Une ville franche des comtes de Savoie au Moyen Age : Thonon. - article ; n°1 ; vol.131, pg 105-149

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Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1973 - Volume 131 - Numéro 1 - Pages 105-149
Monique CONSTANT Une ville franche es comtes de Savoie au Moyen Age Thonon Bibliothèque de Ecole des chartes CXXXI 1973) 105-149 Thonon est situé sur la rive gauche du Léman la ville était au Moyen Age reliée Genève par deux routes dont une longeait le lac tandis que autre passait plus au sud En 1266 le comte Pierre II de Savoie acquit du prieuré de Thonon les droits que celui-ci possédait dans la ville dont les origines demeurent incertaines Son frère Philippe accorda deux ans après des franchises Thonon Après la fin des guerres de la première moitié du xive siècle épouse du comte Amédée VI Bonne de Bourbon se fit construire quelques kilomètres de Thonon le manoir de Ripaille Au début du xve siècle lorsque celui-ci devint insuffisant pour la cour Amédée VIII le château de Thonon fut reconstruit et agrandi La présence de la cour de Savoie donna Thonon une certaine importance autant plus Amédée VIII fit construire Ripaille un ermitage où il se retira en 1435 Par la suite le château de Thonon fut un peu délaissé par les ducs de Savoie mais il continua être entretenu invasion bernoise de 1536 Thonon ville franche dotée un embryon organisation avait un marché et une foire tenait annuellement Le comte de Savoie possédait des moulins et des fours banaux ainsi que la halle du mar ché Il percevait les droits provenant du contrôle des mesures du foragium vini et du banvin La ville devint au xive siècle le chef-lieu de la châtellenie Allinges-Thonon Malgré sa superficie réduite Thonon avait un caractère urbain certain il faisait un certain trafic commercial Un couvent de moines mendiants des frères Au gustins établit au xve siècle
45 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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Monique Constant
Une ville franche des comtes de Savoie au Moyen Age :
Thonon.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1973, tome 131, livraison 1. pp. 105-149.
Résumé
Monique Constant, Une ville franche des comtes de Savoie au Moyen Age : Thonon. — Bibliothèque de l'École des chartes, t.
CXXXI (1973), p. 105-149.
Thonon est situé sur la rive gauche du Léman ; la ville était, au Moyen Age, reliée à Genève par deux routes, dont une longeait le
lac, tandis que l'autre passait plus au sud.
En 1266, le comte Pierre II de Savoie acquit du prieuré de Thonon les droits que celui-ci possédait dans la ville, dont les origines
demeurent incertaines. Son frère Philippe accorda deux ans après des franchises à Thonon.
Après la fin des guerres de la première moitié du XIVe siècle, l'épouse du comte Amédée VI, Bonne de Bourbon, se fit construire
à quelques kilomètres de Thonon le manoir de Ripaille. Au début du XVe siècle, lorsque celui-ci devint insuffisant pour la cour
d'Amédée VIII, le château de Thonon fut reconstruit et agrandi. La présence de la cour de Savoie donna à Thonon une certaine
importance, d'autant plus qu'Amédée VIII fit construire à Ripaille un ermitage où il se retira en 1435. Par la suite, le château de
Thonon fut un peu délaissé par les ducs de Savoie, mais il continua d'être entretenu jusqu'à l'invasion bernoise de 1536.
Thonon, ville franche dotée d'un embryon d'organisation, avait un marché, et une foire s'y tenait annuellement. Le comte de
Savoie y possédait des moulins et des fours banaux ainsi que la halle du marché. Il y percevait les droits provenant du contrôle
des mesures, du foragium vini et du banvin. La ville devint au XIVe siècle le chef-lieu de la châtellenie d'Allinges-Thonon. Malgré
sa superficie réduite, Thonon avait un caractère urbain certain ; il s'y faisait un certain trafic commercial. Un couvent de moines
mendiants, des frères Augustins, s'y établit au XVe siècle.
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Constant Monique. Une ville franche des comtes de Savoie au Moyen Age : Thonon. In: Bibliothèque de l'école des chartes.
1973, tome 131, livraison 1. pp. 105-149.
doi : 10.3406/bec.1973.449947
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1973_num_131_1_449947UNE VILLE FRANCHE
DES COMTES DE SAVOIE AU MOYEN AGE
THONON
par
Monique CONSTANT
Thonon, sis sur la rive gauche du Léman, à quelques
kilomètres à l'ouest de l'embouchure de la Dranse, fut à
partir de la fin du хше siècle l'un des chefs-lieux de la
châtellenie savoyarde d'Allinges-Thonon, et le seul dès
1355 1. Cette bourgade avait à l'époque un rôle commercial
secondaire certes, mais non pas négligeable. Elle assurait
la liaison entre les hautes vallées chablaisiennes et Genève,
et en outre il semble qu'elle ait été, à plusieurs reprises,
un des points de passage du trafic d'Italie en France. De
plus, son rôle administratif présente un certain intérêt.
Enfin, sous le règne d'Amédée VIII, elle fut un des sé
jours favoris de la cour de Savoie. Toutes ces raisons nous
ont amenée à étudier l'histoire de Thonon et, en parti
culier, à déterminer comment un simple village fortifié
a pu devenir une petite ville. Nous avons surtout utilisé
pour ce travail les comptes de la châtellenie d'Allinges-
Thonon, qui couvrent une période de deux siècles et demi,
de la fin du xine au début du xvie siècle2. En effet, les
archives de la ville ne remontent pas au-delà de 1568 3.
C'est pourquoi cette étude ne sera pas tant l'histoire des
structures urbaines de Thonon que de la façon dont les
1. Cf. Monique Constant, L'établissement de la maison de Savoie au sud du
Léman : la châtellenie ď Allinges-Thonon (XIIй siècle-1536), dans École natio
nale des chartes. Positions des thèses... de 1971, Paris, 1971, p. 57-63.
2. Arch. dép. de la Savoie, Inv. 63, fol. 9, 38 mazzi (1272-1535).
3.de la Haute-Savoie. Les archives de l'Académie chablai- ■
106 MONIQUE CONSTANT
comtes de Savoie ont profité des circonstances pour faire
de Thonon une ville qui fût l'un des points d'appui de
leur souveraineté, dans le cadre d'une politique générale
d'urbanisation de la Savoie.
Thonon est situé au bord d'une falaise rocheuse domi
nant le lac Léman, dans une région vinicole : les vignes
de Tully, Concise, La Chapelle donnaient au Moyen Age
un vin rouge, de qualité d'ailleurs médiocre, mais qui
pouvait être exporté vers Genève1. Plus au sud, ce sont
les vignobles de Douvaine, qui existent encore actuell
ement. Au-delà de cette bordure lémanique s'étendait le
piedmont des Dranses ; la rivière qui y prenait naissance,
la Bezière, alimentait autrefois en eau les moulins de Tho
non.
Dès l'époque romaine, il existait une agglomération dont
les restes se trouvent sous l'actuelle église Saint-Hippo-
lyte. Elle servait d'étape au vingt-deuxième mille de la
voie romaine longeant le Léman de Genève à Meillerie,
et peut-être de carrefour avec les chemins descendant des
vallées haut-chablaisiennes 2. Une autre voie romaine me
nait d'Annemasse à Thonon par le pied des Voirons et
traversait les actuelles paroisses de Bons, Perrignier — au
lieu dit L'Ëtraz, — Margencel, Allinges. Peut-être était-ce
la voie d'origine, plus ou moins délaissée à l'époque r
omaine et réutilisée au Moyen Age, où elle eut une impor
tance stratégique3. Quant à la route des bords du lac,
sienne, malheureusement inaccessibles, contiennent sans doute des documents
relatifs à Thonon au Moyen Age.
1. Jean -François Bergier, Genève et l'économie européenne de la Renais
sance, Paris, 1963, in-8°, p. 115 et n. 5 [École pratique des hautes études,
VIe section. Centre de recherches historiques. Affaires et gens d'affaires, 29).
2. Pierre Broise, Le Chablais antique dans le cadre du décanat des Allinges,
dans Genava, nouv. série, t. IX, p. 48. Sur le tracé de la voie romaine dans
la châtellenie d'Allinges-Thonon, cf. Charles Marteaux, Étude sur les villas
gallo-romaines du Chablais, IV, dans Revue savoisienne, 1921, p. 113-127,
un peu trop systématique, mais fondé sur des éléments sérieux.
3. Charles Marteaux et Marc Leroux, Boutae ou les Fins d'Annecy, Annecy,
1913, in-8°, p. 394. Pierre Broise, op. cit., p. 49. Illustration non autorisée à la diffusion
О M 108 MONIQUE CONSTANT
si elle gardait au Moyen Age un grand rôle, dont font foi
les nombreux châteaux qui la jalonnaient, elle subissait
la concurrence du Léman. En effet, on allait en bateau,
non seulement dans le pays de Vaud et en Valais, mais
aussi à Genève, voire à Ëvian lorsque la Dranse en crue
avait emporté le pont, ou bien pour des transports par
ticuliers, par exemple pour faire voyager un prisonnier
que l'on craignait de voir s'échapper1.
* * *
Nous ignorons tout de l'histoire de Thonon pendant le
haut Moyen Age. Un acte du 18 avril 930, par lequel les
religieux de Saint-Maurice et leur prévôt Herluynus font
diverses concessions en précaire à un nommé Turumbert
et à son épouse Ëmine, fait mention d'une villa Donona
dans laquelle on a voulu voir Thonon2. Mais cette hypo
thèse ne paraît pas devoir être retenue : outre que la pre
mière forme certaine du nom de la ville, Thonuns3, ne
semble pas correspondre à Donona, deux raisons nous font
douter de cette identification : la première, c'est que l'église
de Donona est placée sous le vocable de saint Innocent,
alors que celle de Thonon est, encore aujourd'hui, dédiée
à saint Hippolyte ; c'est la moins convaincante, car le
vocable aurait pu changer, par exemple lors de la fonda
tion du prieuré, dont nous ignorons la date, qui peut être
postérieure à 930. La seconde raison, plus solide, est four
nie par l'indication in pago caput lacense, qui situe la
cilla Donona; ce terme, à l'époque, désignait le Valais
ou Vieux-Chablais. Or, selon un autre acte émané de Saint-
Maurice, non daté, mais que l'on peut attribuer à la fin
du premier quart du xie siècle, soit un siècle plus tard,
1. En 1414, quatre « navatiers » allèrent chercher Perrin le Tapissier, pri
sonnier à Évian, et le menèrent à Thonon « en vire naz » (Comptes de la châ-
tellenie d'Allinges-Thonon, mazzo 14, compte 1, peau 62).
2. Charles Le Fort et Paul Lullin, Ré geste genevois ou répertoire chronolo
gique et analytique des documents imprimés relatifs à l'histoire de la ville et du
diocèse de Genève avant l'année 1312..., Genève, 1866, in-4°, n° 124, p. 37-38
3. Vers 1138 (Régeste genevois, n° 294 ; Ménabréa, Mémoires de V Académie
de Savoie, série I, t. IX, p. 226). THONON AU MOYEN AGE 109
Sciez, à quelques kilomètres de Thonon, est placé dans
le pays de Genève, comitatus geneçensis, par opposition
au Ghablais 1. Il semble donc bien que cette cilla Donona
ait été située en Valais et non dans Factuel Chablais.
La première mention certaine de Thonon au Moyen Age
ne remonte donc qu'à 1138, année où Fulgerius, prieur
de Thonon, fut témoin de la fondation du prieuré de Belle-
vaux-en -Ghablais, dans la haute vallée du Brevon2. Le
prieuré de Thonon, cité en 1153 parmi les possessions de
Saint- Jean de Genève3, dépendait en 1250 de l'abbaye
d'Ainay, ainsi que les églises voisines de Concise, Marclaz,
Orsier, Vailly et Lullin 4. Les grands seigneurs voisins y
paraissaient à l'occasion : en 1191, Thomas, comte de
Maurienne, y fut témoin d'une transaction entre l'évêque
et le chapitre de Genève part, l'hospice du Mont-
joux, futur Grand Saint -Bernard, de l'autre5. En 1203,
c'est là qu'il ordonna à son châtelain d'Allinge-Neuf de
respecter les droits de l'abbaye d'Abondance à Saint-
Gingolph6. Le 10 mai 1255, un accord y fut passé entre
le comte de Genève et le sire de Faucigny « sur la place,
sous les arbres 7 ». Mais Ja maison de Savoie, qui devait
à la fin du xnie siècle y faire construire une maison-forte,
ne semble y avoir possédé que très peu de biens avant
1266 8; c'est, en effet, le 29 novembre de cette année-là
1. « [Mansum] unum in comitatu genevense in fisco quod dicitur Sisiaco,
in villa que vocatur Filiez, et in capite lacensi et in villa que vocatur Evunno
unum mansum » [Régeste genevois, n° 170, p. 48 ; Historiae patriae monumenta,
Chart. I, n° 288, col. 499-500). Filly et Sciez, air. et cant, de Thonon.
Evunno peut être Évionnaz ou Yvorne, en Valais.
2. Cf. ci-dessus, p. 108, n. 3.
3. Chartes inédites relatives à Г histoire de la cille et du diocèse de Genève et
antérieures à l'année 1322, recueillies par feu Edouard Mallet, Genève, 1862,
in-8°, n° 12, p. 9 (Mém. et doc. publ. par la Soc. d'hist. et d'archéol. de Genève,
t. XIV).
4. Régeste genevois, n° 827, p. 207. Concise, Marclaz, Orsier, Vailly et Lull
in, arr. et cant, de Thonon.
5. Abbé Grémaud, Documents sur le Valais, t. I, p. 128, n° 181.
6. « Hec recordatio facta est in media villa de Thonons, multis presentibus
et audientibus, anno ab Incarnatione Domini M0 CCmo III0, idus marcii »
(Grémaud, Documents sur le Valais, t. I). Le prieur faisait partie des témoins.
7. Wurstemberger, Peter der Zweite, Graf von Savoyen, Bern-Zurich, 1856-
1858, 4 vol. in-8°, t. IV, n° 60, p. 26.
8. Des revenus perçus par le sautier de Concise : « Idem reddit computum...
de xlvii sol. receptis de redditu asiso in psalteria de Concisa in villa de Tho- 110 MONIQUE CONSTANT
que Pierre II de Savoie acquit du prieuré de Thonon tous
les droits qu'il possédait dans les limites de l'agglomé
ration et en droite ligne jusqu'au lac, notamment la leyde
du sel et la moitié de la grande leyde du marché ; le prieuré
recevait en échange des terres et des vignes à La Chapelle
et dans le mandement de Féternes, la dîme de Reyvroz
et deux familles de taillables sur lesquelles le comte se
réservait la haute justice ; de plus, il conservait ses droits
dans l'enceinte du prieuré1. En 1281, le prieur vendit
également au comte de Savoie un jardin sis derrière sa
maison moyennant la somme de vingt livres genevois 2.
Vers la même époque, le comte acquit les biens de Wif-
fred de Thonon, fils d'Hugues Maréchal, en deux étapes.
Avant 1272, et vraisemblablement en 1266 ou 1267, il
obtint par échange une série de revenus assis à Thonon
et dans les environs immédiats3. Mais surtout, quelques
années plus tard, il entra en possession des biens engagés
par Wifîxed à Jean et Guillaume Ruffi en 1273 4. Ces biens,
nuns et extra » (Mario Chiaudano, La finanza sabauda nel secolo XIII, Torino,
1933-1937 [1938], 3 vol. in-4°, t. I, p. 178; Biblioteca délia Societa storica
subalpina, t. CXXXI-CXXXIII).
1. Cf. pièce justificative n° I. La leyde du sel fut ensuite affermée avec la
moitié de celle du marché ; quant à l'autre moitié de cette dernière, on ne
sait pas si elle appartenait ou non au comte. Dans le premier cas, elle aurait
l'ait partie du même affermage.
2. « Item deducuntur xx Ibr. geben. quas solvit priori de Thonons de man-
dato domini, quas sibi debebat dominus pro vendicione curtilis retro domům
dicti prioris facta domino comiti, per litteram dicti prioris de recepto quam
reddit » (Comptes de la châtellenie d'Allinges-Thonon, 1281-1282).
3. « De iiii cupis [frumenti] receptis de excambio Wifreidi de Thonuns
de redditu per annum... Idem reddit computum de dimidia libra piperis re-
cepta de excambio Wiffredi de Thonuns de redditu per annum... De i octana
vini puri et alia octana vini bevende receptis de excambio Wiffredi de Tho
nuns. De i sextario vini recepto de décima Wiffredi de Thonuns hoc anno...
Idem reddit computum de v caponibus receptis de excambio Wifreidi de
Thonuns ... De xl sol. receptis de excambio Wiffreidi de Thonuns, et res-
pondet plus de tribus solidis et vu denariis quam anno preterito ... Idem
reddit computum de nu cupis nucum receptis de Wifreido de Thonuns de
redditu per annum. Et injunctum est castellano quod recuperet dictas nuces
non recuperatas per v annos. Et similiter decimam vinee sue per idem tem-
pus que inventa sunt per extentam novam » (M. Chiaudano, op. cit., p. 176-179).
4. « Nos, Johannes de Alavardo, judex in Gebennesio... Notum facimus
universis... quod, in nostra presencia constitutis domino Johanne Bertrandi
et Wilfredo de Thonons, filio quondam Hugonis Mareschali, ex una parte,
et Johanne et Willelmo, filiis Johannis Ruffi de Thonons, ex altéra,
idem Wilfredus... tradit in causám pignoris predictis Johanni et Willelmo... THONON AU MOYEN AGE 111
cédés aux enfants d'Yvoire en 1306 avec la maison-forte
des Chapelles en échange du village d'Yvoire, firent retour
en grande partie au comte de Savoie en 1314, lorsque
Francisoud d'Yvoire s'exila pour avoir assassiné Raoul
d'Anières1. Le reste de ces biens continua à figurer
scilicet mistraliam de Thonons et jura ad eam pertinencia. Item quandam
domům cum omnibus suis appenditiis sitam in villa de Thonons... Item
quandam vineam sitam in territorio de Thonons apud Sambons inter vineam
Willelmi Boneti ex una parte et charreriam per quam itur ad pontem Drancie
ex altéra. Item quandam aliam Yineam... et omnes res et possessiones et
census et usagia quoscumque vel quecumque dictus Wilfredus habet in pre-
dictis rebus inter Dranciam et Ancion versus Marclauz, salvis xl solidis cen
sus quos Perreta, mater dicti Wilfredi, habet in predictis rebus, pro cxxxvi
libris denariorum gebennensium de quibus dicti Johannes et Willelmus fece-
runt dicto Wilfredo grantům suum, solvendo pro eo Hugoni de Longnay,
tutorio Willemeti et Jaquete, filiorum quondam Pétri de Longnay, xcv 11-
bras pro quibus res predictas tenebant predicti Willelmus et Jaqueta pignori
obligatas. Item eidem Wilfredo solverunt xli libras predicte monetě ad sua
débita persolvenda... Testes interfuerunt do minus Willelmus, capellanus
Alingii, dominus Hugo, incuratus de Thonons, Petrus Evrardi, Girardus
Regis, burgenses de Thonons, Otherius de Pysterna et plures alii... Datum
apud Aquianum, die mercurii post festům beati Mathie, apostoli, anno Do
mini M0 CC° LXX° tercio » (Arch. dép. de la Haute-Savoie, SA 74, 2). Les
vignes furent accensées à Pierre de Sainte-Marie, bourgeois de Thonon, et
la maison louée à Aginus le Juif. Tous ces biens apparaissent dans le compte
de 1278-1279 sous le titre de « nova gageria Wifîredi ». Les 40 sous annuels
dus à Perrette, qui étaient assis sur la boucherie de Thonon, dépendance
de la métralie, étaient alors versés par le châtelain d'Allinge-Neuf à Jean et
Guillaume Rujji : « Idem libravit Johanni et Willelmo, flliis quondam Johan-
nis Ruffi de Tonons, qui eis debentur per ipsum ad vitam Perrete, uxoris
quondam Hugonis Mareschali, xl sol. geben. » (Comptes de la châtellenie
d'Allinges-Thonon, 1278-1279, peau 3).
1. « Nos, Amedeus, cornes Sabaudie, notum facimus universis présentes
litteras inspecturis quod, cum domus fortis de Eweria et villa ejusdem loci
spectaret ad Franciscum, Richardům, Ysabellam et Compagniam, liberos
domini de Eweria, militis quondam, qui predicta tenebant a nobis in feu
dum, que domus et villa magis erat nobis utilis et necessaria quam dictis
liberis, nos cum dictis liberis, domino Henrico de Compeys, curato de Ar-
moez, tutore, curatore dictorum liberorum, domino Richardo de Ponte-
vitreo, milite, Vullelmo de Pontevitreo, avunculis dictorum liberorum, et
pluribus aliis amicis agnatis et cognatis eorumdem, et ipsi nobiscum trac-
tavimus ad invicem super permutatione fienda de predictis, ita quod predicta
ad nos devenirent et nos ex causa dicte permutationis eisdem liberis daremus
alias res ex quibus possent habere uberiorem utilitatem quam habeant de
rebus inferius nominatis... Ad hoc finaliter est deventum, videlicet quod
dicti liberi et dictus dominus Henricus, tutor et curator... tradiderunt...
nobis recipientibus... dictam domum de Eweria et villam ejusdem loci...
Quare nos... cedimus... prefatis liberis et dicto domino Henrico... bona et
jura inferius declarata : primo, domum fořtem de Capella ... Item damus
et concedimus eisdem ut supra totam mistralliam de Thonons cum omnibus
juribus pertinentibus dicte mistrallie... » (SA 80, 14, 1 ; l'acte est daté du 112 MONIQUE CONSTANT
dans les hommages des Co m/pois aux comtes de Savoie 1.
En 1266, lorsque Pierre II acquit les droits du prieuré,
l'agglomération était déjà close : l'acte mentionne les
clausure de la ville. Mais nous ignorons s'il s'agissait déjà
de murs, ou bien d'une simple palissade. Les comptes
de la châtelleme restent muets à ce sujet, car l'entretien
des fortifications était à la charge de la ville2. Nous ne
pouvons guère avoir connaissance que de travaux excep
tionnels accomplis, au moins en partie, aux frais du comte.
Ainsi, dans le premier compte, qui remonte à 1272-1273,
il est indiqué qu'une femme de Thonon n'acquitte pas le
cens de deux pains qu'elle devait, parce qu'il était assis
sur un choseau où l'on venait de faire les fossés de la ville3.
Vraisemblablement, c'est Pierre II qui, une fois proprié
taire de la ville, en avait fait renforcer la défense.
Thonon n'était pas un port ; sans doute existait-il au
pied de la falaise, au bord du lac, quelques maisons4,
29 août 1306, mais le document que nous possédons est un vidimus fait à
Thonon le 1er juillet 1421). « Computus ejusdem castellani de bonis Franci -
soudi de Aquaria commissis domino et ad mamim suam redactis propter
maleficium ipsius quia interfecerat Rodulphum de Anieres et recessit de
patria » (Comptes de la châtellenie d'Allinges-Thonon, 1314-1315, peau 8).
Le comte de Savoie recouvra les 7/10 des droits de la métralie : « Item li-
bravit Alardo de Alingio de viginti libris in quibus Francesodus de Akaria
sibi tenebatur et pro quibus habebat mistraliam Thononis obligatam, et
dominus ipsas viginti libras sibi solvere respondit pro parte bonorum que
obvenit domino per commissionem propter maleficium commissum per di
ctum Francesodum, et pro residuo débet dictus Alardus dictam mistraliam
tenere usque ad primam diem mensis maii anno CCC° XVI0, et tune débet
expedire dictam mistraliam domino libère et erit solutus de debito supra-
dicto, et ultra débet solvere... castellano Thononis nomine dicta prima die
maii quatuor libras gebennensium : xin lbr. vu sol. geben. » (Ibid., peau 16).
1. Arch, dép. de la Savoie, SA 13, 1, La Chapelle-Marin.
2. Ainsi, en 1306, les habitants de Thonon détournent-ils l'eau des moul
ins pendant six semaines pour curer les fossés : « Idem reddit computum...
de xxi modiis [frumenti] receptis de firma molendinorum de Thonuns imita
in festo beati Andrée anno CCC° VI0, deductis n modiis pro eo quod hommes
ville ceperunt aquam de mandato domini comitis pro fossatis ville curandis
per sex septimanas, ut dicit » (Comptes de la châtellenie d'Allinges-Thonon,
1306-1307, peau 4).
3. « De ii panibus de relicta Girardi de Armuer pro eodem, nichil quia fos-
sata de Thonuns facta sunt in casali pro quo dicti panes debebantur » (Comptes
de la châtellenie d'Allinges-Thonon, 1272-1273, éd. Mario Chiaudano, op.
cit., p. 177, qui date par erreur le compte de 1271-1272).
4. On peut se demander si la « tour des langues », qui fut par la suite la
tour d'angle des remparts de Rives, et qui était le bâtiment où le métrai THON ON AU MOYEN AGE 113
mais c'est à Philippe Ier qu'il faut attribuer la création
d'un « bourg sous Thonon », dont la première mention
remonte à 1283-1284, et qui a permis à Thonon d'avoir
un accès direct au lac1. Ce quartier neuf ne fut pas for
tifié avant 1295, année où Amédée V y fit construire une
porte de pierres et un chemin le reliant à Thonon. La même
année, un four fut bâti dans la forêt de Lonnaz, entre
Thonon et la Dranse, pour fournir la chaux nécessaire
aux murailles 2. Les comptes des années 1296-1299 manquent,
mais nous savons qu'en 1303, le bourg ayant sans doute
vu augmenter sa population, on y construisit un moulin
alimenté par l'eau d'un étang proche3. En 1324-1325,
période critique pour la Savoie dans la guerre contre le
Faucigny, des palissades de gros chênes de Ripaille cou
ronnées d'échifïes vinrent renforcer les fortifications exis
tantes 4. Au reste, il ne semble pas y avoir eu de nouveaux
accensements lors de la création du bourg : les terrains
sur lesquels il fut édifié, cédés en 1266 par le prieur de
Thonon, étaient sans doute déjà aux mains de tenanciers.
De plus, il existait sous Thonon, défendant le port du
bourg neuf, une maison-forte qui appartint d'abord à la
percevait la redevance en langues bovines due pour l'usage de la boucherie,
est ou non antérieure à 1266.
1. Il est indiqué dans les lods et ventes du compte de l'année que Nicolas
le Clerc y achète une maison. Ce bourg neuf de Thonon forme aujourd'hui
le quartier pêcheur de Rives.
2. « In uno portali lapideo facto in villa nova Thononii... vin lbr. хин sol.
vin den. In quatuor angonibus ferri positis in dicto portali, v sol. mi den.
In uno raffurno facto in ne more de Lona pro mûris dicte ville... xxx lbr.
In una via facta subtus Thononium a domo Pétri de Versoy usque ad villam
novam predictam, xix sol. » (Comptes de la châtellenie d'Allinges-Thonon,
1295-1296, peau 4).
3. « De uno molendino facto de novo in burgo subtus Thonons, quindecim
operariis qui fecerunt sedem molendini... vu sol. vi den. In fusta empta pro
dicto molendino, vu trabibus, ш duodenis longorum, latis... ш millaribus
clavini, uno miliare cum dimidio cindulorum, columpnis ad portandum ca-
nales, rota magna et quadam mola veteri, tribus lindariis et uno bondrono,
fusta pro mamillis et fusellis..., sex operariis facientibus fossatum subtus
... x lbr. vi sol. ix den. In factura dicti molendini data in taschiam Petro
Chapuis, vi lbr. laus. Item libravit Vullelmo de Planchan pro torna facta in
stanno Ansermi Boneti ad ponendum aquam dicti stanni in dicto molendino,
data sibi in taschiam... lvii sol. » (Comptes de la châtellenie d'Allinges-Tho
non, 1303-1304, peau 10).
4. L'une d'elle joignait la porte du bourg au château (Comptes de la châ
tellenie d'Allinges-Thonon, 1324-1325).
BIBL. ÉC. CHARTES. 1973. 1 8

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