Travaux récents sur les sensibilités chimiques - article ; n°2 ; vol.52, pg 417-427

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L'année psychologique - Année 1952 - Volume 52 - Numéro 2 - Pages 417-427
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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J. Le Magnen
II. Travaux récents sur les sensibilités chimiques
In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 417-427.
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Le Magnen J. II. Travaux récents sur les sensibilités chimiques. In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 417-427.
doi : 10.3406/psy.1952.8648
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1952_num_52_2_8648II
TRAVAUX RÉCENTS SUR LES SENSIBILITÉS CHIMIQUES
par J. Le Magnen
Adrian (1), poursuivant les travaux sur l'électro-physiologie de
l'organe et des voies olfactives, publie les résultats de l'activité
.autonome du bulbe et de son évolution en fonction de de
récepteurs périphériques. L'activité spontanée du bulbe olfactif
est de deux types : dans la région la plus profonde, au niveau des
axones des cellules mitrales constituant la voie olfactive principale,
on trouve des spikes brefs; à la surface dans la région des cellules
secondaires (glomérule, couche plexiforme), on enregistre des ondes
plus lentes. C'est sur ce fond d'activité continue qu'interviennent
les décharges résultant de la stimulation de l'organe.
L'anesthésie par les barbituriques agit différemment sur l'acti
vité spontanée et l'activité de stimulation. L'auteur tente d'identifier
ces diverses activités et leurs relations par des enregistrements simul
tanés ou non à divers niveaux de l'anesthésie.
Dans la voie olfactive principale au niveau des mitrales et en
anesthésie assez profonde chez le lapin, l'activité spontanée irrégul
ière disparaît et sous stimulation forte des ondes régulières de 50-
60 secondes apparaissent à chaque inspiration de l'animal. Ces déchar
ges sont constituées par une synchronisation de l'activité spontanée
sous l'action d'une forte activité périphérique afférente (« induced
waves »). En anesthésie légère, l'activité spontanée est enregistrée
sous forme d'ondes rapides et irrégulières. Elle subsiste en l'absence
de toute afférence et constitue une véritable activité « intrinsèque »
du bulbe olfactif, comparable à celle du cortex. La moindre stimu
lation de l'organe stoppe ce rythme et il peut mettre une minute
et plus à reparaître. Une stimulation plus forte établit dans la lacune
l'activité induite. Suivant la nature et le degré d'anesthésie, il est
alors plus ou moins facile de distinguer les deux rythmes. En anes
thésie profonde le rythme intrinsèque disparaît complètement et
Adrian met en évidence une réaction d'éveil de ce rythme sous l'effet
d'une stimulation. A mesure que l'anesthésie s'affaiblit, chaque 418 REVUES CRITIQUES
inspiration réveille un « after effect » de plus en plus long. Puis à
un niveau plus léger de l'anesthésie une seule inspiration suffît à
réveiller l'activité intrinsèque qui se poursuit indéfiniment. Ce phé
nomène est analogue à celui constaté dans d'autres régions du
système nerveux central et notamment le cortex où dans les
mêmes conditions un « after effect » plus ou moins long jusqu'à une
oscillation continue est déclanché par une stimulation afférente.
Dans le bulbe en anesthésie très légère ou sans anesthésie, les
signaux afférents consécutifs à la stimulation de l'organe peuvent
contrôler entièrement l'activité intrinsèque et quand ils intervien
nent dans la voie olfactive directe, ils transforment les décharges
continues en un groupe intervenant à chaque stimulation avec
ïe pattern caractérisque du stimulus. Là encore l'analogie est frap
pante avec ce que l'on sait des transformations de l'activité intrin
sèque du cortex sous l'action des signaux afférents. Ces nouveaux
travaux d' Adrian semblent donc avoir une portée générale dans le
•cadre de l'étude du fonctionnement du système nerveux central.
Mais dans le domaine particulier de l'olfaction, ils pourront faci
liter l'analyse des réponses provenant des récepteurs olfactifs en
fonction des divers stimuli, analyse à peine esquissée aujourd'hui
par Adrian lui-même, et qui constitue l'une des méthodes d'ap
proche du problème obscur du mécanisme de l'olfaction.
C'est sur ce problème du mécanisme de la réceptivité olfactive
que Tanyolac et Eaton (2) viennent d'apporter, par une tout
autre voie, une donnée nouvelle et intéressante.
Les auteurs remarquent qu'il n'existe aucun appareil permettant
•de détecter et d'identifier qualitativement le petit nombre de molé
cules suffisant pour provoquer une perception d'odeur. C'est en
partant, semble-t-il, du projet de réaliser un tel appareil qu'ils sont
conduits à étudier un dispositif représentant pour eux, non seulement
un modèle, mais un véritable récepteur olfactif in vitro. Ils notent
tout d'abord l'échec des multiples théories du mécanisme faisant
intervenir diverses propriétés physiques ou chimiques de la molé
cule et les rendant responsables tour à tour de l'activité sur l'organe
-olfactif. La possibilité qu'ils démontrent de réaliser un dispositif
basé sur la variation de tension superficielle d'un substrat quel
conque, dispositif « répondant », à proximité d'une source odo
rante, suivant des modalités analogues à la réponse de l'organe,
leur permet d'apporter un nouvel argument en faveur de la théorie
(la plus vraisemblable à l'heure actuelle) qui voit dans les phéno
mènes de surface la clé du mécanisme de la réceptivité. Ce dispositif
est le suivant : dans une petite chambre étinche et maintenue à
température constante, ils étudient la tension superficielle de divers
liquides : eau distillée, mercure, huile minérale, et leur variation
-à la suite d'une contamination par des molécules odorantes. Ce LE MAGNEN. LES SENSIBILITÉS CHIMIQUES 419 J.
phénomène de contamination par des quantités infimes de matière
■qui rend habituellement très difficiles les mesures de tensions superf
icielles est bien connu, et il est ici exploité pour lui-même. Tanyolac
«t Eaton utilisent la méthode de la goutte pendante. A l'extrémité
d'un tube vertical (dropper) on réalise une goutte du liquide à étudier.
La goutte est éclairée par un faisceau lumineux et cinématographiée.
La lecture du film permet sur la base du diamètre (suivant la
méthode classique) de calculer la tension superficielle et de suivre
ses variations. Lorsque la tension superficielle stabilisée de la goutte
est atteinte, on introduit dans la chambre un corps solide odorant.
On assiste alors à une réduction de la tension superficielle caracté
ristique par son évolution dans le temps de la substance introduite.
Cette réduction de la tension superficielle est plus ou moins ample
et plus ou moins rapide suivant la nature du substrat (eau, mercure
ou huile minérale) et le contaminant employé. Le camphre
par exemple, provoque une baisse de 20 % de la T. S. de la goutte
d'eau, de 6 % de celle d'une goutte de Hg en présence de vapeur de 3 % seulement de la d'huile minérale. L'essence de
.•girofle donne au contraire 6 % de baisse sur l'eau et 15 sur le mercure.
iLa réponse des trois gouttes donne donc pour chaque corps odorant
un pattern individuel caractérisable.
On doit rapprocher évidemment ce pattern de réponses spéci
fique d'un substrat artificiel du pattern d'influx auquel Adrian
faisait appel dans ses travaux antérieurs pour rendre compte de
la discrimination individualisatrice des stimuli odorants. D'autre
jpart dans l'évolution du phénomène physico-chimique, les auteurs
«•élèvent des analogies frappantes avec celle du phénomène biolo
gique. La stabilisation de la tension superficielle après sa réduc
tion durant quelques minutes sous l'action d'une petite quantité
de molécules à l'état gazeux, est donnée par eux comme l'équiva
lent de la disparition de la sensation par fatigue ou adaptation.
Lorsque le corps odorant est enlevé de la chambre la goutte liquide
reprend en 10 à 15 minutes sa T. S. normale comme l'organe, à peu
près dans le même temps, récupère après fatigue. Le phénomène,
très caractéristique de l'olfaction, de la fatigue spécifique trouve
aussi son équivalent : lorsqu'un contaminant a abaissé de la façon
•qui lui est la T. S. d'une goutte de Hg, par exemple,
un autre corps introduit dans la chambre viendra augmenter cette
réduction.
Il est évident (et ceci n'est qu'implicite dans la publication de
Tanyolac et Eaton) que la spécificité des gouttes de liquide utilisées
ne reproduit pas celle de l'organe olfactif et que l'on ne peut s'a
ttendre à trouver inactifs sur ce système les corps inodores et seuls
actifs ceux perçus par l'homme par exemple, et d'autant plus qu'ils sont plus odorants. Cette spécificité de réception de
l'organe, si elle est bien du domaine de l'adsorption sélective, dé- REVUES CRITIQUES 420
pend de la nature sans doute très complexe de la surface réceptrice
représentée par celle du cil terminal de la cellule sensorielle. Mais
ces travaux, que l'on peut rapprocher de ceux très voisins de G.
Ehrensward, apportent un nouvel élément de confirmation de l'i
ntervention des phénomènes d'adsorption de surfaces dans le méca
nisme de la réceptivité olfactive.
La signification fonctionnelle de la présence, constante dans le*
diverses espèces, de pigment au sein du neuro-épithélium olfactif
est un autre aspect de la question du mécanisme olfactif. Milas,
Posman et Heggie (1939) avaient extrait des organes olfactifs du
bœuf l'ensemble des caroténoïdes et y avaient révélé la présence
d'une quantité appréciable de vitamine A.
J. Le Magnen et A. Rapaport (3) ont tenté de déterminer l'inte
rvention de la vitamine dans le fonctionnement sensoriel. Ils utilisent
sur le rat blanc une méthode de conditionnement olfacto-gustatif
permettant d'établir la discrimination par l'animal de deux stimuli
odorants ou la perte de cette discrimination, par le choix entre
deux biberons. Le critère de la discrimination normale est constitué
par le choix de l'un des biberons portant l'une des odeurs; celui de
l'anosmie par le choix aléatoire de l'un ou de l'autre.
20 rats de 25 jours ont été soumis à un régime de carence en vita
mine A. 11 rats parmi les 13 rats survivant à un stade avancé de la
carence manifestent par des choix erronés (intervenant en général
seulement dans les quelques jours précédant la mort en état d'avita
minose très avancée) une perte de la discrimination des deux stimuli
odorants présentés (eucalyptol et benzaldéhyde). Il semble donc que
les auteurs soient parvenus à réaliser une anosmie expérimentale
par avitaminose A sévère. Mais ils ne peuvent cependant affirmer
pour autant l'intervention de la vitamine A dans le mécanisme
intime de la réceptivité. D'une part, en effet, l'avitaminose peut agir,
pour réaliser l'anosmie, par une atteinte banale des éléments interst
itiels de 1' epithelium. D'autre part, même si agissait
par destruction fonctionnelle des éléments récepteurs eux-mêmes,
on pourrait penser que la vitamine intervient normalement dans
le métabolisme général de la cellule sensorielle sans participer au
mécanisme proprement dit de la réceptivité sélective des molécules
odorantes. En tout état de cause les données histochimiques et his-
tophysiologiques, et notamment celles sur la localisation au sein du
neuro-épithélium des grains pigmentés, sont encore trop rares et
contradictoires pour que l'on puisse interpréter exactement le phé
nomène observé.
Dans un domaine intéressant aussi probablement plus le méta
bolisme banal de l'organe sensoriel que le mécanisme spécifique
de réceptivité, El Barady et G. Bourne (4) apportent des données LE MAGNEN. — LES SENSIBILITES CHIMIQUES 421 J.
histochimiques nouvelles qu'ils présentent comme un début de confi
rmation de la théorie de Kishakowsky.
Ce dernier auteur en 1948 avait proposé un schéma théorique du
mécanisme olfactif. D'après ce schéma il existerait au sein de la
cellule sensorielle une série de composés spécifiques inconnus A A'
A"... B B' B", etc. chaque série constituant une chaîne de réaction
responsable de la réceptivité de l'une des hypothétiques odeurs fon
damentales. Les différentes étapes de la réaction seraient norma
lement catalysées par un système également spécifique d'enzymes.
La propriété odorante d'un corps serait due dès lors à son effet
inhibiteur sur ces enzymes déséquilibrant la série intéressée des
composts de base et donnant naissance par là à une décharge
spécifique de la cellule nerveuse. Le phénomène d'inhibition d'enzyme
paraît cadrer quantitativement et qualitativement avec les modal
ités de l'activité odorante des molécules. Cet argument par analogie
était le seul présenté par l'auteur en faveur de sa théorie, au reste
ni plus ni moins vraisemblable que les très nombreuses autres du
même type présentées antérieurement.
El Barady et G. Bourne présentent des résultats expérimentaux
comme susceptibles de confirmer cette théorie. G. Bourne avait
révélé antérieurement la présence, en quantité relativement plus
élevée que dans toutes les autres cellules, de la phosphatase alca
line dans les cellules de l'ensemble du bourgeon gustatif, y compris
celles de F epithelium de recouvrement, ainsi que dans l'ensemble
de la région sensorielle de la muqueuse nasale. G. Bourne pense que
cette phosphatase intervient dans la réceptivité olfactive et gusta-
tive, et qu'elle représente l'un des groupes d'enzymes postulés par
Kishakowsky. Il tente de démontrer en mettant en œuvre la phos
phatase sur un substrat quelconque (béta-glycéro-phosphate, etc.)
que, conformément à la théorie de Kishakowsky, le clivage de la
molécule sous l'action de l'enzyme est inhibé par les stimuli gustatifs
et olfactifs. Pour fournir cette démonstration, il eût été désirable
d'apporter la preuve : 1° que l'enzyme en question était différent
dans l'organe gustatif et dans l'organe olfactif (en effet, comme on
e sait, l'activité d'une même molécule sur les deux récepteurs est
très différente) et fait par conséquent intervenir des systèmes de
réceptivité des mécanismes de réceptivité distincts; 2° que seuls les
stimuli olfactifs inhibaient l'enzyme olfactif et que seuls les stimuli
gustatifs inhibaient la phosphatase présente dans le bourgeon du
goût; enfin, 3° que ces enzymes ne se trouvaient et n'étaient inhibés
par les stimuli que dans les cellules sensorielles. Or G. Bourne montre
que la vanilline (stimulus olfactif) inhibe la phosphatase des papilles
folliées du lapin comme elle inhibe celle de la muqueuse nasale
et aussi celle du rein, de l'intestin, etc. Les infusions de thé, de café,
l'anis et la menthe (stimuli mal définis et à dominance olfactive)
inhibent la phosphatase gustative comme la vanilline. Le sucre et REVUES CRITIQUES 422
la quinine ne l'inhibent pas. Outre cette phosphatase, l'auteur an
nonce avoir trouvé dans le bourgeon gustatif, dans l'épithélium de
la même région et le tissu salivaire environnant, une esthé-
rase, dont l'inhibition par la quinine et la non- inhibition par CINa
et par le sucre lui paraissent plaider en faveur de son intervention,
dans le mécanisme de réceptivité suivant le schéma de Kishakowsky..
De nouvelles données seront sans doute apportées. Celles qui sont
actuellement présentées semblent peu en accord avec l'hypothèse
de l'intervention d'une inhibition diastasique et en particulier des-
phosphatases trouvées dans les organes, dans le mécanisme propre
ment dit de la réceptivité.
On connaît les travaux antérieurement publiés de Gœtzl et ses-
collaborateurs (5) affirmant l'existence d'une variation nycthémé-
rale du seuil olfactif liée aux états de faim et de satiété. Le même
auteur publie une nouvelle série d'observations portant sur de
nouveaux sujets, observations assorties d'une analyse statistique
des résultats.
Les auteurs prennent le seuil pour une odeur sur 58 sujets, 26 jours-
consécutifs en moyenne, deux fois dans la matinée avant le repas-
principal, puis immédiatement après ce repas et à la fin de l'après-
midi. Dans 66 % des jours d'observations les auteurs retrouvent la
variation déjà observée : abaissement du seuil avant le repas, rel
èvement postbrandial et nouvel à la fin de l'après-midi.
Dans les autres jours on observe soit une seule," soit deux des varia
tions. 54 sur 58 sujets donnent des variations de valeur signifi
catives.
8 sujets sur 44 jours en tout fournissent la contre-épreuve en
supprimant le repas de midi. Dans tous les cas, l'évolution signifi
cative n'est pas retrouvée. Gœtzl confirme donc sur ces nouvelles
données son interprétation précédente d'une activité du complexe
sensoriel de faim et de satiété ou plus généralement de l'ingestion,
alimentaire sur l'acuité olfactive.
Une étude analogue (6) conduit les mêmes auteurs à constater une
augmentation avant le repas de la sensibilité au saccharose suivie
d'un abaissement. Cette variation ne se produit pas chez les sujets
omettant volontairement leur repas de midi. D'après les auteurs,
comme la variation de sensibilité à une odeur, cette variation d'acuité
gustative serait indicative et conséquence de la transformation de
l'appétit en satiété.
Janovitz et Grossmann (7) publient presque simultanément des
résultats contraires à ceux de Gœtzl et ses collaborateurs. Ils prennent
les seuils gustatifs au CINa et au saccharose et le seuil olfactif à
l'odeur de café avant et après les repas, sur 9, 70 et 19 sujets re
spectivement. Dans tous les cas, ils trouvent ces sensibilités inchang
ées. Pour l'odeur la corrélation entre les deux mesures est de LE MAGNEN. LES SENSIBILITES CHIMIQUES 423 J.
0,98. L'administration aux sujets d'amphétamine à la place du repas
(contrairement à ce qu'avait expérimenté Gœtzl) faisant disparaître
la sensation de faim, ne changerait pas non plus, d'après ces auteurs,
les niveaux de sensibilité gustatifs et olfactifs étudiés.
De nouvelles investigations semblent donc nécessaires sur cette
question intéressante du rapport des niveaux de sensibilités olfac
tives et gustatives et des états de faim et de satiété.
Dans ce domaine important de l'intervention des sensibilités ch
imiques dans le mécanisme de régulation du comportement aliment
aire, Bare (8) puis, Pfaffmann et Bare (9) publient deux intéressants
articles. Leurs résultats infirment définitivement, semble-t-il, la
théorie du mécanisme périphérique de la régulation des faims par
tielles et mettent ainsi un terme à une longue controverse.
On connaît les très belles expériences de Richter. Cet auteur
avait montré que des rats surrénalectomisés, c'est-à-dire chez qui
on avait créé un besoin physiologique de CINa, préféraient à l'eau
des solutions salées plus diluées que des rats normaux. Richter
interprétait ce fait comme un abaissement du seuil gustatif au salé
résultant d'une action directe sur le bourgeon du milieu humoral.
La cellule gustative est privée de CINa à la suite de la surrénalec-
tomie comme les autres cellules de l'organisme. Cette carence abaisse
son seuil de réceptivité au stimulus externe et c'est cet abaissement
qui provoque l'hyper-consommation des solutions salées par l'an
imal et par là sa survie.
Bare reprend et complète les déterminations de Richter. Avec
une méthode à deux biberons différente de celle utilisée par ce
dernier, il détermine tout d'abord sur des normaux l'évolution de
la consommation de solutions salées et de leur préférence par rap
port à l'eau sur une large échelle de concentrations. Avec des concen
trations croissantes, il retrouve le seuil préférentiel au niveau indi
qué par Richter à 0,06 %. Il y a au-dessus une préférence pour le
sel jusqu'à 0,9 %, puis une réduction rapide de la passant
à une répulsion totale pour les concentrations plus élevées. Les rats
surrénalectomisés pendant les 14 ou 16 jours qui suivent l'opéra
tion disposent d'un biberon à 3 % de CINa et d'un biberon d'eau,
puis leurs consommations aux divers niveaux de concentrations
sont établies. L'auteur constate chez ces derniers les deux faits
suivants : 1° dans la première période, alors que les témoins main
tiennent une répulsion constante pour la solution concentrée, les
animaux opérés augmentent et augmentent « progressivement »
cette consommation quotidienne passant en 14 jours par exemple
pour un groupe, de 0,8 à 8,6 cm3; 2° à tous les niveaux, la préférence la solution salée est plus marquée chez les opérés et le seuil
préférentiel est abaissé dans une marge que l'auteur ne peut préciser
avec la méthode employée. Les différences entre opérés et normaux à 424 REVUES CRITIQUES
chaque niveau ne sont pas les mêmes. Les deux courbes ne sont
donc pas parallèles. Ces déterminations de Bare confirment dans
l'ensemble celles de Richter. Cependant, un fait nouveau et impor
tant est apporté en ce qui concerne l'interprétation du phénomène,
c'est la progression relativement lente chez les animaux opérés de
l'établissement de la consommation des solutions de CINa qui sug
gère un apprentissage et met en doute le mécanisme de régulation
périphérique immédiate de Richter.
Mais la clef de voûte de cette dernière théorie reste l'interpré-
■ tation de l'abaissement du seuil préférentiel chez les surrénalec-
tomisés comme un abaissement de seuil absolu.
C'est sur ce point que porte le travail publié par PfaiTmann et
Bare. Ces expérimentateurs, toujours sur le rat blanc, recherchent
le seuil absolu au CINa par l'enregistrement des décharges prove
nant d'une région de la langue. Ils dénudent une partie de la corde
du tympan et y placent une électrode; ils recueillent les décharges
à l'oscillographe et au haut parleur. Une goutte d'eau ou de solution
salée faible déposée dans la région intéressée de la langue de l'an
imal ne fournit pas la décharge caractéristique que donne une solu
tion salée plus concentrée. Il y a donc la possibilité d'établir le seuil.
Celui-ci chez les rats normaux est trouvé pour une solution de
0,0081. Chez les animaux opérés (6) le seuil moyen dans le nerf
est de 0,014. Le seuil absolu n'est donc pas inférieur mais au con
traire légèrement supérieur chez les rats opérés. Un seul de ces
derniers animaux a pu être étudié simultanément dans son compor
tement. Avant intervention son seuil préférentiel est normal à
0,06 %. Il passe après surrénalectomie à 0.016. Or, à ce moment son
seuil absolu était dans le nerf de 0,0138 %.
On doit conclure avec les auteurs après ce très beau travail que,
d'une part, le seuil préférentiel déterminé par la méthode des choix
n'est pas du tout le seuil absolu, et que, d'autre part, chez les rats
surrénalectomisés le préférentiel s'abaisse jusqu'à un niveau
très proche du seuil absolu, seuil qui reste inchangé à la suite du
trouble métabolique apporté par la surrénalectomie. Une régula
tion au niveau périphérique est donc à exclure.
Les stimuli olfacto-gustatifs sont des facteurs déterminants du
comportement alimentaire de l'animal. Le stimulus olfactif représenté
par l'odeur biologique de l'espèce et la réceptivité de l'animal pour
cette odeur sont également des facteurs déterminants, peut-être
essentiels du comportement sexuel.
Faisant suite à ses travaux antérieurs sur les phénomènes olfacto-
sexuels chez l'homme, J. Le Magnen (10) publie une série de résultats
expérimentaux sur le rat blanc. L'auteur utilise une boîte de discr
imination d'un nouveau modèle. Ce dispositif permet d'établir la
réponse d'attirance de groupes de rats des deux sexes et en divers LE MAGNEN. LES SENSIBILITES CHIMIQUES 425 J.
états sexuels à l'égard de stimuli constitués par l'odeur corporelle
globale du mâle ou de la femelle. Les lots de rats testés fournissent
ainsi une réponse statistique dans un certain nombre de choix.
Dans chaque test on enregistre une moyenne de 50 choix effectifs
(45 à 55). Les réponses négatives qui dépendent de l'état variable
de contre-dressage des animaux envers le dispositif ne sont pas
comptées. La réalisation de ce contre-dressage oblige à employer
pour le même test des lots toujours renouvelés à partir d'un élevage
homogène. Cette circonstance rend malaisée l'analyse statistique
des divers résultats. Mais ceux-ci prennent toute leur valeur par
leur confrontation et leur interprétabilité. Les conclusions sont les
suivantes : La méthode permet de mettre en évidence :
1° La perception et la discrimination par le rat mâle adulte des
odeurs émanant des femelles et des mâles.
2° La discrimination par les mêmes rats d'une odeur de femelle
en cestrus et d'une femelle en repos sexuel.
3° La différence qualitative de l'odeur du mâle et de la femelle.
Elle permet en outre de démontrer :
4° Que la différence des odeurs émanant des femelles en cestrus
et en di-œstrus manifestée par le comportement des mâles est une
différence d'intensité, intensité à laquelle la méthode permet de
donner des valeurs en Unités Biologiques.
5° Que l'odeur d'une femelle en repos est vraisemblablement iden
tique à celle d'une femelle castrée.
6° Que le rat mâle adulte, en manifestant sa perception et sa
discrimination quantitative ou qualitative pour ces odeurs biolo
giques, manifeste également son attirance affective maximum pour
l'odeur de la femelle en cestrus.
7° Que l'odeur développée par la femelle en œstrus est vraisem
blablement due à des sécrétions externes répondant aux agents
œstrogènes mais que ceux-ci injectés (benzoate d'cestradiol) bien
que nettement actifs, ne suffisent pas à donner à une femelle castrée
la valeur olfactive d'une femelle en œstrus physiologique.
8° Le comportement des mâles impubères et castrés est différent
de celui des normaux à l'égard des odeurs émanant, des femelles.
9° On doit admettre néanmoins que le mâle impubère, comme le
castré, pos.sède la capacité de discrimination des odeurs de mâle
et de femelle, et des femelles en rut et en repos. Sa réponse affective
à ces différences d'odeurs sexuelles est cependant très inférieure à
celle du mâle normal. Ceci peut être dû à une réceptivité sensorielle
également moindre.
10° Les femelles manifestent une indifférence affective à l'égard
de l'odeur du mâle et de l'odeur de femelle, ce qui permet de présumer
une non-discrimination sensorielle, tout au moins dans les états
sexuels des femelles étudiées (di-œstrus et castrées). Le comporte-
l'année psychologique, lu, fasc. 2 23

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