Toucher - compte-rendu ; n°1 ; vol.1, pg 342-353

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L'année psychologique - Année 1894 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 342-353
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1894
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Toucher
In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 342-353.
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Toucher. In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 342-353.
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SENSATIONS DU TOUCHER ET D'AUTRES SENS
SOMMAIRE
Toucher. — Expériences de Dresslar et de Krohn, relatives à l'influence de
l'exercice sur la finesse du toucher, mesurée au compas (esthésiomètre
de Weber). — de Galton et de Dehn sur l'influence du sexe
et du degré de culture. — Etudes de Scripture et de Preyer sur la per
ception des changements de sensation, etc. — Expériences de Dresslar.
de Flournoy, de Rivers sur les illusions du toucher.
Autres sensations. — Expériences de Kiesow sur les sensations de goût. —
Expériences de Segsworth sur les sensations de mouvement. — Expé
riences de Riley sur la sensation thermique.
I. — TOUCHER
V. BART. — Étude sur le sens du lieu de la peau et sur la mémoire
du lieu (en russe). (Dissert. Juriew., 1894, 40 p.)
Les expériences faites par l'auteur ont eu pour but de déterminer
comment nous localisons les sensations tactiles ponctuelles ; trois
sujets ont été soumis à ces expériences; la partie étudiée était le bras.
Le sujet avait son bras gauche caché par un écran, on touchait un
point et il devait avec un crayon qu'il tenait dans la main droite tou
cher le même point de la peau. L'expérience étant terminée, on
demandait au sujet comment il avait fait la localisation et quelle
était, croyait-il, l'erreur commise. Les résultats ont montré que le
sujet pour faire la localisation se servait seulement des sensations
tactiles, c'est-à-dire qu'il cherchait un point de la peau où la sensa
tion tactile était la même qu'au point touché ; le sujet appréciait en
général assez bien la valeur de l'erreur commise, cette erreur est plus
faible que la distance qu'il faut donner dans la même région aux
deux pointes de compas pour provoquer une sensation double ; enfin,
l'auteur n'a pas trouvé de direction constante pour les erreurs. Une
seconde série d'expériences consistait à toucher un point de la peau
et à prier le sujet de toucher le même point après un certain inter
valle ; l'auteur arrive à la conclusion que lorsque l'intervalle est infé- DEHN 343
rieur à une minute, on se rappelle le contact même ; si l'intervalle est
plus long, on se rappelle le raisonnement qu'on avait fait pour rete
nir le point ; nous nous permettons d'émettre quelques doutes au
sujet de cette question, nous avons en effet observé dans nos expé
riences personnelles que la manière dont on retient le lieu d'un con
tact dans la mémoire est différente suivant les individus : on peut
distinguer deux grandes classes d'individus, ceux qui ont des images
visuelles nettes et ceux qui n'en ont pas ou très peu ; les premiers
ont, dès qu'on touche un point de la peau, une image visuelle de la
portion de la peau touchée et sur cette image ils voient le point tou
ché, ils retiennent l'endroit touché comme image visuelle ; les der
niers emploient en effet le procédé indiqué par l'auteur, c'est-à-dire
qu'ils décrivent l'endroit par des mots en se servant le plus souvent
de points de repère et ils retiennent ce raisonnement.
Un dernier résultat est relatif à la variation de l'erreur commise
dans la mémoire ; la valeur de l'erreur augmente d'abord avec la
durée de l'intervalle, et à partir d'une certaine limite, environ quatre
minutes, cette erreur varie très peu.
Victor Henri.
W. DEHN. — Vergleichende Prüfungen über den Haut-und Gesch-
macksinn bei Männern und Frauen verschiedener Stande {Études
comparatives sur les sensations de la peau et les sensations gusta-
tives chez les hommes et les femmes de différentes classes.) Dissert.
Juriew., 1894, 88 p.
Sur 88 pages, 61 sont occupées par l'énumération des travaux faits
jusqu'ici sur le sens du lieu de la peau, sur les sensations de pres
sion, de température, de douleur et de goût ; nous ne nous arrête
rons pas longuement sur cette enumeration historique, dans laquelle
on consacre à chaque auteur quelques lignes et la plupart du temps
sans aucune critique; indiquons seulement que nous trouvons ici
comme chez la plupart des auteurs qui se sont occupés de cette
question la même erreur concernant le sens du lieu : l'auteur donne
la définition que le sens du lieu de la peau est la faculté de perce
voir les excitations tactiles comme localisées ; puis il dit qu'on peut
mesurer ce sens en priant la personne d'indiquer l'endroit d'un
point de la peau qu'on touche, mais, ajoute-t-il, cette méthode ne
permet pas d'avoir une mesure précise du sens du lieu de la peau,
Weber a indiqué une méthode de mesure qui est la méthode du com
pas ; on voit donc chez l'auteur cette confusion entre la localisation
d'une sensation tactile ponctuelle qui consiste à indiquer le point de
la peau qui a été touché, et la perception de deux pointes de compas
avec lesquelles on touche la peau; donnons un exemple de cette con
fusion : on pourra par exemple, en touchant la face dorsale de la
première phalange du médius avec deux pointes de compas, trouver
que le sujet distingue deux contacts lorsque la distance des points l'année psychologique. 1894 34i
est de 4 millimètres; si au contraire on prie le sujet d'indiquer le
point de la peau qui a été touché, il pourra indiquer un point de
l'annulaire, c'est-à-dire qu'il fera une erreur de doigt ; on voit donc
que ce sont deux choses tout à fait différentes, percevoir distinct
ement deux contacts simultanés de la peau et indiquer l'endroit de la
peau touché.
Pour les théories du sens du lieu nous sommes étonnés de voir que
la théorie des signes locaux est attribuée à Wundt et non à Lotze qui
l'avait publiée en 1855.
Nous n'insisterons pas sur quelques lacunes graves dans l'énuméra-
lion historique ; passons aux expériences mêmes de l'auteur qui sont
rapportées en 13 pages de texte et 7 tables. Les expériences ont été
faites sur 9 étudiants et docteurs, 4 femmes instruites, 10 surveillants
et 9 surveillantes. L'étude du « sens du lieu », comme dit Fauteur, a
été faite avec la méthode du compas de Weber ; 18 endroits de la peau
ont été étudiés ; on touchait la peau avec deux pointes séparées par
une certaine distance qui était toujours la même pour les différents
endroits de la peau et le sujet devait dire s'il sentait deux contacts ou
un seul; les premières réponses étaient désignées comme exactes, les
dernières comme fausses; quelquefois on touchait la peau avec une
pointe ; si le sujet disait : « deux contacts », c'était un cas faux; s'il
disait « un contact », c'était un cas exact. Les résultats obtenus mont
rent que la sensibilité tactile est plus développée chez les hommes
instruits que chez les hommes non instruits, la différence entre 1 s
femmes instruites et les femmes non instruites est plus faible, enfin
la différence entre les hommes et les femmes est faible.
Pour étudier le sens de pression, l'auteur appliquait une pression
de 200 grammes, puis augmentait cette pression jusqu'à 220 grammes,
Si la personne disait pour cette dernière qu'elle n'avait pas
changé, on comptait cette réponse comme un cas faux ; si l'au
gmentation était perçue, c'était un cas exact. Les résultats sont les
suivants : il n'y a pas de différence marquée entre les hommes non
instruits et les femmes non instruites ; en comparant les ins
truits avec les instruites, on voit que les premiers ont une
sensibilité plus développée sur la face dorsale des doigts, la sensibil
ité est la même sur le bras et enfin les femmes sentent mieux les
pressions sur les lèvres que les hommes.
Pour les sensations thermiques, l'auteur a trouvé que les femmes
peuvent mieux percevoir les différences de température que les
hommes ; ensuite que les hommes instruits perçoivent moins bien
les changements de température que les hommes non instruits.
Les femmes sont aussi plus sensibles que les hommes pour la dou
leur, les excitations électriques et aussi pour les sensations gusta-
tives.
Tels sont les résultats que l'auteur rapporte. On pourrait se deman
der : à quoi doit-on attribuer ces différences observées? Tiennent-elles rfs^p.
DRESSLAR 345
à la sensibilité de l'organe même ou bien y a-t-il ici des facteurs psy
chiques d'un autre genre qui jouent un rôle et modifient ainsi les
résultats ? L'auteur ne se pose même pas cette question ; il est à
regretter qu'en faisant les expériences il n'ait pas interrogé de plus
presses sujets; il aurait, croyons-nous, appris beaucoup de faits inté
ressants; les méthodes employées par l'auteur consistent toutes à
produire deux sensations et puis à prier le sujet de les comparer,
d'émettre un jugement sur ces sensations; ce jugement est préparé
d'avance ; c'est la réponse « plus grand, plus petit ou égal », ou bien
« non douloureux et douloureux », ou enfin « une pointe et deux
pointes » ; on se demande si pour une certaine différence perçue de
sensations l'homme instruit et l'homme non instruit diront la même
réponse « différent » ? Ce que le premier appellera différent sera
peut-être considéré par l'autre comme égal, quoique la différence soit
la même ; c'est une erreur introduite par l'emploi de réponses déter
minées d'avance comme « égal » et <c différent » ; même chez des per
sonnes ayant la même instruction, qui vivent dans les mêmes milieux,
on remarque des différences de ce genre et en les interrogeant de
plus près, on voit quelquefois que l'un indique comme différentes
deux sensations lorsque la différence est évidente et qu'il n'y a pas
de doute, un autre dira qu'il appelle différentes deux sensations de
Yègalité desquelles il doute, c'est-à-dire où la différence est encore à
peine perçue ; ce sont des dispositions individuelles qu'on n'arrivera
cà connaître qu'après des interrogations et non après des mesures.
Certainement les résultats rapportés par l'auteur sont intéressants,
mais comment les comprendre ? Est-ce une différence tenant à l'o
rgane sensoriel ou bien tient-elle à des dispositions psychiques supé
rieures ? Nous ne le savons pas, car l'auteur ne s'occupe guère de ces
questions.
Victor Henri.
F.-B. DRESSLAR. — Études sur la psychologie du toucher. (Amer.
J. of Psych., juin 1894, vol. VI, n° 3.)
C'est une des recherches les plus originales parues en 1894 sur la
psychologie des sensations. L'auteur présente les résultats de plusieurs
recherches expérimentales ayant porté sur des questions spéciales,
que nous allons indiquer successivement.
1° Éducation de la peau au moyen de Veslhésiomètre. On sait que
la distance à laquelle deux pointes de compas qu'on appuie sur la
peau ne font qu'une seule sensation varie selon les régions du corps
et mesure la sensibilité tactile ; c'est E.-H. Weber qui a fait cette
importante découverte, étendue depuis et développée par les expé
riences de Volkmann, Funke, Vierordt, Suslowa, et bien d'autres.
M. Dresslar a étudié les trois points suivants : avec quelle rapidité
l'exercice augmente la finesse du toucher, dans quelle mesure l'au
gmentation de finesse se propage dans les parties symétriques du 3i6 l'année psychologique. 1894
corps et dans les autres parties, et quelle est la courbe de la perte
de la finesse acquise quand on cesse les exercices. Les expériences
ont été laites par M. Dresslar sur deux sujets, un homme (lui-même?)
et une femme; sur l'homme, on a choisi une région de 7 cent
imètres carrés, placée sur la face antérieure du bras gauche à 5 au-dessous du coude; pour la femme, un carré de 5 cent
imètres placé sur le bras droit, face antérieure, à égale distance du
coude et du poignet. Deux séances par jour, pendant un mois ; à
chaque séance, de 2b à 40 expériences, faites avec un esthésiomètre à
pointes émoussées en ivoire : les deux pointes appuyées simultané
ment, le bras immobile, la peau n'étant pas tendue ; pour éviter les
images tactiles consécutives, on laissait écouler quelque temps entre
chaque contact. Pour obtenir la région symétrique de celle qu'on
explorait, on cerclait celle-ci avec de l'encre, et le sujet superposant
exactement ses mains et ses bras, l'encre déposée sur un des bras
marquait l'autre aux régions correspondantes. L'augmentation de la
sensibilité après un mois d'exercice a été considérable pour les deux
sujets. Pour un des sujets, par exemple, elle était : moyenne de la pre
mière semaine, 18 millimètres; deuxième semaine, 13; troisième
semaine, 5,5 ; quatrième semaine, 4,1. (Ce qui veut dire, nous le
répétons, qu'à la première il fallait une séparation de 18 mil
limètres entre les pointes de compas pour la sensation double, et qu'à
la quatrième semaine, la distance de 4 millimètres, 1 était devenue
suffisante.) Nous remarquerons que l'augmentation de finesse a d'abord
été très rapide, mais que dans la quatrième semaine, elle s'est beau
coup ralentie ; ceci est conforme, soit dit en passant, à ce qu'on con
naît déjà sur les effets de l'exercice ; on gagne d'abord beaucoup,
puis moins, et on atteint finalement une limite qu'on ne dépasse plus
guère. L'auteur remarque qu'au début il y avait de grandes variations
entre les résultats des séances du matin et du soir, puis que progres
sivement cela s'est égalisé, ce qui exprime, dit-il, une loi générale de
l'éducation, à savoir qu'avec l'exercice le travail devient plus méca
nique, plus uniforme, et moins sensible à l'influence d'une foule de
causes extérieures. Ce point de vue est fort intéressant.
L'effet de la finesse acquise sur la partie symétrique a été très
important. On sait déjà, par les expériences de Volkmann, que si on
exerce une partie quelconque, le bras droit par exemple, par des.
expériences de toucher, la partie gauche symétrique, le bras gauche,
bien que n'ayant pas été exercé, devient plus sensible également. Sur
le sujet femme, M. Dresslar obtient l'effet suivant : avant l'exercice,
bras gauche : 21 millimètres ; bras droit 21 millimètres ; après un
mois d'exercice : bras gauche : 5 millimètres ; bras droit : 5 mill
imètres. Chez l'homme, le gain a été également considérable, mais un
peu moins que chez la femme. Comment expliquer ce résultat ? Par
un transport de la finesse acquise à la partie symétrique du corps?
Ou bien par une augmentation du pouvoir général de discrimination 347 DRESSLAR
de l'esprit ? Les deux causes ont agi, mais la première plus que la
seconde, comme le prouve ce fait qu'autour des régions d'expériment
ation la peau avait également augmenté de finesse, mais dans des
proportions moins considérables. Ajoutons que ce sont là des faits
d'expérience et non des explications. Nous avons parlé de transport
d'une qualité aune région symétrique; transport ou transfert, ce sont
de simples mots pour désigner un phénomène dont la nature n'est
point connue.
La perte de cette finesse de toucher acquise par l'exercice est très
rapide, et au bout d'un mois il n'en reste plus trace ; ceci est indiqué
par les chiffres suivants : le 10 novembre, jour où finissent les exer
cices, une distance de 5 millimètres (chez le sujet homme) est indiquée
comme correspondant a deux pointes 40 fois, et comme correspon
dant à une pointe 10 fois ; il y a donc 40 jugements vrais pour 10 juge
ments faux ; le 4 décembre, une distance de 20 millimètres donne
lieu à 32 jugements justes et 18 jugements faux. C'est à peu près
l'état de sensibilité trouvé antérieurement aux expériences.
2° Expériences du toucher sur les espaces pleins et les espaces vides.
Pour l'œil, l'espace plein paraît plus grand qu'un espace vide, de
grandeur égale. Afin de refaire cette expérience sur le toucher, on
procède ainsi : on trace une ligne sur une feuille de carton, la ligne
a z ; au milieu de cette ligne, en b, on perce des trous équidistants,
depuis b jusqu'à z ; avec le bout du doigt, on suit cette ligne de a à
z ; dans la première partie du trajet, on reçoit l'impression uniforme
du carton ; dans la b z, on reçoit des sensations multiples et
différentes, provenant des orifices. M. W. James pense que l'espace a
b paraîtra plus long que l'espace ponctué b z. (Psych. vol. II, p. 241.
Voir aussi Loeb, qui a trouvé le contraire pour des fils rugueux et
lisses. Pflüger's Arch., vol. XLI, p. 121.) Mais M. James ne précise pas
la longueur des lignes, le nombre des orifices, etc. M. Dresslar a fait
des expériences sur sept adultes avec 18 échantillons de lignes, dont
la plus courte était de 2 centimètres et la plus longue de 16 centimètres.
Les résultats ont été bien uniformes, et d'un caractère très accentué.
Quand les espaces à comparer ont moins de 10 centimètres de lon
gueur, la ligne piquée paraît presque constamment plus longue que la
ligne vide. Ainsi, on offre aux sujets une ligne de 4 ; une
des moitiés est percée de 4 trous ; 63 fois cette moitié est jugée plus
longue, et 6 fois seulement plus courte. Le nombre de trous augmente
l'illusion, c'est-à-dire fait paraître plus longue la ligne trouée (alors
même qu'elle est réellement plus courte) ; ainsi dans une ligne dont la
moitié vide est de 3cm,5, et la moitié trouée de 3 centimètres, si le
nombre de trous est de 4, la partie trouée est jugée plus longue 42 fois,
et plus courte 25 fois; si le nombre de trous est de 13, l'illusion de
longueur est si forte que cette partie trouéeest jugée plus longue 60 fois
et plus courte 11 fois. Mais ces résultats ne restent uniformes qu'à
la condition que les espaces à compareraient 10 centimètres au mini- ' '
3i8 L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. 1894
mum ; pour des longueurs supérieures, le sujet devient très embarr
assé ; il a de la peine à se rappeler, dit-il, la longueur du chemin
parcouru par son doigt, il avoue qu'il se prononce au hasard, et les
réponses, en effet, ne sont plus concordantes. Cet exemple montre
bien comme les phénomènes psychologiques sont compliqués. Une
autre complication a été prévue, celle provenant de l'ordre dans lequel
on parcourt la ligne a z ; tous les résultats précédents ont trait au cas
où on perçoit d'abord, avec le doigt, la ligne vide, et ensuite la ligne
trouée. Si c'est cette dernière ligne qui est d'abord perçue, qu'arrive-
t-il ? Le sens des résultats reste le même pour les courtes distances, de
5 centimètres ; au-dessus de 5 centimètres, l'ordre de perception prend
une telle importance qu'il détruit l'effet des orifices ; les réponses se
répartissent de telle manière que dans la moitié des cas, ou à peu
près, l'espace vide paraît plus long et dans l'autre moitié plus court.
D'après l'auteur, cet effet serait dû à la perte rapide de mémoire qui
se produit pour les sensations tactiles, quand l'espace à parcourir par
le doigt est un peu long; par suite de cette perte de mémoire, il se
produit un raccourcissement de la ligne qui est explorée la première.
En acceptant cette interprétation, qui paraît vraisemblable, on voit
combien d'influences perturbatrices peuvent modifier un phénomène
relativement simple, comme l'est l'illusion tactile décrite : influences
provenant soit de difficultés de comparaison, soit de pertes de
mémoire. Ce sont là d'excellents exemples à ajouter à ceux qu'on con
naît déjà pour montrer les causes d'erreurs auxquelles est sujette
l'étude psychologique des sensations.
Les mêmes expériences ont été faites avec le toucher passif, c'est-
à-dire la carte trouée se déplaçant d'un mouvement uniforme sous l'i
nfluence d'un mécanisme sous le doigt immobile. Les résultats sont à
peu près les mêmes que précédemment ; sur 312 jugements portés,
270 considèrent l'espace troué comme plus long ; dans la plupart des
cas, cependant, ce dernier espace était réellement plus court de 1 cen
timètre ou de 0,5 centimètre. Ces expériences sont importantes pour
la signification générale du phénomène, en montrant que l'apprécia
tion comparative de la longueur des deux lignes ne repose pas seul
ement sur le temps nécessaire à les [parcourir, mais sur le nombre de
sensations différentes auxquelles ces deux lignes donnent lieu.
3° Illusions sur le poids des corps. — Expériences faites sur des
enfants, dans les écoles, pour montrer l'influence du volume des corps
sur l'appréciation de leurs poids. Huit tubes métalliques, de hauteur
différente, ont été remplis de manière à peser chacun 132 grammes ;
leur hauteur était : le premier, de 1 pouce et demi ; le huitième, de
5 pouces, les autres étant compris entre ces deux hauteurs extrêmes
et différant les uns des autres d'un demi-pouce. (Rappelons que le
pouce vaut 2cm,S4.) Sans aucune suggestion, le sujet était prié de
« ranger les tubes dans l'ordre de leur poids ». Le but de l'expérience
était de rechercher dans quelle mesure la considération du volume DRESSLAR 349
influerait sur l'appréciation du poids. On sait que par suite d'une expé
rience très ancienne pour chacun de nous, nous établissons des rap
ports entre les poids des objets et leur volume. Cette expérience fut
faite sur 173 enfants des deux sexes, non collectivement, mais chacun
d'eux pris individuellement, et restant en tête à tête avec l'expériment
ateur.
La majorité des enfants, 92 sur 173, rangèrent les poids dans l'ordre
exact de leur taille, considérant le plus petit comme le plus lourd et
ainsi de suite. Aucun n'établit l'ordre inverse, et les déplacements
arbitraires marqués par tel ou tel enfant ne s'éloignent jamais beau
coup de l'ordre de la taille. Donc, à peu près tous sont sensibles à cette
illusion que le poids des corps est inverse de leur volume. Pour mesur
er cette illusion, on a eu l'idée de demander aux enfants de comparle poids qui leur paraissait le plus léger au poids qui leur parais
sait le plus lourd (rappelons que les objets étaient de poids égaux).
En moyenne, les enfants ont trouvé que le poids jugé le plus lourd
était trois fois plus lourd que le plus léger. Une erreur aussi marquée
provient de ce qu'on ne compare pas uniquement deux objets, mais
qu'on en range huit par ordre de grandeur, et que dans ce cas il se
produit une sommation des illusions. Si on fait seulement la compar
aison avec deux objets, deux cylindres, l'un d'un pouce et demi et
l'autre de 5 pouces, le plus petit ne paraît plus que 2 fois, 4 plus lourd.
On voit de suite l'importance de la différence entre ces deux moyennes.
Pour s'assurer que cette différence n'est point accidentelle, mais est
bien psychologique, l'auteur a calculé, d'après les règles de Jevons
(Principles of science, p. 387) l'erreur probable : elle est de 0,6 pour
le cas où tous les poids sont comparés, et de 0,5 pour le cas de la
comparaison de deux poids ; elle n'entame donc nullement la diff
érence indiquée.
Comment expliquer cette illusion? Peut-être vient-elle, pense l'au
teur, de ce que, en voyant des objets semblables en apparence et de
volume différent, on est disposé à croire, avant de les toucher, que le
plus volumineux est le plus lourd ; on fait alors un effort proportionné
par ce raisonnement, au moment de les soulever ; un plus grand etî'ort
pour soulever le plus volumineux ; et comme ce dernier est de même
poids que les autres, qu'on soulève avec un effort moindre, il est sou
levé plus rapidement, et par conséquent paraît inoins lourd. En tout
cas, l'illusion persiste après de nombreuses expériences et des adultes
ne peuvent être convaincus que c'est une illusion que si on leur montre
le contrôle de la balance.
Les enfants qui ont pris part à ces expériences ont été rangés par
leurs maîtres en trois classes, suivant le degré de leur intelligence.
Les enfants de la première classe, les plus intelligents, ont été plus
sensibles à l'illusion que ceux de la seconde, el ceux-ci plus que les
enfants de la troisième. Le nombre moyen de déplacements a été pour
la première classe, de 0,7, pour la deuxième classe de 1,7 pour la 350 l'année psychologique. 1894
•troisième classe de 1,9. Les filles ont été moins influencées parla sug
gestion du volume : première classe, le nombre moyen de déplace
ments a été de 1,3 ; deuxième de 1,7 ; troisième classe de 2,1.
Mêmes recherches sur 48 adultes ; le nombre moyen de déplacements
(ce qui indique une dérogation à l'ordre suggéré par le volume) est
bien inférieur, de 0,9. Enfin des expériences faites avec des objets de
formes diverses, mais de même poids et de même volume, ont montré
que les objets de forme compacte, qui paraissaient de taille plus
petite, ont été jugés les plus lourds.
De toutes ces recherches, l'auteur conclut que les enfants les plus
intelligents — et on peut en dire autant des adultes — associent
fortement que ne le font les autres enfants les idées de volume et de
poids ; que ces associations fortes peuvent pervertir les sensations
vraies et donner lieu à des illusions. Comme ces illusions sont suggé
rées par des habitudes et des expériences anciennes, l'auteur dit que
dans ce sens les enfants les plus intelligents sont plus suggestibles que
les autres enfants, et aussi que les adultes plus que
les enfants. L'observation est exacte ; on comprend seulement qu'elle
l'est dans certaines limites. Il ne faudrait pas conclure que d'une
manière générale les adultes sont plus suggestibles que les enfants. Ce
serait tout juste le contre-pied de la vérité. Les expériences de
M. Dresslar montrent quelle erreur ce serait de se servir du mot de
suggestion sans le définir; c'est cependant ce que bien des auteurs
font aujourd'hui. Il y a un grand nombre d'espèces de suggestions, et
ce qui est vrai des unes est faux des autres.
Le travail se termine par une indication sommaire de quelques ques
tions curieuses et neuves. L'auteur a cherché à retrouver dans le tou
cher l'illusion antirhéoscopique de la vue, illusion dans laquelle les
objets immobiles paraissent en mouvement. En faisant glisser dans
certaines conditions et pendant quelque temps un morceau d'étoffe de
velours sur la peau d'une personne, puis en arrêtant ce mouvement,
on peut faire naître l'illusion d'un mouvement de l'étoffe en sens
inverse. Sur les images consécutives du toucher, l'auteur après avoir
rappelé les expériences de Goldscheider (Ueber die Summation von
Hautreizen, Du Bois Reymond's Arch., 1891, p. 161) a fait plusieurs
expériences sur différents individus. Ces expériences consistaient à
toucher un point de la main avec de petits crayons en bouchon, et à
étudier avec soin les sensations qui en résultent. M. Dresslar a vu que
l'image consécutive a un caractère plus ou moins douloureux, même
quand la sensation primitive ne contient aucun élément de douleur.
L'image lui paraît liée au retour du sang dans le point
excité ; au moment de la pression, le sang est chassé ; il se forme sur
la peau un petit cercle blanc ; puis le sang revient, et c'est avec ce
retour du sang que se produit l'image consécutive. Le travail se te
rmine par une note sur la démographie. On sait que sous différentes
influences, notamment celle de maladies du système nerveux, une

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