Un gisement Tardenoisien de Fère-en-Tardenois - article ; n°7 ; vol.59, pg 478-490

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1962 - Volume 59 - Numéro 7 - Pages 478-490
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1962
Lecture(s) : 19
Nombre de pages : 14
Voir plus Voir moins

Jacques Hinout
Un gisement Tardenoisien de Fère-en-Tardenois
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1962, tome 59, N. 7-8. pp. 478-490.
Citer ce document / Cite this document :
Hinout Jacques. Un gisement Tardenoisien de Fère-en-Tardenois. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1962, tome
59, N. 7-8. pp. 478-490.
doi : 10.3406/bspf.1962.3849
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1962_num_59_7_3849Un gisement Tardenoisien
de Fère-en-Tardenois
Jacques HINOUT
Situé dans le parc de l'ancien Château de Fère en Tardenois, ce g
isement fait partie d'un important ensemble de stations Tardenoisiennes,
occupant les deux rives d'un marais aujourd'hui desséché et envahi
par les sables. Seul coule encore un maigre ruisseau, le rû de la Pelle,
alimenté par plusieurs sources dont la principale est la fontaine des
Abîmes qui provient des marnes supérieures du Lutétien (a). Ce petit
gisement est placé sur la rive gauche de cet affluent de l'Ourcq, sur le
fond même d'une des nombreuses ondulations d'origines dunaires, qui
caractérisent le Bartonien de cette région (1).
C'est dans ces parages que M. Ed. Vielle (Juge de Paix à Fère-en-
Tardenois), signala en 1890 à la société Historique et Archéologique de
Château-Thierry, les premières découvertes de trapèzes (2). Plus tard
en 1933, M. Raoul Daniel les baptisa pointes de Vielle en souvenir de
leur inventeur, après l'étude d'un gisement, situé à quelques centaines
de mètres, éparpillé autour des cratères produits par la destruction d'un
dépôt de munitions de la Grande Guerre (3).
En 1952, M. R. iCarlier (alors Greffier près du Juge de Paix à Fère-en-
Tardenois), découvrit trois nouveaux emplacements Tardenoisiens le
long d'une ancienne tranchée. Il fit un ramassage assez fructueux, com
posé de : trapèzes, lames, micro-burins et nucleus. Quelques années
plus tard, le labourage d'une partie de ces sables mit au jour deux nou
veaux gisements, dont celui qui fait l'objet de cette étude.
Grâce à l'aimable autorisation du propriétaire actuel, M. Courvoisier,
nous avons pu sauver in-extremis ce gisement situé sur le bord d'une
de ces tranchées, qui sert de dépotoir à la ville. Nous avons pu terminer
avant que le bull-dozer ne comble définitivement ce dépôt d'ordures.
Après en avoir averti le Directeur de Circonscription, M. Léon Aufrère,
nous entreprîmes, aidé de M. Michel Orliac, la fouille de ce gisement.
Méthode de fouille. — Après un carroyage métrique de la surface qui
allait être détruite, 40 m2 (Fig. 2) furent décapés à la truelle et tamisés,
par couches successives ,ce qui nous permit de constater que le niveau
archéologique, d'une épaisseur de 5 à 10 cm, se trouvait à une pro
fondeur de 20 à 30 cm de la surface du sol. Cette méthode de relevé
sur papier millimétré, d'un gisement dit de « surface » nous a permis
(*) Séance de mars 1962.
(a) Le Mausolée, n° 293, p. 217, n° 294, pp. 262-223, janvier-février 1961,
par Paul Dumon, La sablière de Fère-en-Tardenois. SOCIETE PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 479
■MB ■■■
ГГ 'IP 1 i ....-■/■ I, I
I
\ o
\
\
\
m \
\ 480 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
d'établir le schéma de densité de la Fig 2, qui donne un aperçu de la
répartition des silex dans ce gisement. Les dépôts les plus denses se
trouvent en H 2 (1200 silex) et F 4 (600 silex). Ils marquent probable
ment les points centraux des deux petits chantiers de taille.
Aspect du sol. — Une coupe de 1 m de profondeur en F 3 du plan (voir
Fig. 2), permit de vérifier que ce sol est fortement coloré par un podz
ol, la couche se trouvant immédiatement sur la croûte d'un horizon
durci, fortement concrétionné appelé parfois « alios » (Fig. 1). Quel
ques pièces se sont trouvées cimentées dans cet horizon d'accumulation
ferrugineuse.
La surface de cet horizon brun-noir présente une bosselure, qui peut
provenir du concrétionnement en masse continu (voir 4, Fig. 1).
Cet horizon très dur ne laisse pas pénétrer les racines de la couver
ture forestière clairièrée actuelle, composée de : pins, bouleaux et bru
yères (4) .
La couche archéologique était mélangée à un cailloutis brûlé, com
posé de débris meulier et gréseux de petite dimension (2 à 8 cm sur
100 éléments) voir 3 (Fig. 1) . Aucune pierre de foyer, ni aucun empla
cement de foyer n'ont pu être décelés, la teinte noirâtre des foyers se
confondant avec la coloration brun-noir du podzol. Aucun débris os
seux; l'acidité de ces sols, non abrités, rendant impossible leur conser
vation. La partie supérieure de ce podzol semble avoir disparu, soit
par un travail humain lors du creusement de la tranchée, soit par éoli-
sation, ce qui paraît être plus logique car le dépôt de pente (6, Fig. 1)
qui se trouve à environ : 0,80 m de profondeur près du marais, à 0,50 m
à l'aplomb du gisement, affleure sur la partie plate au-dessus de la
station.
Matériel lithique. — Les silex employés sont plus ou moins patines,
patine blanchâtre sur une épaisseur de 1 mm environ. Les silex passés
au feu sont éclatés, ce qui suppose une assez longue exposition à l'air
libre, en effet lorsqu'un silex brûlé est resté dans le sol depuis son
dépôt, il est fendillé, mais il n'éclate qu'au bout d'un certain temps
lorsqu'il a perdu son humidité, après sa mise au jour (b).
Inventaire de l'industrie recueillie :
Eclats 4 198 50 % brûlés
Nucleus 25
(b) Nous avons remarqué et observé ce phénomène, dans plusieurs gisements
Tardenoisiens du Tardenois. Des silex noirs provenant de la couche des foyers
en place, changent de teinte et éclatent au bout de quelques heures, mais ne
reprennent jamais leur ni leur forme, même en milieu humide.
Fig. 1. — Coupe schématique du gisement Tardenoisien du Rû de la Pelle,
Fère-en-Tardenois (Aisne).
1, horizon humique disparu; 2, horizon gris cendreux, stérile; 3, Horizon
gris contenant la couche archéologique mélangée au cailloutis; 4, noir,
durci, concrétionné en bosses, stérile; 5, ocré, montrant des petits horizons
stériles, d'accumulation brun-noir parallèles, stériles; 6, dépôt de pente (débris
de meulières, argilo-sableux, podzol humo-ferrugineux). ■
482 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
Lames entières 252
Talons de lames 1056
Corps et pointes de lames 1303
Eclats retouchés 2
22 Grattoirs
Lames retouchées 34 utilisées 29
Pièces de technique 35
Micro-burins 105
122 Trapèzes
Pointes du Tardenois 1
Scalènes 3
Pièces aberrantes 2
Total 7 189
Description : Les éclats (PL I). — Ils ont parfois plus de 10 cm, ils ont
un talon lisse suivant l'état du nucleus dont ils proviennent. L'angle
formé par le talon et le plan de l'éclat est de l'ordre de 118° en
moyenne alors que sur les lames il n'est que de 94° ce qui démontre
les deux modes de débitage. Le premier au percuteur lourd, épannelage
et préparation des plans de frappe, le second au percuteur léger pour
l'obtention des lames. Nous n'avons trouvé aucun en silex,
seulement 2 nucleus portent des traces1 de chocs (PL I, Fig. 4 a, 5 a) mais
ils peuvent être aussi considérés comme enclumes, broyons, etc..
Le nucleus (PI. I, Fig. 5 b) porte aussi des traces d'usure sur les
arêtes.
Certains éclats d'avivage présentent un aspect paléolithique (PL I,
Fig. 1, 2) d'autres (Fig. 6) rappellent par leurs formes les couteaux à
dos de cette époque (5). Plusieurs éclats portent des traces d'utilisation,
■■ ils semblent a avoir été employés sans retouches préalables.
Les nucleus (PI. I) . Ils sont de formes variées et présentent presque
toujours au bord du plan de frappe les trace des nombreux coups qu'ils
ont reçu pour en détacher des lames, pouvant les faire confondre avec
des grattoirs-rabots. Us sont les témoins du débitage rationnel des chas
seurs Mésolithiques qui avant tout produisaient des pointes de flèches,
le reste de l'outillage étant fabriqué à partir des éclats de fortune et des
lames trop épaisses, ou mal venues.
Les grattoirs (Pi. II). — Us étaient fabriqués à partir d'éclats de toutes
formes, étant même retouchés sur la face d'éclatement (Fig. 5, 6, 10, 11)
tout était, dans cet outil, orienté vers la recherche d'un bon angle de
coupe sans souci d'esthétique. iCeux des (Fig. 1, 2, 3, 7) sont du type
Tardenoisien classique. Les pièces représentées par les (Fig. 6 à 10 et
12) sont plutôt des petits racloirs latéraux, le grattoir (Fig. 13) tiré d'un
éclat brut ayant encore son cortex est nettement plus volumineux, pro
vient de l'épannelage d'un rognon de silex noir.
Les lames retouchées (PL III). - — Les lames trop épaisses pour produire
des trapèzes, étaient utilisées comme lames-racloirs (Fig. 1 à 5, 17 et 18)
elles présentent des retouches sub-parallèles comparables à celles des
racloirs de la PL II. Elles sont souvent fragmentées, vraisemblablement
en cours d'utilisation (Fig. 17), les deux parties de la lame (Fig. 18) ont I. — Materiel Hthique. nucleus [Rû de la Pelle. Fère-en-Tardenois (Aisne)]. PL 13
PL. Ж Ech:
PI. II. — Grattoir [Rû de la Pelle, Fère-en-Tardenois (Aisne)]. 18 • 12
PL.TEE
PL III. — Lames retouchées [Rû de la Pelle, Fère-en-Tardenois (Aisne)]. 486 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
été trouvées à 1 m l'une de l'autre. Certaines de ces lames portent seul
ement des traces d'utilisation (Fig. 6 à 8), couteaux naturels sans dos
abattu. Il faut aussi considérer certaines lames encochées (PL IV, Fig.
28, 29) ou tronquées obliquement (PL IV, Fig. 1 à 7) comme des pièces
de technique. Les talons de lames cassés au niveau de l'encoche sont
souvent des micro-burins ratés (PL IV, Fig. 26, 27).
Les trapèzes (PL V). Dans ce gisement, ils ont en général la forme de
trapèzes rectangles « pointe de Vielle ». C'est dans sa forme géométrique
qu'il convient de décrire cette pointe de flèche :
La grande base (a), formant avec le grand côté (c), la pointe; le côté
perpendiculaire (b) sur les1 bases étant la partie qui venait s'insérer dans
le fût de flèche (PL V, Fig. 4). En effet, la grande base possède souvent
des retouches inverses pour acérer ou renforcer la pointe (Fig. 1, 2, 5,
7, 8, 9, 33, 35, 36, 37). Certaines pointes (Fig. 10, 11, 37 à 42) sont
presque des triangles rectangles, tant leur petite base est restreinte. Les
pièces représentées (Fig. 31 et 32) ont pu servir de flèches tranchantes;
sur aucune de ces pièces ne se trouvaient de retouches inverses. Sur
beaucoup de ces pointes le stigmate du micro-burin est encore visible
lorsque les retouches ne l'ont pas fait disparaître. La dimension de ces
pointes de Vielle varie de 11 mm à 25 mm.
Les pièces de technique (PL IV). C'est en observant les pièces de tech
nique de la PL IV que l'on peut suivre le mode de fabrication de ces
pointes de Vielle.
A partir d'une lame plate (PL III, Fig. 9).
1°) une encoche était produite (PL IV, Fig. 29);
2°) cette pièce était ensuite par flexion hélicoïdale ou par le coup du
micro-burin (6) séparée en deux (PL IV, Fig. 30) et l'on obtenait
suivant le cas une lame lame tronquée obliquement, de base, de
corps ou de pointe (PL IV, Fig. 1 à 7) ; et un micro-burin de base,
de corps ou de pointe (PL IV, Fig. 8 à 25) ;
3°) cette lame tronqué était raccourcie si besoin était, donnant un
talon de lame (PL IV, Fig. 31 à 34) corps ou pointe de lame à cassure
perpendiculaire obtenue par flexion;
4°) il ne restait plus qu'à retoucher la base, cette retouche, plus forte à
la partie centrale que sur les bords, explique la forme souvent con
cave des pointes de Vielle (PL V).
C'est ainsi que nous sommes amenés aux constatations suivantes : le
nombre de pointes de Vielle, et de lames tronquées à gauche (120) est
proportionnel au nombre de micro-burins déjetés à droite (88) et inver
sement le nombre de pointes de Vielle et de lames tronquées à droite
(30) au de micro-burins déjetés à gauche (13). La forte pro
portion de talons, corps et pointes de lames cassées par flexion perpen
diculaire à leur axe (2 459) forme les 30 % du matériel recueilli. Ceci
nous donne aussi une indication sur le nombre de pointes de flèches
ainsi obtenues, qui serait de l'ordre de 2 à 3 000 pièces. Pour un ha
bitat relativement peu étendu, la concentration des ateliers ne dépasse
pas 10 m.2.
Les micro-burins (PL IV). — 91 micro-burins déjetés à droite sont ré
partis en 3 catégories :

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.