Quelle contribution de l'agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Potentiel d'atténuation et coût de dix actions techniques. Synthèse du rapport d'étude.

De
Ce document constitue une synthèse des principales étapes et des résultats de l'étude sur l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole métropolitain. La finalité de l'étude est d'établir un état objectif et le plus exhaustif possible des connaissances sur les actions qui pourraient être potentiellement déployées afin de limiter les émissions de GES en agriculture, puis de sélectionner une dizaine d'actions pour lesquelles une instruction du rapport coût/efficacité sera réalisée de manière détaillée.
Ce document de synthèse résume le contexte, l'organisation de l'étude et la méthodologie employée pour sélectionner les dix actions à instruire. Il présente les fiches résumées des dix actions instruites par les experts ainsi qu'une analyse comparée.
Pellerin (S), Barniere (L), Savini (I), Pardon (L). Paris. http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/document.xsp?id=Temis-0079023
Publié le : mardi 1 janvier 2013
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QUELLE CONTRIBUTION DE L’AGRICULTURE FRANÇAISE
À LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE ?
POTENTIEL D’ATTÉNUATION ET COÛT DE DIX ACTIONS TECHNIQUES
Synthèse du rapport de l’étude réalisée par l’INRA
pour le compte de l’ADEME, du MAAF et du MEDDE - Juillet 2013
Membre fondateur de















Responsables scientifiques :
Sylvain Pellerin - INRA, département Environnement et Agronomie (EA), unité Transfert sol-plante et cycle des éléments minéraux
dans les écosystèmes cultivés (TECM)
Laure Bamière - INRA, département Sciences Sociales, Agriculture & Alimentation, Espace & Environnement (SAE2), unité Economie
publique

Rédaction :
Isabelle Savini et Lénaïc Pardon - INRA, DEPE

Directeur de la publication :
1Philippe Chemineau - INRA, Directeur de la Délégation à l'Expertise scientifique, à la Prospective et aux Etudes (DEPE)

Contacts :
Sylvain Pellerin, co-responsable scientifique de l'étude : Sylvain.Pellerin@bordeaux.inra.fr
Laure Bamière, co-responsable scientifique de l’étude : Laure.Bamiere@grignon.inra.fr
Bertrand Schmitt, Directeur de la DEPE : Bertrand.Schmitt@paris.inra.fr



Le présent document constitue la synthèse du rapport de l’étude sollicitée conjointement par :
- l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), convention n° 11-60-C0021 et marché n°1214C0563
- le Ministère de l'Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF), convention n° DGPAAT 20-11-081
- le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie (MEDDE)
Producteur de données : Service de la Statistique et de la Prospective du Ministère en charge de l’agriculture, convention de mise à
disposition et d’utilisation des données individuelles Rica France 2010 n° 2012/04, Enquête pratiques culturales 2006 (Grandes cultures,
Prairies et Viticulture) et Enquêtes bâtiments d’élevage 2008 (Bovins, Porcins, Volailles).


Le contenu du rapport et des documents de synthèse n’engage que la responsabilité de leurs auteurs.
Le rapport d’étude, source de cette synthèse, a été élaboré par les experts scientifiques sans condition d’approbation préalable par les
commanditaires ou l’INRA. La synthèse a été validée par les auteurs du rapport.
Ces documents sont disponibles sur le site institutionnel de l'INRA (www.inra.fr).



Pour citer ce document :
Pellerin S., Bamière L., Angers D., Béline F., Benoît M., Butault J.P., Chenu C., Colnenne-David C., De Cara S., Delame N., Doreau M., Dupraz P.,
Faverdin P., Garcia-Launay F., Hassouna M., Hénault C., Jeuffroy M.H., Klumpp K., Metay A., Moran D., Recous S., Samson E., Savini I.,
Pardon L., 2013. Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Potentiel d'atténuation et coût
de dix actions techniques. Synthèse du rapport d'étude, INRA (France), 92 p.

Conception graphique de la couverture : Patricia Perrot (MICOM)

1 jusqu'au 31 mai 2013
Délégation à l'Expertise scientifique,
à la Prospective et aux Etudes (DEPE)






Quelle contribution de l’agriculture française
à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ?
Potentiel d'atténuation et coût de dix actions techniques


Synthèse du rapport d’étude




Sylvain Pellerin, Laure Bamière,
Denis Angers, Fabrice Béline, Marc Benoît, Jean-Pierre Butault,
Claire Chenu, Caroline Colnenne-David, Stéphane de Cara,
Nathalie Delame, Michel Doreau, Pierre Dupraz,
Philippe Faverdin, Florence Garcia-Launay, Mélynda Hassouna,
Catherine Hénault, Marie-Hélène Jeuffroy, Katja Klumpp,
Aurélie Metay, Dominic Moran, Sylvie Recous, Elisabeth Samson,
Isabelle Savini, Lénaïc Pardon





Juillet 2013
1
Sommaire




Avant-propos

Partie I – Contexte et méthode………………………………………………………………………………………. 5
1. Les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole et leur prise en compte dans les protocoles "climat" 6
2. L'étude confiée à l'INRA : dispositif, périmètre, méthode 10
3. Les leviers d'atténuation des émissions agricoles de GES et la sélection des actions à instruire 13
4. L'évaluation de l'efficience des actions d'atténuation 19

Partie II – Analyse des dix actions techniques…………………………………………………………………...... 25
 Réduire le recours aux engrais minéraux de synthèse, en les utilisant mieux et en valorisant plus les ressources
26 organiques, pour réduire les émissions de N O 2
32  Accroître la part de légumineuses en grande culture et dans les prairies temporaires, pour réduire les émissions de N2O
37  Développer les techniques culturales sans labour pour stocker du carbone dans le sol
 Introduire davantage de cultures intermédiaires, de cultures intercalaires et de bandes enherbées dans les systèmes
42 de culture pour stocker du carbone dans le sol et limiter les émissions de N2O
48  Développer l'agroforesterie et les haies pour favoriser le stockage de carbone dans le sol et la biomasse végétale
54  Optimiser la gestion des prairies pour favoriser le stockage de carbone
 Substituer des glucides par des lipides insaturés et utiliser un additif dans les rations des ruminants pour réduire
59 la production de CH4 entérique
 Réduire les apports protéiques dans les rations animales pour limiter les teneurs en azote des effluents et les émissions
64 de N O 2
 Développer la méthanisation et installer des torchères, pour réduire les émissions de CH4 liées au stockage des effluents
69 d'élevage
 Réduire, sur l’exploitation, la consommation d’énergie fossile des bâtiments et équipements agricoles pour limiter
75 les émissions directes de CO 2

Partie III – Analyse comparée et conclusion……………………………………………………………………….. 81
5. Analyse comparée des dix actions proposées 82
6. Synthèse et conclusion 91


2
Avant-propos
Maintenant reconnue comme un des enjeux majeurs de l’évolution du climat de notre planète pour les cinquante années à venir, la
2maîtrise des émissions nettes de gaz à effet de serre (GES, essentiellement CO , N O et CH ) représente un objectif majeur. La 2 2 4
limitation des émissions en provenance du secteur agricole est difficile, mais elle deviendra de plus en plus indispensable au fur et à
mesure que les autres secteurs économiques également émetteurs de GES parviendront progressivement à réduire les leurs. A
l'inverse, l'agriculture pourrait significativement contribuer au stockage de carbone dans les sols et la biomasse.
Si les objectifs mondiaux de réduction sont atteints en 2050 sans que les émissions d’origine agricole diminuent, la part de ces
3dernières dans le total des émissions passera de 24% à plus de 75% des émissions totales, alors que l’agriculture ne représente
que quelques points du PIB mondial. Rappelons que le contexte mondial de l’augmentation de la population et du changement des
régimes alimentaires devra, dans le même temps, conduire à une augmentation d’environ 70% des disponibilités alimentaires (FAO
2009). Il faudra donc réduire les émissions et, en même temps, continuer à augmenter sensiblement la production agricole.
A l’instar de plusieurs autres pays de l’OCDE, la France s’est engagée dans une politique ambitieuse de réduction de ses émis-
sions : par rapport à 1990, année de référence, l’Europe s’est engagée à réduire ses émissions de 20% en 2020, tandis que la
France vise, elle, une réduction de 75% en 2050. Notre pays doit donc traduire cet effort dans les différents secteurs de l’économie,
dont l’agriculture.
Au niveau national, l’agriculture représente environ 2% du PIB et environ 20% (en intégrant les émissions énergétiques) du total des
émissions de GES (CITEPA 2012).
Mais les émissions du secteur agricole sont diffuses, contrairement à celles de nombreux autres secteurs. Le N O, par exemple, est 2
émis sur la presque totalité des surfaces cultivées et tous les ruminants émettent du CH4 associé à la digestion de leurs aliments.
Les émissions d’origine agricole sont en outre imparfaitement connues et sujettes à des variations importantes d’un site à l’autre ou
d’un système agricole à l’autre. Enfin, le grand nombre d’exploitations agricoles et leur grande diversité sur le territoire national
compliquent non seulement les estimations de ces émissions, mais encore le dispositif que les pouvoirs publics pourraient mettre en
place pour inciter à les réduire.
Plusieurs pays, comme les Etats-Unis, le Canada, l'Irlande ou le Royaume-Uni, ont travaillé sur les mesures à mettre en place afin
de limiter les émissions de GES de leur secteur agricole. Ces démarches s’appuient sur des travaux scientifiques visant à mieux
connaître les mécanismes d’émissions et à explorer des techniques permettant de les limiter. Elles constituent des références très
utiles pour la situation française, mais ne permettent d’appréhender ni la réalité nationale des émissions, ni le chiffrage précis des
réductions espérées, ni le coût des actions qui permettraient ces réductions.
C'est dans ce contexte que l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), le Ministère de l'Agriculture, de
l'Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF) et le Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie (MEDDE), ont
demandé à l'INRA de réaliser une étude sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur agricole
métropolitain. La finalité de l'étude est d’établir un état objectif et le plus exhaustif possible des connaissances sur les actions qui
pourraient être potentiellement déployées afin de limiter les émissions de GES en agriculture, puis de sélectionner, avec des critères
transparents et explicites, une dizaine d’actions pour lesquelles une instruction du rapport coût/efficacité sera réalisée de manière
détaillée. Dans leur lettre de commande, les commanditaires précisent que le travail demandé est de déterminer et d’analyser une
dizaine d’actions d’atténuation portant sur des pratiques agricoles. L’analyse consiste à estimer le potentiel d’atténuation de chacune
de ces actions et les coûts ou gains associés en termes économiques.
Les résultats de l'étude ont vocation à pouvoir servir de base, le cas échéant, à l'élaboration de politiques publiques de réduction des
émissions de GES. En revanche, l'identification des instruments de politiques à mettre en œuvre pour favoriser l'adoption des
actions étudiées ne fait pas partie de la commande.
Le présent document constitue une synthèse des principales étapes et des principaux résultats de l’étude, à destination des
décideurs et des parties prenantes que sont les praticiens de l’agriculture (agriculteurs et conseillers) et les gestionnaires des
questions liées aux effets de l’agriculture sur le climat. Cette synthèse a été conçue comme une clé facilitant l’accès aux différents
chapitres du rapport d’étude dont elle suit le plan.
Ce document résume dans un premier temps (Partie I) le contexte, l’organisation de l’étude et la méthodologie employée pour
sélectionner les dix actions à instruire ; puis il présente (Partie II) les fiches résumées des 10 actions instruites par les experts qui
sont décrites de manière exhaustive dans le rapport ; et enfin (Partie III), il présente une analyse comparée des 10 actions instruites.
Les résultats intermédiaires et/ou les analyses expliquant les principaux résultats présentés ici, ainsi que d’autres résultats
complémentaires, sont détaillés dans le rapport de l’étude.


2 Gaz carbonique, protoxyde d’azote et méthane, respectivement
3 13% issus de la production agricole elle-même et 11% du changement d’usage des sols
3 4















Partie I

Contexte et méthode





5 1. Les émissions de GES du secteur agricole
et leur prise en compte dans les protocoles "climat"
1.1. Le contexte et les enjeux
Depuis le début de l'ère industrielle (1870), la température de concernés, dont l'agriculture. A plus long terme, l'objectif de
surface sur la Terre a augmenté de 0,8 ±0,2°C, avec une réduction des émissions au niveau européen est de -80% en
tendance à l'accélération au cours de la période récente. Ce 2050 par rapport au niveau de 1990, avec des étapes
réchauffement climatique est attribué à l'accroissement net des intermédiaires (-25% en 2020, -40% en 2030, -60% en 2040). Au
émissions vers l'atmosphère de gaz à effet de serre (GES) niveau français, des objectifs ambitieux ont été inscrits dans la loi
(principalement le dioxyde de carbone, CO ; le protoxyde de programme du 13 juillet 2005, et confirmés dans la loi du 3 2
d’azote, N O ; le méthane, CH ) résultant des activités humaines août 2009 relative à la mise en œuvre du Grenelle de 2 4
(consommation de combustibles fossiles, défrichement, l'environnement ("facteur 4": division par 4 des émissions en
agriculture…). Du fait de la croissance attendue de la population 2050 par rapport à 1990).
mondiale et du développement économique, il est très probable
Le niveau et l’évolution des émissions de GES sont enregistrés
que les émissions de GES continueront d'augmenter au cours
dans des inventaires nationaux, réalisés selon des
des décennies à venir, avec pour conséquence un accroissement
nomenclatures et des règles de comptabilisation internationales, ede la température estimé entre +1,8 et +4°C à la fin du 21 siècle
élaborées par le GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental
par rapport à la période 1980-1999, selon les scénarios d'émis-
sur l'Evolution du Climat) – IPCC en anglais (Intergovernmental
sions. Ce réchauffement altèrera le fonctionnement général du
Panel on Climate Change) -, et périodiquement actualisées pour climat (fréquence accrue d'événements extrêmes…), les écosys-
intégrer l'avancée des connaissances scientifiques. En France,
tèmes (extinction d'espèces…) et les activités humaines (rende-
cet inventaire est établi par le CITEPA (Centre Interprofessionnel
ments agricoles…), avec des effets variables selon les régions du
Technique d'Etudes de la Pollution Atmosphérique).
globe. Cependant, l'intensité des changements et les capacités
d'adaptation des écosystèmes et des sociétés humaines dépen-
dront fortement de l'ampleur du réchauffement, et donc du degré  Les émissions de l'agriculture
de maîtrise des émissions de GES dans les décennies à venir.
A l'échelle planétaire, l'agriculture contribue pour 13,5% aux
émissions (30,9% si on y ajoute le changement d'usage des sols,
 Les engagements internationaux, européens incluant la déforestation) (GIEC, 2007). En France, l'agriculture
et français représente 2% du produit intérieur brut, mais 17,8% des
émissions (hors consommation énergétique et changement
Face à ce défi, les gouvernements ont signé en 1992, lors du
d'usage des terres) estimées par l'inventaire national, avec 94 Mt
sommet de Rio de Janeiro, la convention cadre des Nations
d’équivalent CO2 (CO2e) sur un total de 528 MtCO2e (Inventaire
unies sur le changement climatique. Plusieurs rencontres
des émissions de 2010, CITEPA 2012).
internationales ont eu lieu depuis (notamment Kyoto en 1997,
Bali en 2007, Copenhague en 2009, Cancun en 2010, Durban en Une spécificité des émissions agricoles est qu'elles sont majori-
2011). Le protocole de Kyoto prévoyait pour 38 pays industriali- tairement d'origine non énergétique, et contrôlées par des
sés une réduction des émissions de GES de 5,2% en moyenne processus biologiques. Sur les 17,8% émis par l'agriculture, 9,8%
en 2008-2012 par rapport à 1990, avec des objectifs variables sont dus aux émissions de protoxyde d'azote (N O), produit lors 2
selon les régions du monde (-8% pour l'Union européenne, des réactions biochimiques de nitrification et de dénitrification, et
stabilisation pour la France). Malgré d'importantes difficultés, des 8,0% sont liés au méthane (CH ) produit lors de fermentations en 4
négociations dites "post-Kyoto" se poursuivent pour élaborer un conditions anaérobies (Figure 1). L'agriculture est ainsi respon-
nouvel accord climatique international pour la période à venir. sable de 86,6% des émissions françaises de N2O hors UTCF
(Utilisation des Terres, leur Changement, et la Forêt) : 35% sont
De son côté, l'Union européenne s'est engagée à réduire de 20% 5liés aux émissions directes par les sols agricoles, 28% aux
ses émissions d'ici à 2020 par rapport à l'année de référence
émissions indirectes, 15% aux productions animales et 8,6% à la
1990 (soit une baisse de 14% par rapport aux émissions de gestion des déjections. De même, l'agriculture est responsable
2005). En cas d'accord international satisfaisant, elle pourrait de 68% des émissions françaises de CH hors UTCF : 46% 4
s'engager à viser un objectif encore plus ambitieux (-30% au lieu
proviennent de la fermentation entérique et 22% de la gestion
de -20%). L'objectif de réduction de 20% des émissions de GES
des déjections.
a été intégré à l'engagement des "trois fois vingt" du paquet
énergie-climat (augmenter de 20% l'efficacité énergétique, porter Les 17,8% d’émissions attribuées à l'agriculture ne comprennent
à 20% la part des énergies renouvelables, réduire de 20% les pas les émissions liées à sa consommation d'énergie,
émissions de GES). Pour les catégories d'émissions non comptabilisées dans le secteur "Energie" de l'inventaire national.
couvertes par le système communautaire d'échange de quotas Si l'on tient compte de ces émissions (Tableau 1), la part de
4d'émissions , telles que celles liées au transport, au bâtiment et à l'agriculture s'élève à environ 20% des émissions totales de GES
l'agriculture, l'objectif global de réduction assigné à la France est françaises, le N2O, le CH4 et le CO2 représentant respectivement
de -14% en 2020 par rapport à 2005. L'atteinte de cet objectif
suppose un effort de l'ensemble des secteurs émetteurs
5 Les émissions directes se produisent sur l’exploitation, par opposition
aux émissions indirectes se produisant sur les espaces naturels
4 Mécanisme de droits d’émissions de CO mis en œuvre au sein de physiquement liés (lixiviation du nitrate entrainé par l’eau qui percole 2
l’Union européenne. Chaque entreprise possède un certain quota de dans les sols et volatilisation de l’azote sous forme d’ammoniac; puis
droits d’émission de CO2 et peut acheter ou vendre des droits. dénitrification hors de l’exploitation).
6 du CH4 aura ainsi un impact vingt-cinq fois plus important sur le
é que du CO2.
Compte tenu de son poids dans les é globales, l'agricul-
ture est é à contribuer à l'effort é é de é des
é de GES et à l'atteinte des objectifs é aux niveaux
national et international. L'agriculture peut participer à é -
ration du bilan net des é de GES via trois leviers : la
é des é de N O et de CH , le stockage de 2 4
carbone dans les sols et dans la biomasse, et la production
é à partir de biomasse (biocarburants, biogaz) é
les é par effet de substitution à des é fossiles. La
50 plupart des auteurs s'accordent sur l'existence de marges de pro-
% è importantes, mais é é le ca è majoritairement
diffus des é et la nature complexe des processus qui en
sont à l'origine, des é est assortie ’ -
des fortes, et les é é sont à ce jour moins
Figure 1. Emissions de GES en 2010, France é bien é que dans d'autres secteurs. L'exploration et la
et Outre-mer (Source : CITEPA 2012) quantification des é é des é de
l'agriculture est donc é mais difficile. De plus, l'agricul-
ture se situe au carrefour de multiples enjeux é é alimen-50%, 40% et 10% des é du secteur é en CO2e.
taire, emploi et é ement rural, é et paysage, Le poids des é de N2O et de CH4 dans tient à
leurs "pouvoirs de é global" (PRG) sur un horizon de é de l'eau et de l'air...), et comme dans d'autres domaines,
100 ans, qui sont è é à celui du CO (PRG = 1, l'objectif de é des é de GES ne peut pas ê 2 CO2
PRG = 25, PRG = 298 ; nouvelles valeurs é par le instruit é d'autres objectifs majeurs é ou CH4 N2O
é à ce secteur.GIEC depuis 2006) ; à é é é dans ’ è
é ories de l'inventaire GES Variables ’ é Emissions (en CO e*)2
1.A.4.c Agriculture, sylviculture, CO2, N2O, Energie é dans le secteur sous diverses
10,88 Mt CO2e
ê CH4 formes (liquide, solide, gaz, biomasse)
4.A Fermentation é que CH Effectifs animaux (bovins lait, bovins viande, ovins, 4 28,60 Mt CO e2caprins, porcins, é â
4.B Emissions é à la gestion CH4 Effectifs animaux (bovins lait, bovins viande, ovins,
et au stockage des effluents ’é caprins, porcins, é â
18,87 Mt CO e2
N O é ’ contenu dans les effluents par 2
type de gestion des effluents (lisier, fumier)
4.C Riziculture CH4 Surfaces en riz 0,11 Mt CO2e
4.D Sols agricoles N O Apports ’ aux sols agricoles sous diverses 2
formes (engrais é de è effluents
46,74 Mt CO e2
’é é de cultures, é boues
de stations ’é
4.F û des é agricoles au CO , N O, é de é é 2 2 0,03 Mt CO e2
champ CH4
5 UTCF (conversion de prairies en CO2, N2O, Surfaces é par des changements ’
cultures ou de terres agricoles vers CH 8,91 Mt CO e4 2
’ usages, et inversement)
* PRG de 1995 (encore é en 2010 par le CITEPA) : PRG = 1, PRG = 21, PRG = 310CO2 CH4 N2O
Les é sont expri é en tonnes dans ce document.
61 Mt é = 10 t (tonnes) ; en é internationale 1 t = 1 Mg é
Tableau 1. France 2010 : é de GES du secteur agricole, y compris la consommation ’é (CITEPA 2012)
(Inventaire national é é selon les è é par le GIEC en 1996)
1.2. La comptabilisation des é
applicables à partir de 2013 en France. L'inventaire national des  La comptabilisation des effets des actions
é 2010 (paru en 2012) a encore é é é é avec les
è é en 1996. Les é des é de GES
Pour chaque type é de GES, la é GIEC Nomenclatures des inventaires, é et è gles de calcul
propose 3 niveaux de calcul, de é croissante : tier 1 des é sont é collectivement au niveau
correspond à la é par é (utilisation des statistiques international par le GIEC. Ces é sont é : de
nationales ou internationales é accessibles en nouvelles "lignes directrices" ont ainsi é é é en 2006,
7


’ combinaison avec des facteurs d’émission par défaut – pour la secteur, plusieurs pays ont réalisé des études techniques et
définition du facteur d’émission, voir section 4.2) ; tier 2 à des socio-économiques adaptées aux spécificités de leurs conditions
facteurs d’émission régionalisés (issus de travaux scientifiques, climatiques et agricoles. La littérature concernant ces questions
sans modification des équations proposées dans le tier 1) ; tier 3 est de plus en plus abondante, avec notamment des travaux
à des équations ou des modes d’estimation différents (usage récents en Irlande, en Angleterre et aux Etats-Unis.
possible de la modélisation).
Ces études ont en commun un certain nombre de questions
abordées :
La prise en compte des actions d'atténuation
 Quel est le potentiel technique de réduction des émissions du
Les choix faits pour l'inventaire national (niveau de "tier" retenu) secteur agricole ; quels sont les leviers disponibles au niveau de
déterminent la possibilité de prendre en compte, ou non, les la gestion des sols, des productions végétales et des productions
actions d’atténuation des émissions de GES qui pourraient être animales ? Au sein de ces leviers, il s’agit d’estimer pour
entreprises. Par exemple, le choix actuel de la France de ne pas différentes actions le potentiel d'atténuation, en considérant d'une
comptabiliser le stockage de carbone dans les sols ne permet part le potentiel d'atténuation unitaire (tonne de CO2e évité par
pas la prise en compte de certaines actions et affecte les ha, par animal…), et d'autre part l'assiette (surface, effectif
émissions calculées pour la France et utilisées comme référence animal…) sur laquelle l'action peut être mise en œuvre, la
dans cette étude. combinaison des deux critères permettant d'évaluer le potentiel
d'atténuation à l'échelle du territoire national ; Dans le contexte des engagements internationaux, les Etats ont
intérêt à développer des actions qui pourront effectivement être  Quel est le coût (ou le bénéfice) évalué de la mise en œuvre
comptabilisées immédiatement dans leurs inventaires et donc à de telles actions ; quelles sont celles qui sont les moins
faire évoluer les règles de comptabilisation, en valorisant les coûteuses et comment se situent elles par rapport aux actions
progrès des connaissances. d'atténuation existant dans d'autres secteurs ? Le coût estimé
peut être le coût, ou le gain, de la mise en œuvre de l’action pour
Pour qu’une action puisse avoir un effet sur l’inventaire et
l’agriculteur, mais aussi pour l’Etat s’il s’agit de soutenir le
permettre de revendiquer une réduction d’émissions de GES, il
développement de l’action. L’efficience peut être exprimée en
faut que :
euros par tonne de CO2e évitée, ce qui permet de comparer entre
- l'efficacité de l'action soit démontrée et reconnue,
elles les actions. Le calcul du coût des actions n’est pas abordé
- son effet puisse être pris en compte par la méthode de calcul
systématiquement dans les études internationales ;
utilisée dans l'inventaire national,
 Quelles mesures peut-on encourager dans le cadre d'une - sa mise en œuvre puisse être prouvée et soit vérifiable (le
politique réaliste, visant à ce que les exploitants agricoles mettent contrôle est par ex. possible pour l'agroforesterie, visible sur les
en œuvre ces actions ? Plusieurs types de mesures sont envisa-images satellitaires, mais souvent difficile pour une pratique
geables (réglementation, taxes, subventions…) et dépendent de culturale).
la nature de l’action (coût/gain éventuel, vérifiabilité de l’action…).

 Des évaluations nationales d'actions d'atténuation C'est dans ce contexte politique, économique et scientifique que
des émissions agricoles de GES s'inscrit l'étude demandée à l'INRA. Son objectif était de choisir et
d’analyser une dizaine d’actions d’atténuation. Par rapport aux
Dans un contexte où les pays s'efforcent d'atteindre des objectifs études comparables réalisées dans d'autres pays, ce travail
d'atténuation des émissions de GES de plus en plus contrai- présente plusieurs spécificités : un processus de sélection des
gnants, tous les secteurs de l'économie sont appelés à prendre actions en plusieurs étapes et s’appuyant sur une diversité de
part à l'effort national. Bien que l'agriculture ait été généralement critères ; une estimation des coûts/gains pour les agriculteurs ;
exclue de nombreux accords formels, le potentiel de réduction une attention particulière à la détermination de l'assiette et des
des émissions dans ce secteur est désormais examiné attentive- contraintes techniques qui la limitent et d'un scénario de diffusion
ment par les décideurs politiques. Afin de faire avancer l'élabora- et des freins techniques et socio-économiques qui peuvent la
tion de politiques nationales rationnelles d'atténuation dans ce ralentir.
Bibliographie
Inventaire national France : CITEPA, édition de mars 2012 : Etudes Monde : Mc Kinsey & Co (2009), 'Pathways to a low-carbon
economy.', Technical report, McKinsey & Co., 192 p. Rapport national d’inventaire pour la France au titre de la convention
cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et du
Etude Etats-Unis : Eagle A. Lydia P. Olander (2012). Greenhouse
protocole de Kyoto. 1364 p.
Gas Mitigation with Agricultural Land Management Activities in the
Rapport méthodologique : GIEC 2006, Lignes directrices 2006 du United States - A Side-by-Side Comparison of Biophysical Potential.
GIEC pour les inventaires nationaux des gaz à effet de serre, Nicholas Institute for Environment Policy Solutions, Duke University
préparé par le Programme pour les inventaires nationaux des gaz à
Etude Angleterre : Moran et al. (2008) UK marginal cost curves for
effet de serre, Eggleston H.S., Buendia L., Miwa K., Ngara T. et
the agriculture, forestry, land-use and land-use change sector out to
Tanabe K. (éds). Publié : IGES, Japon.
2022 and to provide scenario analysis for possible abatement options
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