Théories et Conceptions Générales - compte-rendu ; n°1 ; vol.32, pg 214-236

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L'année psychologique - Année 1931 - Volume 32 - Numéro 1 - Pages 214-236
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1931
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2° Théories et Conceptions Générales
In: L'année psychologique. 1931 vol. 32. pp. 214-236.
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2° Théories et Conceptions Générales. In: L'année psychologique. 1931 vol. 32. pp. 214-236.
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ïogiies, non exclusivement psychologique (où l'on trouve des expres
sions géométriques — comme angle d'incidence et angle de réflexion — ,
anatomiqués, pathologiques, etc.). Bien des termes tirés du grec
n'ont guère besoin de traduction, bien qu'en langue allemande il y
ait tendance à chercher des termes exclusivement germaniques ; et
parfois même ce sont dés termes français qu'on rencontre (le « voyeur»
garde ce nom aussi bien en anglais qu'en allemand).
L'utile effort d'Hamilton gagnerait à être repris, complété, étendu
aux autres principales langues. H. P.
2° Théories et conceptions générales x
6: — H. BERGSON. — Lea deux Sources de la Morale et de la Reli
gion. — In-8 de 346 pages. Paris, Alcan, 1932. Prix : 25 francs.
La philosophie bergsonienne s'achève. Partie de la psychologie,
elle est remontée aux sources de la vie avec l'Évolution Créatrice, a
jeté un regard sur le système physique du monde, à propos de la
relativité ; elle accompagne maintenant l'évolution sociale pour
s'épanouir en un élan mystique vers une vie meilleure.
Des deux sources envisagées de la morale et de la religion, l'une
est une vis a tergo, et dépend de la poussée montante de l'élan vital,
l'autre est en quelque sorte un appel de la force supérieure qui don-
nefait son sens à l'élan, poussant parce qu'il est lui-même attiré ;
la compréhension mystique de cet appel serait seule capable, pour
B., d'engendrer un humanitarisme pacifique véritable, la poussée de
l'élan vital ne pouvant créer que des solidarités partielles pour une
lutte contre d'autres groupements, et restant irréductible à une sol
idarité générale en l'absence d'oppositions et de combats.
Certes on peut espérer qu'en l'absence même de toute mystique
l'humanisme pourra naître, mais il est certain que la force de la
mystique est autre que celle des leviers affectifs intellectualisés, et
l'œuvre accomplie en U. R. S. S. en est un bel exemple, sur lequel
B. n'est certes pas sans avoir médité.
Car, dans les interprétations hardies qui transcendent la réalité,
on sent palpiter et vivre cette réalité que s'assimile le génie de B.
Certes dans l'admirable œuvre d'art qu'est un tel livre on ne voit
pas d'échafaudages ; les citations et notes sont bien rares, mais,
cachés à nos yeux par une élaboration qui ne nous en laisse deviner
que les structures très générales, que de matériaux il a fallu pour
permettre une telle édification, et quelle connaissance dé tous les
travaux sociologiques elle implique.
Sur le terrain positif de la conception des sources sociales de l'obl
igation morale et du dogme religieux, l'interprétation bergsonienne
est singulièrement forte et apparaît comme éminemment sédui
sante.
L'obligation morale se présente comme une manifestation de l'élan
vital, équivalente de l'instinct, dans le domaine des relations sociales,
1. Voir aussi les n0B 23, 81, 211, 249. THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 215
et s'imposant à l'intelligence qui, donnant la primauté aux satisfac
tions égoïstes est, dans son jeu libre,, un dissolvant du groupe social.
Quant à la religion, elle représente une forme de fabulation grâce
à laquelle l'élan vital camoufle Finélu-ctabilité de la mort à l'intell
igence qui, en face de cette donnée reconnue, risque de dissoudre la
vie même. « La religion, dit B., est une réaction défensive de la na
ture contre le pouvoir dissolvant de l'intelligence », et « contre la
représentation, par l'intelligence.» de l'inévitabilité de la mort » ; elle
intervient encore comme un encouragement dans les efforts parti
culiers, pour faire espérer le succès, comportant des « réactions- dé
fensives de la nature contre la représentation t par l'intelligence,
d'une marge décourageante d'imprévu entre l'initiative prise et
l'effet souhaité ». '
II est dangereux de voir trop clair, pour la vie, il est utile d'être
abusé, et cette constatation — pessimiste s'il n'y avait l'autre point
de vue, la mystique de l'appel vital — s'oppose à la notion, défendue
par Lévy-Bruhl, d'une mentalité primitive différente de la nôtre. :
il n'y a entre ces deux mentalités que des nuances,, et des degrés
différents dans lapart respective de la fabulation et de la clairvoyance
intellectuelle.
Reprenant les données de Lévy-Bruhl, celles d'Hubert et de Mauss
sur la magie, celles de Durkheim sur le totémisme, B. esquisse une
sociologie en accord avec l'ensemble de sa philosophie.
Il est inutile d'insister davantage sur une œuvre que personne ne
peut s'abstenir de lire et de méditer, et où l'on trouvera de si belles
pages, le style soutenant, sans défaillance, l'envol de la pensée.
H. P.
7. - LÉON BRUNSCHVICG. - De la Connaissaiiee de Soi. -
In-8 de 197 pages. Paris, Alcan, 1931. Prix : 25 francs.
Les dix chapitres de cet important ouvrage philosophique repré
sentent une série égale de leçons relativement indépendantes faites
par l'auteur en 1929-30, et dont la liste montre quel en peut être le
haut intérêt : Psychologie et Biologie ; L'Komo faber ; l'Homo reli-
giosus ; la magie ; le langage ; l'animal politique ; l'Homo artifex ;
l'Homo sapiens ; l'agent moral ; et l'être spirituel.
L'idée fondamentale qui inspire la philosophie idéaliste de B.,
c'est que, ce qui caractérise l'humanité, c'est la lutte contre la nature
et contre la tradition, pour la constitution d' « une destinée spirituelle,
au rebours de la fatalité qui est le caractère du rythme biologique ».
C'est un élan pour échapper au déterminisme biologique, qui apparaît
à la base.
On lira avec un intérêt tout particulier le premier chapitre, où l'au
teur montre qu'il a su briser avec les concepts conventionnels de la
psychologie classique, et poser sur le terrain objectif les données
fondamentales de cette connaissance de soi, qu'il n'accepte pas tou
tefois de laisser emprisonner.
Nous ne pouvons résister au plaisir de citer au moins une page
tirée de cette première leçon :
« Par delà les paroles qui les voilent autant qu'elles les expriment,
les actes seuls comptent, car seuls ils nous jugent : vérité de sens 216 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
commun à quoi s'est attachée la « psychologie de comportement »
pour la développer systématiquement.
... L'appel à la conscience en général, considérée comme faculté,
ne résout de lui-même aucun problème particulier ; il donne seulement
un semblant d'explication par un recours aux façons de parler sco-
lastiques qui se sont si fâcheusement perpétuées dans le vocabulaire
de la psychologie contemporaine. Autant le principe de la psychologie
de comportement est justifié, autant la déclaration de principe de
viendrait dangereuse si on allait juger de l'étendue de la
normale par les limites du domaine où, aujourd'hui, on peut d'une
manière, sinon tout à fait rigoureuse, du moins suffisamment précise,
appliquer les méthodes d'objectivité, si l'on aboutissait ainsi à une
détermination dogmatique de la nature humaine que l'on réduirait
à ses réactions élémentaires. Nous pensons avec tout le corps sans
doute, et non avec le cerveau seul ; mais cela ne saurait signifier que
le cerveau n'est pas l'organe le plus élaboré, celui qui marque le
mieux le niveau de notre évolution ».
Les réflexions judicieuses de cette belle page ne sont qu'un exemple
du profit que l'on tirera de la lecture de ce livre où s'exprime une
pensée souvent subtile, mais toujours riche et suggestive. H. P.
8. — A. LALANDÏÎ. — Les illusions évolutionnistes. — In-8 de
464 pages. Paris, Alcan, 1930. Prix : 50 francs.
On doit signaler cette réédition, revue et condensée, de l'impor
tante thèse soutenue en 1899 par L., sur la Dissolution opposée à
l'Evolution, le terme d' « involution » ayant été aujourd'hui substitué
à celui de dissolution, pour représenter la transformation du divers
au même, la marche vers une ressemblance plus grande, avec une
idée d'assouplissement et d'affranchissement vis-à-vis de, l'unité
organique.
Un des domaines dans lesquels l'effort de l'auteur s'est particuli
èrement déployé est, en effet, le domaine psychologique : Dans la
troisième partie du livre, L. montre que l'activité de l'esprit, assi-
milatrice, est essentiellement involutive, et il se rencontre sur ce
point avec les résultats des elaborations épistémologiques d'E.
Meyerson, retraçant une marche vers l'identité de l'esprit humain.
H. P.
9. - RYO KURODA. — Stereopsychology : Its Scope and Method
{Stéréopsychologie: But et Méthode.) — ActaPsychologicaKeijo.I, 2,
1931, p. 69-82.
Sous ce titre, l'auteur envisage une psychologie en profondeur, la
compréhension représentant une pénétration dans la profondeur de
l'expérience, indépendamment d'ailleurs de la conscience, avec des
données sur le mécanisme physiologique formant substrat. Cette
psychologie qui envisage l'unité de l'organisme, comme la Gestaltl'a fait en Occident, se trouve toute naturelle du point
de vue de la pensée orientale. H. P.
10. — G. S, MYERS. — On the nature oî Mind {Sur la nature de
l'Esprit). — Nature, 1931, N° 3235, p. 744-747.
Dans ce "discours présidentiel de la section de Psychologie au THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 217
Congrès du Centenaire de l'Association britannique pour l'avance
ment des Sciences, M. rappelle d'abord l'histoire de la création d'une
section indépendante consacrée à la science psychologique : La
Physiologie se sépara delà Biologie en 1893, et en 1913, la Psychologie
forma une sous-section rattachée à la Physiologie, puis devint section
autonome en 1920.
Il envisage ensuite les problèmes généraux de la psychologie ;
l'application des méthodes de mesure, qui ne peuvent concerner que
le comportement, doit être complétée par le point de vue de l'activité
personnelle consciente.
Pour l'auteur, le but fondamental de la conscience est de rendre le
moi capable de sauvegarder l'organisme par une direction convenable,
en constituant des fins et valeurs, et en leur assurant satisfaction.
Si, à l'heure actuelle on ne voit pas de pont entre l'activité méca
nique et l'activité créatrice, dirigeante, on peut envisager les deux
formes comme essentielles à la vie ; l'activité mentale n'est autre
chose que la quintessence de l'activité directrice qui apparaît déjà
aux niveaux inférieurs de la vie. Et les activités conscientes supé
rieures constituent une forme suprême d'organisation des activités
vitales directives.
L'acte conscient, au niveau mental le plus élevé, constitue le moi
créateur, contemplatif ; l'activité corticale inférieure fournit des
« présentations », et thalamique primordiale des affects
(feelings). H. P.
11. - RENÉ LE SENNE. - Le Devoir. — In-8 de 604 pages.
Paris, Alcan, 1930. Prix : 70 francs.
Ce gros et important ouvrage doit être signalé car il ne se limite pas
à un domaine moral étroit, mais, intégrant le problème moral dans
les problèmes philosophiques généraux, il comporte une importante
partie de philosophie mentale.
D'après Le Senne, renouvelant une idée déjà plusieurs fois expri
mée, la conscience, et de façon générale toute fonction psychologique
naît de l'échec ; la souffrance met fin à l'automatisme ; l'acte intellec
tuel résulte d'une réflexion sur l'échec ; et c'est l'échec qui est à la
base de toute la vie morale.
La notion de contradiction, son analyse, à propos de démarches
de la pensée qui relèvent de la logique et de l'épistémologie, est une
pièce maîtresse, dans ce travail sur le devoir.
On trouve dans cette première partie d'intéressantes considérations
sur Péthologie, la science des caractères. C'est la douleur qui conduit
à la renonciation, au déterminisme : « Nous sommes tous trop vul
nérables, dit Le S., pour nous réduire à notre comportement ; et quand
la douleur conduit l'homme à se renoncer dans le déterminisme
absolu, c'est d'abord qu'il s'est retrouvé en elle ».
Le livre, rempli de suggestions originales, au cours des méandres
d'une pensée qui ne s'écarte jamais beaucoup de sa ligne, s'achève
en conseils d'éducation.
Publié avant l'ouvrage de Bergson où se trouve exposée sa morale,
Le Devoir exprime certaines idées qui appartiennent au grand cou
rant du bergsonisme, tout en revêtant une forme intellectualisée 218 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
qui les figent et leur enlèvent toute souplesse, perdant beaucoup à
la confrontation avec la publication prestigieuse du maître.
« Le transformisme, au cours duquel les lois éternelles de la vie
engendrent les formes successives, dit encore L. 8., a un dedans,
comme il y a la conscience d'un artiste au-dedans des œuvres, que
l'art déploiera dans l'espace. Ce dedans est la vie morale, par lequel
le moi décide de céder à la contradiction ou de la vaincre. S'il n'y
avait que l'accident pour interrompre l'automatisme physique et
biologique, ou plutôt si rien ne s'y ajoutait, les vivants périraient,
et ils périssent, à moins que la moralité, intervenant pour faire ce
que la sélection naturelle ne pourrait faire seule, crée une variation
utile. La vie n'est pas faite par la matière qu'elle dépasse, elle l'est
par la conscience qui la déborde ».
La tendance paraît trop rationnelle pour un mystique, trop mys
tique pour un rationaliste. H. P.
12. — C. G. JUNG. — Essais de Psychologie analytique (Traduction
Yves le lay). — In-16 de 200 pages. Paris, Stock, 1931.
Les essais de Jung, réunis en ce petit volume, préfacé par Edmond
Jaloux, comprennent des articles et conférences sur les différents
âges de l'homme, sur l'homme moderne, sur le « conditionnement
terrestre de l'âme », sur les relations de la poésie et de la psychanal
yse (que Jung, pour marquer son indépendance, appelle psychologie
analytique;, sur le mariage, et enfin sur la femme en Europe. Dans
le premier chapitre, J. distingue dans les phases de la vie le premier
et le dernier quarts, l'enfance et la vieillesse, qui plongent dans l'i
nconscient, et qui n'ont pas de problèmes, la conscience de ceux-ci
restant limitée à une moitié centrale de la vie; et il console le lecteur
qui a pu ne pas très bien le comprendre, en lui disant que lui-même
est loin d'avoir tout compris.
1' « Dans oiseau le second de proie essai, aryen J. se qu'une montre insatiable sévère pour soif l'Européen de butin moderne, pousse à
travers tous les pays qui ne sont pas à lui », atteint de la folie des
grandeurs, envoyant des missionnaires qui, en supprimant la poly
gamie en Afrique, ont suscité de véritables catastrophes physiques
et morales.
« Tel est l'Européen par delà le nuage brumeux de sa morale.
Rien d'étonnant que les fouilles faites dans notre âme aient d'abord
l'apparence d'une entreprise de canalisation d'égouts. Seul, un grand
idéaliste comme Freud pouvait consacrer à ce travail malpropre
l'activité de toute une vie ». J. n'oublie pas, cette fois encore, au bout
d'une longue diatribe, de consoler le lecteur : « mon œil psychique,
conclut-il, n'est qu'un petit miroir reflétant un minuscule coin du
monde et mes idées ne sont, en somme, qu'une confusion subjective. »
La troisième .étude paraît d'inspiration bien mystique et quasi
barrésienne : L'inconscient nous enchaînerait à la terre, et le manque
de racines chez les transplantés entraînerait une rupture funeste. Les
Américains, à ses yeux, ont été conquis par l'âme inconsciente des
autochtones, ils nous présentent, dit-il « l'étrange figure d'un Euro
péen aux manières du nègre et à l'âme de l'indien ». S'ils ont conservé,
avec le puritanisme, le niveau européen, ils n'ont pu empêcher THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 219
cependant « que les âmes de leurs ennemis indiens ne devinssent les
leurs ». Ce sont peut-être de bien belles considérations philosophiques,
mais qui manquent un peu de positivité !
En ce qui concerne l'art, J. émet cette idée, plus intéressante, qu'il
recherche à chaque époque ce qui est le plus nécessaire à l'atmosphère
spirituelle, ce qui fait le plus défaut.
« Se détournant du mécontentement présent, l'aspiration de l'ar
tiste se retire jusqu'à ce qu'elle atteigne, dans son inconscient,
l'image primitive qui pourra compenser le plus efficacement l'imper
fection et la partialité de l'esprit du moment », et modèle cette image
de manière à la rendre tout de même acceptable par les contempor
ains.
Si cela peut rendre compte de quelques grands mouvements de
l'art, est-ce que toute forme d'art peut se ramener à la théorie ?
Enfin, en ce qui concerne la situation de la femme, J. paraît
renoncer un instant à son pessimisme ; il voit derrière le desserrement
de la cohésion du mariage par la femme, l'effet « d'une volonté de vie
de l'ensemble des humains qui la dépasse de beaucoup et se sert d'elle,
femme seule, comme instrument », de la femme qui « a pris con
science de cette réalité indubitable qu'elle n'atteint ce qu'il y a de
plus élevé et de meilleur en elle que dans l'état d'amour », et « l'Eros
unit là où le Logos sépare et clarifie ».
« La femme d'aujourd'hui, conclut J., a, devant elle, une énorme
tâche culturelle qui marque peut-être l'aube d'une ère nouvelle ».
H. P.
13. - RENÉ ALLENDY. - La Justice intérieure. - In-16 de
270 pages. Paris, éditions Denoël et Steele, 1931.
L'auteur avait précédemment envisagé le problème de la destinée,
« fatalité intérieure » ; il s'adresse cette fois à la justice intérieure,
aspect plus profond de cette destinée, entité qui représenterait une
sorte de mécanisme de l'inconscient révélé par les explorations psy
chanalytiques, et relevant de l'instinct.
Mais il s'adresse d'abord aux explications conscientes, aux justif
ications du comportement, des institutions, des croyances et des
doctrines, avant de pénétrer dans le domaine qui lui est cher.
Les instincts sociaux qui visent à l'uniformité des individus et se
trouvent en conflit avec la sexualité, ont suscité une représentation
imaginaire de la punition par talion, identifiant agresseur et vic
time, d'où le développement du masochisme et de l'autopunition,
dont le mécanisme apparaît exagéré dans la pathologie.
Les exemples freudiens, avec le complexe de castration, se pré
sentent en foule-
D'après l'auteur « le masochisme de culpabilité peut aboutir, plus
loin encore que les symptômes purement fonctionnels de l'hystérie,
à des maladies vraiment organiques, comme si l'inconscient avait la
propriété de modifier profondément l'organisme et d'y créer des
lésions ».
L'ouvrage s'achève par des considérations générales qui envi
sagent la réalisation de la justice immanente par le mécanisme
instinctif de l'autopunition ; « Le coupable se trouve plus ou moins 220 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
consciemment obsédé par l'image d'un talion, produit de ses instincts
sociaux et finit par la réaliser. Naturellement, cette correspondance
adéquate de la punition n'est telle que par rapport à l'affectivité
du sujet, donc selon un déterminisme tout subjectif », mais néan
moins efficace. H. P..
14. - J. VON UEXKULL. - Die Rolle des Subjekts in der Biologie
(Le rôle du sujet en Biologie). — Naturwissenschaften, XIX, 19,
1931, p. 385-391.
Les dynamismes, dans lesquels les forces en mouvement impriment
une forme à la matière doivent être distingués des mécanismes ;
d'autre part, à côté du principe de causalité, il faut faire appel à la
« Planmässigkeit », ou liaison des parties avec le tout.
Ce qui caractérise les sujets, à la différences des machines, c'est,
avec leur dynamisme actif et leur plan constitutif, le fait qu'ils diff
érencient leurs propres parties des corps étrangers.
Dans les modalités d'action, on doit distinguer quatre catégories,
les actions mécaniques, d'objet à objet, les excitations (Reiz) d'objet
à sujet, les impulsions (Impuis), de sujet à objet, et les inductions (de
sujet à sujet). D'une cellule à une autre l'action est inductive.
Chaque sujet (et toute est un sujet) a une modalité propre de
réponse, un « ton » propre, ou « Ichton ». C'est ainsi qu'une cellule
corticale occipitale peut donner un « Ichton » bleu ou rouge. Le pro
cessus général de réponse est 1' « apercevoir» (Merken), et les « Ichtons»
sont des symboles, des « Merkzeichen » correspondant à des carac
tères, à des « Merkmalen. » des objets extérieurs.
L'activité est un jeu de demande — réponse entre apercevoir et
agir (merken et wirken). Et la production d'une action est un
« Wirkmal », un caractère actif (sorte de schéma spécifique effecteur) ;
le schéma d'action consiste en ce que le « Wirkmal » éteint, fait dis
paraître, le « Merkmal », s'il est correct, s'il est bien exécuté par le jeu
convenable de l'innervation neuro-musculaire, ce qui est conditionné
par le plan consti tutif .
Dans le cerveau, il y a une partie sensorielle, organe d'aperception,
le « Merkorgan », et une partie motrice, organe d'action, le « Wirkor-
gan ». A chaque « Merkplan » correspond un « Wirkplan » déterminé.
Cette considération du sujet, introduit comme partie intégrante
du « Bauplan » organique, différencie la biologie de la physiologie,
mais la biologie s'insère dans la science de la nature en ce que le
sujet est un nouveau l'acteur de la nature (Naturfaktor).
On ne doit pas considérer le « Bauplan » des animaux comme
constitué uniquement par des réflexes, mais par des circuits fonc
tionnels globaux, des« planvollen Funktionskreisen » dont le schéma
oppose le monde du percevoir et de l'agir (Merkwelt et Wirkwelt)
réunis par des connexions entre les organes (Merkorgan et Wirkor-
gan) d'un côté, séparés par le monde extérieur, par l'objet de l'autre,
qui apparaît comme support du caractère perceptif d'un côté
(Merkmalträger) agissant sur le récepteur du sujet, et du caractère
actif (Wirkmalträger) de l'autre, recevant l'action de l'effecteur du
sujet.
Dans l'étude objective du comportement animal où l'on envisage ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 2 2 '1 THÉORIES
les processus comme s'ils étaient tous mécaniques, en laissant de
côté le sujet animal, on néglige les grandes questions de la biologie.
En tenant compte de la diversité des sujets qui entraîne une divers
ité des objets, ou pluralité des mondes, qui ne sont que des Merkmalt
räger et des Wirkmalträger, bien différents pour la libellule et pour
l'homme, notre conception de l'univers doit être singulièrement
modifiée.
Ainsi, l'auteur s'élève des considérations méthodologiques de sa
biologie vitaliste à une métaphysique générale, montrant toujours
dans ses intéressants efforts de pensée un goût très vif pour le renou
vellement du vocabulaire. H. P.
15. — J. A. LŒSER. — Die psychologische Autonomie der orga
nischen Händeins (L'autonomie psychologique de l'activité
nique). — In-8° de 146 pages. Berlin, Gebr. Bornträger, 1931. Prix :
16 R. M.
Première partie d'un ouvrage sur la psychologie de 1' « Emotionnel »
(en rangeant sous ce terme tout ce qu'on désigne comme affect, sensa
tion, tendance, sentiment, etc.), où l'auteur, sous une forme assez
abstraite et bien théorique, s'efforce de montrer que la notion d'ins
tinct est inadéquate et inutile, et qu'il faut y substituer à l'automat
isme, ou mécanisme impliqué par cette notion, avec ses systèmes
héréditaires et préformés d'action, le principe de la liberté et de l'a
utonomie, qui s'imposerait logiquement, du fait qu'une infinité de
facteurs interviennent dans la détermination de tout acte, qu'il n'y
a jamais d'identité complète dans les ensembles de conditions et dans
les actes, qu'une même situation ne se représente pas deux fois',
et qu'une action ne se répète jamais identiquement.
Cette substitution de la notion nouvelle à celle de l'instinct est
tentée dans le domaine de ce que L. appelle les réactions sensorielles
libres aux stimulations simples, qui constitueraient une très grande
partie des activités animales. Et, de fait, dans cette catégorie se
rangent, tout d'abord, sous la rubrique des tendances de conservat
ion personnelle (Selbsterhaltungsantriebe) les activités destinées à
éviter la douleur, activités de fuite, passées rapidement en revue,
activités protectrices, en y comprenant tout ce qui concerne l'habi
tation, la construction des nids, etc., activités d'attaque, puis les dirigées par le besoin de nourriture, la recherche et la
la préhension des proies ; sous la rubrique des tendances reproduct
rices, les activités d'origine sexuelle et génitale, enfin, les activités
dépendant des tendances sociales, et celles dépendant des tendances
migratoires (en y comprenant les problèmes du vol chez les oiseaux,
de l'orientation, etc).
L. constate des similitudes de comportement qu'il attribue aux
similitudes des conditions de l'activité qui naît librement sans méca
nisme préformé. Le concept d'instinct qu'il repousse est uniquement
celui du système congénital d'activité, et il donne une place emi
nente aux" dispositions, et tendances, souvent aussi désignées sous le
même nom d'instinct, aux « Antriebe » dans son esquisse plus phi
losophique que biologique, et assez étroitement rattachée au vita-
lisme de Driesch. H. P. 222 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
16. - F. J. J. BUYTENDIJK. - Le cerveau et l'intelligence. - J.
de Ps., XXVIII, 1931, p. 345-371.
On ne peut conserver la théorie réflexe du fonctionnement du sys
tème nerveux, selon laquelle toute conduite dé l'homme, comme tout
comportement de l'animal, serait entièrement déterminée par la dis
position innée et le milieu, et qui a pour conséquence la doctrine de la
conscience épiphénomène. Les comportements des animaux inférieurs
même unicellulaires, sont des actes véritables, adaptés à l'ensemble
de la situation, et ne peuvent s'expliquer par la collaboration de
réflexes isolés. La relation entre le cerveau et l'intelligence n'est qu'un
cas particulier du fonctionnement du système nerveux entier. Le
développement des fonctions du système nerveux dans l'embryon
prouve que ce sont les mouvements totaux qui sont primaires et les
réflexes isolés qui sont secondaires. L'intelligence est la faculté du
système nerveux de produire des actions spontanées d'une configu
ration différenciée. On ne peut accepter le principe d'une séparation
entre les processus sensoriels et les fonctions motrices. Les mouve
ments et les sensations sont reliés par un processus de causalité cir
culaire. Des expériences sur des rats blancs chez lesquels on a détruit
une partie plus ou moins étendue de Pécorce cérébrale montrent que
les différences entre les sujets normaux et les sujets opérés sont les
mêmes qu'entre animaux à intelligence élevée et animaux à intell
igence inférieure. Le domaine sensitivo-moteur, la sphère des fonc
tions sensorielles et motrices, a les mêmes lois et les mêmes attributs
que la pensée, l'intelligence mentale. Les actions des animaux dé
pendent d'une activité centrale, dont les parties se trouvent en rela
tions mutuelles. Les perceptions sont des processus actifs et sont
caractérisées par des mouvements virtuels. L'intelligence est le fon
ctionnement fondamental du système nerveux, surtout des parties
qui ont conservé la fonction primitive. Chez les vertébrés, cette partie
est le cerveau, qui est, tout entier, le siège de, l'intelligence. Même
pour comprendre les actions les plus simples et inconscientes, on est
obligé d'accepter des jugements, des catégories sensitivo-motrices.
Il y a, cependant, une différence entre l'intelligence mentale et l'i
ntelligence sensori- motrice. Si les lois, la structure, l'ordre des fon
ctionnements de toutes les parties du système nerveux sont identiques,
le contenu est différent. Tandis que l'animal ne possède que les repré
sentations et les mouvements nécessaires à la vie, l'homme s'interroge
et réfléchit sur le monde. Mais son intelligence, principe d'organisation
du monde, reste mystérieusement liée à son cerveau, attribut cor
porel de son esprit. G. -H. L.
17. — F. DE VEYGA. — La Inteligencia y la Vida \V Intelligence
et la Vie). — In-8° de 403 pages. Buenos- Aires, Rosso, 1931.
Dans ce gros ouvrage, l'auteur, professeur honoraire à la Faculté
de Médecine de Buenos-Aires, philosophe et psychiatre, s'efforce de
montrer que l'intelligence représente un des aspects fondamentaux
de la vie, qu'il n'y a pas de vie sans intelligence, et que, par tous ses
caractères, n'apparaît que comme une manifestation
de la vie.

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