Accumulation et régulation en longue période : emploi, revenu salarial, prix et profit - article ; n°3 ; vol.54, pg 3-40

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Économie & prévision - Année 1982 - Volume 54 - Numéro 3 - Pages 3-40
Accumulation et régulation en longue période: emploi, revenu salarial, prix et profit,
par Maurice Basle, Philippe Bautier, Jacques Mazier et Jean- François Vidal.
Les transformations en longue période des régimes d accumulation et des procédures de régulation sont étudiées dans le cadre de la croissance française. Jusqu'à la fin des années 1930 l'accumulation demeure principalement extensive et les gains de productivité des années 1920 sont surtout liés à un phénomène de rattrapage consécutif à la première guerre mondiale. La régulation des salaires et des prix reste largement concurrentielle avec une forte dépendance vis-à-vis des fluctuations de l'activité économique. Ce n'est qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale que le régime d'accumulation intensive s'épanouit véritablement en France, entraînant une accélération sans précédent de la productivité. Le passage à une régulation plus monopoliste se dégage également avec netteté tandis que les relations sociales connaissent de profondes modifications, les salaires deviennent plus indépendants des pulsations de l'activité économique, l'indexation de fait se généralise, la place des salaires indirects s'accroît. De même, en matière de prix et de profit, s'affirme un comportement de marge très caracténstque de la régulation monopoliste.
Ces transformations sont compatibles avec une certaine stabilité du partage salaires-profits en longue période qui apparaît nécessaire pour assurer la reproduction d'ensemble du système.
Long range accumulation and regulation: employment, wage income, prices and profit,
by Maurice Basle, Philippe Bautier, Jacques Mazier et Jean- François Vidal.
Long range transformations of accumulation systems and regulation procedures are studied in the context of French growth. Until the end of the 1930s, accumulation remained principally extensive and the productivity gains of the 1920s were primarily related to catch-up following World War I. Regulation of wages and prices remained broadly competitive and heavily dependent on fluctuations in economic activity. Only after the Second World War did the intensive accumulation system really flourish in France, entailing an unprecedented acceleration of productivity. The transition to more monopolistic regulation also took clear shape while labor relations underwent a sea change with wages becoming more independent of the ups and downs of economic activity, escalation being generalized, and more weight being assigned to indirect wages. In regard to prices and profit, a margin behavior characteristic of monopolist regulation prevailed.
These changes are compatible with a degree stability of the lang range wage/profit allocation which appears to be necessary for the over-all reproduction of the system.
38 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1982
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Maurice Baslé
Philippe Bautier
Jacques Mazier
Jean-François Vidal
Accumulation et régulation en longue période : emploi, revenu
salarial, prix et profit
In: Économie & prévision. Numéro 54, 1982-3. pp. 3-40.
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Baslé Maurice, Bautier Philippe, Mazier Jacques, Vidal Jean-François. Accumulation et régulation en longue période : emploi,
revenu salarial, prix et profit. In: Économie & prévision. Numéro 54, 1982-3. pp. 3-40.
doi : 10.3406/ecop.1982.3189
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecop_0249-4744_1982_num_54_3_3189Résumé
Accumulation et régulation en longue période: emploi, revenu salarial, prix et profit,
par Maurice Basle, Philippe Bautier, Jacques Mazier et Jean- François Vidal.
Les transformations en longue période des régimes d accumulation et des procédures de régulation
sont étudiées dans le cadre de la croissance française. Jusqu'à la fin des années 1930 l'accumulation
demeure principalement extensive et les gains de productivité des années 1920 sont surtout liés à un
phénomène de rattrapage consécutif à la première guerre mondiale. La régulation des salaires et des
prix reste largement concurrentielle avec une forte dépendance vis-à-vis des fluctuations de l'activité
économique. Ce n'est qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale que le régime d'accumulation
intensive s'épanouit véritablement en France, entraînant une accélération sans précédent de la
productivité. Le passage à une régulation plus monopoliste se dégage également avec netteté tandis
que les relations sociales connaissent de profondes modifications, les salaires deviennent plus
indépendants des pulsations de l'activité économique, l'indexation de fait se généralise, la place des
salaires indirects s'accroît. De même, en matière de prix et de profit, s'affirme un comportement de
marge très caracténstque de la régulation monopoliste.
Ces transformations sont compatibles avec une certaine stabilité du partage salaires-profits en longue
période qui apparaît nécessaire pour assurer la reproduction d'ensemble du système.
Abstract
Long range accumulation and regulation: employment, wage income, prices and profit,
by Maurice Basle, Philippe Bautier, Jacques Mazier et Jean- François Vidal.
Long range transformations of accumulation systems and regulation procedures are studied in the
context of French growth. Until the end of the 1930s, accumulation remained principally extensive and
the productivity gains of the 1920s were primarily related to catch-up following World War I. Regulation
of wages and prices remained broadly competitive and heavily dependent on fluctuations in economic
activity. Only after the Second World War did the intensive accumulation system really flourish in
France, entailing an unprecedented acceleration of productivity. The transition to more monopolistic
regulation also took clear shape while labor relations underwent a sea change with wages becoming
more independent of the ups and downs of economic activity, escalation being generalized, and more
weight being assigned to indirect wages. In regard to prices and profit, a margin behavior characteristic
of monopolist regulation prevailed.
These changes are compatible with a degree stability of the lang range wage/profit allocation which
appears to be necessary for the over-all reproduction of the system.Les analyses historiques
sur la croissance des éco
nomies à long terme met
tent en évidence des mé
canismes variant tout
au long des différentes
périodes. Des changeo
ments structurels peuvent
être dégagés au niveau
des conditions de product
ion, des formes de la
concurrence, des modes
d'existence ou encore des
relations salariales. Les
auteurs de cet article exa
minent comment, dans le
cadre de la croissance
française en longue pé
riode, on est passé d'un Maurice Basle
Philippe Bautier régime d'accumulation à
Jacques Mazier dominante extensive à Jean-François Vidal un régime
Groupe de recherche et intensive. Ils étudient les
d'études sur les systèmes procédures de régulation productifs (GRESP
en matière de salaires, Université de Rennes I)
de prix et de profit qui
ont connu des transfor
mations essentielles avec
l'altération de la régula
tion concurrentielle. Ces
modifications ont permis
l'émergence de la régul
ation monopoliste.
Les articulations du régi
me d'accumulation et des
procédures de régulation
sont retracées ici, ainsi que
les conséquences de ces
transformations sur le
partage salaires-profits
et les modalités de repro
duction d'ensemble.
Cette étude n'aurait pu
être réalisée sans le con
cours de la Dgrst (Action
programme croissance
emploi 1979). L'analyse de l'économie française en longue Une dernière remarque d'ordre méthodologique
période présentée ici est une tentative pour ar doit être faite. On s'intéresse dans cet article aux
ticuler les transformations des régimes d'accu procédures de régulation à caractère national.
mulation et les changements intervenus au niveau C'est en effet dans le cadre des états nations que
des procédures de régulation. La croissance fran se trouvent définies les différentes formes inst
çaise est en effet analysée comme la succession itutionnelles (relations salariales, négociations
de deux régimes d'accumulation, l'un à dominante collectives, modalités d'émission monétaire) qui
extensive, l'autre à dominante intensive [1]. Le structurent ces procédures de régulation. Il est
nouveau régime d'accumulation se su clair, cependant, que cette approche devrait être
perpose et remplace l'ancien assez tardivement. complétée par une analyse des relations écono
miques internationales pour rendre compte des Il se caractérise par des changements importants
au niveau des conditions d'emploi de la force de modalités de la reproduction du système capital
travail ; il est associé à de nouvelles modalités de iste. Cette remarque prend tout son sens dans la
formation des salaires, à des changements dans période actuelle marquée par une international
les conditions de vie et à de nouvelles procédures isation accrue.
de régulation. La régulation concurrentielle ca
ractérisée par le jeu spontané des marchés (prix
sensibles aux fluctuations du marché, salaires
flexibles, etc.), est progressivement remplacée
par une régulation de type monopoliste : les prix
dépendent de moins en moins de l'état des dé
bouchés ; de nouveaux comportements en matière
de répercussion des hausses des coûts et de fixa
tion des marges apparaissent; l'indexation des
salaires sur les prix se généralise ; enfin, les haus
ses de salaires réels et les droits sociaux complè
tent un dispositif tendant à assurer la progression
de la norme de consommation et la reproduction
d'ensemble du système.
On mettra ainsi en évidence les différents éléments
qui permettent d'analyser les transformations
des régimes d'accumulation et des procédures de
régulation. Pour ce faire, les liens entre emploi et
croissance seront tout d'abord examinés sous
leurs différents aspects aussi bien à long terme
(mobilisation de la main-d'œuvre et liaison entre
accumulation et emploi) qu'à court terme (modal
ités d'ajustement des effectifs aux fluctuations
de l'activité). Les déterminants de la productivité
du travail seront ensuite étudiés en liaison avec
les bouleversements qui interviennent au niveau
des conditions de production. Les transformations
affectant les lois de formation des salaires seront
alors resituées par rapport à celles que connais
sent les relations sociales en longue période. De
même les modifications touchant la formation
des prix et des profits seront rapprochées de
l'évolution des formes de la concurrence. Les
contraintes qui interviennent au niveau du par
tage salaires-profits et qui conditionnent les mod
alités de la reproduction globale seront examinées
en conclusion. Régime d'accumulation et régulation : quelques définitions
l'état de la division internationale du travail ; Les analyses historiques sur la régulation des éco
nomies en longue période ne permettent nullement les procédures de régulation qui correspondent de mettre en évidence des mécanismes qui seraient aux «processus dynamiques d'adaptation de la universels et invariants. Au contraire, des change production et de la demande sociale», parmi lesments structurels et l'émergence de nouvelles fo quels les mécanismes de la répartition, le jeu des rmes institutionnelles peuvent être dégagés au prix et des revenus et les ajustements en matière cours des étapes de la croissance des économies : d'emploi tiennent une place importante. Deux ainsi, les formes de la concurrence entre entrepri grands types de régulation, la régulation concurrses ont évolué d'une manière considérable au entielle et la régulation monopoliste, ont pu être cours d'un siècle ; les rapports entre salariés et dégagés [2] et c'est dans ce cadre que s'inscrit entrepreneurs présentent également des aspects l'étude. Une telle approche de la régulation pertrès différents à cent ans d'intervalle ; de plus, les met de parvenir directement à des tentatives de modalités d'intervention de l'Etat se sont consid formalisation, ce qui contribue à préciser les méérablement élargies et renouvelées. canismes enjeu. Un pont se trouve ainsi jeté entre
l'analyse des structurés et l'explicitation des méUne périodisation doit, dès lors, être effectuée dans canismes d'ajustement et des enchaînements à l'histoire du capitalisme : chaque phase se carac court terme qui sont à l'œuvre. térise par une certaine stabilité des formes inst
itutionnelles et structurelles ; des mécanismes de La dimension historique ne doit pas être oubliée régulation d'une relative permanence peuvent afin de montrer comment les ajustements sont être explicités au niveau de la formation des sa historiquement datés et associés à un certain état laires, de l'emploi, des profits et des prix. Cepen des rapports sociaux et des structures économiques. dant, il n'y a pas adéquation parfaite entre l'état
des structures économiques et sociales et les mod On utilise également un concept plus large, le rapalités de la régulation. Des divorces notables port salarial, qui recouvre l'ensemble des condipeuvent même exister et nous en rencontrerons tions régissant l'utilisation et la reproduction de plusieurs dans le cours de cette étude. En schémat la force de travail. isant quelque peu il est possible de dégager plu
sieurs traits majeurs des différents types de croi
ssance :
Les sources statistiques le régime d'accumulation qui se caractérise par
l'ensemble des conditions régissant l'usage de la Les séries utilisées ont été élaborées force de travail (procès de travail et conditions de dans le cadre d'une recherche antérieure et ont production) ; par les formes de la concurrence et été publiées dans «Croissance sectorielle et accul'état des structures industrielles et financières ; mulation en longue période», Statistiques et Etudes par le niveau de développement des forces pro financières, n° 40, 1979. Elles ont été reconstituées ductives. Une distinction essentielle doit être éta à partir d'une synthèse des données existantes en blie, nous le verrons, entre le régime d'accumulat matière de valeur ajoutée, d'emploi, d'investisseion extensive (où la croissance du capital s'effectue ments, de prix et de salaires sans toutefois déboupar grandes vagues sans bouleversement majeur cher sur un cadre complet de Comptabilité nationale. des normes de production) et le régime d'accumul Pour la période récente 1959-1977, les données ation intensive (où la croissance du capital est en ancienne base de Comptabilité nationale ont plus régulière et s'accompagne d'une transformat été prolongées à l'aide des statistiques en nouvelle ion permanente des processus de production, ce base ; ce sont ces séries qui sont utilisées dans les qui entraîne une croissance soutenue de la pro ajustements présentés. A titre de vérification, les ductivité du travail) ; économétriques effectués sur la pé
les modalités de reproduction de la force de travail, riode 1959-1977 ont été recommencés en données
c'est-à-dire la formation et l'utilisation du revenu nouvelle base à l'aide de la banque de du
salarial ; les conditions de vie ; les formes institu modèle Dms. Dans l'ensemble, les résultats sont
tionnelles intervenant à ce niveau (politique sociale, concordants et pour alléger la présentation ils ne
négociations collectives, etc); seront pas présentés dans le cadre de cette étude. Les relations entre emploi, accumulation du capiEmploi tal et croissance sont complexes et multiples.
Trois aspects importants de ces relations seront et mobilisation étudiés. Tout d'abord l'évolution globale de l'em
ploi sera analysée dans ses relations avec la de la main-d'œuvre croissance et les ressources en main-d'œuvre.
Ensuite, on tentera de mettre en évidence les
liens entre la dynamique de l'accumulation et
l'emploi sectoriel en longue période. Enfin, sera
examinée la flexibilité à court terme des effect
ifs qui détermine les cycles de productivité.
Evolution globale
de l'emploi
et mise au travail
L'évolution globale de l'emploi en moyenne et
longue période peut être commandée par des mé
canismes qui varient considérablement selon la
situation économique. Deux cas extrêmes peuvent
être envisagés. Si le plein emploi est constamment
assuré, les ressources humaines disponibles se
ront relativement rares et leur évolution repré
sentera la contrainte majeure pour la croissance
et l'accumulation. Inversement, si un sous-emploi
élevé et durable s'installe, l'emploi dépendra
essentiellement des modalités d'accumulation du
capital et des anticipations faites sur l'évolution
de la production.
En très longue période, et dans le cas de l'écono
mie française, il faut d'abord souligner l'impor
tance des facteurs qui tendent à raréfier la main-
d'œuvre disponible pendant les périodes de croi
ssance forte. De 1896 à 1960 la progression de la
population âgée de 15 ans à 64 ans est faible:
+ 0,2% par an entre 1896 et 1913,+ 0,4% par an de
1913 à 1929, - 0,4% de 1929 à 1938, + 0,2% entre
1938 et 1950, + 0,3% entre 1950 et 1960. Contrai
rement à beaucoup d'autres pays européens pen
dant les mêmes périodes, l'immigration joue sourôle' vent un important dans l'accroissement des
ressources en main-d'œuvre. Ceci tient au régime
démographique que connaît la France au 19e siè
cle et au début du 20e siècle.
Un second facteur de raréfaction de la main-
d'œuvre est la tendance à la baisse des taux d'ac
tivité des moins de 20 ans, qui explique en grande
partie la baisse du rapport : effectils dans les bran
ches marchandes/population totale âgée de 15 à
64 ans (voir tableau 1). Cette baisse, assez lente
de 1896 à 1929, s'accélère nettement ensuite et
n'est compensée qu'à partir des années 1960 par
la hausse des taux d'activité féminins.
Enfin la tendance à la baisse de la durée du tra
vail joue dans le même sens (graphique 1). Elle ,
.


I
,

:
'
:
'





Tableau 1 : 1896 1913 1920 1929 1938 1950 1973 1977
données sur l'emploi Population totale et la mobilisation 1 5-64 ans (milliers) (1) 25 129 25 997 - 27 712 26 730 27 360 32 362 33 362 de la main-d'œuvre Emploi branches en longue période marchandes (milliers) (2) 17 100 17 570 17 298 18 200 16 360 16 499 17 200 16 888
Ligne (1) x IUU 68.0 67.6 - 65.7 61.2 60.3 53.1 50.6
Emploi branches
marchandes hors
agriculture (milliers) 8 750 10 120 10 028 11600 10 460 11068 14 900 14 928
Durée du travail
annuelle (milliers) 3.04 2.88 2.64 2.39 1.99 2.23 2.09 2.0
Heures travaillées
branches marchandes
hors agriculture (milliers) 26 600 29 146 26 474 27 724 20 815 24 682 31441 29 856
Sources: ligne (1) annuaires et statistiques de l'Inséé autres lignes Gresp
Graphique 1 : évolution de la durée annuelle du travail en France (1896-1978)
1 I ' ' ' ' ' ' ' I I ' ' ' I T T 3100
3000
2900
2800
2700
2600
2500
2400
2300
2200
2100
2000
1900
■ ■ I . . , , I . ■ . I . I . . . I , , , I . . I . , I I I I . , I , . . , I , , , . I I ! I , . ■ I , I , 1800 1905
est lente entre 1896 et 1913 mais elle s'accélère compagne pas, bien au contraire, d'une réduct
brutalement dans les années qui suivent la pre ion des effectifs.
mière guerre mondiale à la suite des importants
mouvements revendicatifs des années 1919-1921. L'évolution du nombre d'heures travaillées dans
A nouveau, la durée du travail baisse fortement les branches hors agriculture résulte de l'ensemb
pendant la crise de 1929, puis après les accords le de ces facteurs. Il progresse de 0,5% par an
de Matignon de 1936. De 1949 à 1965, elle reste entre 1896 et 1913 ; il baisse de 0,3 % par an entre
relativement élevée, malgré le développement de 1913 et 1929, car la réduction de la durée du tra
l'accumulation intensive. Cependant, la situation vail l'emporte sur les autres données ; il décroît
se modifie nettement à partir de 1962, et les res de 3% par an entre 1929 et 1938; de 1938 à 1973,
il progresse de 1,15% annuellement. Cette forte sources en main-d'œuvre augmentent beaucoup
plus rapidement, ce qui permet une forte progres poussée s'explique à la fois par la stabilité de la
sion de l'emploi. durée du travail (elle est à peu près au même ni
veau en 1973 qu'en 1938), la grande accélération
Dans l'ensemble des branches marchandes (au de l'accumulation pendant la période, la progres
sens de la Comptabilité nationale base 1962), les sion des disponibilités en main-d'œuvre à partir
effectifs ne progressent pratiquement pas en très des années 1960 et la forte baisse de l'emploi agri
longue période : ils sont à peu près au même ni cole. Elle montre que même si l'accumulation in
veau en 1973 qu'en 1896. Ceci illustre le rôle joué tensive est dominante, une composante extensive
à la fois par les gains de productivité du travail n'en demeure pas moins. La main-d'œuvre reste
et la baisse des effectifs agricoles. Les effectifs, relativement rare jusqu'au milieu des années soi
hors agriculture, progressent fortement : en 1973, xante, ce qui conduit les entreprises des secteurs les
ils sont de 70% plus élevés qu'en 1896. Leur crois plus dynamiques à rechercher des implantations
sance s'accélère particulièrement entre 1960 et dans les régions les moins industrielles et à faire
1973 : l'intensification de l'accumulation ne appel à la main-d'œuvre féminine et immigrée. ■
du travail restent très différenciés. Le régime Emploi d'accumulation intensive devient dominant dans
l'ensemble de l'économie mais progresse lentet dynamique sectorielle
ement dans certains secteurs comme le bâtiment
et travaux publics, les services ou les commer-
ces[3]. Si le bouleversement de la norme de con
sommation a des effets entraînants sur l'industrie En longue période la modification sectorielle de et le tertiaire, ce dernier reste relativement à l'emploi a beaucoup varié, ce qui contraste avec l'écart du des normes de productcelle de la production, de la productivité et de ion, du moins jusque vers 1970. l'accumulation. Ce sont presque toujours les mê
mes secteurs qui entraînent la croissance : les L'évolution des effectifs pendant les deux crises biens d'équipement, les biens intermédiaires, (1929-1938 et 1973-1977) présente des différences l'énergie et les transports. La hiérarchie des dif notables. Ils baissent de 204 400 personnes par férents secteurs varie beaucoup, en ce qui concer an en moyenne durant la première et de 77 900 ne la progression des effectifs, si bien que les dif
entre 1973 et 1977, soit trois fois moins. Si penférentes phases de croissance se distinguent net
dant les deux crises, les biens de consommation tement du point de vue de l'emploi.
et le bâtiment et travaux publics sont très touchés,
les biens d'équipement qui s'effondrent à partir La période 1896-1913 apparaît originale car l'em
de 1930 résistent assez bien après 1973 ; le tertiaire ploi augmente dans tous les secteurs, sauf dans
crée beaucoup plus d'emplois entre 1973 et 1977 l'agriculture ; les rythmes de progression des ef
qu'entre 1929 et 1938. Pendant la crise des années fectifs dans l'industrie sont assez proches. Ceci
1970, les mécanismes de la régulation monopolcoïncide avec un certain parallélisme dans la
iste limitent relativement la baisse des effectifs : croissance de la production, de la productivité et
l'investissement stagne mais ne s'effondre pas ; du capital. La régulation de cette époque permet
les salaires indirects progressent fortement et d'éviter de trop fortes disproportions. Tel n'est
l'ajustement des effectifs à la production est beaupas le cas de la période 1913-1929 caractérisée
coup plus lent. au contraire par des écarts beaucoup plus grands
entre secteurs aussi bien pour la croissance de la
Tableau 2: variation de l'emploi par secteurs production que celle de l'emploi. Les effectifs d
iminuent dans les biens de consommation, alors (moyenne annuelle en milliers)
qu'ils augmentaient dans la période précédente, 1896- 1929- 1938- 1955- 1973- 1913 1977 1913 1929 1938 1955 1973 mais progressent beaucoup plus vite dans les
biens d'équipement, les biens intermédiaires et -61.3 - 142,0 -53,1 -85,2 Agriculture -52,9 -77.8
les transports. Ces écarts illustrent les dispropor Indust agro-ahm 1.9 2.9 1,2 -3,8 2,9 + 3,3
tions croissantes qui se manifestent en France - 13,2 Biens de consom 7,6 -26,9 -72,2 -23.2 -44 8
entre 1920 et 1929. - 1.1 Biens d équip 12,4 33,1 -26,7 30.6 43,9
- 14,4 16,9 9.0 8,9 -3 Biens intermed 6,5
La période 1938-1955 est marquée par la guerre Bât - Trav publ 7.6 10,0 -37,8 37.8 35,6 -33.7
et la reconstruction ainsi que par les débuts de Energie 5,3 9.4 -4.4 6,7 -3.7 -3,2
la généralisation du Fordisme. L'emploi agricole - 16.7 Transports 8,8 25,0 -5,2 11,3 14,5
continue à diminuer au même rythme qu'aupara 77.1 Services 14.7 7.5 + 25,6 56 63,5
vant. Les créations d'emplois les plus important 14,7 15,6 + 16,7 45 40,1 5,3 Commerces
es sont assurées par le bâtiment et travaux pu Total 27.6 39,4 -204 4 7,4 35,6 -77 9 blics et les biens d'équipement. Elles sont nett
ement plus faibles dans les services et les commerc
es (mais elles y avaient été anormalement fortes On a cherché à mettre en évidence le rôle de l'i
entre 1929 et 1938 en partie à cause de la crise). ndustrie dans l'évolution de l'emploi pour les au
Entre 1955 et 1973, l'emploi continue à progresser tres secteurs. Les corrélations entre emploi ter
fortement dans les biens d'équipement et le bât tiaire et production industrielle se sont révélées
décevantes (tout au moins sur les taux de croiiment et travaux publics, et à diminuer dans les
biens de consommation, mais des phénomènes ssance annuels) ; si ces liens existent, ils ne se
nouveaux apparaissent. La baisse des effectifs manifestent pas au cours des mouvements con
agricoles s'amplifie considérablement, tandis que joncturels. En ce qui concerne l'agriculture, les
leur hausse dans les services et les commerces résultats sont un peu plus nets, comme l'indique
progresse beaucoup plus vite qu'auparavant. Alors le tableau 2. Ils montrent, comme il fallait s'y at
que les écarts observés entre les taux de croi tendre, une forte inertie à court terme de l'em
ssance sectoriels de la production diminuent, les ploi agricole. Mais dans la dernière période, entre
écarts entre taux de croissance des effectifs s'ac 1959 et 1977, ils semblent dépendre aussi de l'
croissent. En effet, la régulation monopoliste per évolution des effectifs dans l'industrie et les ser
met de limiter les distorsions entre secteurs quant vices. Cependant, cet effet est assez faible et
à la production et à l'accumulation du capital, n'explique qu'un dixième de la baisse des effect
mais les rythmes de progression de la productivité ifs agricoles. '
I
Tableau 3: emploi agricole et emploi dans l'industrie et l'inflation pendant la seconde. De même, les aju
les services stements en matière d'emploi qui ont été réalisés
au début des années trente sont à rapprocher du Ni - <i N t — 1 + b N t — I1 (ind + serv ) + c
processus cumulatif à la baisse observé durant
1898-1913 1898-1929 1954-1969 1959-1977 ces années. Au contraire, c'est la défense de l'em
ploi au cours des années soixante-dix qui a cona 0.81 0,65 0.65 0,51 (3.6) (3.2) (6.1) (2,4) tribué à réduire l'ampleur de la récession.
D -0.1 1 -0,11 -0.07 -0,34 (- 1.5) (-0.8) (-0.6) (-2.7) Un deuxième résultat pose davantage problème. c -0.15 -0.06 -1.7 -0.94 Il semblerait en effet que la vitesse d'ajustement (-0.9) (-0,6) (-2.4) (-1.3)
R2 de l'emploi soit plus rapide durant les années 0,79 0,62 0.46 0,43
1950 et 1960 que sur la période 1900-1929. Bien Dw 1.205 2,16 1,59 1,74
que la méthode économétrique donne des valeurs avec N taux de croissance des effectifs dans l'agriculture légèrement différentes, la même conclusion se N (md + serv taux de croissance des effectifs dans industrie et les
dégage entre les périodes 1898-1929 et 1954-1973 services
(voir tableau 5). Ce résultat, apparemment para
doxal, peut s'expliquer de deux façons. Il se peut
que la plus grande régularité de la croissance en
tre 1954 et 1973 ait permis un ajustement plus ra
L'ajustement à court terme pide des effectifs à la production car celle-ci était
d'une ampleur plus limitée à court terme. Au des effectifs à la production
contraire, l'irrégularité de la croissance jusqu'en
1930 devait rendre plus difficiles les variations de
l'emploi, ce qui pourrait expliquer leur faible va
leur d'évolution. La vitesse d'ajustement des effectifs peut être
calculée directement en faisant le rapport entre Tableau 5: vitesse d'ajustement de l'emploi: estimation le taux de croissance des effectifs observés et le économétrique (ensemble des branches hors-agriculture)
taux de des «techniquement
N = aYt+ bNt-l + c efficaces» ; ces derniers sont généralement déter
Dw v = 1 — b minés à partir de la production et du taux normal
ou moyen de productivité du travail. Le principal 1898-1929 sauf 0,01 0,73 0,26 0.41 1,33 0.27
années 1914 à 1923 (0,67) (2.63) (1,03) inconvénient de cette méthode reste qu'il est par 0.42 0,28 - 1.46 0.39 2,12 0.72 1954-1973 fois difficile d'évaluer le niveau normal de pro (3.26) (1,58) (-1,66) ductivité du travail, surtout si sa progression
observée connaît des inflexions importantes et Une toute autre raison -d'ordre purement statibrutales. C'est pourquoi il a aussi été retenu une stique- peut être avancée. L'évolution annuelle
méthode d'évaluation indirecte, en testant des des effectifs est mal connue jusqu'en 1930. On ne équations de la forme : Nt = a Yt + b Nt - 1 + c ( 1 ). connaît précisément que les données des recenseLa vitesse d'ajustement de l'emploi est V = 1 - b. ments entre lesquelles des interpolations ont été La méthode économétrique est plus précise, mais effectuées à l'aide d'informations fournies par L. elle ne peut s'appliquer que pour des périodes cou A. Vincent (voir l'annexe statistique de l'article vrant un assez grand nombre d'années, afin de de Sef-Orange, n° 40, 1979, déjà cité). Il se peut disposer d'un nombre suffisant de points. Pour dès lors que ce soit la mauvaise qualité des séries les périodes plus courtes, force est de recourir au d'effectifs et leur liaison avec les fluccalcul direct, plus fragile. tuations de l'activité économique qui explique la
faiblesse de la vitesse d'ajustement de l'emploi. Les résultats obtenus par la méthode directe (t Seule une recherche statistique plus approfondie ableau 4) mettent en évidence une première con cherchant à reconstituer des séries d'effectifs de clusion intéressante : la vitesse d'ajustement meilleure qualité permettrait d'approfondir cette augmente pendant la crise de 1929, alors qu'elle question. diminue celle des années 1970 [4]. Ceci
contribue à expliquer la baisse des prix pendant Si l'emploi fluctue à court terme et voit sa pro
la première crise, et en partie l'accélération de gression varier selon les phases de croissance et
de crises, sa progression est faible et régulière à
Tableau 4: vitesse d'ajustement de l'emploi: calcul direct très long terme. Au niveau de l'ensemble des vitesse annuelle moyenne par période branches l'emploi ne progresse pratiquement pas
1896- 1922- 1930- 1952- 1974- de I896à 1973. Dans les branches non agricoles 1913 1929 1938 1970 1977 il s'accroît de 0,7% par an en moyenne. L'évolu
Ensemble des branches tion de l'emploi en longue période est en partie 0.10 0.18 0.59 0,77 0.14 hors agriculture déterminée par celle de la productivité du travail Industrie qui connaît des ruptures importantes en liaison 0.33 0.28 0.87 0.70 -0.14 (Bi+ Be+ Bc)
avec les phases d'accélération et de décélération Secteur tertiaire (commerces-!- services) 0.66 0.08 0.48 0,75 0.31 de la croissance. La productivité du travail est une variable cenAccumulation du capital trale dans les processus de croissance et d'accu
mulation du capital. Elle contribue à déterminer et productivité du travail le potentiel de croissance d'un pays (à ressources
en main-d'œuvre données) et les possibilités en longue période d'augmentation à long terme du revenu moyen.
Elle influence la répartition fonctionnelle du r
evenu national. Si le prix relatif des biens de
consommation ne varie pas, la part des salaires
évolue en fonction du différentiel de croissance
entre le salaire réel et la productivité du travail ;
c'est pourquoi les débuts des périodes de réces
sion sont souvent marquées par une hausse des
salaires qui résulte du ralentissement des gains
de productivité du travail, comme entre 1974 et
1976. Enfin, la productivité du travail influence
le coefficient de capital : si la productivité du tra
vail augmente moins vite que le capital par tête,
le de capital s'élève et la croissance
devient de plus en plus coûteuse en équipement.
Mais la productivité du travail est aussi l'une des
notions les plus difficiles à analyser. D'une part,
se pose constamment un problème de circularité ;
les corrélations, que ce soit à court terme ou à
moyen terme entre croissance de la productivité
du travail et croissance de la production sont
souvent bonnes, sans qu'il soit toujours possible
de dégager le sens de la causalité. Comme l'énon
ce la loi de Kaldor-Verdoorn, la croissance peut
favoriser les gains de productivité, mais ceux-ci
sont un facteur essentiel de la croissance. D'autre,
part, les liens entre productivité et capital sont
loin d'être parfaitement élucidés. La mesure du
stock de capital fait l'objet de controverses théo
riques et présente des difficultés pratiques, no
tamment dans l'évaluation des déclassements.
Les tests économétriques des fonctions de pro
duction s'avèrent souvent incertains même si la
prise en compte de générations différenciées
d'équipement apparaît plus satisfaisante que l'i
ntroduction dans les fonctions d'un stock de capi
tal homogène.
Tableau 6: production, productivité, intensité capitalisti-
que en France: ensemble des branches marchandes (taux
de croissance annuels moyens en %)
1896- 1913- 1921- 1929- 1949- 1973-
1913 1929 1929 1938 1973 1977
Valeur ajoutée (volume) 2,0 1,7 6,6 -0.8 5,7 2.6
Capital (volume) 2.0 1,6 1,9 1.7 5,3 5.0
Productivité du
travail par tête 1.8 1.5 4,7 0,4 5.5 3,1
Capital par tête 1.8 1,4 1.4 2,9 5,1 5,5
Au cours du temps, la progression de la product
ivité du travail est irrégulière. Si on s'en tient
aux évolutions à long terme, plusieurs phases ap
paraissent. De 1896 à 1929,1a progression est mo
dérée, autour de 2 % par an en moyenne. La pério
de 1913 à 1929 est elle même hétérogène: on
observe une baisse de 1913 à 1920 et une forte
hausse de 1920 à 1929. De 1929 à 1938, la product
ivité stagne. Elle progresse à un rythme élevé de
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