Utilisation des voix active ou passive dans des tâches de choix et de production de phrases - article ; n°2 ; vol.78, pg 391-406

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L'année psychologique - Année 1978 - Volume 78 - Numéro 2 - Pages 391-406
Summary
The use of passive sentences for describing pictures was studied in a choice situation (Exp. I) and in a production situation (Exp. II). Two variables were used :
a) The context previous to the presentation of the image : context centered on the subject or on the object ;
b) The sentence - type : animate subject - verb - inanimate object (SA-V-OI) or inanimate subject-verb-animate object (SI-V-OA).
A tendency to choose the sentence (active or passive) in which the animate noun-phrase cornes first is observed in exp. I. The context facilitates the choice of passive sentences when the structure is SI-V-OA.
In exp. II subjects produce more active sentences than passive ones and are influenced by the surface order of the noun-phrases. The context plays the same role as in exp. I : it facilitates the production of passive sentences with SI-V-OA structure and when it is centered on the animate object.
Résumé
Nous avons étudié dans deux expériences l'emploi de phrases passives pour décrire une image dans une situation de choix (expérience I) et dans une situation de production (expérience II). Nous avons fait varier ':
a) le contexte précédant l'image : il peut porter sur le sujet ou sur l'objet ;
b) le type de phrase : sujet animé-verbe-objet inanimé (SA- V-OI) ou sujet inanimé-verbe-objet animé (SI-V-OA).
On constate dans l'expérience I une tendance à choisir la phrase (active ou passive) dans laquelle le syntagme animé est en tête. Le contexte surl'objet favorise le choix d'une phrase passive pour les phrases présentant la structure SI-V-OA.
Dans l'expérience II, les sujets produisent plus de phrases actives que de phrases passives et sont aussi très influencés par l'ordre en surface des syntagmes animés et inanimés. Le contexte joue le même rôle que dans l'expérience I : il favorise la production de phrases passives pour les phrases de type SI-V-OA quand il porte sur l'objet et que ce dernier est animé.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Marie-Claude Fourment
Utilisation des voix active ou passive dans des tâches de choix
et de production de phrases
In: L'année psychologique. 1978 vol. 78, n°2. pp. 391-406.
Abstract
Summary
The use of passive sentences for describing pictures was studied in a choice situation (Exp. I) and in a production situation (Exp.
II). Two variables were used :
a) The context previous to the presentation of the image : context centered on the subject or on the object ;
b) The sentence - type : animate subject - verb - inanimate object (SA-V-OI) or inanimate subject-verb-animate object (SI-V-OA).
A tendency to choose the sentence (active or passive) in which the animate noun-phrase cornes first is observed in exp. I. The
context facilitates the choice of passive sentences when the structure is SI-V-OA.
In exp. II subjects produce more active than passive ones and are influenced by the surface order of the noun-
phrases. The context plays the same role as in exp. I : it facilitates the production of passive sentences with SI-V-OA structure
and when it is centered on the animate object.
Résumé
Nous avons étudié dans deux expériences l'emploi de phrases passives pour décrire une image dans une situation de choix
(expérience I) et dans une situation de production (expérience II). Nous avons fait varier ':
a) le contexte précédant l'image : il peut porter sur le sujet ou sur l'objet ;
b) le type de phrase : sujet animé-verbe-objet inanimé (SA- V-OI) ou sujet inanimé-verbe-objet animé (SI-V-OA).
On constate dans l'expérience I une tendance à choisir la phrase (active ou passive) dans laquelle le syntagme animé est en
tête. Le contexte surl'objet favorise le choix d'une phrase passive pour les phrases présentant la structure SI-V-OA.
Dans l'expérience II, les sujets produisent plus de phrases actives que de passives et sont aussi très influencés par
l'ordre en surface des syntagmes animés et inanimés. Le contexte joue le même rôle que dans l'expérience I : il favorise la
production de phrases passives pour les phrases de type SI-V-OA quand il porte sur l'objet et que ce dernier est animé.
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Fourment Marie-Claude. Utilisation des voix active ou passive dans des tâches de choix et de production de phrases. In:
L'année psychologique. 1978 vol. 78, n°2. pp. 391-406.
doi : 10.3406/psy.1978.28254
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1978_num_78_2_28254L'Année Psychologique, 1978, 78, 391-406
Laboratoire des Activités cogniiives et linguistiques
de V Université de Lille III1
UTILISATION
DES VOIX ACTIVE OU PASSIVE
DANS DES TÂCHES DE CHOIX
ET DE PRODUCTION DE PHRASES
par Marie-Claude Fourment
SUMMARY
The use of passive sentences for describing pictures was studied in a
choice situation (Exp. I) and in a production situation (Exp. II).
Two variables were used :
a) The context previous to the presentation of the image : context
centered on the subject or on the object ;
b) The sentence - type : animate subject - verb - inanimate object
(SA-V-OI) or inanimate subject-verb-animate object (SI-V-OA).
A tendency to choose the sentence (active or passive) in which the
animate noun-phrase comes first is observed in exp. I. The context facilitates
the choice of passive sentences when the structure is SI-V-OA.
In exp. II subjects produce more active sentences than passive ones and
are influenced by the surface order of the noun-phrases. The context plays
the same role as in exp. I : it facilitates the production of passive sentences
with SI-V-OA structure and when it is centered on the animate object.
INTRODUCTION
Dans la première formulation de la grammaire generative,
Chomsky (1957) montre qu'une phrase active et la phrase passive
correspondantes entretiennent des relations de type syntaxique
telles que la phrase active déclarative est plus simple du point
de vue transformationnel que la phrase passive2.
1. sp 18, 59650 Villeneuve-d'Ascq.
2. Nous entendons par là que le nombre de règles nécessaires pour
engendrer une phrase passive est plus grand que pour engendrer une active. 392 M.-C. Fourment
Inspirées par Chomsky, de nombreuses recherches psycho
linguistiques ont tenté de montrer un parallélisme entre la
complexité transformationnelle de la phrase et la complexité des
opérations psychologiques impliquées dans son traitement. Mehler
(1963) pour le rappel, Slobin (1966) pour la compréhension et
de nombreux autres auteurs ont montré que, dans une certaine
mesure, la difficulté était proportionnelle à la complexité transfor
mationnelle.
De plus, en français, quand on compare un énoncé à la forme
active et le même à la forme passive, on remarque une grande
similitude de sens entre les deux.
Pour Katz et Martin (1967), une phrase active « et la passive
correspondantes sont des paraphrases complètes l'une de l'autre ».
Par contre, pour Ziff (1966) les phrases actives et les phrases
passives correspondantes ne sont pas synonymes. Il montre en
effet que, dans certaines conditions, les valeurs de vérité attribuées
à l'une ou à l'autre de ces formes ne sont pas identiques.
La prise en considération du problème du sens a ouvert la
voie à un nouveau courant de recherches. Le cas de la phrase
passive est particulièrement intéressant, en raison précisément de
sa similitude de sens avec la phrase active. Dans ce cas, si son
traitement est plus complexe, comme semblent le montrer de
nombreuses recherches ainsi que sa faible fréquence d'utilisation
par rapport à celle de la phrase active (10 % contre 90 % d'après
Hupet, 1973 b), et si sa signification est la même que celle de la
phrase active, pourquoi alors utiliserait-on la forme passive ?
A cette question, déjà posée par Grieve et Wales (1973),
certains auteurs dont Hupet (1973 a) ont donné une réponse en
montrant le rôle important du contexte linguistique ou pragmat
ique, ainsi que celui de certaines variables non syntaxiques sur
la production et la compréhension d'énoncés.
Dubois (cité par Hupet, 1973 b) a énoncé les conditions qui
favorisent la passivation :
a) En dehors de tout contexte, il s'agit essentiellement de
maintenir l'ordre en surface du syntagme animé en début de
phrase et du syntagme inanimé en fin de phrase. Cet ordre
préférentiel est présent dès le début de l'acquisition du langage
(Howe et Hillman, 1973). On préférera dire par exemple :
« Les moustiques sont attirés par la lumière »
plutôt que :
« La lumière attire les moustiques. » Utilisation des voix active ou passive dans des tâches de choix 393
b) En présence d'un contexte, on tend à mettre en tête de
phrase ce dont on vient de parler, même si l'on doit utiliser
pour cela une phrase passive (Tannenbaum et Williams, 1968 ;
Hupet, 1973 b).
D'une façon générale, la forme passive semble être utilisée
pour mettre en tête de phrase ce qui est important pour le
locuteur, ce qui représente le point de focalisation (focus) et est
généralement animé (Clark, 1965; Johnson-Laird, 1968 a, b).
S'il y a accord entre les différents auteurs pour penser que la
phrase passive introduit une dissymétrie entre l'importance
accordée à l'agent et à l'objet de l'action, alors que, de ce point
de vue, la phrase active est neutre, il y a par contre divergence
sur le point où porte l'emphase : porte-t-elle sur ce qui vient en
tête de phrase (le sujet grammatical) ou sur ce qui vient en fin
de phrase (le sujet logique) ? Cette question a surtout été discutée
par Anisfeld et Klenbort (1973) et Kienbort et Anisfeld (1974).
En manipulant les divers facteurs favorables à la forme
passive, il est probable que l'on observera une augmentation de
la fréquence de choix ou de production de phrases passives.
Par contre, il est difficile de dire si le traitement de ce type de
phrases sera pour autant moins complexe.
C'est à ces questions que nous allons essayer de répondre dans
les deux expériences qui suivent.
EXPÉRIENCE F
Pour étudier l'influence du contexte et de l'ordre des syn-
tagmes animé et inanimé en surface sur le choix de phrases, nous
avons montré à des sujets des images représentant une action
simple et non réversible. Ces actions sont de deux types.
Type I : le sujet* de l'action est animé (SA) et l'objet est
inanimé (01) (ex. : la fillette lance le ballon).
Type II : le sujet de l'action est inanimé (SI) et l'objet est
animé (OA) (ex. : la lampe attire le papillon).
La tâche du sujet consiste à apparier l'image avec la phrase
qui la décrit le mieux ; le sujet a le choix entre une phrase active
et une phrase passive. La présentation de l'image est précédée
3. Cette expérience a été réalisée avec la collaboration d'Ange Delfini.
4. Nous entendons par sujet et objet les sujet et objet logiques de la
phrase. 394 M.-C. Fourment
ou non d'un court texte, appelé contexte, qui peut porter sur le
sujet de la phrase (CS) ou sur l'objet de la phrase (CO).
Nous avons donc deux variables en présence : l'une, le type
de phrase, a deux niveaux, l'autre, le contexte en a trois.
HYPOTHÈSES
— Rôle du contexte : il est double :
a) II sert à vérifier si le sujet a tendance à mettre en début de
phrase ce dont il vient d'être question dans le contexte.
b) Par ailleurs, il centre l'attention du sujet sur un des
éléments de l'action (sujet ou objet), entraînant un effet de
focalisation.
Par exemple pour la phrase suivante : « l'écureuil mange la
noisette », le contexte portant sur le sujet (CS) serait : « L'écureuil.
L'écureuil saute de branche en branche. Petit rongeur familier,
il affectionne particulièrement les fruits secs et les graines. Sa
queue le rend très reconnaissable. » Le contexte portant sur
l'objet serait : « La noisette. La noisette est un fruit sec. Elle
existe à l'état sauvage ou elle est cultivée. D'un goût agréable,
elle est utilisée dans les pâtisseries ou les salades. »
La présence de l'un ou l'autre de ces contextes avant la
présentation de l'image devrait entraîner des effets différents.
De plus, le contexte entrer en interaction avec le
type de phrase :
— Pour les actions du type I (SA-V-OI) : quand il n'y a pas
de contexte ou quand le contexte porte sur le sujet, on devrait
trouver une forte proportion de choix de phrases actives puisque
aucune condition favorable à la forme passive n'est présente.
Par contre, quand le contexte porte sur l'objet, il devrait y avoir
une tendance à mettre l'objet en tête de phrase, limitée par le
fait qu'il est inanimé. On observera alors une diminution des
choix de phrases actives, au profit de choix de phrases passives.
— Pour les actions du type II (SI-V-OA) : quand il n'y a
pas de contexte ou quand le contexte porte sur l'objet (animé),
il devrait y avoir une proportion relativement élevée de choix
de phrases passives, pour maintenir l'ordre animé-inanimé en
surface. On observera, par contre, un affaiblissement de cette
tendance quand le contexte portera sur le sujet (inanimé).
Ces hypothèses concernent les fréquences de choix. Nous
mesurons également dans cette expérience les temps de réac- Utilisation des voix active ou passive dans des tâches de choix 395
tion (TR) de ces choix. Nous pensons que, d'une façon générale,
ces temps de réaction seront d'autant plus courts qu'ils corre
spondent à des choix plus fréquents. Les hypothèses les concernant
peuvent donc se déduire des précédentes.
MATÉRIEL
1. Les images. — Le matériel comporte 12 images représentant des
actions simples ; 6 peuvent être décrites par des phrases du type 1 (sujet
animé) et les 6 autres par des phrases du type II (sujet inanimé). Les
dessins sont à l'encre de Chine noire sur fond blanc ; les tailles du sujet
et de l'objet de l'action sont à peu près équivalentes.
2. Le contexte. — II se présente sous la forme d'un texte court
(voir exemple ci-dessus), composé de trois phrases. Celles-ci sont à la
forme active ou passive, Tannenbaum et Williams (1968) ayant montré
que la voix utilisée dans le contexte n'avait pas d'influence.
3. Les phrases réponses. — Le sujet doit choisir entre une phrase
active et la passive correspondante. Ex. : « L'écureuil mange la noisette »
ou « La noisette est mangée par l'écureuil. »
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
Le sujet est assis devant un écran sur lequel sont projetées les images.
Chaque sujet voit les 12 images dans un ordre au hasard. Selon un plan
de permutation circulaire, chaque image peut être précédée d'un
contexte portant sur le sujet ou sur l'objet ou encore elle peut n'être
précédée par aucun contexte. Il y a quatre images dans chacune de ces
situations, deux pouvant être décrites par des phrases du type I (sujet
animé) et être par des du type II
inanimé). La présentation des contextes est orale (enregistrement magnét
ique). Chaque image apparaît sur l'écran suivie par la présentation des
deux phrases-réponses, dont l'apparition déclenche un chronomètre
électronique que le sujet arrête en pressant sur le bouton correspondant à
sa réponse. L'image disparaît quand le sujet répond. Les phrases réponses
apparaissent l'une en dessous de l'autre, légèrement décalées et de telle
façon que la phrase active se trouve aussi souvent en haut qu'en bas. Les
clés de réponse sont associées à la position spatiale des phrases : la clé
de gauche correspond à la phrase du haut et la clé de droite à la phrase
du bas.
La consigne indique au sujet qu'il va d'abord entendre une petite
histoire puis voir une image et qu'il doit ensuite choisir le plus rapidement
possible la phrase qui, pour lui, décrit le mieux l'image. On précise que,
dans certains cas, l'image peut n'être précédée par aucun contexte.
42 sujets, étudiants non psychologues, ont passé l'expérience. 396 M.-C. Fourment
RESULTATS
Tableau I. — Nombre de choix et TB moyens (en es)
en fonction du contexte et du type de phrase
Contexte
Sans Contexte Contexte
contexte sur l'objet sur le sujet
0 CO es
actif passif actif passif actif passif
Phrases I
N 59 25 55 29 65 19 (sujet animé)
TR 262 369 283 424 239 363
Phrases II
29 55 22 62 38 N 46 (sujet inanimé)
TR 363 336 410 310 484 375
Le tableau I présente l'ensemble des résultats. Nous avons
vérifié que la disposition spatiale de présentation des phrases-
réponses n'avait pas d'influence et nous avons pu grouper les
résultats.
Analyse des fréquences de choix
Nous voyons que, conformément aux hypothèses, les choix
de phrases actives prédominent pour les actions du type I (sujet
animé) alors que les choix de phrases passives prédominent pour
les actions du type IL Cette différence globale est très signif
icative (yj1 = 64 ; p < .001). Ce résultat montre l'influence du
type de phrase sur la performance des sujets.
Considérons maintenant les réponses en fonction du contexte.
Nous avons comparé pour chaque type d'action les situations
de contexte deux à deux (O/CO ; O/CS ; CO/GS). Seule la compar
aison CO/CS pour les actions de type II donne un résultat
significatif (x2 = 6,64 ; p = .01). Dans ce cas, il y a significati-
vement plus de choix de phrases passives quand le contexte
porte sur l'objet et, corrélativement moins de choix de phrases
actives. Donc, dans les situations d'opposition extrême (CO/CS),
le contexte joue un rôle, mais à condition que le pattern de Utilisation des voix active ou passive dans des tâches de choix 397
réponse induit par les actions du type I (sujet animé-objet
inanimé) ne soit pas présent.
La comparaison des fréquences ne nous permet pas de tester
l'éventuelle interaction entre le contexte et le type d'action.
Analyse des temps de réponse
Tableau II. — Nombre de choix ei TE moyens (en es)
en fonction du type de phrase
Phrases I Phrases II
(sujet animé) (sujet inanimé)
Actif N 179 89
TR 261 432
Passif N 73 163
TR 385 340
Nous avions fait l'hypothèse générale que plus un type de
réponse était fréquent dans une situation donnée, plus le temps
de réaction était court. Pour vérifier cela, nous avons calculé une
corrélation entre les fréquences de choix et les temps de réaction.
La négative (r de Bravais-Pearson = — .73 ; p < .001)
montre bien que plus un choix est fréquent, plus il est court.
Nous avons fait ensuite une analyse de variance pour tester
l'influence de nos deux facteurs. Les résultats nous montrent
que le facteur type d'action (I : SA-V-OI ; II : SI-V-OA) a
une influence significative sur les temps de réponse des sujets
(F = 49,1 ;p < .01). Globalement, indépendamment de la nature
du choix (phrase active ou phrase passive) les temps de réponses
sont plus courts pour les actions de type I que pour les actions
de type II.
Par contre, le facteur contexte n'a pas d'influence signifi
cative sur les temps de réponse.
Il existe une interaction significative entre ces deux facteurs.
Pour plus de clarté, nous avons séparé les réponses de type actif
des réponses de type passif. Pour les réponses de choix de phrases
actives, le contexte agit plus sur les actions de type II que sur
les actions du type I (F = 7,2 ; p < .01). Pour les choix de
phrases passives, le contexte agit plus sur les actions du type I
(F = 4,8 ; p < .05). 398 M.-C. Fourment
Par ailleurs, il existe également une interaction très signi
ficative entre le type de phrase et la nature active ou passive
de la réponse (F = 90,6 ; p < .001). Cette traduit
une différence beaucoup plus importante entre les temps de
réponse pour les actives en fonction du type de phrase, qu'entre
les temps de réponse pour les passives également en fonction du
type de phrase (à l'actif d = 171 es, au passif d = 45 es)
(voir tableau II).
Il est intéressant de constater que les temps de réponse les
plus longs correspondent aux réponses de type actif pour les
phrases du type II (sujet inanimé). A ce propos, il faut noter que
s'il existe une corrélation inverse entre les fréquences de choix
et la longueur des temps de réponse, celle-ci n'indique qu'une
tendance globale. Comme le montrent les cumulées
correspondant aux temps de réaction présentés dans le tableau II,
le choix de réponse à la forme active pour les phrases de type II
n'est pas le moins fréquent, bien que le plus long. On peut penser
que ces temps de réaction très élevés correspondent à la difficulté
qu'a le sujet à utiliser une phrase syntaxiquement simple mais
dont la structure (sujet inanimé en tête) ne correspond pas à ce
qui est habituel.
Dans une situation de choix, il apparaît donc que la
complexité transformationnelle ne joue pas de rôle décisif, puisque
pour les actions du type II, les temps de réponse pour les choix
de phrases actives sont plus longs que les temps de réponses
correspondant au choix des phrases passives.
Par contre, il faut noter le rôle prépondérant de la position
en surface des syntagmes animé et inanimé. Quand l'ordre
animé-inanimé est respecté dans une phrase active, nous obtenons
les temps de réaction les plus courts. Ce résultat confirme ceux
de Clark (1965) et Howe et Hillman (1973) selon lesquels il
existe, dès le début de l'acquisition du langage, une structure
de phrase privilégiée, de type actif, dans laquelle se succèdent
un nom animé, un verbe et un nom inanimé.
Quant au contexte, il ne joue de rôle, comme nous l'avons vu
plus haut, que lorsqu'il s'agit de phrases dans lesquelles l'ordre
canonique n'est pas respecté.
Afin de voir si ces résultats pouvaient être généralisés à une
situation de production, nous avons réalisé une deuxième
expérience. Utilisation des voix active ou passive dans des tâches de choix 399
EXPÉRIENCE II
Nous avons repris la même procédure expérimentale que
dans l'expérience précédente, mais ici le sujet devait produire
une phrase qui décrive adéquatement une image, en utilisant un
triplet composé de trois lexemes (deux noms et un verbe).
On peut penser que l'ordre des triplets va jouer un rôle sur la
réponse du sujet ; en effet, d'après Segui et Chauvaut (1974),
on a tendance à prendre comme sujet grammatical de la phrase
le premier nom du triplet. De plus, nous avons vu dans l'expé
rience I que l'ordre en surface des syntagmes animé et inanimé
jouait un rôle très important, nous pouvons donc penser que
l'ordre des triplets va jouer un rôle inverse selon qu'il s'applique
à une action de type I (SA-V-OI) ou à une action du type II
(SI-V-OA). Dans les actions du type I, la présence d'un nom
animé en tête devrait favoriser la production d'une phrase
active, alors que les actions du type II devraient favoriser la
production d'une phrase passive.
Donc dans cette expérience, trois variables vont intervenir :
le type d'action (I ou II), le contexte (contexte sur l'objet GO,
le contexte sur le sujet CS, ou l'absence de contexte 0), et l'ordre
des lexemes à l'intérieur des triplets.
MATÉRIEL
Les images et les phrases contexte sont les mêmes que dans
l'expérience précédente. Les triplets sont constitués du verbe et
des deux syntagmes nominaux des phrases-réponses de l'expé
rience I. Ces triplets peuvent être présentés dans l'un des 6 ordres
possibles (1-NA-V-NI ; 2-NI-V-NA ; 3-NA-NI-V ; 4-NI-NA-V ;
5-V-NA-NI ; 6-V-NI-NA).
PROCÉDURE
La procédure expérimentale est la même que dans l'expé
rience I, mais cette fois le contexte est présenté sur un carnet.
Le sujet lit le contexte à haute voix puis regarde l'image que
lui présente l'expérimentateur. Il lit ensuite le triplet sur son
carnet de réponse et inscrit la phrase-réponse sous le triplet.
L'expérience se fait en temps libre et en passation individuelle.

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