Un garçon ou une fille ? Le choix des femmes et des hommes à l'égard d'un seul enfant. - article ; n°5 ; vol.53, pg 1033-1041

De
Publié par

Population - Année 1998 - Volume 53 - Numéro 5 - Pages 1033-1041
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
Lecture(s) : 28
Nombre de pages : 10
Voir plus Voir moins

Jacques D. Marleau
Martine Maheu
Un garçon ou une fille ? Le choix des femmes et des hommes à
l'égard d'un seul enfant.
In: Population, 53e année, n°5, 1998 pp. 1033-1041.
Citer ce document / Cite this document :
D. Marleau Jacques, Maheu Martine. Un garçon ou une fille ? Le choix des femmes et des hommes à l'égard d'un seul enfant.
In: Population, 53e année, n°5, 1998 pp. 1033-1041.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1998_num_53_5_6908UN GARÇON OU UNE FILLE?
Le choix des femmes et des hommes
à l'égard d'un seul enfant
Au cours des quarante-cinq dernières années, plusieurs auteurs ont tenté d'éva
luer la préférence des femmes non enceintes à l'égard du sexe d'un premier enfant
dans les pays développés (Dinitz, Dynes et Clarke, 1954; Dixon et Levy, 1985;
Goldfarb, 1988 ; Marleau et Saucier, 1993 ; Rao et Rao, 1981 ; Rosenzweig et Adel-
man, 1976; Steinbacher et Gilroy, 1990). Leurs résultats indiquent qu'elles désirent
plus souvent un garçon qu'une fille lorsqu'une préférence est exprimée. Paradoxal
ement, chez les femmes enceintes pour une première fois, on remarque la préférence
inverse ; elles préfèrent plus souvent une fille à un garçon (Dahlberg, 1948 ; Marleau
et al, 1996; Saucier, 1982; Steinbacher et Gilroy, 1985; Stattin et Klackenberg-
Larsson, 1991; Teichman, Rabinovitz et Rabinovitz, 1992; Walker, 1992; Walker
et Conner, 1993 ; Wolkind et Zajicek, 1981). Il importe de noter qu'un pourcentage
élevé de ces femmes ne déclarent aucune préférence : c'est le cas de 34 à 59 %
d'entre elles, selon les études. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces pourcentages
élevés d'absence de préférence : certaines femmes hésitent peut-être à dévoiler leur
préférence à un enquêteur qu'elles ne connaissent pas ; d'autres essaient peut-être
de dissimuler leur dans un contexte où il devient de plus en plus inap
proprié d'exprimer une préférence dans nos sociétés qui prônent l'égalité entre les
sexes. Une façon de contourner ce problème est de mettre les répondantes face à
une situation hypothétique où elles pourraient n'avoir, au cours de leur carrière
reproductive, qu'un seul enfant et de les dissuader d'indiquer des réponses neutres
comme «aucune préférence» ou «l'un ou l'autre».
Les objectifs de cette étude sont triples :
— faire la synthèse des préférences des femmes et des hommes à l'égard
d'un seul enfant ;
— délimiter les variables démographiques et psychosociales associées à la
préférence pour un garçon ou une fille ;
— et résumer les hypothèses avancées a posteriori par certains auteurs pour
expliquer leurs résultats.
Il est particulièrement intéressant de connaître les préférences en cas d'enfants
uniques dans un contexte de diminution de la taille des familles dans les sociétés
occidentales : les données récentes montrent que de plus en plus de familles n'ont
qu'un seul enfant. Ces chiffres sont à la hausse aux États-Unis (Poston et Yu, 1986),
au Canada (Needleman, 1986; Romaniuc, 1984) et dans plusieurs pays européens
tels que la France, le Portugal, les Pays-Bas, l'Italie et la Hongrie (Poston et Yu,
1986; Prioux, 1988, 1990). De plus, le pourcentage de femmes ayant un seul enfant
et n'en désirant pas d'autres augmente (Sloane et Lee, 1983). Plusieurs facteurs peu
vent expliquer cette tendance tels que l'instabilité maritale et la difficulté à concilier
travail et parentalité (Laybourn, 1990). L'efficacité des moyens de contraception et le
report de l'âge à la première naissance ont aussi joué un rôle important (Romaniuc,
1991).
Population, 5, 1998, 1033-1042 1034 J. D. MARLEAU, M. MAHEU
Parallèlement, le développement de techniques de présélection du sexe (voir
Ruegsegger et Jewelewicz, 1988; Schaffir, 1991 ; Séguy, 1975; Williamson, 1983)
suggère la possibilité d'une augmentation du nombre d'enfants uniques de sexe mas
culin dans le contexte d'un déclin de la fécondité et de préférence pour les garçons
(Wiegle, 1985). Des conséquences sociales négatives ont même été anticipées par
plusieurs auteurs, si les parents donnaient suite à leur en utilisant ces
techniques (Largey, 1972b; Pohlman, 1967; Walter, 1975; Wiegle, 1985).
I. - Méthodologie
Les références sur la préférence des femmes et des hommes à l'égard d'un
seul enfant ont été trouvées dans les banques de données Medline et Psychinfo,
ainsi qu'à partir de la littérature secondaire. Il est à noter que les références r
etrouvées sont essentiellement nord-américaines et concernent souvent des popula
tions étudiantes. Onze textes ont été identifiés où les répondants devaient exprimer
leur préférence dans l'hypothèse où ils pourraient n'avoir qu'un seul enfant au cours
de leur carrière reproductive (Clarke et Kiser, 1951 ; Dinitz, Dynes et Clarke, 1954 ;
Hammer, 1970; Hammer et McFerran, 1988; Largey, 1972a; Moeschl, Bogart et
Parham, 1978; Norman, 1974; Peterson et Peterson, 1973; Pooler, 1991 ; Rent et
Rent, 1977; Smith, 1976). Il est important de noter que certains des répondants
pouvaient, en réalité, désirer une famille plus nombreuse.
D'autres auteurs ont choisi de déterminer la préférence des femmes et des
hommes en leur demandant de sélectionner le nombre et le sexe des enfants désirés ;
pour ceux ne souhaitant qu'un seul enfant (Fidell, Hoffman et Keith-Spiegel, 1979;
Gray, 1982; Gray et Morgan, 1976; Krishnan, 1987, Pebley et Westoff, 1982), il
est possible d'analyser leur préférence quant au sexe de l'enfant. Malgré la différence
entre les deux approches, nous présenterons ces résultats ensemble puisque d'une
part, il s'agit, dans les deux cas, d'évaluer la préférence quant au sexe pour un
enfant unique et d'autre part, il sera ainsi possible de tenir compte d'un plus grand
nombre de variables. Précisons que les analyses effectuées dans ces travaux sont
presque exclusivement de nature bivariée plutôt que multivariée.
IL - Résultats
Les préférences selon Les résultats des recherches sur la préférence expri-
le sexe du répondant mée par les femmes sont synthétisés au tableau 1.
On observe que depuis la recherche de Clare et Kiser
(1951), la préférence des femmes pour une fille n'a pas cessé d'augmenter. Trois
des cinq dernières recherches (Hammer et McFerran, 1988 ; Moeschl, Bogart et
Parham, 1978; Pooler, 1991) indiquent que les femmes désirent plus souvent une
fille à un garçon.
Chez les hommes, toutes les recherches indiquent que la majorité désirent un
garçon plutôt qu'une fille (tableau 2) : dans presque toutes, au moins 70 % des hom
mes désirent un garçon. De plus, il est clair que le rapport de préférence est toujours
supérieur à un. UN GARÇON OU UNE FILLE ? 1035
Variables associées à la préférence À notre connaissance, seules quelques
pour un garçon ou une fille variables sociodémographiques ont été
associées à la préférence à l'égard d'un
garçon ou d'une fille (Dinitz, Dynes et Clarke, 1954; Hammer, 1970; Hammer et
McFerran, 1988; Moeschl, Bogart et Parham, 1978; Pooler, 1991; Smith, 1976). Les
données sur le niveau d'instruction indiquent, depuis deux décennies, un désir de plus
en plus marqué pour une fille chez les femmes ayant une formation universitaire (Hamm
er, 1970; Hammer et McFerran, 1988; Moeschl, Bogart et Parham, 1978; Smith,
1976). Au cours des dernières années, les femmes préfèrent plus souvent une fille à
un garçon, avec deux exceptions : les de niveau d'instruction inférieur de
l'échantillon de Moeschl, Bogart et Parham (1978) et celles sans enfant, non mariées
et sans formation universitaire de l'échantillon de Hammer et McFerran (1988). Pour
leur part, les hommes préfèrent toujours plus souvent un garçon, quel que soit leur
statut civil et leur niveau de scolarité ; toutefois, les hommes mariés et ayant une for
mation universitaire de l'échantillon de Hammer et McFerran (1988) désirent moins
souvent un garçon que les autres, mais ce résultat n'est basé que sur un petit nombre
de cas.
Hammer et McFerran (1988) ont constaté que le fait d'avoir déjà un enfant
ne change pas la préférence des hommes pour un garçon et des femmes pour une
fille, quel que soit leur niveau de scolarité. Les données de Clare et Kiser (1951)
indiquent que les répondants ayant déjà un enfant déclarent plus souvent désirer
un seul enfant du sexe qu'ils ont déjà. Celles de Largey (1972a) confirment éga
lement ce résultat chez les répondants qui seraient prêts à utiliser une technique
de présélection du sexe (voir également Pohlman, 1967; Williamson, 1983); ce
pendant, aucune information n'est disponible selon le sexe des répondants.
La religion est également une variable importante : les catholiques, les pro
testants et ceux ayant exprimé une autre référence religieuse préfèrent plus souvent
un garçon, alors que les juifs préfèrent plus souvent une fille (Pooler, 1991). Les
données de Pooler (1991) indiquent qu'une autre variable est associée à la préfé
rence des femmes : celles qui veulent garder leur nom de jeune fille après le mariage
désirent plus souvent une fille, pour assurer la perpétuation de ce nom ; cette raison
était habituellement proposée expliquer la préférence des hommes à l'égard
d'un garçon (Williamson, 1983).
Différentes explications Les revendications du mouvement des femmes au
suggérées par les auteurs cours des dernières décennies pourraient être en
partie responsables de la préférence plus marquée
des répondantes pour les filles, en particulier pour le premier enfant. Au cours des
dernières années, quelques auteurs ont tenté de mesurer l'association entre l'adhésion
au mouvement féministe et la préférence à l'égard d'une fille, avec des résultats va
riables (Fidell, Hoffman et Keith-Spiegel, 1979; Rent et Rent, 1977; Steinbacher et
Gilroy, 1985, 1990). Pour leur part, Peterson et Peterson (1973) considèrent que la baisse
de la préférence des hommes à l'égard d'un garçon proviendrait, en partie, du fait que
les filles ne sont plus considérées comme un désavantage économique pour la famille ;
ils estiment que la préférence à l'égard d'une fille s'explique également par la crainte
de perdre son seul enfant lors de conflits armés s'il est de sexe masculin ; rappelons
que cet article de Peterson et Peterson (1973) a été publié pendant la guerre du Vietnam.
Un article récent de Teichman, Rabinovitz et Rabinovitz (1992), basé sur des données
israéliennes, met également l'accent sur ce dernier point. J. D. MARLEAU, M. MAHEU 1036
Tableau 1 . - Préférence pour le sexe de l'enfant exprimée par les femmes
ne souhaitant qu'un seul enfant
Préférence Préférence Rapport Taille de Aucune Auteurs Année pour un pour une entre (1) l'échantillon préférence garçon (1) fille (2) et (2)
Clare et Kiser 677 37% 11% 51 % 3,36 1951 (a)
Clare et Kiser 630 8% 38% 54% 0,21 1951 (b)
- Dinitz et al. 1954 195 66% 34% 1,94
- Hammer 78% 22% 1970 (c) 236 3,55
- 21 71 % 29% 2,45 1970 (d)
- Hammer 69% 1970 (e) 26 31% 0,45
Peterson et 1973 157 64% 31% 5% 2,06
- Norman 1974 157 59% 41 % 1,44
- Gray et Morgan 1976 12 58% 42% 1,38
- Smith 1976 185 53% 47% 1,13
Rent et Rent 33% 1977 363 57% 10% 1,73
- Moeschl et al. 199 44% 56% 0,79 1978 (f)
- et al. 44 70% 30% 1978 (g) 2,33
- - - Pebley et Westoff 676 1,63 1982 (h)
31% Krishnan 1987 13 38% 31% 1,22
Hammer et 120 28% 58% 14% 0,48 1988 (c)
McFerran
Hammer et 1988 (d) 33 39% 42% 18% 0,93
McFerran
Hammer et 26 50% 8% 1988 (e) 42% 0,84
McFerran
- Pooler 386 54% 0,85 1991 (i) 46%
- Pooler 392 41% 59% 0,69 1991 G)
(a) Femmes ayant déjà un enfant de sexe masculin,
(b) déjà un de sexe féminin,
(c) Femmes non mariées, sans enfant et étudiant à l'Université,
(d) mariées, sans enfant et étudiant à
(e) Femmes sans et n'étudiant pas à
(f) étudiant à l'Université,
(g) Femmes du même groupe d'âges pas à l'Université,
(h) Les pourcentages ne sont pas indiqués dans le texte.
(i) Femmes étudiant à l'Université en 1985.
(j) à en 1988. UN GARÇON OU UNE FILLE 1037
Tableau 2. - Préférence pour le sexe de l'enfant exprimée par les hommes
ne souhaitant qu'un seul enfant
Préférence Préférence Rapport Taille de Aucune Auteurs Année pour un pour une entre (1) l'échantillon préférence garçon (1) fille (2) et (2)
Clare et Kiser 679 66% 4% 30% 16,50 1951 (a)
31 % Clare et Kiser 1951 (b) 630 15% 54% 2,06
- Dinitz et al. 1954 185 92% 8% 11,50
- Hammer 1970 (c) 174 90% 10% 9,00
- 83% 1970 (d) 29 17% 4,88
- Hammer 18 89% 11% 8,09 1970 (e)
81 % Peterson et 1973 105 16% 3% 5,06
- 1974 86% 14% Norman 148 6,14
- Gray et Morgan 1976 26 88% 12% 7,33
- Smith 1976 108 83% 17% 4,88
- Moeschl et al. 117 78% 22% 3,55 1978 (f)
- et al. 1978 (g) 43 70% 30% 2,33
- - 1982 100% 0% 100,00 Gray
Krishnan 1987 (h) 16 37% 19% 44% 1,95
Hammer et 1988 (c) 107 81% 12% 7% 6,75
McFerran
Hammer et 25 40% 32% 28% 1,25 1988 (d)
McFerran
Hammer et 23 74% 17% 9% 4,35 1988 (e)
McFerran
- Pooler 1991 (i) 171 84% 16% 5,25
- Pooler 219 83% 17% 4,88 1991 (j)
(a) Hommes ayant déjà un enfant de sexe masculin,
(b) déjà un de sexe féminin,
(c) Hommes non mariés, sans enfant et étudiant à l'Université,
(d) mariés, sans enfant et étudiant à
(e) Hommes mariés, sans enfant et n'étudiant pas à
(f) étudiant à l'Université,
(g) Hommes du même groupe d'âges n'étudiant pas à l'Université,
(h) La préférence des hommes est rapportée ici par leur conjointe,
(i) Hommes étudiant à l'Université en 1985.
(j) à en 1988. J. D. MARLEAU, M. MAHEU 1038
Hammer et McFerran (1988) ont montré que la préférence des répondants
pour leur propre sexe, tant chez les hommes que chez les femmes, semble solidement
ancrée. En effet, la majorité des femmes et des hommes de leur échantillon déclarent
qu'ils choisiraient de revivre respectivement sous les traits d'une femme ou d'un
homme s'ils le pouvaient. Ils suggèrent que la préférence des femmes à l'égard
d'une fille indique que les désavantages généralement associés au genre féminin
sont de moins en moins présents dans les sociétés nord-américaines, du moins selon
la perception des femmes. Ce résultat se retrouve chez les femmes ayant ou non
un enfant, comme chez celles ayant ou non une formation supérieure.
Cette recherche de Hammer et McFerran (1988) fait suite à trois autres pu
bliées dans le Journal of Individual Psychology (Hammer, 1970; Moeschl, Bogart
et Parham, 1978; Smith, 1976), qui tentaient de déterminer si la situation d'infé
riorité des femmes était de nature culturelle ou biologique. Adler pensait que le
désavantage était culturel et Freud l'estimait À partir d'une question
sur le désir d'avoir un garçon ou une fille, les auteurs ont tenté de déterminer
laquelle des deux positions semblait la plus plausible ; leurs résultats indiquent une
préférence accrue des femmes à l'égard d'une fille. Smith (1976) et Moeschl, Bogart
et Parham (1978) avancent l'hypothèse que cette augmentation de la préférence
pour une fille est associée au changement des rôles sexuels prescrits aux femmes ;
les désavantages associés aux rôles féminins semblent avoir diminué de façon s
ignificative dans plusieurs sociétés (Hammer et McFerran, 1988). L'infériorité des
femmes postulée à l'époque serait donc culturelle, favorisant ainsi la position adlé-
rienne.
III. - Discussion
Cette recension des écrits sur la préférence exprimée à l'égard du sexe d'un
enfant unique indique que la préférence des hommes n'a presque pas changé depuis
près de 45 ans : ils préfèrent plus souvent un garçon à une fille. De leur côté, les
femmes désirent plus souvent une fille à un garçon, dans le cas où elles expriment
une préférence, particulièrement au cours des dernières années. Le sexe des répon
dants constitue probablement la variable la plus importante pour prévoir la préfé
rence à l'égard d'un enfant de sexe masculin ou féminin. Ces mêmes préférences
pour le sexe d'un premier enfant se retrouvent chez les femmes enceintes et leur
conjoint (Marleau et Saucier, article soumis pour publication). Ces résultats sont
contraires à ce que certains auteurs laissent sous-entendre, à savoir que la préférence
pour un garçon comme seul ou premier enfant serait universelle (Steinbacher et
Gilroy, 1996).
Il existe peu de travaux sur l'impact de variables démographiques (comme
l'âge des répondants) et psychosociales (comme la notion d'autonomie) sur les pré
férences. Il serait aussi utile de déterminer si ces variables sont associées à la pré
férence pour un garçon ou une fille, au moyen de techniques d'analyses multivariées
(voir Pooler, 1991 ; Rao et Rao, 1981). Les informations les plus pertinentes ind
iquent une augmentation plus marquée de la préférence des femmes scolarisées à
l'égard d'une fille, ce qui laisse sous-entendre que les revendications du mouvement
féministe ont probablement eu plus d'impact auprès des femmes ayant fait le plus
d'études (Moeschl, Bogart et Parham, 1978). D'autres recherches sont nécessaires
pour vérifier cette hypothèse. Seules quelques variables sont associées à la préfé
rence pour un premier enfant de sexe masculin ou féminin (Calway-Fagen, Wallston
et Gabel, 1979 ; Steinbacher et Gilroy, 1985 ; Uddenberg, Almgren et Nilsson, 1971). GARÇON OU UNE FILLE ? 1039 UN
En fait, il est difficile d'en tirer des conclusions définitives compte tenu du fait
que l'ensemble des recherches recensées ont été effectuées en Amérique du Nord,
surtout à partir d'échantillons d'étudiants. Les résultats sont également difficiles à
interpréter puisqu'ils portent sur une longue période de temps.
Plusieurs auteurs ont aussi souligné que le sexe des enfants et la concordance
ou la divergence entre la préférence exprimée, par les deux parents ou futurs parents,
à l'égard d'un sexe précis constituent des variables importantes pour comprendre
certains phénomènes psychosociaux comme la dépression postnatale, la qualité des
relations parents-enfants, la qualité de la relation entre conjoints, etc. (Boucebci et
Abbad, 1990; Feldman, Nash et Aschenbrenner, 1983; Sloman, 1948; Stattin et
Klackenberg-Larsson, 1991 ; Steinbacher et Gilroy, 1996; Uddenberg, Almgren et
Nilsson, 1971 ; Zucker, Bradley et Ipp, 1993). Par exemple, les résultats récents de
cette recension suggèrent que les préférences des femmes et des hommes pour un
seul enfant diffèrent et qu'il pourrait en résulter des conflits conjugaux. Certains
auteurs comme Largey (1972b) et Rosenzweig et Adelman (1976) soulignent la poss
ibilité d'éventuels conflits entre conjoints au moment où ils décideront d'avoir un
enfant si leur préférence diffère, surtout lorsqu'ils optent pour l'utilisation d'une
technique de présélection du sexe (Steinbacher et Gilroy, 1996). Aucun auteur, à
notre connaissance, n'a étudié le taux de concordance entre les conjoints pour la
préférence pour un seul enfant (voir Largey (1972b) ; Sensibaugh et Yarab (1997)
pour la préférence des conjoints pour le sexe d'un premier enfant). Cet aspect serait
intéressant à vérifier.
Jacques Marleau (Université de Montréal),
Martine Maheu (Université Laval)
BIBLIOGRAPHIE
Boucebci M., Abbad D., 1990, «Je veux un garçon ou l'anticipation forclose», Psychologie
médicale, 22, p. 297-299.
Calway-Fagen N., Walston B. S., Gabel H., 1979, «The relationship between attitudinal
and behavioral measures of sex preference », Psychology of Women Quarterly, 4,
p. 274-280.
Clare J. E., Kiser С V., 1951, «Social and psychological factors affecting fertility: pre
ference for children of given sex in relation to fertility», The Milbank Memorial Fund
Quaterly, 29, p. 440-492.
Dahlberg G., 1948, «Do parents want boys or girls?», Acta Genetica, 1, p. 163-167.
Dinitz S., Dynes R. R., Clarke A. C, 1954, «Preferences for male or female children:
traditional of affectional », The Marriage and Family Living, 16, p. 128-130.
Dixon R. D., Levy D. E., 1985, «Sex of children: a community analysis of preferences and
predetermination attitudes», The Sociological Quarterly, 26, p. 251-271.
Feldman S. S., Nash S. C, Aschenbrenner B. G., 1983, «Antecedents of fathering», De
velopmental Psychology, 19, p. 278-289.
Fidell L., Hoffman D., Keith-Spiegel P., 1979, «Some social implications of sex-choice
technology », Psychology of Women Quarterly, 4, p. 232-236.
Goldfarb C. S., 1988, «The folklore of pregnancy», Psychological Reports, 58, p. 891-900.
Gray E., 1982, «Transgeneration analyses of the human sex ratio», The Journal of Heredity,
73, p. 123-127.
Gray E., Morgan D. K., 1976, «Desired family size and sex of children», The Journal of
Heredity, 67, p. 319-321.
Hammer M., 1970, «Preference for a male child: cultural factor», Journal of Individual
Psychology, 26, p. 54-56. 1040 J. D. MARLEAU, M. MAHEU
Hammer M., McFerran J., 1988, «Preference for sex of child: a research update», Individual
Psychology, 44, p. 481-491.
Krishnan V., 1987, «Preferences for sex of children: a multivariate analysis», Journal of
Biosocial Science, 19, p. 367-376.
Largey L. G., 1972a, Sociological aspects of sex preselection: a study of the acceptance
of a medical innovation, Thèse de doctorat, Université de New York, Buffalo, 1 10 p.
Largey L. G., 1972b, «Sex control and society: a critical assessment of sociological specu
lations », Social Biology, 20, p. 379-392.
Laybourn A., 1990, «Only children in Britain: popular stereotype and research evidence»,
Children and Society, 4, p. 386-400.
Marleau J. D., Saucier J.-F., 1993, «Préférence des femmes canadiennes et québécoises
non enceintes quant au sexe du premier enfant », Cahiers québécois de démographie,
22, p. 363-372.
Marleau J. D., Saucier J.-F., Bernazzani O., Borgeat F., David H., 1996, «Mental rep
resentations of pregnant nulliparous women having no sex preference », Psychological
Reports, 79, p. 464-466.
Moeschl T. P., Bogart E., Parham I. A., 1978, « Preference for sex of offspring and changing
sex roles », Journal of Individual Psychology, 34, p. 67-69.
Needleman L., 1986, «Canadian fertility trends in perspective», Journal of Biosocial Science,
18, p. 43-56.
Norman R. D., 1974, «Sex differences in preferences for sex of children : a replication after
20 years », The Journal of Psychology, 88, p. 229-239.
Pebley A. R., Westoff С F., 1982, «Women's sex preference in the United States: 1970 to
1975», Demography, 19, p. 177-189.
Peterson C. C, Peterson J. L., 1973, «Preference for sex of offspring as a measure of
change in sex attitudes», Psychology, 34, p. 3-5.
Pohlman E., 1967, «Some effects of being able to control sex of offspring», Eugenic Quart
erly, 14, p. 274-281.
Pooler W. S., 1991, «Sex of child preferences among college students», Sex Roles, 25,
p. 569-576.
Poston D., Yu M., 1986, «The one child family: international patterns and their implications
for the People's Republic of China», Journal of Biosocial Science, 18, p. 305-310.
Prioux F., 1988, «La fécondité par rang de naissance dans les générations : évolution com
parée en Angleterre-Galles, en France et aux Pays-Bas, depuis la génération 1930»,
Population, 4-5, p. 855-876.
Prioux F., 1990, «Fertility and family size in Western Europe», Population (English selec
tion), 2, p. 141-161.
Rao V. V. P., Rao V. N., 1981, «Family size and sex preference of children : a bi-racial
comparison», Adolescence, 62, p. 385-401.
Rent C. S., Rent G. S., 1977, «More on offspring-sex preferences; a comment on Nancy
E. Williamson's "Sex preferences, sex control, and the status of women" », Signs: Jour
nal of Women in Culture and Society, 3, p. 505-513.
Romaniuc A., 1984, «La conjoncture démographique. La fécondité au Canada: croissance
et déclin», Statistique Canada, Catalogue 91-524F. A., 1991, «Fertility in Canada: retrospective and prospective», Canadian Studies
in Population, 18, 56-77.
RosENZWEiG S., Adelman S., 1976, «Parental predetermination of the sex of offspring: the
attitudes of young married couples with university education », Journal of Biosocial
Science, 8, p. 335-346.
Ruegsegger C, Jewelewicz R.,1988, «Gender preselection: facts and myths», Fertility and
Sterility, 49, p. 937-940.
Saucier J.-F., 1982, «An exploratory study of sex preference among primiparous mothers
and fathers during pregnancy in a small English sample », Document non publié, Dé
partement de psychiatrie, Université de Montréal, Montréal.
Schaffir J., 1991, «What are little boys made of? The never-ending search for sex selection
techniques», Perspectives in Biology and Medicine, 34, p. 516-525. UN GARÇON OU UNE FILLE ? 1041
Séguy В., 1975, «La sélection volontaire du sexe», Journal de gynécologie obstétrique et
de biologie reproductive, 4, p. 29-36.
Sensibaugh C. C, Yarab P. E., 1997, « Newlyweds' family-formation preferences », The Jour
nal of Psychology, 13, p. 530-540.
Sloane D. M., Lee C.-F., 1983, «Sex of previous children and intentions for further births
in the United States, 1965-1976», Demography, 20, p. 353-367.
Sloman S. S., 1948, «Emotional problems in "planned for" children», American Journal of
Orthopsychiatry, 18, p. 523-528.
Smith W. D., 1976, «Changing preference for a female child», Journal of Individual Psy
chology, 32, p. 106-107.
Stattin H., Klackenberg-Larsson I., 1991, «The short- and long-term implications for pa
rent-child relations of parents' prenatal preferences for their child's gender», Deve
lopmental Psychology, 27, p. 141-147.
Steinbacher R., Gilroy F. D., 1985, «Preference for sex of child among primiparous wo
men», The Journal of Psychology, 119, p. 541-547. R., Gilroy F. D., 1990, «Sex selection technology: a prediction of its use and
effect», The Journal of 124, p. 283-288.
Steinbacher R., Gilroy F. D., 1996, «Technology for sex selection: current status and ut
ilization », Psychological Reports, 79, p. 728-730.
Teichman Y., Rabinovitz D., Rabinovitz Y, 1992, «Gender preferences of pregnant women
and emotional reaction to information regarding fetal gender and postpartum: an exa
mination of Freud's view about motivation and motherhood», Sex Roles, 26, p. 175-
195.
Uddenberg N., Almgren P. E., Nilsson A., 1971, «Preference for sex of the child among
pregnant women », Journal of Biosocial Science, 3, p. 267-280.
Walker M. K., 1992, «Maternal reactions to fetal sex», Health Care for Women Internat
ional, 13, p. 293-302. M. K., Conner G. K., 1993, «Fetal sex preference of second-trimester gravidas », Journal
of Nurse-Midwifery, 38, p. 110-113.
Walter S. D., 1975, « Sex predetermination and epidemiology », Social Science and Medicine,
9, p. 105-110.
Wiegle T. C, 1985, «The biotechnology of sex preselection: social issues in a public policy
context », Policy Studies Review, 4, p. 445-460.
Williamson N. E., 1983, «Parental sex preferences and sex selection», In Sex selection of
children, N. G. Bennett (Eds), p. 129-145.
Wolkind S., Zajíček E., 1981, Pregnancy: a psychological and social study, Academy Press,
Toronto.
Zucker K. J., Bradley S. J., Ipp M., 1993, «Delayed naming of a newborn boy: relationship
to the mother's wish for a girl and subsequent cross-gender identity in the child by
the age of two », Journal of Psychology and Human Sexuality, 6, p. 57-68.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.