Thasos - article ; n°2 ; vol.123, pg 482-496

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1999 - Volume 123 - Numéro 2 - Pages 482-496
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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Yves Grandjean
François Salviat
Jean-Yves Marc
Henri-Louis Fernoux
Thasos
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 123, livraison 2, 1999. pp. 482-496.
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Grandjean Yves, Salviat François, Marc Jean-Yves, Fernoux Henri-Louis. Thasos. In: Bulletin de correspondance hellénique.
Volume 123, livraison 2, 1999. pp. 482-496.
doi : 10.3406/bch.1999.7244
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1999_num_123_2_7244TRAVAUX DE L'ÉCOLE FRANÇAISE EN GRÈCE EN 1998 482
Thasos
1. La Porte de Zeus et le rempart
par Yves Grandjean et François Salviat
Porte de Zeus
L'étude architecturale de la porte et de la tour, reprise en 19971, a été poursuivie en septembre 1998,
en collaboration avec T. Kozelj et avec l'aide de A. Olivier (CNRS) venu en mission. Pour le côté tourné
vers la ville, on a réexaminé la restitution de la façade et on a pu établir le rapport de cette dernière avec le
niveau du chemin de ronde. Dans le passage, la structure de la porte a été étudiée : nous avons identifié un
fragment de linteau qui reposait sur la parastade décorée du relief de Zeus (cette attribution est décisive pour
la définition de la hauteur des piliers de la façade portant la dédicace de Pythippos). Pour la partie saillante
de la tour, le dispositif de la frise dorique haute, qui faisait retour sur les côtés, a été précisé. Au rez-de-chauss
ée, T. Kozelj a reconnu l'implantation de bancs de marbre qui étaient installés au pied des murs ; l'hypo
thèse d'un dallage ne peut être retenue. Les blocs d'assise ont été classés. La recherche devra être approfond
ie pour déterminer la hauteur de l'ouvrage, les niveaux des étages, les dispositifs des fenêtres de tir, l'agencement
du parapet crénelé et d'une éventuelle couverture.
Nettoyage sur le rempart près de la porte de Parménon et de la tour située
entre celle-ci et l'acropole
Jusqu'en 1997, le parement interne du rempart était recouvert d'une végétation dense qui interdi
sait toute étude fine. Le défrichage de tout ce secteur durant le printemps 1998 a fait apparaître en ces deux
points deux nouveaux massifs d'escaliers que T. Kozelj et M. Wurch-Kozelj avaient commencé à étudier ;
c'est à eux qu'est due la compréhension du rôle de ces escaliers : non pas des escaliers de courtine, mais des
escaliers de chemin de ronde.
1 Voir BCH 122 (1998), p. 553-556.
BCH123 (1999) THASOS 483
THASOS - REMPART
TOUR AUX YEUX ET MASSIF D'ESCALIERS
PLAN DE LA PHASE 1
Manuela Wurch-Koielj - 1999
Flg. 1. Rempart ; plan et axonométrie schématiques de la tour et du massif situés entre l'acropole
et la porte de Parménon (état 1).
BCH123 (1999) 484 TRAVAUX DE L'ÉCOLE FRANÇAISE EN GRÈCE EN 1998
Ο Axonométrie schématique
THASOS - REMPART
TOUR AUX YEUX ET MASSIF D'ESCALIERS
PLAN DE LA PHASE 2
Manuela Wurch-Koifelj - 1999
FIg. 2. Rempart ; plan et axonométrie schématiques de la tour et du massif situés entre l'acropole
et la porte de Parménon (état 2).
BCH123 (1999) THASOS 485
Fig. 3. Petit côté Sud du massif de l'escalier.
olivier
A
muret moderne
THASOS - REMPART
PORTE DE PARMÉNON, TOUR ET MASSIF D'ESCALIERS
PUN
Relevés : T. Kozelj et Manuela Wurch-Kozelj - 1999
Fig. 4. Plan schématique du secteur de la porte de Parménon.
BCH123 (1999) 486 TRAVAUX DE L'ÉCOLE FRANÇAISE EN GRÈCE EN 1998
1. La tour située entre l'acropole et h porte de Parménon
Un nettoyage à l'intérieur de cette tour confirme qu'elle a été construite en même temps que la court
ine. Sur la face Est de la tour se trouvait le gros bloc décoré de deux yeux prophylactiques, actuellement
visible à proximité du rempart, du côté extérieur.
En arrière de la tour on note la présence d'un des massifs doublant le rempart (longueur minimale :
19 m ; largeur : 2,25 m) (fig. 1). Il correspond à un escalier entre deux paliers en rapport avec le chemin de
ronde, situés à des niveaux différents en raison de la forte pente dans ce secteur. Cet escalier, établi à l'ar
rière du massif de la tour, d'abord pleine, et constitué d'environ quarante-cinq marches, permettait de pas
ser d'un niveau à l'autre.
À la suite d'un remaniement (fig. 2), le massif portant l'escalier a été raccourci de 4,15 m, de telle
sorte que son extrémité Sud arrive dans le prolongement du flanc Sud de la tour. Il faut considérer que l'él
évation de la tour a été aussi reprise : à partir du palier inférieur du chemin de ronde, la tour était désormais
creuse ; il fallait passer nécessairement de ce palier à l'intérieur de cette dernière pour rejoindre l'escalier. Un
linteau trouvé au pied de la tour, du côté intérieur, confirme l'existence de portes dans cette deuxième phase.
La date de ce remaniement est difficile à préciser. Toutefois l'appareil à carreaux de marbre2 paraît assez
proche de celui que l'on trouve dans la porte de Zeus (fin du IVe s.) (fig. 3).
2. Le rempart et h tour h proximité de h porte de Parménon
À une vingtaine de mètres en avant de la porte de Parménon, le rempart fait retour à angle droit en
direction du Nord (fig. 4). Cet angle englobait une tour pleine à la base, à peu près carrée en plan
(7,50 χ 7,45 m), faisant saillie du côté de la ville. Le sol intérieur de cette tour devait être de niveau avec la
courtine venant de la porte de Parménon ; à partir de là s'élevait un escalier dont on a retrouvé une partie
de la fondation (A), constituée d'un alignement de blocs de marbre ou de gneiss situés à 1,30 m du pare
ment interne du rempart et parallèles à celui-ci. Cette volée de marches permettait, comme à la tour précé
dente, de passer d'un secteur bas à un secteur haut du chemin de ronde.
Un second massif (B), large de 2 m, doublait le premier. Les fondations de ce second massif ont pu
être reconnues sur 10 m de long (la présence d'une terrasse d'olivier empêche d'en reconnaître la longueur
exacte). Ces fondations, construites en gros blocs de marbre à bossage, sont elles aussi parallèles au par
ement interne du rempart ; au point de contact, on remarque que l'assise supérieure actuellement conservée
de ce massif était liée avec le mur Nord de la tour (fig. 5). Un seuil a été retrouvé dans les décombres de
celle-ci, provenant de l'une des deux ouvertures situées, l'une sur le côté Ouest, au niveau du chemin de
ronde, l'autre sur le côté Nord, en rapport avec les massifs A et B. Le second massif renforçait le rempart
dans ce secteur ; il permettait en outre, par son extrémité Nord, un accès direct au chemin de ronde et à la
tour depuis l'intérieur de la ville.
2 L'un de ces carreaux, remployé, est décoré d'un réseau de
lignes brisées en relief.
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Hg. 5. Rapport entre le massif et la tour proches de la porte de Parménon (du Nord-Ouest).
2. L'agora
par Jean-Yves Marc et Henri-Louis Fernoux,
avec la collaboration de Manuela Wurch-KoZeu
Depuis 1995, les campagnes d'étude sur le centre monumental ont été alternativement consacrées,
d'une part, au dégagement du quartier romain, en particulier à la fouille de l'Édifice à la cour carrée3 ; d'autre
part, à l'étude architecturale des différents édifices de la bordure monumentale de l'agora4. Pour ce qui
concerne cette dernière, on s'est contenté dans un premier temps de compléter les relevés topographiques
et architecturaux, et de réaliser un inventaire des centaines de blocs trouvés pendant la grande fouille des
années cinquante. Les premières observations ont d'ores et déjà permis de changer l'image qu'on se faisait
jusque-là de l'agora de Thasos, mais des sondages de vérifications topographiques, architecturales et chro
nologiques se sont rapidement révélés nécessaires, soit pour tenter de préciser les raccords entre les diffé
rents édifices, soit pour chercher des éléments de datation précis permettant de proposer une chronologie
absolue5. Des fouilles ont donc repris cette année et se poursuivront désormais selon un rythme bisannuel :
il s'agira surtout de sondages limités, destinés à préciser la chronologie relative des différents édifices et à
répertorier les différentes phases de construction ou d'aménagement de ceux-ci.
La campagne de fouilles s'est déroulée cette année du 13 juillet au 3 août, avec trois ouvriers sous la
direction de G. Synodias. Y ont participé Marie-Anne Desbals, PRAG à l'Université de Strasbourg, Frédéric
Pautler, étudiant à l'École d'architecture de Strasbourg et Marie Voillet, étudiante en archéologie à l'Université
3 Pour l'Édifice à la cour carrée, cf. M. KOHL, J.-Y. MARC, BCH transformations du centre civique de la basse époque hellé
121 (1997), p. 765-775 et 122 (1998), p. 556-566. nistique à l'époque impériale », dans J.-Y. Marc, J.-Ch. Moretti
4 J.-Y. MARC, BCH 119 (1995), p. 688-696. (éds), Constructions publiques et programmes édilitaires en
Grèce entre le IIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C., Actes 5 Pour les premiers résultats, cf. J.-Y. MARC, « L'espace poil·
tique », dans L'espace grec. Cent cinquante ans de fouilles du colloque organisé par l'École française d'Athènes et le
de l'École française d'Athènes (1996), p. 50-52 et id., « L'agora CNRS, Athènes, 14-17 mai 1995, BCH Suppl. 39 (à paraître).
de Thasos du IIe siècle av. J.-C. au Ier siècle ap. J.-C. : les
BCH 123 (1999) TRAVAUX DE L'ÉCOLE FRANÇAISE EN GRÈCE EN 1998 488
\
Grand autel surest
Au»
Portique sud-ouest
> èce B,
Pièce A / :>
Portique coudé
4* /
'\
Édifice à (a cour carrée
10 20 m 0 1 5
I I I I I I
THASOS - ABORDS SUD DE L1 AGORA
Plan : état 1998
M. Wurch-Kozelj - 1999
Espace non fouillé Murs : relevés topographiques Bs
(T. Kozelj et M. Wurch-Kozelj)
Vestiges ré-enfouis
Murs restitués
Murs modernes
Flg. β. Angle Sud-Est de l'agora.
BCH123 (1999) ·
THASOS 489
mosaïque
mosaïque - ^ '.
\ \ * \
Pièce A
·. mosaïque \
\ \
\ Portique sud-ouest
Γ"
\ mosaïque
Passage Ionique
5m
THASOS - ABORDS SUD DE L1 AGORA
Plan détaillé : état 1998
T. Kozelj et M. Wurch-Kozelj - 1999
Flg. 7. Extrémité Sud-Est du portique Sud-Ouest.
BCH123 (1999) TRAVAUX DE L'ÉCOLE FRANÇAISE EN GRÈCE EN 1998 490
de Strasbourg ; Lucie-Catherine Ouimet et Isabelle Chabot, étudiantes à l'Université de Montréal, ainsi que
Soline Berger et Franck Préteux, étudiants à l'Université de Paris IV, nous ont occasionnellement aidé. Olivier
Picard a identifié les monnaies. Les plans ont été relevés par Tony Kozelj et Manuela Wurch-Kozelj, architectes.
L'objectif cette année était de préciser les observations déjà faites dans l'angle Sud-Est de l'agora et
en particulier de mieux comprendre l'articulation des colonnades qui bordaient les côtés Sud-Est et Sud-
Ouest de Yaulè6. Il fallait également repérer, dans la mesure du possible, les limites des fouilles précédentes,
afin d'isoler des réserves archéologiques susceptibles de fournir des indications stratigraphiques fiables7. On
a donc commencé à procéder à un nettoyage général de l'ensemble du secteur, afin d'implanter des sondages
contre les murs et le stylobate du portique Sud-Ouest (fig. 6 et 7). Les découvertes faites alors nous ont
contraints de modifier le programme prévu.
Pièce A (fig. 8)
Les premiers sondages furent implant
és dans les angles et contre le seuil de la pre
mière pièce du portique Sud-Ouest après le
Passage ionique. La mise au jour d'une
mosaïque de galets très bien conservée, à
quelques centimètres à peine sous la terre
végétale, nous a obligés à nous déplacer dans
la pièce voisine. En effet, faute de moyens
pour traiter et protéger cette mosaïque, il
n'était pas question de la dégager complète
ment. Aussi, après avoir vérifié qu'elle recou
Fig. 8. Pièce A du portique Sud-Ouest : vue générale de la fouille. vrait bien tout le sol de la pièce et présentait
partout le même état de conservation, nous avons remblayé les cinq sondages ouverts dans cette pièce (fig. 9,
10 et 11). Il s'agit d'un tapis de sol composé de petits galets de marbre blanc (de 0,01 à 0,05 m), disposés
plus ou moins soigneusement de chant dans une couche de mortier. Au centre de la pièce, la mosaïque a
fait l'objet de réparations, avant d'être recouverte par un lit de mortier (fig. 11). Elle est partout mono
chrome et ne présente aucune décoration, à l'exception d'un petit motif constitué de pierres bleues et vertes
(couronne ?), retrouvé dans l'angle Nord-Est de la pièce (fig. 10). Ce sol est par endroit recouvert d'une
couche de destruction, composée de très nombreux fragments de tuiles en terre cuite : cette couche semble
avoir été déjà entamée par la grande fouille.
β J.-Y. MARC, BCH 119 (1995), p. 693-696. semble des murs du secteur, mais aucune des pièces n'est
7 L'histoire des fouilles dans ce secteur du centre monu explorée en profondeur. Pendant la guerre, l'occupant bulgare
mental explique aisément l'état très médiocre des informat procède à des travaux d'assainissement et construit (ou
ions, tant chronologiques que topographiques, actuellement reconstruit?) un égout immédiatement au pied du moulin,
disponibles. En 1921 et 1922, furent repérés dans des son dont l'élévation très ruinée menace toujours l'agora, ce qui
dages isolés le stylobate du Passage ionique ainsi que le mur entraîne de nouvelles perturbations dans ce secteur. Il faut
arrière de la pièce A du portique Sud-Ouest. Un an plus tard, attendre 1955 pour que la galerie du portique soit entière
A. Laumonnier dégage la Salle à abside et l'ensemble du Pas ment dégagée (BCH 80 [1956], p. 406-413). Enfin, en 1962,
sage ionique, mais ses dégagements sont immédiatement rem la Salle à abside et le Passage sont à nouveau, et définit
blayés (ces premiers résultats sont reportés sur le plan publié ivement cette fois, dégagés, mais seule la première est rée
dans le BCH 56 [1932], p. 234 fig. 1). En 1939, R. Martin llement explorée (Cl. Rolley, Fr. Salviat, « Une statue d'Ha
entreprend une exploration plus systématique et fouille drien sur l'agora de Thasos », BCH 87 [1963], p. 548-555).
BCH 123 (1999)

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