Un nouveau cas d'amincissement bipariétal symétrique - article ; n°1 ; vol.3, pg 3-14

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1976 - Volume 3 - Numéro 1 - Pages 3-14
Summary. New example of a symmetrical thinness of the parietal bones. It concerns the skull of a fifty years old man, discovered in a Paleo-Christian cemetery, at Beaulieu, Alpes-Maritimes.
En résumé, il ressort de cette courte revue que cette anomalie a été constatée depuis longtemps et souvent décrite mais non encore expliquée. Parmi les hypothèses qui ont tenté de spécifier sa nature et ses causes beaucoup sont actuellement abandonnées. Celles qui demeurent plausibles ne répondent que partiellement aux problèmes qu'elle pose. Ainsi la théorie de Greig expliquerait son apparition chez le jeune. Son observation le plus souvent tardive trouverait, en partie, une réponse dans l'opinion exprimée par Rohklin : « le sujet naît avec cette anomalie rare des pariétaux et la conserve toute sa vie. Des modifications dues à la vieillesse s'y superposent (diminution du tissu adipeux dans la région .de la voûte crânienne, atrophie de l'aponévrose épicrânienne, etc.) qui peuvent la rendre plus perceptible sans pour autant déterminer son apparition ». Quant à son siège, la répartition du diploé sur le pariétal dont les deux tiers supérieurs sont riches en tissu spongieux n'élucide pas la question. Les hypothèses de Fournier, d'une part, et de Dastugue, d'autre part, ouvriront, sans doute, la voie à de nouvelles recherches. Actuellement, les problèmes ne sont toujours pas résolus et la conclusion reste en suspens.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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G. Arnaud
S. Arnaud
Un nouveau cas d'amincissement bipariétal symétrique
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XIII° Série, tome 3 fascicule 1, 1976. pp. 3-14.
Abstract
Summary. New example of a symmetrical thinness of the parietal bones. It concerns the skull of a fifty years old man, discovered
in a Paleo-Christian cemetery, at Beaulieu, Alpes-Maritimes.
Résumé
En résumé, il ressort de cette courte revue que cette anomalie a été constatée depuis longtemps et souvent décrite mais non
encore expliquée. Parmi les hypothèses qui ont tenté de spécifier sa nature et ses causes beaucoup sont actuellement
abandonnées. Celles qui demeurent plausibles ne répondent que partiellement aux problèmes qu'elle pose. Ainsi la théorie de
Greig expliquerait son apparition chez le jeune. Son observation le plus souvent tardive trouverait, en partie, une réponse dans
l'opinion exprimée par Rohklin : « le sujet naît avec cette anomalie rare des pariétaux et la conserve toute sa vie. Des
modifications dues à la vieillesse s'y superposent (diminution du tissu adipeux dans la région .de la voûte crânienne, atrophie de
l'aponévrose épicrânienne, etc.) qui peuvent la rendre plus perceptible sans pour autant déterminer son apparition ». Quant à
son siège, la répartition du diploé sur le pariétal dont les deux tiers supérieurs sont riches en tissu spongieux n'élucide pas la
question. Les hypothèses de Fournier, d'une part, et de Dastugue, d'autre part, ouvriront, sans doute, la voie à de nouvelles
recherches. Actuellement, les problèmes ne sont toujours pas résolus et la conclusion reste en suspens.
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Arnaud G., Arnaud S. Un nouveau cas d'amincissement bipariétal symétrique. In: Bulletins et Mémoires de la Société
d'anthropologie de Paris, XIII° Série, tome 3 fascicule 1, 1976. pp. 3-14.
doi : 10.3406/bmsap.1976.1833
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1976_num_3_1_1833F.DEMOUUN
Bull. et Mém. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, t. 3, série XIII, 1976, pp 3-14
UN NOUVEAU CAS D'AMINCISSEMENT BIPARIËTAL
SYMÉTRIQUE
par G. et S. Arnaud (1)
Anomalie rare mais non exceptionnelle de la voûte crânienne, elle est
caractérisée par une dépression symétrique bilatérale, non perforante, si
égeant sur les pariétaux de part et d'autre de la suture sagittale, aux dépens
de la table externe et du diploé. De nombreux chercheurs ont été frappés par
cette minceur de l'os : Kohler (J. V. H.) la signale déjà au xvnr3 siècle. Au
xixe, Ribes, Lobstein, Virchow, Rokitansky se sont aussi intéressés à ce sujet.
Par la suite les publications anglo-saxonnes ont été les plus nombreuses.
Pour éviter une fastidieuse enumeration, nous ne citerons qu'Elliot Smith,
en raison des nombreuses pièces qu'il a observées sur des momies égyp
tiennes (70 cas relevés dans un seul cimetière), la troisième publication de
Greig en 1926 dont la description anatomique reste classique et à laquelle
la plupart des auteurs se réfèrent, Wilson, Camp et Nash, Epstein.
En France, les observations sont beaucoup moins nombreuses, tant sur
des pièces anatomiques que sur le vivant. Lièvre et Séjournet, en 1962, sem
blent avoir publié le premier cas français avec une étude radiologique
complète. Depuis Desse et Giot en 1973, Chippaux et Provençal en 1964,
Subirana et Wackenhiem en 1965, Fournier, Vague et Lafon en 1968,
Boyadjian en 1969 et Dastugue en 1973 ont rapporté de nouveaux cas et
traité de la question.
* * *
Le cas rapporté ici concerne un crâne isolé, sans squelette post-cépha-
lique, provenant de l'ancien cimetière paléochrétien de la chapelle Sancta-
Maria de Olivia à Beaulieu (A.-M.). Cette nécropole a été fouillée sous la
direction du médecin-général Cheneveau en 1960 et le matériel osseux déposé
au Musée d'Anthropologie Préhistorique de Monaco.
Il résulte de l'examen anthropologique qu'il s'agit d'un adulte masculin,
âgé de plus de 50 ans. Le crâne de forme ovoïde est dolichocrâne (I., 73,08),
chamaecrâne (L, 69,2), métriocrâne (I., 94,7), euryène (L, 48,9), mésoconque
(1) Laboratoire d'Anthropologie et de Paléo-pathologie de l'Institut d'Archéologie Médit
erranéenne, C.N.R.S. L.A. n° 151. 4 SOCIETE D ANTHROPOLOGIE DE PAHIS
(I., 79), mésorhinien (I., 48) et orthognathe (I., 87,4). Sa capacité crânienne
est d'environ 1.300 ml.
On observe, sur chaque pariétal, à 30 mm de part et d'autre de la suture
sagittale, entre la bosse pariétale et l'obélion, une dépression de contour
régulier, plus marquée à droite, de forme ovalaire, à fond plat, lisse, à grand
axe antéro-postérieur, légèrement oblique de dedans en dehors, limitée assez
nettement, bien que ses bords en soient émoussés. A droite, elle mesure
environ 50 mm d'avant en arrière et 40 transversalement : en avant elle
s'arrête à 28 mm de la suture coronale, en arrière à 25 de la branche droite
de la suture lambdoïde et, en dehors, elle reste éloignée de la ligne courbe
temporale supérieure. A gauche, la dépression sensiblement symétrique
mesure 48 X 35 mm. En avant elle s'arrête à 35 mm de la coronale, en arrière
à 34 de la branche gauche de la lambdoïde et, en dehors, elle reste aussi à
distance de la ligne courbe temporale supérieure. Une petite saillie divise
cette dernière dépression en 2 aires inégales (l'antérieure nettement plus
grande) : elle correspond probablement à un résidu diploïque, fait déjà
signalé par Epstein mais qu'aucun examen histologique n'a confirme.
Sur les deux pariétaux, la table externe, affaissée en pente douce vers
la table interne, semble lui être accolée. L'amincissement est progressif, des
bords de la dépression vers le centre où l'os n'atteint pas 1 mm d'épaisseur.
Observé par transparence l'os est, à ce niveau, translucide. A droite, on
note une minuscule fissure vraisemblablement apparue post-mortem.
L'épaisseur de l'os contigu aux dépressions varie de 6 à 8 mm. La profondeur
de la dénivellation, autant qu'on puisse l'apprécier (si la courbure pariétale
était normale), est d'environ 4 mm. La dépression résulte bien de l'amin
cissement de la table externe et de la disparition du diploé.
La table interne semble amincie mais non déformée : elle ne saille pas
sur l'endocrâne, sa structure n'est apparemment pas altérée. Des deux trous
pariétaux, seul le gauche, normal, est visible.
L'édentation est complète avec résorption du rebord alvéolaire (figure 1).
Accessoirement on note, à distance de ces dépressions, la présence de deux
petites exostoses, arrondies, l'une siégeant sur le frontal gauche, de la taille
d'une lentille de 4 X 5 mm et l'autre (7 X 8 mm) sur le pariétal droit, à la
jonction du tiers antérieur et du tiers moyen de la suture sagittale et à son
contact. Par ailleurs l'examen ne révèle aucune autre anomalie ni lésion.
La radiologie a été complémentaire indispensable. Des clichés,
pris sous plusieurs incidences (face, profil, tangentielles), à différentes péné
trations, en coupes tomographiques (horizontales et frontales) ont montré
l'image caractéristique de l'affection. De face, sur les pariétaux, changement
de courbure de l'os, dénivellation bilatérale et symétrique (figure 2). De profil,
hyperclarté ovalaire correspondant à la dépression à bords nets (figure 3).
Les radiographies confirment l'examen morphologique : affaissement
de la table externe vers la table interne amincie, mais non déformée, dispa
rition partielle du diploé au niveau des dépressions. En effet, les tomogra
phies mettent en évidence un résidu diploïque au centre de la dépression
droite et, à gauche, au niveau de la saillie osseuse (figures 4 et 5).
Les clichés ont en outre montré que l'os était sain au niveau de la
dépression, normal à son contact et à distance. L'ensemble réalise la dépres- 1. — Vue antérieure, supérieure et postérieure Fig. SOCIETE D ANTHROPOLOGIE DE PARIS
Fig. 2. — Radiographie de face ET S. ARNAUD. AMINCISSEMENT BIPARIETAL SYMÉTRIQUE G.
Fig. 3. — Radiographie du profil droit 8 société d'anthropologie de paris
sion typique à fond plat décrite par Greig, ou dépression en auge pour
Rohklin (2).
Nous n'avons pas fait faire de coupes histologiques de la pièce pour ne
pas la détériorer. On ne relève d'ailleurs pas d'examens histologiques syst
ématiques des cas publiés. Lobstein, Rokitansky, Virchow sont les premiers
à en avoir pratiqués. Ziegler en 1898, cité par Fournier, a conclu à l'absence
de toute démarcation anatomo-pathologique vraiment nette entre l'os normal
et le pathologique. Schmidt en 1937, cité par Epstein, a insisté sur l'absence
totale d'ostéoclaste dans la région atteinte.
Depuis, il ne semble pas que de nouvelles recherches histologiques aient
été publiées.
к * *
Sans vouloir, et d'ailleurs sans pouvoir, établir de pourcentage, on peut
constater que le nombre de cas, d'un diagnostic certain, est faible par rap
port au nombre de sujets examinés, tant sur des pièces anatomiques que
sur le vivant. Sauvage en rapporte 28 cas sur 2.000, Carrière 4 sur 1.000,
Durward 5 sur 1.000, Smith et Jones 70 sur 10.000 (cités par Lièvre et
Séjournet), Wilson 1 sur 500, Rohklin et Maklietzova 4 sur 860. Il est
curieux de constater que, sur le vivant, Lièvre et Séjournet n'ont rencontré,
en 30 ans de pratique radiologique, d'autre cas que celui qu'ils ont publié
en 1962, Fournier 2 sur environ 200.000 radiographies et Rohklin 8 sur
« plusieurs milliers de radiographies ».
* * *
La nature et les causes de cette anomalie restent encore obscures : aucun
travail d'ensemble n'a traité, jusqu'ici, de ce sujet et établi une théorie qui
répondrait à toutes les questions que pose cette lésion, par son siège, sa
bilatéralité, son expression osseuse.
Des chercheurs de disciplines différentes se sont penchés sur le pro
blème et ont émis les thèses les plus variées. Parmi celles-ci les unes sont
actuellements réfutées, les autres acceptées comme des hypothèses plus ou
moins satisfaisantes mais non définitives.
Les nombreux vocables qui désignent cette anomalie paraissent bien
montrer l'incertitude dans laquelle se trouvent les auteurs : minceur des
pariétaux, amincissement des pariétaux, malum senile biparietale, minceur
acquise des pariétaux, minceur bipariétale symétrique des pariétaux, atro
phie pariétale, amincissement circonscrit du pariétal, malum bipariet
ale, etc..
(2) A côté de cette forme, il existe une autre forme bilatérale et symétrique décrite par
Greig : en gouttière ou sillon, plus rare, et des formes atypiques : unilatérales, asymétriques,
très étendues au frontal, à l'occipital, au temporal, avec ou sans résidu diploïque, avec parfois
amincissement extrême de la table interne qui se déforme et fait saillie sur l'endocrâne. Ces
formes n'entrent pas dans le cadre de notre sujet. G. ET S. ARNAUD. AMINCISSEMENT BIPARIÉTAL SYMÉTRIQUE
Fie 4. — Tomographie horizontale à 16 cm. 10 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
Fig. 5. — Tomographie verticale à 3 cm. ET S. ARNAUD. — AMINCISSEMENT BIPARIÉTAL SYMÉTRIQUE 11 G.
Cette lésion a longtemps été considérée comme une manifestation d'atro
phie sénile. S'il est vrai que, parmi les cas indiscutables, environ 80 % se
situent entre 50 et 87 ans, 20 % ont entre 20 et 40 ans ; l'âge moyen est de
51 ans environ. Camp et Nash donnent comme moyenne d'âge 54 ans et
signalent 10 cas d'adultes au-dessous de 30 ans, 4 enfants et un nourrisson
de 9 semaines (?). Ces références détruisent donc l'argument qui en faisait
une affection de la sénilité.
Dans le même ordre d'idées, l'édentation a été plusieurs fois signalée
mais son rôle non précisé. L'absence de dents n'est pas étonnante chez les
sujets âgés, et l'affection a été reconnue chez des adultes jeunes non édentés.
Sur l'ensemble des cas relevés, les femmes paraissent plus souvent atteintes
que les hommes, mais en aucun cas ce n'est une maladie liée au sexe.
Epstein, sur 26 sujets, distingue 19 femmes. Fournier t'cvit « Les observat
ions que nous avons passées en revue dans diverses publications font res
sortir une moyenne de 3 cas féminins pour 1 cas masculin ». Sur les 55 cas
que nous avons personnellement collationnés dans la littérature, nous avons
relevé 36 femmes pour 19 hommes. Pourtant Camp et Nash ont observé
80 cas masculins sur un total de 119 sujets atteints.
Il n'y a pas d'aire de répartition géographique de cette affection trouvée
en Europe (Grande-Bretagne, Allemagne, France, Hongrie), Afrique du Nord
et Egypte, Madagascar, Amérique et Australie.
Wilson a même signalé le cas d'un chinois vivant aux Etats-Unis. Le
facteur racial ne paraît pas jouer non plus un rôle et on ignore encore celui
de l'hérédité. Cependant Gayard a mentionné le cas d'un père et de sa fille,
d'une grand-mère et de sa petite-fille et Greig a cité 2 sujets d'une même
fratrie.
L'érosion symétrique de la table externe des pariétaux, dans une zone
non protégée par des muscles, a été suggérée par Elliot Smith (port de la
lourde couronne des dignitaires Egyptiens), mais ses arguments ne résistent
pas à la critique. Les porteurs de tête ne présentent pas cette anomalie et,
d'autre part, elle a été observée chez l'orang-outang par Humphrey et même
signalée chez le chien.
L'action mécanique de l'aponévrose épicrânienne, soutenue par Hump
hrey, Chiari, Steinbach et Obata, ne tient pas compte de l'anatomie de
l'aponévrose épicrânienne : en effet la face supérieure de la galéa est reliée
à la face profonde du derme cutané par de nombreuses travées conjonctives
qui traversent le panicule adipeux, rendant libre le glissement du cuir che
velu sur la galéa.
L'ostéoporose sénile commune observée sur des crânes séniles est un
signe associé à l'amincissement mais non un facteur déclenchant, puisque
la lésion se voit sur des crânes de jeunes. Le rôle de la syphilis a été, bien
entendu, suggéré par certains auteurs, dont Hutchinson, et abandonné. On
ne peut pas non plus retenir l'origine endocrinienne proposée par Epstein
qui en fait une manifestation particulière de l'ostéoporose post-ménopau-
sique.
C'est par l'embryologie du pariétal que Gershon-Cohen et collaborateurs
ont tenté d'expliquer cette manifestation. Elle serait, pour eux, une variation
normale et non pathologique d'un os qui, par ailleurs, est le siège le plus

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