XVI. Métapsychie. Divers - compte-rendu ; n°1 ; vol.24, pg 664-674

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L'année psychologique - Année 1923 - Volume 24 - Numéro 1 - Pages 664-674
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1923
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XVI. Métapsychie. Divers
In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 664-674.
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XVI. Métapsychie. Divers. In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 664-674.
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664 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de jugements corrects avec le phonographe, et 83 0/0 avec les dia
pasons ; la décroissance des erreurs quand la différence augmente
(de 0,5 à 12 v. s.) est plus régulière avec les diapasons. Ils concluent
qu'au laboratoire il vaut mieux employer cette méthode.
Toutefois, la différence se montre assez faible pour donner à la
méthode de Seashore, méthode pratique destinée à des mesures
d'application, une très réelle valeur.
H. P.
XVI. — Métapsychie. Divers
P. LANGEVIN, E. RABAUD, H. LAUGIER, A. MARCELIN,
I. MEYERSON, — Rapport au sujet des phénomènes produits
par le Médium J. Guzik. — L'Opinion, 21 décembre 1923.
(Reproduction du rapport) :
I. — HISTORIQUE
« Nous avons été sollicités par M. Paul Heuzé, au nom d'un groupe
métapsychique parisien, d'examiner et de contrôler les « phéno
mènes » produits par le « médium » Jean Guzik.
« Ces phénomènes ayant déjà été décrits dans diverses publicat
ions, particulièrement dans la Revue métapsychique, leur réalité
ayant été certifiée dans un procès- verbal rendu public et signé par
un nombre important de personnalités qualifiées, nous avons accepté
la proposition qui nous était faite de soumettre à un contrôle étroit
les conditions de leur production.
« Une réunion préparatoire eut lieu le 3 novembre 1923, à 5 heures,
dans le cabinet de M. le professeur Langevin, au Collège de France,
en vue de déterminer, d'accord avec M. S. de Jelski, qui accompagne
le médium et, depuis de longues années, « travaille avec lui », les
conditions dans lesquelles auraient lieu les expériences.
« Au cours de cette réunion, M. de Jelski donna les renseignements
suivants :
« Le médium Guzik est un très bon médium ; c'est très rarement
que les séances faites avec lui sont négatives. M. de Jelksi ajoute :
« Guzik est tout à fait en confiance avec moi ; si je lui demandais de
faire des phénomènes sur la place Vendôme, il en ferait aussitôt (sic).
« Pour observer des « phénomènes », il faut se placer dans une salle
complètement obscure ; la moindre lumière, même atténuée, em
pêche leur production ; cependant, on peut fixer sur la table autour
de laquelle se trouvent les contrôleurs des bandes de papier phos
phorescent. Il y a avantage à se placer dans une salle n'ayant point
l'apparence d'un laboratoire garni d'appareils compliqués, sinon le
médium serait intimidé, mal à son aise ; les « phénomènes » appa
raîtraient difficilement. La salle doit être relativement nue, car,
dans certains cas, les « phénomènes » irrités, ont précipité sur le sol
sans ménagement des objets situés à une grande hauteur, ce qui
n'est point sans danger. Autant que possible, il faut se montrer a
imable avec le médium, lui donner confiance, lui « offrir des ciga
rettes », etc. — DIVERS 665 MÉTAPSYCH1E.
« Dans ces conditions, le médium Guzik produit des phénomènes
divers : déplacements d'objets à distance, phénomènes lumineux
{buées lumineuses et points lumineux mobiles, évoluant dans la salle
et autour des assistants), contacts et attouchements variés perçus
par les contrôleurs et les assistants, bruits complexes dans la salle,
quelquefois apparition de formes lumineuses indécises qui prononcent
des paroles en des langues diverses ; quelquefois des crayons disposés
sur des feuilles de papier ont écrit des signes variés.
« L'un des contrôleurs demande si J. Guzik produit, comme on
l'a dit, des « matérialisations » d'animaux divers. M. de Jelski se
montre extrêmement réservé sur ce point ; il affirme seulement la
production de bruits, de contacts et de formes lumineuses, et il
ajoute que pour le reste, il s'agit simplement « d'interprétations »
données par les assistants, qu'il ne peut ni confirmer ni démentir.
« M. de Jelski indiquant que le cabinet de M. Langevin ne peut
être utilisé, en raison de vitrines nombreuses, renfermant des appar
eils, et du voisinage d'un atelier, M. Rabaud propose, comme salle
d'expériences, son bureau de travail, à la Sorbonne, qui lui paraît
remplir les conditions requises. Les contrôleurs et M. de Jelski se
rendent aussitôt à la Sorbonne pour visiter la salle en question qui,
après examen détaillé, donne toute satisfaction à M. de Jelski.
« II s'agit d'une salle cubique, avec deux fenêtres qui peuvent
être complètement obturées par des stores et des rideaux épais et
opaques, afin qu'aucune lumière n'arrive de la rue voisine. Un tapis
est cloué sur le sol et recouvre toute la pièce. La salle est nue, de
sorte qu'aucun accident n'est à redouter ; aucun éclairage spécial
n'est à prévoir, toutes les séances devant avoir lieu dans l'obscurité.
Toutefois, d'accord avec L. de Jelski, les contrôleurs décident
d'apporter des bandes de papier phosphorescent, qui seront fixées
à plat sur la table, en bordure, dès la première séance.
« En outre, M. de Jelski signale que ce serait exposer le médium
aux plus grands dangers que de faire brusquement la lumière, ou
de saisir les « phénomènes ». Les contrôleurs promettent de s'abstenir
de toute intervention de ce genre.
IL — PROGRAMME EXPÉRIMENTAL
« Dans une réunion tenue hors de la présence de M. de Jelski
les contrôleurs décident d'opérer de la manière suivante :
« Une série de séances sera d'abord effectuée, dans laquelle les se plieront avec la meilleure volonté, sans réserve, à tous
les désirs du médium et de M. de Jelski ; ils n'introduiront aucun
contrôle spécial d'aucune sorte.
« Les contrôleurs se proposeront seulement, dans ces séances,
de voir les « phénomènes », de noter ce qu'ils auront remarqué avec
les moyens d'observation laissés à leur disposition par les conditions
où l'on opère. Puis, ayant constaté les « phénomènes », s'il s'en pro
duit, les contrôleurs, suivant en cela une méthode scientifique ba
nale, examineront les hypothèses suggérées par leurs observations
et s'efforceront, par une intervention expérimentale de contrôle
automatique, de les vérifier et de déterminer si, pour les expliquer, il 666 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
est nécessaire de faire appel à des mécanismes ne rentrant pas dans
les catégories scientifiques connues.
« Aucun des contrôleurs n'avait, avant les expériences, une opi
nion arrêtée au sujet des productions de Guzik ; chacun d'eux étaitr
comme tout chercheur, extrêmement avide d'observer des phéno
mènes nouveaux, ouvrant des voies inconnues ; l'opinion exprimée
par l'un d'eux était sincèrement partagée par tous : « Si un seul des
phénomènes que l'on nous a annoncés est exact, il vaut la peine
que l'on consacre sa vie à son étude. »
III. — PREMIÈRE SÉRIE D'EXPÉRIENCES
(Six séances)
A. — Physionomie d'une séance
« On trouvera dans les pièces annexes le compte-rendu détaillé
des diverses séances et des particularités qui ont caractérisé chacune
d'elles. Chaque séance était composée de plusieurs reprises, espacées
par quelques minutes de repos et de détente pour le médium et les
assistants.
« La marche générale d'une reprise est la suivante :
« Une table de lm,25 de long sur 0m,60 de large est disposée, en
diagonale, près de l'un des coins de la pièce ; le médium s'assied à
l'un des bouts, occupant à lui seul un des petits côtés, celui qui est
tourné vers l'angle de la pièce ; les contrôleurs et assistants prennent
place autour de la table ; on fait l'obscurité ; médium, contrôleurs
et assistants font la chaîne en accrochant leurs petits doigts et en
plaçant leurs mains sur la bande de papier phosphorescent qui
borde la table. Cette bande n'émet aucune lumière permettant
d'apercevoir quoi que ce soit dans la salle ; mais elle révèle la pré
sence, la position et les mouvements des mains du médium et des
contrôleurs.
« Les contrôleurs situés à droite et à gauche du médium s'efforcent
de contrôler la jambe correspondante du médium, en assurant avec
le genou et le pied un contact aussi étroit et permanent que possible.
A de certains moments, M. de Jelski conseille de parler à mi-voix de
choses et autres ; à d'autres moments (sans qu'il soit possible aux
assistants d'en trouver la raison), M. de Jelski conseille de garder
un silence absolu. Les assistants observent ces recommandations.
Par moment, M. de Jelski essaie de se rendre compte si le médium
« dort », en lui posant à voix basse des questions en polonais qu'il
traduit ensuite en français ; suivant que le médium répond ou ne
répond pas, M. de Jelski déclare que le médium est éveillé ou dort.
Quelquefois, on entend la respiration du devenir bruyante
et profonde, comme celle de quelqu'un qui commence à ronfler.
Généralement, dans ce cas, M. de Jelski déclare que le médium dort
trop profondément pour que des phénomènes se produisent ; il essaie
alors de le faire passer dans un état de sommeil moins profond, en
donnant à la table de légères secousses. M. de Jelski a, d'ailleurs, à
diverses reprises, déclaré que les peuvent également se
produire quand le médium est éveillé. DIVERS 667 HETAPSTCH1E.
« Quand le médium a une « bonne transe », les contrôleurs res
sentent les tremblements du corps du médium, accompagnés de
soupirs bruyants. Dans ces périodes, M. de Jelski s'adresse au « phéno
mène » et lui dit, en'polonais, puis en français : « Si tu es là, donne
un signe », et au médium : « Prends les forces de nous tous. »
« Vers la fin de la séance, quand « les phénomènes » ou bien se
sont produits, ou ne se sont point révélés, M. de Jelski demande au
médium d'indiquer « s'il y a encore quelqu'un ». A ce moment, le porte en arrière sa main droite, puis sa main gauche, et
entraîne celles des contrôleurs voisins, comme pour tâter dans l'obs
curité. Il arrive quelquefois qu'à ce moment les contrôleurs soient
touchés.
B. — - Phénomènes observés pendant la première série de séances
« Dans aucune séance, contrairement à ce qui nous avait été
annoncé, des phénomènes lumineux de nature quelconque n'ont été
produits. Nous ne pouvons donc rien dire de ces phénomènes.
Par contre, des attouchements, des contacts, des déplacements et
des projections d'objets à distance ont été observés.
Séance i « Reprise 2. — Le contrôleur de gauche, M. Rabaud,
est touché à l'épaule droite.
« Le contrôleur de droite, M. Langevin, est touché à l'épaule
gauche.
« Une chaise a été déplacée de lm,30 environ sur la droite du mé
dium.
Séance ii « Reprise 1. — M. Langevin, contrôleur de droite, est
touché deux fois dans la région coccygienne, puis à l'épaule ; puis
il reçoit un coup violent sur la pommette gauche, puis à l'épaule
gauche.
« Une chaise est déplacée de lm,60 environ.
« Reprise 2. — M. Rabaud est touché légèrement au creux sous-
clavier gauche.
« La chaise de M. Rabaud est poussée contre la table.
« Un fauteuil à gauche du médium a été tourné de 130° environ et
déplacé de 1 mètre environ.
Séance vi « Reprise 1. — M. Marcelin, contrôleur de gauche,
est touché au côté droit ; la chaise de M. Marcelin est poussée et
pivote autour de son pied antérieur gauche.
« Un panier à papier situé à gauche du médium est projeté vers
la gauche de 0m,75 environ.
« Reprise 2, — M. Meyerson, contrôleur de gauche, est touché
au bras droit deux fois. Bruits de grincement du panier à papier
placé à gauche.
« Le panier à papier est lancé en l'air, tombe sur le nez de M. Lan
gevin, puis sur la table.
G. — Remarques au sujet des conditions du contrôle
« II nous paraît indispensable de signaler toutes les difficultés du
contrôle dans les conditions précédentes, conditions qui sont celles
des séances métapsychiques habituelles :
« 1° L'attention est diffusée : les contrôleurs ne savent pas ce 668 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
qui va se produire, phénomènes lumineux ? sonores? contacts?...
Elle est certainement, dans ces conditions, beaucoup moins sûre que
si elle était orientée sur une seule série de phénomènes ;
« 2° Les conversations à bâtons rompus, à mi-voix, conseillées
par M. de Jelski, ont encore pour effet de distraire l'attention ;
« 3° Les séances durent d'un quart d'heure à trois quarts d'heure,
temps au bout duquel l'attention est certainement émoussée de façon
notable ;
4° Les phénomènes sont brefs ; ils sont terminés alors que l'effet
de surprise n'est pas encore dissipé, de sorte que tout effort pour les
observer ou les analyser est vain ;
« 5° D'autre part, sur les contrôleurs doués du plus grand sang-
froid, et à plus forte raison sur des contrôleurs émotifs, l'ambiance
mystérieuse, l'attente de phénomènes inconnus, l'appréhension
inévitable vis-à-vis de contacts imprévus et généralement désa
gréables, ne manquent pas de diminuer de façon importante les fa
cultés. de contrôle ;
« 6° En somme, il est résulté pour nous, dès les premières séances,
une première conviction : c'est que l'analyse des phénomènes ne peut
être faite qu'en une série de séances par plusieurs observateurs se
complétant ; l'impression d'un observateur, après une séance isolée,
doit être considérée comme dépourvue de toute valeur probante.
D. — Considérations au sujet des faits observés.
« Des diverses observations effectuées au cours des séances posi
tives — observations qui sont inscrites chronologiquement dans les
procès- verb aux annexes — se dégageaient immédiatement quelques
remarques importantes :
« 1° Tous les phénomènes de contact se sont produits à portée
des membres du médium ; ils sont intéressé le côté droit du contrô
leur de gauche et le côté gauche du contrôleur de droite ;
« 2° Tous les de déplacement ont intéressé des objets
qui étaient initialement à portée des membres du médium et qui
avaient d'ailleurs été placés à ces endroits précis par M. de Jelski
lui-même ;
« 3° Diverses constatations forment une convergence de probab
ilités en faveur d'une. hypothèse suivant laquelle le médium, au
cours des séances, réussirait à libérer du contrôle une jambe et lais
serait aux deux contrôleurs voisins en commun son autre jambe :
« a) Dans un cas où l'un des contrôleurs a été touché à la face et
à l'épaule (Langevin), on a observé sur son vêtement une trace
poussiéreuse en forme de talon. A noter que le médium a des talons
en caoutchouc ;
« P) Dans le cas où le fauteuil a été déplacé (séance III, reprise 2)
on a trouvé sur le tapis de la pièce, entre le siège du médium et le
fauteuil, des traces de frottements, en arc de cercle, centrés sur le
siège du médium ;
« y) D'autre part, au cours des séances, les observateurs ont cons
taté que, d'une façon générale, le médium manœuvre pour libérer
une de ses jambes, et qu'il use pour cela'de trois moyens au moins :
« a) Au moment où les « phénomènes » se produisent le médium DIVERS 669- MÉTAPSYCHIE.
s'agite tellement que les contrôleurs (l'un d'eux au moins), déclarent
avoir complètement perdu le contrôle des jambes (procès- verb al
séances III, IV et V).
v b) Dès que Vobscurité vient d'être faite, alors que Vattention des
contrôleurs n'est pas encore en éveil (ceux-ci cherchant à prendre une
position dans laquelle ils pourront conserver, durant 45 minutes,
une immobilité relative), le médium s'empresse d escamoter sa jambe
droite, par exemple, sous sa jambe gauche, de sorte que le contrôle qui
s'exercera par la suite ne sera plus qu'illusoire, les deux contrôleurs,
à leur insu, contrôlant la même jambe, l'autre étant libre. Laugier
(procès verbal séance IV), a surpris Guzik en flagrant délit de ma
nœuvre d'escamotage aussitôt après l'extinction de la lumière ; occu
pant la place de gauche par rapport au médium, îl a déclaré qu'il
venait de perdre le contrôle de la jambe gauche. Laugier ayant s
ignalé le fait à haute voix : « J'ai perdu le contact », on rallume ;
Guzik reprend le contact aussitôt. Aucun phénomène ne s'est plus
produit.
« c) Par un mouvement très lent le médium écarte ses jambes Vune
de l'autre. Sa jambe gauche restant fixe, par exemple, sa jambe
droite se porte vers l'observateur de droite ; celui-ci (on impose aux
contrôleurs de ne pas entraver les mouvements du médium) se recule,
de telle façon qu'il n'exerce qu'une faible pression sur la jambe du
médium. Puis le médium entreprend un mouvement inverse, éga
lement lent et progressif, tendant à rapprocher à nouveau ses jambes
l'une de l'autre : deux cas peuvent alors se présenter :
« Ou bien l'observateur de droite ne perçoit pas le changement de
manœuvre, autrement dit il ne se rend pas compte de l'instant où il
perd le contact de la jambe droite du médium : celui-ci peut alors à
loisir effacer sa jambe droite sous sa jambe gauche ; la manœuvre a
réussi ; le médium ne manquera pas, par la suite, de rapprocher sa
jambe gauche de l'observateur de droite, pour que la pression que
celui-ci pouvait être tenté d'exercer afin d'assurer la continuité de
son contrôle rencontre l'obstacle d'une jambe ;
« Ou bien la manœuvre échoue, au contraire, si le contrôleur de
droite parvient à assurer la continuité de son contrôle : tel fut le
cas de la séance (procès- verb al séance V), durant laquelle M. Marcel
in, contrôleur de droite, put, grâce à une attention soutenue, ana
lyser la manœuvre.
« 4° II est à noter qu'il est beaucoup plus difficile d'assurer la
continuité du contrôle que de s'y soustraire ; le médium exploite ce
fait que la sensation d'un contact peut se prolonger postérieurement
au contact lui-même ; le contrôleur doit s'assurer sans cesse, et sou
vent durant 45 minutes de suite, qu'un obstacle s'oppose aux pres-
.sions qu'il tenterait d'exercer sur la jambe du médium : la chose,
pour un contrôleur prévenu, est déjà très difficile ; on conçoit qu'un
médium peu scrupuleux ait beau jeu avec un contrôleur non prévenu,
qui ne serait pas mis en garde contre ces manœuvres.
« II est à noter enfin que, si les phénomènes produits sont sou
dains (quelques secondes ), les manœuvres préparatoires peuvent
souvent demander plusieurs minutes ; elles consistent en un simple
mouvement de gymnastique suédoise exécuté avec lenteur et conti
nuité. 670 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
«, A la suite de ces constatations, pour le moins troublantes, les
contrôleurs vérifièrent que un d'eux, assis à la place du médium,
pouvait, avec une jambe, produire des déplacements d'objets et des
attouchements absolument identiques à ceux qu'on avait observés ;
toutes choses se passant dans l'obscurité, les contrôleurs ont noté
que les attouchements dont ils étaient l'objet de la part de celui
d'entre eux qui occupait la place du médium, leur donnaient la même
sensation que ceux qu'ils avaient ressentis sous l'influence de Guzik.
« On constata, en outre, que certains contacts, à l'épaule ou au
bras, pouvaient être produits par des déplacements du coude du
médium, sans même que les doigts du médium fussent libérés du
contrôle. En effet, les contrôleurs tiennent le petit doigt du médium
par leur petit doigt, les deux doigts accrochés Fun à l'autre forment
comme une articulation, qui laisse la plus grande liberté à l'avant-
bras, au bras et au coude du médium. Il est particulièrement facile
au médium de produire des contacts sur les épaules voisines de ses
contrôleurs lorsque, suivant une pratique rituelle, vers la fin de
l'expérience, il renverse en arrière son bras et celui du contrôleur
pour tâter « s'il y a quelqu'un ».
« Après cette double reconstitution, l'hypothèse de l'intervention
des membres du médium dans la production des phénomènes deve
nait de plus en plus vraisemblable. Mais il y a loin d'une vraisem
blance, d'une probabilité à une certitude. Pour confirmer ou infirmer
définitivement l'hypothèse, une introduction de contrôle automatique
s'imposait, qui ne laissât aucun doute sur l'intervention ou la non
intervention des membres du médium dans la production des phé
nomènes.
IV. — DEUXIÈME SÉRIE D'EXPÉRIENCES
(Quatre séances)
« Dans cette deuxième série d'expériences, deux contrôles auto
matiques furent installés :
« 1° Des cordons inextensibles attachèrent la cheville droite du
médium à la cheville gauche da contrôleur de droite et la cheville
gauche du médium à la cheville droite du contrôleur de gauche. Un
certain mou fut laissé à chaque cordon, environ une vingtaine de
centimètres, assez- long pour que le médium, pendant « ses transes »,
ne fût point gêné, assez court pour q\ae les membres inférieurs; du
médium fussent mis hors de cause pour la production! des phéno
mènes ;
« 2° M. de Jelski ayant signalé à plusieurs reprises que les bandes
de papier phosphorescent ne gênaient nullement le médium, qu'on
pouvait augmenter leur dimension, et que même on pouvait installer
une espèce de dais phosphorescent au-dessus de la table, il fut décidé
de fixer au pyjama du médium des galons étroits (4 millimètres)
imprégnés de sulfure de zinc radifète, dont la phosphorescence légère
signalerait sans ambiguïté possible les mouvements du médium. De
petits; galons; fucent ainsi fixés : au poignet, au coude, au genou, à
la cheville, à la point© du pied du médium, des deux côtés, ainsi
sa cravate. DIVERS 671 HÉTAPSYCH1E.
« Ces deux modes de contrôle automatique furent acceptés avec
une apparente indifférence, mais de façon explicite, par M. de Jelski
et par le médium. A partir de ce moment, les contrôleurs ne cher
chèrent plus à maintenir avec leur genou un contrôle sévère.
« Dans ces conditions, quatre séances eurent lieu.
« Elles furent entièrement négatives.
« Aucun phénomène n'apparut, d'aucune sorte : ni contact, ni
déplacement, si minime fût-il, ne fut observé. A partir du moment
-où les jambes du médium furent automatiquement contrôlées, à
partir du moment où tout mouvement des membres du médium eût
été signalé aux contrôleurs, aucun phénomène ne s'est plus produit.
« L'expérience était donc concluante. Le contrôle automatique
faisait disparaître toute manifestation « médianimique ».
« Notons qu'entre la troisième et la quatrième séance négative, le
médium souffrant des dents, demanda une huitaine de jours de
repos et qu'après la quatrième séance, M. de Jelski déclara qu'il y
avait lieu de renvoyer à une date indéterminée la suite des séances,
le médium et lui-même devant partir pour Baden. Il fit connaître
que, pendant la période où ces séances négatives avaient lieu à la
Sorbonne, deux séances positives très remarquables eu lieu
dans un milieu métapsyehique parisien.
V. — DÉCLARATIONS DE M. DE JELSKI
« A la fin de la dernière séance négative, M. de Jelski déclara
qu'il était désolé que Guzik n'eût pas pu produire de phénomènes
sous les contrôles ; il ajouta que Guzik est un médium épuisé, dé
claration en contradiction formelle avec celles qu'il avait faites dans
la séance préparatoire et qui ont été consignées en tête de ce rap
port ; en également avec le fait que des séances « mag
nifiques » ont eu lieu dans divers milieux, dans la période même
où les séances de la Sorbonne étaient négatives. Il ajouta que, s'il
avait su, en quittant la Pologne, devoir présenter des « phénomènes »
non aux milieux métapsychiques, mais à « des hommes de science »
il eût amené un médium meilleur, moins épuisé, déclaration que
nous enregistrons sans commentaire.
VI. — CONCLUSIONS
« Ayant constaté que les phénomènes de contacts, de déplace
ments et de projections d'objets se produisent toujours à portée des
membres du médium ;
« Ayant observé à diverses reprises, au cours des six premières
séances, des tentatives non équivoques du médium pour libérer Tune
de ses jambes ;
« Ayant constaté que tous les phénomènes observés peuvent être
reproduits sans difficulté, soit avec le coude pour ce qui est de cer
tains contacts portant sur la région de l'épaule des contrôleurs voi
sins, soit avec une jambe pour ce qui est des déplacements, projec
tions d'objets, etc. ; :
672 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
« Ayant vérifié que tout phénomène disparaît dès que les membres
du médium sont mis hors de cause par des contrôles automatiques
qui, par ailleurs, n'imposent aucune gêne au sujet ;
« Les soussignés déclarent que leur conviction est complète et
sans réserve : les phénomènes qui leur ont été présentés ne mettent
en jeu aucun mécanisme mystérieux.
« Le médium les produit :
« — En se servant de son coude pour certains contacts appliqués
à la région de l'épaule ;
« — En libérant du contrôle une de ses jambes : il réalise alors
déplacements, contacts, projection d'objets au moyen de ce membre
libéré ».
[A ce rapport était joint le procés-verbal justificatif des séances].
JULIETTE ALEXANDRE BISSON. — Le Médiumnisme et la
Sorbonne. — In-16 de 137 p., Paris, Alcan, 1923.
Mme Bisson a reproduit dans ce petit livre le rapport sur les expé
riences faites avec son concours à la Sorbonne, sur son médium à
ectoplasme, en y juxtaposant ses remarques, dont certaines appelle
raient à leur tour des observations complémentaires si les contro
verses n'étaient, à cet égard, complètement stériles.
H. P.
P. JANET. — A propos de la Métapsychique. — R. Ph., 48* A., 7-8,
1923, p. 1-32.
« Les défenseurs de la métapsychique se plaignent souvent que
leurs travaux se soient pas étudiés sérieusement : j'ai voulu consac
rer, au livre de Richet, une étude sérieuse », et le but ainsi défini
par Janet a été pleinement atteint. C'est une belle étude critique,
de toute bonne foi, de toute impartialité, mais aussi d'esprit scien
tifique et de bon sens.
Aussi sa conclusion se dégage-t-elle avec une très grande force,
quand Janet montre le postulat métapsychiste que la fraude est
impossible. « Nous n'avons jamais le droit, dit-il, de postuler la per
fection, l'infaillibilité de nos précautions et l'impossibilité d'une
mystification ; nous avons toujours le devoir de reconnaître une
erreur possible, dès qu'un détail de l'expérience vient nous en mont
rer la probabilité. Parler autrement, c'est prendre l'attitude du
croyant et renoncer à la conduite du savant. C'est le sentiment de
cette transformation qui trouble le lecteur sympathique, mais hési
tant, quand il désirait être convaincu scientifiquement, et qui
l'afflige, car elle lui enlève sa confiance dans l'esprit critique de son
guide. »
Est-ce sévère ? Ce n'est que juste.
Janet a pleinement montré que, pour lui, amicus Richet, sed magis
arnica veritas, et il a esquissé, en psychologue averti des conduites
humaines, le passage de l'attitude du savant à celle du croyant chez
un eminent penseur.
H. P.

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