Validité attribuée aux réponses d'autrui et influence sociale - article ; n°2 ; vol.79, pg 481-493

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L'année psychologique - Année 1979 - Volume 79 - Numéro 2 - Pages 481-493
Résumé
Dans deux recherches sur l'influence sociale, on fait varier, d'une part, la difficulté de la tâche (estimer la surface d'un rectangle), d'autre part, la présence ou l'absence d'indices de validité qui s'attachent aux réponses communiquées (indices statistiques : groupement ou isolement; indices concernant la compétence des sources : la réponse isolée émane d'une source compétente ; les réponses groupées, de sources peu compétentes). Dans la seconde étude, des réponses émanant de sources peu compétentes sont unanimes. Les résultats montrent qu'après communication les changements sont toujours plus fréquents quand la tâche est difficile ; et que, pour un même niveau de difficulté, ils sont plus fréquents quand les sujets disposent d'informations sur la source des réponses communiquées. Les sujets se rapprochent plus souvent de la réponse isolée émanant d'une source compétente que des réponses groupées non compétentes (recherche 1) et à peu près également de la réponse isolée compétente ou des réponses unanimes (recherche 2).
Summary
Two experiments on social influence were designed to study the effects of task difficulty (estimation of the area of a rectangle) and the perceived validity of alleged responses from other judges. This validity (vas varied using the statistical character of the response (grouped or isolated) and/or the apparent competence of the sources : isolated responses were reported to corne from more competent judges and grouped responses from less competent judges. In the first study, the grouped responses differed, in the second study they were identical (unanimous). Results indicate that consideration of other people's responses leads to more frequent judgment changes when the task is difficult ; for a particular level of difficulty, changes occur more frequently if the information about the responses of others carries an indication of their competence. The subjects' final responses corne nearer to the isolated (competent) responses than to the varying group responses (study 1), but they show about the same effect with both the isolated and the group responses, when the latter do not vary amongst themselves (study 2).
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
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Vincent Rogard
Validité attribuée aux réponses d'autrui et influence sociale
In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°2. pp. 481-493.
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Rogard Vincent. Validité attribuée aux réponses d'autrui et influence sociale. In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°2. pp.
481-493.
doi : 10.3406/psy.1979.28281
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1979_num_79_2_28281Résumé
Résumé
Dans deux recherches sur l'influence sociale, on fait varier, d'une part, la difficulté de la tâche (estimer
la surface d'un rectangle), d'autre part, la présence ou l'absence d'indices de validité qui s'attachent aux
réponses communiquées (indices statistiques : groupement ou isolement; indices concernant la
compétence des sources : la réponse isolée émane d'une source compétente ; les réponses groupées,
de sources peu compétentes). Dans la seconde étude, des réponses émanant de sources peu
compétentes sont unanimes. Les résultats montrent qu'après communication les changements sont
toujours plus fréquents quand la tâche est difficile ; et que, pour un même niveau de difficulté, ils sont
plus fréquents quand les sujets disposent d'informations sur la source des réponses communiquées.
Les sujets se rapprochent plus souvent de la réponse isolée émanant d'une source compétente que des
réponses groupées non compétentes (recherche 1) et à peu près également de la réponse isolée
compétente ou des réponses unanimes 2).
Abstract
Summary
Two experiments on social influence were designed to study the effects of task difficulty (estimation of
the area of a rectangle) and the perceived validity of alleged responses from other judges. This validity
(vas varied using the statistical character of the response (grouped or isolated) and/or the apparent
competence of the sources : isolated responses were reported to corne from more competent judges
and grouped responses from less competent judges. In the first study, the grouped responses differed,
in the second study they were identical (unanimous). Results indicate that consideration of other
people's responses leads to more frequent judgment changes when the task is difficult ; for a particular
level of difficulty, changes occur more frequently if the information about the responses of others carries
an indication of their competence. The subjects' final responses corne nearer to the isolated
(competent) responses than to the varying group responses (study 1), but they show about the same
effect with both the isolated and the group responses, when the latter do not vary amongst themselves
(study 2).L'Année Psychologique, 1979, 79, 481-493
Laboratoire de Psychologie sociale1
Université René-Descarles
VALIDITÉ ATTRIBUÉE AUX RÉPONSES D'AUTRUI
ET INFLUENCE SOCIALE
par Vincent Rogard
SUMMARY
Two experiments on social influence were designed to study the effects
of task difficulty (estimation of the area of a rectangle) and the perceived
validity of alleged responses from other judges. This validity was varied
using the statistical character of the response (grouped or isolated) and/or
the apparent competence of the sources : isolated responses were reported
to come from more competent judges and grouped from less
competent judges. In the first study, the grouped differed, in the
second study they were identical (unanimous). Results indicate that consi
deration of other people's responses leads to more frequent judgment changes
when the task is difficult ; for a particular level of difficulty, changes occur
more frequently if the information about the responses of others carries an
indication of their competence. The subjects' final responses come nearer to
the isolated (competent) responses than to the varying group responses
(study 1), but they show about the same effect with both the isolated and the
group responses, when the latter do not vary amongst themselves (study 2).
INTRODUCTION
Dans la psychologie sociale contemporaine, les processus
d'influence sociale relèvent de la cognition et « sont relatifs aux
modifications qu'entraîne dans les jugements, opinions, attitudes
d'un individu — ou d'un groupe — le fait de prendre connais
sance des jugements, opinions, et attitudes d'autres personnes
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris. 482 V. Rogard
sur le même sujet » (Montmollin, 1977, p. 7). Depuis l'expérience
de Shérif sur la formation des normes (1947), et surtout les tr
avaux d'Asch sur l'effet d'une majorité unanime (1951), l'e
nsemble des recherches réalisées a mis en évidence la diversité
et la complexité des phénomènes d'influence sociale et des condi
tions qui les déterminent et les modulent. Le paradigme expéri
mental qui systématise, pour les étudier, les situations sociales
quotidiennes comporte, de la part du sujet, une réponse à une
question ou problème qui appelle le plus souvent un jugement
perceptif. Après communication des réponses données par d'autres
personnes, une réponse finale est demandée. Les changements
qui interviennent entre la réponse initiale et la réponse finale du
sujet attestent l'influence subie. L'examen des travaux expér
imentaux, auquel a procédé Montmollin (1977), fait apparaître
comme l'un des facteurs déterminants des changements après
communication, et peut-être le facteur majeur, la difficulté de
la tâche proposée aux sujets : les phénomènes d'influence sociale
témoigneraient donc des activités cognitives dans l'incertitude,
les réponses d'autrui constituant des informations que le sujet
utilise pour répondre à la question posée. Le traitement de ces
informations comporterait deux étapes distinctes. Dans la pre
mière, le sujet jugerait de la crédibilité des réponses d'autrui qu'il
est amené à connaître ; les réponses que le sujet juge non cré
dibles sont alors écartées. Dans une seconde étape, le sujet pren
drait en compte les réponses communiquées dans la mesure où
elles lui apparaissent valides : on peut supposer en effet qu'un
sujet ne sera influencé par les réponses d'autres personnes que
s'il leur accorde quelque chance d'être exactes ; lorsqu'un sujet
reçoit communication de plusieurs réponses, il doit donc, chaque
fois que c'est possible, ordonner ces réponses en fonction de leur
probabilité d'exactitude.
Quels sont les indices sur lesquels se fonde le sujet pour inférer
la validité des réponses d'autrui ? Ces indices sont immédiate
ment disponibles ou nécessitent une recherche ; ils sont sans doute
nombreux et variés, mais deux grandes classes peuvent, selon
nous, être distinguées :
— les indices liés à la source des réponses ;
— ■- les liés aux caractéristiques des réponses elles-mêmes.
A la première classe, appartiennent les indices qui permettent
d'attribuer à la source des réponses une compétence relativement d' autrui et influence sociale 483 Réponses
à la tâche proposée. La compétence peut être inférée à partir
d'informations directes (par exemple la réussite préalable dans
une tâche identique), ou d'informations indirectes, telles des
informations biographiques (par exemple, la profession en rap
port avec la tâche). Toute information sur la certitude de la
source constituera également un indice de validité utilisable par
le sujet (par exemple, si autrui est présent et répond oralement :
son assurance verbale). S'il est sans informations sur leur source,
le sujet peut tirer des informations sur la validité des réponses
communiquées en considérant les caractéristiques de l'échantillon
qu'elles forment. La tendance centrale de l'échantillon, sa dis
persion, la fréquence de certaines réponses dans
sont autant de données « statistiques » dont peut se servir le
sujet dans l'incertitude. Un exemple en est la proximité des
réponses communiquées, et peut-être plus encore leur unanimité,
les réponses apparaissant mutuellement renforcées peuvent
être jugées plus valides qu'une réponse isolée dans l'échantillon
donné.
Dans une même situation, des indices de validité de nature
différente peuvent affecter les mêmes réponses, qui se trouvent
de ce fait jugées plus valides que si un seul indice était disponible;
ou affecter des réponses différentes, qui se trouvent de ce fait
en compétition. On peut penser que, dans ce dernier cas, ce qui
amène le sujet confronté à une tâche donnée à préférer telle
réponse à telle autre est le poids relatif des indices dont elles
tirent leur validité : les indices n'ont pas la même fiabilité, cer
tains sont jugés plus sûrs que d'autres. Le poids d'un indice de
validité dépend selon nous des expériences antérieures du sujet,
mais également de sa confrontation présente avec la tâche qui
produit des attentes concernant la réponse exacte, attentes qui
peuvent être de nature statistique — le sujet s'attend à une cer
taine fréquence de la réponse exacte dans une population — ;, ou
avoir trait aux sources susceptibles de détenir la réponse exacte.
Parce que la difficulté de la tâche détermine ces attentes, elle
peut également affecter le poids des indices de validité et, fin
alement, l'impact de réponses dont la validité repose sur des
indices différents. Pour tenter de montrer l'existence de la liaison
entre difficulté de la tâche et poids des indices de validité, deux
recherches ont été réalisées selon le paradigme expérimental
classique.
Dans ces recherches, certaines des réponses communiquées 484 V. Piogard
tirent leur validité d'un indice lié à la distribution des réponses,
la proximité (recherche 1) ou l'unanimité (recherche 2) et d'autres,
d'un indice lié à la compétence de la source. Ces indices sont
croisés : une réponse isolée dans l'échantillon est opposée à des
réponses groupées (ou unanimes) ; la réponse isolée est attribuée
à une source compétente et les réponses groupées (ou unanimes)
à des sources peu compétentes. Le sujet est amené à choisir
entre la réponse isolée et les réponses qui se situent,
sur le continuum des jugements, de part et d'autre de sa réponse
initiale.
COMPÉTENCE RELATIVE DES SOURCES
ISOLEMENT OU GROUPEMENT
DES RÉPONSES COMMUNIQUÉES
ET INFLUENCE SOCIALE
De nombreuses recherches ont montré que la fréquence des
changements que l'on observe entre la réponse initiale (avant
communication des réponses d'autrui) et la finale (après
communication) est fonction de la difficulté de la tâche. La diff
iculté de la tâche entraîne sans doute une réponse initiale fragile,
et l'on peut donc prévoir qu'après communication de réponses
affectées des mêmes indices de validité, les changements seront
plus fréquents quand la tâche est difficile (hypothèse 1). D'autre
part, un sujet sera d'autant plus enclin à modifier sa réponse
initiale que les réponses d'autrui dont il a connaissance lui
paraissent valides. Connaître la compétence de la source des
réponses constitue, selon nous, une information déterminante
concernant la validité de ces réponses : en conséquence, on peut
prévoir que, quel que soit le niveau de difficulté, les changements
après communication seront plus fréquents quand les sujets dispo
seront d' informations sur la compétence des sources des réponses
communiquées (hypothèse 2). La dernière hypothèse porte sur
la direction des changements — vers la réponse isolée ou vers les
réponses groupées. Deux raisons nous incitent à penser que la
direction des sera fonction de la difficulté de la
tâche :
— le sujet estime plus probable que la réponse exacte ait une
fréquence élevée dans l'échantillon, lorsque la tâche est facile
que lorsqu'elle est difficile ; d' autrui el influence sociale. 485 Réponses
— - le sujet juge qu'il est moins nécessaire d'être compétent pour
donner la réponse exacte, lorsque la tâche est facile que
lorsqu'elle est difficile.
Ainsi, on peut prévoir que, dans le cas où les sujets sont informés
sur la compétence relative des sources, les changements en direction
de la réponse isolée compétente seront plus fréquents quand la tâche
sera difficile (hypothèse 3 a). Enfin, on peut supposer que les
changements s'effectueront en direction des réponses groupées,
quand les sujets n'ont pas d'informations sur la compétence des
sources (hypothèse 3 6), puisque dans ce cas la réponse isolée
n'a pas de raison d'apparaître plus valide.
PROCÉDURE
La tâche
II s'agit d'estimer la surface d'un rectangle (4 cm x 10 cm), qui est
présenté brièvement (cinq secondes). Une préexpérience a permis de
définir deux niveaux de difficulté : facile, on indique aux sujets quelle est
la largeur du rectangle (sous forme d'un étalon de 4 cm parallèle à une
des largeurs), difficile, les sujets ne reçoivent aucun repère. Le pourcen
tage des réponses exactes et l'écart moyen à la bonne réponse consti
tuaient les critères de facilité ou difficulté de la tâche.
Variables indépendantes
1) Groupement et isolement des réponses communiquées
Ne sont présents que le sujet et l'expérimentateur, les réponses des
« autres personnes » qui sont communiquées au sujet par l'expérimen
tateur sont en réalité choisies par ce dernier selon les exigences du plan
expérimental et pour satisfaire un certain nombre de contrôles. Tout
d'abord, la distance des réponses communiquées à la réponse initiale
(RI). Plusieurs travaux (Montmollin, 1965, 1966 b) ont, en effet, sou
ligné l'importance de la distance entre les réponses communiquées et
la RI du sujet. Pour que les trois réponses groupées et la réponse isolée
soient à égale distance et de part et d'autre de Ri, l'expérimentateur
ajoute (ou retranche) systématiquement 6 cm2 à la réponse initiale de
chaque sujet. Ainsi les réponses communiquées sont : pour les trois
réponses groupées, les valeurs correspondantes à Ri + 4, + 6,+ 8 cm2
ou à Ri — 4, — 6, — 8 cm2 ; pour la réponse isolée, à Ri + 6 cm2 ou
à RI — 6 cm2. Pour chaque sujet, les réponses groupées et la réponse
isolée se situent de part et d'autre de Ri ; pour la moitié des sujets, les
réponses groupées sont supérieures à Ri (et donc la réponse isolée infé
rieure) et pour les autres, les réponses groupées sont inférieures à Ri
(et donc la réponse isolée supérieure), dans chaque condition. V. Bogard 486
2) I nformalionj non- informat ion sur la competence des sources
Dans les conditions où le sujet n'a pas d'informations sur la compé
tence des sources, il tire au sort quatre papiers plies dans une urne qui est
censée contenir les réponses de sujets qui ont antérieurement passé
l'expérience dans des conditions similaires ; il les donne à l'expérimen
tateur sans les lire et celui-ci les lui dicte pour qu'il en prenne note.
Trois réponses sont groupées, une est isolée.
Dans les conditions où les sujets sont informés de la compétence
des sources, on dispose de deux urnes : après avoir appris que la première
contient les réponses de sujets qui ont réussi à 8 essais sur 10 dans une
tâche similaire, le sujet en tire un papier (réponse isolée ) ; il est informé
que la seconde urne contient les réponses de sujets ayant réussi à
3 essais sur 10, et il en tire trois papiers (réponses groupées). De la sorte,
la réponse isolée provient d'une source compétente et les réponses grou
pées de sources peu compétentes.
Plan expérimental
Le plan expérimental se présente de la manière suivante :
Difficulté de la tâche
Tâche Tâche
facile difficile
Sans information (3 réponses Condition 1 Condition 2 groupées, 1 isolée)
Information
sur la source Avec information (3 réponses
groupées de sources peu comp Condition 3 Condition 4 étentes, 1 réponse isolée de
source compétente)
Sujets
II s'agit d'étudiantes en psychologie (lre année), d'âge comparable.
Pour que les réponses communiquées soient crédibles, on n'a retenu que
les sujets dont la réponse initiale était comprise entre 20 et 60 cm2. Deux
questions postexpérimentales ont été posées à tous les sujets, relatives
au but de la recherche (« D'après vous quel était le but de la recherche ?»)
et aux réponses communiquées (« Que pensez-vous des réponses d'autrui
qui vous ont été ? »). On a éliminé les sujets qui ont
compris que l'expérience portait sur l'influence sociale et qui ont pensé
que les réponses n'étaient pas en réalité celles d'autres
personnes, mais étaient programmées par l'expérimentateur, puisque la
situation devait rester entièrement crédible. Le nombre de ces sujets est
de cinq (condition 1), trois (condition 2), trois (condition 3), quatre
(condition 4). L'analyse des résultats qui va suivre porte sur 20 sujets
par condition. Réponses d'autrui et influence sociale 487
Déroulement
Le sujet donne sa première réponse (RI), reçoit communication des
réponses d'autrui, les note par écrit et, sans revoir le stimulus, donne son
estimation finale (R2).
RESULTATS
On calcule :
— la fréquence des changements (le nombre de sujets de chaque
condition pour lesquels la réponse finale est différente de la
réponse initiale) ;
— pour les sujets qui changent, la proportion des changements
qui se font, d'une part, en direction de la réponse isolée,
d'autre part, en direction des réponses groupées.
Tableau I. — Fréquence et direction des changements
Direction des changements
Vers Vers
Fréquence réponse réponses
Conditions des chan isolée groupées
expérimentales gements (en %) (en %)
Tâche facile :
1. Sans information
(N = 20) 2 1 1
3. Avec
8 (N = 20) 3 (37,5) 5 (62,5)
Tâche difficile :
2. Sans information
10 (N = 20) 1 (10) 9 (90)
4. Avec
(N = 20) 15 12 (80) 3 (20)
Les résultats figurent dans le tableau I. Celui-ci montre
que, conformément à notre première hypothèse, les change
ments sont plus fréquents quand la tâche est difficile (^2 (1) corr.
de Yates = 9,08 ; p < .01). Ce résultat confirme le rôle que
joue la difficulté de la tâche sur les phénomènes d'influence
sociale. 488 V. Rogard
On note ensuite que, quel que soit le niveau de difficulté de
la tâche, les changements sont plus fréquents lorsque les sujets di
sposent d'informations sur la compétence des sources (^2 (1) corr.
de Yates = 5,02 ; p < .05). Un tel résultat s'explique, selon
nous, par le fait que le sujet juge plus valides les réponses en
provenance de sources dont il connaît la compétence.
En ce qui concerne la direction des changements, on observe
que dans les conditions où la compétence de la source est connue,
la répartition des changements en direction de la réponse isolée
ou des réponses groupées varie selon le niveau de difficulté de
la tâche : quand la tâche est difficile, 80 % des changements se
font vers la réponse isolée compétente, alors que la répartition
est moins tranchée lorsque la tâche est facile. Ces résultats vont
dans le sens de l'hypothèse 3 a, qui prévoyait une plus grande
fréquence de changements vers la réponse isolée compétente
quand la tâche est difficile, mais les différences observées ne sont
pas significatives (^2 (1) corr. = 1,66 ; p < .10).
On peut voir également que lorsque la tâche est difficile et la
compétence des sources inconnue, 90 % des changements s'effe
ctuent vers les réponses groupées. L'hypothèse 3 b est donc
vérifiée : dans cette condition, seules les réponses groupées peuvent
avoir quelque validité aux yeux des sujets.
On peut donc conclure de ces résultats que les sujets ont ten
dance, quand la tâche est difficile, à accorder une validité plus
grande à la réponse isolée quand ils savent qu'elle émane d'une
source compétente, et une validité plus grande à des réponses
groupées quand ils sont sans information sur la compétence des
sources. Ainsi, l'indice « compétence de la source » l'emporte
sur l'indice « statistique » de groupement quand la tâche est
difficile. Mais l'indice statistique est peut-être affaibli du fait
que les réponses « groupées » sont ici légèrement distantes les
unes des autres ; une seconde recherche a donc été entreprise
pour voir si cet indice ne reprend pas l'avantage quand les
réponses groupées sont unanimes (trois réponses de valeur iden
tique). Comme l'ont montré Asch (1956) et Moscovici (1971),
des réponses unanimes entraînent en effet des changements
marqués, même quand la tâche est facile.

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