Théories et conceptions générales. - compte-rendu ; n°1 ; vol.36, pg 175-197

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L'année psychologique - Année 1935 - Volume 36 - Numéro 1 - Pages 175-197
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1935
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2° Théories et conceptions générales.
In: L'année psychologique. 1935 vol. 36. pp. 175-197.
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2° Théories et conceptions générales. In: L'année psychologique. 1935 vol. 36. pp. 175-197.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1935_num_36_1_30658ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 17$ THÉORIES
religion ; de A. Gehlen : La structure de la Tragédie ; de v. Scheltema :
Le cercle et la structure intellectuelle du monde paysan. F. Wein-
handl étudie l'espace dans la représentation du monde où l'homme
vit et lutte et esquisse une philosophie du paysage ; F. Alverdes
rappelle les oppositions profondes qui, en dépit de toutes les ressem
blances, se révèlent entre les mécanismes et les organismes ; R. Jür
gens montre sur un exemple précis, celui de la disposition aux hémorr
agies et aux thromboses, que cette diathèse comporte toujours un
double aspect mécanique et chimique, que les vaisseaux et le sang,
le plasma et les éléments figurés forment un tout, une unité fonc
tionnelle. P. G.
2° Théories et conceptions générales1
10. — M. PRENANT. — Biologie et Marxisme. — In-16 de 269 pages.
Paris, Éditions sociales internationales, 1935. Prix : 12 francs.
On accuse la philosophie matérialiste dialectique de tyrannie
spirituelle, dit P., on se plaint qu'elle nuise à l'objectivité de la
connaissance. « Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si la science est
jamais objective, ajoute-t-il, ou si au contraire, à une époque donnée,
ses conceptions ne dépendent pas dans une large mesure de la
technique et de la structure sociale, et si, par suite, l'affirmation
de l'indépendance de l'Esprit n'est pas une erreur, hypocrite ou non,
qui masque un état de fait inévitable. »
En ces quelques mots s'esquisse le point de vue sociologique qui
pourrait mettre en danger grave la liberté de la pensée scientifique,
mise au service de l'intérêt social, la science en venant à saper toute
base d'une foi en la science. Mais le problème n'est pas abordé.
« Le but de ce livre, dit en effet P., est de montrer, par l'exemple
de la biologie tout au moins, que le matérialisme dialectique ne
saurait être tyrannique pour la science, parce qu'il est la science
elle-même, prolongée sans rupture, à l'aide de ses méthodes expéri
mentales, mais avec la volonté de ne reculer devant aucune de ses
propres conséquences. »
En réalité, les biologistes dignes de ce nom seraient des marxistes
qui s'ignorent.
L'effort de l'auteur pour montrer l'accord de l'esprit marxiste
avec la science biologique s'attache, après avoir retracé les bases
biologiques du marxisme, à une série de problèmes, traités avec ,
science et talent, ceux de la concurrence, de l'adaptation, de la
matière vivante et des formes, de l'hérédité, de l'évolution, de la
conscience enfin (notions de réflexe, de tropisme, d'instinct, d'intel
ligence, de psychisme humain). S'il démontre qu'il n'y a pas incompat
ibilité entre les résultats principaux de la biologie contemporaine
et l'attitude philosophique marxiste qui, dans ses « extrapolations »,
est obligée de quitter le terrain d'un positivisme prudent pour atteindre
l'absolu des affirmations métaphysiques, je n'ai pas été convaincu
de l'avantage que peut présenter, pour la recherche, une attitude-
de croyance, en dehors de la soumission au critère de l'accord avec
l'expérience. ■ . (
1. V. aussi les n°* 218, 219, 669, 744, 782, 1139. • ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES ' i76
L'extrapolation philosophique peut suivre la recherche scienti
fique, mais, quand elle précède, je la redoute.
Je sais bien qu'il est assez commun que des systèmes de pensée
conduisent des savants à admettre facilement comme faits
établis des données qui se heurtent à des contradictions expériment
ales que l'on néglige, et que ces systèmes, parfois limités, peuvent
être plus dangereux que l'attitude marxiste dont P. donne, en des
textes, d'intéressantes illustrations. C'est un fait regrettable. Je
n'y verrai pas une raison suffisante pour imposer le matérialisme
dialectique préalablement à toute formation scientifique. H. P.
11. — II. WALLON. — Psychologie et technique. — J. de Ts.,
XXXII, 1935, p. 161-182.
Contribution à un ouvrage collectif, A la lumière du marxisme.
A propos de toutes les sciences se pose le problème du rapport
de leur développement à celui de la technique. La psychologie,
science encore jeune, permet de comparer l'état de la science, son
orientation, ses résultats, avant et après son contact avec la tech
nique. La psychologie actuelle juxtapose deux systèmes, dont le
rapprochement prête souvent à des confusions et à des ambiguïtés.
L'un est purement idéologique et résulte d'une longue tradition
répondant aux représentations que l'homme s'est faites de lui-même
à chaque époque de la civilisation ; l'autre cherche à se fonder sur
des observations précises et qui permettent de découvrir entre
les faits des relations mesurables.
Les rapports entre les conceptions inspirées à l'homme de chaque
époque par le besoin de se connaître lui-même et les techniques
propres à cette époque ne sont qu'indirects et se confondent avec
ceux qui doivent exister entre le système général des idées et les
techniques générales de la vie à ce moment-là. On le voit en parti
culier pour Descartes, Leibniz et Kant. L'éclectisme de la psychologie
du xixe siècle est la transposition dans le domaine des spéculations
intellectuelles du libre-échange en économie et du libéralisme en
politique. Une telle psychologie ne se rattache au régime de vie ou
aux techniques de l'époque que par l'intermédiaire des idéologies
régnantes ; ses conceptions ne tirent pas leurs conditions de leur
objet ; elles y trouvent simplement un prétexte.
Le pouvoir de modifier le milieu où il vit n'est pas propre à
l'homme, mais commun à tous les êtres vivants, et il est lié à celui
d'être modifié lui-même par le milieu, y compris les modifications
qu'il lui a fait subir. Même à leur degré élémentaire, ces actions
réciproques ne sont jamais purement mécaniques ; entre l'action
et la réaction s'intercalent toujours l'organisme et. ses virtualités,
auxquelles s'ajoutent pour les espèces supérieures, les possibilités
impliquées par la connaissance intellectuelle. Quand l'organisme a
ajouté, à sa propre organisation les modifications infligées, par
le milieu, les stimulants de ses réactions ne sont plus externes,
mais internes. Il devient le support d'une réaction qui garde plus
ou moins longtemps le pouvoir de se répéter elle-même, sans être
commandée par le milieu. Cette anticipation, qui équivaut en quelque
mesure à une présomption ou à une généralisation, se rencontre ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 177 THÉORIES
à tous les niveaux de la vie mentale, dès les réflexes conditionnels
et la perception. A mesure que se complique l'organisme intercalé
entre une situation extérieure et la réponse à cette situation, l'activité
peut paraître plus ou moins totalement affranchie des contingences
extérieures. L'homme peut sembler ne plus s'intéresser qu'au jeu
de ses fonctions et avoir perdu tout contact avec le réel, bien que
l'histoire des sciences montre souvent une appropriation entre le
thème de ses spéculations et les besoins de la science et de la tech
nique. C'est ainsi qu'il lui arrivera d'anticiper sur eux. Avec les
progrès de la civilisation et la spécialisation, il se produit des antici
pations de certaines activités individuelles sur les autres. Ce qui
importe, c'est l'aimantation commune propre à l'époque. L'anticipa
tion de la découverte scientifique sur les exigences de la technique,
même si elle était constante, ne serait qu'une manifestation de
l'anticipation qui résulte chez l'être vivant de son organisation ;
la découverte scientifique est déterminée par le même ensemble de
circonstances qui rendent utilisable et imminent le progrès technique.
L'activité de l'esprit reçoit ses motifs et ses thèmes du courant de
la réalité, qui comprend les techniques graduellement superposées
à la réalité naturelle.
Les rapports de la psychologie à la technique sont de différents
types. Leur premier contact, origine de la psychologie dite expéri
mentale, n'a eu aucun motif utilitaire. Cette répondait
à un idéal un peu formel de rigueur scientifique ; elle se proposait
d'appliquer à l'étude de la vie psychique les méthodes qui avaient
physiques' et biologiques. Cet automatisme réussi dans les sciences
dans la recherche répondait à certaines conceptions de l'époque,
époque de positivisme un peu plat et d'aplanissement économique.
Mais il s'est trouvé être une anticipation ; les curiosités de
laboratoire de la psychologie expérimentale ont pris une place
de premier plan lorsqu'on a vu dans l'étude psychologique de l'homme
la condition indispensable de son emploi rationnel dans l'industrie.
Ce renversement du rapport entre la psychologie et la technique,
qui constitue le second type de leurs relations, s'est produit vers 1900,
à l'époque où les valeurs intellectuelles ont été subordonnées aux
résultats d'ordre pratique et où s'est développé le pragmatisme,
en même temps que la rivalité des impérialismes engendrée par la
concurrence économique. Le souci de diminuer le coût du rendement
a suscité une technique de rationalisation. Mais les besoins de cette
technique, en tant qu'appliquée non seulement au matériel, mais
à l'ouvrier, ont suscité à leur tour les recherches scientifiques de
la psychotechnique. La méthode appropriée a été imaginée à la
même époque par le psychologue Binet, qui se posait le même
problème d'éviter un gaspillage d'énergie dans le plan non plus
industriel, mais pédagogique. Il s'agissait d'établir une échelle
traduisant d'une façon numérique la diversité qualitative des apti
tudes intellectuelles. La méthode des tests, constamment améliorée
sous l'influence des besoins de la technique, a donné lieu à des
spéculations sur la structure de l'intelligence, encore dans l'enfance,
et qui ne pourront sans doute aboutir qu'en gardant un contact
étroit avec les problèmes techniques.
l'année psychologique, xxxvi 12 178 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Enfin, il semble exister entre la psychologie et la technique
une troisième sorte de rapport, à savoir les modifications que la
technique peut apporter à l'objet de la psychologie, l'homme.
Les notions sur lesquelles sont établies les doctrines courantes,
par exemple celles d'espace et de temps absolus, d'énergie, d'équilibre-
et de mouvement, de vitesse, qui datent d'un contact ancestral avec
la nature, semblent être non nécessaires et primitives, donnée»
avec les choses, mais résulter de l'effort progressif de l'humanité-
pour classer et définir des expériences. Les innovations de la tech
nique, photographie et cinéma, automobile, avion, nous familiarisent
avec une vision des choses dont la variabilité leur enlève plus on
moins de la réalité et de l'ordre immuable que nous leur supposions,
nous imposent des façons de sentir inédites qui entrent en conflit
avec le système traditionnel de nos représentations. G.- H. L.
12, — R. BLANCHE. — La notion du fait psychique (Essai sur
les rapports du physique et du mental). • — • In-8° de 404 pages..
Paris, Alcan, 1935. Prix : 40 francs.
Dans cet ouvrage épistémologique, l'auteur, disciple de Brunsch-
vicg, s'en prend très vivement au réalisme dualiste, pour défendre-
une conception idéaliste rationnelle qui comporte au point de vue-
de la position de la psychologie dans les sciences et les disciplines,
de pensée des conséquences assez révolutionnaires.
Le réalisme psychologique, affirmé par les psychologues d'autref
ois, qui prétendaient établir une science des faits de conscience,
une science du mental comme tel, n'a pas été complètement rejeté-
par ceux qui défendent aujourd'hui l'attitude objectiviste et beha-
vioriste en psychologie, et qui envisagent une étude expérimentale-
des processus intellectuels.
Or, l'hétérogénéité du mental et du physique est complète, sans-
qu'on puisse y voir deux formes de réalité, mais deux attitudes-
incompatibles. « Ou bien, dit B., nous prenons les images à l'état
d'isolement 'où chacune est une réalité indiscutable se posant' par
sa seule présence : la réalité que nous considérons est bien psychique,,
mais notre attitude est la négation même de l'attitude scientifique.
Ou bien, adoptant l'attitude scientifique, nous essaierons d'expliquer
chaque image en la rapportant suivant des lois à d'autres images :
nous constituerons ainsi une science de la nature, mais cette science
sera la physique - les images devenant de simples qualités ou appa
rences des choses, la réalité sera transférée des images aux objets,
ou plutôt même à l'univers. Bref, si le donné, en tant que donné,
est entièrement psychique, toute science du donné est nécessairement
physique. » Dès lors, la psychologie, pour être science, doit prolonger
la biologie, et s'intégrer ainsi dans la physique au sens large. C'est lui' la psychologie de comportement. Mais le mental, comme tel,
échappe.
Jusqu'ici la position de Fauteur me paraît logiquement très
cohérente et très solide.
Mais les conséquences qu'il développe sont éminemment dis
cutables.
Toute étude de la pensée, de la volonté, du sentiment, et même ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 159' THÉORIES
de la cœnesthésie échapperait à la psychologie scientifique qui devrait,
se limiter à l'étude élémentaire des phénomènes sensori-moteurs..
Il n'y aurait plus à envisager qu'une psychologie d' « interpréta
tion », poursuivant la psychologie populaire, en grande partie
intuitive, et finaliste, laissant tomber toute notion de déterminisme
(ce qui paraît douteux en ce qui concerne la psychologie populaire)
dans le domaine intellectuel où règne la liberté.
Dissociation radicale qui ne sera pas facilement admise !
Je ne puis suivre et discuter l'argumentation qui ramène à
la pensée les processus volontaires et affectifs, pour les soustraire-
à la science au même titre qu'elle. La pensée obéirait à une nécessité
logique absolue (comme si les manifestations de la pensée ne mont
raient pas, sur le terrain du déterminisme scientifique, l'élaboratio»
sociale des règles logiques, guidée par les succès des prévisions empir
iques), hétérogène aux nécessités du déterminisme.
« La pensée, dit B., ne peut être traitée à la fois comme vraifr
et comme réelle, comme obéissant à la nécessité logique et à la néces
sité naturelle, se prêtant à être étudiée par le logicien et par
le psychologue. C'est de deux choses l'une ; ou bien le déterminisme
psychologique, et alors la suppression de toute valeur et par consé
quent l'impossibilité entre autres de la logique ; ou bien la légitimité
de la logique, et alors la liberté de l'esprit et par conséquent l'imposs
ibilité d'une physique de l'intelligence. Ou bien donc la logique
est légitime, ou bien la psychologie ; mais entre les deux il faut
choisir. »
Pour ma part je ne me juge pas du tout comme enfermé dans-
ce dilemme. La légitimité de la logique peut être maintenue si on
ne l'envisage pas sur le terrain de l'absolu métaphysique, mais sur ■
celui de la science elle-même, c'est-à-dire du succès expérimental.
Et la psychologie, si elle ne s'enferme pas dans le subjectif et dans
l'auto-intuition, du moment qu'elle dispose des données compatibles ■
avec un examen et une élaboration collective, telles que des .expres
sions mimiques, motrices, verbales, des activités enregistrables, est
en droit et en mesure de rechercher, suivant la méthode générale de
la science, des relations permettant des prévisions, prévisions qui
pourront être démenties dans tel ou tel cas particulier, comme toute? -
prévision scientifique en l'absence d'une connaissance absolument
complète de tous les éléments nécessaires — complète -
qui n'est jamais réalisée en biologie — , mais dont la validité peut
être statistiquement établie, et la valeur pratique appréciée par-
là-même.
Nulle théorie ne peut s'opposer à ce fait que, dans le domaine-
des processus intellectuels ou affectifs, les méthodes scientifiques-
de la psychologie objective ont permis d'établir des relations, d'assu
rer des prévisions.
Dans l'argumentation de l'auteur je me contenterai d'attirer-
l'attention sur le point de départ de la différenciation de ses deux:
psychologies, avec tout ce qu'il comporte de paradoxal, à savoir-
la notion du corps propre, aux confins du monde physique des objets-
et du monde psychique des images.
Mon corps est connu par images visuelles, tactiles, etc., au même ■
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 180
titre qu'un objet quelconque ; mais il est aussi connu d'une façon
■ intime « par des sensations qui me le font sentir comme du dedans »,
sensations privilégiées, telles que les sensations kinesthésiques.
« Sans doute, concède B., il y a une certaine corrélation entre
les deux groupes d'images, de sorte qu'à un changement objectif
de mon corps je pourrai généralement faire correspondre une sensation
intime ou inversement et prendre l'un pour signe de l'autre. Mais
jamais je ne pourrai faire figurer, dans le système des images qui
composent mon corps comme objet, une image interne. Il faudrait
pour cela qu'elle fut reliée par des lois au reste du système, qu'elle fût
intégrée dans le déterminisme universel. Or, c'est précisément ce
qui est impossible. »
Je n'insisterai pas, car l'auteur lui-même reconnaît « ce qu'a
d'insolite ce propos de dédoubler le corps propre ».
Mais on voit où conduit le développement logique de l'attitude
qui ne se contente pas d'opposer l'introspection individuelle, pure
ment subjective, à l'élaboration des données d'une expérience com
mune, mais veut soustraire le domaine accessible à l'introspection,
comme représentant un autre ordre du monde, à toute prétention
de l'investigation scientifique, au moment même où les progrès de
la neuropathologie et de la physiologie hormonale nous apportent
sur le conditionnement de la pensée et de l'affectivité des connais
sances déjà si précises. II. P.
13. — E. G. TOLMAN. — Psychology versus immediate Experience
(La psychologie vis-à-vis de l 'expérience immédiate). — Philosophy
of Science, II, 3, 1935, p. 356-380.
Comme behavioriste, T. précise sa position personnelle.
Les données des sens, en temps que données immédiates, parais
sent relever de la psychologie, la physique recherchant, par derrière
celles-ci, les objets matériels réels.
Mais, d'après les travaux récents sur la perception, en particulier
de Brunswick, conduisent à une distinction, non plus des données
des sens et de leur hypothétique support, mais de deux types d' « inten
tion perceptive », logiquement définissables, d.'un côté celle des
constructions physiques et psychologiques, de l'autre celle de la
« matrice de l'expérience immédiate », d'ordre philosophique.
Dans le cas de la psychologie, la construction logique doit conduire
nécessairement au behaviorisme, qui se représente comme fonction
de la variable dépendante — le comportement — vis-à-vis des
variables indépendantes qui sont le stimulus, l'hérédité, l'apprentis
sage et les déséquilibres physiologiques. Mais la détermination de
la fonction est une tâche actuellement trop difficile, et une étape
intermédiaire est réalisée par appel à une série de variables inter
posées.
Mais le choix de ces variables est différent pour deux types de
behaviorisme, l'un, qualifié de « moléculaire », et qui relève plutôt
de la physiologie, évoquant des termes glandulaires et nerveux,
l'autre, qualifié de « molaire », évoquant une « behavior-readiness »,
qui doit être corrélative avec les variables moléculaires sous-jacentes.
Cette capacité de comportement est divisée par T. qui donne THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 18-1
des exemples de sa pensée dans des données de psychologie comparée,
en « demands » et « cognitions », les premières se subdivisant
en demandes dernières et demandes subordonnées, et les secondes
en « différenciations » (intuitions vers les qualités) et hypothèses
(intuitions vers les relations), toutes étant démontrées et définies
par des expériences objectives, exécutables aussi bien chez des
animaux que chez l'homme. La psychologie ne cherche pas à revivre
l'expérience immédiate, qu'elle abandonne, tout comme le fait la
physique, aux philosophes ou aux poètes. H. P.
14. — G. RE VAULT D'ALLONNES. — Contribution à une psychol
ogie nouvelle. — Scientia, LVIII, 8, 1935, p. 101-108.
L'auteur envisage sa conception du schématisme comme propre
à renouveler la psychologie.
La schématisation psychophysiologique produit des « effets »
aperceptifs (aperceptions en lesquelles une dominante s'incorpore
une ou plusieurs subordonnées, et qui ressemblent assez aux struc
tures de la Gestaltpsychologie), effets mineurs quand dominante
et subordonnée sont de même nature (contraste visuel du clair-obscur
par exemple), effets majeurs où les subordonnées sont d'une autre
nature (effets stéréoscopiques de relief) ; certains effets sont des
illusions (quand un supplément d'enquête ne les confirme pas),
et les hallucinations sont des effets où interviennent des conditions
pathologiques.
Se débarrassant de l'associationnisme, se libérant de la métaphys
ique, la psychologie de l'effet (envisagée ici spécialement pour
ce qui concerne les problèmes du temps) paraît à l'auteur devoir
être pleine d'avenir. H. P.
15. — PIERRE JANET. — L'intelligence avant le langage. —
In-16 de 292 pages. Paris, Flammarion, 1936. Prix : 12 francs.
Voici enfin la deuxième partie du cours sur l'intelligence élément
aire, dont la première avait paru l'an dernier sous le titre Les
Débuts de V intelligence, et consacrée aux premiers actes intellectuels,
tels que J. les envisage, et aux objets qui en naissent (la direction
du mouvement et la route, la position de la grande place du village ,
la production et l'outil, la ressemblance et le portrait).
Les objets examinés au début de cette seconde partie sont
le panier de pommes, la part de gâteau, les tiroirs de l'armoire,
le personnage, le symbole et le signe.
Le « rassemblement », passage de la multiplicité à l'unité, se
cristallise autour de l'acte du panier, rempli et vidé.
Cette conduite se perfectionne dans la division, telle que celle
du gâteau, et le rangement, comme dans les tiroirs de l'armoire.
Arrivant à la notion, déjà abstraite, de l'unité individuelle-,
J. concrétise ses exemples dans le jugement de Salomon, l'individu
étant le terme extrême qui limite une division, et montre comment
se fait le rassemblement des individus dans le groupe.
Il en vient alors aux relations sociales : le langage se prépare-
par les conduites du symbole et du signe continuant elles-mêmes-
les faits d'imitation. *Î82 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
C'est dans le commandement qu'est représentée la phase fonda-
• mentale du langage, et celui-ci reproduit les actes intellectuels pré
alablement décrits, avec transposition verbale des objets, direction,
^portrait, outil, etc. Le langage apparaît comme l'ensemble des
•conduites intellectuelles, créateur d'un objet propre, le mot, l'objet
ïe plus commode et le plus pratique de tous. '
Dans les deux dernières parties, J. examine les débuts du temps,
^groupant sous cette rubrique la question de la mémoire, celle de
l'image mentale, l'écriture et la lecture, puis la division du temps en
périodes, et l'évolution de l'intelligence élémentaire (les débuts du
nombre, le développement du langage) ; il conclut en situant cette
intelligence élémentaire, montrant en particulier que tout progrès
d'intelligence apparaît comme progrès de puissance, conquête d'effi-
■ xience.
On trouvera, dans ce livre, comme dans le précédent, sous une
forme imagée, avec une richesse étonnante d'expression dans la
i ligne générale d'une pensée toujours soucieuse de concret et de
s pratique, quantité de remarques intéressantes et suggestives où
■ s'évoquent, en foule, attirées par chaque idée comme des papillons
-à la flamme d'une lampe, les observations et les lectures de l'auteur.
H. P.
16. — H. DELACROIX. — Les opérations intellectuelles (Nouveau
traité de psychologie, t. V, 2, p. 85-184). — Paris, F. Alcan, 1936.
Prix : 20 francs.
Avec le tome V, le Nouveau traité de psychologie paraît en fasc
icules indépendants, mais dans l'ordre du volume.
.L'excellente mise au point de D., très condensée, concerne le
« problème de la pensée, dans ses rapports avec les images, celui du
• concept et de l'évolution des idées générales, celui du jugement et
-celui de la fabrication du nombre.
Vient ensuite, bien que le titre du fascicule ne l'indique pas,
;la grande question du langage, envisagée sous ses multiples aspects :
^question des origines et rôle respectif des facteurs naturels et des
-conventions arbitraires ; nature de la langue, « ensemble de convent
ions linguistiques qui correspond à un moment du développement
• de l'esprit et de la civilisation », avec son système phonétique, son
vocabulaire et sa grammaire ; lois phonétiques ; relations des formes
«du langage avec l'expression de la pensée ; formation des langues
^spéciales ; développement du langage chez l'enfant ; problèmes de
Ja lecture, de l'écriture ; cas des sourds-muets ; psychologie du
langage en relation avec ses troubles.
Il y a là une précieuse monographie dont on regrette qu'elle soit
un peu brève, et dans laquelle on aurait aimé voir développer
«davantage certains des points, d'importance capitale. H. P.
_17. — HELGE LUND HOLM. — Conation and our conscious life
(La conation et notre vie consciente). — C. to Ps. T., I, 1, 1934.
In-8°, 95 pages.
L'auteur a cherché à élaborer dans cette thèse, de caractère ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 183 THÉORIES
essentiellement philosophique, une nouvelle doctrine de l'activité
mentale, fondée sur les trois postulats suivants :
L'esprit et le corps sont différents de nature, mais interrelatés
sjus la direction du premier ; l'activité mentale est essentiellement
•dirigée vers un but, « purposive » ; le guide conscient de l'activité
mentale est présent à tous les niveaux de la vie animale, tout être
vivant étant une unité psychophysique.
Suivant les grandes lignes des conceptions bergsoniennes, pour L.,
l'esprit en évolution est un agent créateur qui modifie et perfectionne
le corps, son « instrument ».
La « conation » est essentiellement l'activité « purposive », à
finalité adaptative, elle est un processus conscient coexistant avec
la vie.
L'auteur envisage deux niveaux pré-nerveux, le premier de
caractère hypothétique, avec deux tendances fondamentales, et le
second comportant les réactions observables vers les objets, ou à
l'opposé, et il suit la différenciation corrélative du développement,
du système nerveux, avec apparition de l'instinct, « disposition
innée à une modalité spécifique du comportement adaptatif assurant
la satisfaction d'un besoin biologique spécifique de l'organisme »,
source d'énergie mentale.
La curiosité comme tendance primordiale, coopère avec les
tendances secondaires de l'instinct comme elle le fait avec les ten
dances à tous les niveaux d'activité ; l'expression de cette curiosité
fondamentale à un changement inadéquat constitue un sentiment
de dissatisfaction, et à un succès entraînant le repos, celui de satis
faction.
Pour L., la mémoire doit transcender la vie individuelle, comme
l'impliquent les organisations instinctives héréditaires et les résultats
des recherches psychiques sur la survivance.
En ce qui concerne la mémoire individuelle, son activation est
soumise à la loi de « l'affinité des dispositions cognitives », et la curio
sité primordiale intervient pour diriger l'exploration du continu
mnémonique.
La conation se présente, au dernier terme, sous la forme de
l'agent énergétique qu'est la croyance, en tant qu' « impulse of defe
rence », et l'auteur dégage quelques formes de conflits liées à son
intervention.
L'auteur, disciple ardent de Me Dougall — et qui semble ignorer
Bergson — a enveloppé dans une trame métaphysique un certain
nombre de données de fait établies par les sciences biologiques et
la psychologie. H. P.
18. — O. LEMARIË. — Essai sur la personne. — In-16 de 125 pages.
Paris, Alcan, 1936. /
L. trouve que la psychologie contemporaine ne satisfait personne,
-en ce que sa méthode, analytique et statique, ne se complète pas
-en devenant synthétique et évolutive, et en ce qu'elle méconnaît
son objet en assimilant la personne à la chose, et en étudiant le
comportement humain à l'instar de la chimie étudiant le fer ou
le soufre.

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