Variations spontanées de l'activité musculaire et analyse du comportement - article ; n°1 ; vol.60, pg 49-70

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L'année psychologique - Année 1960 - Volume 60 - Numéro 1 - Pages 49-70
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1960
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Geneviève Oléron
Variations spontanées de l'activité musculaire et analyse du
comportement
In: L'année psychologique. 1960 vol. 60, n°1. pp. 49-70.
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Oléron Geneviève. Variations spontanées de l'activité musculaire et analyse du comportement. In: L'année psychologique. 1960
vol. 60, n°1. pp. 49-70.
doi : 10.3406/psy.1960.6756
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1960_num_60_1_6756VARIATIONS SPONTANÉES
DE L'ACTIVITÉ MUSCULAIRE
ET ANALYSE DU COMPORTEMENT
par Geneviève Oléron1
L'activité musculaire peut être fidèlement enregistrée grâce aux
techniques électromyographiques. Cette activité dépend d'un état de
tension du muscle dû à une activation des centres, au maintien de la
posture, et à l'activité musculaire spécifique de la tâche effectuée par
l'individu.
Cependant, comme le dit Paillard (44), « les conceptions dualistes
de la physiologie classique ont longtemps opposé les aspects toniques de
l'activité musculaire soutenue et les manifestations classiques de la
contraction brève du muscle. Les données de l'expérience s'accommod
aient mal de cette dichotomie un peu rigide. Elles se satisfont certa
inement davantage de la notion d'une activité constamment présente,
préparant, accompagnant, modulant l'activité motrice et conditionnant
l'émergence des actes spécifiques harmonieusement coordonnés qui
caractérisent le comportement adapté des organismes supérieurs ».
Meyer (41) exclut également la dualité des manifestations motrices
au niveau de l'effecteur. Cependant, il convient de distinguer les deux
origines du développement de l'activité musculaire. Il y aurait d'une
part une activité de base qui correspondrait au « tonus musculaire »
— ou tonus postural de Wallon (53) et de Freeman (31) — et d'autre
part une activité spécifique orientée vers l'exécution d'une tâche. Il
faut sans doute toujours considérer qu'il y a interaction entre ces deux
mécanismes de régulation. Cette interaction donne une certaine résul
tante d'activité musculaire au niveau de l'effecteur unique, le muscle.
Il faut appliquer à ces interactions continuelles ce que Sherrington pro
pose comme explication au tonus du muscle : « le tonus du muscle sque-
lettique, dont la signification fonctionnelle est celle d'une activité pos-
turale, est, comme la pression artérielle, une résultante. C'est la somme,
sans cesse fluctuante, d'innombrables réflexes continus, silencieux et
latents, pour la plupart proprioceptifs, harmonieusement coordonnés,
et actionnant tous le même appareil nerveux central — le centre moteur
du muscle — par le mécanisme de la sommation d'influx nerveux »
[cité par Paillard (44)].
1. Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée, Sorbonne.
A. PSVCHOL. 60 4 50 REVUES CRITIQUES
Fessard (25) a montré la complexité des mécanismes neurophysiol
ogiques de la régulation de l'activité motrice et le rôle des propriocep-
teurs. Ces récents travaux mettent en évidence les nombreux détermi
nants de l'adaptation fonctionnelle.
Plusieurs revues des travaux qui se rapportent au rôle de l'influence
du niveau général de la tension musculaire induite sur l'activité motrice
simultanée, de Bills (5), Courts (8) et Meyer (42), signalent l'importance
du problème et toutes les difficultés que soulèvent les approches expéri
mentales des hypothèses explicatives.
Bills (5), en 1927, distinguait l'existence d'une tension musculaire
et d'une autre tension émotionnelle. La première serait facilitatrice et
la seconde inhibitrice. Courts présente les hypothèses de Robinson,
selon lesquelles : 1° Une tension musculaire imposée par l'intermédiaire
d'un dynamomètre serait à l'origine d'une stabilisation des stimulations
proprioceptives ; 2° La stimulation proprioceptive issue de la tâche
apporterait de son côté un accroissement général de la tension, d'où un
état de préparation à la périphérie, qui permettrait d'agir plus rap
idement ; 3° L'accroissement des stimulations proprioceptives élèverait
le niveau d'excitation du cortex et accroîtrait par là même la rapidité
et la précision des réponses.
Et Courts, en 1942, de conclure que ces deux dernières propositions
ne sont pas démontrées. Nous verrons, à partir des expériences exposées
ultérieurement, certaines vérifications de ces hypothèses.
Freeman (31), avait émis des idées très comparables, en y ajoutant
des principes complémentaires : 1° Selon les niveaux d'activité impliqués
dans la tâche les seuils d'excitabilité seraient différents ; 2° L'excitation
du système musculaire provoquerait au delà d'un certain niveau une
inhibition.
C'est dans cette même perspective que Hebb (35), en relation avec
les découvertes neurophysiologiques récentes des propriétés activatrice
et inhibitrice de centres sous-corticaux propose l'existence d'une tension
optimum qui faciliterait la tâche.
Les connaissances actuelles sont unanimes pour affirmer l'existence
d'une tension musculaire de base, correspondant à la tension psycholo
gique, qui faciliterait ou inhiberait un comportement bien différencié
exigé pour l'exécution d'une tâche. Cependant, il reste à mettre clair
ement en évidence les mécanismes d'interaction d'activités musculaires
spécifiques et de cette activité musculaire généralisée.
Un problème intervient qui est lié au précédent : c'est l'interaction
de deux systèmes de réponses. Meyer (42) définit de la façon suivante
les lois qui doivent commander ces interactions : 1° L'interaction des
réponses musculaires varie avec l'amplitude de celles-ci ; 2° L'interac
tion varie avec la proximité des deux systèmes de réponses, la simulta
néité de leur fonctionnement.
Ces interactions dépendent du mode de diffusion dans l'organisme
de la tension musculaire qui a une origine bien déterminée due à la OLÉRON. ACTIVITÉ MUSCULAIRE 51 G.
réponse motrice. Davis (11, 17), Gregg et Jarrard (34), ont étudié à l'aide
de l'électromyographie ces structures d'activité en relation avec une
tâche. Ces quelques études montrent l'importance d'une connaissance
claire de la topographie des syncinésies motrices.
Il faut rappeler également le rôle déterminant de la posture dans
la diffusion de l'activité motrice induite, comme l'ont montré Fraisse (P.),
Oléron (G.) et Paillard (J.), (30) dans une étude sur les effets dynamo-
géniques de la musique.
Avant de formuler quelques remarques sur la complexité des régu
lations de l'activité motrice, il paraît important de souligner, comme le
fait Meyer (42), la limitation des propriétés intégratives du système
moteur. Cette limitation entraîne également celle de l'évocation possible
d'une réponse motrice complexe qui ne peut pas être déclenchée par
un excès de tension musculaire induite. L'excitation du cortex n'a permis
d'obtenir que des mouvements de déplacement, d'extension ou de flexion
jamais un mouvement d'adresse.
Les travaux dont nous allons présenter les résultats essaient, d'une
part de préciser le développement de l'activité musculaire qui devient
ou non mouvement, et d'autre part de la dissocier de l'état de tension
musculaire généralisée qui est dépendant de la situation. Les auteurs se
proposent — ■ et ceci paraît assez nouveau — de préciser certains compor
tements par l'analyse des réponses motrices implicites qui précèdent le
mouvement, et qui seraient des indicateurs objectifs de déterminants
psychologiques.
Dans cette perspective d'exploration analytique, nous présentons
successivement les travaux qui se rapportent à l'étude :
1° De l'activité musculaire induite par la réception de stimuli
simples ;
2° De l'activité préparatoire sur le temps de réponse à des
stimulations simples, ainsi que la possibilité du conditionnement de cette
activité ;
3° De l'interaction des activités musculaires de deux systèmes de
réponses dans des épreuves de discrimination et de réactions complexes,
ainsi que l'étude du transfert ;
4° A ces études, nous rattachons celles du groupe de chercheurs qui,
à partir des théories de Hebb ont, à la suite de Malmo, recherché les
modifications du niveau de tension dans des épreuves complexes.
Dans toutes les expériences examinées, nous nous sommes intéressés
aux manifestations spontanées de l'activité motrice en relation avec la
tâche déterminée et aux interactions de différentes réponses motrices qui
se trouvent évoquées spontanément par la tâche.
I. — Réception passive des stimulations
Dans toute situation, l'individu est soumis à un nombre plus ou
moins élevé de stimulations. Certaines maintiennent un certain état
d'éveil, d'autres plus spécifiques déterminent des réponses adaptées. 52 REVUES CRITIQUES
On peut cependant se demander si toute stimulation élémentaire
n'entraîne pas des réponses motrices implicites, non conscientes chez
l'individu, qui seraient en dépendance étroite avec le niveau d'activité
centrale ou de tension psychologique.
1° Étude des réactions
Davis (R. C.) (14), est l'un des premiers à mettre en évidence, grâce à
l'électromyographie, l'existence de réactions motrices au niveau du
muscle, chez un sujet totalement passif et relaxé, lorsqu'il entend un son
fort de 90 ou 100 db et de 500 cps. L'analyse des réponses musculaires des
muscles extenseurs de la main permet de distinguer une double réponse :
1° Une réponse dite « réflexe » a) comparable au « startle » qui apparaît
0,1 s après l'établissement du son ;
2° Une réponse b) qui apparaît lentement pour atteindre un maximum
au bout de 1 seconde.
La première réponse s'éteint très rapidement, la seconde progress
ivement. Ces réponses motrices apparaissent aussi lorsque le sujet n'est
pas en état de relaxation totale. Dans ce cas, l'intensité des réponses a)
et b) varie en fonction de cet état préalable. La réponse a) varie plus
que la réponse b) d'après Davis.
C'est en se référant à l'existence de cette tension préalable, momen
tanément non réductible chez les malades mentaux, que Malmo (R. B.),
Shagass (C.) et Davis (J. F.) (39), entreprennent une étude avec la
technique de Davis. Ils ne trouvent pas de différence entre les réponses
réflexes du type a) des malades mentaux et celles des sujets normaux ;
cependant ils constatent qu'une « post-réponse » analogue à la réponse b ) de
Davis est plus importante chez les malades mentaux que chez les sujets
normaux. Cette post-réponse apparaît comme une augmentation de
potentiel d'action (P.A.) à partir de 0,3 s chez les malades. Par contre,
chez les sujets normaux, les P. A. disparaissent. Dans les conditions de
cette expérience, cette post-réponse est plus forte que la réponse a)
chez les malades. La différence constatée entre ces derniers et les indi
vidus normaux pourrait être due à l'état de tension permanent des
malades.
Davis (J. F.), et ses collaborateurs (22) se demandent s'ils ne suppri
meraient pas cette réponse b) en utilisant un bruit blanc plus faible et plus
bref : 0,125 s au lieu de 2 s. Dans ces conditions, les malades mentaux
présentent des réactions a) et b) différentes de celles des sujets normaux,
d'après l'activité motrice des extenseurs des avant-bras. Chez les nor
maux, on ne peut en moyenne distinguer la réponse b). Les réponses
des malades sont plus intenses que celles des sujets normaux. Celles des
schizophrènes sont les plus fortes.
On peut donc émettre l'hypothèse que l'état de tension préalable
des malades augmente bien, comme nous l'avons vu déjà, l'intensité des
réponses a) et b) qui se distinguent. Par contre, chez les indivi- OLÉRON. ACTIVITÉ MUSCULAIRE 53 G.
dus normaux, l'intensité du stimulus en relation avec sa durée n'est
pas suffisante pour faire apparaître nettement une dissociation des
réponses a) et b).
Il y a peu d'études sur cette influence de l'intensité du son sur la
structure même des réponses musculaires a) et b).
Van Lierre (51), montre qu'un son bref et très fort (coup de fusil)
provoque des réponses a) et b) très intenses.
Davis (20) étudie systématiquement les effets de 3 sons de 1 000 cps
et de 120, 90, 70 db (durée 2 s). L'étude des P.A. des avant-bras droit
et gauche montre que ceux-ci sont beaucoup plus élevés pour le son
de 120 db que pour les sons de 90 et 70 db, pour lesquels les P.A. ont
presque même amplitude. La réponse a) se différencie mieux que la
réponse b) en fonction des deux niveaux d'intensité 120 db d'une part
et de 90 et 70 db d'autre part.
Dans une autre étude, Davis (15) recherche s'il est encore possible
de constater l'existence de réponses motrices lorsque le sujet est attentif,
et que les sons ont une intensité voisine de celle du seuil ± 10 db. Le
sujet au cours de cette expérience doit prévenir s'il a entendu un son.
On lui fait entendre des sons à raison de 1 à la minute environ. Davis
constate dans les extenseurs des avant-bras des réponses motrices, mais
où il est impossible de distinguer les réponses a) des réponses b). Ces
faits sont à rapprocher des résultats de Malmo. D'autre part, ces réponses
musculaires apparaissent d'autant plus fréquemment que les sons ont
été dits entendus par le sujet.
1° II apparaît, en conclusion, que l'intensité du stimulus sonore
ainsi que sa durée semblent modifier la nature des réponses musculaires
qu'elles induisent. On peut se demander s'il n'existe pas une relation
entre le produit : durée x intensité du stimulus, et l'amplitude des
réponses ;
2° L'amplitude et la structure des réponses musculaires dépendent
également du niveau d'activation ou de tension préalable à la stimulation.
2° Étude de l'adaptation des réponses musculaires
S'il est plausible que des stimulations inopinées provoquent des
réactions motrices, même ignorées du sujet, on peut se demander quel
sera l'effet de la répétition. Est-ce 1' « imprévu » de la stimulation qui est
à l'origine de la réaction de l'organisme ? Y a-t-il adaptation aux stimul
ations sonores ?
Davis (J. F.) et ses collaborateurs (22), ont étudié cette adaptation
chez les malades et les individus normaux avec un bruit blanc de durée
0,125 s. Ils trouvent une adaptation chez les sujets normaux ainsi que
chez les malades. L'adaptation a lieu dès la deuxième ou la troisième
répétition chez les normaux ; elle est plus lente chez les malades : chez
ceux-ci, l'adaptation est plus rapide pour la réponse motrice de type b)
post-réponse (4 répétitions en moyenne), que pour la réponse réflexe du
type a) (9 répétitions). 54 REVUES CRITIQUES
Ces résultats sont en accord avec ceux de Davis (R. C.) et Van
Lierre (21), pour l'adaptation au coup de fusil.
Mais ces résultats ne sont pas tout à fait en accord avec ceux de
Davis (R. C.) (20). Ce dernier constate que la répétition tend à diminuer
l'amplitude de la réponse réflexe a) tandis que la réponse b) présente
une moindre adaptation. Il s'agit des réactions musculaires aux répéti
tions successives des sons de 120, 90 et 70 db de 1 000 cps et de 2 s. Dans
ce cas le son est plus long.
Par la suite, Davis (R. C.) a entrepris (18) une étude systématique
de la répétition de bruits blancs de 100, 110, 115 et 117 db d'une durée
de 2 s, présentés au hasard à 1 minute d'intervalle. A la 4e répétition
des stimuli, l'activité musculaire induite est réduite de 12 %. D'autre
part, une certaine activité de base qui se développe au début,
avant l'apparition du stimulus décroît également.
Le caractère adaptatif de ces réponses musculaires aux stimulations
sonores est important ; il montre que l'organisme normal tend à maint
enir, lorsqu'il est en situation passive de réception, une certaine stabilité,
et qu'il devient insensible à des stimulations initialement actives qui
ne sont pas renforcées.
Cet éveil de réactions motrices peut permettre d'expliquer la dyna
mogénie de stimuli sonores simples ou complexes, comme la musique.
Cf. Fraisse, Oléron et Paillard (30). Dans ce cas la variété des modalités
de la stimulation sonore s'oppose à l'adaptation.
Dans notre recherche des travaux relatant l'influence des stimuli
élémentaires, nous n'avons pas trouvé d'études relatant l'effet de stimu
lations visuelles.
Par contre, Davis, Buchwald, Franckmann (20), étudient l'effet de
stimulations tactiles non nociceptives : sensation de froid, de pression
(775 à 825 g pour 3 mm2 de surface), de piqûre (aiguille de phonographe
appuyée avec une pression de 350 g à 360 g), le chatouillement d'une
plume. Ces stimulations provoquent des réactions musculaires de l'avant-
bras non touché. Les réactions dépendent du niveau d'activité musculaire
qui existe avant l'apparition des stimuli.
II. — L'activité musculaire et le temps de réaction :
SON CONDITIONNEMENT
Nous venons de constater que la réception passive de stimulations
s'accompagne d'une activité musculaire qui est une réponse de l'orga
nisme. On peut se demander si, dans des situations simples de réponse
à une stimulation, on ne trouverait pas des manifestations similaires
d'activité musculaire induite.
Une différence essentielle intervient dans ce cas. Le sujet est actif
et orienté vers une tâche. Cette modification de l'attitude du sujet
vis-à-vis de sa réceptivité des stimulations est déterminante, nous 0LÉR0N. — ^ ACTIVITÉ MUSCULAIRE 55 0.
semble-t-il. C'est en raison de cette attitude d'attente réceptive, prise
par les sujets lors de notre expérience sur les effets dynamogéniques
de la musique, que nous avons pu constater au cours de l'épreuve une
levée de ce que nous avons appelé « inhibition ». Ce phénomène est
accompagné d'une augmentation de l'activité musculaire. Cf. Fraisse,
Oléron et Paillard (30).
Les résultats des expériences que nous relatons se rapportent tout
particulièrement à l'activité motrice qui apparaît avant même l'ébauche
de la réponse. Elle serait une sorte de préparation spontanée de l'orga
nisme à la réponse. Cet état serait la base physiologique de l'attitude
du « set » — être prêt à — qui s'établit au cours d'un apprentissage.
1° L'activité musculaire « préparatoire » : son établissement
Davis (14), en utilisant une situation de temps de réaction simple
étudie des manifestations des P.A. dans l'avant-bras du sujet à diffé
rents moments : avant le signal de préparation (période de référence) }
pendant ce signal et pendant l'intervalle qui sépare ce signal de prépa
ration du de réponse. Cet intervalle de préparation peut varier
de quelques es à 4 s. Or, Davis constate : a) Qu'une activité musculaire
se développe au cours des temps de réaction successifs et pendant cet
intervalle de préparation. Cette activité se développe principalement
dans les muscles agonistes. Elle est plus forte à la fin de l'intervalle
qu'au début ; b) Que le temps de réaction est une fonction inverse de
l'activité musculaire développée dans la période préparatoire ; c) Que
cette activité musculaire, ou tension préparatoire, apparaît de 0,2 à
0,4 s après le signal de préparation ; d) Que, plus l'intervalle est régulier,
plus la tension est élevée, et plus le temps de réaction est court. Ce dernier
résultat est important, car il montre bien que s'établit une certaine habi
tude d'autant plus stable que la structure temporelle de la situation
l'est elle-même. On peut parler, comme nous le verrons, d'un « condition
nement ». Or un conditionnement s'établit d'autant mieux que les
intervalles entre les stimuli conditionnés et inconditionnés sont stables.
Cependant, un débat est intervenu à propos de l'existence de P.A.
dans les muscles qui ne sont pas directement intéressés à la réponse,
entre Meyer (41) et Daniel (9). Meyer conteste l'apparition de ces P.A.
tout comme il conteste le rôle que Davis leur attribue, celui d'être des
indicateurs d'un « set » de préparation. Pour Meyer, les potentiels
d'action ainsi évoqués dépendent de variables incontrôlées. Meyer n'a
trouvé au cours d'une expérience aucune relation entre l'existence de
ces potentiels d'action et la vitesse du temps de réaction. Daniel a
contesté la technique de Meyer qui enregistre ces potentiels sur la jambe
contralatérale par rapport à la main qui répond.
Henderson (36), reprend ce travail. Pendant six jours, en plaçant des
électrodes sur l'avant-bras gauche inactif, il enregistre 100 temps de réac
tion. Il s'agit d'un temps de réaction visuel. Le sujet, après avoir reçu un 56 REVUES CRITIQUES
signal de préparation, doit interrompre la stimulation dès qu'elle apparaît.
Le signal préparatoire est donné de 2 à 4 s avant le stimulus. L'enregi
strement des P.A. a lieu 0,1 s avant la réponse et 0,2 après la réponse,
sur le bras inactif. Henderson constate que les P.A. décroissent au cours
des quatre premiers jours, tandis que le temps de réaction décroît égal
ement (il est vraisemblable que les P.A. du bras actif augmentent). Par
contre, au 5e jour et au 6e jour, les croissent à nouveau, alors que le
temps de réaction a atteint la limite inférieure. Cet accroissement des P.A.
est interprété par Henderson comme une modification du comportement
des sujets. Les sujets connaissent, après chaque séance, leurs résultats.
Gomme ils ont atteint au 4e jour la limite de leur performance, c'est la
nouvelle attitude créée par cet arrêt de leur progrès en rapidité de
réponse qui serait à l'origine de l'accroissement des P.A. Il serait en
relation avec un accroissement de l'activité en général.
Ces résultats — une diminution de potentiel d'action dans le bras
inactif et une augmentation dans le bras actif — sont conformes à ceux
trouvés par Livingstone (38), dans une épreuve de temps de réaction
visuel.
Miller (43), étudie l'attitude de préparation dans une situation de
réaction de choix. Il recherche comment va s'établir cette manifestation
des P.A. évoqués pendant les périodes préparatoires aux stimuli de
réponse. Dans ce cas, les deux bras sont actifs. Pour rendre l'expérience
plus démonstrative, Miller utilise un temps de réaction retardé. Un
premier signal sonore indique au sujet s'il doit répondre avec la main
droite (1 900 cps), ou avec la main gauche, signal sonore de 700 cps.
Le signal de réponse est le même (300 cps), pour les deux mains. Miller
analyse l'amplitude des P.A. pendant l'intervalle entre le signal de
préparation et le signal de réponse. Tout d'abord, il y a une augmentation
des P.A., analogue dans les deux bras. Cette réponse serait comparable
à la réponse-réflexe a) de Davis ; puis au cours de l'intervalle, le bras qui
doit répondre présente une activité musculaire plus grande que celle
manifestée dans l'autre bras. On constate également dans les deux bras
une activité résiduelle après la réponse, analogue à celle qui est constatée
dans le membre actif, dans le cas du temps de réaction simple.
De l'ensemble de ces résultats, il apparaît que la manifestation des
P.A. dans les membres actifs et inactifs est en étroite relation avec
l'attitude du sujet. Or cette attitude varie. Il semble même qu'il faille
renverser la proposition et dire que la manifestation des P.A. est un bon
indice des changements d'attitude conscients ou inconscients des indi
vidus au cours d'un entraînement. On constate : 1° L'établissement
d'une attitude préparatoire à la réponse ; 2° Un accroissement progressif
de l'activité de réponse qui se traduit même par une activité résiduelle.
Nous reviendrons sur ce point.
D'autre part, Henderson met en évidence une attitude particulière
ou réaction à l'échec, que nous retrouverons dans des tâches plus
complexes (36). OLÉRON. — ACTIVITÉ MUSCULAIRE 57 G.
2° Conditionnement de Vaclivitè musculaire induite
Nous avons déjà indiqué que le conditionnement des réactions
musculaires spontanées permettrait d'en mieux préciser la fonction par
rapport à l'activité considérée. Les expériences suivantes confirment par
des faits l'existence de ce conditionnement mis en évidence par Hil
den (37). Van Lierre (51), vérifie le des potentiels d'ac
tion qui se manifestent en dehors de toute activité motrice volontaire
du sujet. Pour cela, il enregistre l'activité musculaire des masseters
droit et gauche. Les sujets sont totalement passifs pendant toute
l'expérience. 48 sujets constituent les deux groupes, expérimental et
contrôle. Le stimulus conditionné G. S. est un son de 850 cps, de 1,7 s
et de 43 db ; le inconditionné U.C. S. est de 1 000 cps, de 70 db
et d'une durée de 2 s. L'intervalle qui sépare le C.S. de l'U.G.S. est de 4 es.
Le groupe expérimental a 25 essais au cours desquels on lui présente les
deux sons sauf pour les essais 1, 5, 10, 16 et pour les cinq derniers essais
des 25 (phase d'extinction). Le groupe-contrôle ne reçoit que le stimulus
conditionné, G. S., pendant les 25 essais (même condition expérimentale
que pour l'autre groupe aux essais témoins précités.)
La comparaison des quantités de P.A., évoqués au cours de ces essais,
chez les sujets du groupe expérimental et ceux du groupe-contrôle,
met en évidence le conditionnement. Les P.A. évoqués avant l'appa
rition du stimulus inconditionnel chez les sujets du groupe expérimental
apparaissent en l'absence de ce dernier. Il n'y a aucune manifestation
analogue chez les sujets du groupe-contrôle. Au moment de l'extinction,
il y a même une augmentation des réponses conditionnées. L'auteur
souligne que cette modalité de conditionnement pourrait être l'interméd
iaire entre le conditionnement sensoriel et le conditionnement de réponse.
Fink (26), confirme ces résultats par une nouvelle expérience basée
sur la manifestation des P.A. pendant la période préparatoire du temps
de réaction. Dans cette expérience, le signal de préparation est donné au
sujet sans que l'expérimentateur lui en indique la signification. Le signal
de réponse sonore « fort » vient ensuite, et le sujet doit y répondre le plus
vite possible avec la main droite. Au cours de la série des essais, l'expé
rimentateur supprime le signal-réponse, et donne seulement le signal
de préparation. Ce dernier provoque une manifestation des P.A. au
cours de la période qui, normalement, précédait le signal-réponse. Ces
P.A. se sont manifestés en amplitude croissante au début de l'entraîne
ment. Ils s'évanouissent avec les essais d'extinction.
Reprenant la même épreuve, Fink (27), précise ces résultats en
comparant l'activité musculaire induite dans le cas où le condition
nement s'établit par transfert bilatéral. Il enregistre l'activité des exten
seurs des deux avant-bras gauche et droit. La main droite doit répondre
à un son de 1 400 cps qui est précédé d'un signal préparatoire présenté
comme tel au sujet, de 1 200 cps. Ges deux sons ont 70 db. La main
gauche répond à un autre son de 700 cps, et celui-ci est précédé d'un

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