les genres littéraires d'Yves Stalloni

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UMP, faculté de lettres Master : Littérature Générale et Comparée Contre-rendu (exposé) DE L’ŒUVRE théorique Les genres littéraires D’Yves sTALLONI Rédigé par : Tarik LABRAHMI Direction de : A. HAMMOUTI 2012 ~ 1 ~ Contre-rendu (exposé) De Les genres littéraires (Nathan/HER 2000) D’Yves STALLONI Introduction Si Dominique Combe, dans son livre Les genres littéraires, met en question le modèle aristotélicien, en le jugeant inapte à persister pour des temps différents, du fait qu’il est basé pour une grande partie sur la sémantique (par exemple la différence entre tragédie et comédie se fait surtout par les objets qu’elles imitent, donc par leur sujet), il en propose une classification fondée sur des critères linguistiques restant valables pour tous les temps. Et si Jauss va un peu plus loin, lui aussi en contestant la validité de la classification classique, en appelant à une classification basée à la fois sur la diachronie et la synchronie, sous prétexte que tout texte est à la fois conservateur et rénovateur. Ainsi, il propose une approche alliant à la fois la méthode structuraliste et l’étude de la littérature sous l’angle de la réception, qui est sa propre théorie, fondée sur la notion d’ « horizon d’attente » ; en disant, « cette première ouverture structuraliste entre littérature et société exige une seconde ouverture, celle de la fonction de la littérature sous l’angle de la réception.
Publié le : vendredi 13 juillet 2012
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UMP, faculté de lettres Master : Littérature Générale et Comparée Contre-rendu (exposé) DE L’ŒUVREthéorique Les genres littéraires D’Yves sTALLONIRédigé par : Tarik LABRAHMI Direction de : A. HAMMOUTI 2012
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Contre-rendu (exposé) De Les genres littéraires(Nathan/HER 2000) D’Yves STALLONIIntroduction Si Dominique Combe, dans son livreLes genres littéraires, met en question le modèle aristotélicien, en le jugeant inapte à persister pour des temps différents, du fait qu’il estbasé pour une grande partie sur la sémantique (par exemple la différence entre tragédie et comédie se fait surtout par les objets qu’elles imitent, donc par leur sujet), il en propose une classification fondée sur des critères linguistiques restant valables pour tous les temps. Et si Jauss va un peu plus loin, lui aussi en contestant la validité de la classification classique, en appelant à une classification basée à la fois sur la diachronie et la synchronie, sous prétexte que tout texte est à la fois conservateur et rénovateur. Ainsi, il propose une approche alliant à la fois la méthode structuraliste et l’étude de la littérature sous l’angle de la réception, qui est sa propre théorie, fondée sur la notion d’«horizon d’attente» ; cetteen disant, « première ouverture structuraliste entre littérature et société exige une seconde ouverture, celle de la fonction de la littérature sous l’angle de la réception.» Yves STALLONI, lui, ne veut point de réconciliation entre classique et moderne théories, mais ilappelle de ses vœux à la liquidation de la notion de genre, en annonçant la décadence, comme un obstacle devant la liberté, et donc devant le progrès de la création littéraire. Ch : 1= La notion de genre Dans ce chapitre, il va essayer de définir lanotion de genre, d’en donner un coup d’œil historique et enfin de présenter brièvement les différentes tentatives modernes de classification. A- Définition et délimitation -Le mot et ses acceptions Le mot « genre » vient du mot latin « generis », qui renvoieà l’idée d’origine, donc de groupe ; et par glissement sémantique: regroupement d’êtres ou d’objets ayant certains caractères communs. -Sur quelques présupposés L’idée de norme: la notion de genre repose sur une «volonté d’ordremise en». De la « ordre » à un « ordre de mise » ; des critères relevés par observation à des contraintes codifiées. L’idée de nombre: genre = plusieurs textes réunis sous des critères de ressemblance. L’idée de hiérarchie: la définition de genre fait apparaître une division stratifiée du savoir, fondée sur la hiérarchie sociale pyramidale. -Le mot « genre » en littérature Derrière le mot genre, il y a une volonté de définir l’essence même de la littérature; en alliant diachronie et synchronie. ~ 2 ~
B- La perspective historique -Le problème grec : Platon et Aristote Pour Platon, les genres se distinguent par leur mode d’énonciation: énonciation zéro (dramatique) ; énonciation directe (narratif) ; énonciation mixte (narratif et dialogue). Pour Aristote, tous les arts de l’écrituresont des imitations. Mais ils se diffèrent les uns des autres par trois aspects : ou bien ils imitent par des moyens différents (prose/vers) ; ou bien ils imitent des objets différents (hommes supérieurs/hommes pires) ; ou bien ils imitent selon des modes différents (dramatique/narratif). -La triade canonique Cette triade sera conservée par les classiques jusqu’à les romantiques allemands. Friedrich parle de genre objectif (dramatique), de genre objectif-subjectif (épique), et de genre subjectif (lyrique). -Heurs et malheurs de la triade Ce n’est qu’avec le romantisme français, surtout avec Hugo, que la triade se voyait crouler. Mais cette remise en question ne trouvera son avènement qu’au siècle suivant qui privilégie l’originalité du créateur, commençant avec Benedetto Croce en 1902. C- Le débat théorique Quelques tentatives classificatoires modernes : -Fiction et non fiction Kate Hamburger :  Genres littéraires  Premier genre fondamental : second genre  Le fictionnel récuse la fiction (le Je fictif se substitue au Je de l’auteur) (le Je lyrique)  Epique dramatique -Modes, genres, archigenres Genette parle d’archigenres: constructions théoriques qui n’existent qu’en fonction d’une époque et d’un milieu donnés.-Pragmatique et «horizon d’attente» Bakhtine souhaite diviser les genres du discours dont relèvent les genres littéraires.  Discours  Premier genre : discours simple second genre : dérive du premier et  (répliques quotidiennes) Le transforme (littérature) Ce qui fait de la littérature une des activités humaines, et lui enlève par conséquent sa littérarité qui est au centre de la réflexion de Jauss, qui parle aussi d’«horizon d’attente» : « dès lors le genre se définit moins par laréalisation d’un modèle préexistant, par le respect d’une codification abstraite, que par la concrétisation d’une sorte de «pacte » passé entre l’œuvre et le public.» - Les autres typologies
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André Jolles: formes simples (dérivent de la tradition orale), et forme plus complexes (naissent avec l’avènement de l’écriture).Jakobson: «la dominante peut se définir comme l’élément focal d’une œuvre d’art: elle gouverne, détermine et transforme les autres éléments (…); il s’agit de façon impérative, irrécusable, exerçant directement son influence sur les autres éléments. » Robert Scholes: division triangulaire : «un monde meilleur que la réalité, pire qu’elle ou son égal. » « Le monde déchu de la satire, le monde héroïque de la romance ou le monde mimétiquede l’histoire.» Schaeffer: identification générique à partir des éléments de la syntaxe. René Welleck et Austin Warren: identification par forme intérieure (mètre, structure interne…), et forme extérieure (sujet et public).S’il s’est donné la peine de tracer toutes ces diverses tentatives classificatoires, c’est juste pour montrer la fragilité de chacune d’elles, et de la notion de genre elle-même, suivant toujours sa stratégie destructrice. Ainsi qu’il essaiera de définir chaque genre, prenant pourcadre méthodologique la triade aristotélicienne, en le conduisant vers une impasse ; ce qui, au loin de lui donner un statut stable, le détruit de l’intérieur, en mettant en exergue la fragilité de ses critères définitoires. Ch : 2= Le théâtre et le genre dramatique A- Le genre dramatique : quelques critères de définition Il commence par citer Anna Ubersfeld : « contrairement à un préjugé fort répondu et dont la source est l’école, le théâtre n’est pas un genre littéraire. Il est une pratique scénique.» Par cette citation, il conteste le statut même du genre théâtral.Mais il essaye d’y donner quand même quelques critères d’identification.Enonciation (agissant/racontant), nature double de sa temporalité (temps de représentation/temps de l’histoire), originalité du langage (texte dramatique/effets de régie),théâtralité (ce qui n’est pas texte), le personnage (être vivant). B- La tragédie Cinq grands critères: un sujet noble, une action unie, l’unité de temps et de lieu, bienséance et vraisemblance, le tragique. -Les variations tragiques « Il serait erroné de croire que les auteurs des tragédies ont obéi de manière aveugle au catalogue desrègles que l’on vient d’énumérer.» Par exemple, la tragi-comédie formait un défi aux normes classiques. Racine et Corneille étaient les grands rénovateurs dans cette matière. Bien qu’ils n’aient rien à voir avec la tragédie classique, les dramaturges de l’absurde, d’une manière ou d’une autre,le tragique est omniprésent dans leurs pièces. D’où, les limites de la définition classique du genre dramatique.C- La comédie Par son étymologie, la comédie est ambiguë en tant que genre à part, car « comédie » signifie d’abord pièce de théâtre en général. Robert Abirached : «la comédie est restée un genre protéiforme, susceptible de s’infléchir dans des directions les plus diverses. Cette liberté lui a permis d’échapper, hier et
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aujourd’hui, à l’emprise des législateurs; ce n’est pas dans les arts poétiques que son histoire s’est écrite, mais sur la scène, en liaison étroite avec le public.» D- Le drame Le drame venait briser les frontières entre tragédie et comédie. Michel Lioure : « le drame se définit par son refus de la notion même du genre », « iln’est qu’une tentative théâtrale perpétuelle. » -Les territoires du drame Trois périodes correspondant à trois formes : Le drame bourgeois du XVIII° siècle: Diderot en est le premier codificateur ; Le drame romantique: quatre auteurs, Hugo, Vigny, Dumas et Musset. Anne Ubersfeld en parle de trois révolutions: historique (l’histoire récente), philosophique (l’avènement de l’individualisme), et technique (l’abolition des règles).Le drame symboliste: la recherche surtout de l’effet visuel.« Ces formes historiques entretiennent entre elles assez peu de rapport-sauf à s’éloigner du modèle reconnu qu’est la tragédie. Cet éparpillement suffirait, ainsi qu’on l’annonçait en début, à proclamer la liquidation du genre. » Ch : 3= Le roman et le genre narratif Le roman n’existait pas à l’Antiquité au sens moderne du terme. Il apparaît au Moyen Age: « la lingua romana désigne la langue parlée, vernaculaire, vulgaire, par opposition à la lingua latina, langue savante et recherchée dans laquelle sont écrites lesœuvres sacrées.» Pendant plusieurs siècles, le roman aura à souffrir de cet héritage dévalorisant. -Une définition difficile Il n’est reconnu comme genre que très tardivement. Huet est l’un des premiers qui ont essayé de le définir. Voici quelques caractères qu’il lui donne: fiction par opposition à la réalité, prose par opposition au vers, thématique: histoires d’amour, objectif esthétique et moral. -Un genre encombrant Bakhtine : «en fin de compte, on n’arrive jamais à une formule de synthèse du roman en tant que genre. » Marthe Robert parle de « genre indéfini » : «Rien ne l’empêche d’utiliser à ses propres fins la description, la narration, le drame, l’essai, le commentaire, le monologue, le discours, ni d’être à son gré tour à tour ou simultanément, fable, histoire, idylle chronique, conte, épopée. » Est-ce qu’il n’y a pas ici le secret de sa dominance totale. Par sa souplesse, il a la capacité de se métamorphoser selon les exigences de chaque époque. D’où son immortalité, et d’où l’infinité de sous-genres qu’il tient sous sa tutelle. Par exemple, au 16° s., on parle de roman picaresque, au 18° s., on parle de roman philosophique, après la révolution, de roman historique, et ainsi de suite. Est-ce que cela ne nous permet pas de mettre en question la notion de genre. Car si le roman, en tant que le plus libre des formes littéraire a pu persister très longtemps, par opposition aux genres les plus codifiés comme la tragédie à un moment donné ils cessent d’être utilisés. Donc je peux me poser la question est-ce que la notion de genre en particulier ~ 5 ~
et la critique littéraire en générale aident au progrès de la création littéraire, ou elles la stérilisent une fois pour toute. Enfin le statut du genre romanesque reste paradoxal «d’être unanimement reconnu comme un genre au sens fort du terme et de résister aux efforts théoriques tendant à formaliser son expression et à y discerner des constantes stables. » Ch : 4= La poésie et le genre lyrique A- Un genre incertain Aux fondements de la théorie littéraire, la poésie ne constituait pas un genre littéraire. Trois critères : vers, subjectivité, non-fiction. -Le critère du vers Au début, le critère prose/vers ne suffisait pas à lui seul pour constituer un genre. « Si elle (poétique) vient à se glisser dans les modes identifiables que sont l’épopée, la tragédie et le dithyrambe, elle perd dans son ralliement tout caractère d’originalité.» -La subjectivité Si on fait de ce critère un trait commun sur lequel s’unissent tous les textes faisant partis de la famille de « Moi», on serait obligé d’y inclure les confessions, les journaux intimes, etc. Vous pouvez dire que ces formes ne peuvent êtreécrites en vers, je vous dirais qu’il y a aussi des poèmes en prose. -La non-fiction La poète puise ses sources d’inspiration dans sa propre subjectivité.B- La poésie sans le vers -Verset et prose «C’est là une constante de la création esthétique: dèsqu’une forme devient canon, elle secrète inévitablement, à coté des cas d’application servile, des tentations de révolte, et de reniement. » Il va jusqu’à nier, en matière de poésie, le vers et la poétique comme critères définitoires de genre poétique. Ense justifiant par le fait qu’il y a des formes non versifiées mas à nuance poétique, et des formes versifiées mais non poétique. -Le vers libre Gustave Khan et Jules Laforgue sont les premiers qui ont brisé la forme traditionnelle du vers. Mais il n’a jouitd’une dignité littéraire qu’avec Baudelaire.-Le poème en prose et prose poétique Avec le poème en prose, « La poésie vient abandonner ses traits formels distinctifs par le franchissement d’une ligne de partage qui la distingue d’un genre rival,»qu’est le genre romanesque. «Avec ce qu’on appelle la «prose poétique», plus qu’avec le poème en prose, semblent entamées les codifications axiomatiques rigides et annoncé un « mélange de genres ». » Ch : 5= Aux frontières du genre A-L’Ere du soupçon
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« Ainsi aux velléités des théoriciens pour mettre en ordre les productions littéraires, les créateurs ont souvent opposé un refus hautain né du sentiment, pas forcément injustifié, que l’œuvre est toujours originale et qu’on ne légifère pas en matière de génie.» Après le romantisme, le surréalisme et le Nouveau-roman ont annoncé une rébellion contre les conventions littéraires. « La classification générique a eu à souffrir de diverses remises en causes menées au nom de la liberté de création, du droit au mélange et du refus des rigidités taxinomiques. » B- Genres et contexte « On ne peut établir aucune classification logique et ferme des genres : leur distinction est toujours historique, c’est-à-dire justifiée uniquement pour un temps donné. » C- Le renouvellement des genres «En poursuivant à l’extrême les opérations de «scissiparité » ou de refondation générique, nous aboutirons au cas limite où chaque œuvre, résultant d’une cascade de subdivisions ou d’une invention originale, représentait un cas particulier, uniqueet donc inclassable. Ce qui reviendrait, évidemment, à la liquidation de la notion de genre. » D- Le genre en procès -Le mythe de l’œuvre uniqueLe critique italien Benedetto Croce prononça au début du XX° siècle son réquisitoire contre les genres. Parce quetoute œuvre est singulière et, par nature, inapte à se fondre dans le moule d’une catégorie.-Fusion et confusion des genres Comment définir par un terme générique des livres commeTristes Topiquesde Levis Strauss, qui mélange réflexions philosophiques, notations ethnographiques, confidences personnelles, évocations poétiques. -Œuvre pure et écriture blanche«Seul importe le livre, tel qu’il est, loin des genres, en dehors des rubriques prose, poésie, roman, témoignage, sous lesquelles il refuse de se ranger et auxquelles il dénie le pouvoir de lui fixer sa place et de déterminer sa forme. Un livre n’appartient plus à un genre, tout livre relève de la seule littérature. » « La liquidation du genre est donc ici prononcée au nom de la priorité du texte que la critique actuelle, depuis trois décennies en particulier, n’a cessé de réclamer. Pour le commentateur, comme pour le créateur, la loi des catégories a vécu, et la littérature, affranchie de ses carcans théoriques, deviendrait enfin libre de choisir ses voies. » Conclusion On a voulu faire de la notion de genre un outil permettant la compréhension des œuvres littéraires. Mais, comme l’on a vu, le genre est réducteur, ce qui n’est pas le cas de l’œuvre littéraire qui est par nature plurielle, multiple ethétérogène. De là, le genre, loin d’aider à mieux comprendre le texte littéraire, il conditionne et oriente la vision du commentateur selon une voie préétablie, ce qui est contre la nature même de l’œuvre littéraire qui se caractérise par sa singularité; et par là il l’empêche d’explorer d’autres voies possibles, et qui pourraient être les voies recherchés par l’œuvre.Rédigé par : Tarik LABRAHMI ~ 7 ~
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