Topicalisation et thématisation dans le rappel de phrases (étude chez l'adulte et chez l'enfant) - article ; n°1 ; vol.80, pg 99-120

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L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 1 - Pages 99-120
Résumé
Dans deux recherches réalisées chez l'adulte et chez l'enfant (8;6 et 9;7 ans), nous avons étudié le rôle de deux facteurs intervenant dans la mémorisation de phrases actives et passives :
a) La thématisation du contexte dans lequel apparaît la phrase à rappeler (portant sur le sujet logique, sur l'objet logique de faction, ou sur les deux également) ;
b) La topicalisation de la phrase (sur le sujet logique à l'actif, sur l'objet logique au passif). Le paradigme expérimental commun à ces deux recherches consiste à présenter des textes terminés par la phrase-cible. Conformément à l'hypothèse, le rappel des phrases passives chez l'adulte est facilité par la présence d'un texte préalable thématisé sur l'objet logique. Chez les enfants de 8;6 ans, la thématisation du texte n'intervient pas ; en revanche, à 9;7 ans, le rappel des phrases passives est facilité par la présence d'un contexte préalable thématisé sur le sujet logique. Ce résultat, contraire à l'hypothèse, semble découler de l'emploi par les enfants de stratégies de reconstruction de la phrase à partir d'informations véhiculées par la partie du texte qui la précède immédiatement (contexte local).
Summary
Two factors influencing retrieval from active and passive sentences were studied in experiments with adults and children (8 years 6 months ; 9 years 7 months old).
a) The theme provided by the context containing the target sentence (thematization of either the logical subject, the logical object or both) ;
b) Topicalization in the target sentence (of the logical subject in the active and of the logical object in the passive voice).
In two experiments several narrative passages were presented, each ending in a target sentence. As hypothetized, recall of the passive sentences was better in adults when the logical object was thematized in the prior context. In the younger group of children, thematization had no effect on recall; nevertheless for children aged 9 years 7 months, passive recall was better when the previous context thematized the logical subject. To account for this result it was hypothetized that children use sentence reconstruction strategies based on local information provided by the immediately preceding context (leading to a momentary foregrounding).
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
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Françoise Parot
M Kail
Topicalisation et thématisation dans le rappel de phrases (étude
chez l'adulte et chez l'enfant)
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 99-120.
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Parot Françoise, Kail M. Topicalisation et thématisation dans le rappel de phrases (étude chez l'adulte et chez l'enfant). In:
L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 99-120.
doi : 10.3406/psy.1980.28305
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_1_28305Résumé
Résumé
Dans deux recherches réalisées chez l'adulte et chez l'enfant (8;6 et 9;7 ans), nous avons étudié le rôle
de deux facteurs intervenant dans la mémorisation de phrases actives et passives :
a) La thématisation du contexte dans lequel apparaît la phrase à rappeler (portant sur le sujet logique,
sur l'objet logique de faction, ou sur les deux également) ;
b) La topicalisation de la phrase (sur le sujet logique à l'actif, sur l'objet logique au passif). Le paradigme
expérimental commun à ces deux recherches consiste à présenter des textes terminés par la phrase-
cible. Conformément à l'hypothèse, le rappel des phrases passives chez l'adulte est facilité par la
présence d'un texte préalable thématisé sur l'objet logique. Chez les enfants de 8;6 ans, la
thématisation du texte n'intervient pas ; en revanche, à 9;7 ans, le rappel des phrases passives est
facilité par la présence d'un contexte préalable thématisé sur le sujet logique. Ce résultat, contraire à
l'hypothèse, semble découler de l'emploi par les enfants de stratégies de reconstruction de la phrase à
partir d'informations véhiculées par la partie du texte qui la précède immédiatement (contexte local).
Abstract
Summary
Two factors influencing retrieval from active and passive sentences were studied in experiments with
adults and children (8 years 6 months ; 9 years 7 months old).
a) The theme provided by the context containing the target sentence (thematization of either the logical
subject, the logical object or both) ;
b) Topicalization in the target sentence (of the logical subject in the active and of the logical object in the
passive voice).
In two experiments several narrative passages were presented, each ending in a target sentence. As
hypothetized, recall of the passive sentences was better in adults when the logical object was
thematized in the prior context. In the younger group of children, thematization had no effect on recall;
nevertheless for children aged 9 years 7 months, passive recall was better when the previous context
thematized the logical subject. To account for this result it was hypothetized that children use sentence
reconstruction strategies based on local information provided by the immediately preceding context
(leading to a momentary foregrounding).L'Année Psychologique, 1980, 80, 99-120
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée
Université René-Descarles el EPHE, 3e section
associé au CNRS1
TOPICALISATION ET THÉMATISATION
DANS LE RAPPEL DE PHRASES
(étude chez l'adulte et l'enfant)
par Françoise Parot, Michèle Kail2
SUMMARY
Two factors influencing retrieval from active and passive sentences
were studied in experiments with adults and children (8 years 6 months ;
9 years 7 months old).
a) The theme provided by the context containing the target sentence
(thematization of either the logical subject, the logical object or both) ;
b) Topicalization in the target sentence (of the logical subject in the
active and of the logical object in the passive voice).
In two experiments several narrative passages were presented, each
ending in a target sentence. As hypothetized, recall of the passive sentences
was better in adults when the logical object was thematized in the prior
context. In the younger group of children, thematization had no effect
on recall; nevertheless for children aged 9 years 7 months, passive recall
was better when the previous context thematized the logical subject. To
account for this result it was hypothetized that children use sentence recons
truction strategies based on local information provided by the immediately
preceding context (leading to a momentary foregrounding).
Bien des recherches ont souligné que la structure de surface
d'un énoncé ne serait conservée en mémoire par l'auditeur que
pendant la durée nécessaire pour l'interprétation de sa signi
fication, alors que les informations sémantiques véhiculées par
l'énoncé seraient conservées plus longtemps (Sachs, 1967, 1974).
Le mécanisme de la conservation en mémoire de cette informa-
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. La contribution des deux auteurs est identique. 100 Fr. Paroi el M. Kail
tion sémantique abstraite a reçu diverses interprétations. Nous
nous référons ici à celles qui envisagent le rappel d'énoncés
comme une activité de reconstruction (James, Thompson et
Baldwin, 1973 ; Flores d'Arcais, 1974, par exemple). Dans cette
optique, mémoriser une phrase c'est en extraire et encoder une
information abstraite sur la base de laquelle on reconstruira
une phrase réelle au moment du rappel. Le sujet applique alors
une procédure consistant à « construire une phrase qui revêt des
similarités sémantiques avec l'originale et dont la forme syn
taxique en est plus ou moins éloignée, en fonction de la différence
entre cette phrase originale et les « règles » de formation de phrase
que l'individu applique le plus souvent » (Flores d'Arcais, 1974,
p. 45). Ainsi, si le rappel d'un énoncé inclut une activité de pro
duction, on peut penser que les caractéristiques des énoncés
habituellement produits par les sujets se retrouveront dans leurs
rappels. C'est ainsi que James, Thompson et Baldwin (1973)
retrouvent, dans les rappels, cette caractéristique qui consiste
à placer en tête de la phrase rappelée « le nom le plus saillant »
de la phrase présentée, qu'ils appellent « thème » ; pour les
mêmes raisons, on constate dans les rappels une plus grande
fréquence des phrases actives que des passives. Dans cette
recherche, les deux variables dont on étudie l'influence sur le
rappel de phrase sont, d'une part la topicalisation, d'autre part
la thématisation. Après avoir brièvement rappelé comment les
linguistes envisagent chacune de ces notions, nous rapporterons
quelques travaux psycholinguistiques réalisés chez l'adulte et l'en
fant dans le but de révéler la réalité psychologique de ces notions.
a) Topicalisation
Considérée comme unité informative composée d'éléments
ordonnés, une phrase résulte d'un certain nombre de règles qui
caractérisent l'acte de communication. Ainsi, par exemple, le choix
de l'ordre d' énonciaiion des mots de la phrase ne se fait pas au
hasard. Les différentes places possibles pour chacun des compos
ants du discours pourraient être caractérisées par des « fonctions »
ou des valeurs (Halliday, 1967, p. 211).
Par ailleurs, tout locuteur, pour « faire progresser » l'échange
communicatif, doit faire référence à des choses que l'auditeur
connaît, ce dont on parle ou topique (topic), et lui apprendre
des choses qu'il ne sait pas, ce qu'on lui dit ou commentaire el thématisation 101 Topicalisation
(comment) . En d'autres termes, il doit se référer à des éléments
d'information ancienne et apporter sur ceux-ci de V information
nouvelle. Comme un certain nombre d'auteurs l'ont souligné
(Clark et Clark, 1977, par exemple), dans les phrases déclaratives
simples, le sujet grammatical représente un élément d'informat
ion ancienne (par exemple, un réfèrent dont l'existence est
acquise et certaines caractéristiques connues des interlocuteurs)
et le prédicat représente l'information nouvelle. Puisqu'en fran
çais (comme en anglais) l'ordre d'énonciation sujet puis prédicat
est le plus fréquent, on considère habituellement que l'info
rmation nouvelle est énoncée dans la seconde partie de la phrase.
C'est également à l'intérieur du prédicat, là où est énoncée
l'information nouvelle, que tombe le « stress focal » ou focus (le
mot qui reçoit l'accent contrastif) (Halliday, 1967 ; Clark et
Clark, 1977 ; Chomsky, 1970).
Chez l'adulte, ces procédures de distribution de l'information
dans la séquence énonciative ont principalement été étudiées à
partir d'une structure grammaticale qui permet d'opérer des
permutations d'éléments : la structure passive. Cette voix aurait
surtout pour fonction de mettre l'objet logique en tête de phrase
et, par ailleurs, de focaliser l'attention sur le sujet logique de
l'action. Oison et Filby (1972) ont montré que le codage per
ceptif d'un événement en termes d'objet logique (receiver) de
l'action en cause facilite l'énoncé de cet événement au passif
où l'objet logique est le premier syntagme nominal.
Le rôle fonctionnel des passives a déjà fait l'objet d'un certain
nombre de recherches (cf., par exemple, Johnson-Laird, 1968 a
et b ; Tannenbaum et Williams, 1968 ; Kienbort et Anisfeld, 1974 ;
Hupet et Costermans, 1976 ; Kail, 1979). Ainsi pour Johnson-
Laird (1968 a et b), l'emphase porte sur le premier syntagme,
c'est-à-dire sur l'objet logique, tandis que pour Klenbort et
Anisfeld, elle porte sur le second syntagme, c'est-à-dire sur le
sujet logique. En d'autres termes, selon les uns, le premier syn
tagme est important en tant que topique, et selon les autres le
second l'est en tant que porteur de l'information nouvelle.
Johnson-Laird (1977) avance l'idée que les passives sont à l'or
igine d'un paradoxe apparent selon qu'elles sont interprétées
avec ou sans contexte (cf. § Thématisation).
En ce qui concerne les recherches génétiques, s'il n'existe
pas dans la littérature (à l'exception de Gruber, 1967) de ten
tative d'intégrer les différentes procédures qui assurent la 102 Fr. Paroi et M. Kail
distinction topique/commentaire, signalée dans la structure de
surface par l'ordre d'énonciation (topique puis commentaire),
l'accent contrastif (Chafe, 1970) et la structure syntaxique
(sujet-prédicat), en revanche, dans l'analyse qu'elle propose
du développement de la pragmatique, E. Bates (1976) consacre
un long à l'évolution de la relation topique/
commentaire. Selon elle, cette relation se construit très précoce
ment, point de vue confirmé par Greenfield et Smith (1976). Dans
une situation structurée, l'enfant (18 mois environ) sélectionne
l'élément le plus important ou le plus informatif et le code dans
un énoncé d'un mot. La partie la moins informative de la situa
tion devient le topique (implicite), le mot étant le commentaire.
S'intéressant au développement des facteurs qui interviennent
dans la reconnaissance de cette distinction, Hornby, Hass et
Feldman (1970) indiquent qu'un changement clair intervient
entre 5 et 7 ans.
En réponse à la question demandant d'identifier le nom le
plus important d'une phrase, si les enfants de 5 ans choisissent
aussi souvent le sujet que le prédicat de la phrase, en revanche
à 7 ans ils indiquent le prédicat comme segment le plus impor
tant de la phrase.
Dans une étude ultérieure destinée à étudier le lien entre
différents marqueurs de la distinction topique/commentaire,
Hornby (1971) demande à des enfants de 6, 8 et 10 ans de
choisir une image allant avec chacune des phrases de différents
types (actives, passives, clivées, pseudo-clivées et accentuées),
l'hypothèse étant que les enfants choisiraient l'image qui s'a
ccorde avec l'information ancienne. L'enfant doit par ailleurs
produire des phrases correspondant aux images afin de déter
miner quelle procédure linguistique ils utilisent pour marquer
la distinction topique/commentaire. Pour les trois âges envisagés,
on trouve une égale capacité à marquer cette distinction, bien
que les diverses procédures utilisées le soient différemment aux
différents âges.
A 6 ans, il semble que la procédure dominante soit l'accent
contrastif ; à 8 ans, l'identification du topique fondée sur l'accen
tuation diminue au profit de l'émergence de l'ordre d'énonciation.
Selon Horbny, cette tendance pourrait être due au fait que, dans
le discours, le sujet logique est plus fréquemment le topique de
la phrase que ne l'est le verbe ou l'objet (Fillmore, 1968). Puisque
le sujet logique apparaît en tête de la phrase active, il se pourrait Topicalisation et thématisation 103
que l'enfant développe la règle selon laquelle le topique précède
toujours le commentaire, résultant de la fréquence des
actives dans son expérience langagière. La performance des
enfants de 10 ans indique un déclin d'utilisation de l'ordre des
mots, ce qui est interprété comme la prise en considération
d'exceptions à la règle (surgénéralisée par les enfants de 8 ans).
Ainsi, si l'ordre des mots constitue un facteur important dans
le développement de la distinction topique/commentaire, l'accent
contrastif (intonation) semble être à la fois la procédure la plus
primitive et, aux âges envisagés, la plus importante pour marquer
cette relation. Avec l'âge croît le choix entre diverses procédures
et leurs combinaisons pour assurer la distinction information
ancienne/information nouvelle.
b) Thématisation
Comme le relève Kirkwood (1969), la fonction communicat
ive de l'ordre des éléments dans une phrase a longuement été
analysée par les linguistes fonctionnalistes de Prague.
On trouve, dans leurs textes, la distinction entre thème et
rhème de la phrase, reprise ultérieurement par Halliday (1967).
Dans les cas standards, le thème et l'information ancienne
coïncident ; le rhème correspond à nouvelle et
le focus est donc une partie du rhème.
Mais dans certains textes américains (Hockett, 1958 ;
Chomsky, 1965), cette distinction thème/rhème apparaît sous
les termes de topic] comment. Le « thème » des Praguois et des
traductions françaises de Chomsky, par exemple, équivaut donc
au topic des linguistes américains. Cette confusion entre les
termes, venant en grande partie de problèmes de traduction,
est signalée par de nombreux auteurs (Chafe, 1972 ; Clark et
Clark, 1977). Dans une étude de la mémorisation de phrases,
Perfetti et Goldman (1974) tentent de clarifier la situation en
réservant le terme de thème pour « le réfèrent qui est le sujet
central du discours » (p. 71) et celui de topique pour « l'élément
référentiel placé en début de phrase ». On remarque par consé
quent que, dans les cas standards (phrases déclaratives simples),
le topique est toujours le sujet grammatical de la phrase. Il
en découle que, dans ces cas standards, une phrase reprend en
position de topique le thème du discours dans lequel elle s'insère.
On peut donc considérer que la thématisation d'un discours Fr. Paroi el M. Kail 104
dans lequel s'insère une phrase constitue en quelque sorte l'équ
ivalent du codage perceptif utilisé dans l'expérience d'Oison et
Filby (1972) : quand le discours a pour thème l'objet logique
d'une action, cette action y serait de préférence énoncée avec
l'objet logique comme sujet grammatical.
Insistant sur le rôle du contexte pour expliquer les résul
tats contradictoires obtenus par différents auteurs, Johnson-
Laird (1977) souligne que lorsque les passives sont présentées
dans un contexte (Costermans et Hupet, 1977), leur sujet gram
matical concerne un réfèrent donné et par suite l'objet grammat
ical va se référer à ce qui est nouveau et donc plus important
du point de vue informationnel. Quand les passives apparaissent
hors contexte (Johnson-Laird, 1968 a, b), le sujet grammatical
ne se réfère pas à quelque chose de déjà connu, et par suite l'i
nformation qu'il véhicule sera considérée comme importante.
Perfetti et Goldman (1975) ont réalisé une expérience dans
laquelle ils demandent aux sujets de choisir entre la voix active
et la voix passive pour une phrase terminant un texte thématisé
sur le sujet logique ou sur l'objet logique de l'action en cause.
Ils constatent que les sujets choisissent de préférence le nom
thématisé dans le texte comme topique de cette phrase finale.
Chez les enfants, certaines recherches (par exemple Tannen-
baum et Williams, 1968) ont examiné le rôle du contexte préa
lable (contexte extra-linguistique) dans l'utilisation de la voix
active ou passive par les enfants de 3 à 7 ans.
La tâche proposée consistait à décrire les événements d'une
image après avoir entendu une introduction dont le thème
peut être le sujet logique ou l'objet logique de l'action. Les
résultats, qui ont été confirmés par Turner et Rommetveit (1968),
indiquent que la voix passive est utilisée plus rapidement quand
le thème de l'introduction est l'objet logique de l'action.
Dans les recherches que nous présentons, nous cherchons à
comprendre comment la topicalisation et la thématisation inte
rviennent sur le rappel de phrases et de quelle manière leur
influence évolue avec l'âge.
c) Opérationalisation de la topicalisation
ET DE LA THÉMATISATION
Afin de pouvoir comparer les performances de l'enfant à celles
de l'adulte, nous avons utilisé dans chacun des deux cas un Topicalisation et Ihémalisation 105
matériel linguistique analogue. Cependant, pour des raisons
évidentes, matériel et procédure ont dû être adaptés aux capac
ités des enfants.
Les caractéristiques communes de ce matériel sont les
suivantes :
II s'agit de 12 histoires mettant chaque fois en jeu deux pro
tagonistes. Chaque histoire peut être relatée sous trois versions
différentes : celle d'un texte dont le thème central est l'un des deux
protagonistes (version A) ; celle d'un texte dont le thème est
l'autre protagoniste (version B) ; enfin, celle d'un texte autant
thématisé sur chacun des deux protagonistes (version C).
Les procédures de thématisation que nous avons utilisées
consistent à faire varier la fréquence d'apparition de morphèmes
désignant ou caractérisant un certain réfèrent (l'un ou l'autre,
ou les deux protagonistes de l'histoire).
Chacun des trois textes relatant la même histoire est terminé
par une phrase simple mettant en relation, par une action
exprimée par un verbe transitif, les deux protagonistes. Cette
phrase apparaît tantôt à l'actif (le sujet logique, SL, est
alors topicalisé), au passif (l'objet OL, est
topicalisé).
Exemple de texte
Introduction. — Dans le comté de Cork, la salle du tribunal
de la petite ville de Bantry n'avait jamais reçu autant de journal
istes et de photographes. Depuis longtemps, elle servait surtout
de salle de bal le jour de la foire annuelle, et de salle de jeu pour
les fameuses parties de bridge.
Version A. — Le juge Tim Martin, quinquagénaire aux tempes
grisonnantes, assumait sa fonction avec flegme. Bien que n'ayant
guère revêtu sa robe de magistrat, il avait depuis de nombreuses
années la réputation d'un homme calme et indulgent. Un cer
tain procès lui donna pourtant l'occasion de montrer son autorité.
Ce jour-là, le juge Martin frappa vigoureusement sur son burau
pour faire taire la foule, au moment d'annoncer son verdict.
On introduisit alors Bill Kelly, le maire de la ville qui était
accusé de nombreux vols.
Le juge condamna le maire.
Le maire fut condamné par le juge. 106 Fr. Paroi et M. Kail
EXPÉRIENCE I : CHEZ L'ADULTE
HYPOTHÈSES
1) Interaction ihémalisalionjlopicalisalion
C'est l'interaction entre ces deux variables (thématisation
et topicalisation) qui fait l'objet de notre recherche. Rappelons
que, conformément aux résultats connus dans ce domaine chez
l'adulte, quel que soit le texte dans lequel s'insère une phrase,
sa forme active sera toujours mieux rappelée que sa forme pas
sive3. L'influence stricte de la topicalisation pourra être analysée
dans les cas où le texte précédant la phrase est thématisé sur les
deux protagonistes. Nous ferons l'hypothèse que la différence
entre la qualité du rappel de ces deux formes sera moins impor
tante lorsque la phrase s'intégrera à un texte thématisé sur son
objet logique. En ce qui concerne les cas de conflits entre thème
du texte et topique de la phrase (texte thématisé sur le sujet
logique et terminé par une passive ou texte thématisé sur
l'objet logique terminé par une active), les rappels des sujets
devraient être globalement moins corrects que dans les cas où
thème et topique coïncident. Ces cas nous permettront de mettre
en évidence le poids respectif de la thématisation et de la topi
calisation dans le rappel d'énoncés.
2) Rôle de V indice de récupération
Nous avons utilisé une technique de rappel indicé des phrases :
l'indice de récupération étant tantôt le premier syntagme nominal
de la phrase (le topique par conséquent), tantôt le dernier (en
position de commentaire), en faisant l'hypothèse que la probab
ilité de retrouver la phrase présentée est fonction des caracté
ristiques de l'indice de récupération. En d'autres termes, la
thématisation d'un réfèrent accroît son efficacité comme indice de
récupération. Cette hypothèse peut par ailleurs être rapportée au
modèle de mémoire reconstructive proposé par James, Thompson
et Baldwin (1973) selon lequel, lorsque la phrase est perçue, il
y a d'abord interprétation sémantique avec marquage des élé-
3. L'hypothèse d'une mémoire reconstructive prédit en effet que, puisque
dans la production normale de phrases, les actives sont beaucoup plus fr
équentes que les passives, le rappel de l'information sémantique stockée se
fera de préférence à l'actif.

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