Théories et Conceptions générales - compte-rendu ; n°1 ; vol.40, pg 221-233

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L'année psychologique - Année 1939 - Volume 40 - Numéro 1 - Pages 221-233
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1939
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2° Théories et Conceptions générales
In: L'année psychologique. 1939 vol. 40. pp. 221-233.
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2° Théories et Conceptions générales. In: L'année psychologique. 1939 vol. 40. pp. 221-233.
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traite, à la lumière de ses recherches, de la fatigue neuro-musculaire ;
le mécanisme du nystagmus labyrinthique est envisagé par Spiegel
et Price ; C. Veil expose une contribution à l'étude des adaptations
chromatiques des Téléostéens.
On voit la richesse de cet ouvrage dont peuvent être légitimement
fiers nos éminents collègues et très chers amis brésiliens. H. P.
2° Théories et conceptions générales
7. — EMILE BRÉHIER. — La philosophie et son passé. — In-16
de 146 pages, de la Nouvelle Encyclopédie philosophique. Paris,
Alcan, 1940. Prix : 18 francs.
Dans ce recueil d'études, les deux premières, sur la philosophie
et son passé, et sur la causalité en histoire de la philosophie, ont un
intérêt très général. L'auteur y envisage avec une grande profondeur
•de pensée, le problème propre de l'histoire de la qui
peut être essentiellement de l'histoire ou de la philosophie.
Il montre que, tout en cherchant à s'affranchir des liens histo
riques et à réaliser un commencement absolu, les systèmes philoso
phiques s'intègrent dans un développement incontestable de la
pensée humaine, sans qu'on puisse prétendre retracer leur détermi
nisme réel, en raison de la multiplicité indéfinie des facteurs concou
rant à leur formation, mais en même temps que, pour être vraiment
philosophique, l'effort de pensée doit en effet chercher à atteindre
<un absolu en se libérant des liens des traditions historiques.
Dans cet antagonisme entre les tendances propres de la philo
sophie et celles de l'histoire, l'historien de la philosophie oscille entre
l'attitude interne propre au philosophe et l'attitude externe.
A cette dernière répondent les efforts — peu nombreux jusqu'à
présent — d'établir une psychologie et une sociologie de la philoso
phie, comme il existe une et une religieuses.
Mais B. n'est pas très favorable à ces tentatives qui répondaient aux
tendances propres d'un Lévy-Bruhl et plaçaient un système phil
osophique à côté d'une tragédie ou d'un monument du même siècle
-et du même pays. Il objecte que l'historien est lui-même un homme
influencé par son milieu ; on pourrait aussi faire la sociologie du
sociologue.
Il marque ses sympathies pour une attitude critique de l'historien
de la philosophie, qui, en visant à l'objectivité historique, reste
philosophe, dans la mesure où 1' « on ne peut comprendre une pensée
qu'en la pensant à son tour ». H. P.
«. — PH. FAURÉ-FRÉMIET. — La recréation du réel et de l'équi
voque. — In-8° de 260 pages. Paris, Alcan, 1940. Prix : 45 francs.
L'idée que le monde dut être « recréé » par l'esprit est très chère à
l'auteur qui a déjà consacré à la question plusieurs études.
Son attitude est celle de 1' « auto-psychologie » introspectionniste,
sa méthode est celle de la réflexion sur lui-même, qu'il manie avec
-art, son but est une généralisation extensive se développant en une
métaphysique de l'absolu. 222 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Aussi trouve-t-on dans ce livre des documents intéressants du
genre de ceux que l'on découvre dans les œuvres littéraires de Proust,
des aperçus évocateurs d'horizons séduisants.
A la base, la notion certainement juste de l'activité de l'esprit,,
et celle de la diversité des constructions suivant les attitudes ; le
monde du physicien n'est pas celui de l'artiste, et l'artiste en tant
qu'artiste, ou le physicien en tant que physicien, ne reconstitue pas-
l'univers de la même manière qu'en tant que citadin aux prises avec
la réalité de la vie commune et quotidienne.
Fidèle, dans une assez large mesure, à son point de vue intros-
pectionniste, F. F. essaie de se représenter l'univers de l'artiste en
tant qu'artiste lui-même, et c'est dans la mesure où il pense avoir
éprouvé des impressions « prémystiques » qu'il croit pouvoir parler
de l'extase des mystiques, cette recréation d'un monde, non plus-
morcelé d'une façon ou de l'autre, mais unifié.
Mais constamment des échappées vers des affirmations trop géné
rales résultent de la tendance naturelle à vouloir que sa propre auto
psychologie soit valable comme psychologie générale.
Par exemple F. F. écrit : « Arriverions-nous à la conception du
miracle, nous n'en serions que très peu surpris. Il suffit de considérer
l'histoire humaine et notre mentalité courante pour s'assurer que
l'idée du miracle est infiniment moins choquante que celle de l'i
nflexible continuité des lois de la nature » (p. 174). Je pense que,
réfléchissant sur leur propre auto-psychologie, bien des esprits s'ins
criraient en faux contre une telle affirmation, plus naturelle à coup
sûr chez un artiste que chez un savant.
Dans le détail, répétons-le, on trouvera d'intéressantes remarques,
en particulier sur la part active de l'esprit dans l'utilisation de l'expé
rience, sur le rôle des reconstitutions imaginées dans l'évocation des
souvenirs, sur les imprégnations affectives qui portent sur les expres
sions verbales en apparence limitées à un symbolisme abstrait, etc.
Et c'est — tout naturellement — dans les réflexions sur l'art, sur
la novation artistique que l'on trouvera le plus de données originales
et utiles. H. P.
9. — H. MAVIT. — L'intelligence créatrice. — In-8° de 157 pages
Paris, Alcan, 1940. Prix : 25 francs.
Ce livre de pure métaphysique reprend l'intuition bergsonienne,
non plus pour l'opposer à l'intelligence discursive et spatialisée,
mais pour l'étendre à toute la vie intellectuelle, dans toutes ses manif
estations, refaisant ainsi l'unité en une mystique de l'intelligence,
mystique par là même assez profondément rationalisée.
Des conceptions de la science, de la morale, de la politique,
découlent de l'attitude générale de l'auteur.
Au point de vue des bases psychologiques, M. part de la notion
d'une présence constante de l'affectif dans les démarches de la
pensée, qui fait intervenir le concret de la vie dans ce qui
paraît le plus abstrait, dans le symbolisme du langage, dans les
étapes du raisonnement — intuitions enchaînées — , dans l'édifica
tion des théories.
Au point de vue de la forme, le livre est constitué de petits cha- ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 223" THÉORIES
pitres eux-mêmes formés de petites phrases ; on a l'impression
d'une fine ciselure littéraire, à examiner à la loupe.
Pour donner une idée de la forme et du fond de la pensée de M.,
quelques citations ne seront pas inutiles.
« II n'y a rien de plus concret que l'abstraction, et l'intelligence
en ses méthodes nous paraît l'effort d'une intuition qui se déploie »
(p. 42).
« Les mots sont des symboles, substituts d'émotions et d'expé
riences analogues ou semblables... La possibilité du langage indique
un certain accord des sensibilités » (p. 43).
« La clarté conceptuelle est la fin, la corolle de la pensée dont
la tige nous échappe », et qui correspond à la « pré-pensée » (p. 57).
« A l'œuvre le corps pense et l'âme sent... La méditation est
une émotion diffuse » (p. 59).
« L'intelligible... est le triomphe de l'affectif en ce qu'il a de
singulier et d'universel » (p. 60).
« Le corps ne subsiste que par les inventions de la conscience
toujours en éveil, gardienne vigilante de la chair où elle se recueille.
Nous pensons autant que nous sentons, par une respiration de
l'âme » (p. 73).
« La vérité de la raison... exige un effort métaphysique, une
aspiration de l'âme. C'est le cœur qui cherche » (p. 109).
On ne peut qu'admirer la hardiesse tranquille des affirmations-
qui ne craignent pas les démentis de l'expérience, en se cantonnant
dans le domaine transcendant qu'aucune sanction ne peut atteindre.
H. P.
10. — H. E. GARRETT. — Lewin 's « topological » psychology
(La psychologie topologique de Lewin). — Ps. Rev., XLVI, 6,
1939, p. 517-524.
Lewin a cherché à traduire en une figuration spatiale les concepts
psychologiques : Une mère enlève son jeune enfant à son jeu pour
lui donner à manger. L'enfant crie et se débat entre les bras de sa
mère. Représenté topologiquement, l'enfant apparaît comme un
petit cercle dans le plan donné ; la cuillère est indiquée par un petit
rectangle. Une ligne épaisse, une barrière, représentant la contrainte
maternelle, entoure l'enfant, et circonscrit la région de la nourriture,
opposée à la région du jeu. Ces deux régions sont deux ellipses de
taille inégale qui empiètent l'une sur l'autre.
Selon Lewin, les événements du comportement, se déroulant
dans le temps et l'espace, se prêtent parfaitement à une représenta
tion topologique. Mais, dit G., il y a des faits psychologiques (les
émotions, par ex., qui se prêtent mal à cette figuration). D'autre
part, augmente-t-on la clarté des concepts en leur donnant une
expression pseudo-mathématique ?
Lewin reproche à certains concepts, comme celui d'impulsion
(drive) d'être aristotélicien. Cela est-il vrai ? Ne peut-on désigner
par là un groupe de faits précis ? Il faudrait démontrer qu'il est indi
spensable de recourir à des concepts mathématiques pour décrire
d'une façon claire les faits psychologiques. G. P. 224 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
11. — H. M. JOHNSON. — Rival principles of causal explanation
in psychology (Les principes rivaux d'explication causale en psy-
chologie). — Ps. Rev., XLVI, 6, 1939, p. 493-516.
J. distingue trois sortes de causalité : la causalité efficiente (on
cherche l'explication d'un événement dans un autre événement qui
se produit au même moment) ; la causalité mnémique (explication
du comportement d'un système à un moment donné par des événe
ments de son passé) ; la causalité télique (explication des événements
du moment par ceux qui se produisent après). Le dernier principe
admet toutefois deux restrictions. Il ne peut s'agir des
du futur, car nous ne connaissons pas le futur, mais de deux événe
ments appartenant au passé ; d'autre part, nous n'affirmons pas
que le système, dans son premier état, est conscient de ce que doit
être l'état suivant.
Ces trois principes ne sont pas antagonistes, mais complémenta
ires. Par peur de paraître non scientifique, on a négligé les deux
derniers, ce qui est un tort. G. P.
1?. — F. A. GELDARD. — « Explanatory principles » in psycho
logy (Les « principes d'explication » en psychologie), — Ps. Rev.,
XLVI, 5, 1939, p. 411-424.
Discours présidentiel, plein d'humour, comme il est d'usage.
Les guillemets montrent assez le scepticisme de l'A. à l'égard des
prétendus principes d'explication. La tâche principale de la science
est de décrire les faits. Les relations entre les faits ne se séparent pas
des faits eux-mêmes et ne font qu'un avec eux. Ce qu'on appelle
un fait n'est pas autre chose que l'établissement d'une relation.
L'unification est un caractère fondamental de la science. Une des
cription scientifique présuppose toujours une certaine attitude en
face de l'objet à décrire.
Par suite, expliquer est nécessairement "décrire, et décrire en
tenant compte du champ des relations est nécessairement expliquer.
G. P.
13. — J. G. MILLER. — Symbolic technique in psychological theory
(La technique symbolique dans la théorie psychologique). — Ps.
Rev., XLVI, 5, 1939, p. 464-479.
La destinée à obtenir des faits précis a fait de grands
progrès en psychologie. Mais il n'en a pas été de même dans l'élabo
ration des théories. La logique symbolique serait susceptible de
rendre des services à ce point de vue. Hull a récemment essayé de
donner une théorie présentée sous une forme mathématique, mais la
méthode qu'il a choisie est très grossière et n'offre qu'une vague
analogie avec celle d'Euclide. M. montre, en reprenant quelques-unes
de ses formules, les erreurs qu'il a commises et indique comment
«Iles auraient pu être évitées en utilisant la technique de la logique
symbolique. G. P.
14. — F. HEIDER. — Environmental determinants in psycholog
ical theories (Les déterminants dans les théories psychologiques ).
— Ps. Rev., XLVI, 4, 1939, p. 383-410.
Les psychologues américains s'intéressent actuellement beaucoup THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 225
aux questions de méthodologie. Après la période où les théories
rivales se combattaient avec âpreté comme des partis politiques,
est venue une autre période où l'on recherche la cause des divergences,
où l'on essaie d'établir des principes communs, où l'on cherche à
donner un exposé parfaitement cohérent de tous les faits connus,
où des spécialistes discutent de la valeur considérée abstraitement
de chaque méthode de groupement, des notions de classification.
La théorie organise les faits par rapport à un foyer, à un groupe
de déterminants. Le déterminant doit être convenable (relevant) ;
par exemple, il ne faut pas dire que le fleuve coule vers la mer, mais
vers le point le plus bas. Mais il peut y avoir des systèmes de déter
minants rivaux, le même fait pouvant être expliqué par deux sys
tèmes (par exemple, par le tout ou par les parties). Il faut alors
subordonner l'un des systèmes à l'autre en le dérivant de ce dernier.
Par exemple, Darwin subordonne le système finaliste au système
causal, grâce à sa théorie de la sélection.
La sélection des déterminants est du reste influencée par diffé
rents facteurs. Il y a par exemple une tendance à choisir le « foyer »
dans la région familière à l'observateur. Il y a une tendance à uti
liser le même foyer pour différentes régions de la science. Il y a une
tendance à choisir les déterminants rapprochés.
H. distingue entre les rapprochés et éloignés. Par
exemple, la perception et l'action peuvent être décrites en fonction
des objets éloignés (l'organisme se meut vers la nourriture, on perçoit
la maison, etc.) ou rapprochés (étude de la peau, du stimulus, des
muscles). H. attache une grande importance à cette dernière distinc
tion et examine en s'appuyant sur elle les théories psychologiques
en cours. Le choix de l'un ou de l'autre des déterminants présente
des avantages et des inconvénients. Selon H., la théorie de la forme
permet de faire usage des deux groupes de déterminants, mais cepen
dant elle n'a pas utilisé ces concepts comme il aurait convenu.
G. P.
15. — L. O. KATTSOFF. — Philosophy, psychology and postula-
tional technic (Philosophie, psychologie et technique postulation-
nelle). — Ps. Rev., XLVI, 1, 1939, p. 62-74.
Le mouvement qui a tendu à séparer les différentes sciences de
la philosophie a été suivi d'un autre mouvement qui tend à réaliser
une nouvelle fusion entre elles sur le terrain de la méthodologie. On
s'est révolté contre les systèmes a priori ; on a dit : les faits parlent
d'eux-mêmes. Mais c'est là une affirmation purement verbale. Il
faut un point de vue systématique pour interpréter les faits.
C'est dans la Géométrie que l'on peut trouver un système vra
iment scientifique de coordination pouvant s'appliquer à tous les
domaines. Un système postulationnel est composé de deux éléments
principaux : une suite de propositions (axiomes et théorèmes), et
une méthode, non exprimée, pour en déduire des conclusions. Les
axiomes comprennent toutes les définitions. Ils doivent présenter,
pour qu'on puisse les accepter, trois caractères : la consistance (il
ne doit pas être possible de dériver des théorèmes contradictoires
de la même série de postulats), la complétude (la série des postulats
!■' ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. XL 15
A ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 226
doit permettre la solution de tous les problèmes qui peuvent être*
imaginés), et l'indépendance.
On peut utiliser cette technique pour construire un système de
psychologie. K. critique de ce point de vue le système proposé par
Hull. G. P.
16. — M. LECOMTE DU NOUY. — Notre univers et son image.
— Rev. Gen. Sei., t. L, n° 9, 15 mai 1939, p. 227-234.
L'image que nous nous faisons de notre univers subit une double
déformation : La première est due à ce que, par nos sens, nous
n'en connaissons que ses qualités, qui sont des réactions condition
nées par la structure de nos organes et de notre cerveau.
La seconde est due à ce que nous traduisons des données imméd
iates de la conscience en remplaçant la qualité par le nombre.
Ainsi le caractère mosaïque de cette image ne permet pas de
rétablir la continuité dans le temps, que seule l'intuition peut per
mettre d'entrevoir.
La science est le résultat du remplacement de toutes les valeurs
qualitatives par des nombres ou des symboles exprimant des rapports.
La seule chose qui importe en Science, c'est que la coordination
entre les phénomènes du monde extérieur soit à peu près équivalente
à la coordination arbitraire que l'on a établie entre les règles numér
iques (accord que nos sens nous permettent de vérifier) et cela
pendant un temps assez long pour permettre de prévoir l'avenir.
M. H. P.
17. — A. NIGEFORO. — La structure du Moi d'après l'École it
alienne de Criminologie. — Giustizia pénale, XLV, 1939. Extrait,
42 pages.
C'est en 1874, rappelle N., que l'École italienne a édifié une théor
ie de la criminalité « basée sur la réapparition, chez le criminel,
d'instincts et de sentiments que l'École affirmait être des instincts
et des sentiments propres aux animaux et aux hommes préhisto
riques et sauvages ».
En examinant les conditions de la pensée à cette époque, N.
montre comment cette théorie a pu naître, à partir de la théorie
florissante de l'évolution progressive conduisant vers le mieux :
« L'âme primitive, ancestrale et animale, cachée au fond de
tout être humain, réapparaissait et conduisait l'homme sur la voie
du crime lorsque certaines conditions pathologiques, marquant de
leurs stigmates l'organisme humain, facilitaient et même imposaient
cette résurrection. »
A ce moment la psychologie des animaux, des primitifs, des
ancêtres préhistoriques insistait sur leur cruauté ; quant aux enfants
dont on traçait un portrait idyllique éminemment faux, l'École
italienne, en précurseur de la psychologie profonde moderne, préten
dait montrer chez eux les manifestations d'une perversité atavique.
Rattachant la doctrine criminologique à des conceptions anciennes
sur l'existence des trois âmes, reprise d'Aristote et développée par
Dante, N. retrace la structure stratifiée du moi d'après l'École ita
lienne, un moi primitif et antisocial, source d'une criminalité latente,. THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 227
se trouvant au fond des strates superposées dont les plus récentes
masquent les plus anciennes, où l'on peut déceler, comme l'a fait N.
lui-même, tout un ensemble d'idées et de sentiments magiques.
Et N. a développé une conception très analogue à celle de la
psychanalyse: sur les transformations et déviations des instincts
profonds qui leur permettent de se manifester sans prendre le
caractère antisocial qui est au fond le leur ; et, à ce propos, il tient
à signaler qu'il n'est pas juste de faire remonter à la psychanalyse
la théorie du moi inférieur en lutte avec la censure. H. P.
18. — H. A. CARR et F. A. KINGSBURY. — The concept of the
individual (Le concept de l'individu). — Ps. Rev., XLVI, 4,
1939, p. 359-382.
La psychologie est l'étude d'un certain type d'activité d'un orga
nisme humain ou animal. L'organisme d'une part et ses actes de
l'autre sont objet d'étude, car ils ne peuvent être compris que l'un
par l'autre. L'organisme est un objet complexe qu'étudient l'anato-
mie, la physiologie, la zoologie et la psychologie. Le terme individu
psychologique désigne la totalité organisée des traits de l'organisme
qui ont une signification psychologique par opposition aux traits
qui sont étudiés par d'autres sciences. L'existence, la nature et le
lieu de ces traits ne peuvent être directement observés. L'individu
est une construction conceptuelle dont la nature est forcément définie
à l'aide de catégories telles que les aptitudes, les attitudes, les motifs.
Le terme d'individu psychologique est donc un nouveau terme pour
une vieille idée, celle de moi (self) et de personnalité.
L'organisme agit continuellement au cours de la vie. Ses actes
successifs ne sont pas des événements discontinus et sans relations,
ce sont des distinctions faites dans un continuum qui se déroule
dans le temps, et qui ont entre eux des relations fonctionnelles de
toutes sortes. Par exemple, il y a connexion entre le présent et le
passé. Ces interrelations fonctionnelles sont des exemples de ce qu'on
nomme l'unité intégrative.
L'unité intégrative est donc un concept fondamental de la psy
chologie, un caractère essentiel de l'individu psychologique. A
l'époque moderne, l'individu a été surtout étudié du point de vue
de son comportement objectivement observable, ce qui a fait écarter
par certains l'idée du moi (ce qui est à certains égards discutable).
D'autre part, les différentes formes de la psychologie appliquée
s'intéressent surtout à certaines du comportement (patholo
gique, industriel, pédagogique), ce qui conduit à définir l'individu
à l'aide de nouvelles catégories (aptitudes, intérêts, tendances, etc.).
L'individu apparaît donc comme un objet un et en même temps très
complexe. L'unité et la complexité ne s'excluent pas, ce sont des
termes corrélatifs.
Beaucoup des caractères de l'individu sont le produit du déve
loppement. La conscience de soi est elle-même un facteur génétique.
Elle intervient dans un grand nombre de cas. Par exemple, l'idée que
le sujet se fait de lui-même a une grande influence sur le choix de
la carrière et par conséquent agit puissamment sur le reste de la vie.
Le développement de la psychanalyse a eu pour cause les insuffi-
A 228 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sances de la psychologie classique. Celle-ci a trop négligé l'influence
exercée par la conscience de soi sur la conduite.
Ainsi toutes les conditions organiques sont intégrées dans une
sorte d'unité fonctionnelle. Il y a donc lieu de refondre les exposés
traditionnels en groupant les faits autour de la notion d'activité
psychologique.
L'article est des plus intéressants et très riche en suggestions de
toutes sortes sur des problèmes particuliers. Nous en conseillons la
lecture intégrale. G. P.
19. — R. C. TRAVIS. — The social significance of the interaction
Of neural levels in man (La signification sociale de Vinteraction
des niveaux nerveux chez l'homme). — Ps. Rev., XLVI, 6, 1939,
p. 525-533.
La distinction entre les centres corticaux et les centres sub
corticaux a un grand intérêt au point de vue scientifique. Cannon
et d'autres chercheurs ont démontré qu'il y a une correspondance
étroite entre l'action cérébrale et le comportement rationnel, d'une
part ; thalamique et la vie émotionnelle, d'autre part.
T. rappelle les principaux travaux expérimentaux sur les relations
de ces deux groupes de centres chez l'animal. Il rappelle aussi les
lois de Jackson : les structures phylogénétiques les plus récemment
acquises sont les premières atteintes par les toxiques, les autres
centres atteints dans l'ordre inverse de leur développement
phylogénétique. Les recherches récentes montrent que le système
nerveux peut être envisagé comme ayant des fonctions spécifiques
plus ou moins nettement localisées et une fonction générale qui fait
que le cerveau agit comme un tout. L'écorce n'est pas indispensable
pour l'établissement et la conservation de certaines réponses condi
tionnées, contrairement à l'opinion de Pavlov. Les centres inférieurs
sont capables de former des habitudes.
T. a trouvé que l'apprentissage est le plus facile lorsque l'action
corticale (mouvement volontaire de la main) et l'action subcorticale
(mouvement de poursuite des yeux) sont convergentes. Quand il y
a divergence, la coordination main-œil est incomplète. C'est là un
prototype de beaucoup d'actions humaines complexes.
Ces faits ont un grand intérêt au point de vue de l'éducation
sociale. Si le programme d'éducation développe les fonctions sub
corticales, le principal type de comportement devient le comporte
ment émotionnel, avec tous ses inconvénients. Si l'éducation met
l'accent sur l'attitude objective, rationnelle en face de la vie, elle
renforce le contrôle des centres supérieurs corticaux et nous avons
une situation sociale où l'émotion et la raison sont coordonnées
pour le plus grand bien de tous. G. P.
20. — F. A. KINGSBURY et H. A. CARR. — The concept of
directional dispositions (Le concept de disposition dirigeante). —
Ps. Rev., XLVI, 3, 1939, p. 199-225.
Le nouveau terme proposé est appelé à désigner un groupe de
faits appelés dans la langue courante : attitudes, opinions, croyances,
sentiments, préjugés, désirs et aversions, intérêts, buts, souhaits, THÉORIES ET CONCEPTIONS GÉNÉRALES 229
appétits, habitudes, tendances, etc. Chaque individu réagit d'une
façon sélective à certains objets, cette sélectivité est expliquée par
des dispositions constitutionnelles non directement observables et
relativement permanentes. La disposition dirigeante est donc un
concept explicatif, appelé à rendre des services, tant dans la psychol
ogie appliquée que dans la psychologie systématique. G. P.
21. — G. L. FREEMAN. — Postural tension and the conflict situa
tion (La tension posturale et la situation de conflit). — Ps. Rev.,
XLVI, 3, 1939, p. 226-240.
Par tension posturale, on entend l'attitude générale du corps
(neuromusculaire et glandulaire) qui fournit l'énergie pour la réponse.
Par situation de conflit, on entend une structure du Champ qui
montre une forte tendance à une action en présence d'une condition
inhibitrice. Beaucoup des défauts d'adaptation qui se manifestent
dans la situation de conflit peuvent être étudiés expérimentalement
comme une relation entre le segment tonique ou postural de la
réponse et l'aspect phasique ou kinétique.
Au point de vue physiologique, l'organisme est un double méca
nisme, comprenant le système tonique qui fournit l'énergie néces
saire à l'activité et le système phasique fournissant la direction et
le contrôle. Ces deux segments de la réponse sont dépendants l'un
de l'autre, de telle sorte que des changements dans le niveau de la
tension posturale influencent le caractère de l'ajustement. Le niveau
de tension d'un individu au repos est en rapport avec les
conditions internes de stimulations. Quand les nécessités de la crois
sance ou de stimulations surajoutées conduisent à dépasser ce niveau,
cette augmentation de l'action tonique dynamise le système de réac
tion phasique superposé. L'organisme tend à satisfaire ses besoins.
Si cela n'est pas possible, l'activité tonique augmentée exerce une
pression qui doit être soulagée par une réponse phasique appropriée.
De même, l'ajustement phasique est soutenu par une dose limitée
d'activité posturale. Si le niveau de tension excède ces limites on a
une désorganisation de la réponse phasique (surcompensation). Cette
théorie énergétique permet d'expliquer les psychoses et fournirait
des indications pour la thérapeutique. G. P.
22. — W. RIESE. — Critique et interprétation rationnelle du prin
cipe de l'intégration. — Ar. Su. de Neur., XLIV, 2, 1939, p. 313-
319.
Pour comprendre le mécanisme de l'intégration physiologique
des fonctions, il serait nécessaire, d'après l'A., de faire appel à des
constructions rationnelles ; « la raison cherche l'aventure de considér
er la diversité de la matière (organisée ou non) comme secondaire,
correspondante à une primordiale, uniforme en elle-même ;
et c'est la théorie de l'éther ébauchée par Kant dans son œuvre
posthume. Par le raisonnement ainsi exposé s'affirme la nécessité
d'introduire la physiologie de l'éther dans une physiologie ration
nelle ». D. W.
28. — G. H. SEWARD. — Dialectic in the psychology of motivation

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