Vision, par E. Baumgardt, Y. Galifret, H. Piéron - compte-rendu ; n°1 ; vol.57, pg 153-167

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L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 1 - Pages 153-167
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1957
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E. Baumgardt
Y Galifret
Henri Piéron
2° Vision, par E. Baumgardt, Y. Galifret, H. Piéron
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°1. pp. 153-167.
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Baumgardt E., Galifret Y, Piéron Henri. 2° Vision, par E. Baumgardt, Y. Galifret, H. Piéron. In: L'année psychologique. 1957 vol.
57, n°1. pp. 153-167.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_1_26591PSYCHOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 153
2° Vision
PIRENNE (M. H.). — Physiological mechanisms of vision and the
quantum nature Of light (Mécanismes physiologiques de la vision et
nature quantique de la lumière). — Biol. Rev., 1956, 31, 194-241.
Revue critique des recherches sur la vision menées depuis 1941
du point de vue quantique, plutôt que selon la manière classique de
considérer le stimulus lumineux comme étant, de facto, un continuum.
Pirenne part de la constatation que les propriétés quantiques de
la lumière sont d'une importance particulière en Physiologie de la
Vision, parce que la lumière doit être absorbée dans les photo-récepteurs
rétiniens pour qu'il y ait action sur le système nerveux et parce que
cette absorption doit se manifester sous forme de processus individuel,
où 1 quantum de lumière est absorbé par 1 molécule. Or, la sensibilité
du système visuel est telle qu'une réponse est provoquée même lorsque
le nombre des quanta de lumière disponibles est infime par rapport au des cellules réceptrices présentes dans l'aire rétinienne stimulée.
Ce qui importe, n'est pas l'énergie lumineuse absorbée ; quel que soit
le produit /iv (h : constante de Planck ; v = fréquence de la lumière),
ce n'est que le nombre de quanta absorbé qui compte. Si un seul quantum
est absorbé durant une seconde dans une aire rétinienne contenant
5 000 bâtonnets, la vision liminaire est possible lorsque le stimulus
couvre une partie notable du champ visuel. On en déduit directement
qu'un stimulus de 1 000 000 de fois l'intensité liminaire (1 candela/m2,
soit une lumière crépusculaire) ne peut décomposer qu'au plus 1 % du
pourpre rétinien contenu dans les bâtonnets adaptés à l'obscurité,
lorsqu'on le fait agir pendant 1 heure. Et puisque le pourpre décomposé
se recombine, ce blanchissement est en réalité très inférieur à 1 %, d'où
l'impossibilité d'expliquer l'adaptation à l'obscurité par des théories
purement photochimiques qui ne tiendraient pas compte d'autres
mécanismes, encore insuffisamment connus.
Pirenne tâche de prouver que le nombre de quanta nécessaire pour
l'obtention d'une sensation lumineuse liminaire est 4. Il en fait la
preuve par l'interprétation des courbes de réponse obtenues avec des
stimuli de grandes dimensions et de longue durée. Il oublie qu'il s'agit
là d'un cas particulier et que les constantes de temps des unités rét
iniennes fonctionnelles sont fonction de leur taille, ainsi qu'on le sait
depuis Graham et Margaria (1935). Quelques observations faites par
des chercheurs français ont montré que pour des stimuli de faible dia
mètre et de courte durée, 3 quanta peuvent suffire. Ce fait s'interprète
aisément à la lumière des mesures de Graham (confirmées et étendues
par Baumgardt) : lorsque la constante de temps d'une unité fonctionnelle
est petite (grande unité), deux doubles absorptions provoquent le départ
de deux potentiels propagés. Lorsque la constante de temps d'une unité
fonctionnelle est grande (petite unité), 3 peuvent provoquer ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 154
deux influx nerveux, pourvu que la durée de la stimulation soit inférieure
à la constante de temps.
On discute les conditions de fixation et de présentation des stimuli
ainsi que les méthodes de détermination du seuil. On discute la signif
ication des fluctuations du seuil et on prouve qu'en majeure partie elles
sont dues aux seules fluctuations physiques du stimulus. La discussion
de l'équation de Poisson est particulièrement intéressante ; on montre
combien de difficultés subsistent encore pour expliquer les observations,
non seulement qualitativement, mais quantitativement.
L'organisation fonctionnelle de la rétine est discutée brièvement ;
on trouve aussi quelques données sur le Chat, le Hibou et Xenopus (tortue
d'eau de l'Afrique du Sud).
On souligne l'importance de récents travaux de Hartline sur Limulus
desquels il ressort entre autres sans contestation possible, qu'en adaptat
ion à la lumière, le domaine de fluctuation du seuil se resserre, ce qui
signifie que le nombre de quanta nécessaire à une réponse liminaire — un
seul potentiel d'action dans une fibre isolée — a augmenté. Pirenne
montre que la théorie de Wald est en contradiction avec ces observations.
En effet, Wald (1954) avait suggéré l'explication suivante du fait qu'une
très faible variation de la concentration de rhodopsine consécutive à une
adaptation à une lumière de faible intensité provoque une énorme
variation du seuil. Le bâtonnet paraît composé d'un millier de compart
iments, de disques empilés. Si l'absorption d'un seul photon par une
seule molécule d'un compartiment donné provoque l'incapacité de ce
dernier de répondre par un influx nerveux à l'absorption d'autres quanta,
aussi longtemps que la première molécule de rhodopsine n'aurait pas
été recomposée, on comprendrait que de quelques milliers
de quanta dans un bâtonnet contenant 18 millions de molécules de
rhodopsine pourrait rendre incapable ce bâtonnet de répondre à un
stimulus de n'importe quelle intensité. Cette hypothèse, très ingénieuse
et séduisante à première vue, ne peut pas expliquer l'effet observé sans
contestation possible par Hartline sur Limulus. L'auteur de cette analyse
a d'ailleurs montré par le calcul, que la théorie de Wald ne rend null
ement compte numériquement des données adaptométriques, des erreurs
de l'ordre de 10,86 % dépassant de très loin ce qu'on pourrait espérer
arranger ultérieurement par l'arrondissement de certains angles.
E. B.
DOBROWOLSKI (T. A.), JOHNSON (B. K.), TANSLEY (Kather
ine). — The spectral absorption of the photopigment of « Xœnopus
L' absorption spectrale du pigment laevis » measured in single rods (
photosensible de X. 1. mesurée dans un bâtonnet unique). — J. of
Physiol., 1955, 130, 533-542.
Les auteurs ont appliqué à des bâtonnets de X. 1. la méthode mise
au point par l'un d'eux (Johnson) à des globules rouges isolés. Leurs résul
tats en ce qui concerne la courbe d'absorption d'un bâtonnet isolé (avec PSYCHOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 155
vérification de la photosensibilité par détermination de la courbe
avant et après action de la lumière) a montré des différences avec la
courbe d'absorption du pigment extrait par la digitonine de cette rétine
(maximum vers 530 m\i au lieu de 519, plus grande absorption à 619
qu'à 600 mfz). La possibilité de la présence d'un pigment que détruirait
la digitonine est envisagée par les auteurs.
H. P.
FORBES (A.), ENROTH (C), NEYLAND (M.), GONGA-
WARE (M. S.), DEANE (H. W.). — Color-shift response in turtle
retina and its relation to difference in wave length (Réponse au change
ment de couleur dans la rétine de tortue et sa relation avec la différence de
longueur d'onde). — Abstract, EEG Clin. Neurophysiol., 1956, 8, 524.
Lorsqu'une rétine est éclairée, et qu'on substitue brusquement un
nouveau flux éclairant au précédent, si la luminance est égale, rien ne
se manifeste dans l'ERG. Mais si l'on substitue un flux monochro
matique (avec filtres interférentiels) à un autre, de longueur d'onde assez
différente, en déterminant la luminance de manière à réduire au maxi
mum l'effet du passage, il y a toujours une manifestation de l'ERG
qui paraît bien comporter une superposition d'effets on et off, ce qui est
de nature à révéler un changement de récepteur (voir An. psychol.,
1956, 2, 480-481). Sur la Grenouille, le passage d'un flux jaune à un flux
bleu a des effets inverses suivant que l'œil est adapté à l'obscurité (où
la réception passe des cônes aux bâtonnets) ou à la lumière.
L'action des bâtonnets étant éliminée dans la rétine de Tortue,
celle-ci ne possédant que des cônes, les données concernant les réceptions
chromatiques peuvent apparaître plus clairement.
L'emploi d'un monochromateur a permis aux auteurs de suivre les
variations des réponses par substitution à un flux fixe de 675 mpi de
longueurs d'onde de plus en plus éloignées. La grandeur de la réponse
au changement n'a pas été continue, mais a varié par saccades, qui
révéleraient le changement assez brusque de participation de récepteurs
différents. La brève note résumée signale un tel passage entre 650
et 630 m\i.
H. P.
La réponse du système visuel au rouge lointain :
GOODEVE (C. F.). — Relative luminosity in the extreme red (Lumin
osité relative dans le rouge extrême). — Proc. Roy. Soc. London,
1936, A 115, 664-683. — PINEGIN (N. I.). — La sensibilité absolue
de l'œil dans le spectre infra-rouge. — G. R. Acad. Sei. U. R. S. S., 1945,
47, 627 (cité d'après Wald et coll.). — GRIFFIN (D. R.), HUB-
BARD (R), WALD (G.). — The sensitivity of the human-eye to
infra-red radiation (La sensibilité de l'œil humain à la radiation
infra-rouge). — J. opt. Soc. Amer., 1947, 37, 546-554. —
BRINDLEY (G. S). — The colour of light of very long wavelength
(La couleur de la lumière de très grande longueur d'onde). — J. of 156 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Physiol., 1955, 130, 35-44. — LEWIS (P. R). — A theoretical
interpretation of spectral sensitivity curves at long wavelengths
(Interprétation théorique des courbes de sensibilité spectrale aux grandes
longueurs d'onde). — J. of Physiol., 1955, 130, 45-52.
G. S. Brindley dans un travail expérimental et P. R. Lewis dans une
étude théorique, ramènent à l'ordre du jour le problème de la réponse
du système visuel au rouge lointain (infra-rouge proche). Brindley étudie
la couleur des longueurs d'onde de 711 à 887 m[i. Lewis expose une
théorie rendant compte, et de l'allure de la courbe de visibilité isotopique
dans le rouge extrême, et des modifications de couleur dans cette région.
Déjà, en 1936, Goodeve fait observer à des sujets adaptés à l'obscurité
la fente de sortie d'un monochromateur (dimensions angulaires 6° 12'
sur 9') et constate jusqu'à 900 m^. la visibilité des stimulations que les
sujets perçoivent d'une couleur qui va du rouge au jaune.
En 1945, Pinegin mesure à nouveau la visibilité des longueurs
d'onde suivantes : 655, 700, 800, 900 et 950 m[i, la plage d'observation
étant également la fente de sortie d'un spectroscope mais vue avec un
oculaire (dimensions de la plage non indiquées). Les résultats numériques
sont en accord avec ceux de Goodeve et la stimulation de 950 nifz est
prévue comme un rouge non saturé.
En 1947, Griffin, Hubbard et Wald tracent les courbes de visibilité
scotopique et photopique entre 700 et 1 050 m\i. Alors que, pour les
auteurs précédents on pouvait suspecter • — peut-être à tort, mais on ne
pouvait pas ne pas le faire — la présence avec la longueur d'onde isolée
de « fausse lumière » diffusée, Wald et ses collaborateurs ont pris toutes
les précautions nécessaires pour éviter cet inconvénient ; comme ils
le font remarquer, un œil adapté à l'obscurité est 10n fois plus sensible
à la longueur d'onde 500 m^ qu'à celle de 944 m\L, l'élimination rigo
ureusement absolue de toute lumière parasite est donc la condition
première de la validité des mesures. Les diverses stimulations sont
obtenues avec des filtres laissant passer Pinfra-rouge à partir de lon
gueurs d'onde plus ou moins éloignées. On notera qu'il ne s'agit pas
de bandes spectrales juxtaposées, mais d'un ensemble de radiations
I.-R. dans lequel la portion « proche » est variable ; ceci oblige les auteurs
à des déterminations et calculs supplémentaires pour aboutir à la courbe
de visibilité. Voici un extrait de l'ensemble des résultats :
Sensibilité spectrale relative
Longueur d'onde Stim. fovéale Stim. à 8° de la fovéa
(rafi) (1°) (I»)
700 3,5 .10-3 ■ 3,4 .10-3
1,04.10-* 1,15.10-* 750
800 3,9 .10-« 5,4 .10-6
850 2,2 .10-7 3,4 .10-7
10-8 3,3 . 10-8 900 1,7 .
950 1,7 .10-9 4,5 .10-9
6,6 .10-10 1000 2,2 . 10~101050 1,1 PSYCHOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 157
La sensibilité spectrale est exprimée relativement au maximum de
sensibilité fovéale pris comme unité. Les stimulations avaient une
durée de 1 s.
On notera qu'à partir de 800 my. la sensibilité de la fovéa décroît
plus rapidement que celle de la périphérie de telle sorte que, pour une
stimulation étendue de la rétine, au seuil, au delà de 800 mjx, la radiation
paraît incolore, ne stimulant que les bâtonnets.
La comparaison des résultats de Goodeve et de Pinegin à ceux de
Wald et coll. indique assez nettement que ces deux auteurs ont stimulé
essentiellement la fovéa. Wald et coll. relèvent cet accord, mais ne
donnent aucun renseignement ferme, quant à eux, sur la couleur de
leurs stimulations appliquées à la fovéa.
C'est Brindley qui étudie systématiquement cette question en
demandant à ses sujets d'égaliser les longueurs d'onde du rouge lointain
avec — car cela est possible — des d'onde inférieures à 700 mjx.
Il trouve que pour chaque longueur d'onde supérieure à 700 ni[z il existe
une longueur d'onde inférieure à 700 mjj. avec laquelle l'égalisation du
point de vue chromatique est possible, l'égalisation phanique ayant été
préalablement réalisée. Pour huit sujets, les ajustements isochromes en
vision photopique sont en moyenne les suivants :
711 mjx = 688 mjz
749 - = 679 -
786 - = 674 -
850 - = 652 -
887 - = 641 -
L'accroissement de la longueur d'onde au delà de 700 mjji produit
donc un virage de la couleur vers l'orangé, virage d'autant plus marqué
que la longueur d'onde est plus grande. Brindley ne relève aucune
indication d'une baisse de saturation dans le rouge lointain, mais ce que
les sujets de Pinegin nommaient rouge désaturé était peut-être seule
ment un rouge orangé.
On pourrait se demander, et l'auteur a prévenu ces objections, si les
résultats ne sont pas le fait, soit de la lumière parasite, soit de la partici
pation des bâtonnets (sa plage d'observation est trop grande : dia
mètre de 3° 20'). Mais toutes les précautions ont été prises pour éliminer
la lumière parasite, les stimulations étant obtenues avec des systèmes
de filtres, et des vérifications effectuées pour juger de l'efficacité du
dispositif. D'autre part, les résultats ne sont pas modifiés systématique
ment par l'adaptation des sujets à l'obscurité, non plus que par l'utilisa
tion d'un test de 2° et même de 1°. Il semble donc difficile de contester les
constatations de Brindley. Mais il est également de les expliquer.
Brindley en se référant au schéma trichromatique de la G. I. E. et
en prenant les fondamentales de Pitt, R' = 1,06 R — 0,06 G ; G' =
= 1,38 R + 2,44 G — 0,06 B et B' = 0,02 R — 0,055 G + 1,035 B,
trouve que :
887 ni (A ■■= 0,964 IV -f 0,036 G' 158 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
alors que
711 my. = 0,976 R' + 0,024 G'
il y aurait participation accrue de la fondamentale verte dans le rouge
lointain. Mais ces évaluations constituent une traduction numérique des
faits expérimentaux plus qu'une réelle explication.
Cette explication, Lewis tente de la fournir. Son raisonnement
comporte un nombre respectable d'hypothèses, mais aucune d'entre elles
n'apparaît comme foncièrement invraisemblable.
L'hypothèse fondamentale, empruntée à Stiles, introduit, à côté de
l'énergie apportée par la radiation stimulatrice, l'énergie thermique du
groupe chromophore absorbant : si l'énergie nécessaire à l'absorption
d'un quantum est Eo et si l'énergie du quantum absorbé hv est inférieure
à Eo, le déficit (Eo — h\) peut être compensé par l'énergie de vibration
du chromophore intéressé. Cette énergie de vibration peut prendre
plusieurs valeurs correspondant aux différentes distributions électro
niques possibles et à partir de la loi de Boltzmann, après un certain
nombre de transformations et le choix de paramètres convenables,
Lewis peut tracer une courbe de visibilité sco topique théorique, de 560 my
à l'infra-rouge, qui coïncide parfaitement avec les résultats expérimen
taux de Crawford (1949). Comme l'auteur le fait remarquer, son raiso
nnement ne concerne pas le problème d'ensemble de la forme de la courbe
de visibilité scotopique, il n'envisage rien concernant la forme au max
imum ni la descente du côté bleu. Et même du côté rouge, il s'est limité à
la confrontation avec les résultats de Crawford alors que la confrontation
avec ceux de Wald qui vont beaucoup plus loin dans l'I.-R. aurait été
plus riche d'enseignements.
En ce qui concerne la vision photopique, Lewis fait intervenir, à
l'extrémité rouge du spectre, le jeu simultané de deux récepteurs
fondamentaux avec maximum de sensibilité, l'un à 540 my., l'autre
à 570 mjji. Il assimile ensuite les pigments responsables à des diphé-
nylpolyènes dont on sait que le nombre de doubles liaisons commande
le maximum d'absorption, (X max)2 étant proportionnel à n dans
C6 H5 — (CH = CH)n — C6 H5. On sait par ailleurs que le nombre des
niveaux d'énergie auxquels peuvent se trouver de telles molécules décroît
si la chaîne s'allonge, c'est-à-dire si X max croît. Ceci a comme consé
quence de donner à la courbe d'absorption une pente d'autant plus raide
entre son maximum et le rouge lointain que ce maximum se trouve
lui-même plus lointain. En d'autres termes, pour des longueurs d'onde
suffisamment grandes, la participation de la fondamentale correspondant
au vert finit par égaler celle de la fondamentale correspondant au rouge,
puis la longueur d'onde croissant peut la dépasser, d'où le jaunissement
du rouge lointain observé par Brindley.
Évidemment, le raisonnement de Lewis contient une grosse part
de spéculation ; tel qu'il est, il constitue cependant un apport dont il
faudra tenir compte dans des elaborations ultérieures plus complètes.
Y. G. SENSORIELLE 159 PSYCHOPHYSIOLOGIE
DODT (E.). — Geschwindigkeit der Nervenleitung innerhalb des
Netzhaut (Rapidité de la conduction nerveuse à l'intérieur de la rétine).
— Experientia, 1956, 12, 84.
Dans le nerf optique du Chat, où les fibres sont myélinisées, on trouve
qu'il y a deux groupes d'influx, dont les vitesses s'ordonnent autour
de 70 et de 23 m/s. D. a examiné les vitesses dans les fibres du nerf au
cours de leur parcours dans la rétine, où elles ont perdu leur gaine de
myéline. Pour cela, il a recueilli avec une micro-électrode, déplacée à
partir de la tache aveugle, les influx antidromiques engendrés par une
stimulation du corps genouillé latéral. Il a retrouvé les deux groupes
d'influx, mais avec les vitesses très réduites de 2,8 m/s pour les plus
rapides et de 1,7 m/s pour les plus lents. Le rapport des uns aux autres
passe de 3 à 1,6 seulement. „ p
HARTLINE (H.), WAGNER (H.), RATLIFF (F.). — Inhibition
in the eye Of « Limulus » (L'inhibition dans l'œil de Limulus/ —
J. gen. Physiol., 30, 1956, 651-673.
Dans l'oeil de Limulus, chaque ommatidie fonctionne comme récep
teur indépendant qui envoie ses potentiels d'action dans le nerf optique.
Ce potentiel se propage dans l'axone de la cellule réceptrice, à travers
un plexus nerveux étendu. Ce plexus relie les ommatidies l'une à l'autre,
mais on ne connaissait pas, jusqu'à présent, ses propriétés.
Lorsqu'on éclaire des ommatidies voisines de celle dont on enregistre
les potentiels d'action, le seuil d'excitation lumineuse de la dernière
augmente. Au seuil, il faut davantage de lumière pour observer la réponse
minimum, soit un spike ; au-dessus du seuil, le nombre de spikes diminue
pour une stimulation donnée, du fait de la stimulation d'ommatidies
voisines.
L'influence inhibitrice s'exerce avec une certaine latence. Elle débute
avec son maximum, diminue graduellement et se stabilise ensuite. Après
suppression de la stimulation des ommatidies inhibitrices, la fréquence de
réponse de l'ommatidie étudiée se rétablit rapidement à sa valeur initiale.
L'inhibition s'exerce directement sur le corps de l'ommatidie. On
prouve que c'est le plexus nerveux qui en est le médiateur. est réciproque ; on l'a constaté par l'enregistrement
simultané sur les axones de deux ommatidies. La diminution de la
fréquence de décharge d'une ommatidie semble être une fonction
approximativement linéaire du logarithme de l'éclairement auquel est
exposée l'ommatidie inhibitrice. L'inhibition augmente avec l'aire voisine
éclairée. Mais cette augmentation tend vers une saturation.
L'inhibition peut agir jusqu'à plusieurs millimètres de distance ;
mais elle est d'autant plus forte que l'élément inhibiteur est plus proche
de l'élément inhibé.
L'inhibition provoquée par J'éclairenient à niveau donné d'une aire
donnée produit une diminution de la fréquence de décharge de l'ommat
idie étudiée qui ne dépend pas du niveau d'excitation de cette dernière. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 160
L'analogie de ces processus avec ce qui se passe dans la rétine des
Vertébrés est frappante. C'est par eux qu'on peut comprendre l'établi
ssement du contraste marginal, qui exagère les différences apparentes
de l'éclairement de plusieurs zones rétiniennes, par le canal de l'activité
de décharge des cellules ganglionnaires impliquées.
E. B.
MacNICHOL (E. F. Jr), BENOLKEN (R.). — Blocking effect of ethyl
alcohol on inhibitory synapses of the eye of Limulus (Effet bloquant
de V alcool éthylique sur les synapses inhibitrices dans Vœil duLimule).
— Science, 124, 1956, 681-682.
Hartline a montré que la réponse à la lumière d'une ommatidie du
Limule était réduite par l'éclairement d'ommatidies voisines, par le jeu
de synapses d'action inhibitrice.
Comme, chez Granit, Bernhard et Skoglund ont obtenu la suppres
sion de l'off-réponse dans l'œil de grenouille par action de l'alcool
éthylique, ce qui a été attribué au blocage d'une action inhibitrice, les
auteurs ont essayé l'effet de l'alcool sur l'œil de Limule excisé, en recueil
lant les réponses d'un récepteur unique éclairé par un petit orifice d'un
revêtement opaque recouvrant la surface oculaire, dont le fond baigne
dans un liquide contenant de l'alcool. En éclairant un point voisin, on
obtient normalement une réduction notable des influx, mais l'action de
l'alcool rétablit presque entièrement la fréquence, ce qui montre bien le
blocage, d'ailleurs réversible, de l'action inhibitrice synaptique.
H. P.
CHANG (H. T.). — Fiber groups in primary optic pathway of cat
(Groupes de fibres dans la voie optique primaire du Chat). — J. Neuro-
physiol., 1956, 19, 224-231. — LANDAU (W. M.), CLARK (Mar
garet H.). — A note on the characteristic response pattern in primary
sensory projection cortex of the cat following a synchronous afferent
volley (Note sur le pattern de réponse caractéristique dans le cortex
primaire de projection sensorielle à la suite d'une volée synchrone aff
érente).— EEG Clin. Neurophysiol., 1956, 8, 457-463. — COHN (R.).—
A contribution to the study of color vision in eat (Contribution à V étude
de la vision des couleurs chez le Chat). — J. Neurophysiol., 1956, 19,
416-423. — MILES (R. G.), RATOOSH (Ph.), MEYER (D. R.). —
Absence Of color Vision in guinea pig (Absence de vision des couleurs
chez le Cobaye). — J. Neurophysiol., 1956, 19, 254-258.
L'existence de trois spikes dans la réponse primaire du cortex
optique du Chat à une volée afférente par brève stimulation électrique
du nerf optique a conduit Chang à attribuer ces spikes à trois groupes
d'influx de vitesse inégale de propagation qui représenteraient les
réponses des trois groupes de récepteurs impliqués par la théorie trichro-
matique de la vision des couleurs. Mais l'interprétation s'est heurtée à
une opposition formelle de Bishop et une opposition plus nuancée de PSYCHOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 161
Bremer. Chang est revenu sur la question, en signalant que, si Bishop et
Glare n'avaient admis que deux groupes de fibres, Bishop venait ensuite
(Organisation and distribution of fibers in the optic tract of cat, «/. comp.
Neurol., 1955, 103, 269-304) d'en décrire quatre. G. a porté des chocs
électriques sur les deux tractus droit et gauche, et chaque fois recueilli les
potentiels propagés dans les nerfs optiques homolatéral et hétérolatéral,
aucune transmission ne se manifestant d'un tractus à l'autre. Dans le
nerf contralatéral on trouve bien trois groupes d'influx de latence
différente, et correspondant à des vitesses de 17, 30 et 70 m/s. Le groupe
moyen d'influx domine du côté homolatéral, le troisième pouvant même
faire défaut, tandis que le premier et le dominent du côté
opposé, quand la stimulation (à l'entrée du corps genouillé) est superf
icielle ; si la est profonde, c'est cette fois le premier groupe
qui est dominant du même côté, et qui domine aussi du côté opposé,
de même que le second (au lieu du troisième). Une stimulation au niveau
du tubercule quadrijumeau ne donne naissance qu'au premier groupe
d'influx appartenant aux plus grosses fibres (qui seraient donc réflexo-
gènes, au moins en partie). Mais, si l'existence des trois groupes de fibres
est vérifiée, l'interprétation du point de vue de la réception chromatique
est rendue bien douteuse.
Elle l'est plus encore d'après les données des recherches de Landau
et M. Glark qui, enregistrant chez le Chat les réponses des centres de
projection corticaux visuel, auditif et somesthésique par stimulation au
niveau des relais thalamiques (corps genouillé latéral, ou medial, et
ganglion ventral postérieur) ont obtenu le même pattern de réponse, à
triple spike (à 1,4 ms d'intervalle). Mais, dans le cortex strié, une
stimulation par intermédiaire du corps calleux ne donnerait pas le même
pattern, en désaccord avec Bremer. L'interprétation reste encore en
question. En tout cas, il ne semble pas que le Chat soit un animal qui
convienne pour la vision des couleurs dont il paraît dépourvu (recherches
en particulier de Meyer, Ratoosh et Miles, An. psychol., 1956, 56, 133).
Cohn vient à nouveau de conclure à l'achromatopsie du Chat, du fait que
les stimulations par des éclats de lumière blanche, verte, jaune ou bleue
donnent le même pattern de réponse (dans les voies optiques et le cortex
(avec le pattern à 3 spikes). Après le Chat, Miles, Ratoosh et Meyer ont
étudié le Cobaye et n'ont obtenu par dressage aucune discrimination
chromatique (de rouge à vert et de vert à bleu), en désaccord avec les
conclusions de Granit sur les « modulateurs ».
H. P.
COHN (R. ) . — Laminar electrical responses in lateral geniculate body of
cat (Réponses électriques laminaires dans le corps genouillé latéral
du Chat). — J. Neurophysiol., 1956, 19, 316-324.
Enfonçant des microélectrodes (de 1 ja) plus ou moins profondément
dans le centre d'étape visuel du Chat, et obtenant des spikes unitaires
correspondant à des éclairs lumineux, C. a trouvé que, dans une première
A. PSYCHOL. 57 11

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