L'évolution du nomadisme en Algérie - article ; n°80 ; vol.15, pg 152-165

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Annales de Géographie - Année 1906 - Volume 15 - Numéro 80 - Pages 152-165
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1906
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Augustin Bernard
Nicole Lacroix
L'évolution du nomadisme en Algérie
In: Annales de Géographie. 1906, t. 15, n°80. pp. 152-165.
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Bernard Augustin, Lacroix Nicole. L'évolution du nomadisme en Algérie. In: Annales de Géographie. 1906, t. 15, n°80. pp. 152-
165.
doi : 10.3406/geo.1906.5111
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1906_num_15_80_5111152 OGRAPHIE GIONALE
VOLUTION DU NOMADISME EN ALG RIE
Le nomadisme est pas comme on se imagine trop volontiers
une phase générale du développement de humanité
Tous les peuples ont pas passé par état pastoral car cet état
suppose entre autres conditions existence de certains animaux do
mestiques qui faisaient défaut dans beaucoup de contrées avant ex
pansion de la civilisation européenne sur le globe Tous les peuples
ne sont pas non plus destinés élever état agricole car il existe
dans le monde un grand nombre de territoires où la culture faute de
pluies suffisantes est impossible sans irrigation et dont les pasteurs
sont seuls capables deurer parti ethnographie ditRatzel1 se garde
bien hui de partager tous les peuples en deux grands groupes
les nomades et les sédentaires comme on le faisait jadis on sait main
tenant un assez haut degré de civilisation peut être uni la vie
nomade et que certains peuples primitifs sont sédentaires
II reste vrai néanmoins que le progrès de la civilisation doit tendre
augmenter le nombre des sédentaires et réduire celui des nomades
parce que la quantité hommes qui peuvent vivre sur une surface
donnée augmente en raison de ce progrès et surtout parce que la pos
sibilité de se déplacer devient de plus en plus faible En sens inverse
on peut concevoir que le nomadisme annexe des pays anciennement
cultivés agonie du monde antique est-elle pas la submersion
une zone de culture comprise entre deux zones de nomades qui
exercent une pression sur ses bords Mais ces oscillations quelle que
soit leur importance sont assez limitées La question de savoir si telle
ou telle population nomade deviendra sédentaire se ramène celle de
savoir dans quelle mesure le nomadisme est pour elle le résultat de
facteurs historiques dans quelle mesure il est imposé par les condi
tions géographiques et par la nature même du pays Il en est pas
de plus grave en ce qui concerne Afrique du Nord car de la réponse
qui lui sera donnée dépend idée même on se fait de avenir de la
Berbérie des transformations que notre domination pourra intro
duire et de celles au contraire elle doit renoncer voir jamais ef
fectuer
FR RATZEL Anthropogeographie Stuttgart 1882) 447 DU NOMADISME EN ALG RIE 153 VOLUTION
Ce sont incontestablement les facteurs géographiques qui sont au
premier plan parmi les causes du nomadisme dans le Maghreb On
sait que ce ne sont pas les Arabes qui ont introduit la vie nomade
dans Afrique septentrionale en dépit de erreur traditionnelle et
peu près indéracinable qui consiste croire que tous les Berbères
sont sédentaires et tous les Arabes nomades Les témoignages de
antiquité assez vagues et difficiles interpréter si on cherche
préciser les régions et les populations auxquelles ils appliquent sont
du moins unanimes sur ce point une partie des indigènes de la
Berbérie toujours mené la vie pastorale
Pendant les périodes de calme et de prospérité comme furent les
trois siècles de la domination romaine il eut certainement recul du
nomadisme et agriculture gagna du terrain Mais dès le iv8 et le
ve siècles les indigènes retournèrent leur état ancien anarchie les
guerres incessantes détachèrent du sol les populations qui avaient
été imparfaitement fixées pendant la période précédente
La dévastation accrut notablement lorsque au xie siècle les Arabes
se précipitèrent sur Afrique du Nord comme une nuée de saute
relles Les Hilaliens ont été funestes non pas tant par les troubles
qui ont accompagné leur venue que par leur genre de vie et leurs
habitudes ce sont leurs moutons leurs chameaux leurs chèvres qui
ont ruiné le pays Il est difficile de savoir si beaucoup de Berbères
sont devenus nomades la suite de invasion Ibn Khaldoun nous
montre bien les Hooura par exemple adoptant le mode existence
des envahisseurs Mais quand on réfléchit extraordinaire densité
de la population dans certains massifs montagneux comme la Kabylie
et même dans certaines parties du Sahara qui ne prêtent guère
comme le Mzab on est amené penser que le nomadisme surtout
gagné en surface et que les sédentaires se sont souvent retirés devant
lui plutôt que de passera état pastoral Bien plus on voit des indi
gènes renoncer la vie nomade parce ils se sentent désormais trop
faibles pour se déplacer tels furent semble-t-il les Béni Rached du
Djebel Amour
Quoi il en soit la végétation et agriculture ont nécessairement
reculé époque de invasion arabe et pendant les siècles qui ont
suivi Les Turcs ne remédièrent pas cet état de choses bien au con
traire et le système de razzias sur lequel reposait leur gouvernement
ne pouvait aggraver le mal
En somme histoire nous montre il toujours eu dans
Afrique du Nord toutes les époques des nomades et des séden- 154 OGRAPHIE GIONALE
taires parce il des régions qui ne se prêtent la vie séden
taire et autres qui ne se prêtent la vie nomade Mais elle
montre aussi il existe la frontière des deux zones des cantons
qui sont tantôt du domaine des sédentaires avec des boisements des
cultures arbres fruitiers un aménagement soigneux des eaux tantôt
du domaine des pasteurs elles sont peu peu dévastées et
envahies par la transhumance et insécurité En un mot la lisière des
steppes des régions se prêtant la culture ont été habitées par des
nomades des terres de labour sont devenues terres de parcours 11
convient de remarquer que dans les pays secs comme sont les pays
méditerranéens plus forte raison les steppes et le Sahara il est
pas besoin de dégâts positifs pour que le sol se dégrade que les forêts
dépérissent que le nomadisme progresse Il suffit une action en
quelque sorte négative il suffit de ne pas agir de ne pas entretenir
les travaux hydrauliques de ne pas occuper des eaux et des forêts
Mais il faut éviter exagérer importance de cette transformation et
il ne faut jamais oublier comme dit La Blanchere de limiter sévè
rement dans le temps et dans espace le témoignage des documents
Il serait déraisonnable de prétendre que les facteurs historiques ont
eu aucune part dans le nomadisme africain plus déraisonnable encore
de prétendre ils ont tout fait Dans le choix entre la vie nomade
et la vie sédentaire dit Jules Duval/ la race entre pour rien est en
principe une affaire de topographie influencée cependant dans une
assez large mesure par hérédité des habitudes Disons mieux
est une affaire de climat influencé par histoire
II
évolution de la société indigène se continue depuis notre éta
blissement en Algérie dans des conditions bien différentes de celles du
passé La lutte on voit se poursuivre obscurément travers his
toire de Afrique du Nord persiste sous nos yeux mais les conflits
inévitables entre industrie pastorale et la forêt entre industrie pas
torale et agriculture ont désormais changé de caractère Ce est
plus le nomade qui opprime le sédentaire est plutôt inverse qui se
produit
Le fait fondamental qui tend réduire la superficie des terrains de
parcours et rendre diff cile la situation des nomades est augmenta
tion de la population indigène sédentaire phénomène démontré par
les statistiques et assez rapide pour avoir frappé les indigènes eux-
mêmes En même temps que la population accroît les terres elle
avait sa disposition diminuent
JULES VAL Tableau delà situation des tablissements fran ais dans Algé
rie Paris 5e série 1863 99) DU NOMADISME EN ALG RIE 155 VOLUTION
II semble que la destruction des forêts aurait dû arrêter depuis
1830 et que même la végétation arborescente devrait regagnerune
partie du terrain On sait que malheureusement il en est rien que
les progrès du déboisement ont été depuis la conquête fran aise plus
rapides et plus effroyables ils ne le furent jamais et cela même
dans les régions les plus favorables la croissance des arbres comme
la région littorale du liège dans le département de Constantine Il
pas que la forêt qui recule le manteau déplantes herbacées vivaces
et de sous-arbrisseaux qui couvrait les steppes un bout autre en
va de toutes parts en lambeaux et le pâturage avec lui ainsi que le com
bustible Il là tout un processus continu la forêt fait place la
brousse la brousse la végétation herbacée la végétation herbacée
au sol nu qui finit lui-même par être arraché et qui devient la proie
du vent et des agents atmosphériques La disparition des forêts et des
broussailles dans le Tell celle de la végétation spontanée vivace dans
les steppes sont deux dangers du même ordre Les pasteurs en partie
responsables de cet état de choses en sont aussi les victimes
La dépaissance est certes pas la seule cause de destruction des
forêts algériennes il ne paraît cependant pas possible de nier elle
ne soit une des principales Le pacage du mouton est moins nuisible
que celui de la chèvre et celui des aumailles qui ne mangent que
herbe est assez peu Cependant il serait vraiment exagéré de pré
tendre que le mouton fait du bien la forêt par le piétinement il
produit une sorte de feutrage qui empêche la pénétration de eau et
la germination des graines Les effets du pâturage varient suivant
état des peuplements malheureusement les indigènes recherchent
de préférence les jeunes coupes et les parcelles incendiées parce que
herbe est plus abondante et plus nutritive ailleurs même dans
les forêts en bon état le parcours est funeste lorsque les animaux
introduits sont en surnombre des possibilités de la forêt
Par les routes et la sécurité la domination fran aise rapproché
les indigènes des régions boisées en même temps que la colonisatiou
européenne et leurs habitudes les poussaient irrésistiblement
entrée en forêt est pour le bétail dans certains endroits et cer
taines époques une question de vie ou de mort mais est parfois
aussi pour la forêt une de vie ou de mort que le bétail
entre pas
Gomment concilier les deux intérêts en présence évidemment
contradictoires Nous ne devons fermer la forêt au pasteur que dans
la mesure où il lui est nuisible Il faut se garder de toute idée
précon ue et se rendre un compte exact des conditions économiques
de chaque localité Il faut déterminer le cheptel nécessaire la
fraction usagère puis les ressources en parcours hors forêt elle
possède pour alimentation de son troupeau aux diverses époques OGRAPHIE GIONALE
de année Dans bien des cas comme reconnu la Commission
études forestières instituée par Mr Jonnart en 1904 la solution
peut être trouvée dans une meilleure utilisation des parcours com
munaux qui sont trop souvent détournés de leur véritable destina
tion affermés des particuliers ou livrés la culture Il importe de
tirer de ces terrains le maximum de rendement en herbe de ma
nière ce que la forêt ne soit appelée fournir un appoint
Même antinomie entre le pasteur et agriculteur entre le
pasteur et la forêt La brebis du nomade dit Michelet rase ce blé
sacré cette chère espérance où agriculteur son âme
Ici ce sont les indigènes sédentaires qui accroissent leurs sur
faces emblavées et leur cheptel Ailleurs comme dans les Maalifs et
surtout ala bordure méridionale de Ouarsenis dans le Nahr Ouassel
et le Sersou est la colonisation elle-même que se heurte le noma
disme Il là comme un engrenage les indigènes dépossédés
des meilleures terres par les progrès de la colonisation se mettent
cultiver des terres de qualité inférieure ils laissaient autrefois aux
nomades En défrichant pour ensemencer et en augmentant inces
samment leurs cultures depuis occupation fran aise ils ont modifié
peu peu les pâturages du pays En même temps extension des
cultures rend de plus en plus diff cile la surveillance des troupeaux
obligés souvent de pacager dans des terres entrecoupées de labours
faits irrégulièrement De là entre propriétaires et bergers des conflits
incessants qui ne sont pas faits pour faciliter élevage Il faut
joindre la prise de possession progressive par la colonisation de tous
les points eau Les arbres les routes tracées les propriétés déli
mitées par des haies sont naturellement un objet horreur pour le
nomade Atteint déjà par tant de révolutions économiques et poli
tiques il se demande si bientôt le Tell ne se fermera pas devant
lui1 Les difficultés vont croissant entre nomades et Telliens les
uns cherchant des pâturages tous les jours plus rares les autres
tâchant de protéger contre la dent des moutons et des chameaux les
chaumes de leurs récoltes dont ils ont eux-mêmes besoin pour leurs
troupeaux
Il ne faudrait ni exagérer le danger ni fermer les yeux devant une
situation qui sans être inquiétante mérite une sérieuse attention
vrai dire estivage des nomades est pas uniquement une servi
tude fâcheuse pour les régions où il exerce Sans parler du
bénéfice de engrais laissé par les troupeaux les migrations amènent
une vie commerciale intense les nomades achètent les grains des
prix élevés fournissent de la main-d uvre bon marché pour les
moissons et effectuent avec leurs chameaux des transports bon
VILLOT Moeurs coutumes et institutions des indigènes de Algérie 3e éditioa
Alger 1888) 385 VOLUTION DU NOMADISME EN ALGEME 157
marché également Surtout il ne faut pas oublier que la trans
humance dans beaucoup de cas est réciproque les Sahariens
amènent leurs troupeaux dans le Tell pendant été mais en revanche
les gens du Tell envoient les leurs dans le Sud pendant hiver Les
droits usage sont donc fondés sur une utilité commune et des
concessions mutuelles
Il faut prendre garde un développement exagéré de la culture
ait pour conséquence une diminution trop grande des terrains de
parcours La question de savoir si les indigènes en sont suffisamment
pourvus est assez délicate résoudre La réponse varie suivant
les cas Seule une enquête approfondie qui est présentement entre
prise par ordre du gouverneur général de Algérie et qui aboutira
dresser une carte des pâturages permettra de répondre Il faudra
rechercher la nature et étendue des terrains exclusivement aflectés
au parcours la partie disponible des terres arables et des prairies
la quantité de bétail qui peut être entretenue dans les diverses
saisons
En tout cas on ne doit pas considérer industrie pastorale comme
un mal inévitable mais comme une des richesses de Afrique du
Nord au même titre que agriculture Est-il nécessaire écrivait
un publiciste algérien propos du Sersou de laisser improductifs
plus de 300000 hectares pour permettre quelques centaines
Arabes mener leurs moutons pendant deux ou trois mois de
année Est-il nécessaire dirons-nous notre tour de condam
ner plusieurs centaines de milliers de moutons pour récolter quelques
hectolitres de blé dans les années les plus favorables Il faut voir
un même coup il les deux aspects du problème et ne pas
croire que tout est bénéfice parce on aura reconnu un district
se prête la culture et on le lui aura livré Les profits on
retire de la européenne ou indigène la lisière des steppes
ne compensent pas toujours les pertes subies par élevage Ces
profits pourraient bien ailleurs être que temporaires et limités
un petit nombre années le mal fait en détruisant le pâturage est
durable
Le principe auquel il faut attacher pour résoudre les difficultés
qui peuvent surgir en Algérie du fait des nomades est on doit tou
jours préférer les intérêts de la forêt ceux des pasteurs et le plus
souvent les intérêts de agriculture de élevage extensif
Encore faut-il il agisse des intérêts réels et dûment démontrés
de la forêt et de agriculture Il ne faut pas condamner les nomades
mourir de faim et rendre les steppes tout entières inutilisables
et improductives pour essayer de faire pousser des arbres là où le
climat ne permet pas leur existence Il faut encore moins permettre
la culture européenne ou indigène de gêner les pasteurs lorsque 158 OGRAPHIE GIONALE
cette gêne est compensée par aucun avantage sérieux et que cette
culture exerce dans des conditions tellement précaires ou sur des
surfaces tellement réduites elle ne présente aucun intérêt écono
mique
Ce serait ailleurs singulièrement rabaisser la question que
voir le résultat erreurs administratives ou même un épisode de la
concurrence économique entre les colons et les indigènes Il serait
facile de montrer que dans tous les pays de grand élevage Australie
tats-Unis Argentine on constate la même lutte des agriculteurs et
des éleveurs
III
On imagine parfois les nomades se dépla ant la surface du
pays sans règle fixe au gré de leur bon plaisir et on brodé sur ce
thème des variations pittoresques mais inexactes Nos nomades
ne se promènent pas au hasard ils suivent des lignes de parcours
nettement déterminées Même avant 1830 il existait pas en Algérie
de tribus errantes il avait des règles bien on les transgressât
fréquemment des droits bien que la force les primât souvent Les
populations de Afrique du Nord si elles ne sont pas toutes séden
taires sont toutes stables et elles Tétaient déjà avant la conquête
Il est pas douteux cependant que notre intervention beaucoup
régularisé les mouvements des nomades Nous avons et est en
cela que se résume la grande transformation que nous avons fait subir
ces contrées mis fin état de guerre qui livrait les faibles la
discrétion des forts empêchait utiliser certains pâturages dans des
régions trop exposées aux coups de main permettait aux collecti
vités puissantes de camper dans des contrées sur lesquelles elles
avaient aucun droit Notre organisation administrative nos limites
de cercles et de communes ont porté des entraves aux migrations
hui les tribus ou groupes indigènes qui veulent se déplacer
en demandent préalablement la permission aux autorités dont ils
dépendent ces autorités après être concertées avec adminis
tration du territoire dans lequel les indigènes veulent se rendre
accordent la permission demandée fixent la date du départ les points
étape en un mot veillent ce que tout se passe régulièrement
Les tribus nomades soumises notre autorité tendent restreindre
une manière insensible chaque année mais constante le cycle de
leurs évolutions périodiques cette restriction est surtout marquée au
voisinage du Tell Les migrations diminuent amplitude et de fré
quence Peu peu les parcours se resserrent les transhumances
exécutent par fractions moindres les troupeaux divisés épuisent
moins les pâturages mais cela ne suffit pas toujours compenser la
réduction de leur étendue VOLUTION DU NOMADISME EN ALGERIE 159
existence des habitants des steppes algériennes repose essentiel
lement sur élevage du mouton et de la chèvre qui accompagne en
proportions plus ou moins fortes Entre le uf animal tellien et
le chameau animal saharien le mouton règne dans la zone intermé
diaire est transhumant par excellence toute modification
apportée son élevage aura le plus profond retentissement sur exis
tence des nomades algériens
Il paraît établi que la richesse ovine des nomades diminué Il ne
agit pas des oscillations bien connues auxquelles est sujet le troupeau
algérien dans son ensemble mais comme montré Mr Couput une
diminution un caractère permanent portant sur les troupeaux trans
humants diminution qui ne peut expliquer que par les changements
survenus dans leurs conditions existence Il ne faut cependant pas
désespérer de maintenir et même accroître en qualité et en quantité
la richesse des nomades en effor ant de tirer un meilleur parti des
surfaces réduites dont ils disposent est surtout par augmentation
des ressources hydrauliques on peut espérer parvenir est le
manque eau qui dans certaines régions pastorales de Algérie
oppose au libre parcours des troupeaux et constitue un obstacle
au développement de élevage Chaque puits creusé chaque citerne
construite augmentent dans une mesure plus ou moins large les pâtu
rages utilisables on peut calculer autour de chaque point eau un
rayon maximum de 15 km pour les parcours sédentaires de 30 km pour
les parcours de transhumance Là où les puits ordinaires ou artésiens
ne donnent pas de résultats on pensé constituer artificiellement
des réserves eau de pluie comme celles qui se forment en
hiver dans certaines dépressions du sol fonds imperméable
et que les indigènes désignent sous le nom de rdirs Quelle
que soit la portée de cette uvre elle ses limites En règle générale
quand il pleut il des pâturages et les rdirs sont pleins dans les
années de sécheresse il ni pâturages ni eau dans les rdirs
Quant amélioration des est là comme le reboisement
une uvre de longue baleine Parmi les procédés employer pour
accroître le rendement des terrains de parcours on signale les labours
légers les mises en défens partielles les recépages qui régénéreront
les espèces ligneuses irrigation quand elle sera possible les fossés
horizontaux qui suppriment le ruissellement et facilitent infiltration
les barrages dans les ravins On est demandé aussi il ne serait pas
possible établir une sorte de rotation des pâturages au moyen de
clôtures en fil de fer selon la méthode australienne et argentine
mais les conditions naturelles et climatiques non moins que les
CO PUT Espèce ovine laines et industrie lainière Gouvernement général de
Algérie Algérie Exposition Universelle de 1900. Voir Annales de Géographie Xa
Bibliographie 1900 no 661. OGRAPHIE GIONALE 160
conditions sociales ne paraissent guère propres une entreprise de ce
genre En divers points notamment dans le cercle de Khenchela on
expérimenté des abris rustiques avec des approvisionnements de
paille et alfa il faut attendre pour se prononcer sur les résultats
En somme des améliorations locales et de détail sont possibles mais
on ne saurait modifier une manière fondamentale comme on le croit
trop souvent les conditions dans lesquelles exerce industrie pas
torale chez les nomades
côté du mouton le chameau le cheval et le uf ont un rôle
secondaire dans le cheptel des nomades Dans toutes les tribus àia
suite des convois du Touat une sensible diminution du nombre des
chameaux été constatée En dehors du Sahara proprement dit où
il demeure et demeurera animal indispensable il pas grand
inconvénient ce que le troupeau camelin ne se reconstitue pas
Ennemi de la culture et de la forêt permettant aux tribus de se déro
ber sa diminution chez les tribus voisines du Tell est pas autre
ment regrettable
On sait assez quel rôle considérable jouait le cheval dans la vie
des indigènes algériens avant la conquête fran aise Depuis la pacifi
cation indigène plus songer faire des incursions chez ses
voisins ni se défendre contre les attaques des tribus autrefois enne
mies Peu peu il renonce élevage du cheval de guerre ou de
luxe qui exige beaucoup de soins et ne rapporte souvent un pro
duit relativement faible Au fur et mesure que progresse la coloni
sation franco-européenne on voit dans les mêmes proportions
diminuer élevage du cheval et augmenter élevage des bêtes
cornes et du mulet augmentation du nombre des ufs est pos
sible que sur des points limités elle pour conséquence de res
treindre les migrations puisque ces animaux ne transhument guère
aussi les gens du Sahara éleveurs de chameaux les Djemala
regardent-ils avec quelque mépris les Beggara ou éleveurs de ufs
Les nomades ont aussi accru leurs cultures surtout la lisière
des steppes et plus particulièrement dans les districts voisins du
Maroc et de la Tunisie dans le Bled el aroud où on osait pas
autrefois ensemencer cause de insécurité Les Harrar et les Ouled
Khelif de la région de Ti ret qui jadis attachaient peu impor
tance la possession de parcelles ils ne pouvaient exploiter que
lorsque les chances de la guerre le leur permettaient ont hui
défriché la plus grande partie des terres cultivables Dans la région
de Boghar les labours ont augmenté dans assez notables propor
tions Dans le Sersou le Nahr Ouassel et dans toute la région au
du massif de Ouarsenis on observe une évolution très marquée des
nomades vers agriculture ils ont pas hésité mettre la charrue
dans des terres vierges que leurs traditions leurs préjugés les enga-

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