Productivité et emploi dans le tertiaire

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Pour répondre à la faiblesse du taux d'emploi dans le domaine des services en France (en particulier dans le commerce et l'hôtellerie-restauration et, dans une moindre mesure, la santé et l'action sociale), Pierre Cahuc et Michèle Debonneuil préconisent l'embauche massive de non qualifiés, notamment dans les services aux particuliers, sans peser sur la productivité du travail, et ce, par le recours aux nouvelles technologies de l'information et des télécommunications. Le rapport soutient qu'un tel objectif peut être atteint en jouant sur trois leviers : favoriser l'émergence d'une offre productive de nouveaux services marchands aux particuliers; modifier les éléments de la réglementation de la concurrence sur le marché des services existants et sur celui des services aux particuliers dont le potentiel de création d'emplois non qualifiés est le plus fort; modifier la réglementation du marché du travail de façon à accompagner la montée en productivité des services. Ces deux rapports sont commentés par Daniel Cohen et Michel Godet. Ils sont accompagnés de neuf compléments.
Publié le : dimanche 1 août 2004
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Productivité et emploi dans le tertiaire
Rapports Pierre Cahuc Michèle Debonneuil
Commentaires Daniel Cohen Michel Godet
Compléments Carole Deneuve, Camal Gallouj, Faïz Gallouj, Lucie Gonzalez, Stéphanie Jamet, Fabrice Lenseigne, Frédéric Lerais, Johanna Melka, Laurence Nayman, Giuseppe Nicoletti, Dirk Pilat, Fabien Toutlemonde, Daniel Vasseur et Anita Wölf
Réalisé en PAO au Conseil d’Analyse Économique par Christine Carl
© La Documentation française. Paris, 2004 - ISBN : 2-11-005687-8 « En application de la loi du 11 mars 1957 (article 41) et du Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992, toute reproduction partielle ou totale à usage collectif de la présente publication est strictement interdite sans l’autorisation expresse de l’éditeur. Il est rappelé à cet égard que l’usage abusif de la photocopie met en danger l’équilibre économique des circuits du livre. »
Sommaire
Introduction............................................................................................ 5 Christian de Boissieu
RAPPORTS
Préface..................................................................................................... 7 Pierre Cahuc et Michèle Debonneuil
Les services : une opportunité pour créer des emplois productifs................................................ 11 Michèle Debonneuil
Introduction............................................................................................. 11 1. Le constat : sur longue période la France perd du terrain en termes de revenu par tête malgré de bonnes performances de productivité.................................................................................... 17 1.1. Le constat macroéconomique ...................................................... 17 1.2. La prise en compte des évolutions sectorielles ........................... 24 1.3. Les enseignements à tirer ............................................................ 32 2. Les services aux particuliers : une opportunité à saisir.................... 35 2.1. Définition et potentiel de développement ................................... 35 2.2. Les nouvelles technologies de l’information  et de la communication : une opportunité pour transformer  les services aux particuliers en consommation de masse ............. 37 2.3. Jouer la qualité des services plutôt que la réduction  des coûts salariaux ........................................................................ 41 2.4. Le rôle de l’État ........................................................................... 42 2.5. Les avantages .............................................................................. 44 Annexe 1. ................................................................................................. 46 Annexe 2. ................................................................................................. 48 Annexe 3. ................................................................................................. 55
Les obstacles à la création d emploi dans les services.......... 61 Pierre Cahuc
Introduction............................................................................................. 61 1. L’emploi dans le secteur tertiaire ....................................................... 64 1.1. La situation en France ................................................................. 64 1.2. Les enseignements des comparaisons internationales ................. 68
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2. Quelle régulation de l’emploi dans une économie de services ?....... 74 2.1. Les déterminants des réallocations intersectorielles d’emploi .... 75 2.2. Améliorer le fonctionnement du marché du travail ..................... 78 2.3. Améliorer la réglementation de la concurrence des marchés  des services ................................................................................... 92 Conclusion............................................................................................... 96
COMMENTAIRES
Daniel Cohen....................................................................................... 101
Michel Godet....................................................................................... 105
COMPLÉMENTS
A. Croissance et productivité dans les services : le rôle de la mesure.......................................................................... 113 Anita Wölf
B. Mesure de la productivité du travail dans les services : le cas français..................................................................................... 125 Lucie Gonzalez et Fabrice Lenseigne
C. Qualité du travail, TIC et productivité dans les services en France............................................................................................. 137 Johanna Melka et Laurence Nayman D. Évolutions sectorielles de l emploi : quels outils de comparaisons internationales utiliser ?.................................. 151 Fabien Toutlemonde E. La croissance de l emploi dans les secteurs tertiaires..... 159 Stéphanie Jamet et Frédéric Lerais F. Le secteur de l intérim : tendances et perspectives........... 175 Carole Deneuve G. Réglementation et performance du secteur des services.... 191 Giuseppe Nicoletti et Dirk Pilat H. Les réglementations et la création d emplois dans les services : le cas français............................................... 205 Daniel Vasseur I. L innovation dans les services.................................................. 221 Camal Gallouj et Faïz Gallouj
RÉSUMÉ.............................................................................................. 235
SUMMARY........................................................................................... 243 CONSEIL D’ANALYSE ÉCONOMIQUE
Introduction
Le rapport qui suit, organisé autour de deux contributions très complé-mentaires et convergentes, constitue un apport significatif à l’économie du secteur des services, et aux politiques économiques qu’il suscite. L’hétéro-généité des différents services (aux entreprises, à la personne…) et leur imbrication étroite avec l’industrie ou l’agriculture nécessitent plus qu’el-les n’empêchent une vision fédératrice du sujet. Le constat est implacable : le taux d’emploi est spécialement faible en France dans les services, en particulier dans les hôtels-restaurants, les com-merces, etc. Pierre Cahuc souligne que se conjuguent ici des dysfonction-nements sur le marché du travail (coût trop élevé du travail peu qualifié, protection de l’emploi mal conçue, obstacles au temps partiel, insuffisance de la formation professionnelle…) et sur le marché des services eux-mêmes (conditions de la concurrence…). Michèle Debonneuil part d’un diagnostic proche à propos de cette caté-gorie de services d’importance croissante, les services aux particuliers. Sans constituer un modèle, l’expérience américaine permet de dégager quelques leçons pour l’Europe et la France. Non seulement les services aux particuliers satisfont une consommation en fort potentiel de développement et repré-sentent un gisement privilégié d’emplois, mais en plus il apparaît que le recours aux nouvelles technologies dans le secteur débouche à la fois sur des créations d’emplois et des gains de productivité. Promouvoir les services aux particuliers, c’est aussi une façon de favoriser des emplois non (ou peu) délocalisables et d’amortir certains effets du vieillissement démographique. Au chapitre des recommandations, il faut noter, et cela découle très lo-giquement de l’analyse, toute une série de propositions concrètes relatives au fonctionnement du marché du travail (certaines d’entre elles ayant une portée allant bien au-delà des seuls services) et à l’organisation du secteur des services. Ce rapport concis et précis, qui a été présenté au Premier ministre lors de la séance plénière du CAE du 27 février 2004 et qui a été finalisé grâce au concours de Hervé Bonnaz, Secrétaire général du CAE, va sans aucun doute alimenter un fructueux débat.
Christian de Boissieu Président délégué du Conseil d’analyse économique
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Préface
Pierre Cahuc et Michèle Debonneuil
Les comparaisons internationales indiquent que la faiblesse du taux d’em-ploi en France ne résulte pas particulièrement de mauvaises performances de l’industrie, mais plutôt des services. Par rapport aux pays dont les taux d’emploi sont élevés, l’emploi en France est insuffisamment développé dans l’ensemble des secteurs d’activité, avec, toutefois, un déficit d’emplois plus prononcé dans le tertiaire, en particulier dans les secteurs du commerce, l’hôtellerie-restauration et, dans une moindre mesure, la santé et l’action sociale. Si la France avait le même taux d’emploi que les États-Unis dans le commerce et l’hôtellerie-restauration, elle aurait 3,4 millions d’emplois supplémentaires ; la même comparaison avec les Pays-Bas aboutit à 1,8 million d’emplois et à 1,2 million dans les cas de l’Allemagne et du Danemark. Etant moins chargée en emplois dans des secteurs à faible niveau de productivité, la France a conservé jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix des gains de productivité du travail supérieurs à ceux des États-Unis. Mais, en raison de son taux d’emploi beaucoup plus faible que son homolo-gue américain, la France perdait progressivement du terrain en terme de revenu par habitant : il est impossible pour un pays en situation de sous emploi d’être compétitif, c’est-à-dire d’obtenir une meilleur croissance du revenu par habitant par rapport à un pays qui est au plein emploi, en cher-chant à gagner en productivité ce que l’on a perdu en taux d’emploi. De fait, le plein emploi est une nécessité pour maximiser le revenu par tête. La France l’a compris : elle mène depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, comme les États-Unis l’ont fait depuis plus de vingt ans, une double politique de montée en gamme de la production par la R&D et la formation et une politique d’enrichissement de la croissance en emplois. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il en résulte, comme aux États-Unis depuis plus de vingt ans, une inflexion de la productivité du travail de l’ensemble de l’économie et une amélioration du revenu par ha-bitant. Néanmoins, cette politique d’enrichissement de la croissance en emplois passe par un abaissement du coût du travail et conduit donc de fait à subventionner l’essentiel des créations d’emplois. Elles posent donc le problème de leur pérennisation.
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À point nommé et en rupture par rapport aux évolutions observées dans tous les pays jusqu’alors, on observe aux États-Unis depuis 1995 une aug-mentation de la productivité dans les services. Celle-ci est même plus forte que celle observée dans les biens. Cette augmentation concerne non seulement les services aux producteurs, ce qui n’étonnerait personne, mais aussi les nouveaux services aux consommateurs que sont les « services aux particu-liers » où se trouve le seul véritable gisement d’emplois « non qualifiés ». Une telle évolution est une des conséquences, encore peu commentée, des nouvelles technologies de l’information et des télécommunications : leur utilisation permet non seulement de rendre plus productifs les secteurs existants, mais aussi d’industrialiser et donc de faire se développer en ser-vices de masse ces nouveaux services aux particuliers, ce que n’avait pas pu faire la mécanisation. Cette évolution devrait permettre de sortir de l’impasse : il devrait dé-sormais être possible d’obtenir le plein emploi par des mécanismes de mar-ché qui donnent un potentiel de hausse aux salaires de ces « non qualifiés ». Le mécanisme est tout à fait similaire à celui qui a fonctionné pour les ouvriers qui faisaient fonctionner les machines issues de la mécanisation ; il devrait donc être possible de créer beaucoup d’emplois « peu qualifiés » sans avoir à les subventionner. Ceci signifie qu’il est possible désormais d’obtenir le plein emploi par l’embauche massive de « non qualifiés » dans les services sans peser sur la productivité du travail. Ce rapport soutient qu’un tel objectif peut être atteint en jouant sur trois leviers : — Favoriser l’émergence d’une offre productive de nouveaux services marchands aux particuliers en levant les obstacles de toutes natures qui en freinent le développement de masse. Deux conditions essentielles semblent se dessiner. La première consiste dans la prise en charge de l’organisation de l’offre par de grandes entreprises (grands distributeurs mais aussi entreprises de services aux particuliers ayant atteint une taille suffisante après plusieurs années d’existence…) qui seules sont capables de financer les coût fixes des plates-formes qui permettent l’accès à ces services et donc leur déve-loppement industriel. Le rôle de ces entreprises serait double : • d’une part concevoir et financer des plates-formes permettant aux clients d’accéder commodément et à un coût très réduit à un bouquet des services (formation, entretien, réparation, ménage, repassage, lessivage, jardi-nage, promenade des animaux…) dont ils se porteraient garant de la qualité ; • d’autre part constituer un réseau de prestataires de services labellisés qui pourraient être soit des entrepreneurs individuels, soit des artisans, soit des associations, dont ils prendraient en charge, contre paiement du service rendu, tout ce qui est en dehors de leur « métier de base » (gestion des salariés, des locaux, gestion des comptes, gestion des contentieux, relation avec l’administration…).
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La seconde condition consiste dans la formation des « non qualifiés » issus de la mécanisation pour en faire des spécialistes du service aux parti-culiers respectés pour la qualité de leur prestation et satisfaits d’exercer ces véritables nouveaux métiers. — Modifier les éléments de la réglementation de la concurrence sur le marché des services existants et sur celui des services aux particuliers dont le potentiel de création d’emplois « non qualifiés » est le plus fort. Ceux-ci instituent en effet, dans de nombreuses activités de services, des barrières à l’entrée ou des interférences sur la formation des prix, dont les justifica-tions en termes de protection du consommateur ne sont pas clairement éta-blies. La stratégie consistant à tenter de protéger des entreprises et des em-plois existants en limitant l’entrée de compétiteurs utilisant des technolo-giesa priorimoins intensives en main d’œuvre n’est pas efficace. Elle se traduit, à terme, par moins d’innovation, moins de création de produits, moins de gains de productivité, des prix plus élevés et, finalement, un effet contraire à l’objectif recherché : moins d’emplois ; avec, en contrepartie, des marges substantielles pour les entreprises bénéficiant des protections. Le commerce de détail est particulièrement concerné par ce type de pro-blème, mais d’autres activités, dans l’hôtellerie-restauration, la santé, les transports de personnes, et dans le domaine juridique le sont aussi. — Modifier la réglementation du marché du travail de façon à accompa-gner la montée en productivité des services. Dans ce domaine, quatre prio-rités se dégagent : • le sous-développement du secteur tertiaire illustre tout d’abord le poids négatif d’un coût élevé du travail peu qualifié sur l’emploi. Dans ce con-texte, le salaire minimum est un mauvais instrument de redistribution du revenu s’il ne s’accompagne pas d’une maîtrise du coût du travail. Le coût du travail peu qualifié doit donc être réduit. Cette réduction peut s’effec-tuer par des allégements de chargesétroitementciblées sur les bas salaires. C’est une condition nécessaire pour insérer dans l’emploi les populations dont l’insertion sur le marché du travail est la plus difficile : les jeunes, les femmes, les immigrés et les personnes peu qualifiées ; • dans le secteur des services, où la volatilité et la rotation de la main d’œuvre sont des facteurs clefs de la productivité et de l’emploi, les effets pervers de la réglementation française de la protection de l’emploi sont exacerbés. La réglementation de la protection de l’emploi doit donc être adaptée ; • les barrières au développement du travail à temps partiel, dues en gran-des parties aux particularités du système socio-fiscal, qui constituent des freins au développement de certains secteurs du tertiaire, doivent être changées. Une réforme de la Prime pour l’emploi peut contribuer à lever ces barrières ; • enfin, la prise en charge de la formation professionnelle par la collec-tivité a aussi un rôle à jouer si elle consiste en la mise en œuvre de program-mes intensifs,étroitement ciblés,en partenariat avec les entreprises.
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