Traités et Manuels généraux - compte-rendu ; n°1 ; vol.28, pg 250-257

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L'année psychologique - Année 1927 - Volume 28 - Numéro 1 - Pages 250-257
8 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1927
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1° Traités et Manuels généraux
In: L'année psychologique. 1927 vol. 28. pp. 250-257.
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1° Traités et Manuels généraux. In: L'année psychologique. 1927 vol. 28. pp. 250-257.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1927_num_28_1_6420ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
I. — Généralités
1° Traités et manuels généraux
1. — GEORGES DWELSHAUVERS. — Traité de Psychologie. — In-8
de 672 pages. Paris, Payot, 1928. Prix : 40 francs.
Entre les manuels très concis et les grands traités très complets,
il y a place pour des ouvrages homogènes, facilement maniables, suff
isamment développés pour fournir des directives vraiment utiles sans
trop entrer dans les détails, comme ce traité de Dwelshauvers, qui
mérite de grands éloges.
C'est une lourde tâche, pour un homme, que de mettre seul sur
pied un tel ouvrage ; D. n'a pas craint de l'assumer et il s'en est fort
bien tiré. Avec un souci nettement déclaré d'objectivité, avec une i
nformation très large dépassant singulièrement les bibliographies citées,
brèves mais représentatives, D. a écrit un livre solide et moderne, un
excellent guide.
S'il a cru utile de donner quelquefois les éléments de la solution
thomiste de problèmes métaphysiques, c'est en précisant bien que
ces problèmes relèvent de la psychologie rationnelle, et restent en
dehors du domaine scientifique auquel il s'est restreint.
La structure du traité est originale ; après un exposé documenté
et impartial relatif aux faits et lois, et aux méthodes (introspec
tion, expérimentation, observations pathologiques et comparatives),
une deuxième partie envisage « les grandes directions de la psycholog
ie », la synthèse mentale, la loi d'habitude et les phénomènes d'auto^
matisme, le dynamisme et les problèmes de l'inconscient et de l'ins
tinct ; la troisième partie traite de la vie pratique élémentaire, de la vie
affective (tonus affectif, affections simples, émotions, tendances),
des mouvements et des sensations ; les « synthèses sensibles »
(image, association, espace, temps) et les « fonctionnelles »
(« structures mnémiques » et faits de mémoire, « sélection moto-
représentative » et processus d'attention, invention, structures ver
bales et phénomènes de langage) constituent les deux parties sui- TRAITÉS ET MANUELS GÉNÉRAUX 251
vantes, la dernière étant consacrée aux synthèses gupérieureg (pensée,
volonté, personnalité, intelligence et sa mesure).
Si l'on veut, assez rapidement en somme, obtenir sur l'état des pro
blèmes, dans la psychologie actuelle, des données exactes et précises,
le traité de Dwelshauvers est le seul, en langue française, qui le per
mette. H. P.
8, — H. PIÉRQN, — Psychologie expérimentale. — 1 vol. in-12
de 220 p. de la Collection Armand Colin, Paris, 1927,
Ce serait un effort tout à fait vain que d'essayer de donner en quel
ques lignes ou même en quelques pages une idée du contenu d'un petit
livre qui condense lui-même en 220 pages de petit format l'essentiel
des données de la Psychologie expérimentale. Ecrire ce manuel était
une tâche difficile : l'analyser serait une tâche impossible et nous ne
l'entreprendrons pas,
Dans ce petit livre, destiné au grand public et d'où tout appareil
technique est écarté, P, a su être fidèle à la devise de la collection pour
laquelle il l'a écrit ; « Vulgariser sans abaisser ». Sa parfaite connais
sance de l'état actuel des questions qu'il traite lui permet d'appuyer
son exposé d'observations extrêmement précises qu'on ne trouve pas
dans la plupart des ouvrages de vulgarisation. Et cependant ce livre
est tout autre chose qu'un recueil de données, expérimentales ; elles
n'y interviennent qu'à titre d'exemples, elles permettent de mieux
analyser les faits de la conduite réelle : on sent en le lisant que, dans
la pensée de son auteur, }a psychologie du laboratoire ne fait qu'un
avec celle de la vie,
Ce qui intéressera le plus les psychologues dans ce petit manuel,
c'est sa méthode générale, avec le mode original de présentation des
questions classiques qui résulte de son application rigoureuse.
Le« relations historiques de la psychologie et de la philosophie
ont maintenu longtemps dans les ouvrages classiques et même ré
cents une définition traditionnelle, mais confuse ; on donne pour objet
à la psychologie les états de conscience individuels, c'est-à-dire un
monde fermé à l'observation objective : de là les justes critiques d'A.
Comte et les préventions de beaucoup de savants. Mais ce n'est là
qu'une apparence. Si je regarde un écran éclairé par des radiations
voisines de 550 millimicrons, j'éprouve une certaine impression con
sciente et je dis à mon voisin, qui peut en prendre note, que j'ai perçu
du « vert ». Dans les mêmes conditions, lui-même se servira du même
terme. Je n'ai aucun moyen de comparer son expérience intime à la
mienne, mais nous réagissons l'un et l'autre par le. même mot à la
même situation objective. Mais voici une autre personne qui tout
en employant le mot p vert » le fait dans des conditions assez diffé
rentes et je réussis par là à déceler une dyschromatopsie définie. Je
pourrai étudier les conditions de cette réaction verbale, même si
j'étais açhromatopsique. De même, par des méthodes de dressage t
qui engendrent des réactions spécifiques aux excitations lumineuses
de différentes radiations (pour remplacer les réactions verbales ac
quises au cours du dressage social), je puis étudier la vision des cou
leurs chez les animaux. Les états de conscience ne sont accessibles à la
recherche que dans la mesure où ils peuvent engendrer des manifestat
ions extérieures spécifiques. L'ineffable n'est pas objet de science. 252 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Dans une psychologie du comportement les problèmes se posent
en termes de réactions ; mais P. conçoit cette notion d'une façon beau
coup plus large que les behavioristes américains. L'activité rationnelle
peut être constituée en partie par des modalités qui ne sont pas dire
ctement et immédiatement apparentes, mais qui se décèlent par des
manifestations indirectes, et des effets consécutifs dont les développe
ments du livre nous montrent toute la variété. Entre toutes ces réac
tions il y a continuité, depuis les réflexes spécifiques héréditaires les
mieux fixés jusqu'aux formes les plus variables du comportement in
dividuel.
C'est cette conception d'activité réactionnelle qui fait l'unité du
livre et domine l'exposé des questions particulières. Ainsi l'étude
classique du plaisir et de la douleur, de l'émotion et du sentiment,
devient celle des réactions affectives et de l'orientation de la conduite.
Il ne s'agit plus de savoir de quoi est fait l'état subjectif que nous
appelons douleur ou colère, mais de décrire le comportement concret
total que nous appelons de ce nom. L'étude de la perception devient
celle de l'adaptation de la conduite à la nature de l'excitation, adaptat
ion dont la précision est susceptible de degrés. Reconnaître et dis
tinguer sont des actes, qui s'expriment à la fois dans la conduite et
dans le langage. Il faut étudier la perception sa fonction, en
partant du syncrétisme primitif pour aboutir aux « sensations él
émentaires » qui répondent à des réactions plus différenciées à certains
aspects du réel (qualités sensibles, ordre spatial et temporel, etc.).
C'est à la lumière de la même idée qu'il faut étudier ensuite les réac
tions intellectuelles (association, symbolisme, pensée créatrice).
Les deux dernières parties du manuel examinent ces mêmes activités
sous un autre aspect, celui du niveau, c'est-à-dire de l'efficience, de la
valeur, de la hiérarchie des conduites dans leur rapport avec le milieu
matériel et avec le milieu social. C'est ici que se placent les problèmes
de l'attention, du développement mental, de la psychologie des ca
ractères et types individuels, ainsi que les applications pratiques de la
psychologie à leur détermination.
Nouveau par ses principes et par son ordonnance, le petit livre de
P. demandera quelque effort d'assimilation à ceux qui sont familia
risés avec les conceptions plus classiques, A des esprits neufs, qui ne
sont pas gênés par leurs habitudes, il offrira des cadres plus clairs
pour ranger les faits de la vie mentale et en poursuivre l'étude scienti
fique. P. G.
3..— WALTHER SCHMIED-KOWARZIK. — Umriss einer ana
lytischen Psychologie. {Esquisse d'une psychologie analytique). —
2e édition. T. I. In-8 de 160 pages. Leipzig, Barth, 1928.
Le premier tome de cet ouvrage, publié tout d'abord en 1912 par
l'auteur, actuellement professeur de philosophie et psychologie à
l'Université de Dorpat, est consacré au fondement d'une
non empirique, et porte en exergue cette phrase de Wilhelm Dilthey
(1894), dont la pensée eut sur lui une grande influence : « On a besoin
d'une psychologie systématique où trouve place toute 1' « Inhaltli
chkeit » de la vie de l'âme ».
Comme Dilthey l'auteur envisage une séparation radicale de la ET MANUELS GÉNÉRAUX 253 TRAITÉS
psychologie empirique, rattachée aux sciences de la nature, et de la analytique, science morale devant fournir les fondements
de la théorie de la connaissance.
Il est conduit à préciser ce qu'on doit entendre par -empirique et
par analytique, au cours d'un examen philosophique et historique, et
à rapprocher la psychologie au second sens des autres sciences analy
tiques (un premier groupe concernant l'analyse des propriétés subst
antielles, avec la géométrie, la physique mathématique, optique,
acoustique, etc., et la systématique des choses, arithmétique, logique,
tandis que le second groupe renferme les « Geistes-Wissenschaften »,
esthétique, éthique, philosophie du droit et de la religion, etc.).
A vrai dire la conception de la psychologie analytique, comme
science générale fondant la psychologie empirique, ne laisse pas de
surprendre, de même que le classement de l'anatomie générale dans
les sciences analytiques. L'idéal, pour l'auteur, consiste à mettre à la
base la psychologie générale du type humain, qui sera analytique, et,
avec des transitions formées par la psychologie génétique et patholo
gique, à compléter l'édifice par une spéciale (individuelle
et sociale) relevant de l'empirique. L'auto-observation et la des
cription analytique de nombreux psychologues sont rangées dans le
non-empirique, et il n'est pas jusqu'aux de l'école expé
rimentale qui auraient été des analystes sans le savoir !
Toutes ces spéculations philosophiques restent bien extérieures aux
préoccupations des psychologues, que l'on peut étiqueter d'une man
ière ou d'une autre sans que cela les aide ou gêne aucunement.
H. P.
4. — MADISON BENTLEY, KNIGHT DUNLAP, W.-S. HUNTER,
K. KOFFKA, W. KOEHLER, W. Me. DOUGALL, MORTON
PRINCE, J.-B. WATSON, R.-.S. WOODWORTH. — Psychol
ogies o! 1925. — 3e édition. In-8° de 412 pages. Worcester, Clark
University Press, 1928.
On doit à l'actif professeur de psychologie de Clark, Cari Mur-
chison, qui publie une Bibliothèque internationale de Psychologie
(The international University series in Psychology) ce remarquable
recueil, qui fera date dans l'histoire de la Psychologie, où figurent les
« Powell Lectures in Psychological theory » organisées en 1925 à
Clark.
En quelques mois, la première édition (mai 1926) fut épuisée, une
seconde parut en février 1927, et voici la troisième, moins d'un an
après (janvier 1928). C'est un succès que rencontre rarement un re
cueil de conférences.
Mais aussi on trouve dans ce volume :
1° Une série d'études de l'école behavioriste (trois de Watson, sur
les instincts humains d'après les données fournies par l'étude de la
première enfance, sur l'étude expérimentale de la croissance des
réactions émotionnelles semblable à celle des habitudes, et sur les
changements qui surviennent dans l'équipement émotionnel, et une
de Hunter, vivante et spirituelle, sur les rapports de l'anthro-
ponomie, conçue comme la science directe de l'homme, et delà psy
chologie qui est la science des « general traits of mind », le mind â54 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
étant envisagé objectivement comme « the sum-total of hümän
experience considered as dependent upon a nervous system ») ;
2° Un exposé, par Woodworth de sa conception de la psychologie
dynamique •
3° Trois chapitres dus aux psychologues de la Gestalt (sur le déve
loppement mental par Koffka, suf l'intelligence du singe, et ätir les
grandes lignes de la théorie de la forme par Köhler) ;
46 Un groupe d'études d'esprit finaliste, de Morton Prince (sur des
erreurs du « Behäviorisme, sur la théorie biologique de la conscience
et sur lé problème dé la personnalité) et de Me Dougall (sur la ques
tion « Homme ou Machine 7 ») ;
5° Trois contributions de Knight Dunlap illustrant sa « psychologie
de réaction » par un exposé de théorie générale, une étude des mé
thodes expérimentales et tin examen des applications sociales de la
psychologie ;
6Ö Enfin trois chapitres de psychologie « structurale » dus à Madison
Bentley, avec Un rappel historique, et un bref essai de synthèse.
Dés maintenant Murchison prépare un volume sur les psychologies
de 1930 plus compréhensif et plus large encore. H. P.
5. — H. DELACROIX. — Psychologie de l'art, essai sur l'activité
artistique. — 1 vol. in-8° de 483 p., Paris, Alcan, 1921.
H. D. s'est proposé de décrire d'abord les conditions les plus géné
rales de l'activité esthétique, puis de compléter ses analyses par quel
ques exemples concrets empruntés aux arts principaux, en étudiant
la musique, la poésie, la peinture.
L'Art est-il, comme le veut une thèse»eélèbre, sorti par évolution
du Jeu ? L'enfant joue son rêve, se crée un monde de fictions ; il
ressemble par certains côtés à l'acteur qui incarne son rôle. Mais les
ressemblances ne sauraient effacer les différences. Le jeu est presque
indifférent à sa matière : il suffit à l'enfant que les objets soient trans
figurés par l'action et le thème du jeu. Au contraire l'artiste com
mence par aimer cette matière pour laquelle il a une sensibilité élec
tive ; de plus, l'œuvre est le dernier mot de l'art,: tout le travail créa
teur vise à la fabrication de cette œuvre en qui un moment ou un as
pect de la vie vient s'enfermer dans une forme. Le jeu ne devient art
que quand le joueur est un artiste.
Autre vérité non moins insuffisante : l'art est une animation de
l'univers ; par là il s'oppose à la perception utilitaire qui ne retient
des choses que ce qu'il faut pour y réagir. Mais toute sympathie,
tout animisme n'est pas esthétique. L'Einfühlung, l'imitation
automatique (qui d'ailleurs n'est pas une fonction, élémentaire)
n'expliquent pas le caractère spécifique de la création artistique.
L'animation esthétique construit ses objets. L'art est fabrication et
artifice.
Si la réalité n'est pas donnée toute faite dans la nature
d'où la sympathie la ferait sortir, elle n'est pas davantage préfi
gurée en dels Idées suprasensibles, objets de contemplation intérieure,
comme l'ont voulu, après Platon, Schopenhauer et Hegel. D'abord
l'idée n'apparaît dans l'art que sous forme concrète et individuelle. ÏRÀlTËS ET MANUELS GÉNÉRAUX 2Ô5
Ensuite elle n'existe pas toute faite : la vision de l'artiste n'est pas
une dounée, mais une construction.
A la base de l'art est une convention primordiale, une création de
symboles. Même dans les arts d' « imitation », l'artiste comme l'en
fant, travaille d'après un modèle mental Tout réalisme est encore un
idéalisme. La nature y est vue à travers une âme. Leâ produits portent
la marque de l'esprit.
Tout plaisir esthétique est la synthèse d'un plaisir sensoriel, d'un
plaisir formel, d'un plaisir affectif. Mais c'est l'harmonieuse fusion de
ces trois éléments qui en fait un plaisir esthétique. L'élément sen
sible n'y est pas seulement sensation agréable* mais sensation belle.
Cette beauté ne s'épuise pas dans les composantes émotionnelles ba
nales des impressions artistiques un peu brutales, ni dans les éléments
de rêverie personnelle des spectateurs de type « subjectif » ; elle se
définit avant tout par la. structure intrinsèque d'une création sôu-
. mise à des lois et qdi, en un certain sens> quoique distincte de la réalité
empirique, possèeu les critères généraux du réel et du vrai, Ces ca^
ractères sont communs à tous les arts et il serait très exagéré de voir
seulement dans l'aptitude artistique le simple effet d'une prédisposi
tion sensorielle particulière.
De la psychologie de l'artiste le cinquième chapitre nous donne une
idée plus complexe et plus haute. La puissance constructive en est le
trait dominateur, construction mentale et construction matérielle
étant souvent unies intimement. D'ailleurs il faut reconnaître l'exis
tence de types variés d'artistes, par exemple dans le rapport plus ou
moins intime de l'œuvre et de la vie personnelle, dans le caractère
plus ou moins conscient de la création artistique, dans la priorité des
éléments matériels ou formels dans sa genèse, dans la nature du trâ'
vail qui va de l'ébauche à l'œuvré achevée par des corrections et des
remaniements plus ou moins voulus. Tous ces problêmes sont discutés
dans un excellent chapitre nourri d'exemples historiques précis.
C'est surtout sur l'exemple de la musique que dans la deuxième
partie de ce livre* D. va préciser toutes ces idées générales. Ainsi il
marque fortement l'insuffisance des explications par l'imitation.
Comme les précédentes) les théories qui rattachent Part musical à la
parole passionnée, à la déclamation lynque ou tragique viennent se
heurter au fait fondamental de la discontinuité de l'échelle tonale
avec ses rapports déterminés (malgré ses fluctuations historiques).
La danse, dont la signification psychologique est exprimée en des
pages saisissantes, n'est pas non plus l'origine de la musique, en dépit
de la confusion primitive des deux arts. A côté du rythme, auquel
Wallaschek veut tout ramener, le système sonore mathématiquement
ordonné reste l'essentiel. On ne s'y affranchit de règles désuètes de
mélodie et d'harmonie que pour créer de nouvelles formes plus
souples et plus propres à servir de moyens expressifs.
Mais qu'est-ce que la musique exprime ? Des sentiments sans
doute, mais, comme D. aime à le répéter, la musique musicalise le
sentiment. Il ne s'agit pas des émotions de la vie quotidienne, mais
de sentiments dématérialisés qui peuvent trouver leur expression
dans les qualités des complexes sonores et dans leurs variations dyna
miques. Mais l'expérience musicale a ses variétés. Les témoignages • ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 25é
des amateurs et des artistes eux-mêmes nous empêchent de l'oublier et
D. en réunit dans un chapitre des preuves un peu déconcertantes. On
trouve de tout dans l'impression musicale : imagination visuelle st
imulée ou supprimée, ivresse sensorielle du son et plaisir intellectuel
de suivre les combinaisons formelles, exaltation de la rêverie et de
l'érotisme ou de l'interprétation symboliste objective, etc. Il y a des
sourds musicaux qui jouissent sincèrement de la musique et Darwin
y trouvait un excitant de la méditation scientifique. Contre ces faits
de la Psychologie, l'Esthétique proteste ; elle veut distinguer de ces
effets « para-musicaux » ce que la musique « exprime » conformément
à son essence. On se demande parfois.Jen lisant le livre de D., lequel
de ces deux points de vue est le sien et comment ils se limitent l'un
par rapport à l'autre. Une philosophie de l'art y mêle ses jugements de
valeur aux constatations purement psychologiques.
Quoiqu'il en soit, l'ouvrage est appuyé sur une connaissance appro
fondie des doctrines classiques ou contemporaines et dégage, avec
infiniment de mesure et de souplesse, ce qui fait la valeur de chacune
d'elles. On y retrouve les idées et les tendances des autres ouvrages de
D. sur la psychologie du langage et du sentiment religieux, avec les
quels le présent travail présente de suggestifs rapprochements : no
tions d'une puissance créatrice de l'esprit, du caractère symbolique
de toute pensée, de l'irréductibilité de certains ordres de faits que des
thèses superficielles font trop facilement sortir l'un de l'autre. Faut-il
ajouter que l'ouvrage est écrit dans la même forme riche, brillante
et spirituelle que les précédents ? D. a parlé de l'art en artiste et la
virtuosité de ses analyses n'en est pas le moindre attrait. P. G.
6. — EDOUARD MONOD-HERZEN. — Principes de Morphologie
générale. — 2 vol. in-8° de 210 et 182 pages. Paris, Gauthier-
Villars, 1927.
Cet ouvrage, intéressant et original, est un carrefour de disciplines
multiples, et il est dédié de fait au philosophe Félix Thomas, au ma
thématicien Carlo Bourlet, au biologiste Frédéric Houssay, à l'artiste
Romain Rolland.
Une étude géométrique des formes conduit à envisager dans les
réalisations naturelles des familles de formes.
Le rapport des formes et des fonctions est examiné depuis les fo
rmations cristallines déjà voisines des équilibres cellulaires jusqu'aux
correspondances éthologiques chez l'homme entre le type morphol
ogique et les modalités du comportement, entre la « réaction-forme »
de l'organisme et les autres réactions.
L'étude générale se prolonge en une esthétique des formes.
C'est particulièrement au double point de vue de la caractérologie
morphologique et des règles esthétiques que le livre de l'auteur inté
ressera les psychologues.
M.-H. distingue trois types principaux, un hypotonique ou dilaté,
ayant croissance rapide, faible adaptabilité, euphorie ; un mésoto
nique, de lente, d'adaptabilité maxima (avec les variétés
digestive, respiratoire, musculaire et cérébrale de ce type moyen) ;
enfin un hypertonique, rétracté, variable, affectif, sur
tout tourmenté. THÉORIES ET CONCEPTIONS GENERALES 257
Les distinctions sont intéressantes, et mériteraient d'être l'objet
de recherches systématiques d'anthropologie psychophysiologique,
branche encore bien négligée de la science de l'homme.
Au point de vue esthétique l'auteur considère qu'une interprétation
artistique dans le dessin, la peinture, est d'autant plus agréable
qu'elle est plus « explicite », c'est-à-dire qu'elle rend plus évidentes les
caractéristiques du sujet traité et celles de l'auteur (dans sa vision,
son émotion et son ideation propre), ainsi que l'harmonie (qui repré
sente l'explication d'une loi), l'accentuation des caractéristiques
comportant déformation.
Le sens esthétique apparaîtrait comme un sens de la loi naturelle,
en sorte que l'esthétique prendrait naturellement sa place dans les
disciplines expérimentales.
Ces conceptions abstraites sont appuyées d'analyses fort intéres
santes sur des exemples concrets, et le livre apporte beaucoup de
suggestions curieuses, tout en prêtant aussi le flanc ä la critique sur
bien des points. H. P.
2° Théories et conceptions générales
7. — ALBERTO MOCHI. — La Connaissance scientifique. — In-8
de 271 p., Paris, Alcan, 1927. Prix : 25 francs.
L'auteur, vivant en Egypte, a, malgré une activité professionnelle
intense, trouvé le temps de réfléo^iir à des problèmes généraux de
méthodologie scientifique et de classification des sciences, se heurtant
aux idées de Naville qu'il combat d'un bout à l'autre de son livre.
Le chapitre sur les sciences psychologiques est le seul que nous de
vions retenir ici.
M. envisage la psychologie comme « une science positive, liée à la
biologie par les mêmes rapports qui lient la biologie à la physico-chi
mie », et pense qu'il s'agit là d'une conception nouvelle — ce qui n'est
pas tout à fait exact — par opposition aux attitudes contraires faisant
de la psychologie une branche de la biologie ou, au contraire, la pre
mière des sciences morales.
De même quel e biologiste a dû introduire le « présupposé abstrait
de la vie », à la base des faits qu'il étudie, de même, en arrivant aux
instincts et aux actions volontaires, il devient psychologue par un
appel à. la pensée comme système de notation nécessaire. Car « la
création des réalités scientifiques consiste en psychologie, comme
dans les autres sciences, dans l'attribution d'une essence aux choses ».
Devant une telle affirmation on se représente la tranquille dénégation
d'un Einstein, ou son sourire accompagné du « je ne comprends pas ».
M. confond ici une certaine philosophie de la science et la science
elle-même.
La psychologie objective n'a; pour lui, pas de sens. Mais il suffit
qu'elle existe, qu'elle comporte des lois et qu'elle entraîne des appli
cations pour établir sa valeur comme science, malgré toutes les déné
gations philosophiques.
i'année psychologique, xxvui. 47

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