Vieillissement et codage imagé en mémoire : effet de la nature du stimulus et d'une consigne d'imagerie - article ; n°3 ; vol.94, pg 369-384

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L'année psychologique - Année 1994 - Volume 94 - Numéro 3 - Pages 369-384
Résumé
Dans le but de préciser l'hypothèse d'un déficit apparaissant avec l'âge dans le codage imagé, deux expériences comparant les scores obtenus par des adultes jeunes et âgés, dans une tâche de rappel libre, ont été menées. Dans la première, trois types de stimulus ont été proposés aux sujets : des dessins, des mots concrets les désignant et des mots abstraits. Le principal résultat indique que les sujets âgés ne bénéficient pas de l'effet de supériorité lié au codage imagé dans la situation mots concrets. Dans une deuxième expérience afin de préciser la nature du déficit observé dans la situation d'apprentissage de mots concrets chez les sujets âgés nous avons introduit deux conditions d'apprentissage, avec et sans consigne explicite d'imagerie. Les résultats montrent que, contrairement aux sujets jeunes, les sujets âgés ne bénéficient pas de l'avantage qu'apporte la consigne d'imagerie. L'ensemble des résultats s'accorde avec l'hypothèse de difficultés particulières apparaissant avec l'âge dans le codage imagé de stimulus verbaux.
Mots-clés : vieillissement, mémoire, codage imagé, consigne d'imagerie.
Summary : Aging and imaginal coding : Effect of type of stimulus and of explicit imagery instruction on free recall.
To study the hypothesis of an imaginal coding deficit among elderly people, two experiments were conducted. In the first older adults were compared to young adults as they processed a free recall task following the learning of three types of stimulus : abstract words, concrete words and pictures. The second experiment was assessed to compare old and young adults as they processed a free recall task following the learning of concrete words in two encoding instruction conditions. In the first condition subjects were asked to produce a visual image of the item, in the second one they were not. The main results of our work showed that, contrary to young subjects, older people do not benefit from the concrete superiority effect in the high-imagery value word condition (exp. 1), and from imaginal instruction (exp. 2). As a whole these data were interpreted as consistent with the hypothesis that older people have difficulty with imagery production.
Key words : Aging, imaginal coding, memory, imagery instruction.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1994
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Michel Isingrini
R. Fontaine
F. Metras
C. Bonneaud
S. Rey
Vieillissement et codage imagé en mémoire : effet de la nature
du stimulus et d'une consigne d'imagerie
In: L'année psychologique. 1994 vol. 94, n°3. pp. 369-384.
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Isingrini Michel, Fontaine R., Metras F., Bonneaud C., Rey S. Vieillissement et codage imagé en mémoire : effet de la nature du
stimulus et d'une consigne d'imagerie. In: L'année psychologique. 1994 vol. 94, n°3. pp. 369-384.
doi : 10.3406/psy.1994.28769
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1994_num_94_3_28769Résumé
Résumé
Dans le but de préciser l'hypothèse d'un déficit apparaissant avec l'âge dans le codage imagé, deux
expériences comparant les scores obtenus par des adultes jeunes et âgés, dans une tâche de rappel
libre, ont été menées. Dans la première, trois types de stimulus ont été proposés aux sujets : des
dessins, des mots concrets les désignant et des mots abstraits. Le principal résultat indique que les
sujets âgés ne bénéficient pas de l'effet de supériorité lié au codage imagé dans la situation mots
concrets. Dans une deuxième expérience afin de préciser la nature du déficit observé dans la situation
d'apprentissage de mots concrets chez les sujets âgés nous avons introduit deux conditions
d'apprentissage, avec et sans consigne explicite d'imagerie. Les résultats montrent que, contrairement
aux sujets jeunes, les sujets âgés ne bénéficient pas de l'avantage qu'apporte la consigne d'imagerie.
L'ensemble des résultats s'accorde avec l'hypothèse de difficultés particulières apparaissant avec l'âge
dans le codage imagé de stimulus verbaux.
Mots-clés : vieillissement, mémoire, codage imagé, consigne d'imagerie.
Abstract
Summary : Aging and imaginal coding : Effect of type of stimulus and of explicit imagery instruction on
free recall.
To study the hypothesis of an imaginal coding deficit among elderly people, two experiments were
conducted. In the first older adults were compared to young adults as they processed a free recall task
following the learning of three types of stimulus : abstract words, concrete words and pictures. The
second experiment was assessed to compare old and young adults as they processed a free recall task
following the learning of concrete words in two encoding instruction conditions. In the first condition
subjects were asked to produce a visual image of the item, in the second one they were not. The main
results of our work showed that, contrary to young subjects, older people do not benefit from the
concrete superiority effect in the high-imagery value word condition (exp. 1), and from imaginal
instruction (exp. 2). As a whole these data were interpreted as consistent with the hypothesis that older
people have difficulty with imagery production.
Key words : Aging, imaginal coding, memory, imagery instruction.L'Année psychologique, 1994, 94, 369-384
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université François-Rabelais, Tours1
VIEILLISSEMENT
ET CODAGE IMAGÉ EN MÉMOIRE :
EFFET DE LA NATURE DU STIMULUS
ET D'UNE CONSIGNE D'IMAGERIE
Par Michel Isingrini, Roger Fontaine,
Frédérique Métras, Delphine Bonneau et Sandrine Rey
SUMMARY : Aging and imaginai coding : Effect of type of stimulus and
of explicit imagery instruction on free recall.
To study the hypothesis of an imaginai coding deficit among elderly
people, two experiments were conducted. In the first older adults were
compared to young adults as they processed a free recall task following
the learning of three types of stimulus : abstract words, concrete words
and pictures. The second experiment was assessed to compare old and
young adults as they processed a free recall task following the learning of
concrete words in two encoding instruction conditions. In the first condi
tion subjects were asked to produce a visual image of the item, in the
second one they were not. The main results of our work showed that,
contrary to young subjects, older people do not benefit from the concrete
superiority effect in the high-imagery value word condition (exp. 1), and
from imaginai instruction (exp. 2). As a whole these data were interpreted
as consistent with the hypothesis that older people have difficulty with
imagery production.
Key words : Aging, imaginai coding, memory, imagery instruction.
Dans le but d'expliquer les différences observées entre adul
tes jeunes et âgés dans les tâches de rappel, plusieurs auteurs
1. 3 rue des Tanneurs, 37041 Tours Cedex. M. Isingrini, R. Fontaine, F. Métras, D. Bonneau et S. Rey 370
ont supposé l'existence d'un déficit lié à l'âge dans le codage
imagé (pour revue : Smith et Park, 1990 et Kausler, 1991).
Pour vérifier ce point de vue, les recherches ont été générale
ment orientées vers l'évaluation de l'hypothèse selon laquelle
les sujets âgés ne bénéficient pas autant que les jeunes de la
facilitation qu'apportent d'une part les dessins sur les mots cor
respondants, et d'autre part les mots concrets sur les mots
abstraits dans les tâches de mémorisation (Paivio, 1971, 1986 ;
Denis, 1989). Interprétée dans le cadre de la théorie du double
codage (Paivio, 1971), en référence à un schéma explicatif s
imilaire pour les représentations verbales et concrètes, cette
supériorité est habituellement attribuée au fait que les stimu
lus à valeur d'imagerie élevée, tels que les dessins ou les mots
concrets, facilitent l'élaboration d'un codage imagé associé au
codage verbal. Ils bénéficient ainsi d'un double codage élevant
la probabilité de récupération des items au moment du rappel.
S'il existe un déficit lié à l'âge dans le codage imagé, on peut
alors s'attendre à observer une interaction entre l'âge et la na
ture du stimulus lorsque le niveau d'imagerie de celui-ci varie.
Une telle interaction apparaîtrait comme la conséquence du
fait que les sujets âgés tirent moins profit que les jeunes de
l'effet de facilitation induit par la représentation imagé du st
imulus.
Les résultats obtenus jusqu'ici concernant cette hypothèse
ne sont pas homogènes. Dans les situations comparant, en fonc
tion de l'âge, le rappel de dessins et de mots correspondants
Rissenberg et Glanzer (1986, exp. 1) et Winograd et Simon (1980)
ont obtenu des résultats suggérant l'existence de difficultés
dans le codage imagé chez les sujets âgés. Cependant d'autres
travaux ont montré que l'effet de facilitation des dessins sur
les mots était équivalent chez les jeunes et les âgés (Keitz et
Gounard, 1976 ; Rissenberg et Glanzer, 1986, exp. 2 ; Winog
rad, Smith et Simon, 1982). Les recherches qui ont comparé
le rappel de mots concrets et abstraits ont également révélé
des résultats qui paraissent contradictoires. Mason et Smith
(1977) trouvent une supériorité dans le rappel de mots con
crets qui ne varie pas avec l'âge, alors que Rissenberg et Glan-
zer (1987) rapportent des résultats différents indiquant que
cet effet est significativement moins important pour les sujets
âgés.
Ces différents travaux montrent que la discussion concernant
l'hypothèse d'un déficit touchant le codage imagé au cours du Vieillissement et codage mnémonique 371
vieillissement n'est pas close. Face à la diversité des résultats,
certains auteurs, comme Smith et Park (1990), ont en définitive
accepté l'idée selon laquelle il n'existe pas d'évidence probante en
faveur de ce point de vue. Pour notre part, en nous appuyant
d'abord sur certains développements plus précis du modèle du
double codage (Paivio, 1971, 1986), puis sur certains modèles spé
cifiques au domaine du vieillissement (Craik, 1986, 1990 ; Hasher
et Zacks, 1979 ; Craik et Byrd, 1982), nous sommes enclins à sug
gérer l'hypothèse selon laquelle les difficultés des sujets âgés dans
le codage imagé pourraient ne pas être équivalentes entre les
situations où il s'agit de réaliser ce processus à partir d'un dessin
et les situations où il est élaboré à partir d'un mot.
Cette hypothèse peut être étayée par la théorie du double
codage, qui admet l'existence d'une différence importante dans
la disponibilité du codage imagé entre les situations d'apprent
issage de dessins et de mots concrets, malgré le fait que ces
stimulus entraînent tous deux une facilitation sur le rappel liée
à leur valeur d'imagerie (Paivio, 1971 ; Denis, 1975). Ainsi,
pour des raisons qui tiennent au fait que dans la situation
« mots concrets » aucun indice figuratif n'impose directement
au sujet la production d'une image, on pense que la mise en
œuvre du codage imagé serait moindre ou en tout cas moins
systématique que dans l'apprentissage de dessins. Dans une
formulation plus récente du modèle du double codage, Paivio
(1986) va jusqu'à supposer l'existence de deux niveaux de tra
itement différents. La réalisation d'un codage imagé à partir d'un
dessin correspondrait à un traitement direct de représentation,
alors que l'élaboration d'une image à partir de mots relèverait
d'un traitement, cognitivement plus coûteux, dit « référentiel »
(referential processing) nécessitant une mise en relation entre le
système de codage verbal et le système imagé. D'autre auteurs
(Smith et Park, 1990), dans une conception proche, introduisent
une différence de nature entre ces deux formes de traitement.
Le codage imagé réalisé à partir de dessins serait automat
ique, alors qu'il correspondrait à un traitement contrôlé dans
le cas de mots. On peut voir dans le travail de Denis (1975)
une démonstration expérimentale de l'existence de différences
importantes entre les traitements relatifs à ces deux condit
ions. Ainsi, cet auteur a montré que la performance dans le
rappel de mots concrets ne devient équivalente à celle du rap
pel de dessins qu'à la condition que la consigne oriente explic
itement le sujet vers l'élaboration d'une image mentale du mot. 372 M. Isingrini, R. Fontaine, F. Métras, D. Bonneau et S. Rey
Appliquées au vieillissement, ces considérations nous amè
nent à formuler l'hypothèse selon laquelle les sujets âgés doi
vent bénéficier de façon équivalente aux sujets jeunes d'un
effet de facilitation du codage imagé dans l'apprentissage de
dessins alors que cet effet serait diminué, par rapport aux
sujets jeunes, dans le cas de mots concrets. Cette hypothèse
peut être justifiée en faisant appel à certains modèles dévelop
pés dans le domaine du vieillissement selon lesquels celui-ci
s'accompagne avant tout d'un déficit mnésique, dit « de product
ion », qui entraîne l'apparition de difficultés particulières dans
la mise en œuvre spontanée de certains traitements. D'une
part lorsque aucune aide n'est présente pour guider les opéra
tions qui sont liées à ceux-ci (Craik, 1986, 1990), et d'autre
part dans les traitements nécessitant la mobilisation d'un inves
tissement attentionnel important (Hasher et Zacks, 1979 ; Craik
et Byrd, 1982). Or compte tenu de ce qui a été avancé plus haut,
on peut admettre que l'apprentissage de mots concrets rempli
ces deux conditions. Contrairement aux dessins cette situation
ne propose pas d'indices susceptibles de faciliter le codage
imagé, et selon le point de vue de Paivio (1986) et de Smith et
Park (1990) il s'agirait également de la situation nécessitant le
plus de contrôle attentionnel. En conséquence c'est aussi dans
cette condition que les âgés devraient être le plus pénalisés.
Le travail que nous présentons a pour objectif de contri
buer à éclairer cette problématique à l'aide de deux expérienc
es. Dans la première nous avons cherché à confirmer l'hypo
thèse selon laquelle la performance mnésique des sujets âgés
serait plus particulièrement affectée dans le rappel de mots
concrets. Pour cela nous avons comparé, dans la même expé
rience, les résultats de sujets adultes âgés à celle d'un groupe
contrôle de jeunes adultes, dans trois situations d'apprentis
sage dont on suppose qu'elles varient en fonction de la valeur
d'imagerie du stimulus utilisé. Il s'agit de situations d'apprent
issage de dessins, de mots concrets désignant ces dessins et
d'une condition, que nous considérerons ici comme contrôle,
d'apprentissage de mots abstraits. Nous admettrons qu'en uti
lisant cette dernière situation comme condition contrôle (pré
sentant la plus faible probabilité d'évocation d'une représentat
ion imagé), les situations dessins et mots concrets devraient
entraîner un effet de facilitation du codage imagé qui est sus
ceptible de varier différentiellement en fonction de l'âge. Nous
serons donc, dans les résultats de cette première expérience, Vieillissement et codage mnémonique 373
plus particulièrement attentifs au niveau de signifîcativité de
deux interactions, la première entre l'âge et les conditions des
sins et mots abstraits, la seconde entre l'âge et les
mots concrets et abstraits.
La seconde expérience a été réalisée, en complément de la
première, pour vérifier si le processus lié aux difficultés que
présentent les sujets âgés dans le rappel de mots concrets cor
respond bien à la production du codage imagé. Nous avons
comparé la mémorisation de ce type de stimulus pour des su
jets jeunes et âgés dans deux situations d'apprentissage. La
première comprenant une consigne explicite incitant le sujet à
produire une image mentale de chaque stimulus présenté, la
seconde ne pas ce type d'incitation. On sait qu'une
consigne amenant le sujet à former des représentations ima
gées subjectives entraîne chez les adultes jeunes une augment
ation significative de la performance dans les tâches de rap
pel (pour revue : voir Denis, 1975). Cependant dans le domaine
du vieillissement, un travail récent de Dirkx et Craik (1992) a
clairement montré que les sujets âgés, contrairement aux
sujets jeunes, tirent moins profit de ce type de consigne dans
le rappel de mots concrets.
EXPERIENCE I
METHODE
1. Sujets
Au total 120 sujets ont participé à l'expérience, répartis en 6
groupes de 20. Trois groupes de sujets jeunes (n'appartenant pas à
une population étudiante) dont les moyennes d'âge sont les suivantes :
Gl : 28,41 (ET = 7,70), G2 : 31,62 (ET = 7,33), G3 : 31,85 (ET = 8,53)
et présentant respectivement un nombre moyen d'années d'études de :
9, 90 (ET = 1,16), 10,55 (ET = 1, 60) et 10 (ET = 1,17). Trois groupes
de sujets âgés dont les moyennes d'âge sont les suivantes : Gl : 77,27
(ET = 7,12), G2 : 77,62 (ET = 6,43), G3 : 75,09 (ET = 7,17) et présent
ant un nombre moyen d'années d'études de : 10,40 (ET = 1,60), 10
(ET = 1,16), 10,45 (ET = 1,66). Chaque groupe de sujets, jeunes et
âgés, fut affecté soit à : l'apprentissage de mots abstraits (Gl et G4),
de mots concrets (G2 et G5) ou de dessins (G3 et G6). Tous les groupes 374 M. Isingrini, R. Fontaine, F. Métras, D. Bonneau et S. Rey
sont constitués de 5 hommes et de 15 femmes. Les sujets ont rapporté
eux-mêmes être en bonne santé et ne pas subir de traitement médica
menteux susceptible d'avoir une influence sur les conduites cognitives.
2. Matériel
Chaque modalité expérimentale est constituée par une liste de 30
items. Deux listes de 30 mots abstraits et de 30 mots concrets, de fr
équence d'utilisation élevée, ont été constituées à partir de la liste de
mots proposés par Paivio, Yuille et Madigan (1968), indiquant leur
valeur d'imagerie. Les mots concrets ont une valeur située entre 5 et 7,
les mots abstraits situés entre 2 et 4. Dans leur traduction française, la
valeur d'imagerie des mots a été confirmée auprès d'une population de
50 sujets (étudiants en première année de psychologie) auxquels il a
été demandé de leur attribuer une valeur sur une échelle en 7 points
selon la procédure proposée par Denis (1975). Les mots concrets ont
obtenu une valeur moyenne de 6,60 (ET = 0,69), les abstraits de
2,23 (ET = 0,66). Les 30 dessins illustrant les mots concrets sont tirés
de la liste proposée par Snodgrass et Vanderwart (1980).
PROCÉDURE
À l'apprentissage, chaque stimulus, reproduit sur une fiche de fond
blanc, est présenté visuellement au sujet en passation individuelle. Le
temps de présentation de chaque stimulus est de 3 secondes, le temps
inter-stimulus de 2 secondes. Le test de restitution correspond à une
procédure de rappel libre, par écrit en temps libre. La consigne d
emande au sujet de retenir les stimulus qui lui sont présentés et de les
restituer par écrit sur une feuille blanche. Dans la situation dessin, le
sujet restitue le nom du dessin.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
Les moyennes et les écarts types des rappels corrects sont
présentés dans le tableau I. Les données sont traitées par ana
lyse de variance (var 3) pour un plan composé de 2 facteurs :
2 (âge) X 3 (nature du stimulus).
L'analyse statistique globale met en évidence un effet signi
ficatif du facteur âge [F (1,114) = 56,37 ; p < .001] montrant
que la performance des sujets jeunes est globalement supé
rieure à celle des sujets âgés ; un effet significatif du facteur
nature du stimulus [F (2,114) = 29,64 ; p < .001], indiquant Vieillissement et codage mnémonique 375
l'existence d'un effet de facilitation des conditions dessins et
mots concrets sur la condition mots abstraits. Les résultats lais
sent également apparaître une interaction significative entre
l'âge et la nature du stimulus [F (2,114) = 3,65 ; p < .05]. Cette
interaction montre que la différence jeunes-âgés est plus
importante dans la condition mots concrets.
Tableau I — Moyenne et écart type du nombre d'items correctement
rappelés en fonction de l'âge et de la nature du stimulus.
Mean number of items recalled, by age and type of stimulus.
NATURE DU STIMULUS
M. abstraits M. concrets Dessins
Jeunes 10,84 (3,16) 16,94 (4,04) 15,57(4,10)
Âgés 6,84 (2,40) 7,52 (2,14) 13,63 (5,56)
Cette observation se trouve confortée par l'étude des inter
actions partielles qui révèle l'existence de deux interactions
significatives, d'une part entre l'âge et les conditions « dessins »
et « mots concrets » [F (1,114) = 6,24 ; p < .05] montrant que
l'effet de l'âge est plus important dans cette dernière condit
ion, et d'autre part entre l'âge et les conditions « mots con
crets » et « abstraits » [F (1,114) = 4,59 ; p < .05] indiquant
que les sujets âgés dans la condition « mots concrets » ne
bénéficient pas, contrairement aux sujets jeunes, de la facilita
tion engendrée par la valeur d'imagerie plus élevée du stimul
us. Une telle interaction n'apparaît pas entre et les conditions
« dessins » et « mots abstraits » [F (1,114) < 1]. Cette absence
d'interaction paraît montrer que dans la condition « dessins »,
les sujets âgés tirent autant profit que les sujets jeunes de
l'effet de facilitation lié à la valeur d'imagerie du stimulus.
Les résultats obtenus mettent en évidence l'existence d'un
déficit significatif lié à l'âge quelle que soit la condition d'ap
prentissage prise en compte. L'analyse des interactions part
ielles, nous renseigne plus précisément sur les difficultés ren
contrées par les sujets âgés dans le codage imagé. En prenant
la condition « mots abstraits » comme condition contrôle, les in- M. Isingrini, R. Fontaine, F. Métras, D. Bonneau et S. Rey 376
teractions observées paraissent corroborer l'hypothèse selon
laquelle c'est principalement dans le codage imagé de mots
concrets que les sujets âgés sont le plus pénalisés.
Par ailleurs, on notera que nos données, chez les sujets jeunes,
ne reproduisent pas le résultat classique relatif à un effet de supér
iorité significatif dans le rappel de dessins sur les mots concrets
correspondants. Il paraît à priori difficile d'expliquer ce résultat.
Nous avancerons l'hypothèse qu'il peut être consécutif au fait que
les mots concrets que nous avons utilisés présentent une valeur
d'imagerie moyenne particulièrement élevée (6,60).
EXPERIENCE II
Dans une deuxième expérience, nous avons cherché à comp
léter le résultat principal de la première expérience en cen
trant l'analyse sur la situation « mots concrets ». Afin de vérifier
que les difficultés présentées par les sujets âgés dans la mémor
isation de mots concrets sont bien en relation avec l'activité de
représentation imagée mise en œuvre au moment de l'enco
dage, nous avons analysé le rappel dans cette condition en fonc
tion de la présence ou non d'une consigne d'imagerie.
Cette approche nous amène également à nous interroger
sur la possibilité de réduire ce déficit hé à l'âge (pour une revue
sur cette question voir Burke et Light, 1981). On peut en effet
concevoir qu'il s'agit d'un déficit touchant à la nature même
du processus et dans ce cas difficilement réductible. Ou bien,
qu'il s'agit uniquement d'un déficit lié à la production sponta
née du processus, par ailleurs qualitativement intact. Dans ce
cas, l'apport d'une aide susceptible de faciliter l'élaboration de
ce traitement, comme une consigne d'imagerie par exemple,
devrait entraîner une atténuation significative, voire une dis
parition, des différences jeunes-âgés. Un tel résultat irait dans
le sens du modèle développé par Craik (1986) qui postule que
les effets du vieillissement sur la mémoire sont liés à des diff
icultés dans la mise en œuvre spontanée de certaines opérat
ions cognitives et qu'en conséquence une aide permettant d'ini-
tialiser ces opérations doit avoir pour effet de réduire l'écart
entre les jeunes et les âgés. Il serait également en accord avec
l'idée, étayée par certains travaux menés chez des adultes jeu
nes (Denis, 1982), selon laquelle ce sont les sujets les moins
enclins à imager spontanément qui tirent le plus grand bénéfice

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