Mesurer le pouvoir d'achat.

De
Un écart important s’est installé ces dernières années entre l’évolution du pouvoir d’achat mesurée par les chiffres officiels et la perception qu’en ont les ménages. Quelle part de cet écart résulte de biais de perception ? Quelle part est imputable aux limites des conventions de mesure, aux phénomènes d’agrégation, à l’amélioration de la qualité des produits et aux nouvelles pratiques de consommation et de distribution qui rendent plus complexe la mesure de l’évolution des prix ?
Des études complémentaires accompagnent le rapport :
- évolution des niveaux de vie depuis 1996,
- contribution des patrimoines à la dynamique de la consommation des ménages,
- influence du logement sur le pouvoir d’achat des ménages,
- évolution des dépenses de logement depuis les années 70,
- pouvoir d’achat et vouloir d’achat,
- indices des prix, tensions révélatrices de nouveaux modes de régulation.
Moati (P), Rochefort (R). Paris. http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/document.xsp?id=Temis-0060198
Source : http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/document.xsp?id=Temis-0060198&n=11010&q=%28%2Bdate2%3A%5B1900-01-01+TO+2013-12-31%5D%29&
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Mesurer
le pouvoir d’achat
Rapport
Philippe Moati
et Robert Rochefort
Commentaires
Gilbert Cette
Jacques Delpla
Gilles Saint-Paul
Compléments
André Babeau, Patrick Brun, Pascal Chevalier,
Jacques Dupré, Gabrielle Fack, Olivier Geradon de Vera,
Céline Mareuge, Patrick de la Morvonnais, Pascal Petit,
Nicolas Ruiz, Michel Vivinis et Élisabeth Waelbroeck-RochaRéalisé en PAO au Conseil d’Analyse Économique
par Christine Carl
© La Documentation française. Paris, 2008 - ISBN : 978-2-11-007037-1
« En application de la loi du 11 mars 1957 (article 41) et du Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992,
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des circuits du livre. »Sommaire
Introduction ............................................................................................ 7
Christian de Boissieu
RAPPORT
Mesurer le pouvoir d’achat ............................................................... 9
Philippe Moati et Robert Rochefort
Introduction ............................................................................................... 9
1. Un pouvoir d’achat en croissance… ............................................ 10
2. … mais une perception par les ménages en porte-à-faux
vis-à-vis des données officielles .................................................... 12
3. La dérive des prix – surtout lors du passage à l’euro –
au premier rang des accusés ........................................................ 14
4. Le « pouvoir d’achat » : un concept flou pour
le non-spécialiste qui renvoie plutôt au « coût de la vie » ............... 16
5. Disparités sociales et malaise des classes moyennes .................... 17
6. Un indice des prix jugé coupable .................................................. 19
7. Les biais de perception : quand les ménages se trompent .............. 19
8. Les effets d’agrégation : quand l’approche macroéconomique
occulte l’hétérogénéité des situations individuelles ......................... 20
9. Les difficultés à mesurer correctement « l’évolution
du coût de la vie » ........................................................................ 21
10. Du pouvoir d’achat à la qualité de la vie et au bien-être ................ 24
1. Les biais de perception ...................................................................... 25
1.1. Le passage à l’euro focalise les mécontentements ........................ 26
1.2. Le brouillage de la notion du prix « juste » .................................... 32
1.3. La montée du désir d’achat liée à la diffusion rapide
de nouveaux standards de vie ...................................................... 37
1.4. La difficulté à accepter que la progression de la qualité
augmente le volume de la consommation ...................................... 39
1.5. Une perception biaisée du revenu et de son évolution ................... 41
1.6. Conclusion : les indices fondés sur les dépenses contraintes
doivent être réglulièrement publiés et établis à partir
d’une méthodologie consensuelle.................................................. 46
MESURER LE POUVOIR D’ACHAT 32. Les effets d’agrégation ...................................................................... 48
2.1. Une approche au niveau des unités de consommation .................. 48
2.2. Au-delà de la « moyenne », une diversité grandissante
de situations ................................................................................. 50
3. Les problèmes associés à la mesure des prix..................................... 67
3.1. Rappel de la méthodologie de construction de l’IPC ..................... 70
3.2. Les limites de l’IPC ..................................................................... 71
3.3. Vers un indice du coût de la vie .................................................... 89
3.4. Conclusion : plus qu’une refonte de l’IPC,
la création d’indices complémentaires ........................................ 100
4. Pouvoir d’achat et bien-être ............................................................ 103
4.1. De l’intérêt de dépasser la problématique du pouvoir d’achat...... 103
4.2. Les déterminants du bien-être 106
4.3. L’appréciation subjective de l’évolution du pouvoir d’achat
comme expression d’un malaise plus profond ............................. 107
4.4. De l’intérêt de nouveaux indicateurs de bien-être ........................116
4.5. Les indicateurs de bien-être comme guides
de l’action publique ?.................................................................. 120
4.6. Conclusion ................................................................................. 124
5. Conclusion générale ........................................................................ 126
5.1. Désagréger l’approche macroéconomique du pouvoir d’achat .... 126
5.2. Définir plus rigoureusement le champ des dépenses
contraintes et « pré-engagées » .................................................. 127
5.3. Prendre en compte le logement dans un indice des prix élargi ..... 127
5.4. Construire des indices du coût de la vie ...................................... 128
5.5. Mobiliser des données issues de panels de consommateurs......... 129
5.6. Mettre en place une commission nationale de la mesure
du pouvoir d’achat ..................................................................... 130
5.7. Expérimenter des indicateurs complémentaires
de qualité de vie et de bien-être .................................................. 130
5.8. La discussion sur la mesure ne doit pas occulter le problème
de la croissance du pouvoir d’achat ............................................ 131
Annexe. Une ébauche d’indice des prix moyens .................................. 135
COMMENTAIRES
Gilbert Cette ......................................................................................... 159
Jacques Delpla.................................................................................... 163
Gilles Saint-Paul .................................................................................. 169
4 CONSEIL D’ANALYSE ÉCONOMIQUECOMPLÉMENTS
A. Évolution des niveaux de vie depuis 1996 .......................... 173
Pascal Chevalier
B. La contribution des patrimoines à la dynamique
de la consommation des ménages .............................................. 189
André Babeau
C. Dispersion des revenus et hétérogénéité
des structures de consommation, vers la notion
de pouvoir d’achat effectif catégoriel ......................................... 201
Céline Mareuge et Nicolas Ruiz
D. Quelques éléments sur le logement influant
sur le pouvoir d’achat des ménages .......................................... 231
Patrick Brun, Patrick de la Morvonnais, Michel Vivinis
et Élisabeth Waelbroeck-Rocha
E. L’évolution des dépenses de logement
depuis les années soixante-dix ................................................... 247
Gabrielle Fack
F. Pouvoir et vouloir d’achat ......................................................... 273
Jacques Dupré et Olivier Geradon de Vera
G. Indice des prix : des tensions révélatrices
de nouveaux modes de régulation ............................................. 299
Pascal Petit
RÉSUMÉ ............................................................................................. 315
SUMMARY .......................................................................................... 325
MESURER LE POUVOIR D’ACHAT 5Introduction
Les questions de pouvoir d’achat sont au cœur de la dynamique écono-
mique et du dialogue social. Le rapport qui suit éclaire un aspect central
mais aussi préalable du débat, celui de la mesure de ce pouvoir d’achat.
C’est l’évolution comparée des revenus et des prix qui conditionne la pro-
gression du pouvoir d’achat. Sans sous-estimer bien sûr le rôle des revenus,
le rapport centre l’analyse sur la dynamique des prix.
Les indices de prix disponibles ont progressivement intégré les nouvelles
formes de consommation. Il n’en subsiste pas moins un écart positif et signi-
ficatif entre l’inflation ressentie par les ménages, et l’inflation mesurée par
les indices de prix. D’où, en raisonnant à revenus donnés, une progression
du pouvoir d’achat ressentie en deçà de la progression officielle. La diffé-
rence existe pratiquement dans tous les pays, elle a été accentuée à partir
de 2002 par l’arrivée des billets et pièces en euros, encore plus en France
que dans la plupart des autres pays membres de la zone euro. Mais il existe
beaucoup d’autres facteurs explicatifs des divergences entre le subjectif et
l’objectif.
Les indices de prix, malgré les progrès intervenus, pêchent sur des as-
pects importants : ils n’incorporent que très partiellement les dépenses de
logement ou de santé ; ils doivent relever le défi lié à l’amélioration de la
qualité des biens et services, et à son traitement statistique ; il leur faut
prendre en compte l’importance des dépenses « contraintes », celles aux-
quelles le consommateur/client ne peut se soustraire à court terme ; ils sont
trop agrégés, appelant donc le suivi d’indices catégoriels ou sectoriels.
Sur ces différents points et sur quelques autres, le rapport développe les
voies et moyens d’une adaptation et d’une amélioration des indices de prix
existants. Il propose aussi le calcul et le suivi d’indices de prix complémen-
taires, en particulier d’indices de prix moyens et d’indices fondés sur une
approche en termes de fonctions et de coût de satisfaction des besoins.
MESURER LE POUVOIR D’ACHAT 7Qu’il soit question de prix moyens ou de coût des fonctions, l’optique
privilégiée devient alors celle, non plus du seul pouvoir d’achat, mais du coût
de la vie. Un élargissement qui, amplifié, mène logiquement à la probléma-
tique des indicateurs de bien-être ou de bonheur, c’est-à-dire à un débat
aujourd’hui très ouvert.
Le rapport a bénéficié du concours efficace de Marie Salognon, con-
seillère scientifique au CAE. Il a été présenté à Christine Lagarde, ministre
de l’Économie, des Finances et de l’Emploi, à Éric Besson, secrétaire d’État
à la Prospective et à l’Évaluation des politiques publiques et à Luc Chatel,
secrétaire d’État à la Consommation et au Tourisme, lors de la séance
plénière du CAE du 18 octobre 2007.
Christian de Boissieu
Président délégué du Conseil d’analyse économique
8 CONSEIL D’ANALYSE ÉCONOMIQUEMesurer le pouvoir d’achat
Philippe Moati
Professeur à l’Université Paris-Diderot, GERME,
Directeur de recherche au CRÉDOC (Centre de recherche
pour l’étude et l’observation des conditions de vie)
Robert Rochefort
Directeur du CRÉDOC
Introduction
Depuis plusieurs années, le pouvoir d’achat est un thème de préoccupa-
tion majeure. Il figurait parmi les trois premières priorités économiques et
sociales des Français dans tous les sondages réalisés à l’occasion de l’élec-
tion présidentielle (l’ordre pouvant varier selon les instituts). En tout état de
cause, en mars 2007, trois répondants sur quatre déclaraient que les mesu-
res en faveur du pouvoir d’achat seraient un élément déterminant pour eux
(1)lors de cette élection .
Cet appétit de pouvoir d’achat est également visible dans la manière
dont les Français hiérarchisent aujourd’hui temps libre et revenu disponible.
En 2007, 25 % seulement des actifs préfèrent davantage de temps libre
alors que 75 % souhaitent au contraire une amélioration de leur pouvoir
d’achat. L’écart entre les deux choix ne cesse de s’accroître depuis sept
ans en faveur du pouvoir d’achat. Il atteint même son maximum depuis près
de vingt-cinq ans. L’accélération au cours des deux dernières années con-
firme la priorité que nos concitoyens donnent à cette préoccupation. Avant
le passage aux 35 heures, la préférence était plus élevée pour davantage de
temps libre.
(1) Sondage IFOP pour LSA.
MESURER LE POUVOIR D’ACHAT 91. Question posée aux actifs : « Quelle est votre préférence entre… ? »
En %
90
80
70 Une amélioration de votre pouvoir d’achat
60
50
40
Davantage de temps libre30
20
10
1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007
Source : CRÉDOC, Enquête Conditions de vie et aspirations des Français.
Dans ces enquêtes, les personnes qui souhaitent le plus arbitrer pour le
revenu au détriment du temps libre sont les jeunes et les catégories populai-
res, et, d’une façon générale, tous ceux qui déclarent par ailleurs se res-
treindre sur tous les postes de consommation (le logement venant en tête).
1. Un pouvoir d’achat en croissance…
Les statistiques officielles sur le pouvoir d’achat sont issues de la comp-
tabilité nationale. Elles montrent une progression continue malgré un fort
ralentissement de cet indicateur au fil du temps, progression qui entre en
dissonance avec l’importance du pouvoir d’achat dans les préoccupations
des Français.
Au cours des décennies passées, il y a eu deux phases bien distinctes :
• de 1960 à 1974, le pouvoir d’achat a augmenté au rythme moyen très
élevé de 5,7 % par an ;
• depuis le premier choc pétrolier, la hausse annuelle moyenne est de
2,1 % par an. Par tête, le pouvoir d’achat a été multiplié par deux de 1950 à
1968, puis il a doublé à nouveau de 1968 à 2000.
10 CONSEIL D’ANALYSE ÉCONOMIQUE

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