Trois décrets de Rhamnonte - article ; n°1 ; vol.80, pg 57-75

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1956 - Volume 80 - Numéro 1 - Pages 57-75
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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Jean Pouilloux
Trois décrets de Rhamnonte
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 80, 1956. pp. 57-75.
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Pouilloux Jean. Trois décrets de Rhamnonte. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 80, 1956. pp. 57-75.
doi : 10.3406/bch.1956.2410
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1956_num_80_1_2410TROIS DÉCRETS DE RHAMNONTE
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I. DÉCRET DE LA GARNISON DE RHAMNONTE
pour Démostratos de Phlyées (229 av. J.-G. ?)
Publié par S. B. Kougéas, Mélanges à la mémoire de G. P. Oikonomos, p. 123,
n° 1 ; texte dans J. Pouilloux, La forteresse de Rhamnonle, addendum, p. 207, n° 14.
[ Ιθυσε δέ τωι Διί τώι (Τωτ]ήρι και τεΐ Ά[θη]-
[ναι τεΐ σωτείραι και (?) ] μος έκομίσατο την πα-
[ ]ΑΙ λαμπάδα έποίησεν έκ των στρατευ-
4 [ομένων 'Ραμνοΰ]ντι καΐ τοις άλλοις θεοΐς πασιν οΐς πάτριον
[ήν, περί π]λείστου ποιούμενος την προς τους θεούς εύσέβε[ι]-
[αν και] τψ προς τους πολίτας φιλοτιμίαν, Οπως αν ούν κα[ί]
[οι εν τοις φρο]υρίοις στρατευόμενοι των πολιτών φανεροί
8 [ώσι χάρ]ιτας άξιας αποδίδοντες τοις φιλοτιμουμένοις
(1) S. Β. Kougéas, Τρία ψηφίσματα έκ 'Ραμνοΰντος, έκ τοϋ εις μνήμην Γ. Π.
Οικονόμου τόμου έν 'Αθήναις, 1954, ρ. 121-136.
(2) J. Pouilloux, La forteresse de Rhamnonte, Élude de topographie et d'histoire, Paris, 1954,
cf. addendum p. 207-209, et la note liminaire. Les données générales de ces textes ont été briève
ment indiquées aux pp. 87-91 de cette publication, mais on n'a pas pu leur consacrer l'étude
détaillée qu'ils méritent, même après la publication de S. B. Kougéas (cf. l'annonce de cette étude,
La forteresse de Rhamnonle, p. 129, n° 14). 58 JEAN POUILLOUX
* άγαθεΐ τύχει, ' δεδόχθαι 'Αθηναίων τοις [περί έ]αυτούς
[στρατευο]μένοις 'Ραμνοΰντι ' έπαινέσαι Δημόστρατον
[ ] Φλυέα και στεφάνωσαν χρυσώι στεφάνωι κατά
12 [τον νό]μον αρετής ένεκεν και εύνοιας ην έχων διατελεί
[εις τε] την βουλήν και τον δήμον τον 'Αθηναίων, ομοίως δε
[και εις έαυ]τούς * άναγράψαι δέ τόδε το ψήφισμα εν στήλει
[λιθί]νει καΐ στήσαι οδ αν ούτος αίρήται ' έλέσθαι δέ τρεις
16 [άνδρας] οϊτινες συντελοΰσι τα έψηφισμένα, το δέ γε-
[νόμενον άν]άλωμα μερίσαι τον ταμίαν εκ του κοινού, έπαινέ-
[σαι δέ] και τον έπιμελητήν Αέοντα "Αγνωνος "Οαθεν και στε-
[φα]νωσαι θαλλοϋ στεφάνωι δικαιοσύνης ένεκεν της εις έ-
20 [αυ]τούς ' ο'ίδε είρέθησαν 'Αντιφάνης εξ Οίου, Ξενόφιλος Κυ-
[δαντ]ίδης, Θεογείτων ['Ρα]μνούσιος.
Établissement du texte (1)
Brisée en haut, endommagée à gauche, cette pierre a été tailladée sur toute
la partie supérieure gauche et la lecture en souffre gravement. Une première révi
sion avait conduit à des corrections assurées, en particulier aux 1. 5 et 9 (2). Mais
si, à la ligne 2, le texte sous la forme de l'édition première avait paru impossible,
on n'avait pu découvrir d'indications suffisantes pour proposer une restitution.
J'avais fait observer (3), que le M marqué par S. B. Kougéas était incomplet.
Après un nouvel examen, P. Charneux me dit le considérer comme certain. La
possibilité du N, que j'avais suggérée dans l'apparat critique, est ainsi exclue.
A gauche, selon P. Charneux, « on peut apercevoir, exactement au-dessus du Δ
de λαμπάδα, ^ à mi-hauteur de la ligne. Accident? C'est fort possible ; en tout cas
ce n'est pas le milieu d'un M, car à la suite on a : Κ \, deux hastes obliques, qui,
toutes deux, peuvent être également illusoires, surtout la seconde ; la première
peut avoir appartenu à un Λ, mais avec cette réserve qu'il serait un peu bas sur
la ligne et se fermerait aussi un peu bas. Avant cette lettre on peut mettre aussi
un O, lui aussi un peu bas, pas plus bas que la ligne certes, mais presque à l'align
ement inférieur, alors que les omicron sont souvent « accrochés » ; on en voit tout
le bas : \j ». On obtient ainsi le déchiffrement ν-Λ Ν .ΜΟΣ. A ma suggestion de lire
(1) Aussitôt que- la publication du professeur S. B. Kougéas m'avait été connue, je m'étais
efforcé de vérifier les passages que l'état de la pierre rend difficiles à établir. J'avais alors profité
du concours de Mr Mitsos (cf. La forteresse de Rhamnonte, p. 207). L'apparat critique que j'ai pu
joindre in extremis au texte [ibid., p. 207) donne les résultats de ce premier examen, résultats
définitifs pour les corrections des lignes 5, 7, 9 et 12. Pour les quatre premières lignes, où je
n'avais pu réussir à établir un texte complet, je profite aujourd'hui des minutieuses vérifications
que P. Charneux a bien voulu faire pour moi en compagnie de MJle Chr. Dunant. Les nouvelles
notes de lecture que l'on consigne ci-dessous lui sont dues ; je me suis efforcé de les retrouver,
à mon tour, sur les excellents estampages qu'il a faits à mon intention. Qu'il veuille bien trouver
ici l'expression de mes vifs remerciements.
(2) La forteresse de Rhamnonte, p. 207, n° 14, N. C.
(3) La de p. 207, N. C.
(4) La forteresse de Rhamnonle, p. 208. TROIS DÉCRETS DE RHAMNONTE 59
[πόλε]μος, P. Charneux répond : « je ne crois pas que l'on puisse trouver dans les
traits visibles une contre-indication nette, ni qu'on puisse en tirer parti sûrement ».
On restituerait, en ce cas [π]όλ[ε]μος, en notant avec P. Charneux que « -λε- serait
légèrement au large ». Aussi, bien que sachant l'importance relative qu'il convient
d'apporter à ces considérations d'écriture et d'intervalle pour des textes où la
gravure est aussi peu régulière que dans ces longs décrets attiques à la fin du
111e siècle, on peut proposer de lire ό δ[ή]μος (H est souvent plus large que Ε dans
le reste du décret). La restitution à laquelle conduisent l'une et l'autre des lectures
vaut d'être examinée.
A la 1. 3, le premier examen avait montré l'impossibilité de αγώνα, proposé
par S. B. Kougéas. Examinant à nouveau ce passage, P. Gharneux a bien voulu
m'écrire : « devant λαμπάδα, à la ligne suivante, c'est aussi désespéré : il y a bien
Al ; en avant c'est très enchevêtré. Peut-être Γ très large (un peu comme celui
de λαμπάδα). Mais je vois aussi à l'intérieur de ce Γ un trait oblique \ (mais
non h) (1) ; il y a d'ailleurs un autre trait plus bas dans l'autre sens, et un trait
horizontal à la hauteur de celui de A suivant. Au total, ce monstre : pP, et rien de
visible à gauche ». L'examen des estampages et des photographies n'apporte rien
de décisif ; la photographie laisse cependant voir plus nettement, semble-t-il, à
gauche de Al le pied de deux hastes verticales assez proches l'une de l'autre ;
dans ces conditions la lecture IKAI ou même NKAI ne paraît pas exclue ; l'on peut
chercher avant καί un accusatif se rapportant à τήν (1. 2).
Si la lecture [π]όλ[ε]μος est valable, il faut y reconnaître une indication
temporelle : l'action du décret est datée par rapport à une guerre, selon
un procédé courant. Très souvent sans doute, on recourt à un génitif
absolu (cf. IG II2, 665, 1. 7/8 : έπειδ[ή οι έφηβοι οι έ]φηβεύσαντες επί
Μεν[εκ]λέους άρχοντος, πο[λέμου κατέ]χοντος τήν πάλιν, διέμει[ναν] πάντες
εύτακτ[ουντες...] — au temps de la guerre de Chrémonidès ; de même
à Magnésie du Méandre, dans l'arbitrage entre Itanos et Hiérapytna :
Syll.3, 685, 1. 50/51 : και του πολέμου λύσιν λαβόντος, κατήντησαν καί
Ίτάνιοι επί τήν σύνκλητον . Mais la tournure personnelle apparaît aussi
fréquemment : IG II2, 1299, 1. 57 : επί Λυσίου άρχοντος εν ώι ένιαυτώι
ό πόλεμος ένέστη, décret pour Aristophane de Leuconoé au temps de la
guerre démétriaque ; de même dans l'arbitrage entre Itanos et Hiérapytna,
à Magnésie du Méandre : Syll.3, 685, 1. 52/53 : κατεσχηκότες εΐησαν τήι προ
του ήμέραι ή ό πόλεμος... ήρξατο. La présence de πόλεμος dans le texte de
Rhamnonte conduirait à rétablir une tournure analogue, qu'il s'agisse du
début ou de la fin d'une guerre : ενέστη ou διελύθη (pour la formule fréquente
διαλύειν τήν πόλεμον, cf., e. g., Syll.3, 560, 1. 12 : διαλύσαντες τον έμφύλιον
πόλεμον, ou encore : λύσιν έλαβεν ό πόλεμος, texte d'arbitrage d'Itanos-
Hiérapytna, signalé ci-dessus). La lecture - -]ηρι καί τει Ά[ impose de
rétablir le couple de noms auquel S. B. Kougéas a songé : [τώι Διί τώι
σωτ]ήρΐ. καί τεΖ Ά[θηναι τεΖ σωτείραι], d'après le parallèle du décret pour
(1) Proposé dans la note critique, La forteresse de Rhamnonle, p. 208. 60 JEAN POU1LLOUX
le triérarque Ménandros (1) et la dédicace pour le stratège [-]dôros, fils
de Xanthias (2). Les textes montrent que les chefs militaires se préoccupent
toujours de rétablir le cours régulier des cérémonies religieuses quand les
guerres les ont interrompues (cf. La forteresse de Rhamnonle, p. 130, n° 15,
1. 28 sq. : έγλειπουσών των θυσιών δια τον πόλεμον). La présence de κομίζεσθαι
(1. 2) évoque souvent une idée de ce genre et marque le rétablissement
d'une coutume ou d'une institution : cf. M. Holleaux, EEH, I, p. 41,
texte d'Érétrie reproduit Syll.3, 323, avec le texte de W. Dittenberger
κ[αί τους π]ατ(ρί)ους [νό]μους καΐ τήν δημοκρατίαν έκομίσατο (3). Dans
cette construction la liaison de ce membre de phrase avec λαμπάδα έποίησεν
qui suit montrerait qu'il s'agit d'une fête religieuse. Faut-il seulement
restituer les noms de Zeus et d'Athèna dans la série des divinités honorées ?
Le décret pour le triérarque Ménandros se borne à eux (La forteresse de
Bhamnonle, n° 17, 1. 9/10) ; la dédicace pour le stratège [-]dôros, fils de
Xanthias (Ibid., n° 23, 1. 3/4) les associe, au contraire, à Thémis et à
Némésis ; mais si l'ordre des divinités dans ce second texte peut être tenu
pour rituel, la largeur de la lacune exclut de rétablir ici les deux derniers
noms. Zeus et Athèna, dont le titre de θεοί σωτήρες (4) souligne sans doute,
ici comme souvent ailleurs, le rôle de protecteurs militaires, étaient peut-être
seuls nommés dans ce décret de soldats. Ainsi sans s'éloigner beaucoup de
la construction générale que proposait S. B. Kougéas, on restituerait :
[ θύσας (δέ?) τώι Διί τώι σωτ]ήρι και τέί Ά[θη]-
[ναι χεί σωτείραι, δτε \ * .,J ό π]όλ[ε]μος, έκομίσατο τήν πα-
[τρ ίαν θυσία]ν καί λαμπάδα έποίησεν εκ των στρατευ
ομένων 'Ραμνοΰ]ντι καί τοις άλλοις θεοΐς πασιν οϊς πάτριον
[ήν, περί π]λείστου ποιούμενος
La possibilité de lire ο δ[ή]μος au lieu de [π]όλ[ε]μος invite à chercher
quelle serait la signification du texte dans cette éventualité. La solution
paraît être alors à la ligne 2, dans le rapprochement de ό δήμος et de
έκομίσατο τήν πα[ — ]. L'inscription d'Érétrie que l'on a citée précédemment
apporte déjà un exemple de κομίζειν (Syll.s, 323) pour marquer le retour
au régime ordinaire après un temps de trouble. Cette expression apparaît
constamment, aussi bien dans les textes attiques (IG II2, 657, 1. 31 : καί
κομισαμένου του δήμου τήν έλευθερίαν) que partout où il s'agit de rétablir
des citoyens déchus de leurs droits anciens (à Oropos IG VII, 411 =
Syll.3, 675, 1. 23 sq. : καί δια τήν τούτου πρόνοιαν καί καλοκαγαθίαν συ[μ]βέβηκε[ν]
κεκομίσθαι ημάς τήν πατρίδα ; à Tégée, lors du retour des exilés : Tod, GHI,
(1) La forteresse de Rhamnonle, p. 208, n°17 ; cf. ci-après le même texte republié p. 64, 1. 9.
(2) La de p. 139, n° 23, 1. 3-4.
(3) Th. Reinach, RE G, 1900, p. 201 accepte le texte τους ΰμνους (note de L. Robert, apud
M. Holleaux, EEH, I, p. 41, n. 2).
(4) Cf. M. Launey, Recherches sur les armées hellénistiques, p. 914 sq. TROIS DÉCRETS DE RHAMNONTE 61
II, 202, 1. 4/5 : τός φυγάδας τός κατενθόντας τα πατρώια κομίζεσθαι ; à Samos,
Syll.s, 312, 1. 10-12 : σπουδάζων δπως Οτι τάχος Σάμιοι τήμ πατρίδα κομίσαιντο).
Si l'on doit ainsi lire δ δήμος sujet de έκομίσατο, on pense à une construction
analogue à ces exemples. La restitution την πα[τρίδα ], que rappelle
immédiatement la finale πα[- - (1. 2), se révèle peu convenable aux faits ;
on ne voit pas comment, dans le cours du ine siècle, le peuple d'Athènes
pourrait évoquer une rentrée dans sa patrie. Les circonstances historiques
recommandent au contraire de songer à une libération de la cité sans
cesse troublée par l'intervention des basileis. On pourrait lire alors ο δ[ή]μος
έκομίσατο τήν πά[τριον έλευθερία]ν, en se fondant sur le parallèle de IG II2,
657, 1. 31, déjà cité, ou τήν πά[τριον πολιτεία]ν (cf. Syll.9, 390, 1. 14 sq. :
τάς τε πόλεις έλευθερώσας (Ptolémée Sôter) και τους νόμους άποδούς και τήμ
πάτριομ πολιτείαμ πάσιγ καταστήσας). Il faudrait alors chercher dans cette
indication une circonstance temporelle, et songer à une construction de
ce genre :
[ έ'θυσε (δέ?) τώι Διί τώι σωτ]ήρι και τεΐ Ά[θη]-
[νάι τεΐ σωτείραι εν ώι ένιαυτώι?] (1) ό δ[ή]μος έκομίσατο τήν πά-
[τριον έλευθερία]ν και λαμπάδα έποίησεν εκ των στρατευ
ομένων 'Ραμνοΰ]ντι και τοις άλλοις θεοΐς πασιν οΐς πάτριον
[ήν, περί π]λείστου ποιούμενος...
Chronologie du décret
Si différentes que soient ces deux restitutions, elles conduisent apparem
ment à une même chronologie des événements qu'elles supposent.
L'écriture, les rencontres prosopographiques (2) indiquent que le document
appartient au dernier tiers du ine siècle. Dans ces conditions, la période
qu'évoque la restitution rappelant la libération du peuple ne saurait être
que la fin de l'occupation macédonienne et le départ en 229 de la garnison
occupante.
La date à laquelle on aboutit par la lecture [ό π]όλ[ε]μος ne paraît
pas être différente. On a en effet réservé la possibilité de restituer — 1. 2 —
aussi bien ένέστη que διελύθη, répondant à des situations exactement
inverses. Les critères de prosopographie et d'écriture imposent d'identifier
de toute façon cette guerre avec le δημητριακός πόλεμος ; mais la première
restitution reporte à 239, tandis que la seconde situe l'action en 229, l'une
en un temps où la cité dépend étroitement de la Macédoine, l'autre, à une
époque où elle a recouvré son indépendance. La comparaison avec les
(1) Les formules les plus diverses peuvent marquer ce rapport temporel, plus ou moins
précises, depuis le simple δτε jusqu'à l'exact τηι αύτηι ήμέραι ; pour εν &ι ένιαυτώι, cf. I G II2,
1299, 1. 57.
(2) Pour l'épimélète Léon, fils d'Hagnôn, cf. La forteresse de Rhamnonte, p. 128, n° 13, 1. 10 ;
S. B. Kougéas rapproche à juste titre, semble-t-il, Démostratos de Phlyées du personnage de
même nom, thesmothète en 227-226 : IG II2, 1706, 1. 29. 62 JEAN POUILLOUX
textes contemporains indique, sans doute, la solution. Pendant la guerre
démétriarque les décrets sûrement datés associent le roi Démétrios aux
cultes traditionnels : à Rhamnonte, on loue l'officier Dikaiarchos d'avoir
offert des victimes εις την θυσίαν τών Νεμεσίων και του βασιλέως (La forteresse
de Rhamnonte, p. 130, n° 15, 1. 27/28). Le décret d'Eleusis en faveur
d'Aristophane de Leukonoé (IG II2, 1299, 1. 10/11) nomme, lui aussi, le
roi Démétrios et la reine Phthia avec les cultes traditionnels ; si, le plus
souvent, des martelages ont fait disparaître les noms des souverains
antigonides (1), l'étendue des lacunes assure leur présence ancienne (2).
Rien de tel dans ce nouveau texte. Alors qu'au temps de l'occupation les
soldats ne cessent de vanter Γεΰνοια de leurs chefs vis-à-vis du roi, ils ne
félicitent Démostratos que de ses bons sentiments εις την βουλήν και τον
δήμον τον 'Αθηναίων, ομοίως δε [και εις έαυ]τούς, tournure qui répond mieux
à une époque où la cité ne dépend plus de la Macédoine ; le décret
ferait ainsi allusion à la fin de la guerre et non à son début ; la restitution
διελύθη serait en ce cas préférable. Que l'on suive l'une ou l'autre de ces
interprétations, on est ainsi conduit à placer le décret vers la même époque :
au début de la période d'indépendance à laquelle Eurycléidès et Micion
ont donné leur nom.
Les données prosopographiques s'accordent-elles avec cette datation ?
Il n'est pas déplacé de trouver un thesmothète de 227/8 parmi les person
nages agissant de 229/8. Mais quel est ici son rôle ? Le décret émane des
soldats athéniens cantonnés à Rhamnonte ; il associe à Démostratos,
l'épimélète Léon, fils d'Hagnôn, officier de la garnison (3). Il s'agit vraisem
blablement du stratège de la paralie (4).
De prime abord le personnage de Léon, fils d'Hagnôn, ne s'accorde pas
tout à fait avec cette chronologie. Il figure en effet dans un autre décret,
de Rhamnonte qu'il faut sûrement attribuer à l'époque macédonienne
(La forteresse de Rhamnonte, p. 128, n° 13). Le personnage honoré, Dikaiar
chos, fils d'Apollonios, est un officier dévoué à la Macédoine, comme le
montre un second décret où sa carrière est relatée en détail (La forteresse
de Rhamnonte, p. 129, n° 15) ; le premier décret honorifique des Athéniens
cantonnés à Rhamnonte se rapporte au début de sa carrière militaire — au
temps où il secondait son père Apollonios nommé par Antigone Gonatas
(texte n° 15, 1. 5-12). La couronne de feuillage qu'il reçoit alors indique
(1) Cf. SiiU.», 466, note 5.
(2) Cf. d'autres exemples de martelage dans les textes de Rhamnonte, La forteresse de
Rhamnonte, p. 118, n° 7 ; p. 129, n° 15, l. 6.
(3) Sur ces épimélètes, cf. La forteresse de Rhamnonte, p. 84, et n. 1.
(4) Cf. La forteresse de Rhamnonte, p. 1 18, n° 7; p. 134, n° 17; p. 209, n° 19 — ci-après le texte
p. 69, où un épimélète reçoit une couronne de feuillage tandis qu'on décerne au stratège une
couronne d'or. Démostratos doit ainsi entrer dans la liste des stratèges athéniens dressée par
Th. Ch. Sarikakis, Άθηνδ, 57, 1953, p. 242-304, Οι 'Αθηναίοι στρατηγοί τών Ελληνιστικών
χρόνων (voir p. 284). TROIS DÉCRETS DE RHAMNONTE 63
qu'il n'occupe encore qu'un rang subalterne. Léon, fils d'Hagnôn, membre
de la commission executive dans ce décret, n'est sans doute qu'un simple
soldat, ou un sous-officier. Est-il excessif de le retrouver épimélète plus
de dix ans après, dans la même garnison ? On y pourrait découvrir
l'exemple d'un soldat de métier, dont la carrière se continue à travers les
alternances de la politique, demeurant au service de sa patrie libérée comme
il l'avait été sous l'occupation étrangère, promu peut-être à l'occasion de
cette libération.
Institutions
La partie conservée de ce décret n'aurait rien que de banal sans la
mention d'une lampadédromie (1. 2 : λαμπάδα έποίησεν). Non que le concours
soit inconnu à Rhamnonte (1), mais le seul témoignage que nous possédions
remonte au ive siècle, sans doute à 333/2. La course y apparaît alors comme
une compétition entre les contingents éphébiques de chaque tribu. Le silence
des textes ne signifie pas que cette manifestation religieuse et sportive
était tombée dans l'oubli au me siècle, lorsque l'influence macédonienne
altérait la composition de la garnison, y introduisant un contingent mercen
aire plus important (2), réduisant le rôle des citoyens athéniens. Il est
d'autant plus malaisé de l'affirmer que l'on ne peut déterminer la fête
religieuse à laquelle se rattachait cette lampadédromie (3). Il est en tout
cas significatif que Démostratos réserve la course aux seuls soldats :
εκ τών στρατευομένων, soulignant la continuité entre les exercices des éphèbes
au ive siècle et cette compétition des soldats au me siècle. S'agit-il d'une
rénovation ? A la date où se situe apparemment le décret, on y trouverait
un nouvel effort pour replacer l'Athènes libérée de 229 dans l'exacte
tradition de la démocratie athénienne au temps de Démosthène, cent ans
plus tôt (4).
(1) Cf. La forteresse de Rhamnonte, p. 82, et p. 111, n° 2 bis.
(2) La de p. 118, n° 7.
(3) Cf. La forteresse de p. 82 et 111 ; que Zeus et Athéna soient seuls nommés
avant la mention de la lampadédromie, tandis que les autres dieux se confondent tous dans
l'anonymat de la formule τοις άλλοις θεοΐς πδσιν, pourrait faire conclure que la course aux
flambeaux est plutôt liée aux θεοί σωτήρες, contrairement à ce qu'on avait cru. Mais l'incertitude
qui grève l'énumération des divinités interdit de proposer une réponse catégorique.
(4) Sur l'évolution de l'éphébie au m8 siècle, cf. H. I. Marrou, Histoire de Véducalion
dans l'antiquité, 2e éd., p. 154-155. La restauration démocratique d'Eurycléidès et de Micion
correspond-elle à une rénovation de l'éphébie ? Les décrets ne mentionnent plus les éphèbes,
mais soit, comme ici, οί στρατευόμενοι, soit, comme dans le texte suivant, οι συνπλεύσαντες.
L'élément étranger continue d'être plus important dans ces trente dernières années du me siècle
qu'au ive siècle. Mais si les éléments qui constituaient la garnison n'étaient plus les mêmes,
on put cependant revenir aux coutumes du ive siècle. 64 JEAN POUILLOUX
IL Décret pour le triérarque Ménandros (225 av. J.-G.)
Publié par S. B. Kougéas, Mélanges à la mémoire de G. P. Oikonomos, p. 130, 3 ;
texte dans J. Pouilloux, La forteresse de Bhamnonle, addendum, p. 208, n° 17 ;
la couronne inférieure publiée séparément par W. Peek, Mnemosyne, 3e série, IV,
p. 16.
"Εδοξεν 'Ραμνουσίοις και τοις οίκοΰσιν των πολιτών
'Ραμνοΰντι ' Τιμοκράτης Έπιγένου "Οαθεν είπεν ' έπειδ[ή]
4 τον Μένανδρος έπί Νικήτου κατασταθείς άρχοντος τριήραρχος της τε του εις πλοίου τον ένιαυ[τόν] επισ
κευής έπεμελήθη καλώς και φιλοτίμως άναλ[ίσ]-
κων εκ των ιδίων Οσα παρηγγελλον αύτώι οι έπί τού[του]
τεταγμένοι ' εθηκεν δε και Ιλαιον τοις νεανίσκ[οις]
8 [ί]να έπιμελόμενοι του σώματος δυνατώτεροι γίνων-
[τ]αι ' έΌυσεν δέ και τώι Διί τώι σωτήρι και τεΐ Άθηνάι τεΐ
[σω]τείραι περί ύγιείας και σωτηρίας και ομονοίας τών
[συ]νπλευσάντων, δπως αν όμονοοϋντεο και σωιζόμε-
12 [νοι κ]αί έίς το μετά ταύτα χρήσιμοι γίνωνται τώι δήμωι
[και] ύπεδέξατο φιλοτίμως έκ τών ιδίων vac. ' έστεφάνω-
σε δέ και τους έπί του πλοίου ύπηρέτας φιλοτιμίας
ένεκεν της εις εαυτούς ' εδωκεν δέ και τά ναυφυλά-
παρ' εαυτού και παραγενόμενος εις 'Ραμνοΰντα 16 κια
έ'θυσεν τεΐ Νεμέσει μετά του στρατηγού και τών Ίερο-
ποιών τών αίρεθέντων μεθ' αύτοΰ ////// και έπέδωκεν ιερε[ΐ]-
α και οινον * δ' αν έφάμιλλον ει τοις άεί καθισταμέ- δπως
20 [ν]οις τριηράρχοις είδόσιν δτι χάριτας αξίας κομιοΰν-
[τ]αι ών αν εύεργετήσωσιν * άγαθεΐ τύχει ' δεδόχθαι
Αθηναίων τοις συνπλεύσασιν εν τώι άφράκτωι ·
έπαινέσαι Μένανδρον Τεισάνδρου Είτεαΐον και
24 στεφανώσαι χρυσώι σ[τ]εφάνωι κατά τόν νόμον
" αρετής ένεκα και φιλοτιμίας της εις εαυτούς
εις το μετά ταύτα * είναι δέ αύτώι και άτέλειαν του πλου
άναγράψαι δέ το ψήφισμα έν στήλει λιθίνει και στησαι προ[ς]
28 τεΐ πύλει ' έλέσθαι δέ και τρεις άνδρας ήδη εξ εαυτών οίτι-
νες συντελουσιν τα έψηφισμένα ' το δέ άνάλωμα το γεν[ό]-
μενον λογίσασθαι τώι κοινώι * οίδε είρέθησαν Τιμοκρά
της Έπιγένου Όήθεν, Άρχέστρ[α]τος Αισχίνου Έρχιεύς,
32 [Δι]οκλής Δίωνος Άμαξαντ[εύς].
Dans une couronne
'Αθηναίων
οί συνπλεύσαντες
Μέναν(δ)ρον
36 Τεισάνδρου
Είτεαΐον TROIS DÉCRETS DE RHAMNONTE 65
Le texte du décret en l'honneur du triérarque Ménandros ne présente guère de
passage litigieux. En reproduisant la publication première on a seulement cru
nécessaire de la modifier sur un point (1) : où S. B. Kougéas écrivait 1. 6 : ol επί
του [το] τεταγμένοι, on a proposé de lire οί επί τού[τωι] τεταγμένοι, car il paraissait
difficile de conserver à cette phrase le sens que voulait lui donner le premier
éditeur : Νομίζω δέ δτι και έν στ. 6-7 δια της φράσεως « όσα παρήγγελλον αύτφ οί
επί τοΰτο τεταγμένοι » αί διαταγαί του στρατηγού νοούνται (2). Les emplois
des participes passifs de τάττω sont assez constants dans les inscriptions militaires
pour que le sens de l'expression soit assuré (3). Il s'agit des hommes qui accomplis
sent leur service militaire et l'on attend normalement après cette construction soit
υπό suivi de l'accusatif, désignant le chef qui les commande, soit une expression
locative évoquant l'endroit où servent les soldats considérés. La proposition
relative signifie donc « toutes les requêtes que formulaient les hommes servant sur
ce navire ». Le datif que l'on a proposé répond à ce sens. Peut-être faut-il lui
préférer un génitif : επί τού[του], par analogie avec l'expression que l'on
rencontre 1. 14 : τους επί του πλοίου ύπηρέτας. La valeur de locatif paraît, en tout
cas, certaine.
Si la lettre du texte semble ainsi assurée, l'interprétation n'en est pas
encore claire sur tous les points. Certes l'activité du triérarque y est soigneu
sement décrite et ses actions n'ont rien que d'habituel : réparer le bateau
dont il a la charge, par ses distributions d'huile, ses sacrifices et ses
banquets, maintenir le physique et le moral des jeunes gens qui l'accom
pagnent, récompenser les officiers et les spécialistes du bord (4), participer
à la vie religieuse du dème constituent pour lui autant d'obligations, et à
Rhamnonte même les textes du me siècle ont accoutumé à les voir accomplir
par chaque chef militaire (5). Mais dans les années où se place le décret
— archontat de Nikétès en 225/4 (6) — les précisions qu'il apporte sur
l'organisation ou la réorganisation de la flotte sont particulièrement
intéressantes.
Tout d'abord, comme l'a noté le premier éditeur, une part des libéralités
du triérarque Ménandros concerne des dépenses jusqu'alors inconnues :
(1) Dans le texte donné à l'annexe de La forteresse de Rhamnonte, p. 208, n° 17, 1. 9, l'ortho
graphe σωτεϊρι est fautive. On doit lire σωτηρι comme dans la publication première.
(2) S. B. Kougéas commente seulement ainsi sa restitution : Στ. 6 : συνεπλήρωσα κατ'
αίτιατικήν επί τοϋ[το]. Άλλα και ή κατά δοτικήν συμπλήρωσις επί τού[τωι] ούτε είς τήν σύνταξιν
οΰτε είς τήν εννοιαν προσκρούει.
(3) Cf. La forteresse de Rhamnonle, p. 201, s. ν. τάττω, le relevé des exemples dans les seules
inscriptions de Rhamnonte.
(4) C'est bien ainsi, comme l'a indiqué S. B. Kougéas, qu'il faut comprendre 1. 14 τους επί
του πλοίου ύπηρέτας. Ce sont les gens de métier attachés au navire, cf. la liste donnée par Busolt-
Swoboda, Griechische Staatskunde, p. 572, et 1205-1206. Le rôle de ces ύπηρέται apparaît bien dans
le discours attribué à Démosthène, Contre Polyklès (L), § 46-53.
(5) Cf. La forteresse de Rhamnonte, Annexe, n° 15.
(6) Toutes ces dates sont données d'après le tableau le plus récemment dressé par
W. B. Dinsmoor, The Archonship of Pylharatos, Hesperia, 23, 1954, p. 312-316

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