Une crise ignorée : comment s'est perdue la propriété ecclésiastique dans l'Italie du Nord entre le XIe et le XVIe siècle - article ; n°3 ; vol.2, pg 317-327

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1947 - Volume 2 - Numéro 3 - Pages 317-327
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1947
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Carlo M. Cipolla
Une crise ignorée : comment s'est perdue la propriété
ecclésiastique dans l'Italie du Nord entre le XIe et le XVIe siècle
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 2e année, N. 3, 1947. pp. 317-327.
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Cipolla Carlo M. Une crise ignorée : comment s'est perdue la propriété ecclésiastique dans l'Italie du Nord entre le XIe et le
XVIe siècle. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 2e année, N. 3, 1947. pp. 317-327.
doi : 10.3406/ahess.1947.3307
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1947_num_2_3_3307Une crise ignorée
COMMENT S'EST PERDUE
LA PROPRIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE
DANS L'ITALIE DU NORD
ENTRE LE XIe ET LE XVIe SIÈCLE
En Italie, le grand domaine ecclésiastique ou le grand monastère, cen
tres d'exploitation agricole, n'ont jamais eu la même importance que
dans les pays transalpins. Aussi bien, l'historiographie italienne n'a con
sacré que peu d'études, et le plus souvent insignifiantes, à l'évolution de
la propriété ecclésiastique. Une enquête approfondie sur les vicissitudes de
la foncière ecclésiastique en Italie n'en apporterait pas moins
des éléments de grande valeur historique et des points de vue assez neufs.
Mais une telle recherche est difficile, compliquée aussi à cause de ce
très vif contraste qui, ici, sépare une fois de plus l'évolution historique
du Nord de celle du Sud de l'Italie. Il suffit d'en juger d'après les résul
tats : dans le Nord, dès le milieu du xvie siècle, l'Église ne possédait plus
que de ю à i5 pour ioo des terres ; dans le Sud, au contraire, et jusqu'à
la fin du xvin8 siècle, elle en possédera de 65 à 70 p. ioo1.
Dans l'Italie du Nord, entre le xr3 et le xvr3 siècle, donc, l'énorme
patrimoine foncier ecclésiastique, constitué durant le haut moyen âge2,
a été littéralement liquidé avec toutes les conséquences que l'on peut
imaginer à l'avance. C'est ce que l'on voudrait exposer à larges traits.
Л
Autour de l'an mil, la révolution économique (et le fait est bien
connu) se fit sentir en Italie plus violemment et plus profondément qu'ail-
!
1. Pour le Nord, v. ci-dessous, pj Зав. Pour le Sud, les données de L. iBianchot,
Delia storia délie finanze del regno di Napoh, Palermo, 1&З9, p. 193, qui se réfè
rent au milieu du XVIIIe siècle, sont exactement confirmées par les « Tableaux
historiques et statistiques des États des Princes souverains d'Italie » de 1778
{Arch. Affaires Etrang. Paris, Mém. et doc., Italie 9) : « Les a/3 des biens du
royaume sont entre les mains des ecclésiastiques et ne peuvent en sortir ; l'ali
énation en est défendue par des lois formelles. »
3. Cette étude n'est que l'amorce d'une bien plus vaste enquête. La biblio
graphie et la documentation d'archives qu'on y trouvera ne font que résumer
celles de notre prochain ouvrage sur Le origini délia moderna propriété fondiaria.
Nous tenons à exprimer notre vive reconnaissance à Lucien Febvre et à Franco
Borlandi qui ont attiré notre attention sur de nombreux points et nous ont sug
géré des observations de tout ordre. 318 ANNALES
leurs. Et, sans doute, toutes les grandes transformations qui l'accompa
gnèrent : abandon massif des campagnes au profit des villes, disparition
des corvées, affranchissement des serfs, usage croissant de la monnaie,
mobilisation plus large de la richesse, montée de nouvelles classes hostiles
aux anciens privilèges — tous ces événements menacèrent le puissant édi
fice économique de l'Église : ils ne la détruisirent pas. En général, on
s'est trop laissé impressionner par le volume croissant des dettes des églises
et des monastères après la fin du xe siècle, et l'on a cru un peu vite à une
complète faillite économique des établissements religieux, en Italie, pen
dant les deux siècles qui suivirent l'an mil1. En fait, dans plusieurs cas —
dans presque tous les cas peut-être — les dettes sur lesquelles on a tant
ergoté n'étaient, à tout prendre, que simples dettes « d'ordinaire admin
istration ». A une époque où la monnaie voyait, de jour en jour, gran
dir son rôle, les établissements religieux, riches seulement en biens fonds
ou en objets précieux, étaient obligés, en cours d'année, de contracter
des emprunts. A l'époque des récoltes, l'argent était remboursé. Aussi
bien, les monastères clunisiens de l'Italie du Nord, entre la fin du xine et
le milieu du xive siècle, étaient-ils tous plus ou moins endettés : mais
leurs abbés déclaraient se trouver dans d'excellentes conditions financièr
es. Ils avaient, à l'époque de la récolte, de quoi faire face à leurs échéanc
es : et bene habent unde possunt solvere2.
Naturellement, cette situation avait entraîné des abus. Dans plusieurs
cas, des usuriers avaient su profiter de l'inexpérience de quelques abbés,
et des monastères s'étaient ruinés. Donc, çà et là, l'édifice économique de
l'Église montrait des lézardes3. De là à parler de ruine, il y a loin.
Il est vrai, cependant, qu'après l'an mil les plus grands et les plus
riches monastères de la première moitié du moyen âge étaient bien dé
chus. Mais, si San Colombano de Bobbio, San Silvestro de iNonantola,
Santa Giulia de Brescia, San Pietro in Ciel d'oro de Pavie ne gardaient,
au xnr3 siècle, qu'un pâle souvenir de leur ancienne magnificence, d'au
tres églises, d'autres monastères, comme Chiaravalle, Staffarda, Mori-
mondo, avaient au contraire étendu leurs domaines. A temps nouveaux,
nouveaux riches. Ce que Pirenne dit des capitalistes laïques* est curieus
ement valable pour ces capitalistes d'Église.
En conclusion, prise dans son ensemble, la propriété foncière ecclé
siastique s'est maintenue plus ou moins intacte jusqu'aux premières an
nées du XIVe siècle. Elle avait toutefois ralenti, dès la moitié du xne siècle,
ses progrès. Sans doute parce que les éventuels donateurs, marchands ou
nouveaux Signoři, n'avaient ni les motifs de donner, ni la générosité, ni
surtout les ressources des anciens empereurs et des familles comtales d'aut
refois. Autres temps, autres bienfaiteurs.
D'ailleurs, à l'intérieur des domaines ecclésiastiques, des transformat
ions décisives se produisaient dans le mode d'exploitation. La réserve
i. V. surtout F. Gosso, Vita economica délie abbazie piemontesi, Roma, iq4o.
Avec quelques atténuations A. Dorbn, Italienische Wirtschaftsgeschichte, Iena,
19З4, ch. II, parag. a ; — F. Caru, JI mercato nell'età del Сотпипе, Padova,
p. 35 ; — G. Salviou, « II monachesimo occidentale e la sua storia economica »,
Rivista italiana di sociologia, ign, p. за ; — etc.
a. Bibliot. Nat. Paris, Lat. Nouv. aoq. 3370, с. ю, 11, ia, kl ', «71, c. 60, 66,
66, 73. 3. V. des exemples significatifs en F. Gosso, o. c, ; — F. Caru, о. с, р. 35.
4. H. Pirennb, « Les périodes de l'histoire sociale du capitalisme », Bull, de la
cl. des lettres de l'Académie Royale de Belgique, igi4, p. 358-99. LA PROPRIETE ECCLESIASTIQUE 319
seigneuriale, comme dans les domaines laïques, avait complètement dis
paru avec les premières années du xrv* siècle. Alors le bail à loyer fixe,
temporaire ou perpétuel, connut, sur les propriétés ecclésiastiques, une
extraordinaire .diffusion. Les fictabiles — entendez ceux qui avaient reçu
une tenure ou une maison ou un domaine ad fictum — devinrent de jour
en jour plus nombreux sur les propriétés de l'Église. Et, déguisés en fie-
tabiles, apparaissent déjà de nombreux spéculateurs...
Ce sont souvent les prêteurs d'argent : l'abbé, pour les récompenser
des prêts consentis ou les faire patienter en cas de retard pour le rembour
sement, leur donne terres et maisons à des loyers (ficta) dérisoires. Parf
ois, ce sont des potentes qui usent de leur crédit ou de leur puissance
pour se faire concéder des fermages favorables. Ou bien encore des amis
ou des parents de l'abbé qui, grâce aux liens de parenté ou d'amitié,
obtiennent de gros domaines pour des loyers très bas.
Les documents les appellent fictabiles, comme tous ceux qui tiennent
quelque bien ad fictum. En fait, ce ne sont pas là d'ordinaires fictabiles.
Ils ne travaillent pas la terre reçue ad fictum ; ils n'habitent pas la mai
son concédée ad fiotum ; ils ne sont ipas davantage directeurs d'entre
prise : ils ne dirigent pas le travail des paysans, n'agissent pas eux-mêmes
sur la production. Le vocabulaire des anciens notaires, uniquement respec
tueux du fait juridique, n'a pas imaginé de terme précis pour les dési
gner. Notre vocabulaire n'en possède pas non plus ; c'est que, comme
réalité économique et sociale, ils n'existent plus aujourd'hui. Ces spécula
teurs ayant reçu une propriété ad fictum — souvent usque in perpetuum
— la sous-louaient et presque toujours à court terme1, en gagnant sur la
différence entre le loyer reçu et celui qu'ils avaient à payer, sans pour
autant s'immiscer dans l'activité de leurs sous-locataires2.
Les documents qui l'établissent sont trop nombreux pour être allé
gués, même brièvement. D'ailleurs, pour la plupart, ils sont bien con
nus. Ce qui n'est pas connu, c'est l'ampleur du gain que procuraient ces
transactions., Un seul exemple : Perrino Anelli, drapier de Pavie, réussira
à se faire donner par les prêtres de Santa-Maria-Canonica-Gualtieri une
maison moyennant quatre florins par an. Il la sous-louera trente-neuf3.
On peut facilement imaginer l'attrait de semblables spéculations pour
des populations qui, bien que fortement sollicitées par le commerce, res
taient cependant attachées à la vie rurale. Au vrai, cette spéculation était
une sorte de pillage légalisé des biens d'Église, une dangereuse brèche
ouverte dans sa fortune. Par cette brèche se donnera l'assaut décisif.
Déjà, la naissance des Communes avait contribué à entamer la puis
sance politique et économique de l'Église. La naissance de la Sîgnoria
économique de l'Église*.
i. Et souvent, dans le cas de gros domaines, à champart.
3. П est certain que cette catégorie de fictabiles spéculateurs n'était incon
nue ni aux siècles précédents, ni sur les terres des laïcs. Mais il n'y a pas de
doute que, dès la fin du XIIIe siècle, ces ее multiplièrent extraordi-1
nairement sur les propriétés rurales et urbaines de l'Église.
3. Archiv. Notár. Pavia, Parona Simonino I, 118 v. ; 1/Í7.
Д. V. surtout l'appendice de Ruffini dans l'édition italienne de E. Fmedbbrg,
Trattato del diritto ecclesiastico cattolico ed evangelico, Torino, 189З ; — G. Sal-
vimini, « Le lotte fra Stato e Chiesa nei Gomuni i taliáni durante il sec. ХШ »,
Studi storici, igoi, ,p. 3g ; — S. Pivano, Stato e Chiesa negli statuti comunali ita- 320 ANNALES
Fidèle à une politique de nivellement1, la Signoria poussa à ses extrê
mes conséquences la lutte contre les immunités de l'Église. Contrainte dès
sa naissance à faire face à des difficultés financières exceptionnelles, elle
trouva naturel de faire retomber sur les ecclésiastiques une grosse partie
de ses charges. Pour éviter tumultes ou réactions trop vives, ne valait-il
pas mieux frapper l'Église plutôt que la masse des nouveaux sujets* ?
D'autre part, en affaiblissant économiquement l'Église, on travaillait à
l'abolition de ses anciens privilèges, tant politiques que de juridiction.
Ainsi la Signoria, dès les premières années du xive siècle, avec une cons
tance et un^ cynisme extraordinaires, entra en lutte contre la puissance
économique de l'Église3.
Ne faisons pas cependant de la Signoria l'unique responsable des mal
heurs matériels des églises et des monastères. Dès le début du xive siècle,
il s'y joint l'action de la fiscalité pontificale, que rendent soudain violem
ment exigeante les guerres et les dépenses que le luxe de la Renaissance,
les conflits politiques, les nouveaux projets de Croisade entraînaient. D'au,
tre part, la commende ecclésiastique se diffuse à partir de la seconde
moitié du xive siècle : l'État en profite pour introduire dans l'adminis
tration des biens de l'Église des personnes à lui. Cependant que beaucoup
Hani, Torino, iqo4 ; — S. Pivano, J Comuni italiani e la Chiesa e i loro rapporti
politici e giuridici nel Medioevo, Torino, 1906 ; — R. Caggese, Classi e comuni
ruràli nel medioevo itahano, Firenze, 1906-9 ; — G. Volpe, « Per la storia délie
giurisdizioni vescovili nella costituzione comunale e dei rapporti fra Stato e> Chîesa
nelle città medioevali », Studí storici, 191З, p. 187 ; — G. Volpe, « Chiesa e stato
di città nell'Italia medievale », dans MovimenH religiosi e sette erehcali nella
societa medievale italiana, Firenze, 1922, p. 269. Pour les régions en particulier,
v. A. Battisteixa, « La politica eoclesiastica délia republica di Venezia », Archivio
veneto, 1898, p. З90 ; — L. A. Botteghi, « Clero e comune in Padova nel sec. ХШ »,
Nuovo archivio veneto, 1906, p. a 18 ; — R. Bebetta, « Ц monastero délie ibene-
dettine di s. Pietro di Cremella », Archivio storico lombardo, 1912, p. Зоб1; — R. Be-
цетгл, « Preoelti intimati dall'abate Ardengo Visconti agli uomini di Inzago »,
ibid., 191З, p. 47З ; — C. Novelus, Storia di Savigliano e dell'abbazia di s. Pietro,
Torino, i844, p. 196 ; — F. Gabotto « II « Comune » a Cuneo nel sec. XIII e le * origini comunali in Piemonte », BolL_ storico bibliografico subalpine, 1900,
p. 4o ; — A, Bozzola, « Appunti sulla vita economica del Monferrato », ibid., 193З,
p. ззб ; — etc.
1. Voici ce que le cardinal Piccolomini écrivait au pape Paolo II stigmatisant
le caractère fondamentalement niveleur de la politique des ducs de Milan : « Нес
tamen duritas non exercetur in me solum, sed in ceteros quoque Cardinales qui
in dilione sua [du Duc] benetfîcium habent. Dico item non me prefatae res gra
vant ; gravât contemptus Cardinalalus, contemptus Ecclesie, qui ut videtur cres-
citur in dies. Gloria quoque temporum Tuorum me angit in quibus Sacrosantum
Collegium pariter cum abieclae plebis hominibus in eandem taxam coniicittir,
eadem mandata accipit alque eisdem vexationibus ad contributionem impelliiur. »
(Arch. Mensa Vescovile Pavia, b. i58, a. 1467.)
2. Le duc de Milan, dans une lettre à un de ses courtisans, justifie de cette
manière ses nouvelles impositions fiscales sur les ecclésiastiques : «...Essendo molto
gravato de spexe quale tutavia sostenemo in queste nostre occurrentie di guerra,
ce convene excogitare di ricuperare da omne banda dinari con minore graveza
de nostri subditi che sia possibile. » (Arch. Notár. Pavia, Gravanago Agostino,
37 août г48з et 28 janv. i483.)
3. Naturellement, la réalité est toujours riche de nuances et d'exceptions.
Dans le duché de Milan la politique à l'égard de l'Église Jut toujours brutale et
violente. De même dans les Signorie de Vérone et de Padoue. L'attitude de la Ré
publique vénétienne, moins brutale, fut, semble-t-il, encore plus intransigeante.
La république de Gênes et les ducs de Savoie, au contraire, gardèrent vis-à-vis
de l'Eglise une attitude assez favorable. V. l'appendice cité de Ruffini, auquel
on renvoie ipour la bibliographie d'avant 189З. Puis, A. Battistella, о. с ', —
C. Vassallo, « Gli astigiani sotto la dominazione straniera », Archivio storico ita-
liano, 1879, p. З96-6 ; — F. Alessio, « Cavour e la sua abazia », Boll biblio- ,
PROPRIETE ECCLESIASTIQUE 321 LA
de familles nobles et de hauts personnages réussissent, par ce même
moyen de la commende, à s'emparer de monastères et d'églises et à dis
poser ainsi d'un bon nombre de propriétés ecclésiastiques. Il est certain
que, pour beaucoup de couvents et d'églises, la ruine commença le jour
où ils tombèrent ainsi sous la coupe de puissants personnages soit laïques,
soit ecclésiastiques1.
Atteintes d'autant plus graves qu'en môme temps l'évolution écono
mique générale sapait les bases mêmes de l'existence matérielle des ét
ablissements religieux, Les troubles économiques, après la grande peste de
i348, avaient mis 1 ^Église à dure épreuve. D'autre part, dès le milieu du
xive siècle, plus encore avec les débuts du xve, un rythme de vie nouveau
animait la vie agricole de l'Italie du Nord. Les richesses accumulées
grâce au commerce commencent à refluer sur les campagnes. Alors com
mencent de grandes bonifications. Les vieilles exploitations ne suffisent
plus. Tout le monde rural se transforme, se renouvelle. L'Église reste en
arrière : elle n'a pas les disponibilités d'argent liquide qui, seules, lui
permettraient de suivre les rythmes nouveaux. Ses propriétés finiront
donc par rendre trop peu par rapport au nouveau coût de la vie. Souvent
elles tomberont dans une désolation extrême : en raison même du pro
fond déséquilibre qui s'accuse entre cette énorme richesse foncière et cette
invraisemblable pauvreté en argent liquide2.
grafico subalpino, 1910, p. 386 et 3S7-8 ; — D. H. L'HuiLLntR, « I priorati clu-
niaoensi in Italia », Brixia sacra, igia, p. 10З ; — Б. Vehga, a Un caso di coscienza
di Filippo Maria Visconti », Archivio storico lombarde, 1919, p. 443 ; G. Bie-
garo, « Le relazioni dei Visconti di Milano con la Chiesa », ibid., 1930, p. 84 ; ►—
L. Fumi, « Chiesa e stato nel dominio di Francesco Sforza », 1924, p. 1 ; — etc.
En particulier sur les impositions fiscales auxquelles la Signoria soumit
l'Eglise, v. A. Battistella, о. с, р. 4оз (sur la politique fiscale de la République
vénétienne à l'égard du clergé de Brescia, v. R. Putelli, « Decreti per le Chiese
di Valçamonica nei sec. XV e XVI », Brixia sacra, 1917, p. a5) ; — P. M. Campi,
Dell'historia ecclesiastica di Piacenza, Piacenza, 166a, t. III, >p. i33, 1З7 ; P06-
4HAIJ, Memorie storiche di 1768, t. V, p. 4 ; — I. Ghibon,
« La credenza di Sant'Ambrogio », Archivio storico lombarde, 1871, p. 73, 79 ; —
G. Agnelli, « Vertenae dei Visconti con la Mensa Vescovile di Lodi », ibid., 1901,
p. збо, 378, 389 ; — P. Ghinzoni, « L'inquinto ossia une tassa осПоьа del sec. XV »,
ibid., 1884, p. 499 ; — A. Cavagna Sangiuliani, « L'abbazia di Morimondo », Ri-
vista storica benedettina, 1908, p. 60З ; — F. Cognasso, « Note e documenti sulla
formazione dello Stato Visconteo », Boll, societa pavese di storia patria, iga3,
p. Зз ; — G. Bertuzzi, « L'abbazia di Chiaravalle délia Colomba », Archivio sto
rica per le provincie parmensi, ig'37, p. З7 ; — F. Cognasso, « Pievi e chiese del
Monférrato alla meta del Trecento », Boll, storico bibliografico subalpino, 1930,
p. ai3 ; — etc. .
1. Exemples dans G. Longoni, Memorie storiche délia chiesa ed abbazia di
-s. Pietro al Monte e del monastero di s. Calogero di Civate, Milano, i85o ; — .
P, Lugano, Origine e vita storica délia abbazia di s. Marziano di Tortona, Firenze,
1903, p. 88 ; — E. Degani, « L'abbazia benedettina di Sesto in Silvis nelle patria
del Friuli », Nuovo archivio veneto, 1907, p. 390 ; — G. Frôla, Cartario di Santa
Maria di Belmonte e di San Tomaso di Buzano, Biblioteca societa storica subalpine,
t. XLIII, Pinerolo, 191 1, p. 6з ; — etc., etc.
Trop souvent, toutefois, dans ces études locales on tend à surestimer les con
séquences de la commende faute d'une exacte évaluation des autres motifs de
caractère général, surtout économique, qui menaçaient les établissements religieux.
a. V. surtout lee observations de G. Drei, « La badia cistercense di Valleresca
dí Parma », Arohivio storico per le provincie parmensi, 1937, p. 317 ; et
V. Baldissera, « L'ospedale di s. Maria dei Colli di Gemona », Archivio veneto,
1887, p. З49 ; — G. Clarbtta, « SuH'antichissimo monastero torinese di s. Pietro
dell'ordine benedettino », Atti R. Accademia délie Scienze di Torino, 1889, p. 60o ;
— P. Lugano, Originfi e vita storica délia abbazia di s. Marziano di 'Tortona,
Aknales (зе ann., juillet-septembre 1947, n° 3). 21 322 ANNALES
Situation vraiment désespérée : il faut ajouter en effet que, depuis
plusieurs siècles déjà, la monnaie perd continuellement de sa valeur intrin
sèque. Continuel et progressif, le phénomène, pendant les deux siècles qui
suivent l'an mil, n'avait jamais atteint encore un degré réel d'acuité. Or,
tout à coup, avec la fin du xin* siècle, plus ou moins tôt selon les région»
de l'Italie du Nord, la courbe de la dévaluation se précipitait subitement,
et le phénomène allait durer des siècles1. D'où une puissante montée des
prix. Pour les établissements religieux liés à des revenus fixes en argent,
c'était la catastrophe2.
Au milieu du xv* siècle, dans toute l'Italie du Nord, à Milan, à Venise,
à Gênes, à Turin, à Alexandrie, à Crémone, à Parme, à Pavie, à Plaisance,
à Savigliano, à Padoue, à Brescia, à Rovigo, à Tolmezzo, etc., la ruine des
établissements religieux était complète3. Des1 religieuses invoquent le
temps où présentes ruine cessaverint. Un abbé déclare qu'il n'a même
pas de quoi payer les funérailles de son prédécesseur. Il y a des églises où
le curé vitam suam substentare nequit. Dans certains monastères, l'abbé
ne sait plus de quelle manière pourvoir aux urgentibus necessitatibus
alimentorum. Un monastère est déclaré in structuris et in facultatibus
deminitum. Un autre non monasterium sed habitacio destructa potius
Finenze, 1903, p. 88 ; — P. Guerrini, « Guerolanuova », Brixia sacra, 1912, p. 17 ;
*-. A. Bhlum, « L'abbazia e la Chiesa di s. Donato in Sesto Catenae », Archivio
itorico lombardo, 1926, p. g5 ; — P. Pasohini, « II priorato cluniaoensa di Pontida
nella seconda meta del sec. XV », Archivio veneto, 1939, p. 1З9 ; — etc. V. aussi
Archiv. Stato Milano, Fondo relig. raccolta pergamene Зю, 6 sept 1^6
1. L'analyse de deux précieux censiers relatils à la région de l'Apennin ligai-
rien-émilien et à l'époque d'entre i34o et i4ao permet de constater que la ruine
du patrimoine foncier ecclésiastique était, en plusieurs endroits, étroitement liée
à l'effondrement des cadres classiques de l'organisation domaniale (v. G. M. Ci-
polla, I mansi feudali di Bagnaria, Grimasco e Monteacuto, à paraître).
a. A Venise la chute violente de la monnaie commence vers la fin du XIII* eife-
cle. Un peu plus tard dans le duché de Savoie. A Milan, précisément en l'an i4o6.
Partout, cette chute se maintiendra rapide pendant une période plue que sécu
laire. V. Corpus nummorum itahcorum, Дота, 1910 ; — N. Papadopoli, Le monetě
di Venezia, Venezia, 189З, t. I, p. 38a ; — R. Cessi, « Problemi monetari e ban-
cari veneziani del sec. XIV », Archivio veneto tridentino, 1926, p. 217 ; — С Promis
Monetě dei Reali di Saooia, Torino, i84i, t. I, p. 479 ; — C. Dbsimoni, « Tavole délie
monetě di Genová », Atti soc. ligure st. patria, 1890 ; — С M. Cipoijua, La.
svalutazione monetaria nel ducato di Milano alla fine del Medioevo (à paraître).
Nombreuses données également dans le recueil de F. Ahgelati, De monetis,
MUano, 1750-1769. Grâce à un livre de comptes de l'abbaye de s. Pietro in Ciel
d'Oro de Pavie (Bibhot. Univ. Pavia, Cod. aid. 336) on a pu établir qu'entre
1460 et i5io les revenus en argent du monastère sont restée les mêmes, tandis que
la monnaie perdait plus que la moitié de sa valeur intrinsèque. Comptes et témoi
gnages significatifs à cet égard pour des églises de Bergamo en Archiv. Arci-
vescovile Milano, Carteggio délia visita apostolica di Bergamo, sez. X, vol. VIII,
fasc. V. n. 4.
3. Nombreuses données sur cette ruine dans Ughelu, Italia sacra, Venezia,
1717-ЗЗ. Pour Зев cisterciens en général, v. Arch. Départ. Aube (Troyes) 3 H. a35 :
Visitatio et status monasteriorum Sabaudie a. ÎU86 (qui se réfère particulièrement
au Piémont, mais, dans l'introduction, claires allusions à la proionde décadence
des établissements lombards). Pour les clunisiens, D. H. LTHuillier, « I priorati
DizionaHo cluniacensi « L'arcidiacono di in Italia erudizione e la », pieve Brixia storico di sacra, s. Maria ecclesiastica, 1913, oltre p. 10З. But Venezia, Pour di les Talmezzo 1842 diverses ; — », régions A. Nuovo db : Gaspaho, archivio Moroni,
veneto, 1898, p. 38 ; — E. Deuani, o. c, p. 290 ; — F. С Cabhebi, « Origine в LA PROPRIETE ECCLESIASTIQUE 323
appellari poterat. D'un autre monastère encore on dit qn'eius bona rapta
mnt et est sicut antrum vacuum, sieut spelunca solitaria. Partout c'est
la désolation et la misère1. Tout cela fait un vif contraste avec le spec
tacle de la société laïque, où, par suite de la chute même de la monnaie,
la disponibilité de capitaux liquides grandit de jour en jour.
Dans ces conditions, le pillage de la propriété ecclésiastique atteint
des proportions inouïes. Ce n'est plus, cette fois, le puissant seigneur qui
s'approprie armata manu quelques domaines d'Eglise : c'est toute une
société qui passe à l'attaque, depuis le prince jusqu'aux apothicaires,
depuis les nobles jusqu'aux marchands, aux peintres, aux artisans, aux
bateliers, aux paysans — tous pris par la « fièvre des biens d'Église »,
fine di un poesedimento degli abati di s, Paolo dí Lavenbhal in Friuli », Bivista
storiea benedettina, 1908, p. 366 ; — P. Bahiseixi, « La badia di Coniolo », Brixia
eaera, 191З, p. 45 ; — P. Guerhini, « La propriety del monastero bresciano di
s. Giulia nel territorio veneto tridentino », Archivio veneto tridentino, 193©,
p. u3 ; — M. Caffj, Dell'abbazia di Chiaravalle in Lombardia, Milano, 1862,
p. i34-5 ; — G. LoNGONi, 0. e., >p. 76-8З ; — M. MAGisTmrrn, «*Appunti per la
sloiia dtell'abbazia di Civate », Archivio storUo lombarde, 1898, p, gi ; -— R. (Be*
betta, « II più antico monastero benedettino del milanese », Rivhta storiea bene-
deltina, 1911, "p. Ci ; — P. Ltjga.no, 0. c, p. 7S, 88, 91 ; — R. Bbretta, « II monast
ero délie benedettine di s, Pietro di Cremella », Archivio storico lombardo, 191a,
p. З13 ; — G. Agnellj « Monasteri lodigiani », Archivio storico per la città di Lodi,
1913, p. i5i ; — P. Maniiki, « Carlo Païlavicini vescovo dii Lodi », ibid., 191*7, p. 9,
i6, 17, 7U ; — G. Salvi, « La badia di s, Benigno m Capofaro », Rivista storiea bene
dettina, igi4, p. ЗЗ9 ; — G. Rossi, « L'abbazia di s. Maria e di s. Martino dell'isola
Galiinara », ibid.> 1916 p. 67 ; — G. B. Semeria, Storia délia Chiesa metropolitanu Dell' economic di Torino, Torino, i84o, p. 189, зоб, aig, 220 ; — L. Cibrarto,
politico nel medioevo, Torino, 1862, t. II, p. 45 ; — P. Caffaro, Notizie e docu-
menti délia Chiesa Pinerolese, Pinerolo, 189З, t. I, p. 189, 207 ; -— E. Gais di
PiERLAe, « I Conti di Yentimiglia e il prtorato di s, Michèle », Miscellanea di
slona italiana, s. II, t, VIII, p. 5з ; — E. S. Prována зл Collegno, « Notizie e
documenti di alcune cerloee del Piemonte », ibid., в. Ш, t. I, p. 177 ; t. FV,
p. 108 ; — F. Sayio, « II monastera di s. Teofredo di Cervere », ibid., s. III,
t. III, p. 60 (v. aussi sur ce monastère Adriáni, Degli antichi signoři di Sarmatori,
Mamano e Monfalcone, Torino, i853) ; — R. Paste, Storia documentata dell'ab
bazia di s. Andrea di Vercelfi, "Vercelli, 1907 ; — F. Alersio, 0. c, p. 287 ; —
G. Fhola, o. c, p. 6a ; — P. Lugano, / Primordi dell'abbazia di Rïvalta Serivia,
Torlona, 1916, dernier chap. ; — F. Savio, L'abbazia di Staffarda, Torino, 19З3, etc.
Cette ruine des établissements religieux avait d'ailleurs fini par provoquer
en plusieurs endroits des mouvements de réforme ; v., outre les nombreux tr
avaux de Lugako, l'intéressant témoignage L. Barbi, De initiis congregationis s. Im
tine, Éd. G. Campeis, Padova, 1908, et aussi -Historiarum Coenobii d. îustinae
Palavinae, Padova, 1796 ; — R. Bellodi, II monastero di s. Benedetto in Polirone,
Mantova, 1906 ; — E. Сапоггп, « L'abbazia di Praglia ira i colli eu^imei »,
R. st. bened., 1907, p. Зз4 ; — G. Trifonb, « Ludovico Barbo ed i promordi délia
congregazione benedettina di s. Giustina e, ibid., 1910, p. Ï69-&8, 364-g4 ; — etc.
— Gravanago 1. Arch. Notár. Agostino, Pâma, 4 mars Baracohi i456 Agostino ; — Legge VI, зб Lodovico ; — Legge XIII, Lodovico 48a ; — VII, F Gaspa- i65 ;
воьо. L'abadia di s. Giustina, Alessandria, igia, p. i5o {9 août i434) ; — C. Novel-
us, o. c, p. 307 ; — Archiv. Civ. Pavia, lett. duc, i5 lévr, i4o8, ier févr i4io.
Le fait qu'au XV* siècle on voit un grand nombre d'églises et de monastèree
s'embellir et bâtir des édifkee fastueux pourrait sembler contredire ce qu'on a
dil jusqu'ici. Mais toute cette ardeur pour les nouvelles bâtisses n'est pas le signe
d'une condition économique florissante ; еИе est bien plutôt 1'ex.pression des
goûta nouveaux et raffinés de la Renaissance. On voit de nombreux cas où dea
abbés, afin de transformer leurs cloîtres ou leurs églises selon la nouvelle mode,
vendent domaines et objets précieux et laissent tomber en ruine d'autres proprié
tés de leurs monastères. Bâtisses et décoration du Quattrocento ne sont donc pas
à citer parmi les preuves de la florissanoe économique de l'Église, mais plutôt
parmi les causes de sa ruine. 324 ANNALES
tous désireux de profiter de la grande liquidation, d'obtenir par tous les
moyens leur part de butin1. Coup terrible et mortel. L'Eglise s 'effondre.
Л
Pour juger du pillage, la plaine lombarde est le meilleur des obser
vatoires. Dès la fin du xrv6 siècle, un grand nombre d'individus étaient
déjà occupés à tirer profit des malheurs de l'Église. Les spéculations, sous
la forme fictive des investiture ad fictum, étaient devenues tellement nomb
reuses qu'en i4oi le duc lui-même avait cru devoir interdire, au moins,
les investiture ad fictum perpétuelles2. Après les ravages de la guerre des
premières années du xve siècle et la chute de la monnaie, — celle-ci com
mencée dès i4o6, — le pillage des biens ecclésiastiques prit des propor
tions inattendues. Si l'ordonnance de i4oi interdisait les investiture per-
petuae, les investiture ad fictum à court ou moyen terme étaient toujours
permises. D'autre part, étant donné le degré de faiblesse que, sous le
coup des derniers événements économiques et politiques, avaient atteint
les établissements religieux, c'était désormais un jeu facile que de se faire
donner soit par corruption soit par force de grandes propriétés à des
loyers dérisoires. La ruine morale du clergé3 — qui accompagna la crise
économique — vient faciliter encore les choses. On ne compta plus les
habiles qui, par le système habituel de location et de sous-location, firent
des gains de 3oo, 5oo, 700 pour ioo4. Si l'on pense que, par les activités
1. Impossible de donner même un court résumé de la documentation relative
à la participation de toutes les classes sociales au pillage des biens de l'Église. On
la 'trouvera dans notre prochain volume, cité p. З17, note 2.
3. A la dale du 31 mai nk>i, le duc « ne etiam eccleeiarum substantiae dissi-
pentur sine quibus non possunt divina officia celebrari, considérantes igitur modo
perpétua© vel diuturnae investiturae sub honestatis et utilitatis spetie, plerumque
euis bonis eccîesiasticis spoliari », ordonnait « quod nullus recipere debeat aliquam
investiturám ab aliquo religioso ad longius tenupus nov^m annorum ». (Antiqua
Ducum Mediolani décréta, Milano, i&54, à la date.)
/ 3. La ruine morale du clergé était générale au XVe siècle dans toute l'Italie
du Nord : v. M. Rosi, « Le monache nella vita genovese dal sec. XV al XVII »,
Aiti soc. ligure di st. patria, i8g5, p. 17 ; — Belgrano, Vita privata dei genovesi,
Genová, 1875, p. 47a ; — G. Млссотп, Donne e monache, Firenze, 1884 ; — Mtm-
nelu, Storia arcana ed anedottica ď Italia, Venezia, i885, t. I, ip. 170 ; —
P. Molmenti, La storia di Venezia nella vita privata, Torino, 1880, par. III,
oh. VII ; — G. B. IHtra, « Di Ippolito Capilupi e del suo tempo », Archivio storico
lombarde, i8q3, tp.-io2 ; — F. Gabotto, Lo stato sabaudo da Amedeo VIII ad Eman
uele Filiberto, Torino, 189a, t. I, p. эЗз ; — Fifo délia madré Felice Rasponi, éd.
G. Ricci, Bologna, 188З ; — M. Caffi, « Le monache di s. Salvátore di Cremona »,
ibid., 1889, p. 698 ; — P. M. Campi, o. c, t. III, p. 199, aoa ; — V. Adami,
« 11 monastero di s. Maria Maddalena di Varenna », Rivista storica benedettina,
1933, p. аз5 ; — L. Corio, « II monastero di Cairate », Archivio storiro lombardo^
18À2, p. 76-75 ; — Malagtjzzi-Valkri, La corte di Lodovico il Moro, Milano, 191З,
t. I, p. 1 42 ; — R. Beretta, « II maggiore di Milano e la riforma opera-
tavi da s. carlo Borromeo », Rivista storica benedettina, 1916, p. 1З0 ; — F. Cha-
bod, « Per la storia religiosa dello stato di Milano durante il dominio di Carlo V »,
Annnario del R. Istituto Storico Italiano per l'età moderna e contemporanea, 119З7,
p. 9-1 3 ; — etc.
4. Voici quelques exemples significatifs. Johannis de Arisiis se fait donner
ad fictum par le couvent de San Salvátore (Pavie) un gros domaine pour un loyer
annuel de a5 florins ; il le sous-loue à Johannis de Cambiago pour 180 florins
(Archiv. Notár. Pavia, Sedazzi Giacomazzo, з dec. i448). Jacobus de Ottonis ее fait
donner ad fictum par l'Évêché de Pavie un domaine près de (Bastida Pancarana
pour le loyer annuel de 35 florins ; il le sous-loue pour 160 (Archív. Notár. Pavia,
Legge Lodovico, 4 févr. 1464). Antonhis de Vidolenghis se fait donner ad fictum
une maison de l'église de s. Giovanni in Borgo pour 1 florin par an ; il la sous-
loue pour 7 (R. Маюссш, Codice diplomatico artistico di Pavia, Pavia, 1&З7,
doc. iog5, 1100, un). V. aussi les cas cités par F. Ghabod, 0. c, p. 12, n. 2 ; — -et». PROPRIETE ECCLESIASTIQUE 325 LA
marchandes et artisanales, on ne gagnait en moyenne que de i5 à
3o pour ioo, on comprend l'attrait que devaient exercer les fictalicie.
Alors la société italienne semble quitter le commerce pour se transfor
mer en de rentiers1.
La situation était dangereuse pour l'Église. Le fictàbilis, une fois
obtenue la fictalicia, n'avait aucune envie de l'abandonner au terme des
neuf années. Les tentatives pour éluder l'ordonnance de i4oi se firent de
jour en jour plus nombreuses. Ces fictabiles de simples spéculateurs se
transformaient en vrais chefs d'entreprise. La conjoncture leur mettait
dans les mains de grandes disponibilités d'argent liquide. La « mode »
du temps avec la fascination des otia et des villa les poussait vers la cam
pagne2. Ils traçaient des canaux, bâtissaient des maisons et des fermes,
bonifiaient des domaines entiers. Sous la pression d'un énorme afflux de
capitaux se généralisait, dans les contrats d'investitura ad fictum, la
clause — jusqu'alors assez rare — de remboursement des améliorations,
au terme de la fictalicia. Si l'Église ne (pouvait effectuer le rembourse
ment, elle devait renouveler le bail eodem ficto, donc sans augmentation.
Cette nouvelle clause, apparemment inoffensive, déchaîna la spécul
ation. Le fictàbilis engageant des capitaux dans ses terres louées était
bien sûr que l'établissement religieux ne serait jamais à même de le rem
bourser. D'où un double profit : d'une part l'établissement religieux était
contraint de lui renouveler le bail eodem ficto, et l'ordonnance ducale
était ainsi tournée3. D'autre part, il continuait de payer le loyer initial,
tandis que la dépréciation de la monnaie vidait continuellement de son
contenu la vieille redevance. Enfin les améliorations lui donnaient la ga
rantie de rentes bientôt plus élevées4.
i. G. Volpe, Momenti di storia italiana, Firenze, 1925, p. 75 ; — N. Rodouco,
« II ritorno alla terra degli italiani », Atti délia R. Accademia dei GeorgofUi,
19ЗЗ ; — F. Chabod, Lo stato di Milano nell'impero di Carlo V, Roma, 19З4,
p. iq8 ; — G. Barbieri, Gli ideali economici degli italiani all'inizio dell'età
moderna, Milano, ig4o ; — A. Fanfani, « Correnti dd pensiero e ideali economici
in Europa all'inizio dell'età moderna », Giornale degli economisti, iglu ; —
A. Fanfani, Storia economica, Milano, ig43, par. IV ; — A. Fanfani, Storia del lavoro
in Italia dalla fine del sec. XV agli inizi del sec. XVIII, Milano 19ЛЗ, p. a'i ; —
v. d'ailleurs aussi G. Luzzatto, Storia economica, Padova, 19З8, p. 58 ; — G. >Luz->
1АТГО, <^ Per un programma di lavoro », Rivista di storia economica, 19З6, p. 19З ;
— G. Padovan [Luzzatto], 4 L'attività di tin patrizio véneziano del Quattro-,
cento », ibid., 1943. p. ai ; — С. M. Спчилл, « Per una storia del lavoro in Ita
lia », Boll, storico pavese, 1944, p. 69.
a. V. parmi les autres Maiagttzzi-Valhri, о. с, t. I, <p. 690.
3. Impossible de donner ici, faute de place, même une liste sommaire des
«as semblables que l'on connaît dé spéculation. Mais voici ce que l'évêque de
Pavie écrivait à ce propos : « ...Beneficiati ("les ecclésiastiques"], facta locatione de
bonus ecclesie ad novennium, accepta sub mantello — ut dici tur — pecunîa vel pro
gratifíicandum consanguineis et amicis suis, concedebant conductori amplam facul-
tatem faciendi super ipsis bonis quodcumque melioramenti genus sibi visum
foret, paçlo adiecto quod si in fine ipsius locationis melioramenta non fuissent
soluta, censeretur renovata locatio sub eodem pensione per aliud novennium et
eic de novennio in novennium usque in perpetuum donee soluta essent meliora
menta. Virtute cuius pacti super ipsis bonis ecclesiasticis tot melioramenta parum
notoria et parum uttilia nonnunquam etiam voluptuaria fiebani ut non reperiretur
beneficiatus qui vellet ipsa melioramenta solvere, et quamvis aliorum bona in red-
ditu sen pensione annua crescant ut ferunt tempora, huiusmodi tamen bona
ecclesie nunquam in penssione crescunt. » (Arch. Mensa Vescovile, b. aoo,
siée. XVI.)
к. V. la note précéd. On trouvera de nombreux exemples dans notre : Aile
0rigini délia moderna proprietà fondiaria.

Les commentaires (1)
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mymosamoon

merci

mardi 7 octobre 2014 - 10:10