Variations des limites de l'Aquitaine depuis l'an 58 avant J-C. jusqu'au Ve siècle. - article ; n°1 ; vol.22, pg 256-271

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1861 - Volume 22 - Numéro 1 - Pages 256-271
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1861
Lecture(s) : 10
Nombre de pages : 17
Voir plus Voir moins

Félix Rocquain de Courtemblay
Variations des limites de l'Aquitaine depuis l'an 58 avant J-C.
jusqu'au Ve siècle.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1861, tome 22. pp. 256-271.
Citer ce document / Cite this document :
Rocquain de Courtemblay Félix. Variations des limites de l'Aquitaine depuis l'an 58 avant J-C. jusqu'au Ve siècle. In:
Bibliothèque de l'école des chartes. 1861, tome 22. pp. 256-271.
doi : 10.3406/bec.1861.445761
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1861_num_22_1_445761VARIATIONS
DES
LIMITES DE L'AQUITAINE
DEPUIS L'AN 58 AVANT J.-C. JUSQU'AU Ve SIÈCLE ' .
I.
AQUITAINE SOUS CESAR.
On sait qu'à l'arrivée de César la Gaule présentait quatre
grandes divisions, la Provincia Romana, la Belgique, la Cel
tique et l'Aquitaine.
La Provincia Romana, située au sud-est, avait pour limites :
le Var et le pied des Alpes à l'est ; au nord cette portion du Jura
qui de l'extrémité ouest du lac de Genève s'étend jusqu'au Rhône,
ensuite le Rhône et les Cévennes; à l'ouest la Gimone, et la Ga
ronne vers sa source ; au sud les Pyrénées et la côte depuis le
cap Creuz jusqu'au Var.
La Belgique était au nord-est, séparée de la Germanie par le
Rhin, et de la Celtique par la Seine, la Marne, et vraisemblable
ment, à partir des sources de la Marne, par la j)etite branche de
la chaîne des Vosges gui va de Mulhausen au Rhin.
La Celtique commençait à l'est, vers le cours inférieur du
Rhin, resserrée entre la Belgique et la Provincia Romana, et
continuait vers l'ouest bornée par le Rhône, les Cévennes, la Ga
ronne, l'Océan, la Seine et la Marne, embrassant le nord-ouest,
l'ouest et le centre de la Gaule.
1 . Extrait d'un mémoire mentionné à l'Académie des inscriptions et belles-lettres
et à l'Académie de Bordeaux. 257
nord pour par Enfin César et cette à l'Aquitaine l'est, * quatrième , mais les Pyrénées inexactes s'étendait portion au en de sud au quelques la sud-ouest et Gaule, l'Océan points, les à entre frontières l'ouest. la Garonne Telles assignées sont, ne au
formant pas au nord et à l'est la limite précise de l'Aquitaine.
elle que Du côté descend, dans de une l'orient, jusqu'à faible partie la l'angle Garonne de qu'elle son ne cours, présente termine depuis près en les effet des Pyrénées, sources l'Aquitaine de d'où la
Romana Gimone César Garites vers le paraît nord-est, et ; les de des Tolosales, ce l'indiquer Ausci, point c'est nations jusqu'à celle-ci que lui-même cette aquitaniques l'endroit qui rivière en devient plaçant où sépare la 2. elle frontière Au dans reçoit précisément nord la la l'inexactiProvincia orientale. Gimone des
la tude Garonne des limites de l'ouest de César à l'est devient couper plus le territoire manifeste, de lorsqu'on diverses peuvoit
plades, qui, établies au nord et au sud de ce fleuve, dépend
raient à la fois de la Celtique et de l'Aquitaine, s'il fallait en
tendre des Bituriges rigoureusement Vivisci (cap. les Bordeaux), paroles de situés César. au Nous nord-ouest, voulons à parler l'em
bouchure s'étendant de jusqu'au la Garonne; Tarn; des et Nitiobriges des Vasales (cap. (cap. Agen) Basas), au nord-est, placés
entre les précédents. Les Bituriges Vivisci et les Nitiobriges ap
partinrent à la Celtique jusqu'aux changements apportés par Au
guste dans les divisions de la Gaule. Le témoignage de Strabon
est décisif à cet égard. « Les Bituriges Josci % dit-il, sont Gaul
ois d'origine, et habitent parmi les Aquitains sans en faire part
ie \ » Quant aux Nitiobriges, il les nomme parmi les peuples
qu'Auguste détacha de la Celtique pour les réunir à l'Aqui
nombre taine 5. César des nations ne mentionne aquitaniques d'ailleurs qui se ni soumirent les uns ni à les son autres lieute au
nant Crassus G ; et il serait difficile, sinon impossible, de ranger
1. Cses., de Bell. Gall., 1. 1, с. i.
2. Cœs., de Bell. 1. m, с 20. - Walckenaer, Géogr. des Gaules, t. i,
3. Altération de Vivisci. Voy. Valesii NoLUia Galliarum, p. 87
4. Strabo, 1. IV.
5.ibid.
quo G. in Caes., numero de Bell. fuerunt GalL, Sotiates, 1. lil, Tarbelli, с 27 : « Maxima Bigerriones, pars Preciani Aquitaniœ , Vocatcs sese Crasso dedil Tarasates'
Garites, Ausci, Garumni, Sibutzatcs ct Cocosates. Рашж ittoniW^jationes' Elusates, ' ' anni tcmpore confisse quod hiems suberat, hoc facere neglexcru/rfivO £ %
** -J7\4>v II. (Cinquième série.) T 258
ces Bituriges, occupant une étendue de pays considérable au sud
de la Garonne, parmi celles dont il dit « paucse ultimœ nationes
hoc facere negleocerunt * » , lorsqu'il cite des peuplades voisines
et beaucoup moins importantes. Et puis aurait-il compris dans
l'Aquitaine les Nitiobriges, qui possèdent la plus grande partie
de leur territoire au nord du fleuve ? Il les nomme du reste lui-
même au milieu de nations essentiellement celtiques 2. Le pays
des Vasates, au contraire, qui répond au diocèse de Basas, ap
partenait, non à la Celtique, mais à l'Aquitaine. César, Pline et
Ptolémée les lui attribuent formellement, tout en les désignant
sous les noms divers de Vocales, Basabocates et de Vasates 3 .
L'Aquitaine, ainsi déterminée, se trouve être de beaucoup
plus petite que chacune des trois autres divisions, la Belgique,
la Celtique et la Provincia Romana; et quand César l'égale au
tiers de la Gaule, il commet une erreur, qui vient soit de lui-
même, soit de son lieutenant Crassus dont les rapports auront
pu l'abuser 4. Il est vrai que, sous la dénomination de Gaule,
César entendait uniquement la Belgique, la Celtique et l'Aqui
taine ; du moins, dans ses descriptions géographiques, il néglige
ordinairement la Provincia Romana.
IL
AQUITAINE SOUS AUGUSTE.
Les Aquitains, vaincus par César, essayèrent, après sa mort,
de recouvrer leur liberté. Auguste, par deux victoires succes
sives, les soumit pour toujours à l'empire, et s'attacha ensuite
à dompter les peuples des Pyrénées. Dès lors les limites de la
Gaule au sud-ouest s'étendirent jusqu'à Saint-Sébastien, franchis
sant ainsi sur la côte l'alignement de la grande chaîne des Pyré
nées, qui, au lieu de continuer jusqu'au golfe de Fontarabie,
s'abaissent et disparaissent en cet endroit, pour se diriger pa
rallèlement au rivage d'Espagne, en traversant la Biscaye et les
1. Voy. la note ci-dessus.
2. Cses., de Bell. Gall.,\. VII. — Vales., Notit. Gall., p. 376.
3. Cees., de Gall., 1. Ill, с. 27. — Plia, Hist, nat., 1. IV, с. 19. — Ptolem.,
1. II, с. 1.
4. Cses., de Bell. Gall., 1. Ill, —Vales., Noiit. Gall.,]). 32. — Alteserra, Rerum
Aquitanicarwm, 1. 1, p. 7. 259
Asturies 1 . Cette extension s'accorde avec les mesures de Ptolé
mée, qui commence la Gaule à ÏOEaso promontorium ou cap
Machicaco 2. Dans l'intérieur, les bornes de l'Aquitaine éprou
vèrent des changements plus considérables. Auguste les recula
jusqu'à la Loire, de sorte que cette province renferma désormais
tout le pays compris entre la mer, les Pyrénées , les Cévennes
et la Loire depuis sa source jusqu'à son embouchure, sauf les
irrégularités produites par les limites des peuples, qui furent
conservées par Auguste dans leur intégrité, et qui firent que les
frontières de la Celtique s'étendirent souvent au-delà de la Loire,
tandis que celles de l'Aquitaine atteignirent quelquefois les
rives de ce fleuve, mais ne les franchirent jamais 3.
Pour agrandir ainsi cette portion de la Gaule, Auguste dé
tacha douze nations de la Celtique et, comme nous le verrons
bientôt, deux de la Narbonnaise \ en tout quatorze, que Strabon
place d'une manière générale entre la Loire et la Garonne. « Les
peuples situés entre la Garonne et la Loire, dit-il, qu'on a réunis
à l'Aquitaine, sont : les Helvii, qui commencent au Rhône ; les
Vellai ou Veïïavi, qui autrefois faisaient partie des Arverni,
mais qui, aujourd'hui, forment un peuple séparé; les
les Lemovices et les Petrocorii, les Nitiobriges, les Cadurci et
les Bituriges Cubi; puis, le long de l'Océan, les Santones et les
Pictones, ceux-ci près de la Loire et ceux-là près de la Garonne ;
et enfin, dans le voisinage de la Narbonnaise, les Ruteni et les
Gabali. 5 »
Nous savons par César que les Helvii (le Yivarais) dépendaient
de la Provincia Romana ; et7 comme nous les voyons encore en
faire partie dans Pline et dans Ptolémée, nous ne doutons pas
qu'après avoir été enlevés à la Narbonnaise, ils ne lui aient été
1. Marca, Béarn, 1. 1, с 4. — Walckenaer, Géogr. des Gaules, 1. 1, p. 298. —
Vales., Notit. Gall, p. 297, 298.
2. Près de ce cap se trouve la petite ville d'Ea, qui paraît être la ville d'Œaso de
Ptolémée.
3. Orosius, 1. 1, с 2 : « Aquitania obliquo cursu Ligeris, qui ex plurima parte te
rminus cjus est, in orbsm agitur; hsec a circio Oceanum habet qui sinus Aquitanicus
dicitur, ab occasu Hispanias, a septentrione Lngdunensem, ab euro et meridie Narbo-
nensem provinciam contingit. »
4. Depuis les états de la Gaule, tenus à Narbonne l'an 27 de J.-C, la Provincia
Romana dut s'appeler Narbonnaise, et la Celtique, resserrée dans son étendue, prit
le nom de Lyonnaise.
5. Straho, 1. IV.
17. 260
restitués par la suite. Des écrivains, accusant Strabon d'erreur,
infèrent des mêmes choses que les Helvii n'ont jamais été déta
chés de la Narbonnaise. Ainsi Valois prétend qu'il faut remplac
er Helvii par Albienses (Albigeois) { . Mais Strabon, étant con
temporain d'Auguste, mérite à cause de cela une grande
fiance. D'ailleurs, c'est précisément parles Helvii qu'il commence
son enumeration ; il va jusqu'à marquer leur situation au bord
du Rhône et les faire limitrophes des Vellaï ou Vellavi (Vêlai),
ce qui ne peut s'accorder avec la position des Albienses. Ces
Albienses, au reste, étaient, à l'époque de César, un démembre
ment des Ruteni de la Celtique placé dans la Provincia Romana
sous le nom de Ruteni provinciales, ceux qui étaient restés dans
la Celtique s'appelant proprement Ruteni 2 ; et il n'est pas pro
bable que Strabon, dans son dénombrement des peuplades ajou
tées à l'Aquitaine, ait débuté par les Ruteni 'provinciales pour
finir par les Ruteni proprement dits. En outre Pline constate
encore de son temps ce dédoublement des Ruteni 3, et d'une
manière trop positive pour qu'on puisse, comme on l'a tait 4,
le taxer d'erreur. Voyant qu'ensuite ni Ptolémée, ni après lui au
cun auteur, ne mentionnent les Ruteni dans la Narbonnaise, mais
que tous les placent unanimement l'Aquitaine ; qu'Albi
{civitas Albiensium), capitale des Ruteni provinciales, fait partie
de l'Aquitaine dans la Notice des Gaules 5, nous demeurons per
suadés que les Albienses ou Ruteni provinciales n'ont été au plus
tôt réunis à l'Aquitaine que dans l'intervalle de temps écoulé
entre Pline et Ptolémée. L'on sait enfin que l'empereur ne don
nait au peuple romain que les pays entièrement pacifiés et se
réservait les autres ; et, quand Auguste lui céda la Narbonnaise,
il put avoir des raisons politiques pour en détacher le Vivarais :
1. Vales., Nolit. Gall., p. 32 : « Strabo pro Albiensibus Helvios videtur male po-
suisse. » Voy. Plin., 1. III, с 5; Ptolém., 1. II, c. 5; D. Vaissete, Hist, du Lan
guedoc, 1. II; Mém. de l'Acad. des inscr., t. VIII, p. 403; Walck., 1. 1, p. 274; t. II,
p. 168.
2. D'Atrville, Géogr., à l'article Aquitania.
3. Vales., Notit. Gall., p. 491 : «■ Utrorumque Rutenorum meminit Plinius Pro
vincial!™ in his verbis : Nemausum Arecomicorum, Piscenœ, Ruteni, Sanagen-
ses , Tolosani , Tectosagi, Aquitanix conlermini; Aquitamcoiuim, sic: Arverni,
Gabales, rursus Narbonensi provincix contermini Faiteni, Cadurci. »
4. Walcken., t. II, p. 109.
5. Voy. ci-après cette notice, § III. 261
il suffisait qu'il eût besoin d'y laisser des troupes en station pour
maintenir les montagnards.
Sur quatorze peuples qu'il annonce avoir été réunis à l'Aqui
taine, Strabon n'en nomme que douze. Les deux qu'il omet sont
les Bituriges Vivisci et les Convenu. On ne peut les dire, il est
vrai, renfermés entre la Loire et la Garonne; mais ces limites ne
sont pas rigoureuses, et Strabon l'indique suffisamment quand il
cite douze noms seulement pour « les peuples, situés entre la
Garonne et la Loire, qu'on a joints à l'Aquitaine; » ce langage
de Strabon nous autorise même à chercher en dehors de ces l
imites les deux nations complémentaires : condition remplie par
les Convenue situés au pied des Pyrénées, dans les environs de
la Garonne, et par les Bituriges Vivisci dont le territoire se
trouve presque entier au sud de ce fleuve.
Tout le monde est d'accord à l'égard des Bituriges Vivisci.
La position qu'ils occupent, entourés de peuplades aquitaniques,
exige à l'évidence leur attribution à l'Aquitaine, et tous les mo
numents postérieurs à Strabon les y placent en effet.
Quant aux Convenue, il y a dissentiment. Valois et d'autres
ont voulu, au risque même de corriger Strabon, trouver dans les
quatorze peuples annoncés les quatorze civitates des première
et deuxième Aquitaines de la Notice des Gaules. C'est ainsi que,
remplaçant déjà les Helvii par les Albienses , ils ajoutent les
Ecolismenses avec les Bituriges Vivisci. De cette identité forcée
entre les quatorze peuples de Strabon et les quatorze civitates de
la Notice, est venue cette opinion presque générale qu'ils avaient
tous été détachés de la Celtique 1 . Nous avons réfuté la préten
due correction de Strabon au sujet des Helvii. Pour ce qui est
des Ecolismenses, primitivement compris dans les limites des
Santones dont le territoire est représenté par le diocèse de
Saintes, celui d'Angoulême et le pays d'Aunis 2, nous les voyons,
il est vrai, spécialement désignés dans la Notice comme faisant
partie de l'Aquitaine: mais Ausone (quatrième siècle) est le pre
mier qui mentionne Ecolisma (Angoulême) ; les écrivains anté
rieurs, Strabon, Pline et Ptolémée, silencieux sur ce point,
parlent au contraire des Santones comme d'une nation toujours
1. Vales., Notit. Gall., p. 32 et 87. D. Vaissetc, Histoire du Langned., 1. II,
p. 129, édit. Dumège. — Hist. del'Acad. des inscr., t. VIII, p. 413,
2. Walcken., t. I, p. 363. — D'Anville, AquUania. 262
considérable ; et nous ne voyons aucunement la raison de placer
sous Auguste la réunion nominale des Ecoïismenses à l'Aqui
taine.
M. Walckenaer fait des Convense le quatorzième peuple ajouté
par Auguste. L'histoire nous apprend que Pompée, après avoir
dompté plusieurs tribus voisines des Pyrénées, appela Convense
la ville dont il fit leur capitale et leur point de réunion 1 . Ces
tribus, bien que toujours considérées d'après plusieurs inscrip
tions comme dépendantes de l'Aquitaine, n'en furent pas moins
en fait annexées vers ce temps à la Provincia Romana, puisque
l'Aquitaine n'était pas encore assujettie aux Romains ; et Valois,
malgré son hésitation, le reconnaît implicitement2. Dira-ton
que les Convense pouvaient faire partie de l'Aquitaine à l'époque
de César ? Mais César a constaté les divisions de la Gaule et ne
les a point modifiées ; et, pour lui, la Provincia Romana ren
fermait tous les peuples déjà soumis lors de son arrivée. Il ne
comprend d'ailleurs pas les Convense parmi les nations aquita-
niques que réduisit Crassus ; et, puisqu'ils étaient soumis anté
rieurement, pouvait- il les y comprendre? Enfin Pline les
plaçant dans l'Aquitaine « inter Sediboniales et Begerros », il est
permis de conclure qu'Auguste les y avait réunis, ne faisant en
quelque sorte que les lui restituer.
Notons que la peuplade des Consoranni, que nous voyons,
de même les Convense, renfermée dans la Provincia Ro
mana l'an 76 avant J.-C, est également placée par Pline en
Aquitaine, entre les Tomates et les Ausci, et que nous devons
inférer de là qu'elle fut aussi réunie par Auguste à cette partie
de la Gaule. Mais ces Consoranni ne sont pas un peuple nou
veau qu'il faille ajouter, dans notre enumeration, aux quatorze
déjà cités. Les Convense, qui, avant l'entière conquête des Gaules,
étaient les derniers peuples de la Provincia Romana au sud-ouest,
1. Hieronymus in libro II Advers. Vigilant. — Alteserra, Rer. Aquitanic, 1. IV,
c. 6. — Walcken., 1. 1, p. 292.
2. Vales., Notit. Gall., p. 158 : « Quomodo Pompeius Convenes collocare in Aqui-
tania et oppidum eis agrumque attribuere potnit , cum ea regio nondum esset Ro-
manae ditionis ? Existimo Pompeium, quiim Convenas in Aquitaniam Pyrenaeo monti
proximam transtulit, non id alio jure quam armorum fecisse, et hoc fmitimas Aqui-
taniee civitates passas esse, quoniam victorem Hispaniensis belli exercitum prohibera
non poterant. » N'est-il pas vrai que, si Pompée a fait acte de maître (jure armorum
fecit) sur une certaine circonscription de territoire, ce territoire a dû par ceJa même
faire partie de la Provincia Romana ? 263
comprenaient précisément une portion de la peuplade appelée
Consoranni; de sorte que, les Convenu étant annexés à l'Aquit
aine, le territoire des Consoranni se trouva partagé entre celle-ci
et la Narbonnaise 4 . Ce partage explique l'hésitation de Pline
qui; attribuant déjà les à l'Aquitaine, les place aussi
dans la sous le nom de Consuaranni, les mêmes
évidemment que les Consoranni2. La partie des Consoranni
enclavée dans les Convenes n'en fut pas d'abord nominalement
distinguée lors de la réunion de ceux-ci à l'Aquitaine. Plus tard
ils formèrent une nation séparée qui justifie dans la Notice la
civitas Consorannorum de la Novempopulanie 3 ; ainsi les San-
tones ont donné la civitas Santonum et la civitas Ecolismensium,-
les Ruteni la civitas Rutenorum et la civitas Albiensium.
III.
AQUITAINE DEPUIS AUGUSTE JUSQU'A LA PERIODE BARBARE.
Nous ne trouvons aucune modification dans la géographie de
l'Aquitaine jusqu'à la moitié du quatrième siècle. En 358, une
lettre de S. Hilaire de Poitiers л indique deux démembrements
de d'Auguste, la provincia Aquitanica et la provincia
Novempopulana. Une inscription de 362, rapportée par Gruter,
confirme la lettre de S. Hilaire 5, et prouve qu'il n'y avait en
core à cette époque qu'une Aquitaine proprement dite. Ammien
Marcellin parle également d'une seule Aquitaine vers 364. En
369, Sextus Rufus c signale deux Aquitaines. Il y a lieu de pré
sumer que les territoires de ces deux Aquitaines étaient les
mêmes à l'époque de leur formation que lorsqu'on dressa, trente
ans après, la Notice des provinces de l'empire; nous croyons
1. Plin., ]. IV, с 4 et 19. — Vales., Not. Gall., p. 155. — Walcken., 1. 1, p. 196,
290; ť. II, p. 170, 175, 245.
2. Plin ., 1. IV, с 19 : « Aquitanicsc sunt Tomates , Consorarmi, Ausci; » et in
cjusd. libri capite 4 : « In ora (Narbonensis provincial) regio Sardonum , intusquc
Consuaranorum. ■»
3. Voy. ci-après, § III.
4. Vales., Not. Gall., p. 300.
5. Gruter, p. 4G5, n. 8 : « Saturnino secundo v. с prsesidi provincial Aquita-
nicœ. . . ■»
G, Brcviariam Soxti lluii. Walcken., t. II, p: 3d, —Vales,, Not. Gall , p. 33, 264
donc que, de 364 à 369, on rendit à l'Aquitaine les Bituriges
Cubi, qui en avaient été détachés pour être annexés à la Lyonn
aise, de laquelle ils faisaient encore partie en 364 ' .
Nous arrivons à cette Notice, qui, rédigée vers 401, sous Ho-
norius, nous donne en détail la division des provinces de la
Gaule au temps de l'invasion des barbares. Nous y trouvons,
comme dans Sextus Rufus, les trois divisions auquelles abou
tirent définitivement les changements géographiques de l'Aqui
taine d'Auguste, savoir : l'Aquitaine première, l'Aquitaine s
econde et la Novempopulanie 2 .
Cette Novempopulanie, dont les limites ne sont autres que
celles de l'Aquitaine de César, reculées vers le sud-est par l'ad
dition des Convened et des Consoranni 3, a été souvent appelée
Aquitania vêtus ou tertia.
Pour ce qui est des deux Aquitaines de la Notice , nous
voyons par l'étude des monuments qu'elles embrassent une
étendue de pays bornée : à l'ouest par l'Océan; — au nord-ouest par
la Loire, qui forme la ligne de démarcation entre les Namnetes et
1. Amin. Marceli., 1. XV, с. 2 : « Lugdunensem primam Lugdunus ornât, et Calil-
lonus et Senones et Biturigae. » Valois, Notit^ Gall., p. 86, regarde comme erronée
cette attribution des Bituriges à la première Lyonnaise ; mais il n'est pas probable
qu'Ammien Marcellin, qui avait longtemps résidé dans les Gaules, se soit trompé
sur ce point. Voy. Hisi. de l'Acad. des inscript., t. VIII, p. 413; Walcken. , t. II,
p. 336.
2. Voici la description des deux Aquitaines et de la Novempopulanie, telle que la
donne la notice :
PROVINCIA PROVINCIA PROVINCIA
NOVEMPOPULANA. AQU1TANICA PRIMA. AQUITA1NICA SECUSBA.
Metrop. civitas Elusatium. Metrop. civitas Biturigum. Metrop.civit.Burdigalensium
Civitas Aquensium. Civitas Arvernorum. Civitas Agennensium.
id. Lactoratium. id. Rutenorum. id. Ecolismensium.
id. Convenarum. id. Albiensium. id. Santonum.
id. Conserannorum. id. Cadurcorum. id. Pictavorum.
id. Boatium. id. Lemovicum. id. Petrocoriorum.
id . Benarnensium . id. Gabalum.
id. Vellavorum. id. Aturensium.
id. Vasatica.
id. Turba, ubi castrum
Bigorra.
id. Elloronensium.
id. Ausciorum.
3, Toy. § II de cet extrait, in fine.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.