
Étant donnée l'erreur fondamentale de méthode de l'auteur,
peut-on attendre de sa psychologie concrète quelque source nou
velle de connaissances ? J'ett doute fort, et l'étude qui devait
nous donner ses buts et où il oppose ses tendances matérialistes à
l'idéalisme bèrgsonien en de stériles discussions purement phil
osophiques n'est pas faite pour nous redonner confiance.
Il y a une psychologie concrète, c'est la psychologie appliquée,
qui est comme Une science de l'ingénieur aux prises avec l'instrument
humain, qui se sert des données — bien pauvres encore — de la
psychologie scientifique, mais qui la plupart du temps doit se dé
brouiller seule avec les problèmes qui se posent à elle ; seulement
cette psychologie concrète ne peut prétendre aboutir à une connais
sance exhaustive du « drame » dont trop de facteurs ignorés condi
tionnent le cours, et vise seulement à assurer un certain taux de
prévisibilité pour des grands nombres d'événements analogues.
Bllë a le même souci que P. du progrès pratique et du perfectio
nnement social, mais elle a moins d'illusions et de confiance parce
qu'elle a plus d'expérience et moins de fraîcheur philosophique.
H. P.
10. — J. R. KANTOR. — L'état actuel du Béhaviorisme. — Rev.
de Ps. concrète, I, 2, 1929, p. 215-226. — La psychologie orga
nique, Ibid., 1, p. 75-88.
Le béhaviorisme s'est d*abord posé comme Une négation et il exclut
le « mental », soit parce qu'il se limite aux processus objectifs, soit
parce qu'il dénie l'existence au « psychique ».
Cette attitude est nécessaire pour que la psychologie ait le caractère
d'une science, ce qu'elle ne pourra être « tant qu'elle n'admettra pas
sans réserve qu'elle doit s'occuper de faits absolument pareils à
ceux qui sont fournis à l'observation ordinaire » et dont la descrip
tion est donnée en termes d'espace, de temps et d'énergie.
Le béhaviorisme positif peut prendre l'aspect physiologique, et
s'occuper « de la transposition de la conduite psychologique en termes
dé physiologie du système nerveux ou d'activité musculaire, et neuro-
muscuiaire-gianduiaire ». Ce n'est là encore « qu'une province du
vieux dualisme psychologique ». Une seconde forme est la psychol
ogie organique, à laquelle est consacrée une étude spéciale de
l'auteur : cette psychologie s'adresse aux interactions concrètes des
organismes psychologiques 'et des objets reels, en laissant de côté
tout problème de mécanisme physiologique. « On ne peut certain
ement pas, dit K., expliquer l'existence de l'activité psychologique
pai* la présence du cerveau ni même par un système nerveux compli
qué. On ne doit pas chercher la base des phénomènes psychologiques
ailleurs que dans l'évolution de l'organisme entier et son contact
historique avec le milieu environnant. »
En considérant ainsi les phénomènes psychologiques comme des
faits dèé sciences de la nature, on ne laisse rien en dehors, et l'on peut
realise!1 dés biographies complètes en termes de réaction.par enchaîne- Ëf -CONCEPTIOS8 GÉNÉRALES * THÉORIES 215
ment des « segments de Comportement >> qui sont les faits fondament
aux de cette science à laquelle s'est consacré l'auteur.
Mais le behaviorisme est toujours en évolution ; il se transforme,
et s'éloigne encore plus de la réduction initiale au physiologique
sous la nouvelle forme « bio-sociale » de Weiss, qui met l'accent « sur
les interactions de l'organisme humain avec toutes sortes de phéno
mènes concrets, non seulement de l'ordre de la nature, mais encore
du type culturel et spécifiquement humain ». H. P.
11. — R. H. GUNDLACH. — Four sources oî confusion in psychol
ogical theorizing {Quatre sources de confusion dans les théories
psychologiques). — Ps. Rev., XXXVI, 4, 1929, p. 285-306.
Critique du behaviorisme, G. s'inspire des idées de Broad, et no
tamment de sa théorie de Vémerçence. Cette théorie diffère du matér
ialisme et du vitalisme eh ce qu'elle admet une synthèse créatrice.
Il y a une tendance générale des complexes d'un ordre donné à se
combiner l'un avec l'autre, de façon à créer des complexes d'un ordre
supérieur. A chaque étape du progrès* nous obtenons des .choses
nouvelles possédant des propriétés nouvelles et irréductibles et
obéissant à des lois d'un ordre nouveau. Il subsiste en même temps des
complexes d'ordre inférieur. L'univers devient ainsi continuelle
ment plus varié, tant que les conditions nécessaires pour la combi
naison des complexes d'ordre simple subsistent. La différence capi
tale entre cette théorie et celle du mécanisme est dans la conception
de la cause. Le mécanisme reste fidèle à la conception aristotélicienne
selon laquelle l'effet ne peut déjpasser la cause. La théorie de l'émer
gence abandonne au contraire cette antique scholastique
et soutient qu'un tout peut avoir des propriétés différentes de celles
de ses parties ou au moins peut posséder des propriétés supplé
mentaires. G. P.
12. — L. R. GEISSLER. — The objectives oî objective psychology
(Les objectifs de la psychologie objective). — Ps. Rev., XXXVî, 5,
1929, p. 353-374.
G. se rallie à l'opinion de Dunlap : La guerre entre behavioristes
et introspéctionnistes a été terminée il y a deux ans par l'arrivée sur
le champ de bataille d'un nouveau venu, neutre et ami des doux part
ies : la psychologie « objective ».
G. en donne la définition suivante : La psychologie est une des
sciences de Vhomme qui, du point de eue actuel (existential) et du point
de vue génétique, étudie les moyens concrets par lesquels les êtres hu
mains reçoivent, les impressions du milieu physique et social et y ré
pondent.
Le but de la psychologie est de déterminer aussi complètement et
exactement que posible :
1 . Quelles sortes d'impressions les êtres humains reçoivent du
monde extérieur, des autres êtres humains, et de leurs propres acti
vités internes.
2. Comment ces impressions sont influencées par des facteurs
comme l'hérédité, les structures et les fonctions • physiologiques, la
croissance et l'apprentissage, les conditions particulières internes et
externes. *-f¥-3
216 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
3. De quelles sortes de réponses les êtres humains sont capables,
comment elles se produisent, comment elle sont influencées par les
facteurs énumérés précédemment.
4. Quels lois et principes semblent exprimer ces faits.
5. Quelles applications peuvent être tirées de la connaissance de
ces faits et de ces lois aux différents domaines de la pratique humaine.
On voit que cette définition, comme l'auteur le fait remarquer,
laisse momentanément de côté la psychologie animale. Quant à la
mesure, c'est un moyen et non une fin en elle-même. G. P.
13. — FR. GIESE. — Théorie et pratique en matière de Psychologie.
— Rev. de Ps. concrète, 1, 1, 1929, p. 65-74.
La psychologie souffre, dit G., de ses origines théologico-philo-
sophiques, et il y a un poids mort de notions théoriques qui ne
peuvent être qu'une gêne pour la psychologie concrète, science nou
velle qui se heurte à cette difficulté que la vie lui pose trop de ques
tions à la fois, en attendant des réponses immédiates.
Il faut à la psychologie pratique une synthèse théorique qui doit
être édifiée sans retard.
« Le psychologue abstrait, précise-t-il, ressemble à un architecte
qui ne prendrait d'intérêt qu'aux ornements, aux pignons, aux
grilles forgées, etc., mais qui manquerait du sens de la réalité au
point de ne jamais construire une maison habitable. Le psychologue
concret, de son côté, entasse les matériaux les plus divers ; mais il lui
manque un plan de construction, c'est-à-dire une théorie pour cons
truire un « home » confortable. C'esJ l'analyse qui perd le premier ;
pour l'autre c'est le défaut de synthèse ».
Dans la psychologie concrète, ou appliquée, G. distingue deux
grandes branches, qu'il envisage successivement, la psychologie
culturelle, qui a charge de décrire, d'exposer, d'éclaircir, de constituer
un matériel de faits avec un souci pratique (l'homme étant envisagé
comme marchand, comme savant, comme lettré), en vue de guider
la psychotechnique, cette seconde branche ayant tâche formatrice
pour ce qui doit être.
Le psychotechnicien chargé d'assurer la prophylaxie des accidents
du travail a besoin de tout un matériel sur les accidents dans le
monde, leurs conditions, leurs rapports avec toute une série de
données biologiques et sociales, et c'est ce matériel que réunira la
psychologie culturelle, les problèmes pratiques conduisant à une
connaissance de l'homme réel, dont la nécessité influence fortement
aujourd'hui la psychologie théorique. H. P.
14. — H. PIÉRON. — Etude psychologique du comportement.
Curso de Psicologia Aplicada en el Instituto de Orientacion y
Seleccion Profesional de Madrid [Cours de Psychologie Appliquée à
V — Institut R. de F. d'organisation pr., novembre et de 1929, sélection p. 3-9. professionnelles de Madrid.)
La Section Psychotechnique de l'Institut d'Orientation et Sélec
tion professionnelles de Madrid a organisé un cours de Psychologie
appliquée, qui s'est ouvert le 25 novembre. Le numéro de novembre
de la Revista de Formacion Profesional publie le résumé des six con- THEORIES ET CONCEPTIONS GENERALES 217
férences du professeur H. Piéron, précédé de l'exposition du but de
ce cours pat M. Madariaga.
La psychologie appliquée, étant étroitement liée à la vie du tra
vail et à l'action sociale, doit être en contact permanent avec la réal
ité. D'où les efforts, si actifs et si multiples, de vulgarisation de
PO. P. en Espagne, efforts dont le cours, où l'on a demandé la colla
boration d'éminents professeurs étrangers, est un exemple.
Conférence I : Etude objective du comportement humain en tant que
science biologique. — Entre la psychologie générale et la psychologie
appliquée, il y a la même relation réciproque qu'entre la science
et la pratique : elles bénéficient l'une de l'autre, la pratique s'établis-
sant sur la science pure et la contrôlant à son tour.
Pour Piéron, la psychologie scientifique n'est ni la science des phé
nomènes de conscience (Fechner, Wundt), ni la science des relations
entre les phénomènes de conscience et les phénomènes nerveux
(Ribot), ni la science des phénomènes réflexes. Elle est essentiell
ement objective, et c'est la science du comportement des organismes.
De son « behaviorisme », Watson a éliminé tout ce qui est en rela
tion avec le 'système nerveux. Piéron l'admet, le système nerveux
pouvant être observé, actuellement, par des moyens directs. La
parole elle-même ne peut qu'être un phénomène objectif.
La psychologie scientifique enfin est objective, car elle permet la
prévision, au moyen de la statistique (par où elle rejoint la sociologie).
Conférence II : Les relations du comportement avec les phénomènes
internes.. — Les processus de perception comme manifestation de
l'adaptation de l'organisme au milieu. — Dans cette conférence,
l'auteur examine le problème de la perception tel qu'il lui apparaît
dans l'état actuel de nos connaissances.
La psychologie classique a considéré la perception comme un com
posé d'images venues de sensations. Mais la sensation ne nous four-
nit pas des images réelles des objets extérieurs, puisque des stimuli
différents peuvent nous fournir la même sensation. D'autre part,
l'objet primitif de notre perception est l'objet vu comme un tout,
non partiellement. La notion de syncrétisme s'impose : de nomb
reuses expériences ont prouvé le caractère global des perceptions
primitives, chez l'enfant et chez l'animal. Et le symbolisme du lan
gage ne fait que traduire le symbolisme de la perception.
Deux lois régissent le jeu de la perception : la loi d'anticipation,
corrigée par la sanction, et la loi d'analogie. Au fond de ces deux lois,
c'est le syncrétisme qui joue, ce syncrétisme qui permet d'expliquer
quelques-uns des phénomènes déconcertants apparus dans les expé
riences de Pawlow, sur les réflexes conditionnés : le même stimulus
a des valeurs différentes dans des complexes différents.
La grande erreur a été de considérer les sensations séparément alors
que ce qui compte ce sont les complexes perceptifs syncrétiques.
Conférence III : Les relations du comportement avec les processus
internes. — Perceptions infra-psychiques; affections, plaisir et' doul
eurs, sentiments. — Pour qu'un organisme puisse vivre, il ne suffit
pas qu'il soit en accord avec le monde extérieur ; il lui est nécessaire
de l'être aussi avec lui-même.
Sherrington a distingué trois systèmes de phénomènes perceptifs : 218 ANALYSES BlBLfÜGRAPHlQOES
1° Système èxtérocéptif (stimuli mécaniques* chimiques et éner
gétiques), qui nous renseigne sur le monde extérieur ;
2° intéroceptif (stimuli mécaniques ou chimiques),
. qui nous renseigne sur le monde intérieur.
3° Système proprioceptif (stimuli des canaux semi-
circulaires et de tout le système cinesthésique) qui nous renseigne
sur l'activité propre de notre organisme.
En général, nous nous occupons peu des phénomènes intéroceptifs,
parce qu'ils ne nous fournissent que des connaissances imprécises
lorsqu'ils nous en fournissent. Nous devons donc distinguer entre
les réactions perceptives* qui sont symboliques* et lés réactions affec
tives, qui sont plus personnelles et moins objectives.
Dans les organismes inférieurs, les réactions affectives sont pré
pondérantes. De même, dans le domaine intéroceptif, c'est l'élément
affectif qui domine.
Dans le champ extëroceptif, les impressions de douleur semblent
faire partie d'un système affectif.
Conférence IV : Réglage du comportement. - — La Tendance. —
d' — La libération affective ; L'Intérêt et les processus 'attention.
l'émotion. — Les influences sociales. — L'Attention, notion récente,
a été niée par plusieurs psychologues. Parmi ceux qui l'ont acceptée,
les uns en ont fait un processus de focalisation, assimilant lé champ
de la conscience au champ Visuel (Wundt), les autres la font Consister
en une élévation du niveau de la conscience, avec la vivacité comme
caractéristique (Ebbinghaus, Titçhener).
Mac Dougall apporte une nouvelle notion : la tendance, née de
l'intérêt. L'attention devient alors l'expression de l'affectivité, Et
elle se caractérise par :
1° La prédominance d'une forme d'activité et l'élimination des
formes d'activité concurrentes.
2° L'élévation du niveau général de cette activité.
L'attention représente l'Unification de la conduite,
Quant aux émotions i Piéron croit que ce sont lès manifestations
extrêmes de l'affectivité. Dans les phénomènes affectifs* sous l'i
nfluence de l'intérêt, il y a une libération d'énergie. Dans l'émotion,
cette libération ne se fait pas seulement par les voies habituelles,
mais elle s'étend à tout l'organisme, produisant une véritable per
turbation.
L'affectivité se présente donc sous deux formes :
1° Sous un aspect utile : celui de l'intérêt.
2° un nuisible et dangereux : celui de l'émotion.
Conférence V : L'Elaboration du comportement et le rôle de l'expé
rience. — La Mémoire et la condensation des souvenirs. — L'Organis
ation sociale du Symbolisme^ — Le langage et la pensée logique. — Le
comportement est soumis à un processus d'élaboration* qui l'amène
à se perfectionner en fonction de notre expérience. Il y a une expérience
individuelle, mais il y a aussi une expérience sociale que nous acqué
rons par le langage ; les transmissions héréditaires comptent peu, c'est
l'expérience sociale qui importe : d'où le rôle immense de la mé
moire.
t)âns la fixation des souvenirs, qu'il ne faut pas confondre avec THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 219
la mémoire immédiate (capacité d'appréhension perceptive), l'inté
rêt à son tour joue un grand rôle.
Les processus de fixation ont donné lieu à de nombreuses investi
gations parmi lesquelles Piéron rappelle la loi de Foucault, la loi
de Jost, la loi d'accroissement, etc.
Piéron a distingué deux espèces de fixations : les fixations de per
ceptions concrètes (individuelles) ■, et les de symboles (mé
moire abstraite, mémoire verbale). Le langage tend à substituer les
souvenirs abstraits aux souvenirs concrets, et la société invente encore
de nouveaux symboles permettant une simplification de plus en plus
grande. D'où Une économie considérable réalisée au cours des générat
ions. La science est par excellence une économie d'expérience. La
pensée scientifique n'est qu'une représentation anticipée de l'expé
rience.
Conférence VI : Les formes élaborées du comportement et V efficience
bio-sociale. — Les Aptitudes. — V Intelligence. — L'utilisation ment
ale de l'expérience, les conditions mentales de cette expérience et les
conditions complémentaires susceptibles de différencier les individus,
telles sont les capacités que Piéron appelle aptitudes;
Ces aptitudes, nous devons les considérer comme des complexes
qui peuvent être assez variables et assez délicats, mais qui nous
intéressent en tant que nous pouvons prédire leur succès» Et nous ne
devons pas oublier en elles l'élément affectif, l'élément intérêt.
Mais il y a aussi quelque chose de plus : l'intelligence,
Jusqu'ici les psychologues ont pris quatre positions différentes en
face de l'intelligence ;
1° L'intelligence, identifiée avec le niveau mental. Point de Vue qui
a eu des résultats intéressants tels que la détermination de l'âge
mental (Binet) et l'établissement du quotient intellectuel (Stern),
mais qui conduit à de graves erreurs ;
2° Théorie de Spearman : l'intelligence facteur commun à toutes
les aptitudes. Mais le facteur commun est-il une unité ou tin ensemble
(Thorndike, etc.) ?
3° L'intelligence comme fonction. Doctrine abandonnée aujourd
'hui.
4° comme aptitude particulière. L'intelligence est ,
l'aptitude de s'adapter aux nouvelles circonstances et à la solution
des nouveaux problèmes que la vie nous présente. C'est la position
acceptée par Piéron. Elle oppose l'automatisme à la capacité d'adapt
ation, à l'intelligence. Et cette aptitude n'est pas une, mais comp
lexe. Il y a des intelligences.
Pour chaque catégorie de problèmes, il est intéressant de se rendre
compte de la manière dont le sujet les résout. On peut distinguer trois
attitudes :
a) l'attitude de compréhension ;
b)d'invention ;
c)de critique.
C'est la proportion de ces trois attitudes qui détermine les diverses
sortes d'intelligence. L. B.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.