Transition démographique, transition alimentaire. I. — La logique économique - article ; n°3 ; vol.44, pg 583-612

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Population - Année 1989 - Volume 44 - Numéro 3 - Pages 583-612
Collomb Philippe. - Transition démographique, transition alimentaire I. - La logique économique. Le premier volet de cet article montre que les grandes plantes de civilisation - riz, blé - occupent une place de plus en plus importante dans l'alimentation des pays en développement. Dans ce monde où les migrations extérieures des pays pauvres vers les pays riches sont trop limitées pour réduire les inégalités entre les peuples, des importations massives de céréales deviennent de plus en plus indispensables aux pays pauvres. Les volumes importés par habitant sont à la seule mesure de la solvabilité des pays. Certains pays ne peuvent se permettre d'importer les céréales nécessaires pour corriger leur déficit vivrier. C'est alors qu'intervient l'aide alimentaire. Les principaux demandeurs sont des pays d'Afrique où l'on mange habituellement des céréales locales (mil, millet, sorgho), des racines ou des tubercules, alors que les pays d'Asie, surtout consommateurs de riz, sont peu demandeurs. Ces flux céréaliers constituent-ils une réponse à de lourds déficits vivriers induits par de fortes croissances démographiques ? La question se pose puisque c'est dans des pays à forte croissance démographique que sont survenues, ces dernières années, les émeutes de la faim. Le deuxième volet de cet article répondra à cette question.
Collomb Philippe. - Demographic transition, transition in nutrition. I. - The economic logic. The first instalment of this article illustrates how the staple cereals civilization - rice, wheat - have come to play an ever-increasing role in nutrition in the developing countries. In a world in which international migrations from poor to rich countries are too limited to reduce inequalities between peoples, massive imports of cereals have become more and more indispensable for the poor countries. The volumes imported per head of population depend only on the solvency of these countries. Some countries cannot afford to import the amount of cereals required to correct this subsistence deficit. That is where food aid comes in. The principal beneficiaries are the African countries where local cereals (mil, millet, sorghum), roots and bulbs, are usually eaten, while the Asian countries, where rice is eaten, do not ask for such aid. Do these movements of cereals solve the large subsistence crop deficits induced by high population growth ? This question has been raised because it is within these countries with high population growth rates that there have been food riots during the past few years. In the second instalment of this article this question will be considered.
Collomb Philippe. - Transición demográfica, transición alimentaria. I. - La logica eco- nómica. La primera parte de este articulo muestra que las grandes plantas de civilización - arroz, trigo, etc. -, ocupan un lugar cada vez más importante en la alimentación de los parses no desarrollados. En este mundo en que las migraciones externas de los pafses pobres hacia los países ricos son bastante limitadas como para lograr reducir las desigualdades entre los pueblos, las importaciones masivas de céréales se vuelven cada día más indispensables a los países pobres. El volumen de cereal importado por habitante es la résultante de la sola capacidad de solvencia de cada pais. Algunos países no se pueden permitir importar los céréales necesarios para corregir su déficit alimentario. Enfonces interviene la asistencia alimentaria. Los principales solicitantes son los países de Africa en los que habitualmente se consumen cerales locales (mijp, sorgo), raíces o tubérculos; los países de Asia, consumidores de arroz, solicitan asistencia con menor frecuencia. I Consituyen estos flujos de cereal una respuesta a los grandes déficits alimentarios inducidos por fuertes crecimientos demográficos ? La pregunta se plantea ya que es en los países de gran crecimiento demográfico donde han tenido lugar, estos últimos aňos, los mo- tines del hambre. La segunda parte de este articulo responderá a la pregunta.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Philippe Collomb
Transition démographique, transition alimentaire. I. — La
logique économique
In: Population, 44e année, n°3, 1989 pp. 583-612.
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Collomb Philippe. Transition démographique, transition alimentaire. I. — La logique économique. In: Population, 44e année,
n°3, 1989 pp. 583-612.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1989_num_44_3_3483Résumé
Collomb Philippe. - Transition démographique, transition alimentaire I. - La logique économique. Le
premier volet de cet article montre que les grandes plantes de civilisation - riz, blé - occupent une place
de plus en plus importante dans l'alimentation des pays en développement. Dans ce monde où les
migrations extérieures des pays pauvres vers les pays riches sont trop limitées pour réduire les
inégalités entre les peuples, des importations massives de céréales deviennent de plus en plus
indispensables aux pays pauvres. Les volumes importés par habitant sont à la seule mesure de la
solvabilité des pays. Certains pays ne peuvent se permettre d'importer les céréales nécessaires pour
corriger leur déficit vivrier. C'est alors qu'intervient l'aide alimentaire. Les principaux demandeurs sont
des pays d'Afrique où l'on mange habituellement des céréales locales (mil, millet, sorgho), des racines
ou des tubercules, alors que les pays d'Asie, surtout consommateurs de riz, sont peu demandeurs. Ces
flux céréaliers constituent-ils une réponse à de lourds déficits vivriers induits par de fortes croissances
démographiques ? La question se pose puisque c'est dans des pays à forte croissance démographique
que sont survenues, ces dernières années, les émeutes de la faim. Le deuxième volet de cet article
répondra à cette question.
Abstract
Collomb Philippe. - Demographic transition, transition in nutrition. I. - The economic logic. The first
instalment of this article illustrates how the staple cereals civilization - rice, wheat - have come to play
an ever-increasing role in nutrition in the developing countries. In a world in which international
migrations from poor to rich countries are too limited to reduce inequalities between peoples, massive
imports of cereals have become more and more indispensable for the poor countries. The volumes
imported per head of population depend only on the solvency of these countries. Some countries cannot
afford to import the amount of cereals required to correct this subsistence deficit. That is where food aid
comes in. The principal beneficiaries are the African countries where local cereals (mil, millet, sorghum),
roots and bulbs, are usually eaten, while the Asian countries, where rice is eaten, do not ask for such
aid. Do these movements of cereals solve the large subsistence crop deficits induced by high
population growth ? This question has been raised because it is within these countries with high rates that there have been food riots during the past few years. In the second
instalment of this article this question will be considered.
Resumen
Collomb Philippe. - Transición demográfica, transición alimentaria. I. - La logica eco- nómica. La
primera parte de este articulo muestra que las grandes plantas de civilización - arroz, trigo, etc. -,
ocupan un lugar cada vez más importante en la alimentación de los parses no desarrollados. En este
mundo en que las migraciones externas de los pafses pobres hacia los países ricos son bastante
limitadas como para lograr reducir las desigualdades entre los pueblos, las importaciones masivas de
céréales se vuelven cada día más indispensables a los países pobres. El volumen de cereal importado
por habitante es la résultante de la sola capacidad de solvencia de cada pais. Algunos países no se
pueden permitir importar los céréales necesarios para corregir su déficit alimentario. Enfonces
interviene la asistencia alimentaria. Los principales solicitantes son los países de Africa en los que
habitualmente se consumen cerales locales (mijp, sorgo), raíces o tubérculos; los países de Asia,
consumidores de arroz, solicitan asistencia con menor frecuencia. I Consituyen estos flujos de cereal
una respuesta a los grandes déficits alimentarios inducidos por fuertes crecimientos demográficos ? La
pregunta se plantea ya que es en los países de gran crecimiento demográfico donde han tenido lugar,
estos últimos aňos, los mo- tines del hambre. La segunda parte de este articulo responderá a la
pregunta.TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE, ALIMENTAIRE
I. - La logique économique
1976 Graves difficultés sociales en Egypte dues aux condi
tions d'approvisionnement des populations en denrées
alimentaires de base.
1977 Nouvelles difficultés d'approvisionnement des populat
ions en Egypte.
Janvier 1978 Graves problèmes sociaux en Tunisie à la suite d'une
augmentation du prix des céréales de base.
Juin 1984 Guerre du pain en Tunisie.
Juin 1986 Nouveaux problèmes sociaux graves en Tunisie à la
suite d'une augmentation de 45 % du prix du pain.
Automne 1986 Sérieuses difficultés d'ordre alimentaire au Maroc.
Qu'elles cherchent la vérité des prix à la production pour soutenir
l'économie vivrière, ou celle des prix à la consommation à cause de la
solvabilité des populations et du niveau des cours mondiaux, ou qu'elles
définissent les prix pour ménager à la fois les intérêts des producteurs et
ceux des consommateurs locaux, les politiques nationales sont détermi
nantes : d'elles découlent en effet la stimulation ou le découragement de
l'effort de production, l'interdiction ou l'accès des marchés locaux à la
consommation de masse, la paix sociale ou l'exaspération de masses ur
baines croissantes.
La Guinée il y a deux ans, la Côte-d'Ivoire il y a un an, le Camer
oun et le Sénégal récemment, le Venezuela aujourd'hui, d'autres peu
ples éprouvent les difficultés de ces choix politiques. Que le déficit
alimentaire y soit chronique (Ethiopie, etc.) ou occasionnel, général ou
régional, les dirigeants de nombreux pays se posent les mêmes ques
tions : doit-on recourir à l'importation dispendieuse de céréales (dont il
faut subventionner la distribution); doit-on allouer gratuitement l'aide
alimentaire internationale et risquer ainsi de décourager la production
agricole destinée au marché ?
Ces circonstances qui provoquèrent la création du Conseil Interna
tional de la Crise Alimentaire (1946), furent à l'origine du projet d'Off
ice Mondial de l'Alimentation et justifièrent le lancement par Binay
Rajan Sen, alors Directeur général de l'Organisation des Nations Unies
Population, 3, 1989, 583-612. 584 TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE, TRANSITION ALIMENTAIRE
pour l'Alimentation et l'Agriculture (OAA), de la Campagne Mondiale
contre la Faim (1958), sont-elles toujours d'actualité ?
Cette communication au congrès de Bologne «Sécurité alimentaire
et développement rural» n'a pas la prétention de répondre à toutes ces
questions. Elle montre l'intérêt de rechercher l'influence des caractères
anthropologiques, démographiques, ou économiques nationaux pour sai
sir la situation alimentaire de notre planète.
Les céréales, grandes Les céréales fournissent aux hommes la raa-
plantes de civilisation jorité des calories contenues dans leur
mentation. C'est ce que montre le
classement des pays du monde selon la matière première qui apporte le
plus d'énergie dans la ration alimentaire de leur population (annexe
Le riz arrive largement en tête. Il constitue la base de l'alimentat
ion de près de 3 milliards d'hommes. Viennent ensuite le blé - près de
900 millions d'hommes, le maïs - 250 millions, enfin le mil et le sorgho
- près de 250 millions (tableau 1).
Peu d'hommes et de femmes trouvent la plupart de leur énergie al
imentaire dans des plantes non céréalières. Le manioc, l'igname ou le ta-
ro, qui sont des racines ou des tubercules, constituent la base de
l'alimentation de près de 100 millions de personnes.
Pour le reste, 620 millions de personnes habitant principalement
des pays industrialisés (2) trouvent la majorité de leur énergie alimentaire
dans des produits d'origine animale.
Ainsi les céréales constituent-elles le gros de l'alimentation de la
population du monde (85 %) dont le régime est, encore actuellement, à
l'exception de certains pays industrialisés et des zones côtières des pays
en développement, essentiellement végétarien. Elles sont, pour la quasi-
totalité du monde en développement (97 %), la base absolue de l'alimen
tation (l'apport énergétique de l'alimentation est constituée en majorité,
pour 90 millions d'Africains, de manioc, de taro ou de plantains, pour
35 millions d'Argentins et de Porto-Ricains, de protéines d'origine ani
male).
(1) Ce classement présente peu de signification dans trois cas :
1) Deux matières premières alimentaires arrivent en tête :
• Au Sénégal, le millet et le riz arrivent à égalité.
• En Colombie, le maïs suit de très près le riz.
2) Les céréales arrivent en tête mais représentent une faible partie de l'apport total de la ra
tion alimentaire en énergie :
• En Colombie les céréales consommées (riz et maïs) ne représentent que le tiers des ap
ports d'énergie.
3) II y a peu de données pour le Botswana.
(2) La liste des pays développés retenue dans cette communication est celle adoptée
par la FAO. Parmi les à économies planifiées, les pays considérés comme développés
sont ceux de l'Europe orientale (Albanie, Bulgarie, Tchécoslovaquie, République démocrat
ique allemande - y compris Berlin-Est -, Hongrie, Pologne, Roumanie) et l'URSS. TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE, TRANSITION ALIMENTAIRE 585
Tableau 1. - Population des pays développés et des pays en développement
selon la "matière première majoritaire apportant le plus d'énergie
à la ration alimentaire moyenne nationale" (en millions de personnes en 1985)
Matière première majoritaire en apport d'énergie
dans la ration alimentaire moyenne nationale
Riz Blé Mais Mil Manioc Produits Ensemble
Millet Igname animaux
Sorgho Taro
-A-
121 Pays développés 485 32 0 0 589 1227
(1) (15) (1) (0) (0) (19) (36)
— В —
Pays en 2 601 382 215 236 87 31 3 552
développement (26) (20) (20) (13) (9) (l)(a) (89)
Ensemble 2 722 867 247 236 87 620 4 779
(27) (35) (21) (13) (9) (20) (125)
( * ) Porto-Rico Le nombre ne de fait pays pas considérés partie des est pays précisé pris en entre compte parenthèses. dans cette étude. Il devrait être classé
avec l'Argentine parmi les pays trouvant la plus grande partie de leur énergie alimentaire dans
les produits animaux.
Évaluation à partir de données Banque mondiale, FAO, ONU, USFA.
La céréalisation Ces céréales sont des plantes de civilisation.
de V alimentation Elles ont largement contribué à la genèse des
sociétés de notre planète. Leurs valeurs symbol
iques, leur mode de culture figurent parmi les éléments constitutifs de
nos patrimoines culturels. Le riz pour les pays de la mousson (Г aliment
ation du Bangladesh est pour plus des trois quarts constituée de riz), le
maïs pour les sociétés olmèques, toltèques, aztèques ( ' ou quéchuas ( \
le blé pour les pays du pourtour méditerranéen, le mil ou le millet pour
les sociétés sahéliennes (le millet représente plus de la moitié de l'al
imentation malienne), sont des plantes enracinées dans la mémoire millé
naire des peuples.
Bien au-delà des différences de mode de culture de la céréale
consommée, se trouvent ainsi distinguées des civilisations profondément
différentes par leurs réalités culturelles et politiques. L'impact de cette
spécificité se fait sentir sur la démographie et l'économie.
(3) Outre Chicomecoatl, la déesse des subsistances, deux enfants de Toci la mère des
dieux (Teteo Innam) veillent sur les maïs : Cinteotl le dieu des maïs et des moissons fêté en
avril et Xilonen la déesse des épis tendres de maïs primeur (Xilotes) fêtée en juin.
(4) Les quéchuas faisaient figurer dans la fête de l'Inti Raymi ainsi que dans cer
taines fêtes agraires de surprenants personnages représentant les nommes existant «avant
l'humanité». Ces ancêtres mythiques étaient indifférenciés de la nature, en particulier, de
leur plante nourricière, le maïs. 586 TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE, TRANSITION ALIMENTAIRE
La céréalisation de l'alimentation des pays en développement pro
gresse plus nettement dans les pays à économie non planifiée (nombre-
indice OAA de la production agricole par habitant, base 100 pour
1979-81) :
Production alimentaire : 103,2 (Afrique : 98,0)
Produits de l'élevage : 102,9 : 92,9)
Céréales : 105,9 (Afrique : 108,5)
II en va différemment pour les pays d'Asie dont l'économie est pla
nifiée :
Production alimentaire : 122,9
Produits de l'élevage : 147,0
Céréales : 115,5
Les sociétés rizicoles développent leur production de céréales à
raison de 3,6 % l'an, améliorant ainsi rapidement les capacités d'aliment
ation d'une population qui ne croît qu'à raison de 1,7 % (la moitié de
l'accroissement de la production céréalière). Le produit national brut
moyen par personne y est néanmoins encore faible (tableau 6, ligne A).
Il n'en va pas de même pour le reste du monde en développement.
Le rythme de croissance de la production céréalière annuelle y est moins
élevé, dans l'ensemble, que l'accroissement démographique (tableau 2,
ligne В et tableau 6, ligne C).
Si ces tendances se poursuivent, l'écart entre les sociétés rizicoles
et les autres sociétés risque de se creuser rapidement (tableau 2, ligne В
et tableau 6, ligne C).
Le riz entre pour une bonne part dans l'accroissement annuel de la
production de céréales de l'ensemble du monde en développement
(3,3 % de 1974-76 à 1984-1986), soit une croissance supérieure à celle
de la population durant la même période. Le blé occupe, néanmoins, une
place très spécifique dans la production et la consommation céréalières
du monde pour trois raisons :
• C'est la céréale la plus produite dans le monde (536 millions de
tonnes de blé, 476 millions de tonnes de riz ont été produits en 1986).
• С est la denrée alimentaire dont la production s'accroît le plus
dans le monde en développement, y compris au sein de la société rizicole
(tableau 2, lignes В et E). Seules les sociétés africaines qui produisent
du mil, du millet ou du sorgho échappent à cette règle; mais elles import
ent plus de blé que les autres et reçoivent une aide alimentaire, livrée
principalement en blé, plus importante (tableau 4, lignes D et C).
• C'est la céréale qui transite le plus par le marché international
(18 à 20 % de la production mondiale de blé, 3 % pour le riz) [3].
Mais une partie non négligeable de ces céréales entre dans la
composition des aliments des animaux, dont la consommation croissante
par les hommes participe au processus de transition alimentaire. Selon la TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE. TRANSITION ALIMENTAIRE 587
Tableau 2. - La production céréaliere des pays en voie de développement
classés selon la matière apportant le plus d'énergie
à la ration alimentaire moyenne nationale
Matière première majoritaire en apport d'énergie
dans la ration alimentaire moyenne nationale
Riz Blé Maïs Mil Manioc Ensemble
Millet Igname Taro(a) Sorgho
A- Production de céréales
par personne
1984-1986 (en kg) 292,3 223,1 211,4 119,6 42,5 260,9
В - Accroissement de la
production de céréales par
personne et par an entre
1974-1976 et 1984-1986 (en %) + 3,6 +1,9 + 3,5 + 1,7 + 0,9 + 3,3
С -Production de blé
par personne
1984-1986 (en kg) 51,7 126,7 4.0 0,6 57,1 263
D - Proportion de blé
dans la production de
12,4 céréales (en %) 17,7 56,8 3,4 1,3 21,9
E - Accroissement de la
production de blé par
personne et par an entre
1974-1976 et 1984-1986 (en %) + 6,6 + 2,0 + 4,9 + 4,7 -0,1 + 3,8
F -Rapport:
Accroissement de production
de blé/ Accroissement de + 27,9 + 59,4 + 15,6 -0,1 + 5,9 + 30,0
production de céréales
(a) Le groupe 6 (Viandes) comprenant le Porto Rico et l'Argentine n'est pas pris en compte.
Source : Retraitement INED des données de la Banque mondiale.
FAO, 13 % des céréales étaient déjà ainsi utilisées par les pays en déve
loppement en 1983 (semences, pertes et usages industriels non compris),
en particulier au Brésil (50 % des céréales étaient réservées à cet
usage) [3].
Les politiques de développement de la production céréaliere, l'im
portation de céréales coûteuses distribuées à bas prix (mais les cours
baissent nettement et régulièrement sur le long terme) et l'aide aliment
aire (les céréales, plus particulièrement le blé, en constituent l'essent
iel) souvent conçues pour alimenter les villes - otages de la
sous-production nationale - induisent actuellement une céréalisation de
l'alimentation des pays en développement. 588 TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE, TRANSITION ALIMENTAIRE
La malnutrition de Deux faits essentiels décrivent l'évolution
populations nombreuses de la situation alimentaire au cours des 15
dernières années.
1) Le combat contre la faim se livre à l'Est, dans les sociétés rizi-
coles ; et c'est en Chine qu'une stratégie alimentaire de masse a été mise
en place avec succès. Cet «état continent» obtient d'ailleurs des résultats
nettement meilleurs que le reste du monde en développement (t
ableau 3). Les secrets de cette réussite sont probablement l'abandon de la
sous-évaluation des prix agricoles et la décollectivisation, dans un
contexte de dissociation rigoureuse du marché local et du marché inter
national des céréales.
Tableau 3. - L'Alimentation des pays en voie de développement
classés selon la matière première apportant le plus d'énergie
à la ration alimentaire moyenne nationale
Matière première majoritaire en apport d'énergie
dans la ration alimentaire moyenne nationale
Riz Blé Maïs Mil Manioc Ensemble
Millet Igname
Taro(a) Sorgho
A - Protéines (grammes
par personne et par jour
en 1969-71 <b)) 56,2 65,0 70,1 50,1 49,0 58,6
В - Protéines (grammes
par personne et par jour
72,2 75,4 en 1983-85) 64,2 48,6 41,5 653
С -Calories
(par personne et par jour
en 1969-71 (b)) 2050 2234 2 387 2108 2181 2113
D- Calories
(par personne et par jour 2400(c) en 1983-85) 2682 2621 2073 2016 2424
(a) Le groupe 6 (Viandes) comprenant le Porto Rico et l'Argentine n'est pas pris en compte.
<b) A répartition de population entre pays constante et égale à celle de 1985.
<c) Chine : 2 564 calories par personne et par jour
Source : Retraitement 1NED des données de la Banque mondiale.
Les succès chinois ne doivent pas occulter la lutte menée par la po
pulation indienne voisine. Avec sa révolution verte et sa politique de
prix à la production encourageant l'effort de production céréalière, et de à la consommation compatible avec la solvabilité des populations,
elle a repoussé le spectre de la famine en dépit de sa croissance démo
graphique <5).
Selon ГОАА, les populations de ces deux «états continents» dispo
saient en 1983-85 respectivement de 2,6 et 2,2 kilocalories par jour et TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE, TRANSITION ALIMENTAIRE 5 89
par personne (2,0 pour les deux pays en 1969-71). Ceci laisse supposer,
tout au moins pour l'Inde, une remanence de la malnutrition et même
peut-être la subsistance de poches de sous-nutrition.
2) Pour le reste, de bons résultats (Mexique, Argentine, Républi
que Démocratique de Corée, Turquie, etc.), qui peuvent s'expliquer par
de fortes importations de céréales (Egypte, Cuba, etc.) équilibrent la
nette dégradation de la situation alimentaire des sociétés africaines du
mil-millet-sorgho ou du manioc-igname-taro (tableau 3).
Mis à part certains pays d'Asie (Bangladesh, etc), c'est parmi ces
sociétés africaines que l'on rencontre la majorité des déshérités de ce
monde. Le Département de l'Agriculture des États-Unis et la Banque
Mondiale évaluent à moins de 70 % la couverture des besoins aliment
aires en Ghana, Tchad et Mali, à 70-85 % la des besoins al
imentaires en Mozambique, Kenya, Guinée, Burkina-Faso, populations
qui, le Kenya mis à part, ne disposent pas de 2 kilocalories par jour et
par personne (source OAA 1983-85).
De fortes importations Les migrations internationales sont souvent
de céréales le fait de personnes ou de ménages qui
tent leur chance en allant travailler dans un
pays plus développé que leur pays d'origine. Ils espèrent trouver au lieu
d'arrivée un emploi alors qu'ils étaient sans travail, un travail mieux r
émunéré alors qu'ils connaissaient souvent un chômage déguisé, un emp
loi partiel ou mal payé.
Les migrations costa-ricaines, mexicaines, etc., vers les États-Unis,
les migrations maliennes vers l'Europe, les migrations haïtiennes vers
Saint-Domingue, saisonnières (5 à 600 000 salariés agricoles pour la za-
fra - récolte de canne à sucre) ou plus pérennes pour les cultures de riz,
café, cacao, en sont quelques exemples.
Mais ces migrations internationales restent d'une ampleur relativ
ement faible. Seuls des événements politiques graves entraînent des flux
de population importants, mais en général durant de courtes périodes.
C'est le cas pour la «Province du nord est» de la Somalie (en particulier
la ville d'Erigavo) (6). On a procédé dans ce pays en 1984-1985 à d'im
portants déplacements de populations (estimés à plusieurs centaines de
milliers de familles) qui ont été réparties dans les régions basses et
chaudes situées à la périphérie des hauts plateaux très peuplés. Les flux
(5) Selon ГОАА, la malnutrition peut apparaître lorsque le régime alimentaire quoti
dien moyen d'une population n'atteint pas 2 500 calories et 20 grammes de protéines ani
males par jour; en deçà de 2 000 calories et 10 grammes c'est la sous-nutrition, et à défaut
de 1 500 calories et 5 grammes on se trouve en situation de famine.
(6) La population de la région affluait en Ethiopie «au rythme de 300 personnes par
jour pendant la première semaine, puis 2 300 par jour pendant les deux dernières semaines
de juin 1988» selon le Haut Commissariat aux Réfugiés à Nairobi (Kenya). On estime ac
tuellement à 290 000 le nombre de réfugiés somaliens en Ethiopie. 590 TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE, TRANSITION ALIMENTAIRE
de migrations externes de plus longue haleine ont des causes plus écono
miques et des intensités inférieures aux flux de migrations internes.
Cependant, sauf exception (quelques cas de permises
par la manne pétrolière péri-méditerranéenne), les disparités économi
ques et alimentaires internationales ne sont pas corrigées par des mouve
ments de population des pays pauvres vers les pays riches, comme les
migrations internes des développés participent à la réduction des
disparités économiques inter-régionales.
Comme résultat de cette situation, on observe, depuis une décenn
ie, l'apparition et le développement de transferts de volumes croissants
de produits alimentaires de base (en particulier de blé) des pays riches
vers les pays pauvres. Ainsi l'Afrique noire a-t-elle augmenté considéra
blement ses importations de blé et de farine de blé : de 6 kilos par habi
tant en 1965-1970, à 22-23 kilos en 1980-1985.
La vente de produits locaux en échange de céréales n'est pas à
considérer obligatoirement comme mauvaise pour le pays importateur.
Là encore les situations diffèrent selon les populations, mais il est né
cessaire que les pays en développement puissent déverser sur les mar
chés internationaux les produits nécessaires à l'acquisition des devises
qui leur permettront d'acheter des céréales. Or mis à part certains succès
de commerce extérieur chilien, turc, etc., les pays qui exportaient trad
itionnellement des produits agricoles rencontrent de plus en plus de diffi
cultés sur ce terrain. Ils ne peuvent en outre que très difficilement
gagner des parts de jeu dans la course technico-industrielle et commerc
iale des grands.
Les sociétés rizicoles importent peu de céréales (tableau 4). Ce
sont elles qui, de la même manière, ont le moins recours à l'aide aliment
aire. L'appoint par importation ou aide représente ici 5 % de la product
ion locale. Cet appoint dépasse 20 % pour les sociétés qui consomment
du mil ou du millet (constitué à 70 % de blé), 24 % pour les sociétés
maïsicoles, 40 % pour les pays qui consomment du blé et plus de 43 %
pour celles qui se nourrissent principalement de manioc-igname-taro.
Aux deux extrêmes, le volume annuel de céréales importées par ha
bitant en 1984-1986 est nul pour la Birmanie ou le Népal, tandis qu'il
dépasse 210 kilogrammes par an et par habitant pour l'Algérie, Oman,
Trinité-et-Tobago (7).
La céréalisation de l'alimentation du monde en développement pré
sente certains avantages, en particulier pour les pays au régime aliment
aire peu riche en protéines du fait de leur teneur en manioc, igname,
taro, etc. Le tableau 5 montre que la composition de ces aliments est
loin d'apporter les éléments nutritifs réunis dans les céréales.
<7) En mettant à part Singapour, pays sans terre, qui importe 4 à 500 kilogrammes de
céréales par an et par habitant.

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