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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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CIEM
ITAC
Volume 2007-3
CIEM présente Tendances en terrorisme
Le terrorisme en 2025 : Dimensions et caractéristiques probables
Cet article a été rédigé par le Canadian Centre for Intelligence and Security Studies, The Norman Paterson School of International Affairs, Carleton University.
La publication de cet article ne signifie pas que son contenu a été authentifié par le CIEM, ni que le CIEM partage les opinions de l’auteur.
Ce n t r ein t é g r é d ’év a l u a t i o n d e sme n a c e s
Sommaire
Les conditions stratégiques sous-jacentes aux attentats du 11 septembre 2001 sont apparues à la fin des années 1970 et dans les années 1980 : mondialisation accélérée, économies non réformées, populations jeunes et explosion démographique, éducation religieuse et chômage. Toutes ces conditions seront vraisemblablement encore réunies en 2025. Il sera possible de puiser dans un important groupe toujours plus nombreux de jeunes chômeurs frustrés, éduqués dans des écoles religieuses, pour mener des activités terroristes.
La période qui a suivi immédiatement le 11-Septembre 2001 aura modelé les aspects plus tactiques du terrorisme en 2025. Ces attentats nous ont permis de saisir toute l’ampleur des conséquences économiques d’un acte terroriste. Il faut alors en conclure, compte tenu également des questions économiques essentielles sur lesquelles reposent les revendications des terroristes, que les cibles futures seront probablement économiques. Les réseaux de transport, les systèmes d’information (cyberattaques) et, surtout, les installations énergétiques et le pétrole seront des cibles de choix. Les pétroliers dans les voies navigables les plus achalandées du monde seront peut-être des cibles particulièrement attrayantes.
Les terroristes optent non plus pour des cibles politiques et militaires difficiles, mais pour des cibles faciles. Les facteurs déterminants de cette tendance, y compris la moins grande liberté de manoeuvre d’al-Qaïda et sa nouvelle structure décentralisée, persisteront sans doute et, parallèlement, l’accent sera mis sur des cibles faciles. La question de savoir si l’Irak est devenu un nouveau terrain d’entraînement ou sert au lancement d’attaques ne fait pas l’unanimité. L’Irak, ainsi que la corne d’Afrique et la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan sont des régions qui suscitent beaucoup de préoccupations, mais il est peu probable que les terroristes finissent par y être aussi solidement implantés qu’ils ne l’étaient en Afghanistan sous les talibans.
Selon toute vraisemblance, les attentats seront de plus faible envergure et moins bien planifiés, et ils auront des répercussions locales plutôt que transnationales. Al-Qaïda a néanmoins plus de ressort que prévu, ce qui donne à penser qu’une attaque majeure faisant de nombreuses victimes, tout en étant peu probable, demeure possible.
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La plupart des attentats en 2025 seront commis contre des pays conservateurs qui essaient de se moderniser ou des pays ayant des liens étroits avec l’Occident. Des attaques sont particulièrement probables contre les installations énergétiques des pays producteurs de pétrole qui sont des alliés des Américains. Les États-Unis demeureront une cible importante, mais il sera difficile de les attaquer directement, si bien que l’Europe sera vraisemblablement davantage visée. La Grande-Bretagne est particulièrement vulnérable en raison de ses liens historiques avec le Pakistan. Des attentats terroristes seront vraisemblablement perpétrés dans les pays producteurs de pétrole de l’Afrique et du Caucase, ainsi que dans les principales voies maritimes en Asie du Sud-Est. Le Canada, producteur de pétrole, de même que la Chine et l’Inde, pays émergents dans l’économie mondiale, pourraient être pris pour cibles.
 La montée du terrorisme intérieur dans plusieurs pays occidentaux peut être attribuée au fait que des gens sont pris entre les valeurs traditionnelles et les valeurs commerciales et se tournent donc vers le terrorisme, ces mêmes personnes étant aussi frustrées par le manque de débouchés économiques. De tels facteurs ne peuvent changer du jour au lendemain. En 2025, tous les pays occidentaux seront vulnérables au terrorisme intérieur, mais l’Europe, notamment la Grande-Bretagne, le sera fort probablement davantage. L’Inde est aussi susceptible d’être une cible du terrorisme intérieur.
Si des attentats devaient être commis avec des armes de destruction massive (ADM), il s’agirait probablement d’armes biologiques peu perfectionnées ou radiologiques visant à semer la panique dans la population plutôt qu’à faire de nombreuses victimes. Comme il est difficile techniquement de lancer une attaque avec des ADM, il est peu probable que les terroristes soient en mesure de perpétrer des attentats d’envergure avec des armes non conventionnelles. Il est plus probable que de grosses bombes conventionnelles soient utilisées contre des cibles difficiles comme les raffineries de pétrole ou les pétroliers. Quoi qu’il en soit, l’objectif général sera de bouleverser les activités économiques de ceux qui profitent de la mondialisation accélérée.
Introduction
Pour situer les attaques du 11 septembre 2001 dans leur contexte stratégique, il convient de rappeler que le terrorisme est apparu aux États-Unis une ou deux décennies plus tôt, soit à la fin des années 1970 et dans les années 1980. Les facteurs de la mondialisation accélérée sont principalement à l’origine des revendications des terroristes, tandis que l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS a été l’occasion pour eux de s’entraîner et d’affiner leurs capacités avant de passer à l’acte pour faire valoir ce qu’ils réclament. Il est vrai qu’il est toujours facile de porter un jugement après coup, mais les attentats terroristes qui ont été commis ou planifiés dans la décennie ayant précédé le 11-Septembre constituaient des preuves« tactiques » de [traduction ] « tendances [qui étaient] manifestement là ».
Puisque près de deux décennies d’activités stratégiques et tactiques laissaient présager les attentats du 11-Septembre, il n’est pas complètement irréaliste, même si c’est extrêmement décourageant, de tenter d’imaginer en 2007 ce que seront peut-être les caractéristiques et les dimensions du terrorisme en 2025. Cela nécessite une analyse en deux volets. Sur le plan stratégique, il faut examiner les sources les plus importantes du terrorisme contemporain et déterminer si ces conditions resteront vraisemblablement les mêmes. Sur le plan plus tactique, il faut prévoir des réponses à des questions importantes découlant de l’analyse ces vastes conditions stratégiques.
La grande tendance stratégique : la mondialisation accélérée
Parmi les nombreuses raisons invoquées pour expliquer l’ère actuelle du terrorisme islamiste contre le monde occidental, l’une des plus impérieuses est la mondialisation accélérée. La mondialisation peut être définie comme étant [traduction] « l’interconnexion croissante telle qu’elle se réflète dans la circulation accrue des informations, des technologies, des capitaux, des biens, des services et des personnes partout dans le monde ». L’important ici est de parler de mondialisation « accélérée », parce que la mondialisation n’est vraiment pas un phénomène nouveau, seulement le rythme est beaucoup plus
rapide qu’auparavant. La première grande ère demondialisation s’est étendue de 1870 à 1914 environ. Toutefois, en raison des interruptions causées par les deux guerres mondiales, la grande dépression et la guerre froide, ce n’est qu’en 1980 que les mouvements de capitaux internationaux, évalués selon la propriété étrangère des actifs liés aux revenus de toutes provenances, ont atteint de nouveau les niveaux de 1914. Depuis, ils ont beaucoup augmenté. En général, la mondialisation accélérée est le fruit de la révolution technologique qui a commencé à la fin des années 1970. Les sources du terrorisme contemporain datent de cette époque.
Michael Mousseau a établi la distinction entre une économie « clientéliste » et une économie « de marché » et montré comment le terrorisme peut apparaître lorsqu’une économie clientéliste subit les forces du marché dans le contexte de la mondialisation mais ne peut s’y adapter assez rapidement. Les économies clientélistes sont fondées sur des obligations sous-entendues de longue date, la réciprocité, le don de cadeaux, les liens sociaux, l’ethnicité et les affinités. Elles se prêtent naturellement à la création de cercles fermés et de groupes d’exclus. Les économies de marché sont basées sur des contrats explicites et des déclarations d’intérêts personnels entre des étrangers, contrats qui prennent fin une fois qu’ils ont été exécutés. Elles vont naturellement de pair avec les valeurs libérales d’individualisme, d’universalisme, de tolérance, d’équité, de règle de droit et de démocratie. Lorsqu’une économie clientéliste est de plus en plus exposée aux forces du marché, les liens clientélistes commencent à se briser. Mais les cultures changent lentement; les gens assistent à la dégradation de leurs formes traditionnelles d’interaction, mais ils n’ont pas encore assimilé les nouvelles valeurs et croyances. Il y a une période d’anarchie sociale; une culture « à somme nulle » prend forme à mesure que les gens voient à leurs propres intérêts sans se préoccuper des valeurs communes, que ce soit celles d’une économie de marché ou d’une économie clientéliste. Les gens acceptent très mal ce nouveau monde hobbesien causé, selon eux, par l’occidentalisation et l’américanisation croissantes de leurs sociétés. La protection que leur assure l’appartenance à un cercle fermé s’atténue et ils sont susceptibles d’être séduits par tout autre système fermé qui promet de mettre fin à l’insécurité, y compris l’intégrisme religieux. Dans les cas extrêmes, cela se traduit par un appui au terrorisme — facilité par les
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valeurs des sociétés clientélistes où s’opposent cercles fermés et groupes d’exclus. [Traduction] « Du point de vue clientéliste, tous les membres du cercle fermé sont privilégiés et tous les membres du groupe d’exclus sont des ennemis potentiels ou, au mieux, des étrangers qui ne méritent pas notre empathie. Ce manque d’empathie est nécessaire pour qui veut faire du mal à tous les exclus et pouvoir tolérer leur souffrance ».
L’analyse de Mousseau trouve écho dans des rapports, des articles érudits et des ouvrages qui implicitement ou explicitement indiquent que les gens qui réagissent à la mondialisation ou modernisation accélérée ou y sont confrontés sont, en général, à l’origine du terrorisme contemporain. La commission d’enquête sur les attentats du 11-Septembre allègue dans son rapport qu’Oussama ben Laden [traduction] « plaît aux gens désorientés par le changement cyclonique qu’amènent la modernité et la mondialisation [...] À ceux qui ont la nostalgie du sens de l’ordre d’un monde plus ancien, plus paisible, il offre son « califat » comme solution de rechange à l’incertitude d’aujourd’hui ». Dans un de ses rapports, le National Intelligence Council des États-Unis fait la remarque suivante : [traduction] « Dans un contexte de mondialisation accélérée [...] les entités religieuses constituent pour les fidèles une communauté toute faite ». Un expert en terrorisme, signalant que le terrorisme [traduction] « est aussi vieux que l’histoire de l’homme », allègue que la phase actuelle est caractérisée par [traduction] « d’une part les fanatiques religieux qui sont les terroristes, d’autre part les États, les entités et les gens aux motifs beaucoup plus politiques qui les appuieraientparce qu’ils se sentent impuissants et mis de côté face à la mondialisation[c’est moi qui souligne] ». Un autre expert décrit le contexte actuel et futur de la sécurité comme étant principalement [traduction] « une saga d’individus qui, libérés des contraintes des traditions et de la culture et de la répression, trouvent leur place dans un monde changeant, où les économies se mondialisent ». L’Américain Thomas Barnett, analyste dans le domaine de la défense, prédit que le nationalisme s’intensifiera parallèlement à la mondialisation parce que la [traduction] « mondialisation donne du pouvoir à l’individu au détriment du collectif, et cette même transformation américaine de la culture est assez effrayante pour les sociétés traditionnelles ».
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Les conflits sont vraisemblablement le signe extérieur des conséquences psychologiques de la mondialisation pour les sociétés traditionnelles. [Traduction] « Lorsqu’un processus rapide et désorientant de modernisation à très grande échelle crée d’énormes dissensions sociales partout dans le monde, cette quête d’identité et de dignité peut provoquer des conflits et en provoquera ». Barnett donne les limites géographiques de ces conflits. Il allègue qu’ils auront lieu dans [traduction] « les pays à part qui ne s’intègrent pas » et qui, contrairement au [traduction] « noyau fonctionnel » de pays qui intègrent progressivement leur économie nationale dans l’économie mondiale, demeurent fondamentalement déconnectés du [traduction] « réseau grandissant de connectivité » dans le cadre de la mondialisation. Selon Barnett, le noyau fonctionnel comprend en gros les deux tiers de la population mondiale, y compris l’Amérique du Nord, l’Europe, la Russie, la Chine et l’Inde, tandis que la plupart des pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud forment le groupe à part qui ne s’intègre pas.
Cela se poursuivra-t-il?
Si l’on accepte le fait que la mondialisation accélérée est une importante tendance stratégique qui sous-tend le terrorisme contemporain, alors il faut, en tentant de prévoir quelles seront les caractéristiques et les dimensions du terrorisme en 2025, déterminer si ou dans quelle mesure les pays « qui ne s’intègrent pas » profiteront eux aussi des avantages de la mondialisation au cours des deux prochaines décennies. Il y a deux côtés à cette médaille, qui ne sont examinés que superficiellement dans le présent document mais mériteraient d’être analysés plus en profondeur par des économistes et des experts régionaux.
D’une part, il faut se demander dans quelle mesure les leaders de la mondialisation – l’Occident et de plus en plus la Chine – sont susceptibles d’aider des pays en développement à avoir part aux richesses, c’est-à-dire s’ils maintiendront ou non les mesures protectionnistes. Les prévisions dans ce cas-ci sont de moins en moins optimistes au fil des ans. Selon une évaluation de 2002, contrairement à ce que prétendent les opposants à la mondialisation, la vague actuelle de mondialisation a en réalité favorisé l’égalité économique et fait diminuer la pauvreté partout dans le monde.
Toutefois, ce point de vue est fondé principalement sur la croissance économique en Chine et en Inde, deux pays qui, comme il a été mentionné précédemment, ne font pas (ou plus) partie des pays non intégrés. Les pays d’Afrique (moins l’Afrique du Sud) et du Moyen-Orient (moins Israël) demeurent les plus pauvres et les moins connectés du monde. D’après une étude de 2004, l’interconnexion croissante à l’échelle mondiale, attribuable à la révolution dans les technologies de l’information, est presque certainement irréversible, et d’autres aspects de la mondialisation pourraient ralentir ou disparaître (comme en 1914), mais cela est peu probable. On prévoit dans cette étude une croissance économique considérable jusqu’en 2020, mais les avantages de la mondialisation ne seront pas mondiaux – et [traduction] « ceux qui seront laissés derrière dans le monde en développement n’accepteront peut-être pas l’ascension de la Chine et de l’Inde ». Enfin, un récent article d’experts fait ressortir [traduction] « l’hypocrisie des gouvernements américain et européens, qui font constamment pression pour élargir l’accès au marché tout en protégeant leurs propres secteur agricole et industrie légère par des tarifs ». Selon cet article, il y aura probablement davantage de restrictions applicables aux mouvements de capitaux et aux échanges de biens et services et de main-d’oeuvre entre les pays au cours des prochaines décennies en raison des mesures protectionnistes croissantes, surtout en Chine et aux États-Unis, mais aussi en Europe.
D’autre part, il faut se demander jusqu’à quel point les régions déconnectées sont susceptibles de prendre des mesures pour être connectées. Plus précisément, selon une étude du gouvernement américain, [traduction] « l’écart entre les “nantis” et les “démunis” augmentera à moins que les pays “démunis” adoptent des politiques qui appuient l’application de nouvelles technologies – comme des politiques de bonne gouvernance, d’éducation pour tous et de réforme économique ». Ces trois éléments sont à bien des égards indissociables. La commission d’enquête sur les attentats du 11-Septembre décrit dans son rapport comment le flot sans précédent de richesses pétrolières dans les années 1970 et 1980 a créé au Moyen-Orient des sociétés dépendantes de la largesse des gouvernements, mais la baisse des revenus pétroliers dans les années 1980, associée à une importante croissance démographique, n’a pas permis de maintenir cette largesse dans les années 1990. Il en a résulté une animosité croissante,
exacerbée par le fait que ces régimes centrés sur l’État tenaient à ce que l’élite continue de contrôler les richesses nationales, au lieu d’adopter des politiques pouvant favoriser une économie dynamique et créer des emplois. Dans l’intervalle, n’ayant pas les moyens d’offrir à la population toujours plus nombreuse une éducation financée par l’État, ces pays ont de plus en plus confié l’éducation à des écoles privées religieuses dirigées par des groupes islamistes qui, outre radicaliser certains étudiants, n’enseignaient rien qui permette d’acquérir des compétences monnayables. [Traduction] « Dans les années 1990, au dire de la commission, les taux de natalité élevés et la baisse des taux de mortalité infantile ont causé un problème commun dans l’ensemble du monde musulman : la croissance constante d’une importante population de jeunes hommes n’ayant aucune chance raisonnable de trouver un emploi convenable ». C’est une situation dangereuse, signale un expert, parce que [traduction] « le manque d’éducation adéquate rend les individus vulnérables aux idéologies terroristes [...] la colère, le ressentiment et la frustration de ceux qui sont inaptes au travail les amènent à vouloir recourir à la violence pour provoquer un changement ».
Ces tendances, qui sont apparues il y a deux décennies, se maintiendront probablement pendant les deux prochaines décennies et influeront donc sur les caractéristiques et les dimensions du terrorisme. Au Moyen-Orient, l’enseignement continue d’être donné par des établissements religieux. Sur le plan démographique, la région est en plein « youth-boom » (boom des jeunes), plus de la moitié de la population étant âgée de moins de 25 ans et les taux de fertilité atteignant environ le double de la moyenne en Occident. Les femmes sont brimées et n’ont pas droit à l’éducation, ce qui contribue à réduire la productivité économique en général. La plupart des régimes, sinon tous, [traduction] « effrayés par le vent de changement », n’ont pas institué les réformes économiques nécessaires. Aux yeux d’au moins un expert, [traduction] « les gouvernements arabes n’introduiront probablement pas leurs réformes pacifiquement ». Cela entraînera en général [traduction] « une augmentation rapide et énorme du nombre de jeunes hommes déconnectés. Peu instruits, sans emploi et pauvres, ils ont plus de temps, de testostérone et de revendications que nécessaire [...] pour une autre génération au moins, les talibans et d’autres groupes terroristes n’auront pas de mal à se réapprovisionner en jeunes combattants et kamikazes ».
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Questions qui ressortent des grandes tendances stratégiques
Types de cibles
Cibles économiques
Les vastes sources persistantes du terrorisme international qui ont donné lieu au 11-Septembre détermineront le contexte stratégique général du terrorisme en 2025. Cette tendance soulève la question de savoir quels types de cibles les gens [traduction] « opposés à la modernisation » auront vraisemblablement dans leur mire. Des experts ont signalé qu’en général, la mentalité des terroristes a changé, ceux-ci cherchant [traduction] « non plus à infliger des pertes massives en vies humaines mais à causer de graves dommages économiques ». Des analystes allèguent qu’al-Qaïda s’est rendu compte à la suite du 11-Septembre que les attaques économiques pouvaient être une forme de terrorisme. Bien que le World Trade Centre, le Pentagone et (vraisemblablement) le Congrès aient été choisis parce qu’ils sont des symboles commercial, militaire et politique, les dommages financiers étaient énormes, tout comme les torts subis par l’industrie de l’aviation civile, qui se font sentir encore aujourd’hui.
La tendance à choisir des cibles économiques se maintiendra probablement, étant donné que ce changement concorde avec l’évaluation que Mousseau fait du terrorisme contemporain, qui selon lui est l’expressiond’une[traduction]« rageanticommerciale ». Le changement a plusieurs conséquences. Parce qu’ils sont essentiels à la vitalité économique, les réseaux de transport continueront probablement d’être pris pour cibles dans les années à venir. Les attentats à la bombe commis contre des trains à Madrid en 2004 et contre le métro et un autobus à Londres en 2005, ainsi que les complots ourdis en 2006 contre des avions de ligne en partance de la Grande-Bretagne pour les États-Unis reflètent cette tendance. En outre, en 2004, des organismes américains ont reçu des renseignements précis indiquant que des terroristes d’al-Qaïda comptaient détourner des avions pour commettre des attentats suicide. Étant donné que la prospérité économique en Occident dépend en très grande partie du bon fonctionnement des systèmes de technologie de l’information, nous pouvons aussi nous attendre
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à ce que les terroristes intensifient leurs efforts pour commettre une cyberattaque dévastatrice.
L’une des façons les plus efficaces de perturber l’économie mondiale est d’attaquer les richesses pétrolières. Au cours des dernières années, de nombreuses attaques ont été perpétrées contre des pipelines et des raffineries dans des pays comme le Yémen, le Nigéria, l’Arabie saoudite et l’Irak. Outre les biens pétroliers qui ont été directement pris pour cibles dans des pays producteurs de pétrole, depuis 2000 le secteur maritime a été visé à plusieurs reprises dans des complots d’attaque ou des attentats perpétrés avec succès. Mentionnons à titre d’exemple l’attentat à la bombe commis en 2002 contre un superpétrolier battant pavillon français. Des experts croient que cet attentat confirmait le désir d’al-Qaïda d’attaquer les bases financières du système capitaliste occidental. Les analystes de la sécurité dans le secteur énergétique ont signalé aussi le lien croissant entre la piraterie et le terrorisme du fait que le pétrole et le gaz mondial transitent en grande partie par les eaux où les pirates font le plus de ravages. Des services de renseignements croient qu’al-Qaïda et les groupes qui y sont affiliés possèdent maintenant des dizaines de navires de haute-mer, et des rapports indiquent que des pirates détournent des pétroliers pour s’exercer à les gouverner à travers des voies maritimes achalandées, sans trop chercher à savoir comment les mettre à quai.
Un grand nombre des futurs attentats terroristes seront vraisemblablement dirigés contre les richesses pétrolières et les installations énergétiques dans le monde entier. Selon Martin Rudner, expert en terrorisme, al-Qaïda et les groupes qui y sont associés opèrent dans le cadre d’un plan en sept étapes échelonné sur 20 ans faisant suite au 11-Septembre, dont la troisième étape, de 2007 à 2010, vise explicitement le secteur énergétique. Que les attentats soient perpétrés contre la production de pétrole, les pipelines ou le transport maritime du pétrole, le but sera le même : faire monter le prix du pétrole au point de nuire considérablement à la prospérité du monde globalisé. Comme le dit Rudner, le but est de [traduction] « faire en sorte que les Occidentaux marchent et gèlent », mais [traduction] « ce n’est pas seulement l’Occident [...] C’est aussi l’Inde et la Chine ».
Cibles faciles
Les experts en analyse des risques remarquent une tendance, depuis le 11-Septembre, à choisir des « cibles faciles », comme des hôtels, des bars et des discothèques, des lieux de culte, des réseaux de transport, des édifices à bureaux, des travailleurs étrangers et des entrepreneurs. Étant donné que les cibles (politiques et militaires) « difficiles » de l’Occident sont mieux protégées, qu’al-Qaïda a perdu une base opérationnelle stratégique en Afghanistan, que des éléments importants de la base financière d’al-Qaïda ont été saisis et que les pays coopèrent davantage entre eux sur le plan du renseignement depuis le 11-Septembre, les terroristes sont beaucoup moins en mesure de s’organiser contre des cibles difficiles et de pénétrer dans des endroits considérés comme des cibles difficiles. Par ailleurs, de nombreux experts et analystes signalent que la structure centralisée d’al-Qaïda qui a organisé les attentats du 11-Septembre est devenue un vague réseau de filiales décentralisées réparties partout dans le monde. Al-Qaïda n’est plus une entité tangible dotée d’une infrastructure sophistiquée, mais un [traduction] « mouvement de mouvements » informe – une idée exaltante sans organisation discernable.
Pour déterminer si la tendance à choisir des cibles faciles se poursuivra, il faut se demander si, selon toute vraisemblance, al-Qaïda continuera d’avoir moins de liberté de manoeuvre et si sa nouvelle structure décentralisée sera maintenue au cours des deux prochaines décennies. Dans le premier cas, de nombreux experts et analystes allèguent que les attentats du 11-Septembre ont [traduction] « incontestablement limité le cadre général et le contexte stratégique dans lequel al-Qaïda peut opérer ». Toutefois, d’autres soutiennent aussi que cette tendance, loin de s’affaiblir, se renforcera dans les années à venir. [Traduction] « Au fil du temps, a écrit un expert en terrorisme en 2004, les mesures antiterroristes prises auront des répercussions sur les groupes terroristes et leurs bases de soutien. En conséquence, la menace terroriste, bien que toujours présente, diminuera considérablement dans les années à venir ».
Un nouveau terrain d’entraînement?
Pour ce qui est du maintien de la structure décentralisée, l’important est de savoir dans quelle mesure les terroristes se sont trouvé un nouveau terrain d’entraînement depuis le 11-Septembre. Comme il est indiqué dans le paragraphe d’introduction du présent document, l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques est un facteur important qui explique qu’al-Qaïda ait été en mesure de commettre les attentats du 11-Septembre. Une décennie de conflit dans ce pays a permis aux islamistes d’avoir un endroit où se rassembler et s’entraîner. Il n’est pas étonnant que de nombreux analystes se demandent si l’Afghanistan, après le 11-Septembre, rappelle l’époque de la guerre contre les Soviétiques.
On s’entend pour dire que l’invasion de l’Irak en 2003 a créé un nouveau point de rassemblement pour les musulmans radicalisés du monde entier, attirant plus de jeunes musulmans dans les milieux militants qu’il y en aurait peut-être eu autrement. C’est la conclusion tirée, par exemple, dans un document américain intitulé National Intelligence Estimate, qui a coulé dans les médias en septembre 2006. Toutefois, cela ne signifie pas que l’Irak est un nouveau terrain d’entraînement terroriste, et cette question ne fait pas l’unanimité ici. Bien que le National Intelligence Council allègue que l’Irak constitue pour les terroristes [traduction] « un terrain d’entraînement et de recrutement et leur donne l’occasion d’améliorer leurs compétences techniques », d’autres soutiennent que l’Irak est davantage un symbole qu’un champ de bataille ou un terrain d’entraînement à proprement parler. De ce point de vue, le conflit en Irak, comme d’autres conflits ailleurs dans le monde – le conflit tchétchène et celui opposant les Israéliens aux Palestiniens nous viennent à l’esprit— est une source d’inspiration avant tout autre chose. Rudner mentionne d’ailleurs que [traduction] « la façon dont les islamistes d’al-Qaïda perçoivent le monde ne dépend pas d’un événement en particulier ».
Même s’il s’avère que l’Irak est un terrain d’entraînement, on ne s’entend pas sur la question de savoir si la nouvelle génération de terroristes entraînés demeure en Irak (rendant le reste du monde plus sûr) ou se disperse partout dans le monde. La guerre contre les Soviétiques en Afghanistan avait ceci de particulier qu’un grand nombre de combattants, sinon tous,
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provenaient de l’extérieur de l’Afghanistan (Oussama ben Laden étant un exemple frappant). Al-Qaïda a concentré ses efforts initialement sur l’Afghanistan, mais a mené des opérations dans le monde entier après le retrait des forces soviétiques. Par contre, dans le cas de l’Irak, seulement un jihadiste sur dix provient de l’extérieur du pays. En conséquence, [traduction] « il est difficile maintenant de savoir combien de jihadistes irakiens appuieront le jihad mondial de ben Laden et combien concentreront leurs efforts sur l’Irak nouveau ».
Outre l’Irak, les régions qui suscitent tout particulièrement des préoccupations en tant que nouveaux terrains d’entraînement comprennent l’Afrique (notamment la corne de l’Afrique) et la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, où al-Qaïda se serait regroupé. Il n’est pas question dans le présent document de déterminer dans quelle mesure ces régions serviront de terrains d’entraînement aux terroristes. Il faudrait examiner l’efficacité de toute une gamme d’initiatives, dont voici quelques exemples seulement : le rassemblement des troupes américaines en Irak et les efforts pour stabiliser ce pays; les frappes aériennes des forces américaines contre des membres d’al-Qaïda en Somalie en 2007; la création d’un commandement des États-Unis pour l’Afrique en 2007; l’envoi de soldats américains en Afrique au cours des dernières années pour entraîner les forces indigènes à la lutte au terrorisme; la mission de l’OTAN en Afghanistan, notamment les mesures antiterroristes dans le sud et l’est du pays; et les relations diplomatiques avec le Pakistan, pays dont il faudrait se demander dans quelle mesure il peut aider à supprimer la menace le long de sa frontière avec l’Afghanistan. On peut alléguer à tout le moins qu’il est peu probable que les terroristes finissent par être aussi solidement implantés en Irak qu’ils ne l’étaient en Afghanistan sous les talibans. La structure décentralisée du terrorisme international sera probablement la même en 2025, ce qui, avec la liberté de manoeuvre toujours réduite, indique que la plupart des cibles ultérieures seront des cibles faciles.
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Ampleur des opérations
Les tendances susmentionnées nous amènent à penser qu’à l’avenir, les attentats seront probablement de moins grande envergure, qu’ils seront planifiés moins minutieusement et qu’ils auront des répercussions locales plutôt que transnationales. Cette évaluation décrit bien l’attentat commis en janvier 2007 par des « gauchistes d’origine intérieure » contre l’ambassade américaine à Athènes. En outre, on s’attend à ce que d’ici 2025, al-Qaïda soit remplacé par des groupes islamistes de même tendance mais plus diffus.
Toutefois, des signes récents montrent aussi qu’al-Qaïda a beaucoup plus de ressort qu’on ne le pensait auparavant. Il y a lieu de croire qu’en plus d’être une source d’inspiration pour [traduction] « une nouvelle génération [...] de jihadistes [...] qui n’attendent pas qu’al-Qaïda vienne les recruter », al-Qaïda demeure une organisation cohésive qui peu planifier ces propres attentats. Ainsi, un attentat majeur faisant de nombreuses victimes, tout en étant peu probable, demeure possible.
Emplacement des cibles
L’ennemi proche
La plupart des activités terroristes contemporaines ont pour cibles des pays traditionnels qui essaient de se moderniser ou des pays qui ont des liens étroits avec l’Occident. [Traduction] « Dans les premiers communiqués d’Oussama ben Laden et de ses collaborateurs, la rhétorique la plus forte visait en partie Hosni Moubarak d’Égypte [...] et même Ataturk, fondateur de l’État moderne turc », selon ce qu’un journal de renom a rapporté. [Traduction] « Leur crime, aux yeux d’al-Qaïda, est d’essayer de moderniser et, dans certains cas, de séculariser leurs États ». Cela explique les attentats à la bombe perpétrés contre des complexes résidentiels à Riyad et les explosions survenues dans une synagogue, au consulat britannique et à la banque Hongkong-Shanghai à Istanbul après le 11-Septembre. Dans ce dernier cas, l’attentat a été commis par une organisation terroriste turque qui [traduction] « s’oppose violemment au gouvernement séculier turc et à ses liens avec l’Union européenne et l’Occident ». Étant donné que le choix de ces cibles
peut s’expliquer par la colère antimondialisation mentionnée ci-dessus et que cette vaste tendance stratégique persiste, il y a lieu de croire que des attaques continueront encore probablement d’être commises à des endroits semblables en 2025. Des attaques contre les installations énergétiques des pays producteurs de pétrole alliés des États-Unis sont tout particulièrement probables.
L’ennemi lointain
Les États-Unis demeurent une importante cible. Les déclarations d’Oussama ben Laden ces dernières années en témoignent clairement, tout comme plusieurs complots qui ont été déjoués. En 2004, un complot aurait été tramé contre des établissements financiers notoires à New York, Newark et Washington (D.C.), y compris la Bourse, le Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Les responsables du renseignement ont aussi établi que les avions de ligne en partance de l’aéroport d’Heathrow qu’il était prévu de faire sauter avec des explosifs liquides en août 2006 devaient exploser au-dessus de villes américaines, plutôt que de l’Atlantique, pour qu’il y ait davantage de victimes et de conséquences économiques. Selon l’expert en terrorisme Bruce Hoffman, ce cas montre que les islamistes tiennent toujours à attaquer les États-Unis directement, en sol américain. Il fait aussi ressortir les questions économiques essentielles sous-jacentes au terrorisme contemporain.
En raison des mesures de sécurité prises après le 11-Septembre, il est devenu beaucoup plus difficile d’attaquer les États-Unis directement, et ce sont donc leurs alliés qui sont devenus des cibles. Mentionnons à titre d’exemples l’attentat à la bombe commis contre une boîte de nuit à Bali en novembre 2002 (dont les Australiens étaient la cible), les attentats à la bombe contre des trains à Madrid en 2004 et ceux perpétrés contre le métro et un autobus à Londres en 2005. Les intérêts américains à l’étranger ont également été pris pour cibles, comme en témoigne l’attentat à la bombe contre l’ambassade des États-Unis à Athènes en 2007.
Le National Intelligence Council croit qu’aux cours des deux prochaines décennies, les États-Unis et leurs intérêts à l’étranger demeureront des cibles de choix des terroristes, mais qu’un plus grand nombre d’attaques seront dirigées contre leurs alliés en Europe.
La Grande-Bretagne est particulièrement vulnérable parce qu’il se trouve que la direction d’al-Qaïda est basée dans les régions tribales du Pakistan, où la Grande-Bretagne a des liens coloniaux et où, par conséquent, il y a beaucoup de va-et-vient. Sur le plan géographique, nous pouvons aussi nous attendre à ce que des attentats terroristes soient perpétrés dans les pays producteurs de pétrole de l’Afrique et du Caucase et dans les principales voies maritimes de l’Asie du Sud-Est. Le Canada, qui compte un important secteur pétrolier, pourrait être pris pour cible, tout comme la Chine et l’Inde, pays émergents dans l’économie mondiale.
L’ennemi intérieur
La caractéristique la plus frappante des dernières années est l’augmentation du terrorisme intérieur contre des États occidentaux, des attentats étant commis par des citoyens du pays pris pour cible, dans certains cas par des personnes nées dans ce pays. Les attentats contre les réseaux de transport de Madrid et de Londres sont les exemples les plus visibles, mais il y a eu aussi de nombreux complots qui ont été déjoués au Canada, aux États-Unis et en Allemagne. Selon certains analystes, le fait que des complots contre les États-Unis aient été ourdis au Canada par des citoyens américains témoigne d’une nouvelle ère où les islamistes considèrent les États-Unis et le Canada comme « un seul théâtre d’opération stratégique ».
La montée du terrorisme intérieur dans plusieurs pays occidentaux (qu’il s’agisse de complots ou d’attentats réels) peut être perçue en partie comme une version nationale de la tendance qui oppose « économie clientéliste » et « économie de marché » à l’échelle mondiale. Ce sont des [traduction] « musulmans qui ont abandonné la cuisine, la musique et les coutumes de leur « ancien pays » mais qui sont encore dégoûtés par la philosophie et les valeurs de leur [traduction] « nouveau pays », allègue un expert dans une évaluation qui concorde avec ce qui a été mentionné plus tôt à propos des pays qui ont abandonné le système clientéliste mais n’ont pas encore adopté les valeurs des économies de marché. Le recrutement de [traduction] « citoyens-terroristes » est facilité par un [traduction] « sentiment d’isolement et de désillusion par rapport à la culture occidentale » et par [traduction] « un sentiment de frustration dans leur vie en général ».
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En outre, comme c’est également le cas à l’échelle mondiale, l’économie semble un facteur clé de la montée du terrorisme intérieur. [Traduction] « Comme on peut le constater dans la plupart des pays d’Europe, des conditions matérielles et sociales adéquates n’empêchent pas toujours des gens de devenir des terroristes. Mais l’inverse est peut-être vrai : si des gens sont défavorisés économiquement ou exclus socialement, les tueurs et terroristes potentiels augmenteront en nombre. Aux paliers supérieurs du gouvernement britannique, la plupart pensent que l’économie importe ». On s’inquiète en particulier du haut taux de chômage parmi les populations musulmanes d’Europe et de ce que la majorité des musulmanes ne font pas un travail rémunéré. Ce sont deux des facteurs qui expliquent le faible revenu familial.
Pour déterminer quels pays sont les plus susceptibles d’être la cible d’actes terroristes d’origine intérieure en 2025, il faut faire des prévisions pour chaque pays et procéder à une analyse plus détaillée que celle du présent document. Le Canada n’est pas perçu comme une cible de choix parce qu’il n’est pas une grande puissance, n’a pas de passé impérialiste au Moyen-Orient et n’est pas très symbolique. Des experts soutiennent que les États-Unis sont moins vulnérables au terrorisme intérieur que les pays d’Europe pour plusieurs raisons, notamment une population musulmane qui exerce des professions libérales et monte dans l’échelle sociale, une plus grande acceptation de la religion sur la scène publique, et le fait que les États-Unis sont une terre d’immigrants. Ces facteurs pourraient aussi s’appliquer au Canada. En revanche, les musulmans européens ont tendance à être pauvres, à ne pas exercer de professions libérales et à être isolés dans des enclaves ethniques, et leur religion menace les valeurs séculières. S’ajoutent à cela, dans le cas de la Grande-Bretagne, un héritage colonial et des liens avec le Pakistan (comme il a été mentionné plus tôt). De par leur nature, la plupart de ces facteurs ne peuvent changer rapidement; certains ne pourront jamais changer. Les tendances actuelles du terrorisme intérieur seront donc vraisemblablement les mêmes en 2025. Tous les pays occidentaux seront vulnérables au terrorisme intérieur, mais l’Europe et surtout la Grande-Bretagne sont les plus susceptibles d’être prises pour cibles. L’Inde, un État qui s’intègre de plus en plus dans l’économie mondiale et qui compte une importante population musulmane, sera vraisemblablement elle aussi une cible du terrorisme intérieur.
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Types d’armes
Il convient de se demander quelles sortes d’armes les futurs terroristes utiliseront vraisemblablement. De nombreux services de renseignements craignent avant tout que les terroristes délaissent les armes conventionnelles pour les armes de destruction massive. Des preuves concrètes (selon des sources d’information ouvertes) montrent qu’al-Qaïda essaie d’acquérir des ADM. Par exemple, deux scientifiques pakistanais spécialisés dans le nucléaire ont rencontré Oussama ben Laden en 2001; des documents saisis au Pakistan en mars 2003 ont révélé qu’al-Qaïda a acquis le matériel nécessaire pour fabriquer des armes biologiques et chimiques; la même année, Oussama ben Laden a reçu l’autorisation d’un religieux saoudien d’utiliser une arme nucléaire contre les États-Unis, ce qui est considéré comme un événement marquant; certains renseignements reçus d’organismes américains en 2004 indiquaient qu’al-Qaïda complotait de commettre un attentat à la bombe radiologique; des dirigeants d’al-Qaïda qui ont été capturés ont avoué à la CIA qu’ils avaient tenté d’entrer clandestinement un engin radioactif aux États-Unis; et en 2006, un musulman britannique a avoué avoir comploté de perpétrer une série d’attentats terroristes coordonnés en Grande-Bretagne, dont un aurait été commis avec une bombe sale radioactive. Rien ne prouve que l’organisation possède des armes nucléaires, à part les propres allégations d’al-Qaïda qui prétend avoir acquis la « bombe valise » (une arme nucléaire portative). Certains experts soutiennent que la menace posée par le terrorisme nucléaire est surestimée.
Pour faire des prédictions sur les types d’armes qui seront utilisés, il faut brosser un tableau [traduction] « des tendances historiques et des événements actuels de manière à cerner les habitudes croissantes d’al-Qaïda pour ensuite se prononcer sur ses capacités futures ». Les tendances historiques révèlent un désir constant, au cours des dernières années, d’acquérir des ADM et montrent que des armes chimiques, biologiques ou radiologiques ont peut-être bel et bien été acquises. Comme il a été mentionné ci-dessus, les tendances révèlent aussi que l’accent sera mis de plus en plus sur des attaques contre des cibles économiques, notamment des installations énergétiques. Si les terroristes n’ont pas encore acquis d’armes nucléaires (comme les sources d’information ouvertes le laissent entendre), la meilleure façon pour eux d’attaquer des installations énergétiques serait d’utiliser des armes conventionnelles, car il s’agirait de faire sauter des biens au lieu de tuer des gens en grand nombre. Des experts prédisent que si un attentat était commis avec une ADM, les terroristes chercheraient avant tout à perturber les activités économiques plutôt qu’à infliger des pertes massives en vies humaines, et ils utiliseraient une arme biologique peu perfectionnée ou radiologique. Parce qu’il est difficile techniquement de commettre une attaque avec une ADM, on s’attend à ce que d’ici 2020 au moins les terroristes ne soient pas très en mesure de lancer des attaques non conventionnelles d’envergure.
Elinor C. Sloan
Université Carleton, Ottawa
Conclusion
Les conditions stratégiques sous-jacentes au terrorisme qui sont apparues il y a deux décennies environ seront les mêmes en 2025, notamment en ce qui concerne la mondialisation accélérée et la réaction des pays du Moyen-Orient sur le plan économique et du point de vue de l’éducation, ainsi que l’explosion démographique. En 2025, il sera vraisemblablement possible de puiser dans un important groupe de jeunes chômeurs frustrés, éduqués dans des écoles religieuses, pour mener des activités terroristes.
La période qui a suivi immédiatement les attentats du 11-Septembre aura modelé les aspects plus tactiques du terrorisme en 2025. Ces attentats nous ont permis de saisir toute l’ampleur des conséquences économiques d’un acte terroriste. Il faut alors en conclure, compte tenu également des questions économiques sur lesquelles reposent les revendications des terroristes, que les cibles futures seront probablement économiques. Les installations énergétiques seront des cibles de choix, mais il y aura aussi de nombreuses cibles faciles. De petits groupes partout dans le monde commettront la plupart des attaques, mais al-Qaïda sera peut-être encore une organisation contre laquelle il faudra lutter.
Les attentats à l’avenir pourraient être commis dans des pays qui se modernisent, aux États-Unis ou dans d’autres pays occidentaux, mais l’Inde et la Chine pourraient être de plus en plus dans la mire des terroristes. L’Europe, notamment la Grande-Bretagne, sera particulièrement vulnérable au terrorisme intérieur, mais le nombre croissant de complots en Amérique du Nord laisse présager une attaque dans cette région stratégique. Le terrorisme intérieur serait également dans la logique des choses en Inde. Des ADM peu perfectionnées pourraient être utilisées contre des cibles faciles pour semer la panique, tandis que de grosses bombes conventionnelles sont plus susceptibles d’être utilisées contre des cibles difficiles, comme les raffineries de pétrole ou les pétroliers. Dans un cas comme dans l’autre, le but sera le même : bouleverser la vie économique et, idéalement, provoquer la chute de tous ceux qui profitent de la mondialisation contemporaine, accélérée.
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