Travaux récents de « technologie humaine » (Human engineering) - article ; n°2 ; vol.53, pg 517-537

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L'année psychologique - Année 1953 - Volume 53 - Numéro 2 - Pages 517-537
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1953
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J. Leplat
V. Travaux récents de « technologie humaine » (Human
engineering)
In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2. pp. 517-537.
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Leplat J. V. Travaux récents de « technologie humaine » (Human engineering). In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2.
pp. 517-537.
doi : 10.3406/psy.1953.30122
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1953_num_53_2_30122V
TRAVAUX RÉCENTS DE « TECHNOLOGIE HUMAINE »
(HUMAN ENGINEERING)
par J. Leplat
Sous des appellations diverses dont la plus commune est celle de
Human Engineering, la psychologie industrielle américaine a vu se
développer ces dernières années tout un corps de recherches visant
une meilleure adaptation de la machine à l'homme. Ce terme de
Human Engineering est difficile à traduire, aucun équivalent fran
çais simple ne paraît satisfaisant, aussi, dans le cours de cette note,
conserverons-nous le plus souvent le terme anglais. Traduits, les
synonymes américains donnés à ce terme sont : psychologie de l'uti
lisation des machines (engineering psychology), biomécanique, pro
blèmes psychologiques dans les plans d'équipement, psychophysique
appliquée et psychotechnologie. Chapanis (1, 5) a proposé l'appella
tion de « psychologie expérimentale appliquée ». Cette expression a
cependant un sens peut-être trop large et on pourrait le préciser
en ajoutant « aux relations de l'homme et de la machine ». On aurait
ainsi défini à la fois l'objet et la méthode de cette nouvelle branche
de la psychologie industrielle. On comprendra beaucoup mieux ce
qu'est le Human Engineering et le type de recherches qu'il recouvre
en examinant les facteurs qui expliquent sa naissance et son déve
loppement actuel. Chapanis dans un des rares ouvrages (1) consacrés
à une mise au point générale des travaux de Human Engineering
situe cette nouvelle discipline au confluent de « trois lignes de dévelop
pement tout à fait distinctes » : les études des ingénieurs des temps
et mouvements, la sélection professionnelle et enfin la psychologie
expérimentale.
Ce sont des ingénieurs qui sont à l'origine des études des temps et
mouvements et on sait que Taylor a fait les premières études de
temps vers 1881. Ces études visaient avant tout à déterminer un de base à partir duquel serait calculée la rémunération de
l'ouvrier. Les études de mouvements eurent pour initiateurs F. B.
Gilbreth, un ingénieur, et sa femme L. M. Gilbreth psychologue.
Elles ont pour but d'étudier les gestes professionnels de l'ouvrier,
L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE, LIU, FASC. 2 33 518 REVUES CRITIQUES
de les analyser, afin de découvrir celui qui est le plus économique
pour l'accomplissement d'une tâche déterminée. Souvent ces ingé
nieurs posent la machine comme une constante et c'est en fonction
d'elle que les mouvements les plus économiques sont recherchés (4).
Cependant plusieurs de ces ingénieurs ont vu que la machine et les
conditions de travail étaient mauvaises en ce qu'elles ne tenaient
pas compte des possibilités de l'opérateur. Aussi certains se sont-il&
rapidement rendu compte qu'une modification du matériel était
aussi efficace ou même davantage que la simplification des gestes
de l'opérateur. Les ouvrages relatifs au Time and Motion Study (2, 3)
montrent quelques exemples de modifications des conditions de
travail et du matériel utilisé. Dans la mesure où les ingénieurs
mettaient en question non seulement la manière de se servir d'un
instrument et d'une machine donnés mais cette machine et cet in
strument eux-mêmes (c'est-à-dire la façon dont ils avaient été cons
truits et mis au point), ils rejoignaient la perspective des études de
Human Engineering.
Les deux autres lignes de développement à l'origine de la nouvelle
discipline sont d'ordre psychologique. La sélection se propose de
découvrir, parmi un groupe de sujets, les plus aptes à accomplir
un travail ou un métier déterminé. Ce but explique deux de ses
caractères importants : le premier est qu'elle est surtout intéressée par
les différences entre individus, le second qu'elle considère les tâches-
industrielles comme données. Le psychologue industriel qui étudie
un poste part généralement des conditions de travail telles qu'elles
s'offrent à lui. Il ne fait que rechercher, ces conditions étant telles,
à quelles exigences devront répondre les individus qui occuperont
le poste en question. Mais les progrès industriels ont conduit à la
construction d'appareillages compliqués qui atteignent les limites
des possibilités humaines. A ce moment, la sélection devient ino
pérante. « II devient alors nécessaire de tourner son attention vers
quelques-uns des problèmes fondamentaux des limitations humaines
et d'étudier la machine à la lumière de ces (1, p. 5). »
On voit donc que c'est par ses limites que la sélection a conduit
au Human Engineering.
La troisième ligne de recherches est celle de la psychologie expé
rimentale. Cette branche de la psychologie s'était posé depuis long
temps le problème des possibilités humaines dans divers domaines,,
mais les études de laboratoire qu'elle avait suscitées ne présentaient
souvent qu'un lien assez ténu avec les questions pratiques. Ce fut-
la seconde guerre mondiale qui orienta une partie de la psychologie
expérimentale vers les problèmes industriels. « Les psychologues,
dit Chapanis, chassés des laboratoires académiques commencèrent
à faire beaucoup plus de recherches pratiques. » Mis en face de
difficultés relatives à l'emploi de dispositifs complexes dont le poste
de commande de l'avion moderne reste un des types les plus parfaits,. LEPLAT. TRAVAUX RECENTS DE TECHNOLOGIE HUMAINE 519 J.
ils essayèrent de les résoudre avec les méthodes expérimentales
utilisées en laboratoire.
Ces différents courants qui se retrouvent toujours plus ou moins
dans les divers travaux de Human Engineering vont nous aider à
mieux comprendre leurs caractères originaux. Le Human Engineering
est l'étude du système homme-machine en vue d'accroître son
efficacité (6). Il comprend donc deux aspects intimement liés :
étude et, à la suite des résultats de cette étude, modifications du
matériel étudié.
Dans cette nouvelle perspective l'homme et la machine sont
considérés comme un tout, comme un système organique. La
machine ne constitue plus la constante à laquelle l'homme doit
s'adapter, mais c'est la machine et l'homme à la fois qui doivent
s'adapter au rôle qu'ils sont chargés de remplir. La perspective
selon laquelle se place le Human Engineer est tout à fait différente
de celle de la sélection. Il ne vise pas à adapter l'homme à la machine,
à rechercher les hommes les plus propres à remplir certains types
de travaux, mais à disposer (design) le travail de telle sorte que
l'homme moyen soit capable de le réaliser efficacement (1, 6).
Prenons un exemple grossier : un poste de travail exige le maniement
d'une commande placée très haut : le psychologue sélectionneur
choisira pour ce poste des ouvriers très grands, le Human Engineer
fera aménager la machine de telle sorte que tous les gens de taille
normale puissent manipuler la commande. On comprend mieux
alors comment la dernière guerre a tellement favorisé le dévelop
pement de cette nouvelle branche de la psychologie. On devait
installer alors à des machines des hommes peu préparés, avec un
apprentissage qu'il fallait prévoir le moins long possible. D'où la
nécessité de simplifier et de rationaliser l'emploi du matériel. D'autre
part, si la recherche du psychologue aboutit à modifier le matériel
existant, on conçoit que seules, de vastes entreprises, disposant de
moyens importants aient pu, jusqu'à présent, pousser de telles
études sur une grande échelle. A l'heure actuelle ce sont surtout
les industries aéronautiques et navales qui semblent avoir développé
ces études : c'est du moins l'impression que l'on a en lisant l'origine
des contrats qui est indiquée pour certains articles. Il ne semble
pas cependant que de telles méthodes doivent rester l'apanage de
la grosse industrie et un vaste champ paraît leur être ouvert dans
des entreprises d'importance plus réduite.
On peut se demander à présent quels seront les critères employés
pour déterminer l'efficacité du système homme-machine (6). Les
plus généralement cités sont la rapidité et la précision auxquelles on
adjoint parfois la qualité de la performance. Souvent aussi on
considère la commodité et la sécurité de l'opérateur. La détermi
nation des critères est évidemment fonction des problèmes précis
qui se posent et des buts visés. 520 REVUES CRITIQUES
Notre but sera maintenant d'exposer quelques recherches de
Human Engineering en indiquant les différentes perspectives dans
lesquelles elles se situent ainsi que les méthodes qu'elles utilisent.
Il ne s'agit aucunement d'une revue exhaustive mais bien plutôt
d'un tour d'horizon un peu général à partir duquel le lecteur pourra
plus aisément orienter ses propres recherches.
Pris dans leur ensemble, les travaux de Human Engineering
constituent une certaine unité et toute classification sera un peu
arbitraire. Cependant, il semble que l'on puisse grouper les recherches
autour de deux pôles, suivant qu'elles s'attachent à l'étude des pos
sibilités humaines ou à l'étude des plans d'équipement. Dans le pre
mier cas, on se rapproche de la psychologie expérimentale classique;
dans le second, on est plus près de la psychologie expérimentale
appliquée. Il serait parfois difficile de dire à quelle catégorie se
rattache telle étude précise, car, à la limite, les frontières des deux
catégories ne sont pas absolument nettes. Ce qui fait leur unité
fondamentale c'est qu'à plus ou moins brève échéance les études
entreprises se traduiront dans le domaine pratique par une amél
ioration des relations entre l'homme et la machine. Nous insisterons
davantage sur les recherches relevant plus nettement de la psychol
ogie expérimentale appliquée, qui nous paraissent les plus originales.
Si nous devions suivre un plan chronologique, il serait plus normal
de commencer par l'étude des plans d'équipement puisque c'est cette
étude qui va engager à la recherche des possibilités humaines. Mais
logiquement on peut envisager d'abord ce dernier aspect car il est
plus général et sous-tend plus ou moins le second.
Deux problèmes se posent dans l'utilisation d'une machine — les
uns sont d'ordre perceptif, les autres moteur (7). Chaque machine
apporte à l'homme un certain nombre de signaux d'ordre divers :
lumière, bruits, position d'aiguille sur un cadran ou d'un index
par rapport à un repère, etc. Pour que le travail soit correctement
exécuté, ces repères doivent être correctement perçus, donc nett
ement perceptibles, d'où l'intérêt d'étudier les conditions de la per
ception chez l'homme.
Des études très nombreuses ont été consacrées aux problèmes
de la vision (1, 6) : sensibilité à la lumière, discrimination de bril
lance, acuité visuelle, perception de la profondeur, vision des cou
leurs, stimulations intermittentes, etc. Beaucoup de ces travaux
touchent de très près au domaine de la psychophysiologie. Nous
ne rapporterons ici qu'un article récent de M. Leyzorek sur la
discrimination de points lumineux apparaissant successivement dans
le temps (8). L'étude de cette question avait été suggérée par cer
tains problèmes posés par l'utilisation du radar. Deux éclairs lumi- LEPLAT. TRAVAUX RECENTS DE TECHNOLOGIE HUMAINE 521 J.
neux sont présentés au sujet, séparés l'un de l'autre par un inter
valle de temps variable (1/4 de seconde à 16 secondes). Quatre
conditions d'observations différentes étaient employées : avec ou
sans écran lumineux, observation fovéale ou périphérique. L'expé
rience montre que deux points apparaissant successivement peuvent
être discriminés avec une grande précision, même quand ils sont
séparés par des intervalles de temps de 16 secondes et que l'enc
adrement du fond sur lequel apparaissent les stimuli a une influence
significative sur les résultats. Un grand nombre d'études de ce genre
ont été effectuées sur des points précis et limités, études destinées
à apprécier l'importance de facteurs visuels jouant un rôle dans
l'utilisation de certains appareils.
Le domaine auditif a été aussi le lieu de nombreux travaux
particulièrement développés en ce qui concerne les phénomènes de
masquage. On appelle masquage l'effet d'un bruit ou d'un son sur
notre aptitude à entendre un autre bruit ou un autre son. Ce phéno
mène revêt une particulière importance pour tout ce qui concerne
la perception des signaux auditifs notamment dans le cas de la
transmission indirecte du langage. On a étudié différents types de
masquages : le masquage par sons purs (Fletcher, cité par (1)), le
masquage par bruit (Hawkins, cité par (1, 6)). Certaines lois impor
tantes ont pu être dégagées, par exemple : on a pu montrer que les
basses fréquences rendent l'audition des hautes fréquences très
difficile, mais que les hautes fréquences ont très peu d'effet sur les
basses fréquences. Les travaux sur la distorsion ont été particu
lièrement poussés (Laboratoire de Psychoacoustique de Harvard,
Laboratoires du Téléphone Bell, cités par (1)).
Le second problème qui se pose dans l'utilisation des machines,
avons-nous dit, est d'ordre moteur. Une fois recueillies les info
rmations fournies par les signaux, l'opérateur doit accomplir certains
mouvements. Ces mouvements doivent être également précis et bien
réglés. Mais, nous l'avons souligné, il ne s'agit pas tant de rechercher
pour une machine donnée le mouvement économique, que de trouver
les patterns de mouvements possédant telles caractéristiques déter
minées afin d'y adapter la machine.
Parmi les études consacrées à ce problème nous en citerons une
qui a été rapportée dans quatre numéros du Journal of applied
Psychology (9 a, b, c, d). Nous développerons un peu plus cette
étude car elle est caractéristique du type de recherches dont nous
rendons compte ici, tant par la technique d'expérimentation que
par la méthode utilisée. L'appareil employé dans ces quatre expé
riences a été appelé par ses auteurs « analyseur universel de mou
vement ». Il comprend essentiellement un tableau vertical avec des
séries de commutateurs parallèles dans le sens et dans le
sens horizontal (c'est-à-dire non en quinconce). Le sujet est assis 522 REVUES CRITIQUES
devant le tableau à une distance déterminée et il doit tourner ces
commutateurs suivant un ordre fixé à l'avance. Un dispositif élec
trique permet d'enregistrer le temps pendant lequel il manipule le
commutateur et le temps qu'il met pour passer d'un commutateur
à l'autre. On obtient ainsi deux composantes temporelles du mou
vement : le temps de manipulation (manipulation time) et le temps
de déplacement (travel time). La possibilité d'expérimenter des
patterns de mouvements variés jointe à celle d'analyser ces mou
vements suivant deux composantes a donné lieu à des expériences
nombreuses dont les résultats sont particulièrement importants pour
les applications qu'ils peuvent trouver dans les plans d'équipements
et la construction des machines.
La première étude (9 a) a été consacrée à l'analyse des mouvements
manuels chez les droitiers et chez les gauchers. Une attention parti
culière a été portée sur les phénomènes de dominance. 32 gauchers
et 32 droitiers ont servi à cette première expérience. Les résultats
montrent la supériorité des droitiers pour les deux composantes du
mouvement. En outre, la structure des résultats des gauchers et
des droitiers n'est pas la même. Les droitiers ne montrent pas de
différence significative entre les temps de déplacement de la main
dominante et de la main non dominante, mais en présentent une
entre les temps de manipulation, pour les gauchers, c'est l'inverse
qui est vrai. Des patterns de mouvements verticaux et horizontaux
ont été expérimentés. En terme de temps de manipulation, il n'a
été trouvé entre eux aucune différence, mais les temps de dépla
cements verticaux sont plus rapides que les horizontaux. On a noté
également que le temps de manipulation ne diffère pas entre les
deux patterns, que la main soit dominante ou non.
Dans la seconde expérience (9 b) les effets de trois autres fac
teurs ont été analysés : nature du mouvement à effectuer, impor
tance du déplacement et apprentissage. Les manipulations ont été
variées de deux façons : mouvement de tourner, et mouvement
de tirer. Le premier s'est révélé beaucoup plus rapide
(53 %). Si la distance à parcourir entre deux croît,
îe temps croît aussi, mais dans un rapport différent (cf. aussi Slater
Hammel and Brown, 1947, cités par (1), p. 280). Ce qui paraît
encore plus important c'est qu'une modification d'une des deux
composantes précédentes, déplacement ou manipulation, entraîne
une modification de l'autre. C'est ainsi que si un même pattern de
mouvement est défini pour les mouvements de tourner et de tirer,
non seulement le temps de manipulation est 53 % plus rapide dans
un cas que dans l'autre, mais encore le temps de déplacement est
32 % plus rapide dans le premier cas. Ainsi y a-t-il intégration
des différents facteurs : chacun est lié aux autres et une modifi
cation de l'un d'eux entraîne une redistribution des valeurs de
chacune des composantes. LEPLAT. TRAVAUX RECENTS DE TECHNOLOGIE HUMAINE 523 J.
Enfin cette étude, confirmée par la suivante, a montré que
l'apprentissage psychomoteur a des effets différents suivant la compos
ante de mouvement envisagée. Les de déplacement sont rel
ativement moins affectés par l'apprentissage que les réactions mani-
pulatives. On remarque en outre, que les interactions apprentissage
— pattern de manipulation et apprentissage — importance du dépla
cement ne sont pas significatives. Cette constatation paraît suggérer
que « l'apprentissage ne contribue pas significativement à l'organi
sation motrice des patterns de mouvements de travail simples du
genre de ceux examinés ici ».
La troisième étude (9 c) a pour but d'étudier la complexité de
mouvement et l'apprentissage. Elle montre que la d'un
pattern de mouvements peut se définir de plusieurs manières et que
sa nature doit soigneusement être précisée. Ici c'est le nombre de
changements de direction qui a été pris comme variable et on a vu
que les résultats ne différaient pas significativement en fonction de
la complexité entendue de cette manière.
La dernière étude de ce cycle (9 d) se proposait de mettre en évi
dence les effets de transfert. Elle avait été organisée selon un plan
expérimental (de même que 9 c, d'ailleurs) particulièrement intéres
sant à considérer au point de vue méthodologique. 48 sujets étaient
répartis en 4 groupes dont chacun s'entraînait chaque jour durant
8 jours sur un des 4 patterns de mouvement utilisés. Au bout de cette
période, chaque sujet effectuait une série d'essais sur chacune des
4 conditions. Parmi les divers résultats de cette étude nous retien
drons la différence des effets de transfert suivant la composante
envisagée. Les mouvements manipulatifs donnent généralement lieu
à un transfert positif tandis que les mouvements de déplacement
montrent surtout un transfert négatif. En outre, certaines directions
<le mouvement révèlent des effets de transfert différents.
Certaines conclusions de ces travaux ont été reprise dans un article
récent (10) et semblent susceptibles de nombreux développements.
Nous avons vu pourquoi l'étude de la perception et de la motricité
étaient nécessaires si l'on voulait assurer un bon fonctionnement de
F « unité homme-machine » (6). Mais on sait que ces deux domaines
ne peuvent être séparés que pour la commodité de l'étude. En fait
c'est de sensori-motricité qu'il faudrait parler le plus souvent, car il
existe une unité intime entre ces deux domaines. Or il est un type
de tâche où cette interrelation perception-motricité apparaît d'une
façon particulièrement nette, c'est celui des mouvements continus
d'ajustement (1). On comprendra ainsi l'importance accordée, parmi
les études de Human Engineering, au phénomène du tracking. La
vie courante et la vie professionnelle sont remplies de mouvements
de ce type : Le chauffeur d'auto doit ajuster constamment les mou
vements de son volant et de ses autres commandes à la direction de REVUES CRITIQUES 524
la route et à la perception des obstacles qu'il rencontre. Le chasseur
ajuste son fusil au mouvement du gibier, l'opérateur de radar ajuste
son image au centre de l'écran. Les expériences relatives au trac
king relèvent généralement du schéma suivant : on dispose deux
mobiles devant le sujet : l'un se meut d'une façon prédéterminée et
inconnue du sujet (cible), l'autre est commandé par lui suivant des
systèmes de commande qui peuvent varier. La tâche consiste à
faire coïncider les deux mobiles.
Dans une expérience de Hill, Gray et Ellson (cités par (1), p. 287 sq)
le sujet commandait une aiguille à l'aide d'un volant et devait s'ap
pliquer à la faire coïncider avec une autre aiguille se mouvant indi
fféremment dans un sens ou dans l'autre. Les opérateurs étaient,
d'abord familiarisés avec le problème puis soumis à l'épreuve. Un
appareil permettait d'enregistrer la position des deux aiguilles en.
fonction du temps et du degré d'écart. L'étude du tracé donne lieu
à des remarques intéressantes : elle permet notamment de distinguer-
deux types de mouvements a) un mouvement d'ajustement à la
vitesse (rate-tracking) qui a lieu lorsque le sujet épouse de très près-
le mouvement de la cible : ce mouvement a une faible amplitude
et une grande longueur d'onde; b) un mouvement à la
position : l'opérateur est éloigné de la cible et cherche à s'y ramener i
ce mouvement a une grande amplitude et une faible longueur d'onde..
L'importance relative de ces deux types de mouvements varie év
idemment avec la vitesse de la cible. Quand celle-ci augmente, le-
nombre de mouvements de chaque type tend à décroître; si l'on
considère les deux composantes on voit que les mouvements d'aju
stement à la position restent à peu près constants ou augmentent
légèrement tandis que le nombre de mouvements d'ajustement à.
la vitesse diminue beaucoup.
Un autre intérêt des expériences d'ajustement est qu'elles se.
prêtent à quantité de variations. C'est ainsi que dans des études
anonymes (citées par (1), p. 292) on a fait varier le poids et le di
amètre du volant de commande, et étudié l'influence de ces conditions
différentes sur la précision de la tâche en fonction de diverses vitesses
et de divers degrés de frottement. Dans une étude récente, Fitts.
et Simon (11) portent leur attention sur d'autres variables, en par
ticulier les relations entre le dispositif de commande et le dispositif
visuel, se référant à d'autres études ils notent ainsi l'importance
des variables suivantes : « a, la commande et le dispositif visuel se
trouvent-ils dans le même plan; b, quelle est leur position respective
(au-dessus, au-dessous, à gauche, à droite, etc.); c) quand la com
mande est mue, le dispositif associé se meut-il dans la direction
attendue, c'est-à-dire, conforme au stéréotype de la population ».
(notion de mouvement dominant). Dans une expérience élégante (11),
ces mêmes auteurs étudient l'influence de 3 facteurs : « direction
d'alignement des aiguilles des instruments, séparation verticale om LEPLAT. TRAVAUX RECENTS DE TECHNOLOGIE HUMAINE 525 J.
horizontale des instruments, distance entre les instruments. Le
dispositif expérimental se présentait ainsi : deux cadrans étaient
disposés sur un plan vertical et chacun d'eux comportait deux
repères; l'aiguille était mue de deux façons : par un mécanisme qui
l'entraînait suivant un schéma prédéterminé et par le sujet dont la
tâche était d'annuler les effets de ces premiers mouvements afin de
la maintenir à l'intérieur des repères. Un dispositif permettait d'en
registrer le temps pendant lequel l'aiguille était dans cette position.
L'aiguille de chacun des cadrans était commandée par un bouton
situé sur un plateau incliné à 45°. Les deux cadrans étaient placés
côte à côte ou l'un sous l'autre. Dans chaque cas, on avait 5 posi
tions des repères (que nous indiquerons en prenant les valeurs d'un
cadran de montre) : 3, 6, 9, 12, et, dans un dernier item, les repères
se faisaient face et les cadrans étaient plus éloignés. Le groupe de
sujets était constitué de 20 étudiants et 20 étudiantes qui passaient
10 essais de 30 minutes. Nous n'insisterons pas davantage sur les
autres conditions du plan d'expérimentation pour signaler tout de
suite les résultats les plus significatifs. La performance est meilleure
quand les deux cadrans sont côte à côte que lorsqu'ils sont l'un sous
l'autre. Les positions 3 et 6 donnent des résultats inférieurs aux posi
tions 9 et 12. Une deuxième expérience organisée avec le même
matériel montra que la supériorité de la disposition côte à côte per
sistait après l'apprentissage dans d'autres conditions. Une dernière
expérience visait à étudier l'effet de la distance de séparation des
cadrans sur la performance : elle montra que les résultats étaient
meilleurs quand les cadrans étaient plus rapprochés et confirma les
observations précédentes sur la disposition optima de ceux-ci.
L'intérêt de cette étude est d'abord de souligner l'influence du pat
tern de stimuli sur la performance d'une tâche sensori-motrice;
11 est aussi de faire apparaître que les effets liés à la configuration
des repères ne sont pas dus au défaut de familiarité, puisqu'ils per
sistent avec l'apprentissage, mais qu' « ils doivent être attribués à
des différences bien établies dans les capacités de réponse à diff
érentes sortes de patterns de stimuli ». Il résulte de ces conclusions
que l'arrangement des dispositifs de contrôle et de commande est
essentiel. Des expériences ont été également entreprises visant à
étudier l'effet d'apprentissage dans les épreuves de poursuite (12,
13, 14). Une des questions sous-jacentes à ces recherches et de savoir
si l'apprentissage est spécifique, c'est-à-dire si le phénomène de
transfert est nul lorsque changent un ou plusieurs des facteurs qui
conditionnent la performance. Les études faites jusqu'à ce jour ne
semblent pas permettre une réponse très complète à cette question
essentielle. On conçoit que les recherches devraient prendre une
orientation différente s'il s'avérait que l'apprentissage est étroit
ement spécifique.
Cependant si les types de travaux mentionnés constituent la

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