Une factorerie anglaise au Tonkin au XVIIe siècle (1672-1697) - article ; n°1 ; vol.10, pg 159-204

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Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1910 - Volume 10 - Numéro 1 - Pages 159-204
46 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1910
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C.-B. Maybon
Une factorerie anglaise au Tonkin au XVIIe siècle (1672-1697)
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 10, 1910. pp. 159-204.
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Maybon C.-B. Une factorerie anglaise au Tonkin au XVIIe siècle (1672-1697). In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient.
Tome 10, 1910. pp. 159-204.
doi : 10.3406/befeo.1910.2005
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1910_num_10_1_2005■.
NOTES ET MÉLANGES
UNE FACTORERIE ANGLAISE AU TONKIN AU XVII* SIÈCLE (1672- 1697)
(I. — INVENTAIRE ET DESCRIPTION DES DOCUMENTS MANUSCRITS DE L' India Office)
Vers 1660, les principaux établissements de la Compagnie anglaise des Indes
étaient, dans les Indes orientales :
La Présidence de Bantam (ť) avec ses dépendances de Jambee, de Macassar et
autres lieux dans l'archipel ; la Présidence de Fort Saint George (Madras) — simple
agence dépendant de Bantam avant i653, érigée alors en Présidence— avec les
factoreries subordonnées de la côte de Coromandel et de la Baie du Bengale.
La grande période des acquisitions territoriales n'avait pas commencé (2) ; les
efforts des agents de la célèbre compagnie avaient jusqu'à présent tendu principa
lement à fonder des factoreries et des comptoirs. A vrai dire, ces efforts n'avaient pas
été limités aux « Mers du Sud ». Des tentatives avaient été déjà faites d'établir des
relations avec l'Indochine, la Chine et le Japon (;T), mais elles n'avaient pas été cou
ronnées d'un succès durable.
Il faut voir l'une des causes principales de ce résultat dans l'hostilité inlassable des
Hollandais. Le « Treaty of Defence » de 1619, qui devait mettre fin aux contestations
incessantes entre Anglais et Hollandais ne produisit qu'une détente momentanée :
dès 162.0, les Anglais furent chassés de Pularoon et de Lantore ; en 162 1, de Ban
tam ; au commencement de 162З, d'Amboine où, par surcroît, plusieurs furent mis
(1) C'est lors du premier des « Separate Voyages •» (1601-160З), sous le commandement de
Sir James Lancaster, que les Anglais entrèrent en relation avec liantam presque à la même
époque que les Français (Cf. Cocks, Diary, publ. par Hakluyt Soc. (188З), 1, p. 268); le roi du
pays leur permit de fonder « a house of trade >■>. Bantam fut, pendant plusieurs années, le
principal établissement de la Compagnie dans l'Est. En 1626, une nouvelle factorerie fut fondée
à Japara (côte IN. de Java), mais, en 1628, le siège en fut transporté à Bantam ; en i65o, l'ét
ablissement de Bantam ne fui plus qu'une Agence, mais redevint Présidence en 16З4. (Hakluyt
Society a publié (1877) The Voyages of Sir James Lancaster to the East Indies).
(2) Elle ne commencera vraiment qu'au xvnr siècle, après la fusion des deux Compagnies
des Indes. La London East India Company appelée communément « Old Company » avait
reçu sa charte à la fin de l'année 1600 sous le titre « The (îovernour and Company of Merchants
of London Trading into the East Indies » ; la General Society ou English trading
to the East Indies, communément appelée « New Company » fut fondée en 1698 ; les deux
Compagnies fusionnèrent en 1708-1709 sous le nom « The United Company of Merchants of
England trading to the East Indies » ; cette compagnie fut officiellement nommée The Honour
able East India Company.
Les seules acquisitions territoriales au xvir siècle furent : en i65g, Madraspatam (Fort
Saint Georges) ; en 1668, Bombay ; en 1690, Tegnapatam (Fort Saint David) ; en 1694, Anjengo.
(3) En 161 3, le Capitaine John Saris, commandant le huitième des « Separate Voyages »,
aborda à Firando (Hirado) et y établit une factorerie (Marine Records, sect. 1, xiv, journal
du Cap. Saris du 5 avril 161 1 au 17 novembre iGi5 ; Factory Records, China and
Japan, i5, lettres de Firando du 26 avril 16 1 4 au 1" oct. 1 616 ; Marine sect, iu,
Miscellaneous. 6, Accounts of Richard Cocks in the Eight voyage) vers 16 18, une :
— — 160
à la torlure f1). Les Hollandais étant les maîtres du commerce de l'archipel, les
Anglais durent renoncer pour un temps à la lutte ; c'est alors qu'ils rappelèrent leurs
facteurs de Formose et du Japon (162З).
Mais, pleins de ténacité, ils réussirent à rétablir certaines agences, notamment
celle de Bantam qui fut, en 16З4, de nouveau érigée en Présidence. En i65i,
Cromwell publie l'Acte de Navigation et, l'année suivante la guerre éclate entre la
République d'Angleterre et les Provinces-Unies. Le traité de Westminster (i654),
accordant à la Compagnie anglaise certains avantages pécuniaires et moraux (2)
relève sa situation, accroît son prestige et donne un nouvel essor à son commerce (3).
Après s'être de nouveau, et plus solidement que par le passé, assise dans l'archipel,,
elle va tenter de sérieux efforts pour former des établissements durables dans le&
mers de Chine et du Japon.
L'ordre en vint sans doute de Londres (4j ; une consultation fut tenue le ю mai
1672 à Bantam (5) où il fut décidé que des expéditions seraient en même temps di
rigées, avec la mousson favorable, au Tonkin, à Formose et au Japon.
jonque avait été envoyée au Tonkin et trois autres à Formose et aux Pescadores par le chef de
la factorerie du Japon ; vers la même époque, des tentatives furent faites pour lier des relations
avec certains points de la côte de Chine (Amoy, Macao, Canton) ou y fonder un établissement ;
en 1657, une escadrille, commandée par le Capitaine WeddeJl, se présenta devant Canton et
demanda au vice-roi de signer un traité de commerce (China and Japan, vol. 16 et Marine
Records, sect. 1, lxiii), etc. Je ne cite ici que les documents manuscrits qui se rapportent
aux événements dont il est question ; c'est avec intention que je ne fais point de référence aux
ouvrages imprimés.
(!) On peut lire dans Sainsbury, (Calendar of State Papers, Colonial, East Indies
1625-1629), outre de nombreux détails relatifs à ce fait (passim), une relation complète du
massacre par un témoin : « A true relation of the Netherlands Honourable East India Comp
any's Agents proceeding against the English at Amboyma, by an honest, true, and impartial
ear and eye witness, who did serve the foresaid Honourable Netherlands Company within the
Castle at that instant » (n° 871, pp. 686-691). La date du massacre d'Amboine (février 162З)
est importante dans l'histoire du commerce anglais aux Indes, car, comme le dit Sir George
Birdwood (Report on the miscellaneous Old Records at the India Office, 1878, —
réimprimé en 1890, p. 47 ; ,)e cite d'après la réimpression) : « the massacre of Amboyna
roused the patriotic spirit of the whole country in support of the interests of the Company.
The massacre of Amboyna is, indeed, the turning point in the history of the rise and progress
of the British Empire in India ».
(2) Restitution de Pularoon, indemnité de 85. 000 1., indemnités aux héritiers des victimes
du massacre d'Amboine.
(3) D'ailleurs en 1661, la Compagnie hollandaise a subi un cruel échec à Formose ; elle a
été chassée de son établissement, Casteel Zelandia, par Tcheng Tch'eng-kong Щ) $í J0J
(Koxinga ou Cojinja dans les récits européens) qui, après avoir été battu à Nanking et à Amoy
par les généraux au service des Mandchous, crut trouver à Tywan un sur asile.
(4) « En 1672, la Compagnie ordonna d'établir des factoreries au Tonkin, à Formose, au
Siam, en Chine et au Japon » (Birdwood, op. cit., p. 225).
De nombreux navires furent envoyés d'Angleterre en cette année 1672 le London, capitaine
William Basse (Marine Records, sect. 1, lxxi), le Massingberd, le Bombaim, le President,
Y Ann, Y East India Merchant, le Caesar, le Sampson, Y Unity, capitaine Fryer qui était le
chef de la flottille ; tous ces navires avaient commission de navires de guerre, les Anglais étant
à ce moment en état de défiance ouverte contre les Hollandais (Birdwood, op. cit., p. 5o).
(5) Voir ci-dessous : Factory Records, 5°, iv, pièce a (p. 170). - - 161
Nous allons nous occuper de la première ainsi que de l'établissement qui en
résulta. D'assez importants documents manuscrits s'y rapportent, qui proviennent des
archives de l'ancienne Compagnie des Indes et se trouvent actuellement au Record
Department de ï India Office. Je les ai consultés au cours d'un séjour que je fis à
Londres pendant l'été de l'année dernière ; mais si j'ai pu faire des recherches métho
diques et prendre d'assez abondantes notes, je n'ai pas eu le loisir d'entreprendre
ou de surveiller la copie de ces documents qui occupent près de i5oo pages in-folio.
Je ne peux donc encore essayer de retracer l'histoire complète de la factorerie
anglaise qui dura de 1672 à 1698 ; mais en attendant que j'aie de nouveau à ma
disposition les documents originaux (ou tout au moins leur copie intégrale), il me
paraît utile de les énumérer, d'indiquer leur place dans les nombreux registres du
Record Department et de donner une analyse sommaire de leur contenu.
On sait que les archives de VEast India Company n'existent plus au complet.
Nombre de documents furent égarés au cours de la première période de son existen
ce, alors que l'on prenait peu de soins pour leur conservation. Dès 1614 cependant,
des pièces importantes étant impossibles à trouver, il fut décidé qu'aucun prêt ne serait
fait sans autorisation (Court minutes, i3 Dec.) et que les documents disparus
seraient activement recherchés (Court minutes, 20 Dec.) ; l'année suivante, il fut
même interdit de prêter aucun document avant que copie en fût prise (Court mi
nutes, 3o Aug. 161 5). Mais ces mesures, provoquées sans doute par Hakluyt,
historiographe de la Compagnie depuis 1601, ne furent vraisemblablement pas
appliquées après sa mort survenue en 16 16.
D'autre part, Purchas, successeur de Hakluyt, parait être responsable de la perte
de nombreux documents : son recueil de voyages, Purchas hys Pilgrimes, — conte
nant, non point la reproduction in extenso des originaux, mais de simples résumés,
— fut publié en 1626 ; il mourut l'année suivante et l'on ne put retrouver dans la
suite la majeure partie des pièces qu'il avait utilisées.
Enfin, lors de la suppression de la Compagnie des Indes en i858, les bureaux qui
étaient installés dans Leadeuhall Street depuis 16З8 (x) furent transférés à West
minster Palace Hotel et l'on transporta les volumineuses - et embarrassantes —
Archives dans des locaux variés ; une partie fut même entreposée dans des caves.
Il ne semble pas que de successifs déménagements aient jamais été favorables à la
bonne conservation de documents d'archives ; ajoutons que, pour celles de la
Compagnie des Indes, un autre danger les menaçait : en i860 et en 1861, une assez
grande quantité de pièces (quelque huit cents tonnes -) a été envoyée au pilon et
(!) Au début, les « offices » de la Compagnie furent situés au domicile de son gouverneur,
Sir Thomas Smith ; en 1621, ils furent dans une maison de Lord Northampton, Bishopsgate
Street ; en 1608, dans la maison du gouverneur, Sir Christopher Clitheroe, Leadenhall Street,
et en 1648, dans une maison voisine.
(2) La ton vaut ioi5 kilogrammes 649.
P.. E. F. E.-O. T. X. — 11 — — 162
il n'est pas tout à fait certain que le choix des papiers à détruire ait été fait avec
beaucoup de discernement C1).
Ces remarques étaient utiles, car, dans l'étude du sujet très particulier qui nous
occupe, nous aurons à noter assez souvent de regrettables lacunes.
A l'heure actuelle, les Archives placées dans le Record Department de Ylndia
Office, se trouvent dans des locaux parfaitement appropriés à leur destination et
sont définitivement à l'abri, aussi bien d'une tentative de détournement que de tout
danger de détérioration (2).
Les documents que je vais décrire (3) seront cités avec référence aux trois catalogues
suivants (4) :
List of Marine Records of the Late East India Company and of subsequent
date preserved in the Record Department at the India Office, London, 1896 ;
List of Factory Records of the Late East India preserved... 1897;
List of General Records, 1599-1879, preserved... 1902
Marine Records. — Section I, Reference number lxxiv, Journall of a voyadge
in the Honourable English East India Companyes ship Fformosa from
Bantam upon Java major in the lattitude of 5d 5m0 South to Tonqueen upon
the Continent of China in lattitude of20m0 (sic; North, in which voyadge I
implore Gods assistance. (List, p. 5).
Le voyage dura du 21 juin 1680 au vendredi 10 décembre et le journal occupe 29
pages (pp. 12Э à i53 du volume). Le nom du capitaine manque.
(!) On trouve des renseignements sur ces faits dans un curieux manuscrit des Home Miscel
laneous, intitulé Papers relating to the destruction of useless records of the India
Office (CA. List of General Records, p. 119, n° 722). Voir aussi Birdwood, op. cit., p. 71,
note ; mais le poids total des documents vendus fut bien 800 tonnes et non 5oo, comme
il le dit.
(2) Je me fais un devoir de gratitude d'ajouter que j'ai trouvé auprès des personnes à qui
leur conservation est confiée un accueil dont l'obligeance et l'empressement m'ont été fort
sensibles. Sur la demande de l'Ambassadeur de France, M. Cambon, qui s'était aimablement
cbargé de ma presentation, et l'entremise de M. de Fleuriau, secrétaire d'Ambassade, après
autorisation du Ministre des Indes, j'ai obtenu pour mon travail toutes les facilités désirables.
Je tiens à en remercier encore et très cordialement M. T. W. Thomas, librarian, et M. W.
Foster.
(3) Ma description se ressent nécessairement de l'importance de mes notes, plus ou moins
copieuses suivant que je les ai prises en commencement ou en fin de séjour ; mais je n'ai pas
eu souvent à regretter, après les avoir laissées de côté pendant plusieurs mois, de n'y
retrouver que des éléments insuffisants pour décrire un document intéressant ; je n'ai éprouvé
ce regret qu'en deux ou trois circonstances que je signalerai.
(4) Un premier classement de documents provenant de YEast India Company avait été
fait en 1878 par Sir John Birdwood (op. cit.) ; son rapport a été réimprimé, comme je l'ai dit,
en 1890 avec plusieurs modifications et, notamment, avec une note supplémentaire et des
appendices que j'ai souvent utilisés. - — 163
C'est le seul journal de bord (dans le laps de temps qui nous intéresse) dont on
trouve l'indication dans la List of Marine Records; nous verrons cependant que
durant le séjour des Anglais au Tonkin, nombreux ont été les navires qui ont visité
la factorerie ; nous aurons même l'occasion de signaler un autre journal du même
genre, mais qui se trouve placé dans un des volumes de la Correspondance originale
classés parmi les Factory Records.
Factory Records. — i° China and Japan, Index number 17, (List, p. 12).
Ce volume, de 962 pages, contient les journaux registres (') et les procès-verbaux de
« consultations » (2) de la factorerie. C'est la collection la plus importante — au moins
par son étendue — de documents relatifs à cette question (3).
Voici la désignation des divers registres, au nombre de dix :
I. — Tonqueen Journal Register.
Begun June j/e 25 th — December ye 7 th Ended-1672.
Received in London 13 Aprill 1675
per Eagle
Le registre a no pages.
Voici le titre que porte la première page :
A Journall Register of all ye Transaccôns in the first settlement of a Factory
there & the Negotiation of merchantile affaires for the Hon ble English East
India Comp : Agitated per MT Wm Gyfford(k), Cheife of the Factory, there begin
ning the 25 th june 1672.
(!) Les journaux-registres sont tenus au jour le jour par le chef-marchand ou l'un des
facteurs ; ils contiennent non seulement tout ce qui a trait au fonctionnement du comptoir
(échanges, achats, enumeration ou appréciation des produits du pays, lettres aux chefs ou reçues
d'eux, etc.), mais aussi ce qui concerne les événements quotidiens, les rapports avec les indigènes,
^leurs coutumes, l'histoire du pays, les relations des agents entre eux, etc ; ils donnent un
tableau précis et quelquefois savoureux de la vie des Européens perdus dans un milieu très
■différent de celui où ils avaient accoutumé de vivre jusqu'alors.
(-) Une « consultation > est une réunion des marchands d'une présidence, d'une agence ou
d'une factorerie à fin de délibérer. Le chef-marchand est le président et tous les employés de
l'établissement, — sauf ceux qui sont chargés des besognes minimes, — ont voix consultative et
deliberative ; c'est le conseil ainsi formé qui décide de toutes les affaires importantes.
(3) Ils ont été déjà signalés en 190З par M. Paul Villars qui en a tiré la matière d'un très
vivant article paru dans la Revue de Paris (190З, t. vi, pp. 262-286). 11 m'est agréable de
le signaler ici, car cet article m'a mis sur la voie des recherches que j'ai entreprises par la
suite et je veux remercier M. Paul Villars, correspondant à Londres d'un grand journal
français, d'avoir consenti à me faire profiter de son expérience et à me confier les notes qu'il
avait prises dans les divers registres de ce volume ; j'ai pu ainsi faire porter mes efforts sur la
recherche et l'analyse des documents qu'il n'avait pas lui-même consultés ; je garde de son
obligeance le plus reconnaissant souvenir.
Je donnerai sur le contenu de ces registres moins de détails que sur les autres volumes des
archives, renvoyant le lecteur à l'article de la Revue de Paris ; mais je me réserve d'en
citer des passages au sujet de certains faits relatés dans d'autres documents.
('*) Le nom est écrit Gyfford et quelquefois Gifford. Birdwood (op. cit., p. 86) suggère
que ce personnage était peut-être un descendant de Philip Gyfford, depuly-governour de
Bombay qui mourut en 1676. William Gyfford, arrivé au Tonkin le 25 juin 1672, en partit
т. x. - 11. — - 164
Le mardi 13 juin fut en effet le jour que l'expédition anglaise arriva au Ton
kin. Elle y rencontra des Européens, Hollandais, Français, Portugais. Mais les
en 1676 ; je n'ai pas encore trouvé de renseignements précis sur ce qu'il devint ensuite
jusqu'en i685, date à laquelle il fut nommé Président à Madras.
C'est à William Gyfford que Samuel Baron dédia son ouvrage dont il sera question ci-
dessous (p. 169, n. 1). Quelques passages de cette dédicace valent d'être cités pour ce qu'ils-
nous apprennent de l'homme que le Conseil de Bantam avait choisi pour fonder l'établissement
du Tonkin :
« Vous fûtes le premier Anglais qui, pénétrant dans ce pays, y ouvrit le commerce et y
établit une factorerie pour l'Honorable Compagnie. En le faisant, votre patience n'apparut pas
moins exemplaire (ayant supporté l'étrange grossièreté et les rudes usages des indigènes, leur
ordinaire accueil aux nouveaux venus) que ne furent éminentes votre prudence et votre
habileté ; votre générosité, je puis le dire sans flatterie, considéra davantage l'honneur de
pays et l'intérêt général que votre profit personnel et, dans une intention libérale, vous avez:
dispensé aux autres votre cire et votre miel... Votre conduite fut pleine d'affabilité, de court
oisie et d'indulgence pour les bizarreries de ce peuple, cependant que votre naturel
condescendant se manifestait pleinement. Accoutumé à vivre en différentes parties de l'Inde
dans d'autres conditions de luxe que les Tonkinois, les Chinois et les Japonais n'en tolèrent
aux étrangers dans leur pays, encore avez-vous su trouver incontinent le moyen de leur
plaire par votre discrétion et vos opportunes concessions à leur orgueil. Vous vous êtes ainsi
assuré rapidement la bonne volonté des intermédiaires et des marchands (pleins d'avidité
vis-à-vis des nouveaux venus et cependant bien disposés à l'égard de ceux qui connaissent
leur pays et leurs coutumes) ; et vous avez par là prouvé que vous disposiez de grands
moyens pour faire prospérer le nom anglais, l'établissement qui vous était confié, et pour
vous élever vous-même en honneur, réputation et confiance. Rien ne vous a empêché de
réussir, ni la guerre avec la Hollande, ni le manque de navires, ni la pénurie d'approvi
sionnements, ni les obstacles qui vous rendaient toute affaire impossible, — toutes ces difficultés
différentes capables de porter un coup mortel à une factorerie naissante et qui durèrent
pendant tout votre séjour, soit bien près de six ans. Durant ce laps, vous avez perfectionné votre
expérience et su déterminer le véritable caractère de ce pays dont les Anglais, auparavant,
n'avaient qu'une idée confuse, en montrant les avantages qu'il présentait au commerce ».
Ce portrait paraît être fidèle dans son ensemble, encore quïl soit visiblement tracé d'une
main trop complaisante ; — mais Baron n'était-il pas en i685 le subordonné de Gyfford à
Fort Saint George ?. voilà qui peut expliquer qu'il ait embelli son modèle. Il n'est pas moins
vrai que Gyfford apparaît, dans son journal-registre, avec ces qualités de souplesse, d'inte
lligence et de patience qui sont magnifiées par Baron et s'il n'est pas juste de dire qu'il vainquit
tous les obstacles, l'énumération qui en est faite est à peine exagérée. Gyfford était
certes très supérieur aux successeurs qu'on lui donna et dont l'incapacité ne fut sans doute
pas pour peu de chose dans l'échec final de l'entreprise anglaise. Il fut cependant en hutte
aux accusations de ses subordonnés — fait assez fréquent dans l'histoire des factoreries
anglaises... et des autres ; le Conseil de Bantam crut, sur le rapport des facteurs du Tonkin,
que leur chef avait fait du commerce pour son compte personnel et le destitua. Mais la Com
pagnie parait être revenue assez vite de son jugement, car elle attribua parla suite de hautes
fonctions à son agent. 11 succéda en 168З à William Hedges qui fut le premier agent revêtu du
titre de « Governour » de Madras et il reçut lui-même le titre de « President and Governour »
(Président de la Côte de Coromandel, du Bengale, etc. et Gouverneur de Fort Saint George)
qu'il porta jusqu'en 1687. ^ paraît avoir été plus tard à la factorerie d'Anjengo, dont l'acquisi
tion fut faite en 1694 (Anjengo se trouve sur la côte de Tranvancore, à 72 milles Nord-Ouest
du cap Comorin\. En effet Birdwood (op. cit., p. 86) parle d'un volume ainsi désigné.: Vol. 1,
1717-22. Extract of letters as to the estate of late W. Gyfford. Ce volume est maintenant — — 165
premiers seuls y avaient un établissement important et faisaient activement du
commerce 0).
classé parmi les Factory Records, Miscellaneous, n° 21 ; je ne l'ai pas consulté, mais son
titre actuel nous apprend du moins qu'il y eut procès entre la Compagnie et la veuve de Gyfford,
fait qui n'était pas rare et qui ne permet de rien articuler a priori contre la probité de Gyfford :
Copies of or extracts from letters relating to Anjengo, Dec. 1717 to Jan. 1725 (com
piled for the purposes of the suit East India Co. versus Catharine Gyfford (List, p. 85).
(i) Les Hollandais étaient installés depuis longtemps au Tonkin quand les Anglais y arrivèrent.
Us y étaient venus pour la première fois en 1657. M. A. C. J. Geerts a publié en 1882, dans
Excursions et Reconnaissances (no i5, Saigon, 188?.), sous le titre: Voyage du Yacht
Hollandais « Grol » du Japon au Tonquin, 31 janvier 1637-8 août 1637, la traduction
d'un journal de bord copié aux archives de la Haye par M. F. A. Rose. On trouve dans les
Transactions of the Asiatic Society of Japan (vol. xi, 1880) une traduction de la
traduction française de ce journal de bord ; elle reproduit même les notes, sou ven*
insignifiantes, quelquefois erronées, dues au Dr Maget. Ce journal de bord rapporte d'une façon
sèche et précise les faits du voyage de Hirado à Formose (5i janvier-i5 février), de Formose
à Tourane (26 février-5 mars), de Tourane à l'embouchure de la Rivière du Tonkin* (i5-
29 mars) et du séjour au Tonkin jusqu'au 5 juillet.
Cette expédition avait été provoquée par le désir des Hollandais de se substituer aux
Japonais dans le commerce avec le Tonkin. En effet, le 7 décembre i655, pour prévenir tout
nouvel essai de propagation du christianisme, le shogun lemitsu avait interdit** à tout navire
japonais de sortir ou de naviguer vers d'autres pays et à tout Japonais de s'embarquer sous
peine de mort. Cette ordonnance mit finaux relations commerciales, actives jusque-là, entre le
.lapon d'une part et le Tonkin ou la Cochinchine d'autre part. Les témoignages de ces relations
sont, nombreux ; cf. notamment Pages (op. cit., 1, p. 792, n. 1) : <<, Les Japonais naviguaient
pendant toute l'année entre leur contrée et le Tonkin ». C'est à cause de ces relations que le
jésuite portant les titres de visiteur du Japon et vice-provincial de la Chine avait envoyé, en
1626, avec le P. Raldinotti, un Japonais de naissance, le frère Giuliano Piani et, en 1627,
avec le P. Alexandre de Rhodes, un autre Japonais, le P. Pedro Marquez. Dès le commence
ment des persécutions contre le catholicisme au Japon, un grand nombre de Japonais
chrétiens s'étaient réfugiés au Cambodge (le P. Pedro Marquez y fut en 1617), à Faifo où ils
ont laissé de nombreux souvenirs et au Tonkin. C'est à un interprète japonais que les Hollan
dais venus à bord du « Grol » eurent affaire en arrivant au Tonkin ; ils l'appellent Guando.
Au sujet de l'établissement des Hollandais au Tonkin, il faut se reporter au Dagh Register
(le voyage du « Grol » est signalé, année 1637, pp. 35, 40, i45, i5o, i5i, i56-i58, et ces
documents ajoutent des détails au journal de bord déjà traduit en français) et à Valentyn,
op. cit., t. ni, 20 partie, 4e livre, Beschryvinge van Tonkin, pp. i-35; on y trouve
(pp. 7-16) les Instructions données à Karel Hartsingh, chef de l'expédition, par le directeur du
comptoir du Japon, Nicolaas Koeckebakker, et, à la page 5i, les noms des chefs de la factorerie
de 16З7 à 1700 ; (ils sont aussi cités, mais avec de nombreuses fautes d'impression, parn
Uumoutier, Le comptoir portugais de Hwng-yên, in Annales de l'Extrême-Orient,
x, 1880-88, pp. 278-280).
Le journal-registre de la factorerie anglaise fournit des renseignements curieux, quelquefois
piquants, sur la conduite des Hollandais au Tonkin (Cf. Villars, Les Anglais au Tonkin, in
loc. cit., passim).
Voir ci-dessous, p. 196 n. 2.
** Une traduction de l'ordonnance (d'après Valentyn, Oud en Nieuw Oost-Indiën. t. v,
•2e partie, p. 98) se trouve dans Pages, Histoire de la religion chrétienne au Japon,
vol. n, annexe 1 16. - - 166
— M1' Giffbrds Journall at Tonqueene. II.
A Journall Register
Begun í/e 13 lh Dec. 1674
ending ye 28 th June 1676
Received in London ye 22 Augsl 1677
Per ye President
Le registre a 1 79 pages
La dernière page porte :
« Here ends the journall register of all occurences during ye tyme of William Gifford
residing chiefe in Tonqueene.
(Signé) Wm GiFFORD
Tho. James »
III. — Tonqueene
Journall Register
29 th June 1676 — 26 "» June 1677
Le registre a 101 pages
La dernière page porte :
« Here ends ye Journall Register of ye occurences of this factory subscribed by us
(Signé) James
Keeling
Ireton »
IV. — Le registre commence au f° 3 ; donc, pas de titre, mais chaque page porte en
tête : Алло 1677 in Tonqueen.
Les fos З9, До, 41) 42 manquent.
Au milieu du f° эо : Ллло 1678 in Tonqueen.
Le registre finit au f° 54, 24 juin [1678]
V. — Tonqueen Journall Register
,678/9
Reed per Caesar and opened in
Court 15 th Sept. 1680
Anno 1679 in Tonqueen
Le registre a 5i pages, numérotées sauf les deux dernières; il a été commencé à la
date du 2 juillet 1678 et fini le 28 mai 1679
VI. — Tonqueen
Journal Register begun June the Pl
Anno 1679. End. May 31 1680
Le registre a 42 pages ; la dernière seule porte en tête Anno 1680; en réalité 1680
commence au milieu du f° 3g.
VII. — Tonqueen
Letters of Consultations
Begun 15 Dec. 1681
Ended 28 July 1682
Le registre a 26 pages ; il est en mauvais état ; la marge de la dernière page est
arrachée. — — 167
— Pas de page de tare. VIII.
In Tonqueen anno 1682
Le registre commence le 29 juillet 1682 et finit le 26 août 168З ; il a 28 pages.
La dernière porte cette annotation écrite à Londres : « The diary perused but little
materiále in it but that Wm Keeling was dismissed the Сотр. service in October 1682.
Ln 2 К»™ i687. J. B. »
IX. — Copy of Tonqueen Diary Consultation
Commencing the 13 May 1693
Ending the 29 July 1697
№ U
Received per Martha &
Opened in Court 4 sept. 1699
Ce n° se compose en réalité de 4 registres:
IX a. — Rédigé par Richard Watts, Cheiff, commençant le i3 mai 169З et finissant
le 3i octobre ; il a 1З7 pages.
IX b. — Ecrit d'une autre main, qui parait être celle de Richard Farmer, (second de
Watts) mais Watts étant toujours le chef de la factorerie; il commence le ier novembre
1694 et finit le 18 décembre de la même année. La dernière page porte quelques
lignes de la main de Watts. 53 pages (non numérotées).
IX с — De la main de Richard Watts, du 18 décembre 1694 au ier février 1690/6
(comprend donc l'année 169Ô tout entière) ; puis de la main de Farmer (?) du ier février
1696 au 3o mai de la même année. 70 pages (non numérotées) environ.
IX d. — Tonqueen Diary, de la main de Farmer (?) ; du 3o mai 1696 ou 29 juillet
1697. La dernière page porte la mention.
Perused this 18íh Apríle 1700.
J. В.
5о pages (non numérotées) environ.
X. — Tonqueen Diary and Consultation Book.
Anno 1697.
Commencing 27 th July 1697.
Ending the 30th November 1697.
№ 15
Received per Martha & Opened in
Court. ï th Sept ье-- 1699.
Richard Watts étant chef, mais non de sa main.
Le registre a 41 pages ; sur la dernière on lit :
Perused the 19íh Aprill 1700.
J. В.
On peut remarquer, dans cette enumeration, que l'on a, pour la première période,
des journaux complets et pour la seconde, plutôt des procès-verbaux de con
sultation. En outre, il faut noter que du 26 août 168З au i3 mai 1693, cette collection
offre une importante lacune. Elle est en partie comblée par les documents du vol.
Java 7, ainsi qu'on le verra.

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