XXIV. L'interprétation des sensations tactiles chez des enfants arriérés - article ; n°1 ; vol.7, pg 537-558

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1900 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 537-558
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1900
Lecture(s) : 15
Nombre de pages : 23
Voir plus Voir moins

Th. Simon
XXIV. L'interprétation des sensations tactiles chez des enfants
arriérés
In: L'année psychologique. 1900 vol. 7. pp. 537-558.
Citer ce document / Cite this document :
Simon Th. XXIV. L'interprétation des sensations tactiles chez des enfants arriérés. In: L'année psychologique. 1900 vol. 7. pp.
537-558.
doi : 10.3406/psy.1900.3230
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1900_num_7_1_3230XXIV
L'INTERPRÉTATION DES SENSATIONS TACTILES CHEZ
LES ENFANTS ARRIÉRÉS
L'étude qui fait l'objet de cet article ne porte pas unique
ment, malgré le titre qui lui est donné, sur la sensibilité tac
tile; en même temps qu'elle se propose la recherche du seuil de
la sensation de 2 pointes, l'analyse de la perception des sen
sations de contact, telle qu'elle est ici poursuivie, semble au
contraire, également, un moyen d'aborder un certain nombre
de questions d'un autre ordre : rapidité d'adaptation à l'expé
rience donnée, influence de l'attention, de la distraction, de la
fatigue ou de l'ennui.
Une fois entendue l'explication qu'on lui donne, le sujet
s'adapte-t-il rapidement ou lentement à l'expérience? le terme
adaptation s'entendant ici de ce qui suit, qui, psychologique
ment, est assez complexe : de la comparaison que le sujet fait
entre les sensations qu'il éprouve lorsqu'on le touche avec une
pointe, et les sensations qu'il éprouve lorsqu'on le touche, au
contraire, avec deux, — et du résultat qui suit ce travail, résul
tat qui se traduit, en fait, par une diminution des erreurs du
début. Il est évident, en effet, a priori, que la perception exacte
des contacts suppose une comparaison entre ces deux condi
tions différentes : être touché avec une pointe ou avec deux. La
vitesse de l'adaptation est donc en relation avec la rapidité et
l'exactitude de ces jugements particuliers de comparaison. Et
le phénomène peut se produire soit au début, dès les premières
piqûres, soit un peu plus tard, et seulement après un certain
nombre, soit enfin d'une séance à l'autre.
Maintenant, il est vraisemblable également, d'autre part,
que, lorsque le sujet sera extrêmement attentif, ses réponses
aux contacts seront d'autre nature que lorsqu'il sera distrait ;
et l'on peut prévoir de là quelque changement dans les
réponses, selon que l'attention sera fortement concentrée sur
les sensations de contact ou que le sujet soumis à l'expérience
sera au contraire dans un état quelconque de distraction. MÉMOIRES ORIGINAUX 538
Et de même, resterait à voir si l'expérience se prolongeant
jusqu'à ennui, on pourrait relever des traces de fatigue, et
comment se traduirait, à son tour, l'intervention de cette nou
velle influence.
On voit donc la variété des questions qui se dressent à côté
et à propos de la principale : le seuil de la sensation de
2 pointes, qui est la question de sensibilité proprement dite.
Car fixées au moyen d'expériences qui ne laisseraient aucun
doute — mais à ce point de vue, on ne peut s'avancer que très
prudemment — le seuil de la sensation de deux pointes indi
querait, en effet, quel est le degré d'acuité tactile des sujets.
Or il était, d'autre part encore, d'autant plus intéressant,
d'essayer d'éclaircir tous ces problèmes — je ne dis point de
les résoudre — - que j'avais affaire à des sujets très spéciaux,
constituant un groupe très hétérogène d'enfants arriérés, com
posé tout à la fois d'idiots, d'imbéciles et de débiles. J'en ai
choisi 20, les 20 sur lesquels j'ai donné des notes individuelles,
au début de l'article de Céphalométrie, publié dans cette même
Année, et Ton peut voir qu'ils n'ont guère d'absolument commun
que leur âge, tous ayant dans les environs de 13 ans, puisque
tous sont nés en 1887, et que ces recherches ont été faites
en 1900. Mais, à part cela, ils présentent une diversité extrême,
puisqu'il y en a qui savent à peine se nourrir seuls, tandis qu'un
autre, à l'opposé, a déjà son certificat d'études.
Technique de l'expérience. — Je rappellerai d'abord la tech
nique suivie : j'avais au préalable préparé une série de 7 cartons,
de 2 centimètres de large et de longueur variable, dont l'un
était traversé perpendiculairement par une seule aiguille et
chacun des autres par 2. L'éeartement entre les 2 aiguilles
était différent pour chacun de ces derniers. Il présentait des
valeurs égales à lcm, 2cm, 2cm,5, 3cm et enfin 4 centimètres.
C'est la méthode déjà décrite et employée par M. Binet, qui
en a signalé les avantages, manipulation rapide, etc.
Toutes les expériences ont été faites individuellement,
l'après-midi, en général, entre 1 et 4 heures.
Tous les enfants étaient, comme je l'ai déjà signalé ailleurs,
heureux de venir, la chose étant nouvelle. Mais il m'a semblé
que cette expérience était une de celles qui les intéressaient le
moins, et je n'en ai trouvé qu'un, Pigeon..., qui m'ait demandé
s'il avait bien fait.
Quoi qu'il en soit, étant moi-même assis à un bout de la INTERPRÉTATION DES SENSATIONS TACTILES 339 SIMON.
table qui nous servait, près d'un angle de celle-ci, je priais
l'enfant de prendre place à ma gauche, assez près de moi,
mais sur le côté perpendiculaire à celui que j'occupais. Je
lui faisais mettre sur la table sa main gauche, les doigts rap
prochés, mais sans raideur. Puis je plaçais devant lui, vert
icalement, un grand carton de SO centimètres carrés à peu
près. Ce carton présentait à son bord inférieur, reposant sur
la table, une échancrure demi-circulaire dans laquelle j'enca
drais le poignet du sujet, tandis qu'un voile noir, fixé au pour
tour del'échancrure, faisait tunnel sur l'avant-bras. L'enfant
tenait lui-même ce carton avec sa main droite, le coude cor
respondant prenant, en général, point d'appui sur la table.
Le carton dépassant ainsi le plus souvent la tête du sujet suf
fisait par conséquent pour l'empêcher de voir les différentes
manœuvres dont sa main gauche allait être l'objet. Je plaçais
également à l'abri de ses yeux, tout contre le carton, la petite
boîte contenant les couples d'aiguilles, et, tout étant ainsi
préparé, je donnais à l'enfant l'explication suivante, autant
que possible toujours dans ces mêmes termes : « Voici ce que
je vais faire. Je vais te toucher le dos de la main gauche. Je
te toucherai avec des pointes ; mais, sois tranquille, je ne te
ferai pas mal. Tu sais bien d'ailleurs que je ne te fais jamais
mal. Je te toucherai donc le dos de la main avec des pointes.
Maintenant je te toucherai tantôt avec 1 pointe, tantôt avec 2.
Eh bien, tu me diras, toi, précisément, si je te touche avec
2 pointes ou avec 1 seule. Si je te touche avec 1 seule
pointe, tu diras : 1 ; ai-je touché avec 2 pointes, tu me diras :
2. Comprends-tu bien? Quand je te toucherai le dos de
la main, si tu sens 2 pointes, tu me diras : 2; si tu n'en
sens que 1, au contraire, tu me diras : 1... Voyons...» Et j'ap
pliquais alors sur le dos de sa main, à peu près à égale dis
tance du poignet et des têtes des métacarpiens, transversale
ment, l'un de mes cartons d'aiguilles. C'était avec les têtes de
celles-ci que je déprimais la peau. J'essayais toujours de tou
cher la peau en même temps avec les deux pointes, ce qui est
beaucoup plus difficile pour les grands écartements que pour
les petits. Aussitôt la dépression obtenue, je les retirais. L'en
fant m'exprimait sa sensation ; et, l'ayant inscrite, je passais
au carton suivant... Je me suis, par exemple, toujours astreint
à l'ordre que voici, en indiquant les cartons par l'écart des
2 aiguilles qu'ils portaient et le chiffre 0 représentant le carton
muni d'une seule. 540 MÉMOIRES ORIGINAUX
Et il est, en effet, indispensable de suivre, pour les contacts,
un ordre déterminé d'avance, si l'on veut que les réponses de
tous les sujets soient comparables :
c) d) a) b) e)
i 4 3 4 2
4 2 2,5 1 1,5
1,5 1 3 3 2,5
2 1,5 1 2 3
2 2,5 4 0 1
0 3 0 2,5 4
2,5 0 1,5 1,5 0
Je répétais cette série 2 fois consécutivement, soit au total
70 touchers. On voit que chaque série ramène le même écarte-
ment des aiguilles 5 fois, mais dans des relations différentes
avec les autres écarts. L'épreuve durait de 10 ]k 15 minutes.
On pourra trouver que c'est un nombre de contacts bien consi
dérable; mais il vaudrait mieux cependant l'augmenter que
le réduire; un grand nombre est ici nécessaire : avec une
dizaine on ne pourrait rien faire, sinon établir qu'il y a ou non
del'anesthésie.
Les tableaux suivants rassemblent les réponses des enfants.
Les enfants sont rangés d'après leur date de naissance. La
première colonne verticale indique en centimètres les écarts
des aiguilles. Les chiffres des autres colonnes, ceux que les
enfants ont prononcés(p. 541, 542).
I. — Adaptation a l'expérience
L'expérience paraît une des plus faciles à dépouiller si l'on
se borne à recueillir le pourcentage des réponses justes et
fausses à chacun des écarts essayés; mais j'indiquerai d'abord
qu'en ce qui concerne la possibilité même de ce pourcentage,
on peut se trouver en présence de 3 groupes différents de
sujets : ce pourcentage peut être impossible à établir, aucune
des réponses du sujet ne s'y prête ; ou bien il peut ne l'être
que partiellement, ou bien enfin toutes les réponses du sujet
soumis à l'expérience en sont susceptibles.
I. — Les enfants dont aucune des réponses ne se prête au
dépouillement habituel sont : 1° Roy... et Dubarry; 2° Vail
lant... et Syden... ; 3°Lavocat... Je dirai tout de suite quelques
mots de chacun d'eux. — INTERPRÉTATION DES SENSATIONS TACTILES 541 SIMON.
I. — Réponses des enfants
NT1F, cd
ÉCARTS hat z a o a Sgg^H. g g ! g © o 3 des es d ^ si o z IL CC < -* K S *ûëœJccza M «- n ^ o 3 o fi s < AIGUILLES
i i i 1 1 2 1 1 ill 11 1
2 12 2 2 2 2 1 2 2 2 2 £ 2 l 4-
1 3 2 { 3 2 3 2 2 3 2 3 2 l 3.. . 2
1 1 2 i 1 4 1 2 14 1 4 1 i 4 a) 1,8*. ~ 2 9 1 1 1 0 1 2 2 2 2 5 2 2... 2
1 î 2 1 1 1 1 111 61 0... 1 6
1 2 1 2 2 2,5. 2
rv y 1 1 A 1 J 1 6 0 O Â 4. . . 1
1 2 2 1 1 4 2 2 2 12 13 1 2. 1 2
2 3 1 1 1 5 1 2 112 2 4 2 ïjb! 1 2
1 4 2 1 £ 1 1 1 6 1 2 15 1 1 1 h)
2 5 2 2 1 7 2 2 2 2 2 2 6 2 2 2 0... 3... 2,5. i.. .
2 6 2 2 1 2 2 2 2 12 7 1 2 2
1 7 1 1 1 11112 1 i 2 1 1 1
2 1 2 2 1 1 2 2 2 2 2 12 3 2 3... 2 2 2
2 2 2 1 1 2 9 2 2 222141 2 2 2,5.
1 3 i 1 2 1 12 112 2 5 2 d 2 1 1 1.'..
1 4 1 1 1 2 2 2 2 2 2 16 2 2 2 2 c) 2...
2 5 2 1 1 2 2 2 2 2 2 2 7 1 2 2 2 2 i 4...
1 6 1 2 1 1 2 1 2 1 12 111111 0...
1 7 l 1 1 1 1 2 1 112 2 2 1 ( 1,5.
8
2 2 2 2 1 2 2 î î 2 2 2 2 1 3 2 2 2 2 4...
1 111: J 2 1 1 1 2 1 1 1... 1 1 1 1 1 1
2 3 12 11 2 2 2 2 12 1 2 2 2 2 2 3...
4 12 2 2 2 2 2 2 2 3 1 1 1 1 2 2 i 2... cl)
5 1 1 1 î 1 1 1 1 1 1 2 1112 4 1 0...
6 12 2 1 2 2 212^51 2 2 i 2 2 2 2,5.
7 2 1 2 1 2 1 11 2 12 2 2 12 1,5.
2 2 2 2 12 2 2... 2 1 1 8 2 2 1 112 1
2 9 1 1 1 12 11 2 112 2 12 1,5. 2 1
2 [0 2 2 1 1^22 2 2 2 2 12 1 2,5. 2 1
2 1 1 2 1 2 1112 2 2 2 2 2 2 2 3... 2
1 i 1 3 2 1 12 12 2 112 111 1... 1 1
2 2 i 4 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 4... 2 2
1 1 1 6 1 1 1111 0... 1 2
i 1

'
MÉMOIRES ORIGINAUX
II. — Réponses des enfants
ce NTIE ÉCARTS CAT Ant Cd ce Si O ce Cd ce o Z H Z Cd o c S ONN CC ILBI OUJ o z o z >IGE 1ERI RPE ce AVO lILL BEA œ des S ce p ce a _! cc z < Cd ce <! •Cd ce C3 H o <! S CQ _i o AIGUILLES S CJ
1
INS 2 2 1 1 18 1 2 1 1 1 d 1 2 1 1 1 1 1.. . InS 8? 2 2 2 2 2 2 2 2 1 2 2 2 2 2 2 4.. . 2 INS d 2 2 18 2 2 2 1 1 2 2 2 2 2 1 2 1 3.5. 30 1 2 î 1 1 1 1 1 1 2 1 ï 1 1 d 2 1 1.. . f) 1 2 2 2 1 1 1 2 2 1 2 2 1 1 2 o""' 9 31? 2'
d 1 1 1 2 2 1 2 1 2 I 1 1 1 1 1 1 ï d
9 3 1 2 1 2 2 2 1 2 2 1 2 1 2 1 2,5. i
9 9 9 9 9 4 1 2 2 2 2 2 2 2 2 2 4... 9 9 8 1 1 1 1 2 2 1 2 d 1 1 1 2 d î 2
9 1 1 1 1 J 1 1 1 2 1 1 d 1 2 2 1 2' 1,5: 9 » 40 2 1 1 1 d 1 1 2 1 1 1 1 il i... 9) 9 9 9 9 9 2 2 2 2 d d 2 2 2 i 9 ï 1 2 2 41 inS i 9 9 9 9 9 9 2 2 2 2 1 2 2 2 i:1.:
1 43 1 1 1 i 1 1 1 2 1 1 2 1 1 1 d 0...
9 9 9 9 9 Q 44 2 1 1 d 2 2 2 2 2
9 9 9 9 9 9 9 9 0 2 2 1 2 2 d 2 2 2
7 1 1 1 2 î 1 1 1 1 2 1 d 1 1 d 1 i!.. 2 « .4 9 9 9 9 8 1 1 2 2 1 1 2 1 d 2 d ~. . . h) 9 9 9 9 9 9 9 9 2 d 2 2 2 2 2 ■x. . .
9 1 „ 2 1 1 d 1 1 1 2 1 1 1 d 1 1 1 0...
31 1 2 d 1 1 1 1 d 2 1 2 1 2 1 d 1 2 1,5.
9 9 9 9 9 9 2 1 2 2 2 2 2 2 2 d 2 2 4
1 1 2 1 1 1 1 2 1 d 2 1 2 1 1 3 1 1. . .
2 2 2 2 1 1 2 2 2 2 2 2 2 2 1 4 1 2 3...
2 2 1 1 1 2 1 2 1 d 2 1 2 2 1 2 5 2 0 1 1 1 1 1 1 1 2 1 1 1 2 2 2 ï 1 6 0... 1 i 9 9 9 9 9 9 9 9 9 \ 2 2 9 5 2 2 2 \ 1 1 1 1 2 1 2 1 1 1 2 1 1 1 1 1 1 9 1,5.
1 1 2 2 1 110 2 2 1 d 2 2 2 2 1 2 2 2 2. . .
1 1 2 1 12 2 d 1 1 2 d 1 d 2 d 1 1,5. 1 1
9 9 9 9 9 9 2 2 2 I 1 2 1 2 2 2 2 2 5 l 13 INS InS 9 9 2 2 2 d 1 2 2 2 2 2 2 2 3. . . 14 j) 9 2 î d d î 1 2 d 1 1 1 1 1 1 1 17 1 i... 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 2 2 4. 2 2 18
1 1 d 1 2 d 1 1 d 1 ï - 1 1 80 1 1 1 0.. .
II INTERPRÉTATION DES SENSATIONS TACTILES 543 SIMON.
Roy... n'a pas l'air de faire la moindre attention à l'explica
tion préliminaire qui lui est donnée; sauf quelques gestes de
tête affirmatifs faits de temps en temps et sans apparence de
raison logique, il reste à peu près inerte, quelque effort que je
puisse faire, et regarde, par exemple, dans la cour pendant que
je lui parle. Les 7 premières piqûres n'entraînent aucune réac
tion et ne déterminent pas non plus de réponse. Je reprends de
nouveau, et je précise, lui disant, par exemple, au moment où
je vais le toucher : « Voyons, cette fois-ci, combien sens-tu de
pointes...? » Le même mutisme persiste, et encore après une
troisième tentative.
La conduite de Dubarry... est en tout semblable. Sa physio
nomie reste inexpressive, plus même que celle de Roy... et
tellement qu'il semble non pas seulement ne pas comprendre,
mais même ne pas entendre. Il sent pourtant, car à la première
piqûre il a un petit mouvement de la main, qui ne se reproduit
plus, il est vrai, aux suivantes. Mêmes essais qu'avec Roy...
pour lui arracher une réponse : « Dis-moi, combien sens-tu de
pointes cetle fois-ci ? et maintenant? » Même insuccès.
Avec Vaillant... et Syden... la scène n'est plus la même :
Vaillant est lent, comme endormi, à peine a-t-il l'air d'écouter;
il se prête cependant de bonne grâce à l'expérience et répond
oui quand je lui demande s'il a bien compris. Quelle que soit la
piqûre, il répond : 1, et le plus souvent en levant un doigt de
la main qui tient le carton. 11 est d'ailleurs très long à
répondre, et paraît ailleurs bien plutôt qu'à l'expérience. Après
les 7 premières piqûres, je lui répète l'explication. 11 recom
mence à n'accuser jamais que 1 piqûre unique. J'essaie de
préciser encore en commençant la 2e série : « voyons, combien
sens-tu de pointes cette fois? (écartement 1)... ». « Et cette fois-
ci? (écartement 4)11... » sa réponse n'a pas varié. Quelquefois,
par exemple, elle a précédé toute piqûre.
Vaillant... sait cependant distinguer 1 de 2, mais il paraît ne
savoir le faire qu'avec les yeux : si je lui montre 1 pointe, puis
2 pointes et ainsi de suite dans un ordre quelconque, il ne se
trompe jamais, mais même a-t-il les yeux ouverts et regarde-t-il ,
aussitôt que j'applique 2 pointes sur sa peau et que je lui de
mande non plus : « Combien vois-tu... » Mais : « Combien
sens-tu de pointes... » il répond toujours : <» 1 ». J'ai essayé
plusieurs fois et n'ai jamais obtenu davantage.
Syden... lui, a préféré, au contraire, le chiffre 2. Il est,
d'ailleurs, bien différent du précédent : toujours mobile, tou- 544 MÉMOIRES ORIGINAUX
jours un peu inquiet; toujours causant à demi-voix. Après la
lre piqûre : « Ça ne fait pas de mal, oh ça ne fait pas de mal du
tout... ça ne fait pas de mal du tout », et se causant à lui-même
de ce qui se passe au dehors, de la rentrée de l'école qui a lieu
en ce moment : «voilà qui rentrent...» etc.; puis il ne répond
plus aux 6 piqûres suivantes. Nouvelle explication, coupée de
sa part de « oui » bien accentués après quoi il répond : 1 pour
un écartement de 4 centimètres, puis retombe dans son silence,
interrompu seulement de temps en temps par un marmotte
ment rapide : « je ne bouge pas... ça ne fait pas de mal... épa
tant! » et quelques rires. Je répète une 3e fois : « Tu me diras
donc combien tu sens de pointes... » et, avant de le toucher
(écartement de 3 centimètres) : «cette fois-ci, par exemple? —
1, 2, cette fois j'en sens 2...», puis c'est encore toujours 2 pour
les piqûres suivantes. Mais aussi répète-t-il souvent entre 2 p
iqûres : « Attends, attends, bouge pas, cette fois j'en sens 2, cette
fois j'en sens 2... » J'ai beau essayer de rompre l'automatisme
enlui disant : «Et maintenant...! »avant même une piqûre
unique..., rien n'y fait, et je l'entends encore marmotter j'en
sens 2..., même après que l'expérience est terminée, le carton
abattu, etc.
Lavocat... a, à son tour, des réponses d'un autre genre : point
du tout d'abord, comme les camarades, aux 7 premières piqûres,
puis il paraît compter leur succession, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7... Mais
j'ai beau, après une telle série, le prévenir que ce n'est pas cela
que je lui demande, lui poser la question précise « cette fois-
ci? » (avec un écartement de 3 centimètres) il recommence, et
il recommence si bien qu'il compte 2 avant la 2e piqûre, et qu'il
en compte une 8e après les 7, sans que je l'ai touché du tout. Je
le préviens cependant qu'il ne peut sentir plus de 2 pointes, et
renonçant à l'amener où je voudrais, je le laisse partir pour voir
où il irait... ; bien souvent la série des chiffres l'entraîne, et il
répond sans être touché, parfois aussi il paraît embarrassé et
se trompe dans sa numération..., ce qui ne l'empêche pas de
l'amènera m'accuser jusqu'à 110 pointes.
En somme, par conséquent, pour ces 5 sujets, l'expérience ne
donne rien quant à leur sensibilité ; mais leur manière de se
comporter vis-à-vis d'elle renseigne sur leur état mental : ils ne
comprennent absolument pas ce qu'on leur demande, du moins
Roy... et Dubarry... parce que, sans doute, leur intelligence
primitive n'atteint pas à cette complexité, car ils sont aptes à
exécuter des ordres plus simples, venir s'asseoir, etc. Quant à INTERPRÉTATION DES SENSATIONS TACTILES 54!) SIMON.
ceux de ce groupe qui répondent, ils paraissent, ayant adopté un
mode donné de le faire, ne pouvoir plus s'en débarrasser et en
devenir les victimes, obéissant même davantage au déclenche
ment, ainsi produit une fois, qu'à chacune des excitations nou
velles qu'on leur impose. C'est d'ailleurs là surtout le cas de
Syden... : il a de l'incoordination qui paraît généralisée, de ses
membres, agités parfois de mouvements demi-choréiques, et
aussi de l'attention ; quant à ses réponses, elles paraissent pour
beaucoup n'être que du verbalisme, c'est-à-dire une pensée en
paroles. C'est un type de distrait, le moindre bruit extérieur
d'ailleurs, le train qui passe ou autre chose l'oriente aussitôt
d'une façon nouvelle. Ce doit être là un obstacle considérable à
son adaptation à l'expérience présente.
II. — Avec le groupe des sujets dont les réponses ne sont pas
toutes valables, on retrouve encore un peu du caractère des
précédents, mais très atténué ; c'est cette difficulté à comprendre
ce qu'on exige d'eux, et la plupart commencent à réagir comme
Lavocat..., à compter les piqûres successives, et non à indiquer
leur sensation à chaque piqûre; mais alors il suffît de répéter
l'explicalion ou, tout au moins, de les prévenir qu'ils ne peuvent
sentir plus de deux pointes, pour que cette cause d'incorrection
disparaisse.
Ainsi les 7 premières réponses d'Albert sont à éliminer : il
paraît, en effet, au cours de cette série compter combien de fois
je le pique et non avec combien de pointes je le pique chaque
fois. Mais une seule explication nouvelle, sans même le prévenir
qu'il n'est jamais touché avec plus de deux pointes, suffit à le
corriger. Il a bien, quelques réponses après, une tendance à
retomber dans sa précédente erreur, mais il s'est repris aussitôt
et ça a été sa dernière faute de ce genre. Charpentier... m'ayant
paru tomber dans le même défaut, je l'ai prévenu dès après les
3 premières piqûres que je ne le touchais jamais avec 3 pointes,
mais tout au plus avec 2, qu'il avait donc seulement à me dire
s'il en sentait 1 ou 2. Pour Lépine, Barras, Landry, la numérat
ion des piqûres paraît se compliquer de corrections sponta
nées, mais insuffisantes cependant, m'a-t-il semblé, pour ne
pas exiger une nouvelle intervention qui, dès lors, rend aussi
toutes leurs réponses valables...
Ainsi, pour tout ce groupe, difficulté encore à comprendre
d'emblée l'expérience ; départ sur une interprétation fausse et
sur la fausseté de laquelle il faut attirer plus ou moins fort
ement l'attention des sujets pour qu'ils se corrigent. Il faut donc
l'\xnée psychologique, vu. 33

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.