Vers une nouvelle théorie de la personnalité - article ; n°1 ; vol.54, pg 123-137

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L'année psychologique - Année 1954 - Volume 54 - Numéro 1 - Pages 123-137
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1954
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G. de Montmollin
Vers une nouvelle théorie de la personnalité
In: L'année psychologique. 1954 vol. 54, n°1. pp. 123-137.
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de Montmollin G. Vers une nouvelle théorie de la personnalité. In: L'année psychologique. 1954 vol. 54, n°1. pp. 123-137.
doi : 10.3406/psy.1954.30164
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1954_num_54_1_30164VERS UNE NOUVELLE THÉORIE DE LA PERSONNALITÉ ?
par Germaine de Montmollin
Un certain nombre d'auteurs, venus des divers horizons de la psychol
ogie, et qui ont depuis quelques années redonné intérêt et mouvement
aux recherches concernant la personnalité, se sont proposé de définir les
exigences et les grandes lignes d'une théorie de la personnalité. Le temps
de la synthèse est venu pour tout un ensemble de recherches empiriques
qui doivent maintenant déboucher sur une théorie de la personnalité ;
cependant, en aucune façon cette théorie ne doit se conformer au modèle
des explications existant actuellement en psychologie, à qui on peut
justement reprocher leur atomisme fonctionnel : la personnalité est, en
effet, un schéma unitaire de comportements, qui ne peuvent pas être
séparés opérationnellement comme la perception ou l'apprentissage.
Pour des raisons méthodologiques, on a conçu jusqu'alors des théories
en « petits paquets », comme si la personne était constituée de sous-
systèmes variés : penser, percevoir, apprendre... avec leurs lois parti
culières et leurs théoriciens particuliers : behavioristes, gestaltistes,
associationnistes, fonctionnalistes. Les « spécialistes » de la personnalité
n'ont pas résolu le problème essentiel : ils ont bien mis l'accent sur le
« style » particulier de chaque individu, mais en reprenant les rubriques
courantes, ils n'ont fait qu'ajouter un sous-système particulier, qui
présente la contradiction interne d'être le « de l'homme
total ». L'exigence de synthèse et d'unification des concepts qui se manif
este actuellement, apparaissait déjà dans la conception plus fonction-
naliste des « traits » de personnalité ; ceux-ci, considérés comme des ten
dances, des dispositions qui influenceraient les comportements cognitifs,
perceptifs, conatifs, demeurent néanmoins descriptifs, loin d'apparaître
comme l'explication de ces spécificités fonctionnelles qui sont en relation
systématique avec l'ensemble du comportement ; improductive du point
de vue de l'explication, la conception des traits introduit, en outre, des
pseudoproblèmes comme celui de l'influence de la personnalité sur les
fonctions de motivation ou de connaissance, dont le caractère séparatiste
et atomiste est évident. Un changement d'orientation est nécessaire :
la personnalité doit être conçue non comme une zone indépendante avec
sa structure propre et rigoureusement autonome, mais comme réellement
impliquée dans les données de tous les domaines de comportement de la
personne : cette orientation théorique devra se refléter dans de nouvelles 124 REVUES CRITIQUES
perspectives expérimentales. Une théorie adéquate de la personnalité
doit être une théorie du comportement total et toutes les théories du
comportement doivent être des théories de la personnalité : il s'agit de
rechercher les principes plus généraux de régulation qui déterminent les
réponses d'une personne et rendent compte des différences individuelles
parmi les hommes.
Or, quelles conceptions théoriques ont, jusqu'ici, figuré au chapitre
de la personnalité ? L'étude inductive de la personnalité qui consiste à
établir des corrélations entre différents traits, ce qui fait apparaître
certaines organisations stables dans une personne, a été illustrée par le
schéma de Witkin : les différences individuelles stables qui apparaissent
dans des comportements simples et qui se retrouvent dans des réponses
adaptatives à des problèmes ou à des situations différentes, peuvent
être considérées comme engendrées par des traits centraux, et comme
des manifestations génotypiques de lois plus générales de personnalité ;
mais les corrélations qui établissent l'existence de certaines constantes
internes, tout en démontrant l'urgente nécessité d'une théorie, ne la font
pas avancer, parce qu'elles-mêmes ont besoin d'être expliquées et qu'elles
reposent le plus souvent sur des concepts cliniques périmés. L'approche
inter actionniste, tout en maintenant la séparation entre les processus de
l'apprentissage, de la perception, du sentiment, a postulé cependant leur
étroite interaction, comme origine du dynamisme de la personne : mais
elle n'est pas parvenue à en définir la nature, les conditions ni les compos
antes, et elle n'apporte aucune lumière sur les différences individuelles.
Reprenant les termes d'une définition behavioriste de la personnalité,
mais en s'opposant au schéma sursimplifié du behaviorisme classique,
d'autres psychologues ont distingué entre des facteurs autochtones qui
seraient en coordination avec le stimulus objectif et des facteurs de
comportement qui seraient en coordination avec la personnalité. Outre
les défauts déjà reconnus aux autres méthodes, cette approche repose sur
une séparation confuse entre stimuli internes et stimuli externes ; un
stimulus ne deviendrait agissant qu'en s'intégrant à la condition stimu
lante interne : un stimulus peut parfois jouer et quelquefois ne pas jouer,
selon qu'agissent les processus de contrôle interne du sujet. Ce serait là
l'importante contribution critique de la psychologie psychanalytique ou
projective ; après celle-ci, il devient impossible d'établir des lois générales
de la personnalité individuelle en termes de stimuli objectifs : le sujet est
poussé à répondre, non pas par la force contraignante propre au stimulus,
mais par celle du système répondant total ; et ce changement de pers
pective amène à focaliser les lois du comportement sur les conditions
du contrôle interne ; la signification d'un stimulus est dans la réponse à ce
stimulus. Mais peut-on définir psychologiquement un stimulus, comme
l'exigerait cette conception, c'est-à-dire donner la signification qu'il a
pour le sujet ? Il n'y a, semble-t-il, qu'une seule façon d'aborder le pro
blème de la définition du stimulus : en restreindre soigneusement la
signification à son sens original de stimulus objectif, défini physiquement. DE MONTMOLL1N. THEORIE DE LA PERSONNALITÉ 125 G.
La distinction entre facteurs autochtones et facteurs personnels n'est pas,
elle non plus, exempte de confusion ; elle rappelle la séparation artifi
cielle en « fonctionnel » et en « organique », comme s'il existait d'une part
des déterminants somatiques et d'autre part des déterminants purement
psychiques sans base neurologique ou organique.
Ces trois méthodes d'étude de la personnalité démontrent ainsi l'in
adéquation des théories antérieures qui posent la personne comme un objet
séparé, mais elles échouent également à concevoir une théorie unitaire,
parce qu'elles appliquent aux problèmes soulevés des formes anciennes,
et n'aboutissent qu'à des solutions partielles, non contraignantes.
A quelles exigences psychologiques et logiques doit donc obéir une
théorie de la personnalité ? Elle doit être une théorie unitaire, pour
rendre compte du comportement réel et explicative pour être science du
comportement.
Le comportement concret d'une personne est en effet, à la fois unique
et total ; les différentes réponses aux situations doivent être considérées
dans une perspective axiomatique : tout le comportement doit toujours
être situé dans le contexte du système total ; tout processus est adaptatif,
chaque comportement sert un dessein d'ensemble. Le « pourquoi »,
question fondamentale de la science psychologique moderne, doit être
résolu conjointement au « quoi » et au « comment » ; si l'un des termes
manque, on perd la réalité d'ensemble ou la qualité explicative ; on peut
éclairer cette double exigence par les faits : les processus psychanalyt
iques classiques répondent au pourquoi, mais n'expliquent pas les
mécanismes d'action ; le fait perceptif, tel que l'étudié la psychologie
classique, est bien défini et déterminé, mais pas signifié, c'est-à-dire
situé dans une perspective de comportement volontaire, unitaire. De
plus, il doit être tenu compte des processus de contrôle : l'organisme,
l'ensemble peut être défini comme le système régulateur, dans le contexte
duquel toute « fonction » doit être comprise ; la théorie doit alors préciser
les propriétés et les lois de ce système. Enfin, si les constantes d'organi
sation de la personne apparaissent toujours à travers les réponses per
ceptives ou cognitives, ces réponses ne seront plus considérées comme
séparées du contexte ou autonomes : les principes d'explication ne seront
plus particuliers à un niveau ou à un sous-système, mais impliquent
dynamiquement que tout est dans tout ; chaque unité descriptive doit
se situer dans la conception d'ensemble : il n'y a du reste pas une large
variété de comportements, ils se réduisent à quelques types de conduites
qu'il est plus simple d'expliquer dans leur relation au tout qu'en elles-
mêmes. Expérimentalement, la théorie ainsi formellement définie,
implique que le matériel de la psychologie de laboratoire classique,
syllabes sans signification, labyrinthes, etc., est aussi valable que les
tests projectifs.
Une théorie de la personnalité doit, en second lieu, être explicative :
ceci ne signifie pas que la psychologie doive se rallier à une méthode type
de démarche scientifique ; chaque science doit être, en effet, envisagée 126 REVUES CRITIQUES
comme une réponse adaptative à un problème particulier, et ainsi il y a
une méthode propre à chaque science. Une explication scientifique est
donnée quand une corrélation, ou, en d'autres termes, une relation
constante, est découverte ; mais cette corrélation n'est réellement expli
cative que si elle pose de nouvelles questions qui amèneront la découverte
d'autres corrélations ; l'explication est une description simple qui amène
vers un autre point de la chaîne des événements liés entre eux ; une
théorie adéquate ne comprendra pas seulement corrélation entre deux
séries d'événements, mais devra embrasser toutes les corrélations
connues, dans le scheme le plus économique et le plus fécond ; théorie
ouverte en conséquence, qui permet d'ajouter de nouveaux liens à la
chaîne sans supprimer d'anciens jalons. L'objet ultime de la psychologie
est donc d'établir la matrice commune de toutes les interrelations du
comportement humain.
Ces exigences d'objet et de méthode posent en conséquence le pro
blème des unités d'analyse : les concepts utilisés doivent être d'une part
descriptifs de séquences d'événements réels et d'autre part explicatifs
et ouverts.
Emploiera-t-on les termes de la phénoménologie, de l'électronique, de
la cybernétique ? Cette importante question dépend étroitement du
problème théorique : il faut d'abord concevoir le fonctionnement en
termes généraux et ensuite, on choisira valablement les concepts les
mieux adaptés à cette conception générale.
Ces notes critiques et théoriques que nous empruntons à l'article de
Klein et Krech (8), peuvent servir d'introduction générale à un certain
nombre de réflexions concernant le problème d'une théorie de la personn
alité. Les schémas théoriques envisagés, pour mettre de l'ordre dans un
domaine contesté, imprécis, mal défini dans son objet et ses moyens,
illustrent malencontreusement plus le besoin de synthèse qu'ils n'en four
nissent la solution. Us sont limités par les différentes conceptions psycho
logiques dont ils sont l'expression et ne se rejoignent que sur les termes
d'Allport, définissant la personnalité comme une « organisation stable et
dynamique » ; les schémas formels proposés, qui, la plupart du temps,
empruntent leur terminologie à une certaine géométrie dans l'espace,
mettent l'accent sur la hiérarchie des fonctions ou des traits, et on n'en
voit pas toujours immédiatement la valeur d'application et d'explicat
ion. Cependant, ils répondent tous à ce besoin d'une théorie unitaire
et explicative du comportement, développé par Klein et Krutchfleld ;
ils se veulent foncièrement dynamistes, et ne séparent en général pas
la personnalité de son substrat et concomitant neuro-physiologique ni
de l'environnement.
On peut classer ces modèles analogiques, auxquels peuvent également
être rattachées des positions théoriques mineures, en différents types
selon les disciplines auxquelles ils empruntent leur terminologie et
leur schématisation : biologiques, neuro-physiologiques, psychologiques,
sociologiques, mathématiques. DE M0NTM0LL1N. — • THÉORIE DE LA PERSONNALITÉ 127 G.
MODELES BIOLOGIQUES
Ce sont ceux de Bertalanfîy (3), et de Stagner (13). Ils se rattachent
plus ou moins étroitement aux théories biologiques générales, et offrent
des schémas plus ou moins complets dont celui de Stagner semble le plus
élaboré, le plus satisfaisant et le plus applicable.
Bertalanfîy (3), après avoir montré la similitude des problèmes
actuels en biologie et en psychologie, pose la nécessité, pour l'une et
l'autre science, de concevoir des modèles pour passer de la collection des
faits à l'établissement de lois qui permettent le contrôle des phénomènes.
La psychologie a des limitations et des exigences propres : nécessité
d'un mode d'explication à la fois du général et de l'individuel, à la
fois objectif et compréhensif ; postulat fondamental de l'isomorphisme
entre les phénomènes nerveux et les phénomènes mentaux, sans lequel
on ne peut comprendre que l'expérience intérieure de l'homme puisse
se réduire à des courants d'action électriques ou à une circulation
d'hormones. Après des considérations générales critiques sur les modèles
biologiques qui doivent être à la fois statiques et dynamiques, moléc
ulaires et molaires, formels et matériels, selon le niveau d'étude auquel
on se situe et quand on replace les phénomènes dans une perspective
d'évolution génétique de structuration progressive, l'auteur propose un
modèle « organistique » de la personnalité : dynamique bien qu'incluant
un ordre structural par mécanisation molaire bien que
permettant une interprétation moléculaire des processus individuels, et
formel bien que laissant la possibilité future d'une transformation en
système matériel. En effet, comme l'organisme, hiérarchie de systèmes
ouverts qui se maintiennent dans un état stable par un conditionnement
propre à l'ensemble, la personnalité comporte des niveaux, une autoré
gulation d'équilibres qui implique en même temps une complication et
une individualisation progressives : l'histoire de l'homme, est plus
déterminante que son évolution phylogénétique, parce que en créant des
symboles, il est capable de créer son environnement.
Stagner (13) propose d'étendre les principes homéostatiques à l'expli
cation du fonctionnement psychique : le trouble d'une constance
physique ou sociale créerait une tension qui donnerait naissance à une
activité qui mènerait à l'objet nécessaire pour restaurer l'équilibre ; ce
processus est dynamique puisque la mobilisation d'énergie nécessitée par
la restauration de l'équilibre ne se produit pas de la môme façon quand le
trouble se produit pour la seconde fois ; l'organisme par suite de la pre
mière expérience, est capable de percevoir des changements minimes et
d'anticiper le trouble, de percevoir en particulier les objets de l'enviro
nnement physique et social comme sources potentielles ou comme
signaux de désordre ou de restauration ; ainsi se modifient continuell
ement l'organisme et la perception du monde extérieur. Selon le principe
homéostatique, ce n'est pas seulement la constance du milieu physique
qui est nécessaire à l'homme, mais également celle du social ; cet 128 REVUES CRITIQUES
équilibre complexe sous-entend des besoins hiérarchiques auxquels
correspondent des énergies de mobilisation proportionnelles. A la
constance des objets inanimés, résultat d'un apprentissage, vient
s'ajouter la constance des personnes ; l'apprentissage social de l'enfance
se trouve renforcé par la dépendance étroite des objets nécessaires et des
personnes qui procurent ces objets. La tendance fondamentale de la
personnalité est de percevoir la constance des individus et de se com
porter vis-à-vis d'eux selon ces constances perçues. A la critique de
Young selon laquelle les rats et les humains pourraient être motivés plus
vigoureusement que par les besoins homéostatiques, Stagner répond en
distinguant besoins et préférences ; celles-ci s'établissent par transfert de
besoins homéostatiques sur des substances identifiées incorrectement
comme ; la situation sociale qui n'est jamais exempte de
valeur assure du reste le renforcement sélectif de certaines valeurs. Les
névroses peuvent ainsi s'expliquer par l'établissement d'un équilibre
non homéostatique à partir de besoins secondaires n'affectant pas la
conservation de l'organisme, équilibre qui n'est pas réaliste et qui
établit une constance physique ou sociale en fonction de ces besoins
dérivés. Stagner répond ensuite à l'objection souvent faite aux théories
homéostatiques : Gomment expliquer que l'homme arrive à préférer la
souffrance et la mort à l'abandon de certains idéaux ? La valorisation et
le choix de comportements qui nuisent à l'organisme mais maintiennent
des idées ou des croyances, s'expliquent par l'introduction d'un nouvel
objet perceptif, le moi et l'établissement d'une constance perceptive en
fonction de ce moi : le moi est sans cesse perçu comme dépendant de la
situation totale qui implique à la fois constance biologique, constance
physique et constance sociale : il est valorisé comme objet-signal du
maintien de l'équilibre du tout. Par renforcement mutuel, la survalori
sation du moi aboutit à un renversement de perspective : c'est la cons
tance de cet état que l'organisme cherche à préserver ; c'est à lui que
peuvent être sacrifiés les autres besoins ; la constance du moi n'est pas
périphérique, mais au centre même d'un schéma concentrique. Cette
conception met tout l'accent sur la perception, comme processus fonda
mental d'adaptation. C'est ainsi qu'on peut définir l'éducation comme
un apprentissage de nouvelles manières de percevoir la situation, et
expliquer l'action d'une thérapie qui détruit les constances perceptives
névrotiques et rétablit un nouveau cadre de références, plus réaliste.
MODÈLES NEUROPHYSIOLOGIQUES
Ce sont ceux de Klein et Krech (8), Revers (10) et des psychologues
allemands de la « stratification », dont une importante revue critique est
donnée par Gilbert (7). Ces conceptions postulent l'isomorphisme tradi
tionnel entre phénomènes nerveux et phénomènes psychiques ; cet
isomorphisme a ici un sens littéral : les deux systèmes présentent des
formes analogues d'organisations hiérarchiques ; l'analogie est poussée i)E MONTMOLLIN. THÉORIE DE LA PERSONNALITÉ 129 ■J.
dans le détail, assez loin pour y inclure, ce que font surtout les Allemands,
des perspectives génétiques et pathologiques.
Pour Klein et Krech (8), le schéma de la personne est uniquement
neurophysiologique : tout schéma psychologique n'est que la traduction
d'événements physiologiques ; le comportement unitaire et total peut
être conçu comme une série d'événements physiologiques, nerveux,
musculaires, glandulaires, etc. Il s'agit donc d'établir des corrélations
entre séquences neurologiques et séquences psychologiques, en postu
lant l'identité de détails entre les processus physiologiques et tout
comportement observé. Selon les exigences théoriques évoquées antérie
urement et auxquelles les auteurs obéissent jusqu'à l'extrême rigueur,
la personnalité est définie par la séquence entière des séquences d'év
énements particuliers, comme la psychologie totale, traduction de la
physiologie nerveuse totale, matrice de toutes les corrélations.
Revers (10) après une brève revue critique des conceptions psycho
physiques et physiologiques de la personnalité, décrit la personnalité
comme essentiellement dynamique, basée sur la tension créée par l'exci
tation qui, à la suite du trouble dû à l'altération du sentiment et du
milieu intérieur, se transforme en intérêt, perception et signification
personnelles. La tension, agissant dans un sujet conscient troublé, joue
le rôle d'une force dynamique qui assure le développement de niveaux
toujours plus hauts de la personnalité.
La psychologie allemande de « stratification de la personnalité »,
présentée par Gilbert (7), se situe dans une perspective dynamique et
hiérarchique et se fonde sur les mécanismes fondamentaux du cerveau.
Cette théorie emprunte sa terminologie à la géologie, proteste contre le
fragmentarisme des conceptions traditionnelles et essaie de trouver,
pour expliquer le comportement, un modèle d'intégration de forces
dynamiques tel que le système nerveux en donne l'idée. En effet, il y a
deux niveaux de « strates » dans le cerveau : le paléencéphale se développe
sur le néencéphale. Les recherches expérimentales sur le cerveau, qui ont
conclu à l'attribution des réponses émotionnelles au fonctionnement du
thalamus et de l'hypothalamus, ont amené certains psychologues à
imaginer une analogie totale avec deux niveaux de personnalité : l'une
profonde, l'autre corticale (F. Kraus) ; Goldstein et Scheerer ont par
ailleurs défini l'attitude « abstraite » comme relative au niveau nouveau
du cerveau tandis que l'attitude « concrète », caractéristique des enfants
et des adultes souffrant de lésions, est relative à un niveau inférieur de
maturation corticale ; les nouvelles couches se superposant aux anciennes
sans les détruire, le développement humain peut être conçu comme une des nouveaux strates, qui fonctionnent en interrelation avec
les anciens. Car il y a une interdépendance paradoxale du strate qui
entraîne et du strate qui contrôle, qui est illustrée par l'image, empruntée
à Platon, du cheval dont le cavalier relâche les rênes tant qu'il sent
l'animal en confiance, tout en continuant à le conduire. La théorie de la
personnalité comme stratification, est développée par Rothacker qui l.'iO REVUES CRITIQUES
propose une conception fonctionnelle en 5 couches contrôlées par la
fonction du « Moi », par Lersch dont le modèle est dualiste, avec une
base endothymique et une superstructure personnelle, par Thiele qui
part d'une vue phénoménologique et conçoit une « pathopsyché »,
origine des besoins vitaux, des émotions, des humeurs et une « poio-
psyché » dont le fonctionnement correspond aux expériences passives et
actives de volition, de cognition... avec au plus profond, un Je, point de
référence abstrait ; la personnalité serait une conscience du moi qui se
trouve forcé à participer aux aspects culturels du milieu et à s'adjoindre
des symboles. Malgré des variations de détail, il y a accord complet entre
les partisans de la stratification, qui, de la bipolarité fonctionnelle du
cerveau passent à la bipolarité hiérarchique et dynamique du compor
tement. A cette psychologie générale, correspond une psychologie géné
tique : Remplein date de la première enfance, l'établissement du strate
des besoins vitaux avec mémoire associative, instinct de préservation et
besoin de confort ; de l'âge prépubertaire, celui du strate des motivations
qui fait passer les intérêts personnels du monde extérieur au moi, puis
aux intérêts sociaux ; et enfin de la maturité, le strate personnel aux
valeurs externes étendues, au raisonnement efficace, à la volonté eff
iciente. D'après Schmeing, la stratification de la personnalité n'atteint
son plein développement qu'à la fin de l'adolescence, mais dès le commen
cement de la vie, tout le dispositif est en place ; les étapes de dévelop
pement ne sont en sorte qu'une récapitulation des Ages de l'humanité :
homme primitif, homme tribal, homme civilisé, avec une activation
progressive des fonctionnements cognitif, volitif et égocentrique. Dans
ce schéma génétique, la personnalité est conçue comme contrôlée succes
sivement puis alternativement par les différents strates dont l'un, à un
moment donné, fait figure sur le fond des autres. La vie mentale ne doit
cependant pas être conçue comme un ensemble de processus isolés, mais
comme un état mental général sur le fond duquel un strate s'accentue.
Ce qui permet une classification génétique des phénomènes : les impul
sions cognitives montent de la sensation à la perception et à la pensée ;
les impulsions pratiques se développent des besoins instinctifs jusqu'aux
volitions rationnelles ; les impulsions émotionnelles partent des sent
iments animaux, deviennent concomitants des motivations pour atteindre
les plus hauts niveaux d'émotions intellectuelles. La personnalité normale
apparaît ainsi comme une harmonieuse équipe de travail dans laquelle
les strates des besoins vitaux et des motivations donnent corps et
dynamisme à la superstructure personnelle qui fonctionne à son tour
comme contrôle ; les inadaptations sont dues à des déficiences d'inter
action, reflétant l'échec de l'intégration de nouveaux strates dans
les anciens. D'où l'explication des névroses enfantines par Remplein, des
troubles psychiques adultes selon Kleist, (fui sont désintégration des
strates supérieurs laissant à découvert les anciens. Cette théorie permet
également selon Lersel, de classifier et d'analyser les motivations, ce que
ne peuvent les tests multiples de personnalité : les différences indivi- DE MONTMOLLIN. — - THÉORIE DE LA PERSONNALITÉ 131 G.
duelles seront expliquées dans telle situation particulière par la prépon
dérance d'un niveau sur un autre, déterminant ainsi une structuration
particulière qui est caractérisée quantitativement et qualitativement par
le mode d'interdépendance et la fluidité des composantes, sa résistance
aux changements, sa cohérence, etc. Selon Gilbert, à partir du modèle
neurologique légitimement fondé, d'autres classifications pourraient
aussi valablement être déduites ; cette déduction particulière, apparaît
comme un compromis hétérogène de biologie et de logique. Il nous
semble comme à l'auteur, que cette théorie n'échappe pas à une certaine
réiflcation, qu'elle comporte certaines sous-jacences métaphysiques et
qu'en raison même de sa nature analogique, ce modèle purement déductif
et abstrait appelle une expérimentation par les faits.
MODÈLES PSYCHOLOGIQUES
S'opposant à tout emprunt physiologique, refusant l'isomorphisme
pour postuler une psychologie pure de la personnalité, Rapaport (9) et
Rosenzweig (11) présentent des schémas d'organisation étroitement clos
et intérieurs : il n'est de personnalité que profonde, source des dyna-
mismes du moi et dont le comportement extérieur, visible, n'est pas
l'expression constamment adéquate. Angyal (1), propose un modèle plus
ouvert sur le monde social, schéma dialectique dans lequel jouent
essentiellement les tendances du moi.
Le modèle de Rapaport, d'origine psychanalytique, systématise des
observations et des données introspectives sans référence aux faits
neurologiques et physiologiques, mais n'exclut pas pour l'avenir la
possibilité d'intégrer ces données au schéma général.
Cette conception théorique est totale, et fait d'emblée la synthèse des
dynamismes conatifs, cognitifs, affectifs : la personnalité y est considérée
à la fois dans sa fonction (motivation) et dans sa structure ; elle est
« intention » tout autant qu' « intentionnalité ». Le modèle est situé dans
une perspective génétique, inclut des conduites de retard et de détour qui
peuvent expliquer à la fois la hiérarchie et le développement des compor
tements à partir de l'animal, et de l'enfant, et une fonction de réaction de
contrôle (feed-back) dont la cybernétique offre l'image.
Rosenzweig (11) invite à systématiser les conceptions nouvelles delà
personnalité et des dynamismes psychiques qui ont été formulés dans les
applications des méthodes projectives. Dans la perspective « idiodyna-
mique », l'individu est considéré comme un monde d'événements qui
constitue à lui seul une population sujette à l'analyse statistique et à la
conceptualisation ; la notion de « normes individuelles » prend un sens et
requiert des critères particuliers : l'accent n'est plus mis sur la relation de
la réponse du sujet au stimulus, mais sur les relations des différentes
réponses du même individu, le stimulus n'est plus qu'un signe présent
destiné à faire apparaître par association, des réactions que le sujet a
déjà établies dans le passé. Selon le principe gestaltiste de structuration
en « tout », la configuration personnelle du sujet apparaît dans la configu-

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