Variabilité intra-individuelle des activités opératoires et dépendance-indépendance à l'égard du champ - article ; n°1 ; vol.82, pg 131-154

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L'année psychologique - Année 1982 - Volume 82 - Numéro 1 - Pages 131-154
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1982
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T. Ohlmann
P. Mendelsohn
Variabilité intra-individuelle des activités opératoires et
dépendance-indépendance à l'égard du champ
In: L'année psychologique. 1982 vol. 82, n°1. pp. 131-154.
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Ohlmann T., Mendelsohn P. Variabilité intra-individuelle des activités opératoires et dépendance-indépendance à l'égard du
champ. In: L'année psychologique. 1982 vol. 82, n°1. pp. 131-154.
doi : 10.3406/psy.1982.28411
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1982_num_82_1_28411L'Année Psychologique, 1982, 82, 131-154
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université des Sciences sociales de Grenoble1
VARIABILITÉ INTR A-INDIVIDUELLE
DES ACTIVITÉS OPÉRATOIRES
ET DÉPENDANCE-INDÉPENDANCE
A L'ÉGARD DU CHAMP2
par T. Ohlmann et P. Mendelsohn
SUMMARY : Intra-individual variability of cognitive operations and
field dependence- independence
To study the relations between Piagefs cognitive operations and the
cognitive style field dependence vs independence, 110 boys aged 9 years
and a half have been tested with the Rod and Frame Test and four
piagetian tasks.
We found the following results. 1) As-a-whole the stage of the field
independents is higher than that of the field dependent ones. This difference
of level results from the later acquisition of the infralogical operations by
the dependent subjects. 2) The field independency is neither a necessary
condition nor a sufficient condition to reach the final step of concrete stage.
It's only in the first step of the stages that the cognitive style has an influence.
3) The pattern of intraindividual variability is related to the cognitive
style : independent subjects seem to show a relative advance in their
infralogical operations and dependent subjects in their logical-mathematical
ones. 4) According to the three aforementioned aspects, we cannot say there
is a steady relation between the range of intraindividual variability and
the cognitive style. There exists an interaction between the cognitive style,
the nature of piagetian tasks and the age of subjects.
Key-words : cognitive style, field dependence- independence, cognitive
operations.
1. bp 47 X, 38040 Grenoble Cedex.
2. Cette étude a été réalisée grâce aux moyens fournis par l'Université
des Sciences sociales de (Laboratoire de Psychologie expérimentale
et Laboratoire de Psychologie scolaire) et le cnrs (era 796).
Nous remercions Michel Huteau et François Longeot pour leurs fruc
tueuses suggestions au cours de la discussion des premiers résultats. Nous
voudrions remercier également, pour leur aide lors de la collecte des données,
Mmes et MM. les Psychologues scolaires : M. Bouvier, J. Damour, F. Florin,
D. Lollier, C. Prévosto, S. Pujol, I. Sierra, P. Schauss et B. Thomas. T. Ohlmann et P. Mendelsohn 132
Les relations entre un style cognitif, la dépendance-indépen
dance à l'égard du champ (Witkin et al., 1962 ; Huteau, 1975 ;
Witkin et Goodenough, 1977 a, 1977 b ; Witkin et al, 1979) et
la théorie opératoire de l'intelligence de Jean Piaget ont donné
lieu à une littérature importante (Pascual-Leone, 1969, 1974 ;
Pascual-Leone et de Ribaupierre, 1979 ; Huteau et Rajchen-
bach, 1978). La revue de questions en a été établie récemment
par Huteau (1980). Ces recherches sont généralement centrées
sur les liens existant entre la dépendance-indépendance à l'égard
du champ (DIC) et les activités opératoires.
Nous voudrions spécifiquement étudier ici la liaison entre la
DIC et la variabilité intra-individuelle des activités opératoires.
Cette se manifeste chez un sujet par la présence
d'une avance dans certains domaines opératoires, alors que pour
d'autres il est en retard. L'importance et la fréquence de ce
type de dispersion ont contribué à l'abandon de la notion de
stade en psychologie génétique. En effet, la succession des struc
tures opératoires ne parvient pas à rendre compte des trajectoires
individuelles. Par contre, en psychologie différentielle la variab
ilité des activités opératoires a suscité un nombre croissant de
travaux (Reuchlin, 1964 ; Hornemann, 1974 ; Longeot, 1978).
Lautrey (1980), à partir des données de Longeot (1967), fournit
une description des différentes formes de développements indi
viduels.
Nous pensons que la dispersion des activités opératoires d'un
même sujet n'est pas seulement un phénomène aléatoire, elle pourrait
être associée au style cognilif du sujet. La DIC rendrait compte en
partie de la forme et de l'amplitude de la variabilité intra-
individuelle.
En effet, les sujets dépendants à l'égard du champ visuel sont
sensibles aux particularités figuratives du extéroceptif.
Sa structuration ou sa restructuration leur est parfois difficile.
Les sujets indépendants, à l'aide de références internes, structu
reront ou restructureront plus facilement le champ extéroceptif
si cela est nécessaire. On conçoit alors que des variations de situa
tions pour des tâches cognitives relativement voisines soient
moins perturbatrices pour les indépendants à l'égard du champ.
Un bon exemple de cette variabilité situationnelle est just
ement fourni par les épreuves opératoires. La réussite d'un
ensemble d'items caractéristiques du stade opératoire concret
requiert l'application ou l'attribution d'une même structure opé- Dépendance-indépendance à l'égard du champ 133
ratoire à des situations variées. Le scheme opératoire par son
activité assimilatrice est une production interne du sujet qui
est susceptible d'entrer en conflit avec les caractéristiques per
ceptives du champ externe. En conséquence, ces situations où
l'activité opératoire doit s'exercer sur des données exigeant une
structuration ou une restructuration du champ seront surtout
difficiles pour les dépendants à l'égard du champ. Les variations
de performances de ce type de sujet les conduiront à manifester,
sur un échantillon de tâches structuralement voisines, une variab
ilité particulièrement importante. Nous avions limité aux
aspects opératoires l'hypothèse d'une plus grande variabilité
intra-individuelle intertâche des dépendants (Ohlmann, 1975).
Witkin et Goodenough (1977 a) l'ont étendue à l'ensemble des
activités cognitives : « Un individu différencié (indépendant à
l'égard du champ)3 garderait un même niveau d'aptitude à res
tructurer à travers des tâches impliquant différentes modalités
sensorielles, aussi bien qu'à travers des tâches nécessitant un
matériel spatial et un matériel symbolique » (p. 5).
Dans un travail antérieur (Ohlmann, 1981), nous avons vérifié
la première partie de cette hypothèse.
La deuxième partie de l'hypothèse de Witkin et Goodenough
s'appliquerait aux activités intellectuelles en général et aux acti
vités opératoires en particulier.
Dans un premier temps, nous allons préciser la nature des
relations qu'entretiennent la DIG et les activités opératoires et
la forme de variabilité qui en découle. Ensuite, nous étudierons
quels paramètres, autres que la DIC, sont également susceptibles
d'affecter la intra-individuelle.
Parmi les activités cognitives, Piaget (1960) a fait une pre
mière distinction qui oppose les aspects figuratifs et les aspects
opératifs. Ces derniers donnent lieu à leur tour à une seconde
distinction entre opérations logico-mathématiques et opérations
infralogiques (Piaget et al., 1948). Cette double différenciation,
partiellement emboîtée, est ancienne. Si les termes choisis sont
discutables, elle a néanmoins été reprise souvent sur le plan
théorique et elle a reçu de nombreuses confirmations expériment
ales (Hornemann, 1974 ; Piaget, 1977 ; Longeot, 1978 ; Huteau,
1980 ; Lautrey, 1980).
L'opposition figuratif-opératif reflète deux pôles de la con-
3. Ajouté par nous. 134 T. Ohlmann et P. Mendelsohn
naissance. Les aspects figuratifs sont tirés du réel, ils visent à
reproduire les caractéristiques figurales, éventuellement à les
conserver. Les aspects opératifs consistent à modifier, à trans
former l'objet. Tout fonctionnement cognitif fait appel à ces
deux modalités. Il existe entre elles trois types de relations :
conflit, facilitation, ou neutralité.
Lorsque les aspects figuratifs sont perturbateurs, le sujet ne
peut s'y soustraire que par une activité structurante ou restruc
turante. Les conservations sont un exemple classique de ce type
de situation. Nous avons vu plus haut qu'il y avait une tendance
chez les sujets dépendants à adhérer aux structurations percep-
tivo-imagées que présente le champ. Ces sujets ont effectivement
des difficultés électives dans les épreuves où il existe un conflit
entre mode figuratif et mode opératif (Pascual-Leone, 1969).
On pourrait faire l'hypothèse d'une difficulté symétrique des
sujets indépendants dans les situations où les aspects figuratifs
sont facilitateurs (cf. la sériation des baguettes). Les sujets indé
pendants n'exploiteraient pas la structuration figurative à cause
de leur tendance à analyser, réorganiser.
Cette hypothèse n'est pas confirmée. Huteau et Rajchen-
bach (1978) ne trouvent pas de différence significative sur un
score de DIG entre les sujets qui échouent et ceux qui réussissent
la sériation des baguettes. Witkin et al. (1962) pensent que les
activités de restructuration perceptive des sujets indépendants
ne sont pas systématiques. Elles n'interviennent qu'en fonction
de facteurs motivationnels et/ou lorsque la situation l'exige.
La distinction entre les opérations logico-mathématiques et
les opérations infralogiques est susceptible de compléter l'analyse
précédente.
Les opérations logico-mathématiques ont pour contenu les
objets discrets alors que les opérations infralogiques s'exercent
sur un objet continu, spatio-temporel. Les opérations infralo
giques se singularisent par la nécessité d'organiser ce matériel
spatio-temporel sur lequel elles vont porter. Compte tenu de cette
caractéristique, les opérations infralogiques présenteraient un
décalage horizontal par rapport aux opérations logico-mathémat
iques (Piaget et Inhelder, 1963). Par exemple, les conservations
des quantités discrètes précèdent celles des quantités continues
(Piaget et Inhelder, 1963), la construction du nombre est cons
tituée avant celle de la mesure (Piaget et al., 1948 ; Lunzer, 1965),
les sériations multiplicatives de relations devanceraient les mul- Dépendance-indépendance à l'égard du champ 135
tiplications de relations spatiales (Piaget et Inhelder, 1948, 1959).
Nous pensons qu'au cours des opérations infralogiques, le
sujet présente une double activité probablement simultanée :
1) Structuration ou restructuration perceptive. Il y aura
structuration quand le sujet devra découper le tout en parties.
On parlera plutôt de quand une dissociation sera
exigée par la tâche.
2) Application ou attribution du scheme opératoire.
Ces processus perceptifs ne sont pas nécessairement des opé
rations. Ils rendent compte des conduites des sujets au RFT
(Rod and Frame Test) ou aux EFT (Embedded Figures Test ;
Witkin, 1950). Ces activités sont à rapprocher de celles décrites
par Thurstone (1944), flexibility of closure ou souplesse de struc
turation. Cette dernière est caractérisée par l'aptitude à s'affran
chir d'un contexte perceptif pour l'appréhender d'une autre
manière. La souplesse de structuration est un indicateur de DIC
(Witkin et al., 1962). On voit alors que par leurs caractéristiques,
les opérations infralogiques peuvent constituer pour les sujets
dépendants une source de difficultés. Deux tâches, l'une logico-
mathématique, l'autre infralogique, bien que structuralement
identiques, donneront lieu à des réussites différentes chez les
sujets dépendants.
Pour mieux cerner l'économie de la variabilité intra-indivi-
duelle des sujets dépendants et indépendants, il nous paraît utile
de combiner l'opposition figuratif-opératif avec la distinction
logico-mathématique-infralogique. Puisque les aspects figuratifs
peuvent être perturbateurs, facilitateurs ou neutres pour chacun
des deux types d'activités opératoires, on obtient six combinais
ons qui entraîneront une variabilité intra-individuelle plus ou
moins forte selon la position du sujet sur la dimension DIC.
La forme et l'amplitude de la variabilité intra-individuelle
paraissent donc a priori clairement associées au style cognitif.
Les sujets dépendants seront moins homogènes que les indépen
dants et ils auront principalement des difficultés dans les épreuves
infralogiques où les aspects figuratifs sont perturbateurs. Ceci
est compatible avec le décalage constaté entre le logico-mathé-
matique et l'infralogique au cours du développement. Les résul
tats de Huteau et Rajchenbach (1978) vont tout à fait dans ce
sens, les sujets indépendants sont plus homogènes que les
dépendants. T. Ohlmann et P. Mendelsohn 136
Mais plusieurs éléments mettent en évidence que la liaison entre
la variabilité intra-individuelle et le style cognitif est plus complexe
que prévue.
Premièrement il existerait certaines formes de variabilité
difficilement conciliables avec le modèle piagétien. Deuxième
ment, la mise en évidence de la variabilité des activités opératoires
est soumise à des contraintes méthodologiques importantes.
1) Les résultats de Lautrey (1980). — En étudiant la varia
bilité intra-individuelle, lors du passage des opérations concrètes
aux opérations formelles, sur une population de 9 à 16 ans, cet
auteur souligne que le décalage « infralogique » supérieur à
« logico-mathématique » est aussi fréquent que celui de direction
inverse. Il s'agit d'épreuves infralogiques où les aspects figuratifs
sont perturbateurs (courbes mécaniques et conservations du
volume). Lautrey en conclut : « Ceci fait douter que les aspects
figuratifs de la connaissance aient une fonction univoque »
(p. 695). En effet, la maîtrise des aspects figuratifs ne peut suffire,
à elle seule, à expliquer une avance relative de certains sujets
dans le domaine infralogique. « Tout se passe comme si une même
situation pouvait être source de facilitation pour certains sujets
et de résistance pour d'autres » (p. 695). Il est vraisemblable de
penser que ceux qui les aspects figuratifs deviennent source
de facilitation sont des sujets indépendants.
Ceci appelle deux remarques. La première concerne les rap
ports entre opérations logico-mathématiques et infralogiques, la
seconde, la variabilité intra-individuelle.
Piaget lui-même (Piaget, 1964) et d'autres auteurs ont réuni
des résultats qui conduisent à envisager, sinon une autonomie
complète de ces deux types d'opérations, du moins une indépen
dance relative (Inhelder, Sinclair et Bovet, 1974 ; Longeot, 1978 ;
Lautrey, 1980). Longeot (op. cit., p. 328) propose un modèle
factoriel compatible avec la présence de deux domaines opéra
toires et avec leur interdépendance. Un facteur général d'équili
bration rend compte des corrélations liant un facteur de groupe
des opérations infralogiques et un facteur de groupe des opéra
tions logico-mathématiques. Ce modèle admet bien trois relations
différentes selon les individus : l'infralogique peut être en avance
sur le logico-mathématique, le logico-mathématique en
sur l'infralogique, l'infralogique et le sont
au même niveau. Dépendance-indépendance à l'égard du champ 137
Si les sujets indépendants non seulement maîtrisent les per
turbations figuratives mais encore prennent une avance dans le
domaine infralogique, ils peuvent à leur tour se montrer dispersés
et présenter un profil inversé par rapport à celui des sujets
dépendants.
2) Les contraintes méthodologiques. — Envisageons tout
d'abord la sensibilité des épreuves opératoires. Certains dispos
itifs expérimentaux comportent des épreuves opératoires limi
tées au diagnostic d'un seul stade. Ainsi la sériation des baguettes
distinguera les sujets sériants des non sériants. Ceux-ci sont
effectivement préopératoires, mais ceux-là sont au moins opérat
oires concrets, certains d'entre eux sont peut-être préformels.
L'étude spécifique de la variabilité intra-individuelle requiert des
épreuves qui recouvrent l'ensemble du développement opératoire
pour situer sans ambiguïté un sujet dans la suite des stades. Sans
cette précaution, des effets « plafond » seront responsables d'une
pseudo-homogénéité.
L'âge constitue également un paramètre important de la
variabilité intra-individuelle. Piaget (1956) a distingué une phase
de préparation et une phase d'achèvement des stades. En
de préparation, les sujets ne réussissent qu'une partie d'un
ensemble d'épreuves, cependant de structure identique. En phase
d'achèvement les structures opératoires du sujet fonctionnent
sur la quasi-totalité des tâches présentées. En conséquence, la
variabilité intra-individuelle sera plus importante en phase de
préparation qu'en phase d'achèvement.
S'il n'y a aucune raison de soupçonner une différence de déve
loppement entre sujets dépendants et indépendants sur les opé
rations logico-mathématiques, nous avons vu que pour les
épreuves infralogiques, surtout celles où prédominent des per
turbations figuratives, il pourrait exister une supériorité des
sujets indépendants. En conséquence, les sujets indépendants
peuvent présenter une avance globale par rapport aux dépend
ants. A un âge donné, ceux-ci seront en phase de préparation
alors que ceux-là seront en phase d'achèvement. Notons qu'un
peu plus tard, c'est l'inverse qui peut se produire.
En conséquence, il existe une interaction entre le style cognitif,
la sensibilité et la nature des épreuves retenues et l'âge des sujets. 138 7\ Ohlmann et P. Mendelsohn
Dans l'expérience qui suit, nous voulons spécifiquement étu
dier la dispersion intra-individuelle. Pour éviter les effets de
plafond et de plancher dus à l'âge, nous avons décidé de travailler,
dans un premier temps, avec des enfants de 9 ans 6 mois. Cet âge
correspond à la période d'achèvement des opérations concrètes
pour l'ensemble des sujets et à la période de préparation du stade
formel pour ceux qui sont en avance. Nous considérons qu'à
9 ans 6 mois, le stade attendu ou stade canonique est le stade
concret.
Nous avons retenu quatre épreuves opératoires tirées de
l'échelle de la pensée logique de Longeot (1974) :
1) Conservation du poids, conservation du volume et dissociation
poids/volume ;
2) Courbes mécaniques ;
3) Quantification des probabilités ;
4) Permutations.
L'étude spécifique de la variabilité intra-individuelle nous
impose trois contraintes dans le choix des épreuves opératoires.
1) Afin que la dispersion intra-individuelle puisse s'exprimer
pleinement, il faut que chaque épreuve permette de repérer les
principales structures du développement : stades préopératoire,
opératoire concret, préformel et formel.
2) II faut s'assurer que ce qui est défini, par exemple, comme
« stade concret » dans une épreuve le soit également dans une
autre. Une analyse hiérarchique inter-épreuve était donc néces
saire et sur les épreuves choisies elle a été pratiquée antérieur
ement (Longeot, 1974).
3) Enfin ces épreuves doivent constituer un échantillon des
différentes activités décrites par la théorie opératoire.
Il existe très peu d'épreuves opératoires qui répondent aux
deux premiers points. Ainsi, quelle épreuve infralogique, à l'e
xception des courbes mécaniques, couvre l'intégralité du dévelop
pement opératoire ? Le choix des épreuves présentant des qualités
métrologiques satisfaisantes est si restreint qu'Huteau (1978,
1980), Lautrey (1980) et nous-mêmes, avons eu recours aux
mêmes. Dépendance-indépendance à l'égard du champ 139
Courbes mécaniques et conservations sont deux épreuves
infralogiques où les aspects figuratifs sont perturbateurs. Une
distinction existe néanmoins entre ces deux épreuves. Les courbes
mécaniques font appel à un facteur spatial marqué (images
cinétiques anticipatrices) alors que pour les conservations ce
sont les aspects perceptifs qui prédominent. Les quantifications
de probabilité et les permutations sont deux épreuves logico-
mathématiques qui couvrent tout le développement opératoire.
Qu'elles fassent appel de surcroît au groupe INRC ou à la combi-
natoire n'intervient pas directement dans notre problématique.
A partir de ces quatre épreuves, chaque sujet se voit attribuer
cinq notations :
• Son stade global ou modal. — Conformément au principe
décrit dans l'échelle de la pensée logique, le stade est acquis
lorsque au moins la moitié des items de ce stade est réussie. Affecter
un stade global au sujet paraît être en contradiction avec la
notion de variabilité intra-individuelle. En fait, il s'agit ici d'un
moyen de repérage des performances du sujet. Par exemple, dire
d'un sujet qu'il est « formel » ne signifie pas qu'il fonctionne dans
tous les domaines avec ces opérations mais a pu les mettre
en œuvre dans au moins la moitié des items formels. On voit alors
que tous les sujets d'un même stade présentent des caractéris
tiques communes. Cette position apparaît comme un compromis
entre le rejet total de la notion de stade (et corrélativement du
facteur général d'intelligence) et la croyance en des structures
universelles.
• Son stade par épreuve. — Là aussi, si plusieurs items repré
sentent un même stade, ce dernier est acquis avec au moins la
moitié de ses items réussis.
Que faut-il entendre par dispersion intra-individuelle ? On
sait que les sujets qui sont au même stade de développement
sur plusieurs épreuves opératoires sont minoritaires. Sur l'échant
illon qui a servi à étalonner l'échelle de la pensée logique
(Longeot, 1967) et pour 5 épreuves opératoires, 16 % seulement
des enfants se trouvent au même stade, 46 % présentent un
stade d'écart, 38 % un écart de plus d'un stade. Remarquons
qu'une dispersion d'un stade est normale chez un sujet en cours
de développement. L'accès au stade supérieur ne peut se faire
simultanément dans tous les domaines. Chaque sujet est suscept
ible d'avoir un patron spécifique d'accès au stade supérieur. En

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