Les mobilités professionnelles : de l'instabilité dans l'emploi à la gestion des trajectoires

De
Comment se sont transformées les mobilités professionnelles, entendues comme changements de situations professionnelles sur le marché du travail ? En quoi les trajectoires des personnes se modifient-elles ? Quelles conséquences peut-on tirer, pour une prospective de l'emploi, de l'évolution passée des mobilités professionnelles ? C'est autour de ces trois questions principales que le rapport de l'atelier Mobilités professionnelles du Commissariat général du plan est organisé. Il montre notamment que si les mouvements sur le marché du travail ont considérablement augmenté, c'est essentiellement en raison de l'accroissement des passages par le chômage et que ces mouvements, qui révèlent de fortes inégalités entre catégories sociales, se concentrent plus particulièrement sur les moins qualifiés. Selon les auteurs du rapport les besoins de recrutement qui se dessinent dans les années à venir peuvent ouvrir des perspectives d'amélioration de la qualité des mobilités professionnelles. Trois pistes sont suggérées dans ce sens : la formation tout au long de la vie comme support d'accompagnement des mobilités, une dynamisation des mobilités promotionnelles pour limiter les tensions qui risquent de peser sur le système éducatif, la recherche d'une meilleure utilisation des périodes de transitions entre les emplois.
Publié le : samedi 1 février 2003
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Source : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/034000060-les-mobilites-professionnelles-de-l-instabilite-dans-l-emploi-a-la-gestion-des
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QUALIFICATIONS&PROSPECTIVE
Les mobilités professionnelles : de linstabilité dans lemploi à la gestion des trajectoires
Février 2003
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QUALIFICATIONS&PROSPECTIVE
Président de l atelier Jean-François Germe Centre détudes de lemploi
Rapporteurs Sylvie Monchatre Centre détudes et de recherches sur les qualifications
François Pottier Conservatoire national des arts et métiers
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Sommaire
Introduction..................................................................11
Première partie Comment se sont transformées les mobilités professionnelles ?.............................. 17
Les mobilités : transformations structurelles et effets de conjonctures ............................................ 23
Mobilités et transformation des marchés internes ...... 39
Quelles incidences sur les mobilités au sein de la population active.................................... 53
Deuxième partie En quoi les trajectoires des personnes se modifient ?................................ 65
Carrières et générations.............................................. 69
Quelle différenciation des carrières professionnelles ? ................................
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Carrières, effets du genre et âge de la vie..................187
Troisième partie Quelques questions de prospective......................195
Besoins de recrutement et mobilité ............................199
Comment les mobilités contribuent-elles à satisfaire certains besoins en emploi ? .................... 109
Conclusion .................................................................. 113
Liste des membres de latelier Mobilités professionnelles ........................................ 125
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Remerciements
Le président et les rapporteurs de cet atelier tiennent à remercier les membres de latelier pour leurs questions remarques et suggestions, qui nont pas manqué de fournir des fils conducteurs importants dans la rédaction de ce rapport. Ils remercient plus particulièrement Thomas Amossé, de lINSEE, qui leur a permis de rassembler des données décisives pour lanalyse, et dont les travaux ont nourri un débat que la rédaction de ce rapport naura certainement pas clos. Leurs remerciements vont également à Michel Amar, Frédéric Lainé et Xavier Viney, qui leur ont apporté des données précieuses, notam-ment pour la réflexion prospective, ainsi quà Charline Hatot, de lANPE. Ils tiennent également à remercier tous les chercheurs qui ont accepté de relire ce rapport et de leur faire part de leurs remarques stimu-lantes, en particulier léquipe du LIHRE, et tout spécialement Philippe Lemistre et Jean-Michel Espinasse. Ils remercient également Anne-Marie Daune-Richard du LEST, Arnaud Dupray et Michel Théry du CEREQ.
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Introduction
Selon lopinion commune, la mobilité se serait intensifiée et trans-formée ces dernières années. Les vies professionnelles seraient désormais marquées par une plus grande mobilité professionnelle ; chacun devrait sattendre à changer demploi, éventuellement de pro-fession plusieurs fois en cours de vie active. Une carrière ne pourrait seffectuer dans la même entreprise. Le Livre blanc sur léducation et la formation de la Commission européenne a largement contribué à la diffusion de cette idée. Il met en avant trois exigences de lévolution du marché du travail. La première est liée au développement de la for-mation tout au long de la vie afin que les individus sadaptent aux évo-lutions de leur emploi et soient en mesure de changer dactivité pro-fessionnelle. La seconde souligne limportance de lexpérience profes-sionnelle et des compétences, notamment transversales, acquises dans les mobilités, qui doivent donner lieu à de nouvelles certifica-tions. La troisième consiste à responsabiliser plus fortement les indivi-dus par rapport à leur évolution professionnelle et à leur employabi-lité . Un nouveau modèle dactivité, et des mobilités professionnelles qui lui sont associées, est donc mis en évidence. Il sopposerait à un modè-le antérieur  celui propre aux Trente Glorieuses et aux grandes entreprises industrielles  marqué par une forte stabilité interne à len-treprise et par lattachement du salarié à cette dernière, par le maintien tout au long de la vie active dans la même profession, de même que par la possibilité de progresser, au sein de son entreprise, dans les différents niveaux dexercice du métier. Lancienneté dans lentreprise y joue donc un rôle central : elle est une condition de la réalisation dune carrière et dune progression de la rémunération, plus générale-ment elle semble un fondement de la promotion sociale. Dès la fin des années 1970, ce modèle semble battu en brèche. Au cours des années 1980, la mobilité de la main-duvre sest rapidement accrue.
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Introduction - -
Elle sest effectuée de plus en plus par un passage par le chômage. Le mode dorganisation du travail qui reposait sur la grande entreprise industrielle employant à temps plein et à durée indéterminée un grand nombre de travailleurs qui faisaient carrière dans la même entreprise, voit son importance se réduire. Le développement de ces phé-nomènes a permis dès 1986 à Jean-Jacques Silvestre1de parler dun passage de la mobilité à la flexibilité. La question de la mobilité pro-fessionnelle se trouve exposée en des termes nouveaux. Par exemple, le compromis social antérieur de mobilité-promotion socia-le est remis en cause par les discours sur la mobilité-adaptation, qui sannonce moins favorable aux carrières individuelles mais répond mieux aux besoins, moins prévisibles et plus exigeants, des entre-prises. Nous serions donc en situation de transition entre deux modèles, deux types de mobilités professionnelles dominants. Quen est-il exacte-ment et où en sommes-nous ? Est-il pertinent dopposer ces deux modèles ? Comment les mobilités professionnelles se sont-elles réellement transformées ? Est-il possible desquisser les évolutions futures ? Répondre à ces questions a son importance. Le nouveau modèle est moins une représentation du fonctionnement effectif du marché du tra-vail quun modèle normatif. Il témoigne bien dun travail des acteurs sociaux visant à construire des normes nouvelles  en matière de for-mation, de certification, de compétences, de qualification et de mobi-lités  à partir desquelles se développerait un marché du travail plus ouvert et plus actif. Ce travail trouve son appui dans des exemples de trajectoires nouvelles sur le marché du travail. Il est en retour porteur deffets sur lévolution du fonctionnement de ce marché. Une bonne connaissance des nouvelles trajectoires professionnelles, de lévolu-tion des mobilités professionnelles ne peut que faciliter ce travail. Mais répondre à ces questions nest pas facile. En premier lieu, si les affirmations sur le nécessaire développement de la formation professionnelle sont nombreuses, lon connaît en fait mal lévolution effective de ces mobilités. Cest dailleurs dans ce but que le Commissariat général du Plan a conduit un programme coordonné détudes(cf. encadré 1). Les travaux existants mettent souvent lac-
(1) Silvestre (J.-J.), Marchés du travail et crise économique : de la mobilité à la flexibilité, Formation-Emploi, n° 14, La Documentation française, 1996.
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cent sur le développement de la précarité de lemploi et éventuelle-ment sur le dualisme du marché du travail où sopposeraient lemploi stable, relevant en définitive du modèle antérieur, et lemploi précaire, qui ne permettrait ni carrière ni réelle progression professionnelle. Ce qui est alors mis en avant est moins une transformation plus au moins générale des mobilités professionnelles que le maintien, pour une par-tie de la population active, de la situation antérieure et, pour une autre, une très forte précarité que les termes mobilité professionnelle ne permettent pas de décrire correctement. En second lieu, la mobilité est un phénomène complexe. Notre atten-tion porte ici sur la mobilité professionnelle. Elle désigne les mouve-ments affectant la population active et se traduit par des changements demploi, dentreprise ou de catégorie socioprofessionnelle des indivi-dus. Cette mobilité est déterminée par un grand nombre de facteurs. Elle est certes un reflet des ajustements qui sopèrent sur le marché du travail entre offre et demande de travail. Le salaire et, notamment, les disparités de salaire sont ici un déterminant important. Mais la mobilité est aussi, au niveau macro-économique, une conséquence des modifications affectant lappareil productif par le jeu des créations ou disparitions demplois. Elle est également le produit des stratégies, comportements et caractéristiques des entreprises. Les modes de gestion des entre-prises privilégiant ou non lancienneté, mettant en place tel ou tel type de flexibilité, déterminent les mobilités. Les transformations des emplois et des professions, lévolution des compétences exigées qui résultent des choix organisationnels et des évolutions technologiques, induisent aussi des mobilités professionnelles. Ces mobilités sont dordre collectif, dans la mesure où elles concernent certaines catégo-ries dactifs appelées à changer de situation professionnelle compte tenu des transformations de la division du travail. La mobilité résulte aussi du renouvellement de la population active par le jeu des entrées et sorties dactivité. Elle est une conséquence des stratégies des individus et de leurs caractéristiques. Elle dépend de la situation des ménages en termes de revenu, du nombre denfants, du logement comme de la localisation. Elle dépend de la formation initia-le et continue qui ouvre laccès à des familles demploi plus ou moins larges. Elle dépend, enfin, des stratégies individuelles ou collectives. En tant que produit des stratégies des entreprises et des individus, la mobilité peut être voulue ou subie, choisie ou contrainte. La part de
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liberté et darbitrages individuels est prédominante lorsque les indivi-dus exercent sur des segments dactivité dans lesquels la demande de travail est abondante. À linverse, la part de contrainte des mobilités saccroît dès lors que la demande de travail se raréfie. Mais la mobi-lité est aussi associée à une histoire personnelle, à des projets pro-fessionnels, susceptibles de transformer les contraintes en opportu-nités. Létude de la mobilité suppose donc également de prendre en compte les ressources que les individus sont en mesure de mobiliser, si lon veut saisir la qualité du mouvement réalisé. Au carrefour de déterminants multiples, la mobilité professionnelle nest donc pas un phénomène facile à interpréter. Elle est pourtant au cur du fonctionnement du marché du travail et de la vie active des salariés et des non-salariés. Elle est un enjeu économique et social essentiel. Cet ouvrage ne prétend donc pas faire une synthèse de lensemble des travaux sur les mobilités. Il sordonne simplement autour de trois questions principales. 1. Comment se sont transformées les mobilités professionnelles, entendues comme changements de situations professionnelles sur le marché du travail ? Il sagit ici dessayer de disposer dune description des principales évo-lutions de la mobilité professionnelle au cours de ces vingt dernières années. La tâche nest pas si facile dans la mesure où la mobilité pro-fessionnelle est fortement dépendante de la conjoncture économique et notamment des créations demplois. Au-delà de ces variations conjoncturelles, est-il possible de rendre compte dévolutions structu-relles de la mobilité interne et externe aux entreprises ? Les variations conjoncturelles de la mobilité sont-elles encore plus marquées aujour-dhui quautrefois, témoignant dune modification dun marché du tra-vail devenu plus flexible ? Dans ce dernier cas, il conviendrait diden-tifier les déterminants de la mobilité qui vont continuer duvrer au cours des années à venir. 2. En quoi les trajectoires des personnes se modifient-elles ? Cette deuxième question est certainement celle pour laquelle nos connaissances sur la dernière décennie sont les plus faibles. Les effets de la montée de la précarité et de la mobilité quelle induit sur les trajectoires professionnelles des individus sur longue période sont très mal connus. Or, des éléments de réponse à cette question sont
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indispensables pour savoir si les individus se sont adaptés dans leur ensemble à un (des) nouveau(x) modèle(s) de parcours professionnel, ou bien si le système conduit à générer sans fin de lexclusion, et la précarisation dune partie de la population active. 3. Quelles conséquences peut-on tirer, pour une prospective de lem-ploi, de lévolution passée des mobilités professionnelles ? Lanalyse de lévolution passée de la mobilité professionnelle permet de repérer des tendances et des questions qui relèvent dhypothèses prospectives. Il paraît utile de sinterroger sur la confrontation dévolu-tions prévisibles, telles que le fort renouvellement de la population acti-ve résultant des départs en retraite, la réduction de la population en âge de travailler, la stabilisation de la hausse des niveaux déducation et les formes actuelles de mobilité professionnelle. Le système des mobilités tel quil fonctionne et évolue en France depuis vingt ans peut-il absorber les évolutions perceptibles ? Les mobilités vont-elles limiter ou accroître les difficultés de recrutement ? Peut-on préciser les fac-teurs structurels influant sur la mobilité et porteurs davenir ou, à lin-verse, repérer les facteurs individuels ou collectifs qui font obstacle à la mobilité et peuvent même conduire à lexclusion des individus ?
Encadré 1
Un programme coordonné détudes
Le Commissariat général du Plan a décidé de lancer au premier semestre 2000 un programme coordonné détudes ordonné autour de trois axes principaux dont lobjectif était dessayer de combler certaines des lacunes constatées dans notre connaissance des mobilités professionnelles et de leurs déterminants. Un premier axe était de mieux comprendre lévolution récente des trajectoires professionnelles en sattachant à lanalyse des mouvements des entrées et des sorties qui caractérisent les renouvellements, et ceci en se fondant sur lanalyse macro-économique et micro-économique de la mobilité professionnelle. Sachant que la mobilité est déterminée par laction et le comportement des agents économiques et, principalement des entreprises, en quoi laction de ces dernières joue-t-elle sur la mobilité, et en quoi les transformations actuelles du système productif et de ses modes de gestion transforment-elles cette mobilité ? Cet ensemble de thèmes devait conduire à létude des effets sur les mobilités des transformations du fonctionnement du marché du travail, des politiques des entreprises en matière de gestion
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des ressources humaines et des compétences, et des politiques en matière de flexibilité du travail (extension des emplois temporaires : CDD, intérim, activités réduites). Un deuxième axe était danalyser les transformations des fonctions, des emplois et des compétences quelles requièrent et de sinterroger sur le présupposé qui fait de la mobilité des individus un indicateur de leurs compétences facilitant leurs trajectoires sur le marché du travail. Des formes diverses de mobilité se révèlent à travers les trajectoires professionnelles individuelles. Or celles-ci sont des constructions qui ne sopèrent pas au hasard. Sur quels éléments se construisent-elles ? Quest-ce qui permet à un individu de passer dune fonction à une autre, dune catégorie à une autre, dun secteur à un autre ? Comment évoluent les trajectoires individuelles ou les parcours professionnels ? Deux angles danalyse étaient ici privilégiés : comment la recomposition des métiers modifie-t-elle lanalyse des mobilités ? Peut-on identifier des formes de mobilité qui aboutissent à la construction de compétences, et analyser le processus à luvre ? Enfin, un troisième axe était de mieux appréhender les grandes transformations récentes des trajectoires individuelles dans le temps. Les analyses du marché du travail présentent souvent des résultats segmentés selon le genre ou selon les générations. Peut-on mettre au jour un effet génération : quelle est la mobilité caractéristique des actifs entrés sur le marché du travail dans les années 1980 ? À la fin des années 1990 ? Des différences de comportement des générations sont-elles sensibles, sur quoi portent-elles ? Une relecture des analyses sur les générations et létude des générations récentes nous permettent-elles de caractériser la génération qui entre sur le marché du travail au début des années 2000 du point de vue des formes de parcours professionnels ou personnels ? Quant à lanalyse de la mobilité professionnelle, peut-on mettre en évidence un effet dû au sexe : existe-t-il une mobilité typiquement féminine ? Ce programme détudes sest déroulé sur 18 mois. Les équipes suivantes ont été retenues :
CREST (Maurin Éric, Givord Pauline, Goux Dominique) CEE (Gautié Jérôme) GATE : Groupe danalyse et de théorie économique (Bouabdallah Khaled et alii) THEMA : Théorie économique, Modélisation et Applications (Lefranc Arnaud et Trannoy Alain) CEREQ (Dupray Arnaud) TRAVAIL ET MOBILITÉS (Bertaux-Wiame Isabelle)
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