Energie et territoires ou comment construire les territoires de demain face à la nouvelle donne climatique et énergétique.

De
Ce numéro s'articule en cinq parties :
- Enjeux et rôles des territoires dans les stratégies internationales.
- Energies durables pour des territoires durables.
- Du bâtiment au quartier, ou comment démultiplier les actions pour une ville durable.
- Partenariats et retours d'expériences.
- De nouveaux outils, de nouveaux concepts.
Pappalardo (M). Québec. http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/document.xsp?id=Temis-0067176
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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INSTITUT DE L’ÉNERGIE ET DE L’ENVIRONNEMENT DE LA FRANCOPHONIE
er erNUMÉRO SPÉCIAL – 1 TRIMESTRE 2010 NUMÉRO 86 – 1 TRIMESTRE 2010 www.iepf.org/ressources/lef.php
Énergie et territoires
ou comment construire les territoires
de demain face à la nouvelle donne
climatique et énergétique
AGENCE DE L’ENVIRONNEMENT
INSTITUT DE L’ÉNERGIE ET DE L’ENVIRONNEMENT DE LA FRANCOPHONIE (IEPF) ET DE LA MAîTRISE DE L’ÉNERGIE (ADEME)
e56, RUE SAINT-PIERRE, 3 ÉTAGE, QUÉBEC (QUÉBEC) G1K 4A1 CANADA 27 RUE LoUIS VICAT, 75737 PARIS CEDEx 15 FRANCE
L’IEPF est un organe subsidiaire de l’Organisation internationale de la Francophonie.
http://www.ademe.fr
Énergie et territoiresInstItut de l’énergIe et de l’envIronnement de la francophonIe (Iepf) Pour en savoir plusSOMMAIRE
Énergie et territoires ou comment construire
À lire (suite)les territoires de demain face à la nouvelle donne
de résultat précis en termes de réduction d’émissions de GES, quantifiés et chiffrés, à échéance prédéterminée. climatique et énergétique
Plusieurs dispositifs de mise en œuvre peuvent toutefois être communs.
erNuméro 86, 1 trimestre 2010
http://observatoire-territoires-durables.org/
La revue Liaison Énergie-Francophonie est publiée Mot de la Directrice ........................................................................... 4
trimestriellement par l’Institut de l’énergie n PNUE/PAM-Plan Bleu, 2009. État de l’environnement et du développement en Méditerranée. Programme des Fatimata Dia TourÉ , Directrice de l’Institut de l’énergie
et de l’environnement de la Francophonie (IEPF). Nations Unies pour l’environnement/Plan d’action pour la Méditerranée, 204 p.et de l’environnement de la Francophonie, IEPFL’IEPF est un organe subsidiaire de l’Organisation internationale
de la Francophonie. Enjeux et perspectives ........................................................................ 5 Le rapport sur l’État de l’environnement et du développement en Méditerranée 2009 évoque notamment la
e Philippe Van DE Ma El E, Président de l’a gence de l’Environnement 56, rue Saint-Pierre, 3 étage vulnérabilité de la région Méditerranée au changement climatique, les progrès à accomplir pour mieux gérer
Québec G1K 4A1 Canada et de la Maîtrise de l’Énergie, a DEME des ressources naturelles rares comme l’eau et l’énergie, la prise en compte des fortes pressions s’exerçant sur
Téléphone : 1 (418) 692-5727
Préambule ......................................................................................... 6 le littoral via notamment les espaces urbains en pleine expansion, la nécessité de profondément modifier les Télécopie : 1 (418) 692-5644
Stéphane Pou FFary , Chef de la Cellule Expertise Internationale Courriel : iepf@iepf.org modes de production dans les principaux secteurs économiques mais aussi les modes de consommation. Les
Site Internet : www.iepf.org pour la Maîtrise de l’Énergie, a DEME dynamiques territoriales urbaines, l’énergie et les changements climatiques sont au cœur des enjeux traités.
Directrice de la publication : http://www.planbleu.org/actualite/fr/soed_2009.htmlEnjEux Et rôlEs dEs tErritoirEs dans lEs stratégiEs
Fatimata Dia Touré
intErnationalEs http://www.planbleu.org/publications/SoED2009-FR.pdf (très volumineux > 80Mo)
Rédacteur en chef invité :
Imaginer les villes et les territoires de l’après-Kyoto .............................. 9Stéphane Pouffary, avec la collaboration de Ariane Rozo, ADEME n Réseau Action Climat France, 2008. Kit d’information et de formation sur les plans climat-énergie territoriaux. Classeur
Jean r obert Mazau D, Président de Blue holding SaComité éditorial interne : avec fiches détachables + CD-Rom.
Faouzia Abdoulhalik Ibrahima Dabo Action locale d’atténuation du changement climatique :
Sous forme de classeur avec fiches détachables, ce kit souhaite faciliter la réalisation de conférences « clé en main » sur les Sibi Bonfils Louis-Noël Jail d’une initiative volontaire à un engagement mondial .....................16
PCET en expliquant les enjeux des changements climatiques dans les territoires ainsi que la méthode d’élabor ation de Josée Cerone Tounao Kiri yunus a r Ikan , Directeur du Cities Climate Center de l’ICl EI
Rajae Chafil Jean-Pierre Ndoutoum ces démarches. Le classeur contient 4 livrets de formation (Comprendre. Réagir. Mettre en œuvre 1 – le PCET. Mettre
Villes et territoires dans les négociations climat :
Comité scientifique : en œuvre 2 – urbanisme, bâtiments, transports), des fiches de bonnes pratiques et des fiches thématiques, et un CD-Rom.Quel rôle possible ? Quels intruments ? ..........................................21
Samir Allal Louis-NoëL Jail, IEPF
Benoit lEFEV r E, Chercheur à l’Institut du Développement Durable http://www.rac-f.org/article.php3?id_article=1423Sibi Bonfils, IEPF Maryse Labriet, Pour en savoir plus
et des r elations Internationales, Sciences-PoFatimata Dia Touré, IEPF Benoît Martimort-Asso
Dominique Campana Jacques Percebois La ville face au changement climatique : les enjeux de la gouvernance
Yves Gagnon Mustapha Taoumi et des instruments économiques ...................................................29
Christine Heuraux Claude Villeneuve Christian de PEr Thu IS, Professeur associé à l’u niversité Paris-Dauphine,
Pascal Valentin Houénou Jean-Philippe Waaub a lexia lESE ur , Chef de projet à la Mission Climat de la Caisse des Dépôts,
Jean-Claude Jacques
et r ené-l aurent Ballaguy , Senior Évaluateur à la Banque Européenne
Rubrique Pour en savoir plus : d’Investissement
Maryse Labriet
Vers la Ville à Basse Consommation Énergétique et Haute Qualité de Vie ...35
Édition et réalisation graphique :
g érard Magn In , Délégué g énéral, Énergie-CitésCommunications Science-Impact
La Feuille de Route des Gouvernements Locaux pour le Climat : Secrétariat, diffusion et abonnements :
Reconnaître le rôle des gouvernements locaux dans les négociations Jacinthe Potvin et Pauline Malenfant, IEPF
internationales sur le climat ..........................................................39Photos de la couverture :
g ino Van B Eg In , Directeur exécutif du Secrétariat européen de l’ICl EI, New York (États-Unis), Sevaré (Mali), Amman (Jordanie),
et yunus a r Ikan , Directeur du Cities Climate Center de l’ICl EIMelbourne (Australie), Alexandrie (Égypte)
Photos de Stéphane Pouffary, ADEME
énErgiEs durablEs pour dEs tErritoirEs durablEsPanneaux solaires, iStockphoto
Cités, villes et énergies renouvelables ..................................................44Tirage :
r alph E.h . SIMS, Professeur spécialisé dans les énergies durables, 3 200 exemplaires
Massey u niversity, n ouvelle-zélandeDépôt légal :
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Les énergies renouvelables comme outil de développement
BibArchives du Canada des territoires : rôle et enjeux face à la contrainte énergétique –
ISSN 0840-7827 les professionnels européens se mobilisent .....................................51
Christine lI n S, Secrétaire g énéral de l’Er EC (European r enewable Energy Les textes et les opinions n’engagent que leurs auteurs. Les appellations,
Council)les limites, figurant sur les cartes de LEF n’impliquent de la part de
l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie aucun Utilisation d’indicateurs énergétiques pour guider un pays
jugement quant au statut juridique ou autre d’un territoire quelconque, vers l’écodéveloppement ..............................................................58
ni la reconnaissance ou l’acceptation d’une limite particulière.
h élène Connor , Directrice générale d’h El Io International et Ibrahim
Prix de l’abonnement annuel (4 numéros) : Togola , Directeur du Mali-Folkecenter n yetaa
40 $ CAD
Renforcement de la résilience des systèmes énergétiques oPoste-publications – Convention N 40034719
face au changement climatique ....................................................63Imprimé au Canada
l aura WIll Ia MSon , Directrice de projets à h El Io International
Gouvernance participative et choix énergétiques : initiatives émergentes
et institutions nécessaires pour des territoires viables ......................69
Christophe r yn Ik IEWICz, Ingénieur économiste en environnement
et développement local, Cnr S
Singapour, Malaisie.
Stéphane Pouffary/ADEME
Imprimé avec des encres végétales sur du papier dépourvu
d’acide et de chlore et contenant 50 % de matières
recyclées dont 25 % de matières post-consommation.Du bâtiment au quartier, ou comment L’efficacité énergétique dans le bâtiment est devenue
une priorité pour la Chine d’aujourd’hui Démultiplier les actions pour une ville Durable
et de demain ....................................................111Des bâtiments énergétiquement efficaces aux villes
Ilhem Gouff I Rad I, Responsable a sie, et territoires durables : difficultés et solutions ........75
d irection de l’a ction internationale, ad EMEMaria aT k In Son , d irectrice du d éveloppement d urable
Les villes méditerranéennes face aux nouvelles donnes chez Lend Lease, Ché w a LL, d irecteur Général du
climatique et énergétique. Approche systémique groupement de sociétés Lincolne Scott
illustrée par des retours d’expériences ................112Vers une qualité de vie durable – Dessiner les villes
Julien LE TELLIER, Chargé de mission Mobilité u rbaine de demain à l’image de la société de demain :
au Plan Bleu et Sylvain Hou PIn , Chargé de mission sur l’exemple des écoquartiers ..................................81
le thème des villes méditerranéennes au Plan BleuMembres du comité de l’a ssociation écoquartier
D’une vision locale innovante dans les années 1980 Stratégies locales de sortie des énergies fossiles :
à une approche nationale consensuelle : exemple de 4 villes européennes, Växjö,
l’importance des communautés locales Stockholm, Fribourg et Hanovre .........................87
dans la protection du climat mondial .................117Cyria EMELIanoff , Maître de conférence
Climate a llianceen aménagement et urbanisme à l’u niversité du Maine
Comment construire les territoires de demain face Les mégapoles face au changement climatique
à la nouvelle donne climatique : une approche et à la nécessité d’améliorer la qualité de vie
par l’aménagement durable des territoires de leurs habitants : l’exemple de São Paulo ...........92
en Afrique subsaharienne ..................................124volf STEIn Bau M, Secrétaire exécutif du Comité municipal
Edmond Sou GuÉ , Chargé de mission – Politiques pour le changement climatique, v ille de São Paulo et
et Stratégies de développement territorial au Partenariat Marcelo M. vITa LI, Conseiller du Secrétariat aux Relations
pour le d éveloppement Municipal (Cotonou, Bénin)internationales, v ille de São Paulo
L’urbanisation de la pauvreté et la lutte pour De nouveaux outils, De nouveaux concepts
les villes durables ................................................96 Villes et territoires durables : de la recherche
Janice E. PERLMan , f ondatrice et présidente à la pratique, rôle et contributions de l’ADEME ...135
de « Mega-Cities Project » a nne GREn IER, u rbaniste, animateur de secteur,
«V illes écologiques et villes économiques », une d épartement Bâtiment et u rbanisme, ad EME
nouvelle initiative de la banque mondiale pour De l’importance de la morphologie dans l’efficience
promouvoir un développement urbain durable .....98 énergétique des villes ........................................141
Hiroaki Suzuk I, d irecteur de l’urbanisme, d épartement Serge Sa La T, d irecteur du Laboratoire des Morphologies
f inance Économie et u rbanisme de la Banque mondiale, u rbaines du CSTB et Caroline n owa Ck I, Coordinatrice
et a rish d a STu R, Spécialiste en urbanisme, des projets recherche du Laboratoire des Morphologies
régions a sie de l’Est et Pacifique, Banque mondiale u rbaines du CSTB
Villes et territoires face au changement climatique : Étalement urbain et changements globaux :
l’approche de la France en termes de ville durable ..104 l’urgence de considérer les sols et l’eau
Michèle Pa PPa La Rdo , Commissaire générale dans un modèle intégratif .................................147
au développement durable, MEEdd M f abienne TRo La Rd , d irectrice u nité de Recherche
de Géochimie des Sols et des Eaux, In Ra , et le Consortium partenariats et retours D’expériences
a STu CE & TIC
Outils territoriaux et leur déploiement à l’international
Les trames vertes : vers un nouveau dessin urbain ? ....154– exemple des partenariats PNUD/ADEME,
n athalie BLan C, d irectrice de recherche au Cn RS u MRbilan Carbone et Plan climat énergie territoire .....109
La solidarité structurelle entre la ville et la campagne : Cécile Ma RTIn-P HIPPS, Chargée de mission projets
exemple concret d’une coopération et partenariats bailleurs bi et multilatéraux, d irection
maroco-allemande ............................................159de l’a ction Internationale, ad EME
f ettouma BEna Bd En BI, Co-présidente
de Terre et Humanisme Maroc
Le rôle du Genre dans la gouvernance locale des enjeux
énergétiques et environnementaux en Afrique ....161
Samaké Mariam Sy LLa , Membre indépendant
du Réseau Genre en a ction Malir éalisé avec le
soutien de l’Agence L’art et la constitution d’un espace à vivre « durable » ..166
de l’Environnement k éa oST ovany , Journaliste et responsable éditoriale,
notamment pour Beaux Arts magazineet de la Maîtrise de
l’Énergie (ADEME) Pour en savoir plus, Maryse LAbri Et .....................171
a gence de l’Environnement
et de la Maîtrise de l’Énergie (ad EME)
27 rue Louis v icat
75737 Pa RIS Cedex 15
Tél : 01 47 65 20 00
f ax : 01 46 45 52 36
Site web : http://www.ademe.fr
3Mot de la Directrice
e climat est en train de changer. C’est une prévue des niveaux des océans constitue, en l’espèce,
certitude attestée par des faits avérés : l’éléva- une menace physique directe pour tous les habitats Ltion tendancielle des températures et du côtiers ou bordant les grands cours d’eau et les
niveau des océans, le recul des glaciers aux pôles et deltas. C’est le lot de plusieurs mégapoles et petits
en montagne, la fréquence marquée des événements États et territoire insulaires.
extrêmes, canicules et ouragans. Tous ces lieux de vies sont, de fait, dans l’œil du
cyclone, qu’ils soient grands ou petits, urbains Ces effets du changement, plus ou
ou ruraux, avec ou sans accès à la mer… Certains moins tolérables aujourd’hui, seront
d’entre eux, les villes tout particulièrement, restent davantage marqués à plus long terme,
cependant les plus à risques, du fait de la quantité d’autant plus marqués que nous
des infrastructures qu’elles cumulent et, surtout, du tarderons à prendre les mesures qui
nombre et de la densité des populations qu’elles s’imposent pour réduire à bon niveau
regroupent, les plus fragiles d’entre ces populations nos émissions de gaz à effet de serre
étant souvent les plus exposées. Beaucoup de ces villes, responsables du réchauffement
en ce qui concerne surtout les pays en développement, Fatimata Dia Touré climatique.
ont été bâties sous pression, avec des processus
C’est le cœur du débat sur la vision Directrice de l’Institut d’occupation des sols souvent peu respectueux des
partagée qui a marqué la Conférence de l’énergie et de l’en vi ­ règles d’une saine appréciation des risques potentiels,
des Parties de Copenhague, un débat ronn ement de la Franco­
comme ceux appréhendés aujourd’hui.
phonie (IEPF). centré sur l’élévation maximale de
u ne révision radicale de ces processus s’impose. température que nous sommes prêts
Le débat en cours sur les risques climatiques, sur à accepter.
la vulnérabilité et l’adaptation devrait forcer, à ce
a u-delà des rhétoriques, plus handicapantes que
niveau, un changement de paradigme. u ne vision
stimulantes, sur les différentes responsabilités,
renouvelée de l’aménagement du territoire, guidée
communes mais différenciées pour tous, historiques
par les principes novateurs du développement durable,
pour les pays développés, futures pour les pays
devrait être au cœur de la nouvelle dynamique.
émergents dont les émissions battent des records,
Ce numéro de Liaison Énergie-Francophonie apporte ce débat sur la vision partagée est fondamental,
quelques éléments de réponse à cet ensemble de puisqu’il concerne le monde de demain, le monde
questions qui ne manqueront pas de resurgir dans que nous allons léguer à nos enfants et petits-enfants.
les sessions futures des Conférences des Parties qui
u ne élévation de température supérieure à 2 degrés
seront sans doute plus tournées vers la mise en
Celsius imposerait, en effet, selon le GIEC, un
œuvre de la convention et de son protocole amendé.
monde sans repères connus pour notre génération,
Monsieur Stéphane Pouffary, Chef de la Cellule en termes de températures, de précipitations, de
Expertise Internationale pour la Maîtrise de saisons, et donc de climat… d es pays entiers, des
l’Énergie de l’ad EME, a accepté d’en coordonner régions ou des terroirs pourraient perdre leurs
la préparation. Il a réuni autour de lui une équipe vocations et attraits traditionnels. Inondations,
d’auteurs d’horizons professionnels, géographiques stress hydrique, pertes massives et irrémédiables de
et institutionnels variés. La volonté et le désir de biodiversité et bouleversements redoutés au niveau
partager leur savoir et savoir-faire sur les questions des différents écosystèmes, sont en effet susceptibles
en débat est le principal trait d’union entre eux et de remettre en cause un attrait touristique, une
l’IEPf.vocation agricole, des ressources énergétiques, voire
la sécurité physique de tous, humains, animaux et Que tous trouvent ici l’expression de notre gra-
plantes vivant sur un territoire donné. L’élévation titude.
O4 LIAISON ÉNERGIE-FRANCOPHONIE N 86Enjeux et perspectives
a question du changement climatique est centre de ressources à destination des
aujourd’hui un enjeu de solidarité obligatoire à acteurs locaux impliqués dans cette Ll’échelle planétaire. À Copenhague, un nouvel démarche.
accord international contre le changement climatique Mais notre action ne se limite pas aux
devra être trouvé. Cet accord impliquera tous les États. frontières françaises. L’ad EME s’est
Il engagera aussi chaque territoire, car c’est d’abord au ainsi portée candidate pour appuyer le
niveau local que pour ront être réduites les émissions Pnud et son projet « vers des terri-
de gaz à effet de serre. C’est aussi à l’échelon local que toires moins émetteurs de gaz à effet de
pourront être mises en place les politiques préventives Philippe Van De Maeleserre et plus résistants au changement
pour réduire la vulnérabilité aux changem ents cli ma- climatique ». À  travers ce projet, une Président de l’Agence tiques et s’adapter à leurs conséquences. cinquantaine de collectivités seront de l’Environnement
appuyées pour l’élaboration d’un plan Les actions à mener sont nombreuses et doivent être et de la Maîtrise de
climat territorial et la définition de conduites dans tous les secteurs. La lutte contre le l’Énergie (ADEME).
projets ambitieux pour lutter contre le changement climatique nécessite maintenant une
changement climatique. Ces plans climat programmation stratégique de ces actions au niveau
devront à terme constituer des cadres de mobi lisation local. Les territoires doivent se fixer des objectifs
de nouvelles sources de financement dédiés.ambitieux et quantifiés à la hauteur du défi énonc é par
les scientifiques : réduire tous ensemble nos émissions de Je voudrais ici insister sur le rôle primordial attendu
gaz à effet de serre pour limiter à 2 °C la hausse globale des villes dans la lutte contre le changement climat ique
de la température de la planète. quand aujourd’hui la moitié de la population mondiale
est urbaine. Les consommations d’énergie et les d e par ses missions, l’a gence de l’Envi ronnement et de
impacts environnementaux des villes sont lourdement la Maîtrise de l’Énergie (ad EME) accompagne depuis
et durablement dépendants de leur conception et des près de 20 ans les acteurs locaux dans des actions qui
aménagements urbains. C’est la raison pour laquelle concourent à maîtriser leurs consommations éner-
l’adEME met son expertise et ses outils en matière gétiques et réduire leurs émissions de gaz à effet de
d’environnement urbain durable à la disposition des serre : rénovation énergétique des bâtiments, maîtrise
pays émergents et en développement. n otre objectif est des déplacements, performance des process industriels,
d’introduire la notion de performance de l’organisation développement des énergies renouvelables, qualité
urbaine en matière de maîtrise de l’énergie et environnementale dans l’agriculture, prévention
d’émission de gaz à effet de serre. Pour cela, les élus des déchets, transformation des comportements
et les responsables locaux ont besoin d’outils qui leur individuels… a fin de coordonner ces actions au niveau
permettent d’éclairer leurs décisions.local, l’ad EME appuie depuis 2006 les collec tivités
territoriales pour élaborer des plans énergie climat Ces outils nécessitent encore des travaux de recherche
territoriaux, cadre d’engagement d’un ter ritoire pour mais aussi des expérimentations et le lancement de
lutter contre le changement climatique. projets précurseurs. Ce numéro de Liaison Énergie-
Francophonie apporte de nombreux exemples et souligne Le Grenelle Environnement, processus lancé par le
les enjeux d’une gouvernance locale dédiée à la lutte Gouverment français en 2007, en partenariat avec les
contre le changement climat ique. Souhaitons qu’il représentants de la société civile, des partenaires sociaux
contribuera aussi au lancement de nouvelles initiatives et des collectivités locales, a confirmé l’utilité de ces
et participera à la mobilisation générale nécessaire pour plans. La loi Grenelle votée à l’été 2009 prévoit ainsi
répondre au premier défi de ce siècle.la généralisation des plans énergie climat territoriaux
dès 2012. L’ad EME a été désignée pour se constituer
Énergie et territoires ou comment construire les territoires de demain 5
face à la nouvelle donne climatique et énergétiquePréambule
ous évoluons actuellement dans un agenda a vec plus de la moitié de la population mondiale
international dans lequel les questions vivant aujourd’hui dans des villes et représentant n climatiques et énergétiques sont au cœur plus des trois quarts des émissions totales des gaz à
des préoccupations. Pour autant, au-delà d’une effet de serre (GES), la problématique des territoires
prise de conscience plus ou moins durables et plus particulièrement de la ville durable
partagée, la question des moyens à est au cœur de la réponse à apporter. d e la même
mettre en œuvre pour stabiliser le manière, la question de l’énergie, corollaire des
climat et s’adapter aux changements émissions de GES se doit plus que jamais d’être
annoncés reste entière et est très traitée d’une manière globale et transversale tant vis-
loin d’être consensuelle. d ’un côté, à-vis de la demande et de l’offre que vis-à-vis de nos
le temps nous fait cruellement modes de production et de consommation et cela
défaut et il s’agit désormais d’agir dans tous les secteurs de la vie économique. d ans
le plus rapidement possible en tous les cas, la réponse aux défis globaux ne pourra
mettant en œuvre les moyens à se faire sans considérer l’importance de la mise en
même de limiter les impacts de œuvre de politiques territoriales adaptées tant au Stéphane POUFFARY
l’activité humaine. d e l’autre, il regard des stratégies de réduction des émissions de
Stéphane POUFFARY
convient d’assurer les conditions gaz à effet de serre que sur les questions d’adaptation.
est Chef de la Cellule
d’un développement harmonieux Cela est d’autant plus important que les experts Expertise Internationale
de nos sociétés tout en gardant à du GIEC annoncent une incertitude de plus de pour la Maî trise de
l’esprit l’indispensable solidarité 50 % quant à la fourchette de l’augmentation des l’Énergie (CEIME), au
à établir entre pays industrialisés, températures en fonction de la pertinence ou non sein de la Direction des
économies en transition et pays en des politiques territoriales qui seront appliquées.Énergies Renouvelables,
des Réseaux et des développement. Cela étant dit, si les questions sont plus ou moins
Marchés Énergétiques simples à poser, les réponses sont définitivement Ce numéro spécial de l’IEPf
(DERRME) de l’ADEME.
complexes et multiples car elles font référence à des paraîtra alors même que se déroulera
acteurs différents qui n’ont pas toujours le même la Conférence de Copenhague qui
objectif ni le même processus d’évaluation et encore va constituer une étape importante
stephane.pouffary moins les mêmes leviers d’actions. Les cibles et les dans le proc essus d’élaboration
@ademe.fr compétences à mobiliser renvoient sur des acteurs à d’une politique climatique interna-@
chaque fois différents, agissant sur des secteurs et des tionale même s’il est à prévoir
territoires toujours plus spécifiques mais dans tous que cette réunion ne sera que
les cas interdépendants. L’élaboration, puis la mise en le commencement d’un long processus avant la
œuvre d’une stratégie territoriale qui fédérerait toutes possible mise en place d’un nouveau système de
ces composantes, reste pour le moment une démarche gouvernance.
qui va à contre-courant de nombre de nos pratiques La question de l’après-k yoto et de ses modalités de
collectives. C’est pourquoi les villes et les territoires mise en œuvre porte en elle de multiples et nom-
apparaissent comme un incontournable lieu d’ancrage breuses autres questions qui se devront d’être traitées
de l’action à mettre en œuvre et cela quel que soit de manière simultanée sous peine de déséquilibrer
le niveau retenu comme définition du territoire à toute possible construction collective. a u-delà
prendre en compte (urbain, péri-urbain ou autre).des efforts à accomplir pour les pays industria-
C’est dans cet esprit que nous avons demandé aux lisés, l’implic ation des économies en transition et
auteurs de ce numéro d’apporter leur contribution. l’accomp agnement des pays en développement
Exercice difficile au regard de la multiplicité des appellent à la mise en place d’un nouveau modèle
sujets à traiter, des enjeux et défis à mettre en lumière de développement partagé.
O6 LIAISON ÉNERGIE-FRANCOPHONIE N 86Préambule
mais aussi parce qu’il a fallu faire des choix tant que les talents et les compétences à mettre en œuvre
les approches et les expériences sont nombreuses. ne sont pas les mêmes et cela d’autant plus lorsqu’il
d ifficile aussi parce que c’est justement de cette s’agit des pays industrialisés ou des pays en dévelop-
richesse que naîtront les meilleures pratiques de pement. n ous illustrerons ces sujets avec le point de
demain et qu’il sera possible d’en dupliquer l’esprit vue d’acteurs privés, des témoignages d’initiatives
en de nombreux endroits. Conscient des enjeux, ce locales ou des retours d’expériences de villes
foisonnement créatif constitue sans aucun doute une précurseurs. n ous regarderons ensuite la question de
opportunité pour les actions de demain tant pour le la précarité urbaine ainsi que des initiatives interna-
décideur politique, que l’industriel ou le citoyen. tionales. Enfin, l’exemple français illustrera le rôle
possible des politiques publiques en tant que chef Le présent numéro s’articule autour de 5 parties.
d’orchestre de dynamiques territoriales.
La première, « Enjeux et rôles des territoires dans
La partie « Partenariats et retours d’expériences » les stratégies internationales », nous emmènera dans
illustrera l’importance de l’échange et du partage les négociations internationales. a près avoir imaginé
dans les actions à mettre en place. d e la diffusion ce que pourraient être la ville et les territoires de
d’outils innovants à des actions partagées entre demain et en avoir rappelé les déterminants pour
pays industr ialisés et pays en développement, nous un espace à mieux vivre dans un possible après-
verrons que le principe de solidarité prend tout son k yoto, nous verrons comment les villes et les
sens lorsqu’il s’agit d’accompagner les territoires gouvernements locaux s’inscrivent dès à présent
sur le chemin du développement durable. La dans les négociations climatiques internationales.
Méditerranée illustrera les défis à relever dans une d e la gouvernance aux questions économiques,
éco-région et dans un contexte de renforcement nous verrons les possibles moyens d’actions mais
urbain rapide au regard de moyens toujours insuf-aussi la question des moyens nécessaires pour que
fisants. n ous verrons également l’exemple de les territoires puissent devenir acteurs à part entière
l’a utriche qui, depuis plusieurs décennies, a mis en des négociations internationales.
place des logiques partenariales locales exemplaires.
Les questions énergétiques seront abordées dans
d ans la dernière partie « d e nouveaux outils, de la partie « Énergies durables pour des territoires
nouv eaux concepts », les auteurs témoigneront de durables ». Si dans tous les cas la maîtrise de la
l’importance d’intégrer de nouveaux domaines demande en énergie reste un préambule indispen-
dans la recherche et les outils à développer comme sable, les énergies renouvelables auront de plus en
le social, la biodiversité, les questions de densité, plus un rôle significatif à jouer. d u réseau électrique
d’agriculture et de solidarité. Imaginer les indispen-au compteur chez l’usager en passant par la gestion
sables transversalités à mettre en place afin d’infléchir de l’énergie, il s’agit de mettre de « l’intelligence »
les trajectoires de développement actuelles, tel est dans l’ensemble de la chaîne pour que production
l’enjeu de la recherche. Les auteurs illustreront cette rime avec stockage et demande raisonnée tout en
démarche avec des concepts tels que la morphologie contribuant à l’aménagement des territoires et en
énergétique des villes, l’agriculture urbaine ou apportant dans des conditions satisfaisantes un service
encore la biodiversité en ville. d ans tous les cas, nous énergétique à haute qualité environnementale à tous
verrons combien sont vastes et interdépendantes les citoyens du monde. d u technique aux questions
les thématiques à prendre en compte. Enfin, nous de gouvernance et de participation citoyenne, nous
aborderons la question de l’art dans la construction verrons que la question énergétique est un préalable
des espaces à vivre de demain car, sans beauté, sans indispensable à toute stratégie territoriale de déve-
art, qu’en serait-il de notre capacité de témoigner de loppement durable.
notre qualité de vie.
d ans la troisième partie, « d u bâtiment au quartier,
Pour conclure, force est de constater que les défis ou comment démultiplier les actions pour une ville
sont nombreux mais que, heureusement, les oppor-durable », nous regarderons comment accompagner
tunités d’action sont tout aussi nombreuses. Il s’agit l’indispensable changement d’échelle. Le passage du
désormais de susciter et d’organiser les indispensables bâtiment durable à la ville durable en passant par le
espaces de connaissances, de dialogues, d’échanges quartier durable ne se fait pas selon un processus
et de partenariats pour construire des demains linéaire. Les exigences et réalités techniques ainsi
Énergie et territoires ou comment construire les territoires de demain 7
face à la nouvelle donne climatique et énergétiquerépondant aux principes éthiques du développement
durable selon des transversalités inédites ou à
réinventer. a ujourd’hui, les réalités économiques,
climatiques, énergétiques et sociales plaident pour
un changement radical de notre vision collective.
Même si la feuille de route reste encore à rédiger,
elle est déjà riche de très nombreuses expériences
réussies ou d’échecs. alors, que seront le territoire
et la ville de demain ? d ans tous les cas, ils seront
le témoignage de la réponse que nous aurons
collectivement su apporter aux grands défis qui
nous ont été posés. Quelle que puisse être l’issue
de la Conférence de Copenhague ou des initiatives
en cours, chacun d’entre nous a un rôle à jouer et
peut contribuer à répondre à cette invitation au
changement en devenant acteur de cette mutation.
a vant de terminer ces quelques mots d’introduction
je tiens à remercier l’IEPf pour sa confiance et les
auteurs pour leur participation et leur enthousiasme.
u n grand merci à mes collègues de l’ad EME et
plus particulièrement Michel Courillon, de la
d irection de l’a ction Internationale, qui est aussi à
l’origine de ce numéro spécial. u n merci particulier
à a riane Rozo, a nthony d upont et Christine
Coudart de la CEIME pour leur implication et leur
énergie tout au long de ce projet collectif.
n ous espérons tous que le lecteur prendra autant de
plaisir à lire ces contributions que nous en avons eu
tout au long de ces derniers mois à les rassembler. En
espérant également que cette modeste contribution
collective résonnera comme autant d’invitations à
l’action.
k uala Lumpur, Malaisie.
Stéphane Pouffary/adEME
O8 LIAISON ÉNERGIE-FRANCOPHONIE N 86Imaginer les villes et les territoires
de l’après-Kyoto
Que doit-on attendre des prochains accords de Kyoto ? En aucun cas
une leçon d’architecture mais plutôt une leçon de civisme planétaire.
C’est le mode de vie de ses habitants qui fera qu’une ville sera écolo-
gique ou non. Absolument tout ce que nous consommons ou utilisons
pour nos activités nous vient de la nature : de l’uranium enrichi aux
savoureux petits pois, de notre gel douche à notre acier inox, du
chêne massif en passant par le pain, le vin, l’eau que nous buvons, les Jean Robert MAZAUD
plastiques que nous plions à nos désirs de design ou de consommation
Jean Robert MAZAUD, architecte,
jetable, nos voitures et avions, livres et écrans plats, bâtiments et est professeur à l’ENSAPVS­
Dévelop pement durable. Il a été jardins, médicaments et parfums, et, même si nous l’oublions parfois,
le cofondateur en 1996 de l’AFEX l’air que nous respirons.
(l’Association des Architectes
franç ais à l’Export) dont il a
été président de 1999 à 2002. ’avant-k yoto, c’est l’insouciance, une forme d’angélisme, mais aussi une
Il a été aussi administrateur croissance dure, parfois sauvage, parsemée d’accidents nucléaires, chimiques,
de la Fondation Bâtiment­Lécologiques et de catastrophes humaines. L’avant-k yoto, c’est, face à une
Énergie, membre de l’UNEP­
nature généreuse, se sentir invincible, immortel ; c’est considérer les ressources
SBCI (Sustainable Building
infinies absolument hors d’échelle par rapport à notre petite entité personnelle. Climatic Initiative), membre de
la Sustainable Building Alliance, Le réchauffement climatique et son bouquet de désastres annoncés nous ramènent
respon sable du GT International à une réalité toute simple : il faut protéger notre environnement naturel nourricier.
de l’Association HQE et prési dent a ujourd’hui, la mise en place d’une nouvelle gouvernance, de nouveaux systèmes
des sociétés S’PACE SA d’architec­de management dans les quatre grands domaines que sont l’industrie, l’agriculture,
ture, BLUE holding SA et F4CT SAS
la construction et les transports, devient naturellement la priorité à partager entre
(ingénierie carbone).
toutes les parties prenantes.
Si l’Europe de l’après-k yoto se fixe des objectifs tel le f acteur 4, c’est-à-dire la
division par 4 des émissions de gaz à effet de serre, à l’horizon 2050, elle n’indique
pas toujours les moyens de les atteindre et quand bien même il existerait une
formule magique, réduire une ville à de simples indicateurs carbone n’a aucun sens.
Le vivant serait-il moins complexe que l’artificiel, et notre pensée serait-elle le
fruit d’un quelconque outil ? Lorsque nous procédons à une analyse systémique
de notre écosystème c’est-à-dire lorsque nous étudions les échanges qui existent
en gardant une vision globale tout en admettant que le but poursuivi peut évoluer
dans le temps et que par extension nous l’appliquons à une métropole, nous
constatons que cette dernière fonctionne selon le principe du « hors sol » : sans
réels échanges avec son territoire. La métropole de l’après-k yoto risque ainsi de jrmazaud@blueholding.com@devenir une vision aporétique (qui soulève une difficulté sans la résoudre) car
9privée de la grande échelle du territoire, elle risque
de se retrouver coupée des réservoirs de ressources,
de dynamiques et de solutions.
La complexité du cycle de vie, la richesse de nos
avoirs biologiques, l’incomparable sécurité d’appro-
visionnement et de regénérescence que représente
la biodiversité, l’incroyable imbrication des règnes
animal, végétal et humain, tout cela nous ramène
sans cesse à considérer le futur de l’environnement
vivant comme crucial pour notre propre survie.
Il suffit dès lors de comprendre que lorsque nous
Rien ne sert de rêver à l’état idéal d’une symbiose
parlons d’environnement, nous pensons à ce qui
entre nos établissements et nous-mêmes si nous ne
nous environne et que, par conséquent, nous nous
sommes pas capables de franchir la distance entre
désignons comme en étant nous-mêmes le centre.
compétition et mutualisation, puis entre mutual isa-
Si k yoto est notre borne de référence alors l’après- tion et coopération, puis continuer encore vers un
k yoto doit représenter l’optimisation de l’existant, et vrai progrès.
ce point de vue heuristique nous indique comment
L’après-k yoto, c’est une prise de conscience, c’est
transformer nos villes en travaillant sur l’amélio-
la mise en place d’une « raison de planète », c’est la
ration de leur métabolisme. Comptabiliser les flux de
volonté de nous inventer notre nouvelle croissance
matière, entrante et sortante, à l’échelle d’une ville
à travers un développement soutenable, désirable et
permet de réfléchir d’une façon tout à fait nouvelle,
souhaitable. C’est une nouvelle économie qui ne
par exemple, peser un bâtiment et déduire de son
soit plus « linéaire », c’est-à-dire qui dans un même
poids des indicateurs qui n’avaient encore jamais été
mouvement exploite les ressources en matières
évalués ou encore procurer à la source des services
premières et accumule les déchets, mais au contraire
tradi tionnellement externalisés (traitement des eaux
« circulaire ». Pour expliciter ce concept, il convient
usées en pieds d’immeuble, utilisation directe de
d’observer ce qu’est une approche écos ystémique,
l’eau de pluie pour les usages non sanitaires). La ville
c’est-à-dire qui tire de l’observation du fonct ion-
qui draine vers elle des ressources de plus en plus
nement équilibré et cyclique des écosystèmes
importantes, pour les transformer en bâtiments et en
naturels les enseignements que l’on peut appliquer
infrastructures de plus en plus beaux, performants
à une activité économique.
et signifiants et qui irrigue ses occupants de tous les
La problématique du métabolisme économique flux dont ils ont besoin et même dont ils ont envie
permet d’aborder la durabilité d’un processus de pour se nourrir le corps et l’esprit et s’épanouir est en
dévelop pement. En travaillant sur la dématé ria -développement durable, si elle s’inscrit bien dans cette
lisa tion (circulation moindre de matières), qui phase qu’est l’anabolisme, celle de la construction
elle-même entraîne une décarbonisation (moins et du renou vellement. dès qu’elle cesse ou refuse
d’énergie, moins de matières, moins de ressources et de fonctionner de manière cyclique, elle rentre et
donc moins d’émissions), nous nous retrouvons dans entraîne avec elle son territoire « servant » dans une
la dimension urbaine et territoriale et donc dans la phase de dégradation, autrement dit en catabolisme.
perspective de l’après-k yoto.
L’équation du siècle que nous entreprenons de
Si k yoto est tout cela, alors la métropole de l’après-réussir est marquée par la mutation énergétique
k yoto ne peut pas en être à elle seule le moteur, (passage du tout-pétrole à presque plus de pétrole)
mais simplement le levier pour la réorganisation et envi ron nementale mais pas seulement. Comptera
d’un territoire qui, associé à la ville, constitue la tout autant l’évolution des facteurs humains :
juste échelle. Il faut inventer de nouvelles solutions démo graphie (vieillissement), nouvelles pratiques
dans les quatre domaines fondamentaux que sont citoyennes, etc.
l’industrie, l’agriculture, la construc tion et les trans-
C’est sans doute au niveau des territoires que se
ports pour impacter les bilans matières, les besoins
retrouvent les subtils équilibres de nos écosystèmes.
énergétiques, les rejets ultimes et ainsi optimiser la
La grande échelle pour la nouvelle ville n’est pas
gestion de nos ressources et celle de notre patri-
en contradiction avec les nanosytèmes pour notre
moine génétique global.
nouvelle vie.
O10 LIAISON ÉNERGIE-FRANCOPHONIE N 86

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