Une nouvelle station de l'Age du Bronze au pied du Salève (Haute-Savoie) - article ; n°8 ; vol.49, pg 364-378

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1952 - Volume 49 - Numéro 8 - Pages 364-378
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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Danilo Rigassi
Jean-Christian Spahni
Une nouvelle station de l'Age du Bronze au pied du Salève
(Haute-Savoie)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1952, tome 49, N. 8. pp. 364-378.
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Rigassi Danilo, Spahni Jean-Christian. Une nouvelle station de l'Age du Bronze au pied du Salève (Haute-Savoie). In: Bulletin
de la Société préhistorique française. 1952, tome 49, N. 8. pp. 364-378.
doi : 10.3406/bspf.1952.5078
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1952_num_49_8_5078SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 364
Une nouvelle station de l'Age du Bronze au pied du Salève
(Haute-Savoie).
PAR
Danilo RIGASSI et Jean- Christian SPAHNI.
Au pied des immenses parois rocheuses qui forment la partie Sud du
Grand-Salève, au flanc des pentes rocailleuses, dominant la région Bossey-
Collonges-Le Coin, s'ouvrent plusieurs gravières. L'une de ces exploi
tations, située directement au-dessous de la Roche-Fendue, recèle un
foyer de la fin de l'âge du Bronze, qui a été fouillé de 1936 à 1939,
par E. Constantin et Ad. Jayet (Station du Coin, Carte au 1/20.000;
feuille Annemasse no. 5, coord.: 133.200/895.550). Toute la région a
d'ailleurs été largement habitée aux temps préhistoriques et protohis
toriques : camps fortifies du Plateau de l'Ours et du Chavardon; grottes
du Chavardon, de la Table, de la Mule, du Šablon, de l'Ours et du Seillon;
monuments mégalithiques de la Saisiaz. Il a également été cité la grotte
de la Balme (coord. : 133.150/897.700; alt. env. 900 mètres). Mais les
deux tranchées que nous y avons faites, en été 1950, l'une sur le seuil
et l'autre à 2 mètres de l'entrée, poursuivies jusqu'au sol rocheux,
sont demeurées sans résultat. Le terrain a été bouleversé sur toute son
épaisseur. C'est le sort subi par la plupart des gisements du Salève, qui
ont été saccagés par des fouilleurs amateurs. De toutes ces fouilles, il
reste un matériel assez riche mais dénué de toute valeur scientifique.
Par bonheur, on effectue depuis quelques années des travaux mieux
conduits, ceux notamment de Jayet et collaborateurs.
Les 3 gravières qui s'ouvrent au lieudit Les Sources (commune de
Collonges-sous-Salève), au-dessus de la route Collonges-La Croisette,
n'avaient pourtant pas encore attiré l'attention des préhistoriens.
En montant depuis Collonges, on remarque une première exploitation
qui s'ouvre de plein-pied, à gauche de la route Croisette
(coord. : 133.550/895.450; alt. 645 mètres). Cette gravière, propriété de
M. Descombes, montre au pied de sa paroi haute de 10 mètres, deux
minces couches cinéritiques : la première, située à 0in60 du sol de la
carrière, est un lit assez irrégulier de charbon de bois, de 0'"01 à 0m10
d'épaisseur; la deuxième, un peu plus constante, est une couche argi
leuse, grise, avec rares débris de charbon de bois, à 2 mètres du sol
et épaisse de 0"'05 à 0m10. Malgré de patientes recherches, nous n'avons
rien découvert dans ces deux couches — nous verrons plus loin quelle
peut être leur origine.
Un peu plus haut, sur la route, s'ouvre une seconde et très petite
exploitation, qui n'excède pas 2 à 3 mètres de hauteur. Si nous la signa
lons, c'est parce que M. Astié, propriétaire, a bien voulu remettre
quelques pièces de monnaie que ses ouvriers y ont récolté en avril 1950.
M. Roehrich, du Cabinet de Numismatique, du Musée d'Art et d'Histoire
de Genève, a examiné cette trouvaille et déterminé, non sans réserve
vu leur mauvais état de conservation, les pièces recueillies. Il s'agit de :
1 pièce représentant Faustine. 1 — — - Claude.
1 — — Néron.
1 — petite, représentant Carosius (?).
1 — où l'on voit un trépied et les lettres S. G.
1 — indéterminable.
Il faut monter encore un peu plus haut pour arriver à la grande
gravière, qui renferme le foyer de l'âge du Bronze, déouvert par l'un
de nous en septembre 1948. Les recherches, dans cette station, furent
entreprises avec l'aide de MM. P. Calame, B. Clerc, E. Roos et P. Courtois.
A tous ces fidèles collaborateurs nous tenons à exprimer notre gratitude
sincère; nous n'oublierons pas non plus de mentionner le nom de
M. Astié, propriétaire de l'exploitation, pour la bienveillance qu'il nous
a témoignée. PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 365 SOCIÉTÉ
La gravière, distante de moins de 300 mètres de la station du Com,
a la forme d'une ellipse allongée de l'Ouest-Sud-Ouest à l'Est-Nord-Est.
Son grand axe mesure une centaine de mètres, son petit une cinquantaine
de mètres. C'est à l'Est que le talus atteint sa plus grande hauteur,
ayant environ 50 mètres en verticale. Géologiquement, la carrière se
divise en deux zones : toute la partie Ouest est taillée dans un immense
cône d'éboulis calcaires entassés au pied de la paroi du Balcon, alors
que la partie Est exploite les alluvions du petit torrent temporaire qui
descend de la gorge de la Mule. Le passage de l'une à l'autre zone est
progressif. On conçoit que, dans la partie où se trouve la couche archéo
logique, c'est-à-dire dans celle des éboulis, il soit presque impossible
d'établir une stratigraphie étant donné que les passages latéraux sont
innombrables. Il nous a toutefois été possible de situer la couche archéo-
Fig. 1. — Station des Sources, à Collonges-sous-Salève.
Vue du talus de la gravière avec la couche archéologique.
logique par rapport à deux accidents géologiques. Tout d'abord, grâce
à un énorme éboulement ancien qui occupe la région comprise entré
les stations du Coin et des Sources, recouvert à la carrière des Sources
par une grande quantité d'éboulis. Cet éboulement considérable — cer
tains blocs dépassent 10 mètres de côté — est antérieur à l'âge du Bronze
car les couches archéologiques s'appuient aux blocs rocheux. A la station
des Sources, il est représenté par une série de blocs aux dimensions
inaccoutumées; nous en avons noté 3, qui nous permettront de décrire
plus facilement la couche archéologique (voir 'Fig. 2, blocs I, II et III).
L'autre phénomène particulier est un glissement d'une grosse portion
de couches sidérolithiques, éocènes, et de molasse oligocène, qui appar
tiennent au flanc renversé du pli déjeté qu'est le Salève. On en retrouve
les traces dans la gravière des Sources sous forme d'une couche très
constante, qui comprend presque uniquement des débris molassiques
mêlés de sables siliceux éocènes et de calcaires. Mais il s'agit ici d'un
accident postérieur à l'habitation du site. Cette couche offre un réel
intérêt géologique. En effet, la molasse est actuellement cachée par les
éboulis dans la région qui domine les Sources; mais nous sommes en
mesure d'affirmer qu'elle y affleurait encore à l'âge du Bronze. D'autre
part, nous avons relevé, sur quelques échantillons des stries et des
surfaces polies qui prouvent que la roche a été mise à mal par les
poussées tectoniques. Disons en passant qu'il existe aussi une couche
à délits molassiques à la station du Coin; mais là, elle est stratigraphi- SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 366
quement inférieure à l'âge du Bronze. Constantin et Jayet pensent qu'au
Coin on se trouve en présence de glaciaire local (1).
Pour conclure, nous pouvons situer la période d'habitation des Sources
entre un éboulement de la paroi calcaire, antérieur au Bronze, et un
glissement des couches sidérolithiques et molassiques qui affleuraient
au pied de la paroi calcaire, postérieur à l'âge du Bronze.
Intéressons-nous maintenant à la nature de la couche archéologique.
Selon les renseignements fournis par M. Astié, elle est apparue très
brusquement sur toute la longueur du talus, au courant de l'année 1947.
Ce fait, joint aux observations notées durant trois années de fouilles,
nous incite à considérer un village étroit et allongé perpendiculairement
à la pente. Dans la partie Est de la gravière, on voit en quelques points
une mince strate de charbon de bois, irrégulière, qui se poursuit vers
l'Ouest jusqu'au bloc I {Fig. 2). A notre avis, elle a été déposée par le
vent. C'est sur la face Sud du bloc I que commence la couche archéolo
gique proprement dite. Elle est formée à cet endroit par un entassement
de blocs de rochers, dont les interstices sont partiellement remplis de
terre noire, riche en cendres, contenant également des mollusques et
des débris osseux, mais pas de céramique; son épaisseur moyenne est
de lm40. Tout nous porte à croire qu'il devait se trouver là un mur de
défense appuyé au rempart naturel constitué par le bloc I. En se pour
suivant vers l'Ouest, la couche devient plus homogène, moins rocailleuse;
elle mesure environ 1 mètre d'épaisseur. Argileuse, grasse et noire, riche
en tessons et pétrie de charbon de bois, elle se continue ainsi jusqu'au
bloc II. Sur la face Nord de ce bloc, elle était mince, pauvre en cendres,
avec de rares tessons grossiers, associés à des grains de céréales, des
mollusques et quelques ossements de rongeurs. Sur le côté opposé du
bloc se trouvait un foyer avec des débris osseux calcinés (Bœuf et
Chèvre) et une zone où abondaient des fragments de céramique mal
cuite et des mottes de terre glaise à peine durcies au feu, portant des
empreintes de doigts (atelier de potier selon toute vraisemblance). Entre
les blocs II et III, la couche s'appauvrit en tessons, mais on y trouve
en revanche d'innombrables mollusques, généralement localisés sous
de petits blocs rocheux. Elle subit un dédoublement et disparaît même
sur 2 à 3 mètres, pour réapparaître près du bloc III. Nous verrons
qu'il y avait très probablement une fonderie à cet endroit. Le bloc III
présentait, à l'âge du Bronze, une sorte d'abri sous roche surbaissé du
côté Nord. Les habitants du village y ont jeté les déchets de cuisine
et les morceaux de poterie inutilisables. Sous ce bloc, la couche change
un peu d'aspect car elle se mêle à un dépôt tufeux. Plus à l'Ouest, on ne
suit la couche que sur quelques mètres. Elle est noire, riche en cendres,
mais les tessons y sont rares. Elle ne tarde d'ailleurs pas à disparaître
sous les éboulis et la végétation qui recouvrent cette partie de la gravière.
Nous avons donc pu suivre la couche sur plus de 70 mètres de longueur,
avec une seule interruption de 2 à 3 mètres. Dans l'ensemble, elle est
épaisse de 0m70 à 1 mètre, mais elle peut atteindre lm40.
Aucun reste d'habitations n'a été découvert. Etant donné que le vil
lage avait été établi au milieu d'un gros éboulement, il paraît assuré
que les habitants se soient contentés de constructions très précaires,
mettant à profit les surplombs et les creux des blocs. Le centre d'habi
tation devait se situer entre les blocs I et II; en effet, c'est de cette
région que proviennent la majeure partie des tessons et des objets
recueillis.
En ce qui concerne les causes d'abandon de la station, nous avons
noté en maints endroits la présence de gros blocs de rochers, incrustés
dans la couche où ils ont complètement écrasé des tessons de poterie.
A ce fait s'ajoute le dédoublement de la couche entre les blocs II et III,
ce qui semble démontrer que le site a été abandonné à la suite d'une
forte activité des chutes de pierres. Les indications climatiques rendent
cette manière de voir très vraisemblable. Quoi qu'il en soit, la station
n'a pas été détruite par le feu, car nulle part la partie supérieure de la
couche ne renferme d'anormales quantités de cendres.
Il nous reste maintenant à dire si l'un des foyers de la gravière Des
combes correspond à celui de la carrière Astié. Dans le paragraphe
réservé aux mollusques, nous arrivons à la conclusion que la station
(1) En juin 1951, une couche de même nature est apparue à l'extrême
, base et au centre de la carrière des Sources. О 43
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a été habitée à une époque où le climat prenait un caractère de conti-
nentalité accrue. Or, un tel climat provoque une augmentation des
chutes de pierres. La stratigraphie de la carrière Descombes peut se
résumer ainsi (de bas en haut) : 0m60 de biocaille assez fine; foyer 1;
1m30 de grosse biocaille; foyer 2; 4 mètres de très grosse blocaille alter
née; 3m70 de blocaille fine, cimentée par des incrustations calcaires;
On'5O à 0m80 de terre végétale. Si l'un des deux foyers correspond à celui
de la carrière Astié, ce doit être le foyer 1, car il se situe au moment
de l'augmentation de la continentalité citée plus haut. Le foyer 2 lui
serait postérieur et cadrerait chronologiquement assez bien avec celui
de la station du Coin. Mais ce ne sont là que des hypothèses; nous nous
proposons de revenir ailleurs sur la stratigraphie de la gravière Des-
combes, riche en enseignements sur l'histoire climatique de la région,
mais dont l'étude déborderait le cadre de cet article.
LA FLORE
La flore est représentée par la trouvaille d'un gland, de noisettes et,
sous le bloc II, d'un grand nombre de grains de céréales carbonisés, à
tel point qu'il n'a pas été possible de les déterminer.
Nous avons soumis quelques échantillons de la couche archéologique,
en vue d'une analyse pollinique, à M. le Pr F. Cosaridey, de l'Université
de Lausanne. Mais les examens faits par M. Cosandey et M"e M. -M. Kraft
— que nous remercions ici très sincèrement — n'ont donné aucun
résultat.
LES MOLLUSQUES
Le matériel malacologique, abondant et varié, était très inégalement
réparti. En effet, sur les quelque 2.100 mollusques que nous avons
recueillis, 90,5 % ont été trouvés sous le bloc III, et environ une soixan
taine sous d'autres blocs plus modestes. En voici la liste, selon la termi
nologie de J. Favre (cf. bibliogr.) :
Espèces Nombre d'individus
1. — Goniodiscus rotundatus, Miill. 658
2. — Helicodonta obvoluta, Mull. 401
3. — Oxychilus depressus, Sterki 204
4. — cellarius, Miill. 188
5. — Isognomostoma isognomostoma, Gmelin 140
6. — Clausilia parvula, Studer 94
7. — Carychium tridentatum, Risso 82
8. — Chilotrema lapicida, Lin. 44
9. — Pupa (Abida) secale, Drap. 32
10. — Cepaea hortensis, Miill. 31
11. — Orcula doliolum, Brug. 27
12. — Acme (Pupula) lineata, Drap. 27
13. — Clausilia laminata, Mont. 25
14. — Fruticicola (Euomphalia) striçjella, Drap. 21
15. — Vitrea diaphana, Stud., var. subrimata, Reinh. 20
16. — Cochlicopa lubrica, Miill., var. exigua, Menke 18
17. — Vitrea contracta, \Vesterl. 16
18. — Pyramidula rupestris, Drap. 15
19. — Frnticicola (Petasina) edentula, Drap. 13
20. — Vallonia excentrica, Sterki 11
21. — Buliminus (Ела) montana, Drap. Ю
22. — Acme polita, Hartm. 7
23. — Clausilia ventricosa, Drap. 5
24. — lineolata, Held 4
25. — plicatula, Drap. 3
26. — Clausilia dubia, Drap. 3
27. — Oxychilus lucidus, Drap. 2
28. — Arianta arbustorum, Lin. 2
29. — Cepaea sylvatica, Lin. 2
30. — Buliminus (Ena) obscurus, Miill. 2 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 369
31. — Yallonia costata, Miill., var. helvetica, Sterki 2
32. — Fruticicola (Monacha) incarnata, Miill. 1
33. — Arianta arbustorum, Lin., var, vibrayana, Serv. 1
34. — Clausilia bidentat, Strôm. 1
35. — Cochlicopa lubrica, Miill., var. Locardi, Poil. 1
36. — Pupa (Chondrina) avenacea, Brug. 1
Nous avons donné le nombre d'individus des différentes espèces pour
mettre en relief la fréquence relative de celles-ci; mais il est évident
que les mollusques de très petite taille échappent assez facilement
à l'attention du fouilleur.
Quelques constatations d'ordre morphologique ont été faites. Le dia
mètre ďHelicodonta obvoluta (219 exemplaires mesurés) varie de 0ln0087
à 0m0118 (moyenne 0m0103) ; sous le bloc III, le diamètre moyen de'
182 individus est de 0ir0104, alors que pour le reste de la station
(37 individus), il n'atteint que O'"OO98. Cela s'explique peut-être par la
plus forte teneur en chaux sous le bloc III (cf. Favre).
Isognomostoma isognomostoma présente lui aussi un diamètre variable.
Sa moyenne générale est de 0nl0093 (97 exemplaires mesurés) ; sous
le bloc III, elle atteint 0"'0094 (80 exemplaires) et pour le reste du
site, 0m0088.
Le diamètre moyen de Cepaea hortensis est plutôt fort; il est de
0m0197 pour 16 exemplaires mesurés.
La longueur moyenne de 0m0085 que nous trouvons sur 33 exemplaires
de Clausilia parvula indique une végétation de pentes buissonneuses,
assez rocailleuses.
Les caractères généraux de la faune malacologique de la station des
Sources sont les suivantes :
a) Faune mésophile, où les éléments sylvatiques sont bien repré
sentés.
b) Présence d'espèces actuellement rares à l'altitude du gisement
(Cepaea hortensis, Buliminus montanus, Fruticicola edentula, Arianta
arbustorum, Cepaea syluatica, Cochlicopa lubtica var. locardi).
c) Abondance d'une espèce aujourd'hui presque introuvable dans l'a
région (Oxychilus depressus).
d) Absence de certaines espèces qui, de nos jours, abondent dans la
contrée (surtout Cochlostoma septemspirale, largement dominante).
e)d'éléments occidentaux et méridionaux, apparus dans le
niveau Hb de Favre (Candidula unifasciata, Pupa variabilis, etc.).
/) Surabondance de mollusques sous les blocs de rochers qui sèment
la couche archéologique.
En ce qui concerne VOxychilus depressus, rappelons que Favre a
recueilli des exemplaires subfossiles de ce mollusque à Cluses (Haute-
Savoie). Nous en avons récolté quelques individus actuels dans une
grotte, à Onnion-s-Saint-Jeoire (Haute-Savoie). Aux Sources même,
2 exemplaires ont été trouvés par nous, en surface, au-dessus de la
gravière. La couche du Bronze étant séparée de la surface par 10 à
15 mètres d'éboulis, nous sommes en mesure d'affirmer que l'espèce
existe encore à l'heure actuelle au pied du Salève et qu'elle s'y trouvait
en abondance à l'âge du Bronze.
Lorsqu'on cherche à établir une correspondance entre la faune mala
cologique de la station des Sources et celle de l'un ou de l'autre des
niveaux établis par Favre, on constate à première vue que c'est au
niveau II a qu'elle se rapporte le plus exactement. Mais si l'on se réfère
à l'histoire climatique tracée par cet auteur, qui fait succéder à une
phase de climat un peu plus humide et plus chaud que l'actuel (époque
atlantique, niveau II a), une phase plus sèche (époque subboréale, ni
veau lib), et si l'on tient compte du mode de gisement de nos mol
lusques, il apparaît certain que, du point de vue climatique, la faune
des Sources représente le début de l'époque subboréale et qu'elle s'in
tercale stratigraphiquement entre les niveaux II a et II b de Favre.
Elle se place à une période où un important changement de climat
commençait à faire sentir ses influences. Les mollusques, fuyant la
sécheresse, ont cherché dans les fissures de rochers le degré d'humidité
favorable à leur existence.
Nous ne voulons par,, d'un seul gisement, tirer des conclusions géné-
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISB 24 ,
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SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 370
raies. Toutefois, nous pouvons dire que, pour la région de Genève, la
fin de l'époque atlantique correspond à celle de la civilisation néoli
thique, peut-être à cet « âge du cuivre » dont les limites, dans la contrée,
sont loin d'être fixées. L'époque subboréale aurait débuté avec l'âge du
Bronze et la pleine réalisation de la faune caractéristique du niveau
lib de Favre coïnciderait avec une phase plutôt récente du Bronze.
Avec beaucoup de réserves d'ailleurs, Favre met en rapport le Néoli
thique supérieur et le début du niveau II b.
LES REPTILES ET LES OISEAUX
Quelques restes osseux appartiennent à des reptiles : mâchoires et
vertèbres de Couleuvre et un fragment de mâchoire de Lézard des
murailles.
Les oiseaux sont représentés par quelques ossements de Pyrrhula
curopaea, Turdus sp. (merula?), et autres fragments indéterminables.
LES MAMMIFERES
La faune des mammifères est riche. Les os sont généralement brisés
et à peu près indéterminables, sauf ceux recueillis sous le bloc III. En
revanche, les dents sont bien conservées. Les ossements comprennent
d'une part les déchets de cuisine et, d'autre part, les restes d'animaux
dont l'introduction dans le site ne paraît pas imputable à l'homme,
notamment une abondante microfaune. Voici l'énumération des espèces
représentées :
Nombre minimum
Espèces d'individus
1. — Apodemus sylvaticus, Lin. (.4. flavicolis, Melch.) 27
2. — Arvicola terrestris, Lin. 21
3. — Evotomys glareolus, Schreber 15
4. — Glis glis, Lin. 15
5. — Talpa europae, Lin. 9
6. - — Microtus agrestis, Lin. 8
7. - — Cervus capreolus, Lin. 7
8. — Ovis Capra 6
9. — Sus palustris domesticus, Rut. 6
10. — Pity my s súbterraneus, de Sëlys 5
11. — Felis sylvestris, Schreber 4
12. — Microtus arvalis, Pallas 3
13. — Cervus elaphus, Lin. 3
14. — Vulpes vulpes, 3
15. — Bos 3
16. — Muscardinus avellanarius, Lin. 2
17. — Sciurus vulgaris, Lin. 2
18. ■ — Lepus nuropaeus, Pallas 2
1У. — Elyomys querdinus, Lin. 1
20. — Sorex araneus, Lin. 1
21. — ■ Crocidura russula, Herm. 1
22. — Mustela foina, Brisson 1
23. — Mêles taxus, Schreber 1
Le 85,5 % des individus mentionnés ont été découverts sous le bloc III,
où la microfaune était abondante et d'où proviennent tous les carnivores.
Il ne serait pas exclu que ce bloc ait servi de repaire temporaire à des
carnassiers, qui y auraient amené de nombreux petits mammifères.
Notons toutefois que ces derniers ont pu être attirés par les déchets
de cuisine. Si l'on considère en chiffres absolus la proportion des an
imaux domestiques et sauvages, cela bien entendu sans tenir compte des
petites espèces, on s'aperçoit que ce sont les espèces sauvages qui pré
dominent. Mais la remarque faite plus haut nous pousse à penser qu'an
imaux sauvages et domestiques devaient être à peu près également
utilisés par l'homme.
Les restes de Mulot sont de taille extrêmement variable (longueur de
14 mandibules : de 0m013 à 0m017). Il s'agit probablement des deux PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 371 SOCIÉTÉ
espèces ou variétés, mais nous ne pouvons distinguer exactement ce qui
appartient à l'une ou à l'autre.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur les différentes espèces et variétés
au genre Arvicola terrestris. Dans son ensemble, notre matériel se rap
porte à A. terrestris tel que l'a défini Miller (2). Mais nous avons
trouvé 2 mandibules de petite taille (longueur : 0m020 et 0m022, dent.
0m008 et 0m0082) qui concordent avec l'A. Scherman de Miller. Pour le
reste du matériel, nous notons sur 7 mandibules des longueurs allant
de 0m0223 à 0m0246.
En ce qui concerne le Loir, la longueur de 10 mandibules varie de
0m021 à 0m024 (moyenne 0m0226), et la dentition inférieure, mesurée
sur 12 mandibules, est de 0m0065 à 0m0076 (moyenne 0m007).
Pour la Taupe, la longueur de 6 mandibules est de 0m0205 à 0m0224
(moyenne 0m0211), et la dentition inférieure des mêmes pièces est de
0m0115 à 0m013 (moyenne 0m0123). Ces chiffres sont faibles, plus faibles
que ceux indiqués par Miller. Mais cet auteur a examiné 7 individus
provenant de Cranves-Sales (Haute-Savoie) — cette localité se situe à
une dizaine de kilomètres de la station des Sources — dont les dimens
ions correspondent à celles de nos individus. Nous nous contentons
de faire ce rapprochement qui est peut-être l'indice d'une variété locale
de petite taille.
Parmi les restes de Microtus agrestis se trouve une mandibule gauche,
incomplète, qui présente quelques particularités à la Mj. Cette dent
montre à son extrémité la plus antérieure un angle sortant interne sup
plémentaire, peu développé; en outre, les 4 angles externes sont
très en arrière de la dent, si bien que la partie antérieure est allongée.
Les autres caractères sont conformes au type de M. agrestis. Telle que
nous venons de la décrire, notre mandibule est voisine de la variété
M. agrestis exsul, des Iles Britanniques, signalée par Miller (cf. Miller,
p. 669).
Les dents de Chat se rapportent à de forts individus (M, inf. : 0m0082
et 0m0088; P1 sup. : 0m0106, 0m0108 et 0m0117).
Comme à la station voisine du Coin, nos ossements de Bœuf témoi
gnent d'une variation importante.
Le Renard semble représenté par la petite forme décrite par Jayet,
sous le nom de Vulpes spec. Mais étant donné que notre matériel consiste
presque uniquement en dents de lait, il est difficile de fournir d'autres
indications.
Si l'on ajoute à la liste donnée plus haut certaines espèces absentes
aux Sources mais trouvées par Jayet et coll. dans d'autres stations de
l'âge du Bronge de la contrée, à savoir l'Ours brun, le Chien et le Cha
mois (au Coin), le Bouquetin (aux Douattes), le Sanglier (au Coin et
aux Douattes), on acquiert une idée très complète de ce que qu'était la
faune mammologique de la région de Genève à cette époque (3) (3).
LA CERAMIQUE
La céramique est abondante, mais elle consiste surtout en petits débris
sans intérêt. Nous la décrirons en confrontant nos résultats avec ceux
obtenus dans diverses stations de la région par Jayet (cf. bibliogr.).
Comme cet auteur, nous avons recueilli, intimement liés dans un
seul et même niveau, des tessons de pâte, de formes et de décors
variables que, dans toute autre condition de gisement, on attribuerait
volontiers à différents horizons du Bronze. La distinction que Jayet
fait entre un type domestique, à pâte grossière, de formes assez frustes,
et un type artisanal, beaucoup plus fin, est très évidente.
La qualité de pâte la plus grossière contient des fragments rocheux
ayant jusqu'à 0ш01 de diamètre; elle n'a servi qu'à la fabrication de
(2) G. S. Miller. — Catalogue of the Mammals of Western Europe.
London, British Museum, 1912, p. 738.
(3) Sont actuellement rares ou même absents de la contrée : le Bou
quetin, le Chamois, le Cerf, l'Ours brun, le Chevreuil, le Sanglier et le
Chat sauvage.
Le Castor, qui existe dans le Néolithique du Malpas (cf. bibliogr.) n'a,
jusqu'ici, jamais été trouvé dans un gisement d'une période plus récente. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 372
grands vases, sensiblement cylindriques, dont les seuls ornements sont
d'assez rares empreintes au doigt (Fig. 3). Une pâte à éléments un
peu moins grossiers a été utilisée pour des pièces à panses renflées, cols
étranglés et bords évasés, à décors incisés assez fins et habiles, qui
devaient être pratiqués au moyen de baguettes ou de menus outils
(Fig. 3). Puis on passe brusquement à une céramique à grain beaucoup
plus fin, souvent résistante et d'une grande souplesse, où il faut recher
cher les peu nombreuses pièces très évasées; les bords sont finement
modelés. Souvent, les tessons présentent une surface lustrée, que Jayet
attribuait à un enduit au carbone. Nous ne partagerons pas son avis,
car nous avons trouvé des fragments mal cuits, lustrés, rouges, et nous
avons pu nous convaincre qu'il est facile d'obtenir un tel lustrage en
frottant de l'argile à peine humectée. Il y a également un type de cér
amique très fine, peu épaisse, dont les décors en cannelures et en lignes
minces sont évolués, de même que les formes qui se rapprochent de
celles des vases biconiques de la fin du Bronze (Fig. 4). Nous possédons
également un fragment de la partie inférieure d'un vase qui n'est pas
sans rappeler les « sébilles » recueillies par Forel au cimetière du Boiron,
près Morges (Vaud, Suisse) (4). Disons aussi que l'atelier de potier nous
a fourni des tessons très fins, à peine rougis au feu, ce qui semble contre
dire l'idée d'une importation de la céramique fine. Les anses sont rares;
nous n'en avons trouvé que deux, de pâte assez fine; dans la céramique
grossière, elles sont remplacées par des mamelons de préhension (2 exemp
laires récupérés).
Les caractères généraux de la céramique de la station des Sources
se résument ainsi : La céramique grossière est plus abondante que la
céramique fine. Les formes très évasées sont assez peu fréquentes, d'où
absence presque complète de décors pratiqués sur le côté interne des
vases (un seul exemplaire; voir Fiy. 4). Les décors triangulaires sont
rares (deux seulement; voir Fig. 4). Ces deux derniers caractères diff
érencient la céramique des Sources de celles du Coin et de la plupart des
palafittes du «bel âge du Bronze».
Jayet a insisté sur les obstacles qu'il y a à rattacher la céramique
de la région de Genève à tel ou tel horizon. Si, aux Sources, nous nous
heurtons partiellement à ces difficultés, il n'en reste pas moins que,
dans son ensemble, notre céramique correspond au Bronze moyen; mais
certaines formes, certains décors évolués, lui confèrent un caractère
assez jeune. Nous pensons donc qu'elle indique une phase récente du
Bronze moyen. La phase finale serait marquée, dans la contrée, par un
usage répandu d'écuelles décorées sur leur face interne et de décors
triangulaires.
L'INDUSTRIE
Nous avons recueilli les objets suivants :
1 épingle en bronze, à tête enroulée (long. : 0m115) ;
1 pointe d'épingle en bronze (long. : 0m031) ;
1 ciseau en bronze (long. : 0m036.) ;
1 anneau en (diam. ext. : 0m020) ;
1 fragment de bracelet en bronze, tordu (long. : 0m105) ;
1 lingot en bronze;
1 perle de verre bleuté (diam. ext. : 0m0035) ;
1de bleu, tirant sur le vert émeraude (diam. ext. : 0m0035) ;
1 galet (en schiste argileux alpin), avec fossette polie qui paraît arti
ficielle (long. : 0m034);
1 molette en calcaire, sensiblement sphérique (diam. : 0m031).
Le fragment de bracelet et le lingot ont été trouvés entre les blocs II
et III, la molette sous le bloc III le reste entre les blocs I et II. Exami
nons successivement ces objets.
L'épingle appartient à un type qui, habituellement, remonte au Bronze
ancien; mais on en a également trouvé au Bronze moyen.
Le petit ciseau en bronze est tordu, sans doute à la suite d'un effort
trop violent. Cet instrument n'appartient en propre à aucune phase
(4) F. A. Forel. — Le cimetière du Boiron de Moroes. Ind. Antiq. suisses,
10 N. S. (1908), pp. 101, 200 et 302.

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